‹ Curiosités bibliographiques (volume 2)Chapitre 10 sur 14 · ÉCRITURES SECRÈTES · texte numérisé non relu

ÉCRITURES SECRÈTES

v elles importantes, imagina cet étonnant stratagème : il avait un esclave qui souffrait des yeux depuis longtemps ; sous prétexte de le guérir, il lui rase toute la tête, et y écrit avec son stylet ce qu’il veut. II retint l’homme dans sa maison jusqu’à ce que ses cheveux eussent repoussé ; alors il l’envoya à Aristagoras. « Arrivé chez Arislagoras, « lui dit-il, tu lui recommanderas de ma part de te raser « la tête comme je l’ai fait moi-même. » L’esclave se rend chez Arislagoras et lui transmet la recommandation de son maître. Celui-ci suit cette prescription , persuadé qu’elle n’a pas été donnée sans motif, et lit la lettre sur la tête de l’esclave 1 . »

Les procédés cryptographiques employés par J. César et Auguste élaieutd’une extrême simplicité. Suivant Suétone, le premier employait toujours, au Heu de la lettre dont il aurait eu besoin dans l’écriture ordinaire, celle qui était placée au quatrième rang après elle dans l’alphabet. Ainsi il mettait D pour .4, E pour U, et ainsi de suite. Auguste mettait B pour A, C pour B , etc., et deux A pour Z.

Depuis celte époque, la crytographie n'a pas cessé d’être employée un seul instant, et il n’est guère de prince ou de ministre qui n’eu ait fait usage pour sa correspondance politique.

« A la lin du seizième siècle, les Espagnols, voulant établir, entre les membres épars de leur vaste monarchie, une communication qui ne pût pas être interceptée, avaient imaginé des caractères de convention, qu'ils variaient même de temps en temps, afin de déconcerter tous ceux qui seraient tentés de suivre les traces de leur

1 Nuits altiques , 1. xvu , c. 9. Traduction de la collection Dubochcl. Voyez aussi Hérodote, liv. v, c. 55.

correspondance. Ce chiffre, composé de plus de cinquante figures, leur fut d’une merveilleuse utilité pendant nos guerres civiles. Le célèbre géomètre français Yiète ayant été chargé, par le roi, d’en découvrir la clef, y parvint facilement, et trouva même moyen de le suivre dans toutes ses variations. La France profita, pendant deux ans, de celte découverte. La cour d’Espagne, déconcertée, accusa celle de France d’avoir le diable et des sorciers à ses gages; elle s’en plaignit à Rome; Viète y fut traduit comme un négroman et un sorcier, ce qui prêta beaucoup à rire l . »

Le concile de Nicée se servit aussi de caractères secrets, et Raban-Maur, abbé de Fulde et archevêque de Mayence, a rapporté deux exemples d’un chiffre dont les Bénédictins ont trouvé la clef. Dans le premier exemple, on supprime les cinq voyelles, et on les remplace de la manière suivante : lï est représenté par un point, l’a par deux, l’c par trois, l’o par quatre, et l’u par cinq, de telle sorte que cet assemblage de lettres :

.N c. p. t vtrsxs B::n.f:c.. :rch. gl::r.::s.qi m:rl.r.s. doit se lire ainsi :

Incipit versus Bonifacli arclii. gloriosique martyris.

Dans le second exemple, on substitue à chaque voyelle la lettre suivante. Toutefois les consonnes b, k, p, x, qui, dans ce système, tiennent lieu de voyelles, conservent aussi leur valeur.

i Bioyrayhie Michaud , tome xlviu, p. 446.

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