Castiu Bl.ue, La Danse et les Ballets
2. Bo.NNET, aucien payeur des gages au Pavlemeni, Histoire générale de la Danse. Paris, 1723.
Lisbonne par les jésuites pour la béatification d'Ig^nace de Loyola; puis une autre du même genre, célébrée dans la même ville, en Fhonneur de la canonisation du cardinal Charles Borromée ; enfin la procession de la Fête- Dieu, commandée par « le bon roi René » d'Anjou, à Aix, en 1482.
Un témoin oculaire, le Père Menestrier', nous raconte ceci :
« J'ai vu encore en quelques églises, le jour de Pâques, les chanoines prendre par la main les enfants de chœur et, en chantant des hymnes de réjouissance, danser dans les églises. »
Citons d'autres témoignages plus étonnants encore, puisque les faits se seraient passés dans notre siècle.
Castil Blaze a vu, de 1810 à 1813, le jeudi saint, à Séville , douze jeunes gens danser une pavane devant le Saint-Sacrement. Quatre heures après, douze autres danseurs leur succédaient, alin que cet exercice pieux pût être prolongé pendant tout le leiiips de l'exposition de l'hostie consacrée.
1. Des Ballets anciens et modernes, selon les règles du théâtre. Paris, 1GS3.
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Lo fivre de Caslil-Blaze prétend, lui aussi, avoir ru de pareils exercices de chorég'raphie religieuse s'exéculer dans d'autres villes de l'Espagne, puis au Pérou et au Mexique.
Les papes et les conciles proscrivirent de leur mieux ces démonstrations extra-religieuses; le pape Zacharie, entre autres (744), fulmina, à leur sujet, un bref d'une rigueur extrême.
Les Danses sacrées, nommées alors Danses baladoires, Danses nocturnes, Danses des brandons, furent surtout l'objet des censures œcuméniques. Ces fêtes avaient lieu dans les premiers jours de l'année et au mois de mai.
Les foudres ecclésiastiques ne produisirent pas un effet bien immédiat, puisque la danse des brandons subsistait encore, il y a trente ans, dans les villes et villages du Midi, la veille de la fête de saint Jean, seulement elle n'avait plus que la rue pour temple. Mainte- Tiant la civilisation et le "progrès ont parlé, et les torches sont à jamais éteintes.
Comme nous n'avons pas à nous occuper
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ici du théâtre ancien ni des fêtes du Cirque et des empereurs romains, ce n'est qu'au xv" siècle que nous voyons, pour la première fois, la Danse s'émanciper hors du giron de l'Eglise et se dégager des soties ou moralités des passionnistes et autres produits de la cléricature dramatique.
Après un essai infructueux du cardinal camerlingue, neveu de Sixte IV, la première tentative sérieuse de chorégraphie théâtrale eut lieu à ïortone, en Lombardie. Son inspirateur fut un gentilhomme nommé Bergonzo di Botta, qui composa une fête en riionneur du mariage du duc Galéas de Milan avec Isabelle d'Aragon (1488).
Nous allons emprunter à Cahuzac', qui luimême ne fut qu'un compilateur, le récit de cette représentation princière, dont tes détails nous ont semblé curieux à étudier :
(( Dans un magnifique sallon entouré d'une
1. Cahuzac, La Danse ancienne et moderne, 3 vol. iu-12. La Haye, 1754.
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galoric où i-loioiil (lislriljiirs jtlusieiirs joinMirs do «livors inslrumouls, on avoit dressé une lablo tout ;ï l'ait vuidc. Au moment que le duc et la duchesse parurent, on vit Jason et les Argonautes s'avancer fièrement sur une symphonie guerrière. Ils portoient la fameuse Toison d'or, dont ils couvrirent la lable, après avoir dansé une entrée noble qui exprimoit leur admiration à la vue d'une princesse si belle et d'un prince si digne de la posséder.
» Celte troupe céda la place à Mercure. Il chanta un récit dans lequel il racontoit l'adresse dont il venoitde se servir pour ravir à Apollon, qui gardoit les troupeaux d'Admètc, un veau gras, dont il faisoit hommage aux nouveaux mariés. Pendant qu'il le mit sur la table, trois quadrilles qui le suivoient exécutèrent une entrée.
» Diane et ses nymphes succédèrent à Mercure. La déesse faisoit suivre une espèce de brancard doré, sur lequel on voyoit un cerf. C'étoit, disoit-elle, Actéon, qui étoit trop heureux d'avoir cessé de vivre^ puisqu'il alloit êlre offert à une nymphe aussi aimable et aussi sage qu'Isabelle.
» Dans ce moment, une symphonie mélo-
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dieuse attira l'attention dos convives. Elle annonçoit le chantre de la Thrace. On le vit jouant de la hre et chantant les louanges de la jeune duchesse.
» Des sons éclatants interrompirent cette mélodie. Athalante et Thésée, conduisant avec eux une troupe leste et brillante, représentèrent par des danses vives une chasse à grand bruit. Elle fut terminée par la mort du sanglier de Calydon, qu'ils offrirent au duc, en exécutant des ballets de triomphe.
» Un spectacle magnifique succéda à cette entrée pi/t/ioresque. On vit d'un côté Iris, sur un char traîné par des paons et suivie de plusieurs nymphes vêtues dune gaze légère, qui portoient des plats couverts de ces superbes oiseaux.
» La jeune Hébé parut de l'autre, portant le nectar qu'elle verse aux dieux. Elle étoit accompagnée de bergers d'Arcadie, chargés de toutes les espèces de laitage, de Yertumne et de Pomone, qui servirent toutes les sortes de fruits.
» Dans le même temps, l'ombre du délicat Apicius sortit de terre. Il venoit prêter à ce snporbe festin les finesses qu'il avoit inventées
CinnoSITKS DE l/oi'KRA i3
L-l qui lui uvoicul m-ijuis la répulalion du plus vcthiptuoux (les |{o]iiains.
» Ce spcclfirlc Jispaïul, ol il s»; forma un grand ballcl, composé des dieux de la mer et de tous les tlcuves de la Lombardie. Ils portoient les poissons les plus exquis, et ils les servoient en exécutant des danses de différents caractères.
» Ce repas extraordinaire fut suivi d'un spectacle encore plus singulier. Orphée en fil l'ouverture. Ilconduisoit l'Hymen et une troupe d'Amours. Les Grâces, qui les suivoient, entouroient la Foi conjugale, qu'ils présentèrent à la princesse, et qui s'oiïrit à elle pour la servir.
» Dans ce moment, Sémiramis, Hélène, Médée et Cléopàtre interrompirent le récit de la Foi conjugale en chantant l'égarement de leurs passions. Celle-ci, indignée qu'on osât souiller par des récits aussi coupables l'union pure des nouveaux époux, ordonna à ces reines criminelles de disparoilre. A sa voix, les Amours dont elle étoit accompagnée fondirent par une danse vive et rapide sur elles, les poursuivirent avec leurs flambeaux allumés et mirent le feu aux voiles de gaze dont elles étoient coiffées.
» Lucrèce, Pénélope, Thomiris, Judith.
Porcie et Sulpicio les remplacèrent, en présentant à la princesse les palmes de la pudeur (?) qu'elles avoient méritées pendant leur vie. Leur danse noble et modeste fut adroitement coupée par Bacchus, Silène et les Égipares [sic) qui venoient célébrer une noce si illustre, et la fête fut ainsi terminée d'une manière aussi gaye qu'ingénieuse. »
Malgré la longueur de ce compte rendu, nous avons tenu à le donner in extenso; car cette splendide fête, aussitôt connue, fit l'admiration de toute l'Europe, et ce fut là le point de départ des opéras et ballets mythologiques qui advinrent par la suite, avec leurs machines, leurs vols et leurs transformations.
Cependant un siècle à peu près s'écoula sans qu'il se produisit une solennité chorégraphique de cette importance ; c'est seulement en 1389 et en 1394, à Florence, qu'on retrouve une fête pouvant soutenir la comparaison.
Un gentilhomme musicien, nommé Corsi, et trois de ses amis, le poète Ottavio Rinuccini,
CL'RloSlTHS 1)K I, (il'KUA «
(liaronio IV'ii et (liiilio ("acciiii. (IdiiiiÎTciil à ccUo i'[t(i(]ii(\ dans le [»alais de (jusi, en pr*'sonce (lu granJ-Juc et do la gTaiide-duclicsso de Toscaiio, des rardinaux Monte et Montalto ot de tonte la noblesse llorentine, la représentation d'une sorte d'opéra-ballet ayant pour titre ies A}?witf's cV Apollon et de Daphné.
Quelques années après, le grand Monteverde lit exécuter son Orfeo et son Ariana ; le Théâtre-Lyrique était fondé. La danse avait toujours fait cortège au chant dans les ouvrages dramatiques; mais bienlùt elle resta seule à constituer les longs intermèdes, qui s'exécutaient dans les palais et sur les places publiques, pour célébrer les fêtes princières ou nationales. C'est à ce moment que commença l'exécution de ce qu'on appelait les grands ballets. Ils étaient divisés en trois espèces différentes : les ballets héroïques, les ballets fabuleux et les ballets de genre, c'est-à-dire poétiques, allégoriques, moraux ou bouffons.
Cinq actes, ordinairement, formaient l'ensemble de l'ouvrage, et chaque acte se subdivisait lui-même en trois, six et même douze entrées. On appelait entrée le jeu d'un ou de plusieurs quadrilles de danseurs, et ces dan-
seuis étaient costumés suivant l'action qu'ils devaient représenter par leurs pas et par leurs gestes.
Un des plus curieux spécimens de ce genre est le ballet du Gris de lin. Nous allons en faire la description, d'après le Père Menestrier.
« L'an 1633, le dernier jour du carnaval, on dansa à Turin, dans la cour du duc de Savoie, un ballet dont le sujet était le Gris de lin, qui était la couleur de Madame Chrétienne de France, duchesse de Savoie. Ce sujet paraît d'abord assez ingrat pour le théâtre; mais l'invention dont se servit M. le comte Philippe d'Agiié, auteur de ce ballet, le rendit l'une des plus agréables représentations que l'on ait encore faites. Il feint que l'Amour, qui a toujours un bandeau sur les yeux, s'ennuyant d'être ainsi comme aveugle dans le monde, appelle la Lumière à son secours et la prie de se répandre sur les astres, sur le ciel, sur l'air, sur l'eau et sur la terre, et généralement sur toute chose, afin que, leur donnant un nouvel éclat et mille beautés différentes, par la variété des couleurs, il puisse choisir celle qui lui agréera le jdIus.
» Junon, qui est la déesse de lair, pour
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satisfaire les désirs de l'Amour, envoie Iris , sa messagère, élallcr dans l'air ses couleurs en plusieurs bandes. L'Amour considère ces couleurs et ciioisit le gris de lin comme la couleur la plus parfaite, et veut qu'elle signifie un Amour sans lin. Il ordonne en même temps que les oiseaux la portent dans leur plumage, et que l'on en fasse dans le monde les ornements des habits. »
Voici quelques autres titres des ballets de cette époque, que nous transcrivons à cause de leur originalité :
Ballet des Prospérités des Armes de la France;
La Vérité ennemie des Apparences (ballet italien) ;
Quil est plus aisé de terminer les différends par la Religion que par les Armes (ballet italien) ;
Le Ballet du Tabac;
Le Ballet des Postures;
La Félicité des Sens;
Le Ballet des Néréides (représenté dans l'eav) ;
Le Ballet des Aveugles (C Amour, la Fortune et la Mort, ayant tous trois un bandeau sur les veux);
Le Bal dp^ Goutteux, etc., etc.
Lully fut le premier qui osa donner à la musique de danse une allure relativement un peu vive. La solennité la plus pompeuse présidait aux réjouissances des princes, des bourgeois et du peuple; c'était surtout à la cour et dans les palais que la danse noble était en très haute estime. Aussi, comme le rapporte Tabbé Du Bos (en 1746), « lorsque Lully parut et quand il commença do composer, pour les ballets, de ces airs qu'on appelle des airs de vitesse... bien des personnes dirent qu'on corrompait le bon goût de la danse, et qu'on allait en faire un baladinage ».
Comparez les airs de Lully à la musique des ballets modernes, et concluez.
Avant la lin du xvni" siècle, nos pères ne connaissaient pas la pantomime. Ce fut Noverre qui, le premier, en 1776, par son ballet de Médée et Jason^ nous apporta cette grande
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moililiralion à l'arl chon'iîrapliiqiio. Il s'élail déjà f ail applaudir à Vienne, avant do venir à Paris. Il avait eu, du reste, en Autriche, une idée plus qu'étrange : celle de travestir en ballet tragique le>i Horaces du grand Corneille (!!!). En 1777, il faisait représenter son ouvrage à Paris, mais sans aucun succès. Le Qu'il mourût ! par gestes ne fit pas le moindre ellet.
Dans la seconde moitié du xv° siècle, aux xvi° et xvn" siècles, et, dans la première moitié du xvni% on était bien loin des audaces du sieur Noverre. L'action tout entière était interprétée par la danse seule, qui était censée pouvoir dépeindre la généralité dos sentiments humains : l'amour ou l'inditréronce, la jalousie ou la gaieté, la haino ou la tendresse. Les « maîtres à danser » de cotte époque ne se servaient , pour ce que nous appelons maintenant des écots ou variations, que de tvpes invariables de rythme et de facture. Ces danses avaient des noms génériques qui constituaient une chorégraphie immuable. Nous allons les passer en revue, Tune après l'autre et chronologiquement.
CURIOSITÉS DE L'UPERA
Aux XY" et xYi^ siècles, alors que le théâtre était encore à l'état d'embryon, ce n'est que dans les palais que nous pourrons étudier la physionomie des ballets de celte époque.
Il y avait d'abord, comme DANSES NOBLÎeS :
La Romanesque (dérivatif du mot Roma et non Roman) ; puis la. Rasse Danse; — les airs de ces figures étaient écrits en mesures binaires.
La Courante, danse légère et sautée, par syncopes, mesure ternaire. Celte figure représentait souvent une espèce d'action et se dansait avec trois couples, au moins.
Les différents Branles: d'a-bord les branles des provinces, du haut Barrois, du Poitou, de Bretagne, d'Avignon ; puis les branles à dessins parliculiers : le Branle de la torche, dans lequel un danseur tenait une torche allumée, que ses concurrents voulaient éteindre et dont il devait défendre la flamme ; le Branle de la serviette, le Branle aux chapelets, en usage dans « la Brye », et dont la Gavotte est un dérivé.
(ju Rio .s m-: s UI-: lopkua ia
Au xvi" sii'clo, à parlir cl(.' l")30,nous no Iroiivons plus Je liasse Danse ni do Romanesque. Elles ont fait place aux Pavanes, Gaillardes et Gavottes. La mode avait aussi adopte la Morisque , dont les danseurs étaient chargés de petits grelots résonnants , le Branle de la Hafje; celui de V Officiai; une grande quantité de Branles articulés; l' Allemande , danse assez insignifiante, enfin les Bourrées chantées.
Il paraîtrait que la Pavane a deux origines : d'après quelques historiens, elle serait originaire d'Espagne: d'après d'autres auteurs, elle aurait été exécutée pour la première fois à Padoue, d'où Paduana, — Pauana, — Pavana.
En revanche, suivant Thoinot-Arbeau, qui donne la tablature do la Pavane dans sa précieuse Orchésographie ', tout le monde aurait raison, puisque le brave officiai de Langres nous apprend qu'il existait autrefois deux Pavanes: la Pavane ordinaire et la Pavane d'Espagne.
Cette danse semble avoir été la favorite des