ET DE QUELQUES IMPOSTEURS CÉLÈBRES
Tout le monde connaît l'histpire racontée par Hérodote (livre III, ch. m) du mage qui, profitant d’une
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grande ressemblance avec Smerdis, frère de Cambvse, tué par ordre de ce roi, parvint à monter sur le trône d» Perse. On sait que. faute d'avoir pu laisser voir à sa femme le plus petit bout d'oreille*, son imposture fut découverte, et qu'il fut mis à mort, ainsi que tous les mages ses complices, par les seigneurs perses conjurés.
L'antiquité nous offre d’assez nombreux exemples de ce genre d'impo3ture. Suivant les historiens romains, dont le témoignage, il est vrai, est un peu suspect, ou doit considérer comme un imposteur le personnage qui, appelé Andriscus, se prétendit fils naturel de Persée, roi de Macédoine, prit le nom de Philippe, parvint à soulever contre Rome la Thrace et la Macédoine, et, après quelques succès, fut vaincu par Métellus, livré à ses ennemis, et mis à mort l'an 147 avant J.-C.*.
Vers 152 avant J.-C., les habitants d'Antioche, soulevés contre Démétrius Soter, roi de Syrie, et appuyés par Ptolémée, roi d’Égypte, par Attale et Ariarathe, roi de Cappadoce, « engagèrent, dit Justin, un certain Bala, jeune homme de basse extraction, à réclamer le trône de Syrie comme son patrimoine ; et pour que rien ne manquât à cette imposture, ils lui donnèrent le nom d’Alexandre, et le proclamèrent fils du roi Antiochus 5 . » Battu dans une première bataille, Alexandre fut vainqueur -dans une seconde où périt Démétrius. Mais lui— même, après un règne de quatre ans, fut vaincu et détrôné par le fils de Démétrius, puis assassiné par un chef arabe, auprès duquel il s'était réfugié.
Démétrius Nicator, fils de Démétrius Soter, avait succédé à son père sur le trône de Syrie, lorsque, l'an 127
* Cimliyso avilit fait essoriller tous les mages île son empire.
* Andriscus est apjielé par Jes Romains l'seuilo-Philippe (faux Phi-
lippe).
5 Liv. XXXV, c. i.
FAUX PRINCES
avant J.-€., Ptolémée Physcon. roi d’Égypte, auquel il venait de déclarer la guerre. * envoya, dit Justin, un jeune Égyptien, fils d'un commerçant nommé Prolarque, revendiquer, les armes à la main, le royaume de Syrie, il prétendait faussement que cet étranger avait été introduit dans la famille royale par l'adoplion d'Antiochus » Reçu avec empressement par les Syriens las de la tyrannie de Démétrius, cet imposteur, auquel on donna le nom d'Alexandre Zébina *, battit son rival, qui fut lué à Tyr, où il allait chercher un asile. Quatre ans après, il fut lui-même détrôné par le fils de Démétrius, Anliochus Crypus, qui le fit mettre à mort.
11 est bon de remarquer que l’historien juif Josèphe» dont les compatriotes avaient fait alliance avec ces deux aventuriers, les regarde comme princes légitimes.
A peine Rome eut-elle des empereurs, que l'on vit apparaître des imposteurs qui se prétendirent membres de la famille impériale.
« Le divin Auguste même, dit Valère Maxime, ne fut pas à l'abri d’un pareil outrage. Un homme osa se faire passer pour le fils d'Octavie, son illustre et chaste sœur. Il disait que celui à qui l’on avait confié son enfance, voyant l'extrême faiblesse de sa complexion, l’avait gardé comme son fils, et lui avait substitué le sien même. (' était vouloir tout à la fois abolir, dans la plus auguste famille, la mémoire de son vrai rejeton, et la flétrir par l’impure mélange d'un sang étranger. Mais, tandis que cet imprudent se livre à tous les caprices, à tous les excès de l’audace, un ordre d’Auguste le condamne à ramer sur les galères de l’État.
« 11 arrêta aussi l’entreprise d’un barbare qui, à la fa-
< Ibitl., I. XXX, c. i.
* Zéhiiin, en syriaque, signifie exclarf acheit.
veur d'une parfaite ressemblance avec Ariarathe, aspirait, sous son nom, au trône de Cappadoce, tandis qu'il était plus clair que le jour qu’Ariarathe a\ ait été tué par Marc Antoine ; abusant de la" crédulité des peuples, il s'était fait appuyer des suffrages de presque tout l'Orient; mais la justice d'Auguste fit tomber sous la hache cette tête insensée, qui menaçait d’avilir une couronne 1 . »
Marcus Julius Agrippa, surnommé Posthume, fils d’Agrippa et de Julie, avait été d’abord adopté par Auguste son aïeul, puis, grâce aux intrigues de Livie, relégué dans l’île de Planasie. Le premier soin de Tibère, en montant sur le trône, et même avant que la mort d'Auguste eût été rendue publique, fut d’envoyer un tribun assassiner Agrippa. Il s’en fallut de bien peu que le crime ne reçût pas son exécution.
« Un esclave de Posthume Agrippa, nommé Clemens, à la nouvelle de la mort d’Auguste, résolut, dit Tacite, et ce projet était digne d’un homme libre, de se rendre dans l'tle de Planasie, d’enlever Agrippa par la force ou la ruse, et de le conduire aux armées de la Germanie. La marche lente du navire qui portait Clemens fit échouer ce hardi coup de main. Dans l'intervalle, Agrippa fut tué; l’esclave alors, s’arrêtant à un projet plus grand et plus périlleux, s’empare furtivement des cendres de son maître, aborde à Cose, promontoire de l’Étrurie, se cache dans des lieux inconnus, et là il laisse croître ses cheveux et sa barbe, car son âge et ses traits se rapprochaient de ceux de son maître. Quelques hommes habiles, confidents de son secret, répandirent le bruit qu’Agrippa était vivant, à voix basse d'abord, et comme on parle ordinairement des choses qu'il faut taire. Bientôt cette nouvelle circula dans la foule ignorante et crédule et parmi les hommes dont la turbulence appelle des révo-
1 !.. IX, c. xv. Traduction de la collection IHibochel, j>. 8»Kï.
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lutions. Clemens lui-même entrait dans les villes vers le soir, en évitant de se montrer en public, de rester longtemps dans les mêmes lieux ; mais, comme la vérité s’accrédite par le temps et le grand jour, le mensonge par le mystère et la rapidité, il se dérobait à la renommée ou la prévenait.
« Cependant le bruit courait, en Italie, que la bonté des dieux avait conservé Agrippa, et cette nouvelle trouvait créance à Rome. Déjà l'imposteur, débarqué à Ostie, avait été reçu par une multitude immense, et déjà il assistait à des réunions secrètes. Tibère, tiraillé par l'inquiétude, remit cette affaire à Crispus Sallustius. Celui-ci choisit deux de ses clients, d'autres disent deux soldats, et les charge d'aller trouver Clemens, de feindre auprès de lui le dévouement, de lui offrir leur bourse, leur lidélité, de lui demander une part dans ses dangers. Ceux-ci exécutent ce qui leur est commandé. Profitant d'une nuit où Clemens ne se^gardait pas, ils l’enchatnent, avec le secours d’une force suffisante, et l’entraînent bâillonné, au palais impérial. Tibère lui demandant : « Comment es-tu devenu Agrippa? » il répondit, dit-on : « Comme toi lu es devenu César. » On ne put le contraindre à révéler ses complices. Tibère, n’osant pas le faire exécuter publiquement, donna ordre de le tuer dans l’intérieur du palais et d’enlever secrètement le cadavre. (Juoiqu'on eût dit que plusieurs personnes de la maison du prince, des chevaliers et des sénateurs, l’avaient soutenu de leur argent et aidé de leurs conseils, il n'y eut point d’enquête 1 . #
Il paraît que l'exécration que nous nous représentons généralement avoir accompagné la mémoire de Néron fut loin d’être universelle, puisqu'un personnage qui
1 Annales, I. II, c. xxxtx et XL. Traduction dcM. Ch. Louandre, 1815, in-lK, t. Il, p. 111.
]!)8 CURIOSITÉS BlOG R A Ml IQU KS.
prit so» nom se lit de nombreux partisans. Voici comment s'exprime Suétone :
« 11 y eut des citoyens qui, longtemps encore après la mort de Néron, allèrent orner son tombeau des fleurs du printemps et de l'été; qui apportèrent à la tribune des portraits de Néron, où il était représenté en robe prétexte; qui y lurent des édits où il parlait comme s’il eût vécu et qu'il dût bientôt revenir pour se venger de ses ennemis. Le roi des Partîtes, Vologèse, ayant envoyé des ambassadeurs au sénat pour renouveler son alliance, demanda par-dessus toute chose que la mémoire de Néron fût honorée. Enlin, vingt ans après, pendant ma jeunesse, un aventurier, se. vantant d'être Néron, se lit, chez les Partîtes, à la faveur de ce nom qui leur était si cher, un parti puissant, et il ne nous fut rendu qu'avec beaucoup de peine*. »
On rencontre de nombreux imposteurs dans l'histoire de l'empire byzantin, qui est si remplie de sanglantes tragédies.
Lorsque Phocas se fut, en 002, emparé du trône par le meurtre de l’empereur Maurice et de ses enfants encore en bas âge, il n'eut pas de repos qu’il n'eût fait mettre à mort le fils aîné de ce prince, Théodose, qui s'était réfugié dans l’église de Saint-Autonome, àcentcinquan te stades de Constantinople, Alexandre, l’un des officiers de Phocas, arracha le malheureux jeune homme de cet asile sacré et le fit décapiter sur le rivage où son père et ses frères avaient déjà perdu la vie*. Le bruit, toute-
* Néron, c. lvii, collection Dubochet, p. 171.
4 On rapporte que la nourrice du dernier de ses lils ayant voulu substituer son propre entant à celui de l’empereur, Maurice découvrit celte supercherie aux bourreaux, en disant qu'il se rendrait coupable d’homicide s'il laissait périr un enfant étranger pour soustraire le sien à l'exécution de l’arrêt prononce par la Providence contre sa famille. Tbéopbylacte Symocalte, 1. VHI, c. xi.
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fois, ne tarda pas à courir qu'Alexandre, au lieu de tuer Théodose, avait tué à sa place quelqu’un qui lui ressemblait; que Théodose, s'étant échappé miraculeusement, avait parcouru divers pays d’Orient, et était mort de maladie dans une affreuse solitude. « Bien que ce bruit se soit répandu par toutes les provinces de l’empire, dit Théophylacte Symocattc, il n’avait point d’autre auteur qu’un paysan. Pour moi, après avoir recherché très-exactement la vérité sur ce fait, j’ai trouvé que Théodose avait été tué. Ceux qui croyaient le contraire en donnaient pour preuve que l’on n’ayait pu montrer la tète du prince... Cette fable, s’étant glissée dans le palais, imprima une telle terreur au tyran, qu’il massacra Alexandre *. »
En 821, un an après que l’assassinat de l’empereur Léon V eut placé Michel le Bègue sur le trône, » un certain homme, d'une naissance basse et obscure, nommé Thomas, qui, prétendant être fils de l’impératrice Irène, se faisait appeler Constantin, sortit du fond de l’Orient avec une foule de peuple qu'il avait séduit par celte supposition. Il s'approcha de Constantinople, et, repoussé par les habitants, alla piller la Thrace. Michel le poursuivit avec une puissante armée, et, l’ayant assiégé, il le prit, lui fit couper les bras et les jambes, le fit pendre, et termina ainsi (en 822) celte guerre fâcheuse sans beaucoup de peine*. *
En 912, Constantin Ducas, fils d’Andronic Dueas, s’étant révolté contre Constantin Porphyrogénète, encore en bas âge, périt en assiégeant le palais impérial. Cependant, « quelques années après, raconte Léon le Grammairien, un certain imposteur, né en Macédoine et nommé Basile, se disant Constantin Ducas, fut pris et
1 L. VIII, c. xiii. ,
* l.éon le Grammairien, Vie de l'empereur Michel , c. t.
mené à Constantinople, où il fut condamné par le préfet Pierre à avoir une main coupée. S’étant retiré depuis à Opsicion et s’étant fait mettre une main de bronze, il s’accoutuma à en manier une épée, et séduisit une foule de gens auxquels il fit accroire qu’il était Constantin, fils de Ducas. Il suscita de la sorte un très-grand soulèvement; l’empereur envoya des troupes qui le vainquirent, le prirent et l’amenèrent à Constantinople, où, après avoir été interrogé, il fut condamné à être fustigé. 11 accusa un grand nombre de personnes de condition; mais, pour le punir de ces calomnies, il fut condamné à être brûlé dans la place d’Amastrien *. »
Michel VII, dit Parupinace, détrôné en 1078 et.relégué d’abord dans le monastère de Stude, finit par devenir plus tard archevêque d’Éphèse. Nicéphore Botoniate, qui lui avait succédé, avait été, à son tour, détrôné par Alexis Comnène en 1081, lorsque Robert Guiscard, dont la fille avait dû épouser Constantin, fils de Michel, résolut de faire la guerre à l’empire grec, vers lequel ses vues ambitieuses s’étaient tournées depuis longtemps. « Il usa, dit Anne Comnène, de l'artifice suivant. Il envoya â Crolone de secrets émissaires instruits de ses projets, et auxquels il commanda de se lier avec quelquesuns de ces moines qui chaque année allaient à Rome visiter l’église des Saints-Apôtres. Ils ne tardèrent pas à trouver l’homme qu’il leur fallait dans la personne d’un moine nommé Rector, qui ressemblait assez â Michel. Ils écrivirent alors à Robert un billet en ces termes : « Michel, votre allié, étant chassé Je ses États, part pour aller implorer votre secours. » Robert montra ce billet à sa femme et aux seigneurs de son parti. Ceux-ci lui ayant déclaré qu’il fallait prendre la protection du
' Vie de Constantin, c. x.
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prince détrôné, Robert le lit venir devant eux. Le moine joua fort bien sôn rôle et leur expliqua d’un air touchant comment il avait été chassé de son trône, privé de sa femme et de ses enfants et dépouillé de sa dignité*. »
Le pape lui-même fut dupe, ou fit semblant d'être dupe de l’imposteur. Il adressa, en 1080, une lettre aux évêques de Pouille et de Calabre pour les exhorter à lui prêter secours. Enfin, après une année de préparatifs, Robert alla assiéger Dyrrachium. Une grande bataille s’engagea sous les murs de la ville, et le faux Michel y périt.
En 1094, un soldat venu de l’Asie mit en émoi tout Constantinople, en se donnant pour le fils de l’empereur romain Diogène Léon, qui avait été tué vingt ans aupa- * ravant dans un combat près d Antioche. Arrêté et relégué par ordre d’Alexis à Cherson en Crimée, il parvint à s’échapper d’une tour où on le gardait, et, avec l'appui des Cornans, il ravagea les terres de l'empire, et vint mettre le siège devant Andrinople 4 . Enfin, il tomba par trahison entre les mains des Grecs, qui l’envoyèrent à Constantinople, où la mère de l’empereur lui fit crever les yeux par un esclave turc.
Les catastrophes sanglantes qui signalèrent les dernières années du douzième siècle dans l'empire d’Orient favorisèrent puissamment les impostures du genre de celles dont nous parlons. En 1185, Andronic 1 er , qui avait fait périr Alexis II, fils de Manuel Comnène, et s’était emparé du trône, fut lui-même, deux ans plus tard, en 1185, mis à mort pamisaac l’Ange. Celui-ci régnait déjà depuis six ans lorsqu'on vit apparaître un jeune homme nommé Alexis, qui se disait fils del'empe-
1 Alexiade, I. I, c. «iii.
* Aleziatir, I. X, c. n cl m.
reur Manuel, « et qui, ditNicétas, avait imité jusqu’à la chevelure blonde et jusqu'au bégaiement du véritable Alexis. Ce jeune homme était de Constantinople. Il parut d’abord dans les villes qui sont sur le Méandre; puis s'étant rendu à Armale, il se découvrit à un Latin chez qui il logeait, et lui dit qu’Andronic avait commandé de le précipiter dans la mer; mais qu’il avait été sauvé par la pitié des officiers chargés d'exécuter cet ordre cruel. Étant allé à Iconium avec son hôte, il se présenta au sultan Azz-Eddiu, et il lui parla comme le véritable fils de Manuel, osant même lui reprocher de n’être point assez touché de la disgrâce du fils d’un empereur qui avait été de ses amis. Le sultan, vaincu par son impudence et trompé par la ressemblance de cet homme avec le fils de Manuel, lui fit des présents et quelques promesses. Un jour, comme le faux Alexis se vantait de sa naissance en présence de l’ambassadeur des Grecs, le sultan demanda à ce dernier s’il savait que l’homme qui était devant lui fût le fils de Manuel. L’ambassadeur ayant répondu qu’il était certain que le fils de Manuel avait été noyé, l'imposteur se mit dans une si grande colère, qu’il lui eût sauté au visage, si le sultan ne l’eût repris avec des paroles sévères. Plus tard, malgré ses instances, le sultan lui accorda seulement des lettres que les Turcs appellent monsour, et qui l’autorisaient à lever des soldats dans ses États. Au moyen de ces lettres, il amassa en peu de temps jusqu’à huit mille hommes, prit par composition ou par force plusieurs villes sur les bords du Méandre; etcomme il ruina principalement les lieux où l’on faisait les magasins de grains, |1 fut surnommé le brûleur de d ranges . »
Le mécontentement général favorisa l'imposteur. Les généraux envoyés contre lui n’osaient lui livrer bataille, de peur d’être trahis par leurs soldats. « Enfin, ajoute
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Nicélas, Dieu termina tout à coup la guerre civile par un moyen qu’il s’était réservé et qui ne pouvait être prévu par les hommes. Ce faux Alexis étant revenu d’Armale au fort de Pisse, et ayant plus bu que de coutume, il y fut tué avec sa propre épée par un prêtre. Quand on apporta sa tête au sébastocrator, celui-ci remua la longue chevelure dont elle était couverte avec le fouet dont il se servait pour conduire son cheval, et frappé de la ressemblance des traits du malheureux avec ceux du véritable fils de Comnène, il s’écria qu’il comprenait comment cet homme avait trouvé des partisans 1 . »
Dans l’espace de quelques années, les faux Alexis se succédèrent sans interruption. En Paphlagonie, on en vit paraître un qui fut pris dans un combat, et mis à mort. Un autre, nommé Basile Chozas, fut proclamé près de Nicomédie; mais au bout de quelques jours il fut pris, aveuglé et condamné à une prison perpétuelle.
Quelques années plus tard, la première année du règne d’Alexis III, en 1195, il y eut encore un Sicilien qui se prétendit être le fils de Manuel Comnène. Après avoir repoussé successivement un eunuque nommé Ænopolite et l’empereur lui-même, il finit par être assassiné dans un fort où il passait la nuit 4 .
Dans l'histoire des empereurs ottomans, qui, au quinzième siècle, devinrent les successeurs des empereurs grecs, figurent aussi un assez grand nombre d’imposteurs. Bajazet 1", comme on sait, fut vaincu et pris par Tamerlan à la bataille d’Ancyre en 1402 ; malgré toutes les recherches, on ne put retrouver son fils Mustapha, qui avait disparu dans le combat. Environ seize* ans après, sous le règne de Mahomet U r , autre fils de Bajazet, parut en Valachie un aventurier que les historiens turcs
1 Nicélas, Isaac l'Ange, 1. III, c. i.
4 Nicolas, Alexis Comnine, 1. 1, c. iv.