Dictionnair'i de la Danse et Thoi>ot Arbelw
La Yolte ne brillait point par la décence ; malgré cela (peut-être à cause de cela), cette danse était d'un usage habituel dans tous les bals de la cour de France. La reine ^îargot était une « volleuse » du plus grand renom. Du reste, elle excellait dans toutes les autres danses à la modo du temps : la Pavane, les Branles, la Courante et l'Allemande.
Terminons ce paragraphe par uue anecdote... un peu gauloise, dont nous laissons, bien entendu, la responsabilité au chroni queur qui nous l'a transmise :
« Au bal donné le 14 août 1372. pour le double mariage du roi de Navarre avec Marguerite de Valois, et du prince de Condé avec Marie de Clèves, cette dernière dansa tant et si bien la Yolte, que Catherine de Médicis l'emmena dans un cabinet de toilette pour la faire changer... de chemise.
» Quelques instants après, Henri III, alors duc d'Anjou, entra dans le même cabinet pour réparer sa coiffure ; il suait aussi beaucoup. Trouvant un linge sur une chaise, il le prit sans trop le regarder et s'essuya le visage : c'était la chemise de Marie de Clèves. On était au temps des influences magiques.
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De raltouchemcnl de la clicmise de Marie de Cli'vcs na(}uiL sixHilanémonl dans le cœur du duc d'Anjou une passion inconscienlo, un vrai coup de foudro, passion lollc qu'on prélend que la couronne de Pologne ne lui déplut lant, au dépari, que parce qu'il quiltaiL Marie.
» Celte passion aurait résisté à l'exil, et, lors de son avi-nemenl, il cro3'ait l'épouser en la faisant divorcer d'avec le prince de Condé, sous prétexte de différence de religion, ce dernier appartenant aux calvinistes. Mais, subitement, Marie de Clèves mourut, empoisonnée, disent quelques-uns. Uenri III la regretta profondément, et on raconte qu'il ne l'oublia jamais, soit que la nature charmante de la princesse l'eût touché sérieusement, soit qu'il eût été complètement ensorcelé par l'attouchement du linge qu'elle avait porté. »
Voilà un sujet de ballet tout trouvé; mais avouons franchement qu'il serait assez difficile à mettre en scène.
Avec la Pavane et la Volte, nous trouvons, dans la même période, la Bocanc et la Cou-
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rante, deux noms difîérenls pour indiquer à peu près la mémo danse, celle-ci provenant de celle-là, qui dut son nom au « sieur lîocan, maistre à danser de Sa Majesté la Reyne Anne d'Autriche » (164G), mais, toutes deux, danses nobles et graves, s'il en fut jamais.
Celte appellation de Courante constitue une véritable anomalie pour nos oreilles modernes ; nous nous figurerions volontiers, sous ce nom, voir courir une farandole échevelée, renversant tout sur son passage. Loin de là!
« L'air est ordinairement d'une mesure à trois temps, grave, et se note en triples de blanche, avec deux reprises. La Courante se fait d'un temps, d'un pas , d'un balancement et d'un coupé.
» Cette danse est très (jrave et impire un air de noblesse. Louis XIV la préférait à toutes les autres danses et la dansait mieux que personne de sa cour. Elle a été toujours regardée comme très nécessaire à savoir pour bien danser, et ses mouvements sont si essentiels, qu'ils donnent une grande facilité pour bien exécuter les autres danses', »
1, Dictionnaire de la Danse,
CURIOSITES UI-: LOl'ÉRA
La Sarabande est une autre figure noble de la même époque (commcncoment du xvn" siècle), que nous devons à l'Kspagno ; mesure à trois temps d'un caractère grave, lent et sérieux. On l'a toujours dansée avec accompagnement de castagne lies. Ce détail dénolc suffisamment son origine ibérique.
Auber a donc fait de la couleur locale — à peu près — quand il a placé au second acte des Diamants de la Couronne sa jolie sarabande en la mineur; très modernisée, du reste, elle est charmante de rythme et de molif.
A Texomple de la Pavane, la Sarabande était considérée comme une danse religieuse. En 1688, à Milan, les soldats espagnols dansaient la Sarabande devant la procession de la Fête-Dieu.
Celte danse eut une très longue vogue en France. On en trouve dans tout le répertoire lyrique da xvui'= siècle, jusqu'à l'époque de Gluck : dans le Triomphe de IWmour (Lully), dans les Festes fjrecques et romaines (Colin
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de Blamonl), dans Creuse l' Athénienne (Lacoste), dans Callirhoë (Des louches), dans le Triomphe de V Harmonie (Grcnet), dans Médée et Jason (Salomon), dans l'Europe yalmite et dans Tancrède (Campraj; dans C/rce (Desmaret), às.n'^ Anacréon et dans les Surprises de r A?nour [Ranieau), etc., etc.
On raconte que Ninon de Lenclos fui une des virtuoses de la Sarabande, à Fépoque où cet « air à danser » était presque toujours écrit note pour note. Avec les castagnettes obligées, la fameuse courtisane y déployait une grâce infinie qui faisait pâmer d'enthousiasme ses très nombreux adorateurs.
Do toutes les danses anciennes, la Gavotte eut l'existence la plus longue et Ja plus durable. Pour le public moderne , elle constitue, avec le Menuet , la fidèle reproduction des mœurs du xvn'' siècle. A ce mot à.o Gavotte, une image légendaire se présente à tous les esprits raffinés. On voit aussitôt un beau gentilhomme en habit brodé, pirouettant sur son talon rouge et tendant la main à une
CUUIOSITKS DK I/O PKI! A .V.)
dame, poudrée ù frimas, le visat^e coiivt'il dune épaisse couche de vermillon, portant sur les hanches de vastes paniers recouverts d'amples falbalas. Eh bien ! celle légende est tout à fait apocryphe, puisque la Gavotte date de bien plus loin que le règne de Louis XV. La mode l'a respectée , depuis le xvi'' siècle jusqu'à la Restauration.
La Gavotte a été plus que trois fois centenaire.
Elle a vu passer la Saint-Barthélémy, TEdit de Nantes et sa révocation, les guerres des jansénistes , des gluckistes et des piccinnistes, les Etats généraux, la Convention, l'Empire et la rentrée des Bourbons.
Cette vieille danse subit pourtant des variations de détail. Au xvi" siècle, les pas diffèrent totalement des époques postérieures.
La Gavotte avait eu d'abord le Branle pour congénère, et on délaissa, par la suite, ce modeste point de départ. Dans le principe, la cadence des pas suivait imperturbablement la coupe musicale. Sous Louis XIV, au contraire, la Gavotte se dansait à contre-temps et on la divisait en trois rythmes : le rythme tendre, le rythme léger et le rythme ordi-
iiaire, qui se trouvait avoir Tallure de la contredanse en usage à cette époque.
Le rythme léger était presque toujours employé dans ce que l'on appelait la Gavotte tendre, après le premier motif et avant sa reprise. La cadence des pas était très difficile à régler, car elle exigeait une grande virtuosité, par le fait de l'extrême variété des pas.
Sous Louis XV, la Gavotte fut, presque toujours, employée au théâtre comm.e « danse d'action », et, par cela même, elle était moins usitée dans les bals privés. Voilà donc un démenti à la légende citée plus haut.
Sous Louis XVI, la Gavotte redevint en très grande faveur à la cour, et la mode l'a conservée, comme nous le disions tout à l'heure, jusqu'au commencement du xix"" siècle; mais, à partir du Consulat, elle reçut une importante modilication : les pas ne furent plus réglés que par phrases musicales. La Gavotte devint ainsi une danse presque moderne.
Le Menuet a quelques analogies avec la
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GavoUe, aiialoi^ics d'existoiicc, sinon de forme. Dans les vieilles parlilions, on trouve peutêtre plus (le menuets que de gavottes; seulement, le ^[eunct a résisté moins longtemps que sa contemporaine aux exigences de la mode. Au lieu de n'avoir été en usage que sous Louis XV, avec la Gavotte, ainsi que le veut la légende, ce fut surtout à l'époque de Louis XIV qu3 cette danse eut une très grande voixue.
Nous ferons observer qu'au point de vue purement musical, le Menuet avait complètement changé d'allure, à partir de Rameau. Dans les ouvrages du grand Gluck, on trouve celte formule : « Mouvement de menuet. » Les symphonistes, Haydn en tète, lui donnèrent le coup de grâce en lui substituant le Minuetto instrumental. C'en était fait, le vieux Menuet n'était plus.
Comme danse, l'abbé de Brossard, dans son Dictionnaire^ prétend que le Menuet nous était venu du Poitou. Cela peut être ; mais une chose est certaine, c'est que le Menuet était considéré par nos pères comme la danse par excellence.
Voici ce que nous en dit le Maître à dmiser dans son style plus que fantaisiste :
« Il faut d'abord savoir que le vrai pas de menuet est composé de quatre pas qui cependant, par leurs liaisons, suivant le terme de l'air, ne sont qu'un seul pas. Ce pas de menuet a trois mouvements et un pas marché sur la pointe du pied, savoir : le premier en un demicoupé du pied droit et un du gauche, un pas marché du pied droit sur la pointe et les jambes étendues. A la lin le ce pas, vous laissez doucement poser le talon à terre pour laisser plier le genouil [sic] qui, par ce mouvement, fait lever la jambe gauche, qui se passe en avant en faisant un demi-coupé avancé, qui est le troisième mouvement de ce pas de me nuet et un quatrième pas. »
Avez-vous compris? Nous le désirons, sans l'espérer le moins du monde.
Il paraîtrait, du reste, que le Menuet fut rendu plus facile à exécuter par les danseurs novices, grâce à Pécourt, artiste célèbre de l'Opéra, qui réduisit toutes les positions de
1. a Par le sieur Ramean, maître à dauscr des pages de S. M. C. la reine d'Espagne. >) Paris, 1784.
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la ligure u deux moiivcinciils. Le .Menuet dcviiil alors la danse à la mode, et fit partie des talents indispensables à lont homme bien élevé.
Pécourt rendit ainsi, il le croyait du moins, uu immense service à Tari et à l'esprit. Sa conviction, en cela, était profonde. Il était, d'ailleurs, très infatué de sa personne et de son habileté, plus que tous les petits maîtres cl les chevaliers de son entourage, si nombreux pourtant à cette époque.
La Bruyère ne pouvait voir sans colère toutes les dames de la cour s'amouracher de ce baladin. Il lui décocha une foule d'épi- ^rammes acérées, en l'appelant Bathyle (en souvenir du fameux mime d'Auguste), et en lui adminisirant une de ces volées de bois vert dont il avait le terrible secret.
Pécourt appartient tout à fait au siècle de Louis XIV, puisqu'il débula en 1G74 et mourut en 1729.
L'histoire de la chorégraphie nous donne une autre amusante physionomie du « maître à danser ». Il se nommait Marcel, et Ilelvétius nous en parle dans son livre sur l'Esprit.
Ce Marcel était un original, extravagant et
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bourru, (]ui voulait trouver dans la danse le critérium de toutes les qualités et de toutes les imperfections morales ou phj^siques. Il prétendait distinguer le caractère d'un homme dans sa démarche et dans ses mouvements. Ce danseur jiodomancien plaçait dans les jambes le siège de l'intelligence. Un jour qu'il donnait une leçon de menuet à une jeune fille, il resta quelque temps silencieux et réfléchi, le front penché, l'œil perdu dans une rêverie extatique, et laissa tomber ces mots profonds, qui sont restés depuis à l'état d'axiome : « Que de choses dans un menuet ! »
Ce même Marcel, recevant la visite d'un célèbre danseur anglais, « le tarabuste et le rabroue » en échange de ses longs compliments, et, lorsque l'étranger veut lui parler de ses succès à Londres et à Dublin : « Monsieur, s'écrie Marcel pris d'une belle fureur en le jetant à la porte, ne me parlez jamais de vos danses barbares ; on peut sauter dans les autres pays, mais on ne da?ise qu'à Paris. »
Cette espèce d'illuminé fit son dernier ent/i'echat en 1739.
Nous trouvons dans une brochure, imprimée en 1797 à Lausanne, et intitulée : Essai on
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Pri/fc/pcs ('/rnirntriirps de Vnrt do d(im(\ la rélléxioji siii\anl(', (|ui indique bien qiio, dès lo milieu du xvu" siècle, le Menuet était déjà passé cà l'état de danse classique : « On Va abandonné depuis, lonf/tomps; mais il est facile de démontrer qu'on ne peut parvenir à danser, je ne dis pas bien, mais môme médiocrement, sans s'y être appliqué. Cette danse développe les membres, leur donne des contours gracieux, du moelleux et de la justesse dans les mouvements. » Du reste, le fameux Marcel s'exprimait à peu près de la mémo façon: « Le Menuet est une danse froide, mais nécessaire à r éducation; lorsqu'un bomme danse bien les menuets, il a des grâces dans tout ce qu'il fait et il est bon à tout. »
C'est le cas de redire : « Que de choses dans un menuet! »
Toutes les danses du xvni'' siècle, que nous venons de décrire : Braille, Courante, Gavotte, et Menuet, étaient exécutées aussi bien à la Cour qu'au tbéàtre, aussi bien dans les bals ordinaires que dans les bals masqués.
OG CURIOSITES DE LuPERA
Nous allons être obligé de faire ici une assez longue digression à propos du masque et de son emploi à la ville et sur la scène : car ce faux visage tient une place importante dans l'histoire de la Danse.
Tout le monde sait que Forigine du masque remonte aux ..ices les plus lointaines de la scène aixi-ique et qu'il est venu jusqu^à notre époque en faisant partie intégrante de quelques types impérissables de la vieille Comédie italienne.
Au temps de Louis XIV le masque était resté presque immuablement appliqué sur le visage des danseurs, dans les ballets de théâtre. Etait-ce pour donner à quelques virtuoses de qualité l'occasion de s'évertuer, sans se compromettre , au milieu des baladins de la compagnie? C'est possible^ puisque le cas s'est souvent présenté; tant est-il que l'usage du masque a été conservé, longtemps encore après la mort de Louis XIV. Ce déguisement de la face était d'autant plus nécessaire , à cette époque, que l'on ne voulait pas admettre, au
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théâlro, qu une ft'iiimc \ni\. remplir un lole odieux, ou même (lésagroal)lc ù voir. Aussi, pour les Furies, pour les Parques, pour la Haine dans Armido, pour la Nourrice dans Cndmus et IJormiono, en un mot, toutes les fois qu'un rôle d'une tragédie lyrique ou d'un ballet devait représenter une femme vieille, laide, farouche, repoussante, on choisissait un homme pour remplir cette honorable mission, à une condition pourtant : c'est que, s'il était chanteur, il fût possesseur d'une voix de haute-contre.
Jusqu'à l'année 1G81, les danseuses masquées ou non masquées n'étaient pas même admises sur la scène de l'Académie Royale de Musique. Grâce à leur masque de carton, les danseurs remplissaient touslesrôles, tant masculins que féminins. Ainsi, dans le ballet d'yl/ceste, de LuUy, nous trouvons que les rôles de bert/ères étaient dansés par les sieurs Bounard et Noblet ; dans celui de Thésée, les suivantes de Gérés et de Bacchus, las prêtresses dansantes, les Grecques, etc., sont représentées par les sieurs Bonnard, Boutteville, Bernier, Magny, Noblet, Favier, etc.
Dans Atys, c'est bien plus étrange encore,
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le fameux Pécoiirt et Bouttoville romplissaicnt des rôles de nympJiPs!
Cette absurdité scénique disparut, grâce au désir exprimé par les dames de la Cour de danser, elles-mêmes, à la représentation du « Triomphe de rAmow\ ballet royal en vingt entrées, mis en musique par monsieur de LuUy, écuyer, conseiller-secrétaire du Roy, maison, couronne de France et de ses finances, surintendant de la musique de Sa Majesté, paroles des sieurs Quinault et Isaac de Benserade. Ce ballet fut représenté pour la première fois au château de Saint-Germain-en-Laye, devant le Roy, le mardy 21 janvier 1681, et à Paris, le mardy 6 may de la mesme année )>.
Les danseurs de l'Académie Royale de Musique étant adjoints aux seigneurs de la Cour pour représenter ce ballet, les princesses et les autres dames réclamèrent les rôles de femmes. C'étaient : Madame la Dauphine Mademoiselle, Mademoiselle de Nantes, lille légitimée du Roi , la princesse de Conty, la duchesse de Mortemart,la princesse de Guémé-
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nôr, la comlosse do (ionlaiil-lîiron, la diicliosso de Sully, la marquise do Seignolay, etc., etc.
Commo danseurs, la Cour avait fourni entre autres : Monseigneur, les marquis de Alirepoix, d'Humières et de Richelieu, les comtes de Brionne, de Fiesque, de Tonnerre et tutti fjuanti.
Du reste, à la date de iGG4, un rtat avait été publié ^^5 sujets de la danse employés aux Festes de la Cour; côte à côte avec Molière, Benserade, Quinault. Tiully et les danseurs de profession, tels que Beauchamps, Pécourt, Boutteville, Lestang et NoLlet, on voit figurer dans Y état les plus hauts personnages de celte époque si curieuse à étudier en détail :
Le Roy et la Reyne, Monsieur, la comtesse de Soissons, Mademoiselle de Nemours, les ducs de Sully, de Saint- Aignan ; les marquis de Rassan, de Sancourt, de Genlis; les duchesses de Foix , de Sully, de Créqui , de Luynes , Madame de Montespan, Mademoiselle de Montausier, Mesdames d'Elbeuf, d'Arquien (depuis reine de Pologne), de Brancas, de Caraman, de Se vigne, etc.
Pour revenir au Triomphe de fAînour, Lully, en adroit courtisan qu'il était et en homme
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habile qu'il fut toujours, Lully s'empressa de profiter de la circonstance. Comme il devait placer des danseurs à côté des gentilshommes, il mit des danseuses à côté des grandes dames.
Une de ces ballerines, nommée La Fontaine, s'y ht remarquer ; aussi, quand Lully dut faire jouer son ballet à Paris, les danseuses gardèrent leur place tout indiquée par l'exécution devant la Cour, et cette modification, très importante pour l'avenir de la chorégraphie scénique, s'accomplit sans accidents.
Le masque seul fut conservé.
En dehors des ballets de la Cour et de rOpéra, comme nous le disions tout à l'heure, il y avait les bals masqués chez les particuliers de la ville, où l'on exécutait toutes les danses à la mode du jour; ces bals étaient régis par une série de coutumes séculaires qui sembleraient bien étranges à coup sûr, si l'on voulait les faire admettre aujourd'hui.
Ces coutumes étaient plus que libérales, nous en convenons fort bien; seulement elles avaient le tort de donner lieu à des incidents
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et à ilos coiitlils de louto sorte, (j n'aggravait encore le relûchemont des mœurs du temps.
Dans un bal masqué ou à visag^e découvert, chaque passant avait le droit d'entrer et de s'amuser à sa guise, sans se préoccuper le moins du monde si sa présence pouvait déplaire, en quoi que ce fût, au maître de céans. Il n'y avait, pour être admis, qu'à dire qu'on venait incognito ;{o\ii(i% les formalités, dès lors, étaient remplies et l'on n'avait plus qu'à se livrer sans contrainte aux charmes de la Courante, de la Gavotte ou du Menuet.
Mais aussi que d'aventures !
Bonnet nous en raconte quelques-unes, que nous allons lui emprunter :
« Par la suite des temps, l'on s'avisa d'établir des bals nocturnes où l'on n'entrait que masqué, après minuit, pour laisser la liberté aux maîtres du bal, de souper et d'assembler leurs amis, parce que les masques semblent se rendre les maîtres du bal, sitôt qu'ils y sont entrés, à moins que ce ne soit chez un prince ou chez un particulier d'une grande distinction. C'est pourquoi il ne convient pas à tous de donner ce divertissement au public, sans s'exposer à la discrétion des masques;
c'est un usage qui s'est toujours conservé, depuis, pour éviter les inconvénients.
» On sait aussi qu'il n'est pas permis de démasquer un masque au bal. quelque personne que ce puisse être; ce qui fait connaître que ceux qui ont établi le bal masqué n'ont pas manqué d'y joindre quelques préceptes et des règles, pour y conserver un ordre convenable aux mœurs de la nation,
» Le masque a même la liberté de prendre la reine du bal pour danser, quand ce serait une princesse du sang, quoique non masquée ; comme je l'ai vu arriver, dans un bal que le roi donnait à Versailles, par un masque déguisé en paralytique et enveloppé d'une vieille couverture, qui eut la hardiesse d'aller prendre Madame la duchesse de Bourgogne ; elle eut aussi la complaisance de l'accepter, pour ne pas rompre l'ordre du bal.
» On sut depuis que ce masque n'était qu'un simple officier de la Cour; cependant il n'en fut pas blâmé, parce que c'est une licence que le bal masqué autorise.
» L'entrée du bal doit être libre ù tous les masques, pendant le carnaval, surtout après minuit. L'usage que les grands seigneurs ont
cuniosiTKs \)v: i/opkr.v r.i
pris depuis (jii('l([iie temps, do ne laisser «mi- Irer les mas(iues que par billets, pst 1res contraire à la liberté publique et à l'institution des bals mascpiés, parce que le plaisir du déguisement consiste à n'être point connu et d'y entrer aussi librement qu'aux bals magnifiques que feu Monsieur ' donnait au Palais-Royal, où tout Paris se faisait un plaisir d'aller superbement masqué; outre que les rafraîchissements y étaient en abondance, il y avait cinq ou six bandes de violons distribuées dans les appartements. »
« Je me souviens, à propos de la liberté de l'entrée du bal pendant le carnaval, d'un accident qui arriva au Roi chez M. le président de N..., qui donnait un bal dans le culde-sac de la rue des Rlancs-Manteaux, au sujet du mariage d'un de ses fils, il y a près de cinquante ans.
» Le Roi, qui se plaisait quelquefois à courreX^ haiS. incognito, fut à celui du président de N... avec un cortège de trois carrossées de