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L'HISTOIRE DE L'OPÉRA

Personne no s'est plaint, nous en sommes sûr, de ce que l'on ait supprimé, dans les fêtes publiques, l'exécution de cette œuvre hybi'ide et ordinairement mal venue, que l'on appelle d un nom générique : piôce ou morceau de circonstance.

Quand un ministre commandait un de ces hors-d'œuvre scéniquos, il obéissait à la tradition, et le compositeur ou le parolier n'aurait pas osé refuser « la commande », de crainte d'attirer sur sa tèto toutes les foudres

administratives. Pour qui connaît les vicissitudes de la vie d'artiste, il est impossible de blâmer ces auteurs qui, d'ailleurs, en écrivant de la musique officielle ou des vers j^j^r ordre, ne faisaient quœuvre de métier et pas autre cbose. Cette façon, aussi monotone que peu récréative, de célébrer la gloire, la puissance, les succès, les vertus du Roi, de l'Empereur... et même du peuple souverain, avait un double tort, surtout dans ces derniers temps : d'abord, ce n'était qu'une série de redites, coulées dans le même moule, composées à la hâte, sans valeur artistique ; ensuite, cela ne relevait qu'imparfaitement de Tart dramatique proprement dit. Cependant, nous allons examiner ces ouvrages politico-lyriques sous un point de vue tout à fait spécial, et, là, nous leur trouverons une utilité relative : celle de fournir un certain appoint à notre histoire nationale et d'en augmenter les documents. Notre idée pourra paraître étrange au premier abord; mais nous espérons que la suite de notre étude prouvera le fait que nous voulons faire accepter.

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A partir du jour on Pierre Perrin eut obtenu le privilège de rAcadomie Royale de Musique, par lettres patentes du 28 juin 1669, toutes les tragédies que l'on représentait sur ce théâtre étaient précédées d'un prolog^ue contenant une ou plusieurs scènes écrites pour célébrer la gloire du souverain. C'était fort naturel, et pour deux raisons principales: la première, c'est que, sous l'ancienne monarchie, où « l'Etat, c'était le Roy », pour paraphraser le mot de Louis XIV, le Roi ayant octroyé le privilège du théâtre, c'était bien le moins que le gratifié montrât de la reconnaissance envers le donateur: ensuite, la plupart du temps, la première représentation avait lieu à la ('our, devant le monarque, et, comme l'étiquette détendait que personne avant le Roi osât donner le moindre signe d'approbation, les auteurs devaient, avant tout, essayer de se concilier la bienveillance d'un si puissant et si redoutable auditeur. C'est là, dans ces prologues, dont le sujet et les personnages sont presque toujours absolument éU^angers

à raction de la pièce qu'ils précèdent, que nous retrouverons pas à pas les grandes lignes de l'histoire des règnes de Louis XIV et de Louis XV.

Le premier ouvrage représenté à l'Opéra, la Pomone, de Cambert (1671), fit son apparition au moment le plus radieux du siècle de Louis XIV. L'heureuse campagne des Flandres était terminée. Aussi, la nymphe de la Seine chante-t-elle la gloire du maître, en collaboration avec Vertumne, sans qu'on aperçoive le moindre nuage au ciel.

Pour les Peines et les Plaisirs de l Amour, du même Cambert, et pour le premier ouvrage de Lully, les Festesde f Amour et de Bacchus^ nous trouvons toutes sortes de personnages dans la quiétude la plus parfaite : Vénus, la Renommée, Polymnie, de petits Amours et de simples mortels, bourgeois et gens de bel air; mais l'année suivante (1673), pour Cadmus et Hermione, ce calme et celte sérénité ne sont plus de mise. La guerre de Hollande a éclaté, et le prologue nous fait assister au triomphe

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du Soleil, qui lerrasse le serpent l'ython et le plonge dans ses îuarais bourbeux. L'allusion est facile à saisir. C'est l'humide pays de Guillaume d'Oranee qui est personnifié par le serpent Python.

Hans les prologues àAlceste, de Thésée, d\iti/s et du Carnaval (1674-167o), on sent que les armées du Roi ont été partout victorieuses, aussi bien Louis XIV en Franche- Comté, Turenne en Alsace, Condé en Flandre (bataille de Senef contre Guillaume dUrange), que Duquesne sur les côtes de Sicile.

Dans Alceste, la nymphe de la Seine et celle des « Thuilleries » (car, à cette heureuse époque, on avait la chance d'avoir une nymphe attachée à toutes les maisons royales), ces deux nymphes, disons-nous, s'unissent à la Gloire pour célébrer les conquêtes »< du plus puissant Roy du monde ;>.

Dans Thésée, un groupe de divinités : Vénus, Cérès, Mars et Bacchus en font tout autant. Citons ces beaux vers :

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Le maistre do ces lieux n'aime que la victoire, Il en fait ses plus chers désirs; 11 néglige icy les plaisirs Et tous ses soins sont pour la gloire.

Dans Atys, Cybèle apaise une querelle survenue entre Flore et Melpomène et veut que

... les plaisirs viennent de toutes parts Dans l'empire puissant où régne un nouveau Mars

Le Carnaval, lui, revient ;

Pour divertir les soins du plus grand Roy du uiondt

Ici, l'historien ouvre une parenthèse, au profit du musicien.

Nous verrons plus tard les compositeurs amoindrir considérablement leur style en mettant en musique des platitudes rimées, destinées à chanter les louanges des puissants du jour. Grétry et Gossec, en composant des ouvrages dits patriotiques; Méhul, Boïeldieu et nos contemporains, en laissant mettre leur

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nom H (les cantates de circonstance, n'ont pu échapper à celte loi fatale.

Seul, Lully est resté nn maître dans ces prologues écrits pour la gloire du Roi de France. Souvent même ces prologues, surtout celui de Thésée, par exemple, sont supérieurs au reste de la partition. Nous expliquerons celte anomalie par la raison suivante : la forme plus légère du prologue amenait Lully à produire de ravissants morceaux, alertes, pleins d'allure, que la forme sévère du grand récitatif déclamé excluait de la tragédie lyrique.

Le traité de Nimègue nous donne le prologue de Proserpine (1680), qui chante la Paix et toutes les faveurs qu'elle mène à sa suite : la Félicité, l'Abondance , qui font fuir ses ennemis : la Discorde, la Haine, l'Envie et tous les autres produits de la Guerre,

Dans le prologue du Triomphe de t Amour (1681), Quinaull et Renserade veulent être de

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parfaits courtisans. Ils essayent d'expliqner pour quelle raison Louis XIV avait accepté la paix, et ils mettent dans le rôle d'une divinité cette véritable gasconnade :

L'ii héros que le ciel lit uaitre Pour le bonheur de cent peuples divei's

Aime mieux calmer l'univers Que d'achever de s'en rendre le maître.

La paix s'affirme et, dans Persée (1G82), on vante la vertu du roi; dans /*//rtf'7o?i (1683), on proclame le retour de l'Age d'or; le prologue de Roland (1G85) va même jusqu'à exhumer un souverain, à coup sûr bien ignoré des modernes, Démogorgon, « roy des Fées », qui s'écrie en clef de fa, quatrième ligne :

Allons faire entendre nos voix Sur les bords heureux delà Seine Au vainqueur dont tout suit les loix.

\JIdijlle sur la Paix, paroles de Jean Racine, le Temjile de la Paix, VÉglogue appelée aussi la Grotte de Versailles, représentés tous

cr m os ni; s ni: i.oiT.itA ri:',

trois ou l'aiinéo 18(Jo, ont lo m«''me objectif : célébrer les victoires de Louis XIV et la paix qui les a suivies.

Nous trouvons dans le dernier de ces ouvrages une image étonnante :

Alloua, bergers, ontroiis dans cet heureux séjour: Tout y parait charmant, Louis Oî^t do retour; Il sort dis l^ra^ de la Vii^toire.

Mais les temps prospères ont passé vite ; la ligue d'Augsbourg s'est formée. L'Autriche, la Suède, ime partie des Etats de l'empire d'Allemagne, plus lard l'Angleterre, se sont réunis pour lutter ensemble contre la France et son orgueilleux souverain (1688). Nous trouvons dans le prologue de Thétis et Pelée, musique de Colasse, paroles de Fontenelle. le reflet des terreurs de la foule. La Nuit est en scène, la Victoire vient bientôt la chasser; mais ce personnage funèbre était bien fait pour émotionner le spectateur.

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Dans Ot'pliée, de Louis de Lully (1690), c'est bien pis encore : on est en pleine guerre et c'est l'Hiver qui paraît au lever du rideau, au milieu d'une campagne couverte de neige. Le Printemps et sa riante suite lui succéderont sans doute! mais n'y a-t-il pas là un symptùme des appréhensions générales qui existaient en France, malgré ces paroles optimistes placées par le poète dans la bouche de Vénus :

En vain tout l'univers conspire Pour obscurcir 1 éclat de sou empire, Ce n'est que préparer un plus illustre prix

Au mérite de sa victoire.

Pltis l'Envie à sou bras oppose d'ennemis, Plus grande sera sa gloire.

Heureusement, la bataille de Flcurus, gagnée par Luxembourg contre le prince d'Orange, vint réaliser ces espérances patriotiques.

La bataille de Nerwind (en 1693) est aussi presque annoncée dans le prologue à'Alcide, musique de Louis de Lully et Marais; pourtant Campistron, l'auteur du poème, n'est pas très rassuré. Bien qu'il ait placé le sujet de

CUinoSITKS DE LOPF.HA l!).".

son prologue dans le temple de la Vicloire, il fait adresser à la déosso du lieu cette exclamation qui n'osl pas empreinte d'une grande joie :

Ilt'la?! noiis fuirez-vous toujours?

^fais, à la fin de la même année, Didon, de Desmarets, est représentée; toutes les craintes ont fui et le prologue, qui se passe dans le théâtre de Mars, commence par cette phrase redondante :

Publiez les exploit? nouveaux Du vainqueur de la terre.

Deux mois après, on donne Médcr^ de Charpentier ; puis Céphale et Procris, musique de madame de Laguerre : on y retrouve le même enthousiasme :

Loui? p?t triomphant, tout cimIp à «a puissance.

La paix n'est pas venue, malgré tous ces succès, et dans le prologue de Circé, musique

t'.Mi riUlOSlTES DE LOPHRA

de Desmarels (1694), nous lisons cotle tirade pleine de tristesse :

Fuyou?, fiiyous une guerre sanglaute:

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