‹ Curiosités bibliographiquesChapitre 19 sur 30 · P Ë R$ ON N A G ES M Y ST É RI E U X · texte numérisé non relu

P Ë R$ ON N A G ES M Y ST É RI E U X

souffre <le contradiction ; sa première relation a été faite selon l’opinion la plus commune, et la seconde suivant la vérité dont le roi l’avait informé depuis.

« La seconde , que cette remarque de ce grand pénitencier le faisait souvenir que, passant un jour dans l’ermitage de Saint-Jean-du-Désert, en Auvergne, le supérieur l'avait assuré que très-certainement le comte de Moret s’était fait capucin, et que le pape lui avait donné la dispense d'en sortir pour demeurer dans une solitude perpétuelle. »

« J’oubliais, ajoute Richard, une circonstance importante. La lettre de M. l’abbé d’Anières, lue au roi, marquait positivement que toutes les fois que cet ermite voyait le tableau de Ilenri IV, il se sentait si vivement touché, qu’il ne pouvait s’empêcher de pleurer, etqu'il évitait, autant qu’il pouvait, de parler de ce prince ; que ses frères ermites l’avaient assuré que, ce père étant dans l'ermitage de Saint-Peregrin au diocèse de Langres, le frère llilarion, revenant de Tours, lui apprit que madame de Fonte vrault, Jeanne-Baptiste de Bourbon, fille naturelle de Henri IV, était morte le 10 janvier 1070, et que ce père en paraissait inconsolable sans qu’ils en sussent la cause ; ils n’en avaient plus été surpris dès que le frère üilarion leur eut fait part de cette nouvelle : « II ne faut plus s'étonner, disaient-ils, de la douleur de notre père, il pleure la mort de sa sœur. »

L’abbé Richard cite ep outre une liste assez considé. rable de personnages importants de la cour, qui étaient tous persuadés de l’identité de frère Jean-Baptiste avec le comte de Moret, et termine en disant : « J’ai eu l’honneur de le voir plusieurs fois comme eux dans sa chère solitude, et je n’en suis jamais sorti sans être également édifié de la véritable piété de ce grand homme de bien, et de la modestie qu'il avait à cacher une naissance il-

lustre que ses grandes qualités et son air majestueux découvraient malgré lui »

Si à touslesfaits rapportés plus haut l’on ajoute qu'une imposture serait incompréhensible de la part d'un vieil ermite qui, ne cherchant qu’à se cacher au monde, refusait les dignités qu’on lui offrait.il nous semble que l'on peut, sans être taxé de crédulité, admettre que le frère Jean-Baptiste était véritablement le comte de Moret.

Les premières années du régne de Louis XIV furent signalées par un procès célèbre, qui occupa et partagea longtemps la ville et la cour. Voici à quelle occasion : Henri, duc de Rohan, qui avait joué un si grand rôle sous Louis XIII, était mort, le 15 avril 1658, d’une blessure qu’il avait reçue à la bataille de Rheinfeld. ne laissant qu’une fille, de sa femme Marguerite de Béthune- Sully. Cette fille, après avoir eu avec Ru vigny, beau-frère deTallemant des Réaux, une liaison qui dura neuf ans, épousa, contre la volonté de sa mère, le comte de Chabot, qui parvint à obtenir le brevet de duc de Rohan et la dignité de pair. Leur mariage, qui avait brouillé la mère et la fille, venait à peine d’être conclu, lorsqu’on vit apparaître à Paris un jeune homme, nommé Tan-, crède, que la duchesse douairière de Rohan prétendit être le fils du feu duc, et pour lequel elle voulut revendiquer les honneurs et les biens de son mari. De tous les récits faits sur cette affaire, nous préférons celui de Tallemant, qui, en sa qualité de beau-frère de Ruvigny, a connu les plus petites particularités de la vie des dames de Rohan. 11 raconte ainsi la naissance de Tancrède :

« Madame de Rohan, sa fille Marguerite de Rohan, et le duc de Candale (amant de madame de Rohan) se trouvaient à Venise, dit Tallemant, quand madame de Rohan

1 Le véritable P. Joseph. i. H. p. ?>i el suiv.

PERSONNAGES MYSTÉRIEUX. 2.'l

sentit grosse. Elle fit si bien qu’elle eut per.nission de venir à Paris; car elle cacha cette grossesse, et il y a loutes les apparences du monde que son mari ne lui touchait pas : autrement, elle ne se fût pas mise en peine de cela... A Paris, madame de Rohan se tenait presque toujours au lit. M. de Candale, qui était aussi revenu, était toujours auprès d'elle. Elle envoyait sa fille sans cesse se promener avec Rachel, sa femme de chambre. Madame de Rohan étant accouchée, l’enfant fut porté chez une madame Milet, sage-femme, après avoir été baptisé à Saint-Paul, et nommé Tancrède le Bon, du nom d'un valet de chambre de M. de Candale.

«■Cependant la femme de chambre de mademoiselle de Rohan, Rachel, s’était doutée de la grossesse de madame de Rohan, et, longtemps après, elle découvrit que l’enfant avait été mené en Normandie, auprès de Caudebec, chez un nommé la Mestairie, père du maître d’hôtel de madame de Rohan. Mademoiselle de Rohan en parle à Ruvigny, qui, sous des noms empruntés, consulte l’affaire ; il trouve qu’étant n è constant le mariage, l’enfant serait reconnu si on avait la hardiesse de le montrer. Il lui dit que, si elle veut l’envoyer aux Indes, il en prendra le soin; après, il communique lachoseà Barrière, leur ami commun, qui avait une compagnie au régiment de la marine; et ce régiment était en garnison vers Caudebec. Ruvigny lui donne trois hommes affidés, mais qui pourtant ne savaient point qui était cet enfant; il prend, avec cela, quelques soldats; ils enfoncent la porte de la maison et enlèvent Tancrède, Agé alors de sept ans. On le mène en Hollande. Là, Sauvolat, frère de Barrière, capitaine d’infanterie au service des lltals, le reçoit et le met en pension, comme un petit garçon de basse naissance*. »>

1 Historiens rie mesdames rie Rohan, 2* édition, p !*, 12 et sniv.

Pendant ce temps, on fit accroire à madame de Rohan, qui semble ne s’en être pas beaucoup inquiétée, que son fils était mort. Mais mademoiselle de Rohan commit l’étourderie de conter toute celte histoire à de Thou (celui <jni fut décapité avec Cinq-Mars), sous le prétexte de lui demander conseil ; et, rassurée par lui, elle négligea de payer la pension de son frère. De Thou, qui ne taisait que ce qu'il ne savait pas, conta à madame de Montbason toute cette affaire, qui, d'indiscrétion en indiscrétion, arriva aux oreilles de la reine et enfin à celles de madame de Rohan. Aussi, lorsque, malgré son opposition, sa fille eut épousé Chabot, qui, comme nous l’avons dit, devint, parce mariage, duc de Rohan et pair de P’ rance, elle résolut de faire reparaître son fils. Elle envoya en Hollande Rondeau, son valet de chambre, qui ramena Tancrède. « Mais, dit Tallemant, la grande faute qu’on fit, ce fut de n'avoir pas informé devant les juges des lieux; et venant ici, on eût été reçu à preuve, c'est-àdire, on eût gagné le procès; car avec de l’argent on a des témoins, et, bien qu’il soit difficile de corrompre un ministre, il fallait pourtant, quoi qu’il en coûtât, avoir un extrait baptistaire. Au lieu que ce devait être le fils qui se plaignît d’avoir été enlevé et éloigné de sa mère, la mère se plaignit, disant qu on lui avait enlevé son fils. Chabot, par le moyen du coadjuteur, obligea le curé de Saint-Paul à donner l’extrait baptistaire de Tancrède le Bon. Madame de Rohan fit un manifeste que j'ai; mais c’est une plaisante pièce. Elle dit qu’on avait célé la naissance de ce garçon à cause de la persécution que M. le Prince faisait à M. de Rohan; car il avait fait déjà mettre la cognée dans toutes leurs forêts-, et on craignait que, voyant un fils qui pourrait être un jour chef du parti huguenot, il ne s’en défît d’une ou d’autre façon. Ce fut, ajoute-t-elle, ce qui empêcha de l’envoyer à Ve-

l’tKSONPi AGES MYSTÉRIEUX. 2o5

nise *. Elle faisait une grande parade d’un toupet dé cheveux blancs que cet enfant avait, comme M. de Rohan 2 .

« Ce qu'il y eut de fâcheux pour Tancrède, c'est que mademoiselle Anne de Rohan, sa tante, déclara qu’elle n’avait jamais ouï parler de cet enfant. Madame Pilou 5 disait à madame de Rohan : « Écoutez, madame, je veux « croire que ce garçon est à M. de Rohan, aussi bien que « madame votre fille; mais j’ai vu M. de Rohan tenir « votre fille sur ses genoux, et je ne lui ai jamais rien « ouï dire de ce fils, ni près ni loin. » La vie de la mère nuisit fort à ce garçon *, car tout le monde était persuadé qu’il était à M. de Candale.

« Ce garçon avait bonne mine, quoiqu’il fût petit; car sa mère et ses deMÆ pères étaient petits; il avait du cœur et de l’esprit. On dit qu’à Leyde, où il était entretenu fort pauvrement, un de ses camarades l’ayant appelé

fils de p et enfant trouve., il se battit fort et ferme,

et il disait qu’il se souvenait bien d'avoir été en carrosse. Tous ceux du côté de Béthune, et même le maréchal de Châtillon, comme ami de feu M. de Rohan, furent pour Tancrède. Cela fit tort à cet enfant, car la couine voulait point qu’il y eût un duc de Rohan huguenot. A Charenlon, il y avait toujours une foule de sottes gens autour de ce garçon 5 . »

1 11 parait qu'elle donnait encore une autre raison. Craignant, disaitelle, que le cardinal de Richelieu ne lui enlevit son enfant pour le faire élever dans la religion catholique, elle avait juge à propos, de concert avec son mari, de cacher sa grossesse.

* Les Mémoires historiques d'Amelol de la lloussaye mentionnent aussi cette particularité dont nous avons déjà parlé.

1 bourgeoise de Paris connue par son esprit.

* a Cette femme, dit Tallemant, dans un pays oit l'adultère eût été permis , eût été une femme tort raisonnable ; car on dit, comme elle sYn vante, qu’elle ne s’est jamais donnée qu’è d’honnétes gens, et qu’elle n’en a jamais eu qu’un à la fois. » Historiette de mesdames de Roluin, p. 9.

B Historiette de mesdames de Rohan, pi 28 et suiv. Le duc de La Ro-

464 duiûosmss iituciiAiMligUlss.

Tancrède vint à Paris au mois de juillet 104à, et sa mère se pourvut aussitôt devant le parlement pour assurer à son fils l’état et les biens du feu duc de Rohan. Le nouveau duc de Rohan-Chabot et sa femme formèrent, de leur côté, toutes les oppositions juridiques contre cette reconnaissance. Mais la duchesse douairière laissa porter contre Tancrède un jugement par défaut, afin qu’il pût, quand il serait majeur, revenir contre cette sentence provisoire. Le procès occupa plusieurs audiences, et, sur le réquisitoire de l'avocat général Orner Talon, il fut fait défense au nommé Tancrède de se direlils et héritier du duc de Rohan. Tancrède, en attendant sa majorité, n’en resta pas moins chez sa mère, et, dans l’espérance de faire révoquer l’arrêt qui l'avait frappé, il embrassa le parti du parlement, lorsque éclatèrent les troubles de la Fronde.

« Le prince de Condé, dit madame de Motleville, avait hautement porté les intérêts de Chabot et de madame de Rohan, sa fille; il avait été le protecteur de leur mariage, et l’étant alors du ministre (Mazarin), il fallait nécessairement que cet enfant, qui n’avait point encore de père, trouvât de l’assistance dans le parlement, qui regardait ce prince comme son ennemi. Tanprède approcha bien près du bonheur qu’il souhaitait- Le parti parlementaire le favorisa; les parents du feu duc de Rohan le reconnaissaient pour son fils; ils trouvaient avantageux pour eux que le fils de la mère fît revivre le nom du père, et passaient légèrement sur le doute de sa naissance, car ils croyaient avec raison qu'il ne serait pas le seul qui porterait à faux titre le nom et les armes d'une illustre màison. Les huguenots, qui étaient alors

ctielbucauld. dans scs Mémoires, reconnaît Tancrède pour fils du duc de llnlia n, et dit « iju'il sc montrait digne de la vertu de son père. • Collection Micliaud-l’oujoulat, p. 431.

t'IiUSOSiNAÜES M YiJTÉRiliUX. 25,*

lidèles au roi, n’étaient pas fâchés néanmoins de revoir un duc de Rohan de leur religion, et souhaitaient seulement qu’il pût devenir capable de leur servir de chef, si un jour ils voulaient former quelque entreprise dans l’État. Ces favorables dispositions, qui allaient rendre la bizarre naissance de Tancrède un prodige de bonheur, furent anéanties par la mort qu’il reçut auprès du bois de Vincennes(51 janvier 1049), en une sortie que firent les Parisiens*. » Se sentant blessé à mort, il ne voulut jamais dire qui il était, et parla toujours hollandais. Il expira le lendemain, à l’âge de dix-neuf ans. « Ce garçon disait :« M. le prince me menace, il dit qu’il me « maltraitera; mais il ne me fera point quitter le « pavé. » Un jour que Ruvigny, qui s’était attaché à la mère, lui disait qu’il se tuait à faire tant d'exercices violents : « Voyez-vous, répondit-il, monsieur, en l’état « où je suis, il ne faut pas s'endormir. Si je ne vaux « quelque chose, il n'y a plus de ressources pour moi. » On eut raison de dire à madame de Rohan la fille, en des vers qu’on lui envoya :

Qu’on termine de grands procès Par un peu de guerre civile.

C’est pourtant dommage; car le roman eût été beau 2 . » Ce fut seulement en 1054 que la duchesse douairière de Rohan obtint du roi la permission de faire inhumer Tancrède à Genève, dans le tombeau de son mari, avec une épitaphe où il était qualifié de duc de Rohan. Quelques aunées plus tard, il arriva ce qui arrive presque

1 Année 4(i49, collection Michand-Poujoulat, p, 245.

* Tallemant, Il i si o riel b de mesdames de Rohan, p 5fi. — On peut consulter, sur celte curieuse affaire, V Histoire de Tat.ciède ,'e Rohm, par le P. Oriffet. Liège, 1767, in-12, réimprimée dans les Aic< ires carieuses, 2* série, t. VI, p. t et suiv. — Voy. encore Tancrède di Rhmi, par llenri Martin, Paris, Hachette, in-12.

£><) CURIOSITÉS UlOGRAPHlQUES.

toujours à la suite d'affaires de ce genre, ainsi qu’on l a vu plusieurs fois dans ce chapitre : il apparut bientôtun autre fils du duc de Rohan. « Un portier de Charenton, nommé Rambour, raconte Tallemant, alla trouver le frère de mademoiselle d’Baucourt, et lui demanda s’il voulait voir le vrai filsde M. de Rohan.il ditqye oui. Le portier lui amena un garçon dedix-septàdix-huitans, bien fait, mais qui avait quelque chose de fou dans les yeux. 11 faisait, disait-il, un roman. Madame de Rohan se plaignit d’IIaucourt, et voulait faire voir la fausseté de cette affaire, quand M. le premier président, qui crut que l’honneur d’un couvent où ce garçon avait été nourri y était engagé, en fit bien de la difficulté. On dit que ce garçon est fils deM.de Guise et de madame d’Avesues*. »

Parlons maintenant d'un personnage qui, depuis la fin du dix-septième siècle, a singulièrement occupé l'attention publique.

Un an après la mort du cardinal Mazarin, en 1652, on conduisit dans le plus grand secret, au château de Pignerol, un personnage inconnu qui, en 1686, fut amené par le gouverneur de ce château, nommé Saint-Mars, dans Plie Sainte-Marguerite. « Ce prisonnier inconnu, dit Vol* taire, était d’une taille au-dessus de l’ordinaire, jeune et de la figure (prestance) la plus belle et la plus noble.

« Dans la route*, il portait un masque dont la mentonnière avait des ressorts d’acier qui lui laissaient lu liberté de manger avec le masque sur son visage. On avait ordre de le tuer s’il se découvrait. Il resta dans l'fle jus-

i Historiette de mesdames de Rohan, p. 39.

* Voltaire rapporte ailleurs qu’aprés la publication du Siècle de Ij)ui*XlV, il reçut du seigneur de Palteau, château près de Villeneuvcle-Roi, une lettre dans laquelle ou lui disait que le prisonnier logea dans ce château ; que plusieurs personnes le virent descendre d’une litière; qu'il portait un masque noir, et qu’on s'en souvenait encore dans les environs. Fragments sur l' histoire, art. xxv, 12* remarque.

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qu’à ce que Saint-Mars, ayant été fait gouverneur de la Bastille, l’an 1690, l’alla prendre à Hle Sainte-Marguerite et le conduisit à la Bastille, toujours masqué. Le marquis de Louvois alla le voir dans cette île avant la translation, et lui parla debout et avec une considération qui tenait du respect. Cet inconnu fut mené à la Bastille, où il fut logé aussi bien qu'on peut l'être dans ce château. On ne lui refusait rien de ce qu'il demandait.

Son plus grand goût était pour le linge d’une finesse extraordinaire et pour les dentelles. Il jouait de la guitare. On lui faisait la plus grande chère; et le gouverneur s'asseyait devant lui. Un vieux médecin de la Bastille, qui avait souvent traité cet homme singulier dans ses maladies, a dit qu’il n’avait jamais vu son visage, h

quoiqu'il eût souvent examiné sa langue et le reste de son corps. Il était admirablement bien fait, disaitce médecin; sa peau était un peu brune; il intéressait par le seul son de sa voix, ne se plaignant jamais de son état, et ne laissant point entrevoir ce qu’il pouvait être 1 .

« Cet inconnu mourut en 1703, et fut enterré, la nuit, à la paroisse de Saint-Paul. Ce qui redouble l’étonnement, c’est que, quand on l’envoya dans Me Sainte- Marguerite, il ne disparut dans l’Europe aucun homme considérable. Ce prisonnier l’était, sans doute; car voici ce qui arriva les premiers jours qu’il était dans Me. Le gouverneur mettait lui-même les plats sur la table, et ensuite se retirait, après l’avoir enfermé. Un jour, le prisonnier écrivit, avec un couteau, sur une assiette d’argent, et jeta l’assiette par la fenêtre, vers un bateau qui était au rivage, presqu'au pied de la tour. Un pê-

- Voltaire ajoute en note: « Un fameux chirurgien, gendre du médecin dont je parle, et qui a appartenu au maréchal de Richelieu, est témoin de ce que j’avance; et M. de Bernavillet successeur de Saint-Mars, me l'a confirmé. »

cheur, à qui ce bateau appartenait, ramassa l’assiette, et la rapporta au gouverneur. Celui-ci, étonné, demanda au pécheur : « Avez-vous lu ce qui est écrit sur cette « assiette, et quelqu’un l’a-t-il vue entre vos mains? — « Je ne sais pas lire, répondit le pêcheur; je viens de « la trouver ; personne ne l’a vue. » Ce paysan fut retenu jusqu'à ce que le gouverneur fût bien informé qu'il n'avait jamais lu, et que l'assiette n’avait été vue de personne. « Allez, lui dit-il, vous êtes bien heureux de ne « savoir pas lire. » Parmi les personnes qui ont eu une connaissance immédiate de ce fait, il y en a une très-digne de foi, qui vit encore*. M. de Chamillart fut le dernier ministre qui eut cet étrange secret. Le second maréchal de la Feuiliade, son gendre, m'a dit qu'à la mort de son beau-père il le conjura, à genoux, de lui dire ce que c’était que cet homme qu’on ne connut jamais que sous le nom de Yhomme au masque de fer. Chamillart lui répondit que c'était le secret de l'État, et qu’il avait fait serment de ne le révéler jamais. Enfin, il reste encore beauconp de nos contemporains qui déposent de la vérité de ce que j'avance, et je ne connais point de fait ni plus extraordinaire ni mieux constaté*. »

Voici encore quelques détails que nous tirons de VHistoire générale de Provence, de l’abbé Papon :

« J'ai eu la curiosité, dit-il, d'entrer dans sa prison (à l’île Sainte-Marguerite), le 2 février de cette année 1778. Elle n’est éclairée que par une fenêtre, du côté du nord, percée dans un mur qui a près de quatre pieds d’épaisseur, et où l’on a mis trois grilles de fer, placées à une

i Ceci a été écrit eu 1760. On peut voir plus loin le récit d'une aulro entativc faite par le prisonnier pour faire connaître <|ui il était. Ce fut probablement ces deux tentatives i|ui décidèrent sa translation à la Bastille, où la surveillance devait être plus facile.

* Siècle de /.oui* XIV , ch. xxv.

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distance égale. Cette fenêtre donne sur la mer. J’ai trouvé dans la citadelle un officier de la compagnie franche, âgé de soixante-dix-neuf ans. Il m'a dit que son père, qui servait dans la même compagnie que lui, avait plusieurs fois raconté qu’un frnter de cette compagnie aperçut, un jour, sous la fenêtre du prisonnier, quelque chose de blanc qui flottait sur l’eau. Il l’alla prendre, et l'apporta à M. de Saint-Mars. C’était une chemise trèsline, pliée avec assez de négligence, et sur laquelle le prisonnier avaitécrit d’un bout à l'autre. M. de Saint-Mars, après lavoirdépliée etavoir lu quelques lignes, demanda au fmler, d’un air fort embarrassé, s'il n’avait pas eu la curiosité de lire ce qu’il y avait. Le frater lui protesta plusieurs fois qu'il n’avait rien lu ; mais, deux jours x après, il fut trouvé mort dans son lit. C'est un fait que l'oflicier a entendu raconter tant de fois à son père et à un aumônier du fort, qu’il le regarde comme incontestable. Le suivant me paraît également certain , d’après tous les témoignages que j’ai recueillis sur les lieux :

« On cherchait une personne du sexe pour servir le prisonnier. Une femme du village de Maugins vint s’offrir, dans la persuasion que ce serait un moyen défaire la fortune de ses enfants; mais, iquand on lui dit qu’il fallait renoncer à les voir et même à ne conserver aucune liaison avec le reste des hommes, elle refusa de s’enfermer avec un prisonnier dont la connaissance coûtait si cher. Je dois dire encore qu’on avait mis aux deux extrémités du fort, du côté de la mer, deux sentinelles, qui avaient ordre de tirer sur les bateaux qui s’approcheraient à une certaine distance.

« La personne qui servait le prisonnier mourut à l’îlc Sainte-Marguerite. Le père de l’officier dont je viens de parler, qui était, pour certaines choses, l'homme de confiance de M. de Saint-Mars; a souvent dit à son fils

qu'il avait été prendre le mort, à l'heure de minuit, dans la prison, et qu’il l'avait porté sur ses épaules, dans le lieu de la sépulture. Il croyait que c’était le prisonnier lui-même qui était mort. C’était, comme je viens de le dire, la personne qui le servait ; et ce fut alors qu’on chercha une femme pour la remplacer 1 . »

Le Masque de fer mourut à la Bastille, le 19 novembre 1703, à dix heures du soir, après une maladie de quelques jours. « Peu de jours avant sa mort, rapporte Voltaire, il dit lui-même à l’apothicaire de la Bastille qu’il croyait avoir environ soixante ans; et le sieur Marsolan, chirurgien du maréchal de Richelieu, et ensuite du duc d’Orléans, régent, gendre de cet apothi- * caire, me l’a dit plus d’une fois*. »

Il fut enterré le lendemain de sa mort, à quatre heures de l’après-midi, dans le cimetière de l’église Saint- Paul. Dans son acte de décès, il fut inscrit sous le nom deMarchiali, et on ne lui donna que quarante-cinq ans. Tout ce qui avait été à son usage fut brûlé; on fit regratter et blanchir les murailles de la, chambre qu’il avait occupée, et on en délit les carreaux, afin de s’assurer qu'il n’y avait caché aucun billet 5 .

Citons encore les deux extraits suivants tirés du Journal inédit de Du Junca, lieutenant du roi à la Bastille, journal conservé à la Bibliothèque de l’Arsenal et qui s’étend de 1690 à juillet 1705. Nous ne croyons pas devoir suivre l'orthographe fantastique de l’écrivain :

Du jeudi 18 septembre (1686). A trois heures aprèsmidi, M. de Saint-Mars, gouverneur du château de la Bastille, est arrivé pour sa première entrée, venant de

« Histoire générale de Provence, 1718, in-1, 1. II, t. II, p. 12, note.

* Dictionnaire philosophique , nrt. Art*, Anecdotes.

3 Voyez les Mémoires du duc de Hichelieu, cités plus bas.

son gouvernement des Iles Sainte-Marguerite et Honorât, ayant mené avec lui, dans sa litière, un ancien prisonnier qu'il avait à Pignerol, lequel il fait toujours tenir masqué, dont lé nom ne se dit pas; et l’ayant fait mettre dans la première chambre de la tour de la Basinière, en attendant la nuit, pour le mettre et mener moi-mème à neuf heures du soir avec M. de Rosarges, un des sergents, que M. le gouverneur a mené dans la troisième chambre, seul, de la tour de la Bétaudière que j'avois fait meubler de toutes choses, quelques jours avant son arrivée, en ayant reçu l’ordre de M. de Saint-Mars, lequel prisonnier sera servi et soigné par M. de Rosarges que M. le gouverneur nourrira.

« Du lundi 19 novembre 1703. Le prisonnier inconnu toujours masqué d'un masque de velours noir que M.de Saint-Mars, gouverneur a mené avec lui, en venant de s lies Sainte-Marguerite, qu’il gardoit depuis longtemps, lequel s’étant trouvé hier un peu mal en sortant de la messe, il est mort ce jourd'hui, sur les dix heures du soir, sans avoir eu une grande maladie ; il ne se peut pas moins. M. Giratrt, notre aumônier, le confessa hier. Surpris de la mort, il n’a point reçu les sacrements, et notre aumônier l’a exhorté un moment avant de mourir, et ce prisonnier inconnu, gardé depuis si longtemps, a été enterré le mardi à quatre heures de l’après-midi, 20 novembre, dans le cimetière Saint-Paul, notre paroisse; sur le registre mortuaire on a donné un nom aussi inconnu, queM. de Rosarges, major, et un vieux chirurgien ont signé sur le registre.

« Depuis j’ai appris qu’on i'avoit nommé sur le registre M. de Marchiel; qu’on a payé quarante livres d'enterrement*. »

1 Voyez Alhenxum français, année 1856, p. 42î».

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26 2 CURIOSITÉS lilOGHAPHIQUES.

Avant de parler des diverses suppositions qui ont été faites sur ce personnage mystérieux, résumons, en peu de mots, les particularités qui peuvent servir de base aux conjectures :

1° Il croyait avoir une soixantaine d’années quand il mourut, en 1705. 11 lui était plus facile de se tromper en moins qu’en plus. Il était donc né plutôt avant qu’après 1645. Cette ignorance où il étaitde son âge semble indiquer que sa jeunesse avait été entourée d’un grand mystère.

2° Vers 1662, il était déjà renfermé au château de Pignerol. A cette époque, il pouvait donc avoir une vingtaine d'années.

5° Sa peau était brune; et il avait le plus grand goût pour le linge très-fin et les dentelles.

4“ Son médecin parlait de la douceur de sa voix. Or, comme plusieurs personnes, outre ses gardiens, l’avaient entendu parler, il est évident que, s'ils avaient remarqué chez lui le moindre accent, ils en auraient certainement été frappés. Il ne nous semble donc pas possible de supposer que, s'il n’était pas né en France, il n’y eût été, du moins, élevé dès son enfance : peut-être même pourrait-on ajouter que, puisqu’il n’avait pasd’accent, il avait dû être élevé dans une province dont les habitants prononçaient purement le français.

5“ Il devait être un personnage d’une haute naissance, puisque Louvois lui-même ne lui parlait que debout et avec respect.

6° 11 fallait, puisque l’on avait la précaution de lui faire porter un masque, que son visage offrit quelque ressemblance trop frappante avec un type bien connu en France. Cette précaution indique évidemment que la vue seule de ses traits pouvait indiquer son origine. Aucun personnage important n’ayant disparu vers 1662, il n'est

PEKSONNAGES MYSTERIEUX.

pas permis de supposer que le Masque de fer eût, avant sa détention, joué dans les affaires un rôle qui aurait rendu son portrait populaire.

7° Le secret qui enveloppe l'existence du Masque de fer semble avoir moins intéressé le gouvernement français que l'honneur même de la famille des Bourbons. Si la détention de ce prisonnier n’avait eu, comme on l’a prétendu, d’autre motifqu’une vengeance politique, ilest certain qu’après une ou deux générations le mystère qui entoure cette affaire aurait été éclairci. Quel intérêt Louis XV, par exemple, ce prince sans dignité, aurait-il eu à cacher les circonstances qui auraient nécessité un coup d'État sous son prédécesseur? Pourtant, pressé un jour de questions sur le Masque de fer par son premier valet de chambre Laborde, auquel il accordait toute sa confiance, il lui répondit : « Je le plains, mais sa détention n’â fait de tort qu'à lui, et a prévenu de grands malheurs ; tu ne peux pas le savoir. » On raconte aussi que, plus tard, Louis XVI, questionné aussi par la reine Marie-Antoinette et son frère, le comte d’Artois, leur lit une réponse à peu près semblable ; et on peut conjecturer que ce prince fut le dernier possesseur de ce secret. Louis XV ne l’avait su qu'à sa majorité : il en fut probablement de même de son successeur ; et la catastrophe sanglante qui termina la vie de ce dernier dut l’empêcher de le communiquer à d’autres personnes de sa famille.

Quoi qu'il en soit, voici maintenant les diverses suppositions qui ont été faites sur ce personnage mystérieux.

Pecquet, dans les Mémoires secrets pour servir à l'histoire de Perse, publiées en 1745, prétend que le prisonnier était le comte de Vermandois, fils naturel de Louis XIV et de mademoiselle de la Vallière, et que l’on

avait arrêté pour avoir donné un soufflet au grand Dauphin. Mais ce prince mourut d’une fièvre njaligne, le 18 novembre 1663; on lui fit des obsèques magnifiques, et il fut enterré dans le chœur de la cathédrale d’Arras. « Il faut être fou, dit Voltaire, pour imaginer qu’on enterra une bûche à sa place, que Louis XIV fit faire un service solennel à cette bûche, et que, pour achever la convalescence de son propre fils, il l’envoya prendre l’air à la Bastille, pour le reste de sa vie, avec un masque de fer sur le visage. » Sainte-Foix s’est donné la peine de réfuter longuement, dans le dernier volume de ses Essais sur Paris, cette conjecture, adoptée aussi par le P. Griffet, dans le ch. 14 du Traité des preuves qui servent à établir la vérité de i histoire.

Lagrange-Chancel, dans une lettre à Fréron, a essayé de démontrer que le prisonnier était le duc de Beaufort, qui, suivant cet écrivain, n'avait pas été tué au siège de Candie, comme on l’a cru généralement. (Voy. p. 138.) Or le Masque de fer était à Pignerol en 1662. « D’ailleurs, dit Voltaire, comment aurait-on arrêté le duc de Beaufort au milieu de son armée? comment l’aurait-on transféré en France sans que personne en sût rien ? et pourquoi l’eût-on mis en prison, et pourquoi ce masque ?

Ceux qui soutenaient cette opinion se fondaient quelque peu sur ce que le nom de Marchiali, sous lequel on fit dresser à la paroisse Saint-Paul l’extrait mortuaire du Masque de fer, donnait pour anagramme hic amiral. On sait que le duc de Beaufort était, en effet, amiral de France.

« On a aussi imaginé, dit Voltaire, que le duc de Mon mouth, à qui le roi Jacques fit couper la tête publiquement dans Londres, en 1685 *, était l’homme au masque

1 Voyez plus haut, p. 110, les détails que nous avons donnés sur son supplice.

de fer. Ii aura# fallu qu’il eût ressuscité, et qu’ensuite il eût changé l’ordre des temps, qu’il eût mis l’année 1662 à la place de 1685; que le roi Jacques, qui ne pardonna jamais à personne, et qui par là mérita tous ses malheurs, eût pardonné au duc de Monmouth, et eût fait mourir, au lieu de lui, un homme qui lui ressemblait parfaitement. Il aurait fallu trouver ce Sosie, qui aurait eu la bonté de se faire couper le cou en public, pour sauver le duc de Monmouth ; il aurait fallu que toute l’Angleterre s’y fût méprise ; qu’ensuite le roi Jacques eût prié instamment Louis XIV de vouloir bien lui servir de sergent et de geôlier. Ensuite , Louis XIV, ayant fait ce petit plaisir au roi Jacques, n’aurait pas manqué d'avoir les mêmes égards pour le roi Guillaume et pour la reine Anne, avec lesquels il fut en guerre; et il aurait soigneusement conservé auprès de ces deux monarques sa dignité de geôlier, dont le roi Jacques l’avait honoré 1 . » Il n’y a rien à répondre à toutes ces objections, qui réfutent suffisamment les arguments donnés en faveur de celte opinion par Sainte-Foix, dans ses Essais sur Paris. Aussi l'on doit s’étonner que l’auteur de l'article Monmouth, dans la Biographie Nichaud, ait terminé par cette phrase : « On a prétendu que le fameux Masque de fer n’était autre que le duc de Monmouth. De toutes les conjectures qui ont été faites à ce sujet, c'est peut-être une des moins déraisonnables. » C’est précisément le contraire qu’il fallait dire.

Un agent consulaire français, né vers 1725, le chevalier de Taulès, a émis, sur le Masque de fer, une opinion assez extravagante, qu’il a consignée dans le livre intitulé : L'homme au masque de fer, mémoire historique, où l'on réfute les différentes opinions relatives à ce person-

' Dictionnaire philosophique, art. cité.

CURIOSITÉS b IOO U A PH1QUES.

naye mystérieux, et où l'on démontre que le prisonnier fut une victime des jésuites, 1825, in-8. Les jésuites, qui en ont tant fait, et sur lesquels on en a tant dit, ne s’attendaient guère à être mêlés dans cette affaire. Suivant le chevalier, le prisonnier était Arwédiks, patriarche des Arméniens schismatiques, que les jésuites parvinrent, à force d’intrigues, à fpire enlever de Scio, et qui fut transféré de Sainte-Marguerite à la Bastille *.

Dutens (mort en 1812), qui a soutenu plus d’une fois d’étranges paradoxes, reproduisit, dans sa Correspondance interceptée (lett. vi) et dans les Mémoires d'un voyageur qui se repose, un bruit qui avait couru longtemps auparavant, savoir : que le prisonnier était un comte Girolamo Magni ou Maltioli, premier ministre du duc de Mantoue. On prétendait que cet homme avait été enlevé de Turin en 1685, ou plutôt en 1679, par ordre du cabinet de Versailles, qu'il avait trompé et qui craignait son habileté et ses intrigues. Cette opinion, aussi peu soutenable que les précédentes, et que l'on peut absolument réfuter de la même manière, a été soutenue par llouz-Fazillac, dans ses Recherches historiques et critiques sur l'homme au masque de fer, Paris, an IX, in-8, de 142 pages; et, plus récemment, par lord Dover (mort en 1855), dans l'Histoire véritable du prisonnier d'Etat nommé communément le Masque de fer, faite sur des documents tirés des archives françaises *.

L’auteur des Mémoires du maréchal de Richelieu, Soulavie, a rapporté une longue histoire sur le Masque de fer. Il raconte que mademoiselle de Valois, tille du ré-

1 Voy. Mémoires de l'Acadétnie des inscriptions , nouvelle série, t. X, p. 576, note ; el l'introduction du lome IV de lu Correspondance administrative sous Louis XIV, publiée par M. Depping.

* Voyez encore dans la Biographie Michaud, art. Masqus de ren, l'indication des nombreux ouvrages composes sur ce personnage.

gent et alors maîtresse de-Richelieu, cédant aux conseils de son amant , consentit à se prostituer à son père, qui était amoureux d'elle, pour acheter de lui la communication d'un Mémoire sur le Masque de fer. I.’e Mémoire, rédigé, disait-on, par le gouverneur même du prisonnier, avait été envoyé par la princesse à Richelieu, qui le communiqua à l’abbé Soulavie; et celui-ci l'a inséré en entier dans les Mémoires du maréchal. Nous en extrayons les passages suivants. C’est le gouverneur qui parle :

« Le prince infortuné, dit-il, que j'ai élevé et gardé jusque vers la fin de mes jours, naquit le 5 septembre 1638, à huit heures et demie du soir, pendant le souper du roi. Son frère (Louis XIV), à présent régnant, était né le malin, à midi, pendant le dîner de son père; mais, autant la naissance du roi fut splendide et brillante, autant celle de son frère fut triste et cachée avec soin ; car le roi, averti par la sage-femme que la reine devait faire un second enfant, avait fait rester en sa chambre le chancelier de France, la sage-femme, le premier aumônier, le confesseur de la reine et moi, pour être témoins de ce qu’il en arriverait, et de ce qu’il voulait faire, s’il naissait un second enfant.

« Déjà, depuis longtemps, le roi était averti par prophéties que sa femme ferait deux fils; car il était venu, depuis plusieurs jours, des pâtres à Paris, qui disaient en avoir eu inspiration divine, si bien, qu’il se disait dans Paris que, si la reine accouchait de deux Dauphins, comme on l’avait prédit, ce serait le comble du malheur de l’État. L’archevêque de Paris, qui fit venir ces devins, les fit renfermer tous les deux à Saint-Lazare, parce que le peuple en était ému; ce qui doRna beaucoup à penser au roi, à cause des troubles qu’il avait lieu de craindre dans son État. Il arriva ce qui avait été prédit par les

devins, soit que les constellations en eussent averti les pâtres, soit que la Providence voulût avertir Sa Majesté des malheurs qui pouvaient advenir â la France. Le cardinal (Richelieu), à qui le roi, par un messager, avait fait savoir cette prophétie, avait répondu qu’il fallait s’en adviser, que la naissance de deux Dauphins n’était pas une chose impossible, et que, dans ce cas, il fallait soigneusement cacher le second, parce qu’il pourrait, à l’avenir, vouloir être roi, .combattre son frère, pour soutenir une seconde ligue dans l’État, et régner.

« Le roi était souffrant dans son incertitude , et la reine, qui poussa des cris, nous fit craindre un second accouchement. Nous envoyâmes quérir le roi, qui pensa tomber à la renverse, pressentant qu’il allait être père de deux Dauphins. Il dit â monseigneur l’évêque de Meaux qu’il avait prié de secourir la reine : « Ne quit- « tez pas mon épouse jusqu’à ce qu’elle soit délivrée- « J’en ai une inquiétude mortelle. » Incontinent, après» il nous assembla, l’évêque de Meaux , le chancelier, le sieur Honorât, la dame Péronette, sage-femme, et moi; et il nous dit, en présence de la reine, afin qu’elle pût l’entendre, que nous en répondions sur notre tête, si nous publiions la naissance d'un second Dauphin , et qu’il voulait que sa naissance fût un secret de l’État, pour prévenir les malheurs qui pourraient arriver...

« Ce qui avait été prédit arriva ; et la reine accoucha, pendant le souper du roi, d'un Dauphin plus mignard et plus beau que le premier, qui ne cessa de se plaindre et de crier, comme s’il eût déjà éprouvé du regret d’entrer dans la vie, où il aurait ensuite tant de souffrances à endurer. Le chancelier dressa le procès-verbal de cette merveilleuse naissance, unique dans notre histoire. Ensuite, Sa Majesté ne trouva pas bien fait le premier procès-verbal, ce qui fit qu’elle le brûla en notre présence

et ordonna de le refaire plusieurs fois, jusqu’à ce que Sa Majesté le trouvât de son gré, quoi que pût remontrer l’aumônier, qui prétendait que Sa Majesté ne pouvait cacher la naissance d’un prince, à quoi le roi répondit qu’il y avait en cela une raison d'État.

« Ensuite, le roi noùs dit de signer notre serment. Le chancelier le signa d’abord, puis M. l’aumônier, puis le confesseur de la reine ; et je signai après. Le serment fut signé aussi par le chirurgien et par la sage-femme qui délivra la reine ; et le roi attacha cette pièce au procès-verbal, qu’il emporta, et dont je n’ai jamais ouï parler... Le roi nous ordonna aussi de bien examiner ce malheureux prince, qui avait une verrue au-dessus du coude gauche, une tache jaunâtre à son col, du côté droit, et une plus petite verrue au gras de la cuisse droite, parce que Sa Majesté, en cas de décès du premier né, entendait, avec raison, mettre en sa place l’enfant royal qu’il allait nous donner en garde... Et. pour ce qu’il en fut des bergers qui avaient prophétisé sa naissance, jamais je n’ai pu en entendre parler, mais aussi je ne m’en suis enquis. M. le cardinal, qui prit soin de cet enfant mystérieux, aura pu les dépayser.

« Pour ce qui est de l’enfanee du second prince, la dame Péronette en fit comme d’un enfant sien, d abord, mais qui passa pour le fils bâtard de quelque grand seigneur du temps, parce qu’on reconnut, aux soins qu’elle en prenait et aux dépenses qu’elle faisait, que c’était un fils riche et chéri, encore qu’il fût désavoué.

« Quand le prince fut un peu grand, M. le cardinal Mazarin, qui fut chargé de son éducation, après monseigneur le cardinal de Richelieu, me le fit bailler pour l’instruire et l’élever comme l’enfant d’un roi, mais en secret. La dame Péronette lui continua ses offices jusqu’à

la mort, avec attachement d’elle à lui, et de lui à elle encore davantage. Le prince a été instruit à ma maison en Bourgogne, avec tout le soin qui est dû à un fils dtf roi et frère*. »

Le reste de ce Mémoire peut se résumer ainsi :

Le jeune prince, ne sachant comment expliquer les égards et les marques de respect qu’on lui témoignait, ne cessait de questionner sur sa naissance çt ses parents son gouverneur, qui ne pouvait lui donner aucune réponse satisfaisante. « Un jour, il lui demanda le portrait du roi (Louis XIV); le gouverneur, déconcerté, répondit par de mauvaises défaites, et agit de même toutes les fois que son élève cherchait à découvrir un mystère auquel il paraissait mettre chaque jour plus d'importance. Le jeune homme n'était point étranger à l'amour; ses premiers vœux s'étaient adressés aune femme de chambre de la maison ; il la conjura de lui procurer un portrait du roi ; elle s'y refusa d’abord, en alléguant l’ordre qu’avaient reçu tous les gens de la maison de ne lui rien donner hors de la présence de leur maître. Il insista; et elle promit de lui en procurer un. A la vue du portrait, il fut frappé de sa ressemblance avec le roi, et se rendi.t auprès de son gouverneur, lui réitéra ses questions ordinaires, mais d'une manière plus pressante et plus assurée : il lui demanda de nouveau le portrait du roi. Le gouverneur voulut encore éluder : * Vous me trompez, lui dit-il; voilà lepor- « trait du roi, et une lettre qui vous est adressée me « dévoile un mystère que vous voudriez en vain me « cacher plus longtemps. Je suis frère du roi, et je

> Mémoires du maréchal de Richelieu , 1790. in-8*, t. III, ch. ix, P- 71-113. — l'abbé Soulavie, à la suite de l'écrit du gouverneur, a rassemblé un grand nombre de passages de divers écrits relatifs au Masque de fer.

« veux partira l'instant, aller me faire reconnaître à la « cour, et jouir de mon état. » (Le gouverneur disait, dans sa déclaration, qu'il n’a jamais pu s’assurer par quel moyen le jeune prince s’était procuré la lettre qu’il lui montra; il dit seulement qu’il ignore s'il avait ouvert une cassette dans laquelle il mettait toutes les lettres du roi, de la reine et du cardinal Mazarin, ou s’il avait intercepté la lettre qu’il lui montra.) Il renferma le prince, et envoya sur-le-champ un courrier à Sainl-Jean-de-Luz, où était la cour, pour traiter de la paix des Pyrénées et du mariage du roi. La réponse fut un ordre du roi pour enlever le prince et le gouverneur, qui fut conduit aux îles Sainte-Marguerite, et ensuite transféré à la Bastille, où le gouverneur des îles Sainte- Marguerite les suivit 1 . »

Occupons-nous maintenant des conjectures émises par Voltaire, et rappelons, avant tout, avec quel soin cet historien a recueilli de toutes parts des renseignements sur le siècle de Louis XIV, et combien, par ses relations avec les personnages les plus marquants de la cour, il a dû être à même de recueillir des détails qui auraient pu être inconnus à d’autres. A la fin de son article Ann, déjà cité, après avoir parlé du P. Griffet, confesseur des prisonniers de la Bastille, il disait : « Celui qui écrit cet article en sait peut-être plus que le P. Griffet, et n’en dira pas davantage. » Cette phrase, dans l’édition de 1771, est suivie d’une note qui a pour auteur Voltaire luimême, et qu’il a intitulée : Addition de l'éditeur. Il y parle de lui à la troisième personne. Voici les passages de cette note, qui contiennent quelques faits nouveaux :

* Grimm, Correspondance littéraire, 1813, in-8*, t. XVI, p. 234 et suiv. — Il n'a fait qu'abréger la pièce rapportée par Soulavie; mais il prétend que celle pièce a été trouvée par l.aborde, ancien valet de chambre de Louis XV, dans les papiers du maréchal de Richelieu.

« Il est surprenant, dit-il, de voir tant de savants et tant d'écrivains pleins d’esprit et de sagacité se tourmenter à deviner qui peut avoir été le fameux Masque de fer, sans que l’idée la plus simple, la plus naturelle et la plus vraisemblable se soit jamais présentée à eux. Le fait, tel que M. de Voltaire le rapporte, une fois admis avec ses circonstances, l'existence d’un prisonnier d’une espèce si singulière mise au rang des vérités historiques les mieux constatées, il paraît que non-seulement rien n’est plus aisé que de concevoir quel était ce prisonnier, mais qu’il est même difficile qu’il puisse y avoir deux opinions sur ce sujet. L’auteur de cet article aurait communiqué plus tôt son sentiment, s’il n’eût cru que cette idée devait déjà être venue à bien d’autres, et s'il ne se fût persuadé que ce n’était pas la peine de donner comme une découverte une chose qui, selon lui, saute aux yeux de tous ceux qui lisent cette anecdote... Pourquoi personne ne s’est-il encore aviser de supposer que le Masque de fer pouvait avoir été un prince inconnu, élevé en cachette, et dont il importait de laisser ignorer totalement l'existence ?

« L’auteur conjecture, de la manière dont M. de Voltaire a raconté le fait, que cet historien célèbre est aussi persuadé que lui du soupçon qu’il va, dit-il, manifester, mais que M . de Voltaire, à titre de Français, n’a pas voulu , ajoute-t-il, publier tout net, surtout en ayant dit assez pour que le mot de l’énigme ne dût pas être difficile à deviner. Le voici, continue-t-il toujours, selon moi :

« Le Masque de fer était sans doute un frère, et un frère aîné de Louis XIV, dont la mère avait ce goût pour le linge fin, sur lequel M. de Voltaire appuie. Ce fut en lisant les mémoires de ce temps, qui rapportent cett e anecdote au sujet de la reine, que, me rappelant ce même goût du Masque de fer, je ne doutai plus qu’il ne fût son

fils ; ce dont toutes les autres circonstances m’avaient déjà persuadé.

« On sait que Louis Xlll n’habitait plus depuis longtemps avec la reine, que la naissance de Louis XIV ne fut due qu’à un heureux hasard habilement amené, hasard qui obligea absolument le roi à coucher en même lit avec la reine. Voici comme je crois que la chose sera arrivée :

« La reine aura pu s'imaginer que c’était par sa faute qu’il ne naissait point d'héritier à Louis XIII. La naissance du Masque de fer l’aura détrompée. Le cardinal (Richelieu), à qui elle aura fait confidence du fait, aura su, par plus d’une raison, tirer parti de ce secret ; il aura imaginé de tourner cet événement à son profit et à celui de l’État. Persuadé, par cet exemple, que la reine pouvait donner des enfants au roi, la partie qui produisit le hasard d’un seul lit pour le roi et pour la reine fut arrangée en conséquence. Mais la reine et le cardinal, également pénétrés de cacher à Louis XIII l’existence du Masque de fer, l'auront fait élever en secret. Ce secret en aura été un pour Louis XIV jusqu'à la mort du cardinal Mazarin.

« Mais ce monarque, apprenant alors qu’il avait un frère, et un frère aîné que sa mère ne pouvait désavouer, qui, d’ailleurs, portait peut-être des traits marqués qui annonçaient son origine, faisant réflexion que cet enfant, né durant le mariage, ne pouvait, sans de grands inconvénients et sans un horrible scandale, être déclaré illégitime après la mort de Louis XIII, Louis XIV aura jugé ne pouvoir user d'un moyen plus sage et plus juste que celui qu’il employa pour assurer sa propre tranquillité et le repos de l’État ; moyen qui le dispensait de commettre une cruauté que la politique aurait représentée comme nécessaire à un monarque moins conscencieux et moins magnanime que Louis XIV.

« Il me semble, poursuit toujours notre auteur, que plus on est instruit de l’histoire de ces lemps-là, plus on doit être frappé de la réunion de toutes les circonstances qui prouvent en faveur de cette supposition. »

Dans l’édition des œuvres de Voltaire, publiée à Kehl, on trouve encore une note due aux éditeurs; cette note faisant allusion à l'explication donnée par la lettre de mademoiselle de Valois, qui suppose le Masque de fer un frère jumeau de Louis XIV, né quelques heures après lui, renferme le passage suivant : « Louis XIV n'aurait jamaisdétenu un de ses frèresdans une prison perpétuelle pour prévenir les maux annoncés par un astrologue, auquel il 11e croyait pas. Il lui fallait des motifs plus importants. Fils aîné de Louis XIII, avoué par ce prince, le trône lui appartenait; mais un fils né d’Anne d’Autriche, inconnu à son mari, n'avait aucun droit, et pouvait cependant essayer de se faire reconnaître, déchirer la France par une longue guerre civile, l’emporter peutêtre sur le fils de Louis XIII, en alléguant le droit de primogénilure, et substituer une nouvelle race â l’antique race des Bourbons. Ces motifs, s’ils ne justifiaient pas entièrement la rigueur de Louis XIV, servaient au moins à l’excuser; et le prisonnier, trop instruit de son sort, pouvait lui savoir quelque gré de n’avoir pas suivi des conseils plus rigoureux, conseils que la politique a trop souvent employés contre ceux qui avaient quelques prétentions à des trônes occupés par leurs concurrents.

« M. de Voltaire avait été lié dès sa jeunesse avec le duc de Richelieu, qui n'était pas discret. Si la lettre de mademoiselle de Valois est véritable, il l’a connue ; mais, doué d’un esprit juste, il a senti l’erreur, il a cherché d'autres instructions. Il était placé pour en avoir. Il a rectifié la vérité altérée dans cette lettre, comme il a rectifié tant d'autres erreurs. »

personnages mystérieux. üj . 5

Pour résumer en deux mots cette discussion sur Je Masque de fer, nous croyons que toutes les probabilités se réunissent pour le faire croire un fils naturel d’Anne d’Autriche, ou, mieux encore, un frère jumeau de Louis XIV.

Terminons par un fait très-peu connu, rapporté par le Mémorial de Sainte-Hélène.

« La conversation a conduit aujourd’hui à traiter le Masque de fer. On a passé en revue ce qui avait été dit par Voltaire, Dutens, etc., et ce que l’on trouve dans les Mémoires de Richelieu. Ceux-ci le font, comme l’on sait, frère jumeau de Louis XIV, et son aîné. Or quelqu’un (c’est probablement le comte de Las Cases) a ajouté que, travaillant à des cartes généalogiques, on était venu lui démontrer sérieusement que lui, Napoléon, était descendant linéal de ce Masque de fer, et par conséquent l’héritier légitime de Louis XIII et de Henri IV, de préférence à Louis XIV, et à tout ce qui en était sorti. L'empereur, de son côté, a dit en avoir, en effet, entendu quelque chose, et il a ajouté que la crédulité des hommes est telle, leur amour du merveilleux si fort, qu’il n’eût pas été difficile d’établir quelque chose de la sorte pour la multitude, et qu’on n’eût pas manqué de trouver certaines personnes, dans le sénat, pour le sanctionner, et probablement, a-t-il observé, celles-là mêmes qui, plus tard, se sont empressées de le dégrader, sitôt qu’elles l’ont vu dans l’adversité.

« On est passé alors à développer les bases et la marche de cette fable. Le gouverneur des îles Sainte- Marguerite, disait-on, auquel la garde du Masque de fer était alors confiée, se nommait M. de Bonpart, circonstance, au fait, déjà fort singulière. Celui-ci, assuraiton, ne demeura pas étranger aux destinées de son prisonnier. 11 avait une fille, les jeunes gens se virent, ils

s’aimèrent. Le gouverneur en donna connaissance à la cour ; on y décida qu'il n’y avait pas grand inconvénient à laisser cet infortuné chercher dans l'amour un adoucissement à ses malheurs; etM.deBonpartlesmaria.

« Celui qui parlait en ce moment disait que, quand on lui raconta la chose, qui lavait fort amusé, il lui étai 1 arrivé de dire qu’il la trouvait très-ingénieuse; sur quoi le narrateur s’était fâché tout rouge, prétendant que ce mariage pouvait se vérifier aisément sur les registres d’une des paroisses de Marseille, qu’il cita, et qui en attestaient, disait-il, toutes les traces. Il ajoutait que les enfants qui naquirent de ce mariage furent clandestinement ou sans bruit écoulés vers la Corse, où la différence de langage, le hasard ou l’intention avaient transformé leur nom de Bonpart en Bonaparte et Buonaparte; ce qui, au fond, présente le même sens.

« A cette anecdote on a ajouté qu’au moment de la Révolution on avait fait une histoire semblable en faveur de la branche d’Orléans 1 . On la fondait sur une pièce trouvée à la Bastille. On supposait qu’Anne d’Autriche, qui accoucha après vingt-trois ans de stérilité, avait mis au monde une fille. La crainte qu’elle n’eût point d’autre enfant avait porté Louis XIII à éloigner cette fille, et lui substituer faussement un garçon, qui avait été Louis XIV. Mais, l’année suivante, la reine accoucha encore; et, cette fois, ce fut un garçon, Philippe, chef de la maison d’Orléans, qui se trouvait ainsi, lui et les siens, les héritiers légitimes, tandis que Louis XIV et les siens n’étaient plus que des intrus et des usurpateurs. Dans cette version, le Masque de fer était une

1 Le bruit courait, sous la Restauration, que si la branche d'Orléans venait jamais à monter sur le trône, on saurait quel était le Masque de fer. — On voit aujourd'hui combien cette supposition était peu fondée.

lille. Une brochure courut les provinces, à ce sujet, lors de la prise de la Bastille; niais l’histoire ne fit pas fortune : elle mourut sans avoir môme un instant, à ce qu’il paraît, occupé la capitale *. »

Voici encore deux événements pleins de mystère, qui signalèrent le règne de Louis XIV: %

« On fut étonné celte année (1699), à Fontainebleau, dit Saint-Simon, qu’à peine la princesse de Savoie, depuis duchesse de Bourgogne, y fut arrivée, que madame de Maintenon la mena dans un petit couvent borgne de Moret, où le lieu ne pouvait l’amuser, ni aucune religieuse, dont il n'y en avait pas de connues. La princesse y retourna plusieurs fois pendant le voyage; et cela réveilla la curiosité et les bruits. Madame de Maintenon y allait souvent de Fontainebleau; et à la fin on s’y était accoutumé. Dans ce couvent était professe une Mauresse inconnue à tout le monde et qu’on ne montrait à personne. Bontemps, premier valet de chambre et gouverneur de Versailles, par qui les choses du secret dômestique passaient de tout temps, l’y avait mise toute jeune, avait payé une dot qui ne se disait pas, et depuis continuait une grosse pension tous les ans. Il prit exactement soin qu’elle eût son nécessaire et tout ce qui peut passer pour abondance à une religieuse, et que tout ce quelle pouvait désirer de toute espèce de douceur lui fût fourni. La feue reine y allait souvent de Fontainebleau,^! prenait grand soin du bien-être du couvent et madame de Maintenon après elle. Ni l’une ni l’autre’ ne prenait pas un soin direct de cette Mauresse qui pût se remarquer; mais elles n’y étaient pas moins attentives Elles ne la voyaient pas toutes les fois qu’elles y allaient mais souvent pourtant avec une grande attention à sa

1 Memorial de Sainle- Hélène, vendredi 12 juillet 1816 pi,i, 4 <kk grand in-8% 1. 1, p. 495, '

santé, à sa conduite et à celle de la supérieure â son égard. Monseigneur y a été quelquefois, et les princes, ses enfants, une ou deux fois, et tous ont demandé et vu la Mauresse. Elle était là avec plus de considération que la personne la plus connue et la plus distinguée, et se prévalait fort dîs soins que l’on prenait d’elle et du mystère qu’on en faisait; et, quoiqu’elle vécût très-régulièrement, on s’apercevait bien que la vocation avait été aidée. 11 lui échappa une fois, entendant Monseigneur chasser dans la forêt, de dire négligemment : <* C’est mon « frère qui chasse. »

a On prétendit qu’elle était fille du roi et de la reine, et que sa couleur l’avait fait cacher et disparaître, et publier que la reine avait fait une'fausse couche, et beaucoup de gens de la cour en étaient persuadés. Quoi qu’il en soit, la chose est demeurée une énigme *. »

« La même année, raconte encore Saint-Simon, un événement singulier fit beaucoup raisonner tout le monde. Il arriva tout droit à Versailles un maréchal de la petite ville de Salon en Provence, qui s’adressa à Brissac, major des gardes du corps, pour être conduit au roi, à qui il voulait parler en particulier. Il ne se rebuta pas des rebuffades qu’il en reçut, et fit tant, que le roi en fut informé, qui lui fit dire qu’il ne parlait pas ainsi à tout le monde. Ce maréchal insista, et dit que, s’il voyait le roi, il lui dirait des choses si secrètes et tellement connues de lui seul, qu’il verrait bien qu’il avait mission pour lui dire des choses importantes; qu’en attendant, du moins, il demandait à être envoyé à un ministre d’État. Là dessus, le roi lui fit dire d’aller trouver Barbezieux, à qui il avait donné ordre de l’entendre. Ce qui surprit beaucoup, c’est que ce maréchal, qui ne faisait

1 Mémoires, t. Il, p. 82.

que d’arrivej: et qui n était jamais sorti de son lieu ni de son métier, ne voulut point de Barbezieux, et demanda tout de suite à être envoyé à un ministre d’État; que Barbezieux ne l’était point, et qu'il ne parlerait qu’à un ministre. Sur cela, le roi nomma Pomponne; et le maréchal, sans faire de difficulté ni réponse, l’alla trouver. Ce qu’on sut de son histoire est fort court : le voici. Cet homme, revenant tard de dehors, se trouva entouré d’une grande lumière, auprès d’un arbre assez près de Salon; une personne vêtue de blanc, et par-dessus à la royale, belle, blonde et fort éclatante, l’appela par son nom, lui dit de la bien écouter, lui parla plus d’une demi-heure, lui dit qu’elle était la reine qui avait été épousée du roi, lui ordonna de l’aller trouver, et de lui dire les choses qu'elle lui communiqua; que Dieu l’ai • derait dans son voyage; et qu’à une chose qu’il dirait au roi, et que le roi seul au monde savait, et qui ne pouvait être sue que de lui, il reconnaîtrait la vérité de tout ce qu’il venait lui apprendre; que, si d’abord il ne pouvait parler au roi, il demandât à parler à un de ses ministres d’État, et que surtout il ne communiquât rien aux autres, quels qu'ils fussent, et qu'il réservât certaines choses au roi tout seul; qu’il parttt promptement, et qu’il exécutât ce qui lui était ordonné hardiment et diligemment, et qu’il assurât qu’il serait puni de mort s'il négligeait de s’acquitter de la commission. Le maréchal promit, et tout aussitôt la reine disparut, et il se trouva dans l’obscurité auprès de son arbre. 11 se coucha au pied, ne sachant s’il rêvait ou s’il était éveillé, et s’en alla après chez lui, persuadé que c’était une illusion et une folie, dont il ne se vanta à personne. A deux jours de là, passant au même endroit, la même vision lui arriva encore, et les mêmes propos lui furent tenus; il y eut, de plus, des reproches de son doute et des menaces

réilérées.'et, pour fin, d’aller dire à l'intendant de la province ce qu’il avait vu, et l’ordre qu’il avait reçu d’aller à Versailles, et que sûrement il lui fournirait de quoi faire son voyage. A cette fois, le maréchal demeura convaincu; mais, flottant entre les craintes des menaces et les difficultés de l’exécution, il ne sut à quoi se résoudre, gardant toujours le silence sur ce qui lui était arrivé. Il demeura huit jours dans cette perplexité, et enfin comme résolu à ne point faire ce voyage; et, repassant encore par le même endroit, il vit et entendit encore la même chose, et des menaces si effrayantes, qu'il ne songea plus qu’à partir. A deux jours de là, il fut trouver à Aix l’intendant de la province, qui, sans balancer, l'exhorta à suivre son voyage, et lui donna de quoi le faire dans une voiture publique. On n’en a jamais su davantage. Il entretint trois fois M. de Pomponne, et fut chaque fois plus d'une heure avec lui. 51. de Pomponne en rendit compte au roi en particulier, qui voulut que Pomponne en parlât plus amplement au conseil d'État, où Monseigneur n'était point, et où il n’y avait que les ministres d'État, qui lors, outre lui, étaient le duc de Beauvilliers, Pontchartrain et Torcy, et nul autre. Ce conseil fut long; peut-être y parla-t-on d’autre chose après. Ce qui arriva ensuite, c’est que le roi voulut entretenir le maréchal. Il ne s'en cacha point : il le vit dans ses cabinets, et le fit monter par le petit degré qui est sur la cour de marbre, par où il passe pour aller à la chasse ou se promener.

# Quelques jours après, il le vit encore de même, et à chaque fois fut plus d’une demi-heure avec lui, et prit garde que personne ne fût à portée d'eux. Le lendemain de la première fois qu’il l’eut entretenu, comme il descendait par ce même petit escalier pour aller à la chasse, M. de Duras, qui avait le bâton et qui était sur le pied d’une considération, d une liberté de dire au roi tout ce

qu’il lui plaisait, se mit à palier de ce maréchal avec mépris, et à dire le mauvais proverbe, que cet homme était un fou, ou que le roi n’était pas noble. A ce mot, le roi s'arrêta, et, se tournant au maréchal de Duras, ce qu’il ne faisait presque jamais en marchant : « Si cela « est, dit-il, je ne suis pas noble; car je l’ai entretenu « longtemps; il m'a parlé de fort bon sens; et je vous as* « sure qu’il est fort loin d’être fou. » Ces derniers mots furent prononcés avec une gravité appuyée qui surprit fort l'assistance. Après le second entretien, le roi convint que cet homme lui avait dit une chose qui lui était arrivée, il y a plus de vingt ans, et que lui seul savait, parce qu’il ne l'avait jamais dite à qui que ce soit; et il ajouta que c’était un fantôme qu'il avait vu dans la forêt de Saint-Germain, et dont il était sûr de n'avoir jamais parlé.

« Il s’expliqua encore plusieurs fois favorablement sur ce maréchal, qui était défrayé de tout par ses ordres, et fut renvoyé aux dépens du roi, qui lui fit donner de l'argent, outre sa dépense, et qui fit écrire à l’intendant de Provence de le protéger particulièrement, et d’avoir soin que, sans le tirer de son état et de son métier, il ne manquât de rien le reste de sa vie. Ce qu’il y a de plus marqué, c’est qu’aucun des ministres d’alors n’a jamais voulu parler là-dessus. Leurs amis les plus intimes les ont poussés et retournés là-dessus à plusieurs reprises, sans avoir pu en arracher un mot; et tous, d’un même langage, leur ont donné le change, se sont mis à rire et à plaisanter, sans jamais sortir de ce cercle, ni enfoncer cette surface d'une ligne. Cela m’est arrivé avec M. de Beauvilliers et M. de Pontcharlrain; et je sais, par leurs intimes amis, qu’ils n’en ont rien tiré davantage, de même que ceux de MM. de Pomponne et de Torcy. Le maréchal, qui était un homme d’environ cinquante ans, qui avait famille,

bien famé dans son pays, montra beaucoup de bon sens dans sa simplicité, de désintéressement et de modestie. Il trouvait toujours qu’on lui donnait trop, et ne parut d'aucune curiosité; et, dès qu’il eut achevé de voir le roi etM. de Pomponne, il ne voulut rien voir ni se montrer, parut empressé de s'en retourner, et dit que, content d’avoir rempli sa mission, il n’avait plus rien à faire que de s’en aller chez lui.

« Ceux qui en avaient soin firent tout ce qu’ils purent pour savoir quelque chose de lui. 11 ne répondait rien, ou disait : « 11 m’est défendu de parler, et coupait court, sans se laisser émouvoir par rien. Revenu chez lui, il ne parut différent en rien de ce qu’il était auparavant, ne parlait ni de Paris, ni de la cour, répondait deux mots à ceux qui l’interrogeaient, montrait qu’il n'aimait pas de l’être, et sur ce qu’il avait été faire, pas un mot de plus que ce que je viens de rapporter. Surtout nulle vanterie : il ne se laissait pas entamer sur les audiences qu’il avait eues, et se contentait de se louer du roi, qu’il avait vu, mais, en deux mots, sans laisser entendre s'il l’avait vu en habits royaux ou d’une autre manière, et ne voulait jamais s’en expliquer. Sur M. de Pomponne, quand on lui en parlait, il répondait qu’il avait vu un ministre, sans s’expliquer comme ni combien de fois, qu’il ne le connaissait pas; puis il se taisait sans qu’on pût lui en faire dire davantage.

« 11 reprit son métier, et a vécu depuis à son ordinaire. C’est ce que les premiers de la Provence onfrapporté, et ce que m’en a dit l’archevêque d’Arles... qui passait du temps tous les ans à Salon... Il n’en faut pas tant pour beaucoup faire raisonner le monde. On raisonna donc beaucoup sans avoir pu rien trouver, et qu’aucune suite de ce singulier voyage ait pu ouvrir les yeux. Des fureteurs ont voulu se persuader et persuader

aux autres que ce ne fut qu’un tissu de hardies friponneries dont la simplicité de ce bonhomme fut la première dupe.

« 11 y avait à Marseille une madame Armond dont la vie est un roman, et qui, laide comme le péché, vieille, pauvre et veuve, a fait les plus grandes passions, et gouverné les plus considérables des lieux où elle s’est trouvée. Elle se fit épouser par ce M. Armond, intendant de la marine à Marseille, avec les circonstances les plus singulières; et, à force d’esprit et de manège, elle se fit aimer et redouter partout où elle vécut, au point que la plupart la croyaient sorcière. Elle avait été amie intime de madame de Maintenon, du temps qu’elle était madame Scarron. Un commerce secret et intime avait toujours subsisté entre elles jusqu’alors. Ces deux choses sont vraies; la troisième, que je me garderai bien d’assurer, est que la vision et la commission de venir parler au roi fut un tour de passe-passe de sa femme, et que, ce que le maréchal de Salon était chargé par elle de rapporter, cette triple apparition qu’il avait eue, n’était que pour obliger le roi à déclarer madame de Maintenon reine. Ce maréchal ne la nomma jamais, et ne la vit point. De tout cela on n’en a jamais su davantage, quoiqu’on accusât madame de Maintenon d’avoir fait remuer toutes les roues de cettq machine extraordinaire, sans qu’on ait eu des preuves directes 1 . »

Tout le monde sait qu’au commencement de la Restauration un événement tout à fait semblable arriva à la cour de Louis XVIll. Un laboureur nommé Martin, du bourg de Gallardon, à quatre lieues de Chartres, après avoir eu, en travaillant dans son champ, un certain nombre de visions qui commencèrent le 15 janvier!816,

1 Mémoires , t. II, p. 317 ei suiv.

et qui lui commandaient toutes d'aller trouver le roi, finit par se rendre auprès de l’évêque de Versailles. Celui-ci prévint le ministre de la police. Martin, mandé par le comte de Breteuil, préfet d’Eure-et-Loir, fut envoyé par lui à Paris. Là il fut examiné par Pinel, puis envoyé à Charenton, où le médecin de cette maison, M. Royer-Collard, fit sur lui, jour par jour, une série d'observations qui ont été publiées, et constatent l’état d'hallucination de Martin , auquel pendant ce séjour à Charenton l'archange Raphaël n’avait pas cessé d’apparatlre. Enfin, le 2 avril, M. Decazes le mena aux Tuileries dans l’appartement de Louis XVIII, et le laissa seul avec le roi. Voici comment Martin a raconté cette entrevue au curé de Gallardon.

« Le roi était assis à côté de la table ; j’ai salué le roi, et je lui ai dit, mon chapeau à la main : « Sire, je vous « salue. » Le roi m’a dit : « Bonjour, Martin. » Et P ai dit en moi-môme : « Il sait bien mon nom, toujours. — Vous « savez, sire, sûrement pourquoi je viens. — Oui, je sais # que vous avez quelque chose à me dire, et l’on m'a « dit que c’était quelque chose que vous ne pouviez dire « qu'à moi-même. Asseyez-vous. » J'ai pris un fauteuil, et je me suis assis vis-à-vis du roi ; et quand j’ai été assis, je lui ai dit : « Comment vous portez-vous? » Le roi m’a répondu : « Je me porte un peu nÿeux que ces jours « passés; et vous, comment vous portez-vous? — Moi, je « me porte bien. — Quel est le sujet de votre voyage? » Alors Martin lui raconta sa première apparition, et comment l’ange lui avait ordonné d'aller trouver le roi, et ce qu’il l'avait chargé de lui dire. Martin ajoutait que, « pendant cet entretien, le roi avait plusieurs fois levé les mains au ciel, et que des larmes coulaient le long de ses joues. » Il rappela sur l’exil de ce prince des particularités qui lui avaient été révélées par l’ange. « Car-

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« dez-en le secret, reprit le roi; il n'y aura que Dieu,

. a vous et moi qui saurons jamais cela. »

Après cette entrevue, Martin retourna passer la nuit à Charenton, et en partit le lendemain pour retourner à Gallardon, où il reprit sa vie habituelle. Malheureusement la conduite qu’il tint depuis 1850 jusqu'à sa mort arrivée en mai 1854, dut faire un peu de tort à sa réputation d’inspiré. 11 se mit à prophétiser, à annoncer, entre autres choses, l’existence de Louis XVII, et à se donner comme l’une des trois personnes chargées de le replacer sur le trône de France. On peut consulter sur lui la brochure publiée en 1850, et qui a été réimprimée un très-grand nombre de fois sous le titre de Relation contenant les événements qui sont arrivés au sieur Martin, laboureur à Gallardon, en Beauce, dans les premiers mois de 1816, in-8, par L. Silvy.

Pour revenir au maréchal de Salon , il ne faut guère s’en rapporter à ce que Louis XIV en a dit à ses courtisans ; car, malgré sa gravité habituelle , ce monarque ne se faisait aucun scrupule de mystifier sa cour, ainsi qu’on pourra en juger par le fait suivant :

Dans la première moitié de son règne, un Bolonais, nommé Primi *, ayant une belle figure, de l’esprit et de l'ambition, se rendit en France , dans l'espoir de faire fortune. Pendant son voyage de Lyon à Paris, il fit connaissance avec un nommé Duval, homme d’esprit, qui, lors de leur arrivée à Paris, le présenta à l’abbé de la Baume, devenu plus tard archevêque d’Embrun. Celuici conçut l'idée d’une singulière mystification. Trouvant dans la finesse et l’audace de Primi, dans son jargon mêlé d’italien et de français, toutes les qualités désirables pour l’exécution de son projet, il le séquestra pen-

1 Nous en avons déjà parlé dans les CtHiosim ainuoGiuPUiQi.es, p. 4U2.

dant six semaines, sans voir d'autres personnes que le duc de Vendôme et le grand prieur de France , son . frère, auxquels il le présenta. Tous trois employèrent le temps de cette retraite à instruire cet Italien de la généalogie des personnes, de leurs liaisons, de leurs amitiés, de leurs amours, de leurs haines, etc. « Quand ils le jugèrent assez bien endoctriné, l’abbé de la Baume répandit dans la société qu'il connaissait un Italien pour qui le passé et l’avenir n’avaient rien de caché , sur la présentation seule de l’écriture. Hommes et femmes, la cour et la ville coururent chezPrimi, et tous revenaient étonnés de ses réponses, croyant d’ailleurs à l’avenir par le récit du passé. La comtesse de Soissons surtout le protégea et le rechercha; et, vu son goût pour l’intrigue, il y a bien de l’apparence qu’elle entra dans celles de Primi. Madame voulut voir Primi, qui lui parla trèssciemment des événements de sa vie; il ne garda même pas le silence à son égard sur ses liaisons actuelles avec le comte de Guiche, et lui occasionna une telle surprise, qu’elle peignit Primi au roi comme un homme extraordinaire, et pressa le monarque de lui donner aussi de son écriture à examiner. Après s’y être refusé longtemps, Louis XIV donna enfin unbillet qui paraissaitde sa main, et que madame remit avec empressement à Primi, qui assura que cette écriture était celle d’un vieil avare, d’un fesse-mathieu, d’un homme enfin incapable de jamais rien faire de beau et de bon. La surprise de Madame fut grande de trouver ainsi son devin en défaut; elle reprit le billet en l’assurant que, pour cette fois, il se trompait lourdement; mais l’Italien assura qu’il ne se trompait pas. Madame rendit le billet au roi, en lui rapportant les discours de Primi. Le monarque en fut d'autant plus étonné, que le billet en question qu’il avait donné comme de sa main était réellement de celle de M. le pré-

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sident Rose, secrétaire du cabinet, et qui contrefaisait si bien l'écriture de Louis XIV, que celui-ci le chargeait de répondre à beaucoup de choses qu'il voulait qu'on crût de sa main, et c'est ce que Primi avait su par M. de Vendôme. Au reste, on reprochait à M. Rose tous les défauts que Primi avait imputés à l’auteur du billet.

« Le roi, voulant éclaircir le mystère, chargea Bontemps, son premier valet de chambre , de lui amener le lendemain dans son cabinet l'Italien, à qui il dit: « Primi, je n'ai que deux mots à dire : votre secret, que je payerai avec deux mille livres de pension, sinon pendu. » a L Italien préféra, comme déraison, la pension â la corde, et il égaya ensuite le roi en lui racontant son départ de Bologne, ses liaisons avec Duval, par celui-ci avec M. de la Baume, et par cet abbé avec MM. de Vendôme : sa retraite de six semaines, et enfin tout ce qui avait préparé et soutenu le rôle qu'il jouait, et, parmi les scènes plaisantes qu’il occasionna , toutes celles que le roi voulut entendre. En qui'tant l'Italien, le monarque passa chez les reines, et leur dit devant toute la cour: « Après avoir longtemps combattu le désir de voir « Primi, j'ai enfin succombé. Je sors d’avec cet homme « extraordinaire, et je dois avouer qu’il vient de me « dire des choses que jamais aucun être de son espèce « n’a dites à personne. » Tout le monde crut voir dans le discours du roi une nouvelle preuve de la singularité des talents de Primi , et sa réputation en augmenta, ainsi que ses espérances de fortune 1 . »

On connaît encore une autre imposture singulière qui se passa à la cour de Louis XIV, et, autant que nous le pouvons supposer, dans les premières années du règne de Jean Sobieski, mouté sur le trône de Pologne en

* ÜEi teieade Loua XIV , 180f.,.in-8, t. IV, p. 414.

1672. Le fait est rapporté ainsi dans les Mémoires de l’abbé de Choisy :

« 11 arriva en ce temps-là en Varsovie un carme français, qui fit demander au roi (J. Sobieski), très-instamment, la permission de lui parler en particulier. Après quelque difficulté pour obtenir son audience , qu’il eut enfin, ayant fait dire qu’il s'agissait d’une affaire parti lière, dont il importait infiniment à Sa Majesté polonaise d'être informée , ce père carme remit au roi une lettre dont le sens portait queceluiqui avait l’honneur d’écrire à Sa Majesté, n’ayant pas celui d’être connu d’elle, se trouvait obligé, aux dépens de la réputation de sa mère, da faire souvenir Sa Majesté qu’étant en France, au sortir de l’Académie, il avait eu commerce avec une belle femme qui, parce qu’elle était mariée, avait fait paraître, comme de son mari, un fils qu’elle avait eu l’honneur d’avoir de Sa Majesté ; que ce fils avait eu des biens de son prétendu père la seule fortune d’acheter la charge de secrétaire des commandements de la reine de France; que, puisque la fortune et le mérite du roi avaient mis le père sur le trône, celui qui avait l’honneur [de se trouver et de s'avouer son fils avait lieu d’espérer quelque élévation; qu’au surplus il avait l’avantage d’être protégé et considéré delà reine, à laquelle il avait fait confidence, non-seulement de ce qu’il était, mais de la prière qu’il faisait à Sa Majesté polonaise; et qu’en le reconnaissant pour son fils la reine serait fort contente de contribuer, de son côté, à la prière qu’il lui faisait de demander au roi de le faire duc et pair.

« Cette lettre était signée Drisacier, secrétaire de 5 commandements de la reine Marie-Thérèse, et portait que le carme aurait l’honneur d’entretenir Sa Majesté de quelques circonstances auxquelles il suppliait le roi d’avoir attention. Et tout de suite le carme lui remit deux

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lettres, l'une de la reine, dans les termes du monde les plus forls, pour obliger Sa Majesté polonaise de demander au roi de France, son mari, la grâce de faire Brisaeierduc; et l’autre était une lettre de change de cent mille écus, payable à Dantzig, aux ordres du roi de Pologne. Tout cela était accompagné d’un très-beau portrait de la reine de France, dont le cadre était orné de quantité de diamants; et ce portrait, que le carme lui remit, était au moins de vingt ou vingt-cinq mille écus.

« Le roi, surpris d’une aventure si nouvelle , ne se souvint ni de madame Brisacier, ni d’avoir cru avoir un fils: mais, comme dans le temps de ses premiers voyages en France il avait eu commerce avec plusieurs femmes de moyenne vertu, il était possible que tout ce que contenait la lettre signée Brisacier fût vrai. Le roi commença à se saisir du portrait, envoya à Dantzig savoir si la lettre de change, dont il avait pris copie, était de l’argent comptant; et, lorsqu’il eut appris qu’effeetivement rien n’était meilleur que ladite lettre de change, ce prince fit réflexion qu’au bout du compte cent mille écusétaient toujours aussi bons à prendre que le portrait, qu'il avait mis à part; que la lettre de la reine de France était une chose effective, qui ne lui laissait quasi pas douter que Brisacier ne pût être son fils; et il remit au carme une lettre pour le roi, qui contenait partie de ce que portait celle de Brisacier, et le suppliait d’avoir égard qu'ayant un fils en France, qu’il voulait reconnaître, il conjurait Sa Majesté de l’honorer de ses grâces, et de vouloir bien, à sa prière, le faire duc. Moyennant cette lettre, que Sa Majesté polonaise remit au carme, il eut l'industrie de tirer la lettre de change. Ce prince aimait l'argent, et ne perdit pas de temps à envoyer à Dantzig prendre les cent mille écus qu'elle portait.

« La surprise du roi de France ne fut pas médiocre

in

quand il reçut la lettre du roi de Pologne. Brisacier n'étaitni défiguré, ni n’avait jamais été regardé que comme un sujet très-médiocre, que l’on trouvait môme très-honoré de l’emploi de secrétaire des commandements de la reine qu’il exerçait. Sa Majesté tint le cas secret, vécut avec Brisacier comme de coutume, et écrivit au marquis de Béthune (ambassadeur de France en Pologne) de découvrir si effectivement le roi de Pologne était persuadé que Brisacier fût son fils.

« Le marquis prit le temps que le roi était de bonne humeur à la chasse. « Oserais-je, sire, lui dit-il, deman- « der à Votre Majesté ce que c’est qu’un nommé Brisait cier, qui fait courir le bruit en France qu’il a l’hon-

neur d’être votre fils; et que Votre Majesté, prête à le « reconnaître, a demandé au roi, mon maître, de l’élever « à la plus grande dignité de son royaume? — Le diable * m’emporte, dit le roi, si je sais ce que c’est que M. ni « madame Brisacier. Je n’étais pas chaste quand j’étais « en France, y ayant de bonnes et de mauvaises fortu- « nés. # Et tout de suite le roi lui conta ce que contenait la lettre de Brisacier, les éclaircissements qu’il lui donnait de sa naissance, la circonstance de la lettre de change de cent-mille écus, et celle du portrait enrichi de diamants; et ajouta que ce qui l’avait le plus déterminé à croire que ledit Brisacier était véritablement son * fils, c’était une lettre de la reine de France, qui le lui assurait, et qu’elle le protégeait, et paraissait avoir une extrême considération pour lui.

« Le marquis de Béthune lui dit ce qu’il savait des talents et de la figure du sieur Brisacier, bien capable d’avoir fait une imposture qu’il était nécessaire d’approfondir. Au retour de la chasse, le roi lui remit l’original de la lettre de la reine de France, en lui disant : « Voyez, monsieur, si jepuis moins faire pour un homme

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« qui se dit mon fils, et qui m’est recommandé aussi « fortement par une princesse de la piété, de la vertu et « du rang de la reine ! »

« Le marquis de Béthune envoya une copie de l’origi- . nal au roi son maître, qui passa chez la reine, et lui dit: « Voyez, madame, ce que c’est que cette lettre. » La reine reconnut son seing, et dit : « C’est mon écriture! » Et à mesure qu'elle la lisait, sa surprise augmentait, et continua de dire qu’elle n’avait jamais pensé à une telle impertinence, qu’elle ne savait ce que c’était, et qu’il fallait que Brisacier fût devenu fou; qu'appareminent le fripon lui avait fait signer cela en lui présentant des lettres de compliments, que l’on signe d’ordinaire sans les voir, parce que ce ne sont que des lettres d’usage, dont le style est toujours le même, et qui ne signifient rien. « Oh bien, madame, dit le roi, prenez garde doré- « navant à ce qu’on vous fait signer. J’exige de vous u que vous ne disiez rien du tout de cette aventure à ce « fou de Brisacier. » Peu de jours après, le roi le fit arrêter et l’envoya à la Bastille; on prit tous ses papiers et on l’interrogea.

« Ce petit extravagant avoua qu'il avait imaginétoute cette belle histoire. Il conta comme quoi il avait engagé nn carme de sa connaissance à porter la lettre qu'il avait fait signer à la reine sans qu’elle sût ce que c’était; il n’oublia pas la circonstance du portrait envoyé et de la lettre de change de cent mille écus. Ce roi envoya les interprétations et les dépositions du tout à Sa Majesté polonaise, qui connut si bien la fausseté de l’engagement où on l’avait voulu mettre, qu’il fit des excuses au roi de sa crédulité.

« Quand Brisacier eut fait quelque pénitence à la Bastille, on le mit en liberté comme un fou, avec ordre de sortir de France. Son premier soin fut de courir après

sa lettre de change, que le roi de Pologne avait touchée; il se rendit à Varsovie pour essayer d'en rapporter quelque chose. Le roi le reçut comme un fripon et comme un imposteur. Cependant ses créanciers firent tant de justes représentations à Sa Majesté polonaise, qu'il promit d'en payer quelques-uns. Les princes ont toujours de la peine à rendre ce qu’ils ont touché. On donna cinq à six cents pistoles à ce malheureux, qui passa en Moscovie, où il mourut, dans le dessein d'ifller aux Indes chercher la fortune qu’il n’avait pu faire en Europe, et le roi, peu à peu, et dans tous les plus mauvais et les plus reculés effets qu'il put avoir de temps en temps, et dans l'espace de quatre ans, rendit aux créanciers la somme qu’il avait touchée 1 . »

L’Orient semble avoir eu le privilège de fournir, de tout temps, un certain nombre d’aventuriers, qui, se faisant passer pour de hauts personnages, ont largemenlexploité la crédulité des habitants de l’Europe. Voici ce que l’on trouve dans Juvénal des Ursins, à l'année 1589.

« 11 y avoit, dit-il, un nommé Paulus Tigrin, lequel se disoit patriarche de Constantinople, et, sur les marches de devers Orient, leva de merveilleuses finances, et vint en Cypre, où par le roy fut receu grandement et honorablement, et le tenoil-on riche desja de trenle mille florins, et commença sa renommée à croislre dans le pays, et donnoit bénéfices, et faisoit merveilleuses assemblées de finances, et vint à Rome du temps d'Urbain, l'antipape, lequel fit faire information de la vie dudit Paule et de son gouvernement, et trouva-t-on que ce n’estoit qu’un abuseur; si le fit prendre et emprisonner, et eut sa finance qui estoit grande. A l'antipape Urbain,

1 Mémoires de l'nbhé de Chohy, I. IX, cjllection Michaud-Poujoulat, p. 641.

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Boniface lui succéda, et délivra, à sa coronalion, ledit Partie, et le laissa aller où il voulut , lequel s’en vint le plustost qu'il peut, vers les marches de Savoye, et dit au comte qu’il estoit son parent, luy déclarant une grande généalogie, laquelle ledit seigneur de Savoye creut, et une très-bonne chère eut de luy, et luy donna le sien grandement. Et le fist vestir et habiller selon l’estât de patriarche et notablement. Et à douze chevaux l’envoya vers le pape en Avignon, en le recommandant, comme son parent et vray patriarche de Constantinople. Parquoy le receut le sainct père bien honorablement- Auquel récita maux infinis que luy avoit faits l'antipape Urbain, sous ombre qu’il favorisait le pape Clément, et luy donna le -pape plusieurs beaux et bons dons. Si demanda congé de visiter le roy de France, et y vint, et le receut le roy honorablement, et lui fit trèsbonne chère, et se monslroit une très -dévote créature, et fréquentoit bien et dévotement l’église et voulut visiter l’église et l'abbaye de Saint-Denys, et, après plusieurs choses, dit à l'abbé et religieux qu'il sçavoit qu’ils avoient le. corps de monseigneur saint Denys; mais il avoit de belles choses de saint Denys, comme sa ceinture, et plusieurs bons livres, qu'on n’avoit pas par deçà. Et que, si on luy vouloit bailler deux religieux, qu’il les leur feroit avoir. Et luy fut accordé que ainsi ce feroit, et furent deux religieux ordonnez. Et cauteleusement et inalitieusement se tira vers les marches de la mer, et se mit en un vaisseau avec ses richesses, et s'en alla. Les deux religieux allèrent après, le cuidans trouver, et furent jusques à Rome, et s’en enquéroient le mieux qu’ils pouvoient. Mais ils sceurenl que ce n’estoit qu'un trompeur et abuseur. Parquoy ils s’eu revinrent 1 . »

' Histoiic de Charles VI, collection Mkhaud-l’oujoulat, p. 582.

Le dix-septième siècle, en France du moins, semble avoir été signalé par un assez grand nombre d’impostures de ce genre.

En 1634, il arriva à Paris un aventurier nommé Zaga- Christ, qui se prétendit fils du roi d’Abyssinie, et avait erré plusieurs années en Égypte, en Syrie et en Italie. Son arrivée excita une vive curiosité, d'autant plus qu’il jouissait, à ce que racontent les mémoires du temps, d'une qualité précieuse qui, à une époque de corruption, ne pouvait manquer de le faire réussir auprès des femmes. « La femme d’un conseiller au parlement , nommé Saulnier, alla le voir par curiosité comme les autres, rapporte Tallemant, et sachant la réputation qu'il avoit pour ces choses de nuit, et que, comme un galant de l’Amadis, il se servoit dans ses combats d'une antenne au lieu d'une lance, elle eut bientôt conclu avec lui. Le mari ne s’en douloit point; mais Des Roges, chanoine de Notre-Dame, enragé de ce que Zaga-Christ lui enlevoit ses amours , car on a tout su ensuite par une lettre, le fit avertir de tout. Le mari fait informer des déportements de sa femme. Les amants, voyant cette persécution, résolurent de s’enfuir, et prirent ce qu’ils purent. Mais ils furent arrêtés à Saint-Denis. Elle fut mise en religion, où elle traita avec son mari. Elle disoit qu’elle aimoit mieux quatre mille écus dans son buffet qu’un sot sur son chevet. Zaga-Christ ne voulut point répondre devant Laffemas au Fort-l’Évêque, et dit que les rois ne répondoient qu’à Dieu seul*. » Il obtint à grand'peine sa mise en liberté sous caution, et comme il était forteffrayé de la sévérité avec laquelle on procédait contre lui, on attribua à un suicide sa mort, arrivée en 1638, au village de Ruel. On lui fit cette épitaphe :

* Tome VI, p. t87.

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Ci-git du roi d'Éthiopie

L’original ou la copie.

Le fut-il? ne le fut-il pas?

La mort a fini les débats.

En 1670, il vint à Paris un personnage qui se qualifiait pompeusement de prince du sang ottoman, hacha , plénipotentiaire souverain de Jérusalem, Chypre, Trébisonde, etc., et qui y fit imprimer, comme étant sa propre histoire, un récit- d’aventures merveilleuses. C’était tout simplement un chrétien de Valachie, qui, forcé de quitter sa patrie à la suite d’une aventure scandaleuse, s’était enfui à Constantinople, y avait embrassé l’islamisme, et s’était mis à courir le monde en débitant force mensonges. On ne sait ni comment ni où il mourut.

Si Louis XIV mystifiait souvent sa cour, il fut luimême plusieurs fois la victime de mystifications.

En 1686, des flibustiers, dans une expédition à la Côte d’Or, emmenèrent avec eux un certain Aniaba.qui se fit passer pour le fils d’un roi africain, et fut reçu en France en cette qualité. Louis XIV le fit baptiser par Bossuet et le tint sur les fonts de baptême. Cependant, désireux de retourner dans son pays, il profita de la nouvelle de la mort de son prétendu père pour répandre le bruit que le peuple de ces contrées le redemandait afin de le placer sur le trône. Louis XIV donna des ordres pour le faire reconduire en Afrique, où son arrivée ne produisit aucune sensation. Avant de partir, il eut la singulière idée d’instituer, sous le nom de l’Étoile de Notre-Dame, un ordre de chevalerie, décrit par le P. Ilélyot dans le tome VIII de Y Histoire des Ordres religieux et militaires.

Voici l’analyse d’un brevet délivré par lui, et dont l’original a été vendu à Paris en 1858 :

« Louis Aniaba, par la grâce de Dieu, roi d’Essinies, à la Côte d’Or en Afrique, reconnaissant envers Dieu qui,

CUitIOSITÉ-5 BlOUIl APHIQUKS.

de sa miséricorde infinie, lui a départi les lumières de l’Évangile dont les rois ses prédécesseurs avaient été privés, institue, sous la protection de la très sainte Vierge, un ordre de chevalerie sous le nom de l’ordre de l'Etoile de Notre-Dame. El, voulant laisser en France, après son départ, des monuments de sa dévotion, et reconnaître les services qui lui ont été rendus par Oudar-Augustin- Justina, auteur du grand tableau qu’il a donné à l’église Notre-Dame de Paris, où il est représenté à genoux devant la sainte Vierge, et son enfant Jésus qui lui remet le collier de sondit ordre, en présence du roi de France, son bienfaiteur et son parrain, et de M. l’évêque de Meaux, il établit ledit Justina chevalier de son ordre. (Paris, 12 février 1701). La signature de L. Anabia se trouve en marge et au bas 1 . »

En 1706, on présenta à Louis XIV un autre aventurier nommé Nicolas OErn, qui prenait le titre de prince de Laponie. C’était un Lapon, que Charles XI avait envoyé comme missionnaire en Laponie, et qui, depuis, avait couru le monde. Il finit, à ce que l’on croit, par aller mourir dans les prisons d’Astracan.

La Relation, envoyée à M. de Ferriol, ambassadeur à Constantinople , touchant le dessein qu'ont les Missionnaires d'entrer en Éthiopie, par Benoît de Maillet (mort en 1738), renferme des particularités assez curieuses sur un intrigant nommé Mourot, qui voulait se faire passer pour ambassadeur du roi d’Éthiopie en France.

Citons encore, pour finir ce chapitre, les noms de Marie Stella, qui se prétendait fille de Philippe-Égalité; d'un sa- . vant connu seulement sous le faux nom de George Psalmanazar, et qui, pendant une partie de sa vie, se fit pas-

• Catalogue îles archives du baron Joursanvault, Paris, 1858, (.1, p. 138, n* 81 1.

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