DES LIVRES D’IMAGES ET DES DONATS
C’est un grand sujet d'étonnement pour tous ceux qui étudient un peu les origines de l’imprimerie, de voir combien l’antiquité a approché de cette découverte, à laquelle cependant elle n’a pu parvenir l . Sans parler de la Chine, où, suivant les missionnaires, l’imprimerie, au moyen de planches de bois fixes, était connue dès les premiers siècles de l’ère chrétienne, les anciens connaissaient les principes de l'impression, et avaient en leur possession les matériaux et les instruments nécessaires. Ils gravaient sur les briques, sur les vases, sur les pierres et les métaux, et pratiquaient l'impression sèche à froid ou à chaud dans toute l’extension dont elle est susceptible, comme empêchent d’en douter l’emploi qu’ils faisaient des cachets, les marques des briques et du pain, les inscriptions et * les chiffres frappés dans les monnaies, les stigmates appliques au front des esclaves fugitifs, etc. Ils connaissaient même le principe fondamental sans lequel l’imprimerie n’aurait plus été que d’un usage fort restreint, le principe de la mobilité des caractères, car, ainsi qu’on en voit la preuve sur des lampes en terre cuite, ils avaient des poinçons d’une seule lettre, dont ils se servaient
1 D’Israeli prétend, dans ses Curiosities of literalure, que les grands hommes, chez les Romains, ont eu connaissance de l’imprimerie, mais que par une profonde conception politique, calculant les immenses dangers que cette decouverte entraînerait avec elle, ils l’avaient cachée au peuple. Un Allemand, Quandt, a soutenu, dans son Histoire de la gravure , que si cette invention était venue plus tôt, elle n’aurait eu aucun succès.
de la même manière que nos relieurs aujourd’hui pour les étiquettes des livres. En outre, d’après deux passages de Quintilien et de saint Jérôme, on voit que les anciens apprenaient à lire aux enfants au moyen de lettres en relief. « Qu’on lui fasse des lettres de lmis ou d’ivoire, dit le dernier, en parlant de la fille d’une dame romaine, Lœla, qu’on appelle chacune d'elles par son nom; qu’elle en fasse son amusement, afin que ce jeu lui serve en même temps de leçon. » Un texte de Cicéron n’est pas moins explicite. Voulant réfuter la théorie de la création du inonde par les atomes, il dit : « Celui qui croit une pareille chose possible, pourquoi ne croirait-il pas que, si l’on jetait à terre quelque part d’innombrables formes des vingt et une lettres de l’alphabet, soit en or, soit de quelque autre matière, il pourrait en sortir les annales d’Ennius *? »
Au moyen âge on connut et on employa l’impression h umide avec des encres de diverses couleurs. Guillaume le Conquérant, à l’instar de son père et de son aïeul, imprimait quelquefois sur ses chartes un cachet trempe dans l’encre.
Les enlumineurs et les décorateurs de livres an moyen âge imprimaient aussi par le moyen de patrons découpés dans des lames de laiton ou d’un autre métal. Ce procédé était nouveau par l’application qu’ils en firent ; car la régularité des ornements que l’on voit sur les caisses de momies a fait soupçonner que les Egyptiens se servaient de patrons pour les y appliquer. Quant aux peintures des vases, appelés improprement vases étrusques, il paraît qu’on ne peut élever aucun doute à cet égard.
* De y al urn Drorttm, I. il.