‹ Curiosités bibliographiques (volume 2)Chapitre 5 sur 14 · DES COPISTES ET DES MANUSCRITS · texte numérisé non relu

DES COPISTES ET DES MANUSCRITS

Chez, les Hébreux, dont toutes lus éludes se bornaient, à celle des livres saints, la profession de copiste semble avoir été confondue avec celle de commentateur. Le litre de copiste était un titre honorifique, et désignait les

savants, interprètes des Ecritures; on pourrait même

COPISTES. 2fl

supposer, d’après un passage de la version des Septante, qu’on leur avait assigné une résidence particulière.

Chez les Romains, le soin de transcrire les manuserils fut principalement réservé aux esclaves ; et ceux qui servaient de copistes acquéraient une très-grande valeur :

mt .y*.

c’élail un luxe que se donnaient les gens riches, qui voulaient faire parade de leur science. Sénèque, dans sa

27° épîlre, parle d’un certain Calvisius Sabiuus, qui avait

acheté onze esclaves, à chacun desquels il avait fait apprendre un poème grec. Ils lui avaient coûté 100 000 sesterces (25 000 francs) la pièce, somme pour laquelle, lui disait un plaisant, il aurait pu acquérir onze bibliothèques.

Grâce au prix élevé de ces servi lillcrali, celait une spéculation avantageuse de faire instruire les esclaves dès T enfance. « Pomponius Allicus, dit Cornélius Nepos, avait beaucoup d'esclaves instruits, de lecteurs habiles, et un grand nombre de copistes. Il n’était pas jusqu'à ses valets de pied qui ne fussent eu étal de lire ou de cop er au besoin. »

Le sort des esclaves lettrés était en géuéral beaucoup plus doux que celui des autres esclaves ; ou les ménageait , et Ton tenait à eux comme à une chose de prix. Quand ils étaient parvenus à gagner l’affection de leurs maîtres, ceux-ci les affranchissaient et les attachaient ainsi davantage à leur personne. On peut voir, dans les correspondances de Cicéron et de Pline le Jeune, de quels soins, lorsqu’ils tombaient malades, ou entourait ces serviteurs, que leurs talents rendaient si précieux. Les changements de domicile, les voyages, rien n’était épargné pour leur rendre la sauté. Pline envoya successivement en Egypte et dans le l'rioul un de scs affranchis

lettres, qui avait été atteint, à différentes reprises, d’une maladie de poitrine.

Outre les esclaves lettrés, il y eut aussi des copistes de profession, et à Rome ce métier dut être exercé principalement par des alfranchis et des étrangers Le célèbre édit de Dioclétien sur le maximum, édit dont une inscription de Stralonieée nous a conservé quelques fragments, devait renfermer les prix payés aux copistes. Mais malheureusement la pierre est mutilée à l’endroit où étaient inscrits le prix du parchemin et le salaire de l’écrivain, et tout ce que l’on peut en tirer, c'est que le salaire était évalué par cent lignes.

Il y avait aussi des femmes copistes, comme le prouve nue inscription latine publiée par Griller. En 251 , lorsqu’Origène entreprit la révision de l’Ancien Testament, saint Ambroise lui envoya des diacres et des vierges exercées dans la calligraphie. A la fin du cinquième siècle, Saint Césaire ayant fondé à Arles un couvent de femmes, leur prescrivit de s’occuper à copier des livres à des heures réglées.

Pendant longtemps, ainsi que noùs le verrons plus tard, la profession de libraire ne fut pas distincte de celle du copiste; ce dernier se trouvant naturellement à même de vendre les manuscrits qu’il avait copiés ou fait copier. Le mol de libraire vient du nom de librarii, que les Latins donnaient aux copistes.

Les écrivains de la basse latinité appelaient anliquarii les copistes qui transcrivaient les anciens ouvrages. Celle occupation nécessitait en elfet quelques études prélimi-

4 La iiUquifl des noms de cavistes qui nous ont été conservés sont grecs.

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mures relatives surtout au déchiffrement des vieilles écritures.

Au moyen âge, le mot de clerc. ( clericus ) désigna aussi les copistes, les moines et les ecclésiastiques ayant été pendant longtemps seuls on état de copier les manuscrits.

Les Romains avaient des ateliers où plusieurs copistes écrivaient sous la dictée d’un lecteur. On pouvait donc ainsi obtenir assez rapidement plusieurs exemplaires d'un même ouvrage. Au moyen âge, il ne pouvait en être ainsi, car, par suite de la rareté des livres, il était plus important d’avoir un seul exemplaire d’ouvrages différents, que plusieurs exemplaires d’un même ouvrage. D’ailleurs, les moines, ne pouvant consacrer à la transcription dos livres qu’un petit nombre d’heures, et n’étant pas stimulés, comme les copistes laïques, par l’amour du gain, ne devaient pas aller très-vite.

La salle où se tenaient les moines copistes portail le nom de scriplorium. Elle était consacrée par la bénédiction suivante, rapportée dans le Glossaire de Dueango :

« Benedicere digneris, Domine, hoc scriplorium famu- « lorum luorum, et omnes habitantes in eo, ut quidquid « divinarum Scriplurarum ab eis lecluin vel scriplum « fucrit, sensu captant, opère perfieianl; Per Domi-

« num, etc. »

Les copistes devaient travailler en silence, et, pour qu’ils ne fussent pas dérangés, l’abbé, le prieur, le sousprieur elle bibliothécaire avaient seuls le droit d’entrer dans leur salle. C’était le bibliothécaire qui était chargé de leur indiquer ce qu’ils devaient transcrire, et de leur fournir tous les objets dont ils pouvaient avoir besoin Il leur était sévèrement défendu de copier autre chose

que ce qui leur avaitélé prescrit.— Alcuin avait fait mctlre l’inscription sui vaille dans le scriplorium des copistes qu’il avait sous sa direction : *

Hic sedeant sacræ seribenles ilamina legis,

Nec non sanctorum dicta sac rata palrum.

llic inlcrsercre caveant sua frivola verbis,

Frivola nec propter errel et ipsa manus;

Correclosque sibi quæranl studiose libellos,

Tramile quo rcclo penna volantis eal.

Iist decus egregium sacrorum scriberc libres,

Nec ineroede sua scriptor cl ipse caret .

Cassiodoro. dans le scriplorium de son monastère de Viviers, avait place une horloge solaire, une clepsydre, et des lampes 1 qui pouvaient d'elles-mcmcs s'entretenir d’huile, et donner longtemps une vive lumière.

La transcription des livres, surtout de ceux qui avaient rapport à la religion, était regardée, au moyen âge, comme une œuvre méritoire. « Les livres que nous copions, disent les statuts de Gui II, prieur des Chartreux, deviennent autant de prôueurs de la vérité. Nous espérons que Dieu nous récompensera, et pour tous les hommes que ces livres auront débarrassés de l’erreur, et pour ceux qu’ils auront affermis dans la vérité catholique. »

Voici, sur les copistes, un passage assez curieux d’Orderic Vital :

« Théoderic, abbé d’Ouche. dit -H, écrivait bien, et il a

1 Nous ne pensons pas qu’on ail relevé quelque part l’emploi, au cinquième siècle, de ces lampes, qui étaient peut-être des lampes mécaniques, ou plutôt des espèces de quinquets. Dans l'un ou l’autre cas, le l'ait n'en est pas moins très-curieux.

COPISTES

laissé aux jeunes religieux d’illustres monuments de son talent. Le livre des Collectes, le Graduel et YAnlipItonier furent écrits de sa propre main dans le couvent même. Son neveu Radulphc copia YEplaleuque, ainsi que le Missel, dans lequel on chante journellement la messe au couvent. Son compagnon Hugues (il une copie de l’Exposition sur Ezéchicl. du Décalogue et de la première partie des livres moraux. Le prêtre Roger est celui auquel on doit une copie de la troisième partie des livres moraux, des Paralipomènes, et des livres de Salomon.

« Ce fut de celle école que sortirent plusieurs excellents copistes 1 , tels que Bérenger, qui depuis, devint archevêque de Venosa, Goscolin et Radulphe, Bernard, Turquetil, Richard et plusieurs autres, qui remplirent la bibliothèque de Saint-Evroul des traités de Jérôme et d’Augustin, d'Ambroise et d'Isidore, d’Eusèbe et d’Orose, et de divers docteurs ; leurs bons exemples aussi encouragèrent les jeunes gens à les imiter dans un pareil travail. L'homme de Dieu, Théoderic, leur donnait des instructions, et les avertissait souvent d'éviter entièrement l'oisiveté de l’esprit, qui a coutume de nuire beaucoup au corps ainsi qu’à laine. Il avait l’habitude de leur parler en ces termes : « Un certain frère demeurait dans un monastère; il était coupable de beaucoup d’infractions aux règles monastiques; mais il était écrivain, il s’appliqua à l’Ecriture, cl il copia volontairement un volume considérable de la divine loi. Après sa moit,

' Les ealligrapltcs français oui rarement mis leurs noms à leurs ouvrages. Les ropistes du célèbre Code . r Ei'angcliontw,t [ni était jadis ii Sainllienis, étaient deux religieux du neuvième siècle nommés Iteringar cl Luilliard; et le culligraphe du Codex bibl. <|ui lui présenté à Charlemagne, lors de son séjour à Pavie, s'appelait Ingoberl.

Digitiz

son âme fut conduite pour être examinée devant le tribunal du juge équitable. Comme les mauvais esprits portaient contre elle de vives accusations, et faisaient l'exposé de ses péchés innombrables, de saints anges, de leur côté, présentaient le livre que le frère avait copié, dans la maison de Dieu, et comptaient, lettre par lettre, l’énorme volume, pour les compenser par autant de pécliés. Enfin une seule lettre eu dépassa le nombre, et tous les efforts des démous ne purent lui opposer aucun péché. C'est pourquoi la clémence du juge suprême pardonna au frère, ordonna à son âme de retourner à son corps, et lui accorda avec bonté le temps de corriger sa vie l . »

Dans la plupart des couvents, la règle ordonnait la transcription des livres, mais il ne faut pas s’y trompèr : la règle des couvents, comme toutes les lois en général, indique ce qui devait se faire, et non pas ce qui se faisait; la prescription dont nous venons de parler u'élail guère mieux observée que les vœux do pauvreté, de chasteté et d’obéissance dans les ordres religieux , qui eurent si souvent besoin d’être réformés.

Il y avait quelques monastères où l’on n’était admis qu’en faisant cadeau à la bibliothèque d’une ou de plusieurs copies d’ouvrages sacrés ou profanes.

Le collage des manuscrits, c’est-à-dire l’assemblage des feuillets dont se composait le volume fut, suivant IMiolius*, inventé par un certain Phülalius, auquel les Athéniens reconnaissants érigèrent une statue. Chez les Romains, celle opération était souvent pratiquée soit par des apprentis copistes, soit par des esclaves ou des affran-

1 Histoire i te Xoimmnlie, liv. m, rnltrclion Guizot, tome xxvi, p. 11-tS .

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cliis. dont c’était la profession spéciale, cl qui portaient le litre de glulinalorcs, que l’on retrouve dans quelques inscriptions lumulaircs. Telle est celle qui a été découverte à Naples, et qui fait mention de M. Annius Slicliius, colleur de l’empereur Tibère.

Tandis que, chez les Romains, les esclaves copistes étaient à la fois relieurs, colleurs, etc., les religieux, au moins dans quelques couvents, se partageaient le travail. «Que l'un, dit Trilhème, abbé de Spanbeim au quinzième siècle, que l’un corrige le livre (pie l’autre a écrit, qu’un troisième fasse les ornements à l’encre rouge; que celui-ci se charge de la ponctuation, un autre des peintures ; (pie celui-là colle les feuilles et relie les livres avec des tablettes de bois. Vous, préparez ces tablettes; vous, apprêtez le cuir; vous, les lames de métal qui doivent orner la reliure. Que l’un de vous taille les feuilles de parchemin, qu’un autre les polisse; qu’un troisième y trace, au crayon, les ligues qui doivent guider l’écrivain ; eulin qu’un autre prépare l’encre cl un autre les plumes. »

Les ornements et les enluminures dans les manuscrits ne se présentent guère avant le sixième siècle, bien que les Bénédictins en fassent, avec raison ’, remonter l’usage beaucoup plus liant. Les lettres ornées employées pour les litres des ouvrages et des divisions principales, pour les initiales des chapitres, reçurent les formes les plus bizarres cl les plus variées. Elles représentaient tantôt des hommes grotesques avec des difformités monstrueuses, tantôt des animaux, des plantes, des fruits. Elles occupaient quelquefois une page entière. Mais ce travail était

* Il en est «inestîoii dans le vers suivant de TiluiUe ; Indice! ut mmieii h lier « i>u!a luum.

confié en général à d’autres mains qu’à celles du copiste.

« Les manuscrits d’ouvrages sacrés ou profanes se surchargeaient, presque à chaque page, d'ornements gothiques, vignettes, armoiries, dessins coloriés, initiales en or. Les marges se remplissaient de peintures, à tel point qu’on disait que les écrivains étaient devenus des peintres, hodie scriplores non sunt scriplorcs , sed piclores. Tracer ou peindre ces figures marginales s’appelait babuinare. Ce luxe, porté plus loin eu Italie qu’ ailleurs, se répandit beaucoup en France; témoin entre autres deux manuscrits du Saiut-Graal, dont l'un présente cent vingtcinq miniatures dorées, et l'autre cent vingt-sept, outre les capitales ornées d’armoiries qui se rencontrent dans

tous deux, lois sont aussi les quatre Evangiles en lettres d’or, qui fureiït achevés en moins d’une année, de 1213 à 1211, à l’abbaye de Haul-Yillers, sous l’abbé Pierre Guy; l'exemplaire de la Bible exécuté, vers 1239. à l’abbaye du Parc, et qui a servi depuis aux Pères du concile de Trente; enfin le Passionnairc , ou recueil de cent trente vies de saints, écrit à llaul-Yillers eu 1282. sous l’abbé Thomas de Moreinont, et qui se termine par une défense de l'aliéner. Quelques réclamations s’élevèrent contre céttc magnificence ; les dominicains défendirent aux copistes de leur ordre de faire des livres dorés, et leur ordonnèrent de s’appliquer plutôt à former des caractères plus lisibles.

« Ces ornements avaient élevé le prix des livres à un taux excessif, dont il nous est difficile, vu les variations du système monétaire, de concevoir une idée précise. Nous croyons toutefois que chaque miniature des manuscrits de Saiut-Graal coûtait deux florins, qu’on payait quatre-vingt livres une copie de la Bible, et deux cents

MANUSCRITS

llorins un Missel orné. En général, nous pourrions dire que le prix moyen d'un volume in-folio d'alors équivalait à celui des choses qui coûteraient aujourd’hui quatre ou cinq cents francs '. »

Voici quelques articles extraits des comptes de dépenses de la maison de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne. Us peuvent servir à compléter ce qui vient d'être dit sur le prix que coûtaient les enluminures :

« 1573. (Amiot Arnaut) Bel in, enlumineur à Dijon, escript et enlumine un sept seaumes, pour la duchesse, pour 3 fr. (environ 28 fr. 43 cent.).

« 1577. Le duc paye à maislre Robert, faiseur de cadrans à Paris 4 fr. (environ 50 fr. 43 cent.) pour un almanach qu’il a voit fait pour li. pour ceste année, commençant le I er janvier.

«1382. Le duc paye à llcnriot Garnier Breton 7*2 fr. (311 fr. SOccnt.) pour ung livre appelé les Chroniques des rois de France. »

Longtemps après l'invention de l’imprimerie, les gens riches faisaient encore exécuter à grands frais de magniliques manuscrits ornés de miniatures.

Ainsi, le duc de Guise, avant de partir pour Rome, avait commandé un livre d'heures à Louis Duguernicr, qui y représenta les plus jolies femmes de la coursons la ligure d’autant de saintes. Bussy s'était fait faire un enleudrier dont les portraits étaient, dit-on, exécutés par Petitot.

Le Dialogue de l'Amour cl de l’Amitié j par Perrault, plut tellement à Fouquel, qu'il le lit transcrire sur vélin et orner de dorures et de peintures.

1 Histoire littirairc de la France, tome xvi, p. sa.

La Bibliothèque impériale de Vienne possède un manuscrit célèbre exécuté en 1647 par Frédéric Brentel. peintre distingué, pour Guillaume, marquis de Bade. Il * appartint quelque temps au prince de Conti, qui l’avait acheté 6 000 fr. d’un chanoine de Strasbourg. Ce manuscrit, de format in-8, est divisé en deux parties qui forment ensemble 470 pages. La première-est intitulée : Uf/icium U. Mariai Virginis Pii F. Pont. Max. jussu editum; et la seconde : Oraliunes sclectœ et officia quædam parlicutaria adusum Guillclmi Marchionis Badensis. variis, authore Friderico Brentel, ornata picluris anno MDCXLYI I . Ce magnifique manuscrit, outre quarante réductions des plus beaux tableaux d’Albert Durer, île Luc Jordaens , de Rubens, de Yan-Dick , de Breughel, de Wouvermans. de Té nier s, etc., et un frontispice représentant un concert céleste, renferme un calendrier dont chaque mois est enrichi de miniatures. L’ouvrage est terminé par le portrait du peintre.

L’un des plus habiles calligraphes modernes, et certainement le plus habile de tous les calligraphes français, est Nicolas Jarry, né à Paris vers 1620, et mort avant 1674. Il avait reçu de Louis XIV le brevet d'écrivain et donateur de la musique du roi. Ses ouvrages, qui sont fort rares, se payent un prix fort élevé, comme ou pourra en juger par les détails suivants extraits de la dernière, édition du Manuel du libraire :

L’ouvrage que l’on regarde comme la première œuvre de Jarry est une Prœparalio ad missam, 1633, in-8, sur vélin, et ornée de lettres initiales en or et en couleur. 11 a été payé dans une vente 230 fr.

La Guirlande de Julie , 1611, in-folio de trente feuillets. Ce magnifique ouvrage est le plus célèbre de tous

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ceux de Jarry. Il fut composé pour le duc de Monlausier, qui l'offrit à Julie de Rambouillet, quelques années avant de l’épouser.

Le frontispice du volume est entouré d’une guirlande qui a donné son nom au recueil ; sur chaque feuillet est une des Heurs faisant partie de la guirlande et peinte par le fameux Robert. Au-dessus de celle Heur est un madrigal 1 transcrit par Jarry avec une admirable perfection. A la mort du duc, qui survécut à sa femme, ce livre passa à la duchesse de Crussol-d'Uzès , puis aux héritiers de celle dame. Lors de la vente de la bibliothèque du duc de La Vallière, il fut adjugé à des Anglais au prix énorme de 14 510 livres. Depuis il a été racheté par la fille du duc de La Vallière.

Une copie de ce manuscrit, faite par l’auteur lui-même en 1641, mais sans peintures, a été payée successivement 406 fr., 622 fr., ct230fr.

Le texte a été publié par Didol, 1784, in-8, et I8f8. in- 18.

Missalc solemnc, 1641, in-folio, écrit en rouge et noir et sur deux colonnes, avec chant noté. Chaque page est encadrée d’un filet d'or et ornée de lettres initiales en or et en couleur. Vendu 601 fr. en 1813.

Adoration à Jésus naissant, escrile cl présentée « la reyne. 1653, in- 12, sur vélin, d’une magnifique exécution. Vendu 730 fr.

’ Tous ces madrigaux sont en général fort mauvais. On ne connaît guère maintenant que celui qui avait été écrit au bas de la violette par Ilesmarels de Sainl-Sorlin :

Modeste en ma couleur, modeste en mon séjour,

Franche d’ambition, je me cache sous l’herbe ;

Mais si sur votre front je puis me voir un jour,

La plus humble des (leurs sera la plus superbe.

Heures de Notre-Dame cscrilcs à la main , 10 57. in-folio, sur vélin, avec sept miniatures. Il a été vendu successivement 513 fr., 1 001 fr., et 75 liv. 10 sh.

Preccs chrislianœ , 1032, in-12, sur vélin, avec fronlispice cl vignettes. Vendu 1 210 fr.

Office delà bienheureuse vierge Marie , 1630, in-12, sur vélin, avec des miniatures par Petitot. Ce livre a été, à ce qu’on prétend, exécuté pour Anne d’Autriche, et, après sa mort, donné au duc de Bourgogne par madame de Maintenon ; il appartint ensuite au prince de Conti, et fut vendu plus tard 110 liv. 3 sh.

Adonis, poème de La Fontaine, dédié à Fouquet, 1638, in-4. Ce magnifique manuscrit, qui passe pour un des morceaux les plus précieux que l’on connaisse en ce genre, après avoir été momentanément dans le cabinet du prince Michel Galilzin, à Moscou, fut renvoyé à Paris avec la bibliothèque de ce seigneur, et vendu 2 000 fr. en 1825.

Les prix élevés auxquels montent les œuvres de Jarry ont encouragé les faussaires à mettre son nom à des productions calligraphiques dues à scs élèves ou à ses rivaux; mais nous ne savons pas qui 31. Brunet a voulu désigner dans la phrase suivante placée à la (in de l'article qu'il a consacré à Jarry : « Pourquoi faut-il que nous ayons à dire qu’un homme dont la plume habile sait imiter toutes sortes d’écritures, n’a pas craint de se prêter à ce genre de fraude en inscrivant dernièrement le nom de Jarry sur plusieurs petits livres de prières qui étaient restés anonymes. »

Quelques manuscrits sont devenus célèbres, quoiqu’ils n’eussent d’autre mérite que celui de la difiiculté vaincue. Tel était le Liber passionis D. N. J. C.,cum figuris cl

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rltnraclenbus ex milia materia compositis. Les feuilles <le ce livre étaient de parchemin, sur lequel on avait découpé tous les traits de lettres que l'ou a coutume d’écrire ou d’imprimer sur le papier ; de sorte qu’en mettant entre les feuilles un papier noir, ou bien en les regardant par le revers au grand jour, tous les mots pouvaient eu être lus distinctement.

Ce livre singulier sc voyait en 1640 dans la bibliothèque du prince de Lingen, et on prétend que l’empereur Rodolphe en offrit une sommé considérable.

Ajoutons encore quelques mots sur les manuscrits au

moyen âge.

Au neuvième siècle. Loup de Ferrières écrivait à Égin- Itard : « J'irai vous voir pour vous rendre vos livres et apprendre de vous quels sont ceux dont je puis avoir besoin. Je vous aurais envoyé Aulu-Gelle, si l'abbé ne l’avait

gardé de nouveau, se plaignant de ne pas l’avoir encore fait copier ; mais il m’a promis de vous écrire qu'il m’avait arraché de force cet ouvrage. » Dans une lettre adressée à une autre personne, on trouve les passages suivants : « Le livre que vous m’aviez demandé me l’a été. à mon retour, par beaucoup de personnes auxquelles il tic me convenait pas de le prêter. J’ai presque résolu, de peur qu’il ne périsse, de l’envoyer quelque part... Mais quand vous viendrez, peut-être vous l’obtiendrez de moi. » Ailleurs Loup s'exprime ainsi : « Je vous envoie, avant de l'avoir lu, le manuscrit des annotations de saint Jérôme sur les Pères. Que votre Diligence veuille bien le faire lire ou le faire copier et nous le renvoie promptement. Dès que j’aurai les Commentaires de César, je vous les ferai passer. »

La correspondance du même écrivain montre combien il était difficile de se procurer des ouvrages sacrés ou profanes. Ainsi ayant demande à un abbé allemand l’Explication de Jérémie par saint Jérôme, et n’ayant pas pu se la procurer, il s’adresse au pape Benoît III. et lui écrivant pour lui recommander deux moines qui avaient entrepris le pèlerinage de Rome . il ajoute : « Nous vous demandons aussi Cicéron De oralore, et les douze livres des Institutions de Quinlilien, qui sont contenus dans un seul volume de médiocre grandeur. Nous avons diverses parties de ces auteurs, mais nous voudrions en posséder la totalité. Enfin, nous vous demandons aussi le Commentaire de Douai sur Térencc. Si votre libéralité nous accorde celte faveur, tous ces ouvrages, avec l’aide de Dieu, vous seront promptement rendus. »

A celle époque, par suite de la valeur des manuscrits, les voyages n’étaient pas plus sûrs pour les livres que pour les hommes. Loup de Ferrières s’excuse auprès d’IIincmar de n’avoir pu lui envoyer un ouvrage de Bède, « livre si volumineux, dit-il, qu’il ne peut être caché ni dans le sein ni dans la besace. El quand l'une ou l’autre de ces choses serait possible, il eût été exposé à la rencontre funeste d’une troupe de méchants que la beauté du manuscrit aurait pu tenter, et ainsi il eût été perdu peut-être pour vous et pour moi. »

On concevra en effet , d’après le fait suivant rapporté par Mabillon dans ses Anale cia, que la valeur des manuscrits pût tenter la cupidité des voleurs : G réeie. comtesse d’Anjou, au onzième siècle, acheta un recueil des Homélies d'IIaimon d’IIalbèrstadt pour deux cents

MANUSCRITS

brebis, lin muid de froment, un autre de seigle, un troisième de millet et un certain nombre de peaux de martre.

Les propriétaires de manuscrits, pour tâcher de défendre leur bien , avaient recours à dos moyens qui devaient être d’une eflicacité fort douteuse. U Alexandrian Codex (Ancien et Nouveau Testament), manuscrit du quatrième siècle conservé au Briti&h Muséum , porte celle inscription :

« Ce livre est dédié à la chambre patriarcale de la ville d'Alexandrie. Celui qui s’en emparerait sera excommunié et exclu «le l'église et de la communion. Athanase I'Ilumble. »

Au onzième siècle, Robert, archevêque de Canlorbéry, donna au monastère de celle ville un l{iluel ( Sacramcn ■ tarif) à la lin duquel ou lisait : << Si quelqu'un dérobe ce livre par la force, par fraude ou de quelque autre manière, puisse son méfait causer la perdition «le son âme ; qu’il soit rayé du livre de \ie. et «pu* son nom ne soit pas écrit parmi ceux «les justes. »

Dans un manuscrit de 1072, qu'on voit au Monl- Cassin. une note se termine ainsi : « Si quelqu’un essaye de s'emparer de ce livre, sous quelque pr«*texl«* qu<* <•«* soit, qu'il puisse être, au jour «lu jugement, avec, ceux qui seront bridés par le feu éternel. » Lutin, on trouve cette phrase dans un manuscrit écrit vers 12ù'0, et contenant l«*s Proverbes, l’Ecclésiaste, le Cantique et la Sagesse: « Ce livre apparti«*ut au monastère de Roch«*ster:si quelqu’un l’enlève et le cache, qu’il soit anathème. Amen. «

Ailleurs le prieur et les moines du même conveut annoncent qu'ils prononceront chaque année l'excommu nicalion contre celui qui aurait détourné un exemplaire de la Physique d’Aristote, ou seulement altéré le titre.

Aujourd’hui, dans les collèges, les écoliers ont conservé l'habitude de placer sur leurs livres des imprécations burlesques contre ceux qui les leur voleraient ou ne les leur rendraient pas après les avoir pris.

Ou regardait comme une œuvre méritoire d’offrir des manuscrits , à Dieu , aux églises et aux couvents pour le soulagement de son Ame, pro rcmedio nnimœ suœ. Mabillon a trouvé , en tète d’un recueil manuscrit des conciles généraux et des décrétales des papes, une inscription qui porte que ce livre fut offert, à l’autel de Nolrc-Dame-du-Puy, par Adalard, qui en était évêque en {>19. Saint Maïcul, abbé de Cluuy, ayant fait copier le commentaire de saint Ambroise sur saint Luc, et celui de Raban-Maur sur Jérémie, les offrit de même à sou monastère, en les mettant sur l’autel de Saint-Pierre. On trouve encore plusieurs exemples de cet usage.

Dès les premiers siècles de l'Eglise, cette cherté des livres avait encore donné lieu à une louable coutume. On suspendait, dans un certain endroit des églises, les Écritures ou quelque livre de prières, pour que les fidèles pussent venir le consulter. Cette coutume remonte au moins au cinquième siècle, car voici ce qu’on rapporte de l’abbé Gélasc, qui vivait vers 4‘iO:

« Il avait un livre, écrit en parchemin, contenant l'Ancien et le Nouveau Testament, qui valait 18 sous d’or. Il l’avait mis dans l’église, atin que tous les frères le. pussent lire. Un moine étranger le déroba, et le saint vieillard ne le poursuivit point, quoiqu’il s’en fût aperçu. L’autre étant allé dans la ville, chercha à le vendre, et en demanda 16 sous d’or. Celui qui voulait l’acheter lui demanda la permission de l’examiner, et le porta, pour cet effet, à l’abbé Gélase, qui lui dit : « Achelez-le, il est beau.

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oi vaut bien ce prix. » L'acheteur dit au vendeur : « Je lai montré à l'abbé Gélase, et il m’a dit que c'est trop cher, et qu’il ne vaut pas le prix que vous dites. » Le vendeur lui dit : « Ne vous a-t-il rien dit de plus? — Non, répondit l’autre. » Alors il répondit : « Je ne veux plus le vendre. » Et, louché de repentir, il vint trouver Gélase, cl lui voulut rendre son livre; niais l'abbé refusa de le reprendre. Le moitié lui dit : « Si vous ne le reprenez, je n’aurai point de repos. » Il le rppril donc, et le moine étranger, converti par celle action, demeura avec lui jusqu’à sa mort *. »

Ou donnait à ces livres, ainsi placés dans les églises, le nom d' enchaînés, parce que l'on avait soin de les attacher au mur. r

En I i06, un prêtre nommé Henri Beda, ayant légué sou bréviaire à l'église de Sainl-Jacques-Ia-Boucherie, laissa en même temps à Guillaume l’Exale, marguillicr de ladite église, iO sols paris is de rente, à la charge par lui île faire construire une cage pour y placer le bréviaire.

Ce n'était pas seulement des livres de dévotion que l’on mettait ainsi dans les églises. Les autours de Y Art de vérifier les dates font mention d’un livre enchaîné placé dans la cathédrale de Mâcon, et qui contenait la liste des seigneurs de celle ville. Dans les villes du Midi, le livre des statuts municipaux était souvent scellé au mur par une chaîne de fer, et mis dans une cage fermée par des cadenas ou des serrures dont les consuls avaient la clef.

Revenons maintenant aux copistes. *■ -,

Les bons copistes furent, rares dans l’antiquité comme

1 l'IcUry, Uistuirc Eeclcmtlînuc, liv. .wyiii, c. S8.

au moyen âge. Les ouvrages en langue latine étaient transcrits d’une manière si fautive, que Cicéron ne savait où s’adresser pour acheter ceux que lui demandait son frère Quinlus. Aussi avait-il lui - même des copistes qui publiaient ses propres ouvrages sous sa direction.

Du temps de Stratum, rien n'était plus incorrect que les manuscrits qu’on vendait à Rome et à Alexandrie. Il ne faut donc pas s’étonner de l’état informe où nous sont parvenus plusieurs auteurs anciens, dans lesquels on trouve des passages incompréhensibles. Chaque copiste répétant les fautes de scs devanciers, et eu ajoutant de nouvelles, on comprend quelle somme énorme d’erreurs s'est trouvée accumulée, de siècle en siècle, depuis l'antiquité jusqu’à l’invention de l’imprimerie.

(te qui a contribué encore à jeter beaucoup de confusion dans le texte de certains auteurs, ce sont les corrections que bien des critiques se sont permises, lorsqu’ils ne parvenaient pas à entendre un passage tel que le donnaient les manuscrits. Les écrivains grecs ont eu surtout à souffrir du plus ou moins d’intelligence, du plus ou moins de critique cl d'érudition de leurs éditeurs ou commentateurs.

Les bévues des copistes sont comme la postérité d’Ahra’iam. Celui qui voudrait les compter calculerait plus facilement la poussière de la terre. Nous renvoyons ceux qui voudraient en avoir une idée aux diverses éditions commentées des classiques grecs et latins. En voici pourtant quelques exemples.

Plusieurs écrivains ayant prétendu qu’Aristole était jliif, ou a trouvé que celle assertion bizarre provenait d'une faute de ponctuation ; La version de Joscpffo par

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