BÉVUES DES COPISTES
Georges de Trébisonde, portait celte phrase : Alque illc, inquil , Arislotcles Judœus erat, au lieu de : Alque ille, inquit Aristotelcs, Judœus crut.
Bayle , dans l’article qu'il a consacré à Artémise , cite (note D) un passage de Plutarque relatif au panégyrique de Mausole par Isocrate, passage où les uns ont trouvé que ce discours était perdu , les autres qu’il subsistait encore *. » Voilà, ajoulc-l-il. comment la fortune se joue des manuscrits : uu point ôté , ou ajouté . ou changé, fait passer les choses du oui au non. »
L’abbé Lebeuf raconte une singulière méprise des copistes du moyeu âge. Habitués à copier, dans les missels , des épîtres on des proses sur la vie de saint Étienne, de saint Denis, des saints Innocents, il leur arriva d'intituler certaines proses la Vie du premier jour de l’an , la Vie de l’Épiphanie , etc.
Au quatorzième siècle, Pétrarque se plaignait avec amertume de l’ignorance et de la négligence des copistes.
« Comment pourrions-nous, disait-il, apporter quelque remède au mal que nous font les copistes, dont l'ignorance et la paresse gâtent et perdent tout? Ils empêchent , plusieurs beaux génies de mettre au jour leurs ouvrages ~~ h immortels. C’est une punition qui est bien due à ce siècle oisif, où l'on est moins curieux de livres (pie de mets recherchés, et plus jaloux d'avoir de bons cuisiniers que de bons copistes. Quiconque sait peindre le parchemin et tenir la plume passe pour habile copiste, quoiqu'il n'ait ni savoir ni talent. Je tic parle pas de l'orthographe : elle est perdue depuis longtemps. Plût à Dieu que les copistes
' La difficulté provient du mot ou qno les uns lisem cù (unu), les anires ou Jt'i).
écrivissent, quoique mal, ce qu’on leur donne à transcrire î On s’apercevrait de leur ignorance, mais on aurait au moins la substance des livres; on ne confondrait pas les copistes avec les originaux, et les erreurs 11e se perpétueraient pas de siècle en siècle. Croyez-vous que si Cicéron, Tite-Live et d'autres anciens auteurs, surtout Pline, ressuscitaient et se faisaient lire leurs ouvrages, ils les entendraient? IVe s’écrieraient-ils pas à chaque mot, à chaque page, et 11e se diraient-ils pas que ce n’est point leurs ouvrages qu’on leur lit, mais celui de quelque barbare? Le mal est qu’il n’y a ni règle ni loi pour les copistes; ils ne sont soumis à aucun examen : les serruriers, les agriculteurs, les tisserands et les autres ouvriers, sont assujettis à des examens et à des règles, mais il n’y en a point pour les copistes. Cependant il y a des taxes pour ces destructeurs barbares, et il faut les payer bien cher pour gâter tous les bons livres. » Ailleurs le poète, dans une lettre à Boccace, se plaint de ne pouvoir trouver personne qui copie fidèlement son livre sur la vie solitaire. « Il paraît incroyable, dit-il. qu’un livre, qui a été écrit eu peu de mois, 11e puisse être copié dans l’espace de plusieurs années. »
Quand il s’agissait d'ouvrages relatifs à la religion, on sent de quelle importance était la fidélité dans la transcription. Les copistes avaient coutume, au commencement ou à la lin des manuscrits, de recommander à ceux qui copieraient après eux de collationner soigneusement leur travail. Cet avertissement était quelquefois remplacé par des imprécations contre ceux qui ajouteraient au texte ou en retrancheraient quelque chose. O11 eu voit un exemple dans les versets 18 et 10 du dernier ehapilrc dc ’Xpocalypsc de saint Jean.