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HABITUDES ET GOUTS SINGULIERS DE QUELQUES PERSONNAGES CÉLÈBRES

Quelques hommes illustres ont eu une prédilection marquée pour un certain jour de l'année; on connaît celle de Napoléon pour le 20 mars.

« Charles le Quint, dit Brantôme, aimoit le jour et feste de sainct Mathias (24 février), et le sainct et tout, parce qu’à tel jour il fut esleu empereur, tel jour cou* ronné, et tel jour aussi il prit le roi François prisonnier, non pas luy proprement, mais ses lieutenans. »

Il aurait pu ajouter que l'empereur était né aussi le jour de la saint Mathias (24 février 1500); que, le 24 février 1527, son frère Ferdinand avait été élu roi de-Bohême, et que, le 24 février 1556, il abdiqua l’empire.

Le 1 er janvier était pour François I er ce que le 24 février était pour Charles-Quint. Né le 1" janvier, ce fut le 1 er janvier que ce prince perdit son père, qu'il devint roi, qu’il maria sa fille, et que Charles-Quint fit son entrée à Paris.

Sixte-Quint naquit un mercredi (15 décembre 1521); fit profession chez les cordeliers un mercredi; fut promu au cardinalat un mercredi; fut élu pape un mercredi, et exalté le mercredi suivant.

« Louis XIII, quelques heures avant sa mort (le jeudi 14 mai 1643), appela ses médecins et leur demanda s’ils croyaient qu'il pût encore aller jusqu'au lendemain, disant que le vendredi lui avait toujours été heureux; qu’il avait, ce jour-là, entrepris des attaques qu’il avait emportées; qu’il avait même, ce jour-là, gagné des ba-

tailles; que ç’avait été son jour heureux, et qu'il avait toujours cru mourir ce même jour-là *. »

« Auguste, dit Suétone, avait une peur insensée du tonnerre et des éclairs, et il croyait se garantir du péril en portant toujours avec lui une peau de veau marin. Aux approches d'un orage, il allait se cacher dans un lieu souterrain et voûté... Cet effroi lui venait de ce qu’autrefois, pendant une marche nocturne, dans son expédition contre les Cantabres, la foudre avait sillonné sa litière et tué l'esclave qui le précédait un flambeau à la main *. »

L’empereur Héraclius, à l’âge de cinquante-neuf ans, fut saisi d'une frayeur insurmontable à la vue de la mer. Au retour d’une expédition en Syrie, il séjourna dans le palais d'IIérée, sur la côte d’Asie. « Les principaux de Constantinople, dit Nicéphore(ch. vii), obligèrent le préfet d’établir un pont de bateaux sur le Bosphore, et de le garnir des deux côlés avec des planches et des branches d'arbres, de sorte que l’on pouvait y passer sans voir la mer. Cet ouvrage ayant été achevé très-promptement, l’empereur le traversa à cheval comme s’il eût été sur la terre ferme. »

Lope ne pouvait souffrir qu'on prît du tabac en sa présence. Il avait, en outre, la manie de sc fâcher toutes les fois qu'il entendait demander l’âge d’une personne, si cette demande n’avait pas été faite dans des intentions de mariage.

Louis XIV détestait les chapeaux gris presque à l'égal des jansénistes 5 ,

• Mémoire fidèle des thoses qui se sont passées à la mort de Louis XII b par Dubois, collection Michaud-Poujoulat, 1" série, tome XI, p. SW.

4 Vie d'Auguste, c. sc et csix. — SqiVant d’Aubigné, Henri lll avait aussi la même terreur. — Voyez les Tragiques, édit. Jannet, p. 111, et Confession deSancy, 1. I, c.vn.

s Pour les chapeaus gris, on peut voir Saint-Simon (édit, in-18,

Rien n’égalait la timidité, ou, pour mieux dire, la poltronnerie du célèbre moraliste Nicole. Il avait peur des voyages, des promenades sur l'eau, et, à la tin de sa vie, il ne sortait dans les rues qu’en tremblant, craignant sans cesse que quelque tuile ne lui tombât sur la tête. 11 habita fort longtemps le faubourg Saint-Marcel, « parce que, disait-il, les. ennemis qui menacent Paris entreront parla porte Saint-Martin, et ils seront obligés, par conséquent, de traverser toute la ville avant de venir chez moi. » En un mot, il pouvait dire comme cet acteur qui estropiait Racine,

Je crains tout, cher Abner, et n’ai pas d’autre crainte.

Henri III, qui avait une passion si prononcée pour les petits chiens, ne pouvait demeurer seul dans une chambre où il y avait un chat.

Le maréchal de Brézé (mort en 1650), ayant fait tuer à l'affût un de ses valets de chambre, mari d’une de ses maîtresses, s’évanouissait toujours quand il voyait un lapin, ainsi que le raconte Tallemant.

« La première occasion, dit Brantôme, qu’eut la reine de Naples, Jeanne II, de faire entendre à Caraccioli

t. IV, p. 7). — Quant aux jansénistes, voici ce que raconte le même historien: < Le roi ajant voulu savoir les gens qui devaient suivre M. le duc d'Orléans en Espagne (1709), celui-ci nomma entre autre Fonterpuis. A ce nom, voilà le roi qui prend un air austère: « Comment, mon neveu, • lui dit le roi, Fonterpuis, le fils de cette janséniste, de cette Toile qui

< a couru M. Arnaud partout? Je ne veux point de cet homme-là avec « vous. — Ma foi, sire, lui répondit le duc d’Orléans, je ne sais pas cc

< qu'a fait la mère, mais pour le fils, il n'a garde d'être janséniste, et « je vous en réponds ; taril ne croit pas en Dieu. — Est-il possible, rnon « neveu? répliqua le roi en se radoucissant. — Ilicn de plus, certain, « sire, répondit le duc d’Orléans, je puis vous en assurer. — Puisque « cela est, dit le roi, il n'y a point de mal, vous pouvez le mener. ■ Celte scène, car on ne peut lui donner d'autre nom, se passa le malin, et, l'après-dîner même, M. le duc d’Orléans me la rendit pâmant de rire mot pour mot, telle que je l’écris. *

qu’elle l’aymoit, fut qu’il craignoit fort les souris. Un jour qu’il jouoit aux eschetsen la garde-robe de la reine, elle-même luy fit mettre une souris devant luy; et luy, de peur, courant deçà et delà, et heurtant et puis l'un et puis l’autre, s'enfuit à la porte de la chambre de la reyne, et vint cheoir sur elle; et ainsy, par ce moyen, la reyne luy descouvrit son amour; et eurent tôt faict leurs affaires ensemble; et après ne demeura guières qu’elle ne l’eust faict son grand seneschal l . »

* Un jour, dit Bussy dans ses Mémoires, les maréchaux d’Albret et de Clerambaut, François do Clermont, marquis de Monglat, maître de la garde-robe du roi, et le commandeur de Souvray, ambassadeur de Malte à la cour, depuis grand-prieur de France, dînant tous chez moi, le maréchal d’Albret se mit à nous faire un conte, et, comme il était au plus fort de la narration, il pâlit tout d’un coup, et la voix lui devint plus faible : pas un de nous n'y prit garde que le maréchal de Clerambaut, parce qu’il n’y avait que lui qui en sût la raison. 11 se mit donc à crier au maître d'hôtel, qui venait de servir un marcassin, de lui ôter promptement la tête; ce que celui-ci ayant fait, le maréchal d'Alhret, qui allait s’évanouir, se remit et nous acheva son conte.

« Ce sont de ces aversions naturelles qu’ont beaucoup de gens; les uns pour des levrauts, comme Bernard do Nogaret, duc d’Épernon, colonel général de l’infanterie, et les autres pour des têtes de cochons, comme le maréchal d’Albret. J’ai vu depuis le maréchal de Clerambaut me faire souvenir de cela au lever du roi, et me demander ensuite si je croyais que ce fût se battre avec avantage contre le maréchal d’Albret, que d’avoir une tête de cochon dans la main gauche, ayant l'épée à la main

1 Vieilex du res illustres, Jeanne II.

contre lui. Cette question fit rire le roi; et la réponse que je fis au maréchal (que sachant le faible du maréchal d’Albret, ce serait une aussi grande supercherie que si l'on était jaqué 1 ), l'obligea de pousser loin cette dispute, et de badiner aussi agréablement qu’il avait accoutumé de le faire V »

Vladislas, roi de Pologne, se troublait et prenait la fuite quand il voyait des pommes. Érasme ne pouvait sentir le poisson sans en avoir la fièvre. Seal iger frémissait de tout son corps en voyant du cresson. Tycho-Brahé ' sentait ses jambes défaillir à la rencontre d’un lièvre ou d’un renard. Le chancelier Bacon tombait en défaillance lorsqu'il y avait éclipse de lune. Bayle avait des convulsions lorsqu’il entendait le bruit que fait l’eau en sortant d’un robinet. Lamothe le Vayer ne pouvait souffrir le son d’aucun instrument. Favorili, poète italien, mort en 1682, ne pouvait supporter l'odeur de la rose.

Quelques personnages célèbres sont connus par leur affection pour certains animaux. Ainsi Alexandre chérissait Bucéphale; Auguste, un perroquet; Commode, un singe; Iléliogabale, un étourneau, etc.

L’empereur d’Occident Honorius avait pour une poule une tendresse profonde, qui, probablement, était peu payée de retour. Il se trouvait à Ravenne, ayant eu la précaution de mettre entre lui et les Goths les lagunes de la mer Adriatique, lorsque, après la prise de Rome par Alaric, en 410, l'esclave chargé de la volière impériale vint lui annoncer que la capitale de l’Italie et de l’Occident était perdue. « Comment! s'écria l'empereur consterné; comment, Rome est perdue! mais il n’y a qu’un moment qu’elle a mangé dans ma main. » C’était vers sa poule favorite, qui, elle aussi s’appelait Rome,

* l'ar.; Maillé, c’est-à-dire avec une jaquette ou.colte de maille.

* Mémoires , édit. Charpentier (1857), t. I, p. 431.

BIZARRERIES ET GOUTS SINGULIERS. ?tô

que s’étaient de suite tournées toutes les inquiétudes du monarque. Aussi éprouva-t-il un grand soulagement quand il eut été certain qu'il s’agissait, non pas de son oiseau chéri, mais de la capitale de son empire. # Ah ! dit-il, je pensais que ce fût ma poule. « Tant, ajoute l'historien grec Procope, auquel nous devons celte anecdote, « tant il était stupide et abruti l . »

. Le célèbre financier français Samuel Bernard (mort en 1759) croyait son existence attachée à celle d'une poule noire, qui, grâce à cette circonstance, devait être singulièrement soignée et choyée. L’homme et la bête moururent tous deux vers la même époque. Bernard, du reste, avait alors quatre-vingt-huit ans.

Passeront poète italien, mort en 1802, aimait un coq dont il parle toujours dans ses poésies.

Saint-Évremond et Crébillon étaient toujours entourés de chiens et de chats.

Juste Lipse n’aimait que les chiens, et en avait un appelé Saphir, auquel il avait fait' surmonter la répugnance que les animaux de cette espèce ont, en général, pour le vin. Aussi dit-il quelque part : « Ce qui rapproche Saphir de l’homme, c'est qu’il aime le vin et est sujet à la goutte. »

Godefroy Mind, peintre bernois, mort en 1814, a été surnommé le Raphaël (les chats, parce qu'il excellait à peindre ces animaux, auxquels il portait une vive affection; il en avait toujours plusieurs autour de lui. « Pendant son travail, dit M. Depping, sa chatte favorite était presque toujours à côté de lui, et il avait une sorte d'entretien avec elle; quelquefois elle occupait ses genoux, deux ou trois petits chats étaient perchés sur ses épaules, et il restait dans cette attitude des heures entières sans

1 Histoire (te la guerre des Golhs, 1. 1, c. ».

bouger, (le peur de déranger les compagnons de sa solitude. »

Ce n’était pas seulement pour une ou deux espèces du règne animal, que Dennis Rolle, membre du parlement anglais au dix-huitième siècle, manifestait ses sympathies; c’était pour tous les animaux sans distinction, et ceux-ci, à l'en croire, savaient reconnaître ses bons procédés.

« J’ai, dit-il dans une brochure qu’il composa pour faire abolir les combats de coqs et de taureaux, j’ai éprouvé la reconnaissance d’un ours sauvage, qui, après une absence, se laissa prendre par moi et conduire par le museau. Je ne puis encore bien m'expliquer l'inclination des chevaux qui devenaient sur-le-champ dociles sans aucun manège de ma part, ni celle des dogues, dans la gueule desquels je pouvais fourrer ma main, ni celle des serpents venimeux, qui ne m’ont jamais inspiré la moindre crainte. Pendant des années, j'ai erré dans des forêts épaisses, sans jamais être attaqué; je me suis couché dans des marécages remplis de reptiles et d'insectes venimeux : des serpents ont été mon oreiller sans qu’aucun m’ait mordu. Je pourrais parler d'une grue qui courait partout derrière moi, et me suivait dans les champs; et d'un chien étranger, qui, toutes les fois que je traversais Waltham, accourait comme pour ma défense, et exprimait par des gémissements le déplaisir de me quitter. Je me souviens encore d’un petit chat de Floride, qui s’élança sur des chiens qui aboyaient autour de moi, et dont il craignait une attaque sur ma personne. Je ne puis expliquer ces témoignages d’attachement qu’en supposant que c’est ainsi que la Providence a voulu récompenser ma bienveillance pour les animaux. #

« On rapporte que Démosthènes, dit Aulu-Gelle, était d'une propreté extrême dans ses vêtements, et qu’il por-

tait même le soin de sa personne jusqu’à une élégance et une délicatesse recherchées. De là toutes ces railleries de ses rivaux et de ses adversaires sur son manleau coquet, sur sa molle tunique. De là aussi ces propos injurieux et obscènes qui le traitaient d’efféminé, et l’accusaient des plus infâmes turpitudes. On raconte la même chose d’Hortensius, le plus célèbre des orateurs de son temps, après Cicéron. Une mise toujours soignée, des habits arrangés avec art, des gestes fréquents, une action étudiée et théâtrale, lui attirèrent une foule de sarcasmes et d'outrageantes apostrophes, et le firent souvent traiter d’histrion en plein barreau 1 . »

« Othon, dit Suétone (ch. xu), était curieux de sa toilette presque autant qu’une femme, se faisait épiler tout le corps, et portait sur sa tète, à peu près chauve, de faux cheveux* fixés et arrangés avec tant d’art que personne ne s’en apercevait. Il se rasait tous les jours la figure avec beaucoup de soin, et se la frottait avec du pain détrempé; habitude qu’il avait contractée dès l’âge de puberté, afin de ne jamais avoir de barbe. »

Le poète anglais Gray se faisait remarquer par la recherche de ses manières et de sa toilette, recherche qu’il poussait jusqu’à la fatuité.

Le physicien anglais Cavendish, qui laissa, en mourant (1810) la fortune la plus considérable que jamais savant ait possédée (50 millions), était toujours vêtu de drap gris, et se faisait faire régulièrement un habit aux mêmes époques. Il avait rassemblé une magnifique bibliothèque qui était à la disposition de tous les savants; mais afin de n’être pas dérangé, il l’avait placée à deux lieues de sa demeure. Lorsqu'il voulait un livre, il l’en-

1 Nuits atliques, 1. 1, ch. vi, collection Pnbochet, p. 434.

* On Toit que les faux toupets et les perruques ne sont pas d’invention moderne.

CURIOSITÉS BIOGRAPHIQU KS.

voyait prendre, en donnait un reçu, et le rendait ensuite avec la plus grande exactitude

Un autre physicien, Desmarets (mort en 1815), ne changea jamais la forme de ses vêtements, et jusqu'à la lin de sa vie, sa perruque et son habit ont rappelé à peu près les modes en usage sous le cardinal de Fleury.

I.e chimiste anglais Davy s’habillait entièrement do vert pour aller à la pêche, et de rouge pour aller à la chasse; il prétendait que, vêtu de cette manière, il effrayait moins le poisson et le gibier.

L’infant d'Fspagne, Jacques de Bourbon, ayant été créé, en 1735, cardinal à huit ans, abandonna ensuite l’état ecclésiastique, et dans son antipathie pour tout ce qui rappelait le petit collet il ne porta plus que des habits dont le collet descendait jusqu’au milieu de la poitrine.

A la fin du siècle dernier, quelques individus adoptèrent le genre d'alimentation prôné par Pythagore. Nous citerons entre autres, llitson, écrivain anglais, qui ne se nourrissait que de légumes, et publia, en 1803, un Essai sur l'abstinence des aliments tirés du règne animal comme devoir moral pour l'homme.

Uu autre auteur anglais, Wakefield (mort en 1801), s'abstenait de vin ainsi que des aliments tirés du règne animal. 11 en était de même du négrophile et philanthrope Ant. Benezet (mort en 1784).

Au dix-septième siècle, l’enthousiaste allemand Boyer (mort en 1656) ne mangeait que du poisson mort naturellement.

Spinosa dépensait environ de 5 à 6 sous par jour pour sa nourriture. — Buttner, naturaliste et philologue allemand du dix-huitième siècle, ne faisait par jour qu’un seul repas qui lui coûtait trois sous.

Tout le monde sait que l’astronome Lalande affectait de manger avec délices des araignées et des chenilles

Googta

dont il ^portait toujours sur lui une provision dans une bonbonnière.

Tiraqueau, jurisconsulte français mort en 1558, ne buvait que de l’eau, ce qui ne l’empêchait pas de faire, chaque année, un livre et un enfant : aussi fit-on sur lui répigi'amme suivante :

Tiraqueau, fécond à produite,

A mis au monde trente fils;

Tiraqueau, fécond à bien dire,

A fait pareil nombre d’écrits; ,

S’il n’eùt point noyé dans les c.iux Une semence si féconde,

Il eût enfin rempli le monde De livres cl de Tiraqueau*.

« C. Gracchus, dit Aulu-Gelle, s'aidait d'une flûte pour régler les intonations de sa voix quand il était à la tribune. Il n’est pas vrai, comme le grand nombre se l'imagine, qu'un musicien, jouant de la flûte, se tenait derrière le dos'de Gracchus pendant qu’il parlait, et, par ses différents accords, tempérait et exicilait tour à tour les mouvements et l’action de l’orateur. Quelle absurdité de croire que la flûte pouvait marquer à Gracchus, haranguant en public, la mesure, le rhythme et les différentes cadences, comme elle règle les pas d'un histrion dansant sur le théâtre ! Les auteurs mieux instruits sur ce fait rapportent seulement qu'un homme, caché dans les environs, l'avertissait de modérer les éclats trop bruyants de sa voix, en tirant d’une courte flûte un accord lent et grave. C’était là toutjetjene pense pas que, pour s’animer à la tribune, le génie naturellement passionné de Gracchus eût besoin d'une excitation extérieure. Cependant Cicéron croit qu’il employait ce joueur de flûte pour un double usage, et que, d'après ses accords, ou plus vifs ou plus calmes, il rani-

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niait le cours trop lent de sa parole, ou bien en modérait l’impétuosité trop fougueuse. Voici le passage même de Cicéron : « Aussi comme Licinius, homme « instruit, autrefois son secrétaire et aujourd’hui ton « client, pourra te le dire, Catulus, ce même Gracchus « avait à son service un homme intelligent, qui, se ea- « chant près de la tribune avec une flûte d’ivoire, lui « donnait rapidement le son qui devait l’exciter quand « son action était trop lente, ou le calmer, quand elle « était trop vive*. »

« Auguste, dit Suétone (ch. 84), pour ne pas s'exposer à manquer de mémoire et ne point passer son temps à apprendre par cœur, prit l’habitude de lire tout ce qu'il disait. 11 rédigeait d’avance jusqu’à ses conversations particulières, mêmes celles qu'il voulait avoir avec Livie, quand elles devaient rouler sur un sujet grave, et il parlait alors en lisant, de peur que l’improvisation ne lui en fît dire trop ou trop peu..»

. « Eschyle, rapporte Athénée, avait toujours une

pointe de vin lorsqu’il composait ses tragédies Nous

savons qu’Alcée, le poète lyrique, et Aristophane, le comique, écrivaient leurs poèmes dans l’ivresse *. »

Madame delà Suze, l’humaniste Lefèvre, au dix-septième siècle, Buffon au dix-huitième, ne pouvaient travailler sans être habillés avec la plus grande élégance. Rien, pas même l'épée, ne manquait à la toilette de ce dernier.

Bacon, Milton, Warburton, Alfiéri, avaient besoin, pour travailler, d’entendre de la musique; et l’on raconte que Bourdaloue exécutait toujours un air sur le violon avant de se préparer à écrire un sermon.

L’Anglais Thomson, auleur du poèmes des Saisons.

i Suit* (titiqucs, I. I, c. M, traduction de la collectiou Duboclict.

1 Banquet des savants, l. X,c. vu.

passait des jours entiers dans son lit; et, quand on lui demandait pourquoi il ne se levait pas, il répondait :

« Je ne vois pas de motifs pour me lever. »

Thomas restait tous les jours jusqu'à midi dans son lit, les rideaux fermés. Là il composait, dans sa tète, les ouvrages qu'il écrivait ensuite, d’un seul jet. lorsqu’il s’était levé. C’est ainsi que, pendant toute sa vie, il parvint à produire ce que Voltaire appelait du gali- Ihomas.

Casti, le spirituel auteur des Animaux parlants, composait ses jolis vers en jouant aux cartes tout seul, sur son lit.

Corneille, Malebranche et Hobbes composaient le plus souvent dans l’obscurité, tandis que Mézeray, au contraire, ne travaillait qu'à la chandelle, la nuit ou en plein jour; et il ne manquait jamais de reconduire, tnôme à midi, jusqu'au milieu de la rue, la lumière à la main, ceux qui venaient lui rendre visite.

Cujas travaillait toujours par terre, couché sur le ventre, ses livres et ses papiers placés autour de lui.

Le bibliographe allemand Reimmann (mort en 1745) passa la plas grande partie de sa vie debout. Pour ne pas contrevenir à la loi bizarre qu’il s’était imposée, il respi plus de trente ans sans avoir de chaises ni de fauteuils dans son cabinet.

Goethe composait en marchant ; Descartes, au contraire, pratiquait comme Leibnitz la méditation horizontale.

Un écrivain politique fort obscur, le marquis d’Antonnelle (mort en 1817), lorsqu’il écrivait, avait à cùté de lui une pile d’assiettes, qu’il plaçait successivement sur son cou nu, et qu’il changeait à mesure qu’elles venaient à s’échauffer. Il prétendait rafraîchir ainsi les vapeurs bouillantes de son cerveau.

« Gluck faisait transporter son clavecin au milieu d’une prairie; un vaste espace, le ciel découvert, la chaleur du soleil et quelques bouteilles de champagne, lui faisaient trouver les chants divins des deux lphigénies et d'Orphée. Tout au contraire, Sarti ne pouvait travailler que dans une salle immense, voûtée, obscure. Le silence de la nuit, la funèbre lueur d'une lampe accrochée au plancher, lui étaient indispensables pour qu’il trouvât les pensées solennelles qui forment le caractère de son style. Cimarosa voulait entendre autour de lui le bruissement d’une conversation animée; c’est en riant et causant avec ses amis qu'il composa les Horaces et le Mariage secret, deux inimitables chefs-d’œuvre dans deux genres tout opposés ; l’air Pria che spunli in cielo l'aurora lui vint à l’improviste au milieu d'une partie de plaisir, aux environs de Prague.

Sacchini, ne pouvait écrire une note s’il n’avait à ses côtés sa jeune femme, et si une famille de petits chats, qu’il affectionnait particulièrement, ne jouait pas piès de lui. C’était très-sérieusement qu’il se disait redevable à leurs mouvements gracieux des chants les plus heureux de son Œdipe à Colone. Traetta se plaisait surtout dans les églises à peine éclairées par un reste de jour.

« Salieri, pour exciter son imagination, avait besoin de se promènera pas pressés dans les rues les plus encombrées de foule. Une petite boîte de fruits confits, dans laquelle il puisait fréquemment, composait, avec son album et un crayon, tout le bagage dont il se munissait en ces occasions; il courait, la canne à la main, à la chasse des idées musicales; et, dès qu'il en avait fait lever une, il s’arrêtait un moment pour la saisir et la fixer sur le papier.

« En rendant hommage, dans ses Lettres Haydnines, au talent de Ferdinand Paër, Carpini dit que ce spiri-

L>1 Z A 11 KEtUES E'ï GOUTS StNGlLiEKS. Ü

tuel compositeur écrivait les partitions de Camille, de l’Agr/jese, de Sargine, tout en badinant avec ses amis et en faisant mille récite joyeux, tandis qu’au même moment il trouvait encore le loisir de gronder ses domestiques, de quereller sa femme et ses enfants, et de faire de tendres caresses à son chien bien-aimé. Paesiello ne pouvait pas trouver une note s’il n était couché dans son lit; et c’est entre deux draps qu’il inventa les charmants motifs de Nina, de la Molinara et du Barbier. Zingarelli, avant de prendre la plume, se transportait dans une haute région intellectuelle, en lisant plusieurs passages, soit des Pères de l’Église, soit des classiques latins; ainsi préparé, il mettait moins de quatre heures à improviser un acte de Pyrrhus ou de Bornéo et Juliette.»

« Capani parle d’un Marcantonio Anfossi, frère du célèbre Anfossi, et qui, probablement, eût lui-même atteint une haute renommée musicale, s’il ne fût mort très-jeune. Ce Marcantonio était moine, et son procédé pour stimuler la faculté créatrice était assez étrange ; ce n’était point devant un clavecin qu’il se plaçait pour composer, mais bien devant une table sur laquelle il faisait apporter sept ou huit plats surchargés de chapons rôtis, de cochons de lait rissolés et de saucisses fumantes. Au milieu de cette bienfaisante vapeur, les inspirations les plus suaves se produisaient sans effort.

* Haydn, sobre et régulier comme Newton, silencieusement enfermé dans son cabinet de travail, avait aussi son petit artifice : il se rasait, se poudrait, mettait du linge blanc, s'habillait de la tète aux pieds, comme pour aller présenter ses respectueux hommages au prince Esterhazy son patron, ou même à l'empereur d'Allemagne; puis, s'asseyant devant un bureau sur lequel il y avait papier soigneusement rayé et plumes bien taillées, il mettait à son doigt la bague dont son révéré souverain

iâ CURIOSITÉS BIOGRAPHIQUES.

lui avait fait présent; après ces préliminaires, il commençait à écrire; cinq ou six heures s'écoulaient sans qu’il ressentit aucune fatigue; pas une rature ne venait déparer l’extrôme propreté de ses notes, d’ailleurs assez peu lisibles, et que lui-même appelait ses pattes de mouche, tant elles étaient grêles et serrées 1 .

« Lorsque je me trouve livré tout à fait à moi-même, écrivait Mozart en 1788, lorsque je suis seul, et que j'ai l’âme calme et satisfaite; que, par exemple, je suis en voyage dans une bonne voiture, ou que je me promène à pied après un bon repas, ou que la nuit je suis couché sans avoir sommeil, c’est alors que les idées me viennent et quelles s’offrent en foule à mon esprit. Dire d’où elles viennent, et comment elles arrivent, cela me serait im- . possible ; ce qui est certain, c’est que je ne puis pas les faire venir quand je veux*. »

Méhul composait en plaçant sur son piano une tête de mort. L’auteur de l’oratorio d e Judas Macchabée, llaendel, puisait ses inspirations dans une bouteille de vin.

Fouquières, peintre flamand du dix-septième siècle, ne peignait jamais sans avoir l’épée au côté.

Lucas de Leyde peignit et grava dans son lit pendant les dernières années de sa vie.

Léonard de Vinci, avant de se mettre à peindre, commençait toujours par faire de la musique.

Quelqu’un qui avait connu Godecharles , sculpteur belge (mort en 1835), raconte sur lui le trait suivant :

« En entrant un jour chez lui, à Bruxelles, je vis environ trente personnes à genoux et récitant les Litanies de la Vierge ; femmes et enfants, voisins, ouvriers, tous faisaient chorus. On n'entendait que le. retour du grave et religieux bied vor ons (priez pour nous). Je crus qu’il

1 Magasin pittoresque , i833, p. 303.

* Voyez la lellrc entière dans l'Mhenæiim f mut ais de 1S54.

RlZARREKlES Et GOÜÎS SINGULIERS. 43

y avait là un agonisant, et je voulais me retirer. — Restez, me dit-on, cela va finir. Le maître est au moment d’entamer un bloc de marbre, et l'on prie Dieu pour qu’il n’y rencontre ni mauvaise veine ni coquille 1 . »

« Pendant l’hiver, Auguste, dit Suétone (c. lxxxu), mettait quatre tuniques par-dessous une toge épaisse : il y ajoutait une chemise et un vêtement de laine; il se garnissait aussi les cuisses et les jambes. L’été, il couchait les portes de sa chambre ouvertes, et souvent sous le péristyle de son palais, où des jets d’eau rafraîchissaient l’air, et où un esclave était, en outre, chargé de l’éventer. Il ne pouvait souffrir le soleil, pas même celui d'hiver; et jamais il ne se promenait à l’air, même chez lui, sans une large coiffure.

* Ferdinand II, grand-duc de Toscane (mort en 1700),’ était, dit l’abbé Arnauld, esclave de sa santé. Je l’ai vu se promener dans sa chambre, au milieu de deux grands thermomètres, sur lesquels il avait continuellement les yeux attachés, et s’ôter, se remettre des calottes, dont il avait toujours cinq ou six à la main, selon les degrés de froid ou de chaud que ces machines lui marquaient. C’était une chose assez plaisante à voir; il n’y a point de joueur de gobelets qui soit plus adroit à les manier que ce prince l’était à changer ses calottes*. »

« L’abbé de Saint-Martin, qui, au dix-septième siècle, se rendit si ridicule par ses prétentions et ses manies, avait toujours, dit le Fureteriana, neuf calottes sur la têle^jur se garantir du froid, avec une perruque pardessus, qui était toujours de travers et mal peignée ; de manière que sa figure n’était jamais dans une situation naturelle. Il avait neuf paires de bas l’une sur l’autre, comme neuf calottes; son lit était de briques, sous lequel

1 Hioyraphie ilichaud, supplément, t. LXV, p. >145.

* Mémoires, aiiuée 1640, collection Michauil-l’oujoulut.

il y avait un fourneau, où il faisait faire du feu, pour se , donner tant et si peu de degrés de chaleur qu'il en souhaitait; ce lit n’avait qu’une fort petite ouverture par où il se couchait comme les Espagnols. »

Le jesuite Ghezzi, écrivain du dix-huitième siècle, portait sept bonnets sous une perruque.

Le savant mathématicienFourier était revenud'Égypte presque perclus de rhumatismes, et avec une sensation continuelle de froid; il souffrait cruellement quand il se trouvait dans une température au-dessous de vingt degrés Réaumur; un domestique le suivait partout, prêt à lui prendre où à lui donner un manteau. Dans les derniers temps de sa vie, épuisé par un asthme dont il était attaqué depuis sa jeunesse, il se tenait, pour éciire et pour parler, dans une espèce de boîte, qui ne permettait nulle déviation au corps, et qui ne laissait passer que sa tète et ses bras.

« Le lieutenant général de la police Sartine avait un faible incroyable pour les belles perruques bien frisées, bien poudrées, etc. La collection de ses perruques, tant in-folio, qu’ in-quarto, in-douze, grand et petit formai, les unes plus carrées que les autres, se montait à soixante ou quatre-vingts pièces, du plus bel échantillon et du meilleur faiseur *. »

« On disoit autrefois à Paris de M. des Iveteaux 2 , rapporte Vigneul-Marville, qp'il se chaussait comme les autres se coiffent, et qu’il se coiffait comme les autres se chaussent, parce qu'il portait des souliers de ca^»r et des calottes de maroquin, les calottes de satin étant alors les seules qui fussent d'usage, celles de cuir n'étant devenues à la mode que depuis.

« Comme il s’imaginait que la vie champêtre est la

1 Correspondance secrète, t. X, p. 283.

1 Poète normand et précepteur de Louis ' 111.

plus heureuse (le toutes les vies, et qu'il voulait être heureux, il s'habillait ou berger, et prenant l'air d'un pastor fido avec sa dame 1 , la houlette à la main, la panetière au côté, le chapeau de paille doublé de satin de couleur de rose sur la tête, il conduisait paisiblement, le long des allées de son jardin, ses troupeaux imaginaires, leur disait des chansonnettes et les gardait du loup. »

Le célèbre sculpteur florentin Donatello (mort en 1466) avait l'habitude de mettre son argent dans un panier attaché au mur de sa chambre. Ses ouvriers et ses amis y puisaient à discrétion.

Beethoven n'eut jamais ni femme ni maîtresse; mais il avait, en revanche, deux goûts impérieux : celui des déménagements et de la promenade. A peine installé dans un appariement, il y trouvait quelque défaut, et s’occupait immédiatement d’en chercher un autre. Tous les jours, après son dîner, malgré la pluie, le vent, la grêle, il fallait qu’il sortît et fît à pied une longue et fatigante promenade.

« Les philosophes sont naturellement curieux ; mais jamais philosophe n’a poussé la curiosité aussi loin que M. de la Uondamine. Voulant examiner de près, et par * ses yeux, tous les mouvements d’un homme dans le supplice, il assista à l’exécution de Damiens, assassin du feu roi Louis XV. Il s'introduisit dans l'enceinte où était le criminel, et où les bourreaux seuls avaient droit d’entrer. Des gardes ayant voulu le faire sortir, le bourreau de Paris, qui le connaissait, leur dit : « Laissez, laissez « monsieur tranquille, c’est un amateur.» Quand il allait voir quelques-uns de ses amis, il employait le temps de sa visite à toucher tout ce qui était dans son appartement, à fouiller dans toutes les armoires et les tiroirs. Se trouvant âChanteloup, dans le cabinet de M.de Choi-

* Une aventurière qu’it avait épousée. ( l oi/. Tnllemant «le» Réaux.'

seul, au moment où on apportait ses lettres, ce ministre s’absenta et resta quelques instants dans la chambre voisine de son cabinet. M. de la Condamine s’assit tranquillement, ouvrit les lettres qui étaient sur la table, et qui traitaient sans doute des intérêts les plus secrets des différents États de l’Europe. M. de Choiseul s'écria en rentrant : « Eh! monsieur, que faites-vous? vous ouvrez # mes lettres? — Ah! ah ! ce n’est rien, reprit l'indiscret « académicien, je voyais s’il n’y avait pasde nouvel les de « Paris. »On assure queM.de la Condamine étaitl’homme le plus questionneur et le plus curieux de son siècle 1 . »

« Claude, dit Suétone (c. xxxm), avait un goût très-vif pour le jeu, et il fit de cet art le sujet d’un livre. 11 jouait même en voyage, ses voitures et ses tables étant faites de manière que le mouvement ne troublât pas le jeu. »

Louis XIII, qui avait proscrit les jeux de hasard à la cour, avait pour les échecs un goût tellement prononcé, qu’il y jouait même en carrosse. Les pièces, garnies à leurs pieds d’aiguilles, se fichaient dans un échiquier rembourré, de manière que le mouvement ne pouvait pas les faire tomber.

Le connétable Anne de Montmorency, dit Brantôme, ne manquoit jamais à ses dévotions ny à ses prières; car tous les matins il ne failloit de dire et entretenir ses patenostres, fust qu’il ne bougeast du logis, ou fust qu’il monlast à cheval et alast par les champs, aux armées : parmy lesquelles on disait qu’il se falloit garder des patenostresde M. le connestable; car en les disant et marmottant, lorsque les occasions se présentoient, tomme force débordements et désordres y arrivent maintenant, il disoit : « Allez-moy prendre un tel ; attachez celuy-là « à ceste arbre; fa 'tes passer celuy-là par les picquestout « ceste heure, ou les arquebuses tout devant moy; taillez-

* Correspondance secrète, t. I, p. 125.

« moi en pièces tous ces marauts, qui ont voulu tenir ce « clocher contre le roy; bruslez-moi ce village; boultez- « moy le feu partout, à un quart de lieue à la ronde ; # et, ainsy, tels ou semblables mots de justice et pollice de guerre profféroit-il selon les occurrences, sans se desbaucher nullement de ses Palers, jusqu'à ce qu'ils les eust parachevés, pensant faire une grande erreur s’il les eust remis à dire à une autre heure, tant il y estoit conscientieux 1 . »

Au seizième siècle, époque où tout le monde jurait, les jurons les plus singuliers étaient en usage, « On appeloit, dit Brantôme, ce grand capitaine, M. de la Tri— mouille, la vraye Corps Dieu, d'autant que c'esloit son serment ordinaire, ainsy que ces vieux et anciens grands capitaines en ont sceu choisir et avoir aucuns particuliers à eux : comme M. de Bayard juroit Teste-Dieu, Bayard ! M. de Bourbon, Saiucte Barbe ! le prince d’Orange, Sainct Nicolas ! le bonhomme 31. de la Roche du Maine juroit, Teste de Dieu pleine de reliques! (Où diable alla-t-il trouver celuy-là?) et autres que je nommerois plus saugreneux que ceux-là; mais il vaut mieux les taire 2 . »

« François I* r , dit le même auteur, dans la Vie de ce prince, ne juroit que foy de gentilhomme ; et tel estoit son serinent, comme ceux de son temps, qui l’ont veu, le peuvent aflirmer encor; aussy comme il appert par un petit quolibet rithmé tellement quellement faict de ce temps, que j’ay veu parmy les papiers de nostre maison, qui disent les serments des quatre roys :

Quand la Pasque-Dieu décéda... (Louys XI).

Par le Jour-Dieu luy succéda... (Charles VIH).

Le Diable m'emporte s'en tint près... (Louys XII).

* Hommes ilhislns et grands capitaine* français, c. i.xxiv.

* Ibid., c. xvi.

Foy de gentilhomme vint après. .. (François I") »

Nous ne voulons pas parler ici de toutes les extravagances inspirées, à diverses époques, par un esprit religieux plus ou moins intelligent; mais à Siméon le Stylite, qui resta pendant trente-six ans sur le haut d’une colonne, nous nous bornerons à opposer un homme dont toute la vie n’a été qu’un long dévouement à la science. Le célèbre médecin italien Sanctorius, mort en 1636, passa ses jours dans une balance construite exprès pour calculer aussi exactement que possible la transpiration insensible produite par le corps humain, il se plaçait dans sa balance, et, après avoir pesé les aliments et les boissons qui lui étaient nécessaires, il y restait vingt-quatre heures, et, comparant le poids de ce qu'il avait pris avec celui de ses déjections alvines et urinaires, il évaluait la quantité du fluide perdu par la transpiration insensible. La diminution de ce fluide lui semblait être la cause de toutes les maladies. Un médecin français, Dodart, mort en 1707, répéta ces expériences de la même manière, pendant trente-trois ans*.

L'astronome la Caille avait contracté l’habitude fort gênante de lire et d écrire avec un seul œil. L’autre œil était uniquement destiné à observer avec la lunette. Aussi il arriva, de cette manière, à des résultats intéressants : ainsi, par exemple, il était parvenu à pouvoir facilement observer la hauteur d’étoiles au-dessus de l’horizon de la mer; observation fort incertaine généralement à cause de la difficulté de bien distinguer l’horizon dans l'obscurité de la nuit. Il ne paraît pas qu’au-

1 Hommes illustres el grands capitaines français, c. lu.

4 Les ouvrages où ces deux hommes ont consigné leurs précieuses observations ont été publiés, l'un «celui de Sanctorius] sous le litre de Ars de slalica medicina , Venise, 1614, in-4, souvent réimprimé, et l'autre sous le litre de Slalica medicina gallira , Paris, 172S, in-12.

MZAUI5EK1ES ET GOUTS S1NUUL1EKS. 4‘J

clin astronome se soit avisé de se former, depuis, à une pratique aussi difficile.

- J. 15. Ludot, savant champenois, mort en 1771 , se servit de la force corporelle dont la nature l'avait doué pour tenter toutes les expériences qu’il crut être utiles à la science. On le vit, au milieu de l’hiver, se jeter dans la Seine glacée, pour éprouver jusqu'à quel point il pourrait supporter le froid; et,* un jour, on eut beaucoup de peine à l’empêcher d’entrer dans un four chauffé à un très-haut degré, pour connaître s'il pourrait supporter sa chaleur.

L’illustre Spallanzani, dans le but d’éclaircir la théorie des fonctions digestives, se livra aux expériences les plus dangereuses : ainsi il introduisit dans son estomac des aliments enveloppés dans de petits sacs de toile, ei avala des tubes remplis de certaines substances.

Quelques hommes ont été doués d'une merveilleuse aptitude pour le travail. Bayle travailla quatorze heures par jour jusqu'à quarante ans. — Pater, mathématicien hongrois du dix-septième siècle, ne dormait que deux heures par jour, pendant l’été, et quatre heures pendant l’hiver.

L’une des existences les plus singulières est celle de Magliabecchi, qui, après avoir été jusqu’à quarante ans orfèvre, sur le Pont-Vieux de Florence, devint bibliothécaire du grand-duc Côme III, et l’un des bibliographes les plus passionnés que l’on connaisse. Un professeur hollandais, lleyman, qui alla lui rendre visite, a laissé une relation détaillée de cette entrevue. « Il le trouva au milieu d’un nombre prodigieux de livres ; deux ou trois salles du premier étage en étaient remplies. Non-seulement il les avait placés dans les rayons, mais il en avait encore disposé par piles, au milieu de chaque pièce, de sorte qu'il était presque impossible de s’y asseoir, et encore moins

de s'y promener. 11 y régnait cependant un couloir fort étroit, par lequel on pouvait, en marchant de côté, passerd'une chambre à une autre. Ce n’est pas tout : le corridor du rez-de-chaussée était chargé de livres; et les murs de l’escalier en étaient tapissés, depuis le haut jusqu’en bas. Parvenu au second étage, vous étiez tout surpris d’en voir les salles inondées comme celles du premier ; elles en étaient tellement encombrées, que deux beaux lits qui s’y trouvaient montés disparaissaient, pour ainsi dire, sous leur prodigieux amas.

« Cette confusion apparente n’em péchait cependant pas Maggliabecchi de trouver les livres dont il avait besoin ; il les connaissait si bien, et même les plus petits d’entre eux, qu’il les distinguait à la couverture. Il mangeait sur ses % livres, dormait sur ses livres, et ne s’en séparait que le plus rarement possible.

« 11 ne sortit, pendant tout le cours de sa vie, que deux fois de Florence : l’une pour aller voir Fiseoli, qui n’en est éloigné que de deux lieues, et l’autre pour se rendre à dix milles de cette capitale, par ordre du grandduc.

« Rien n’était plus simple que sa manière de vivre ; quelques ajufs, un peu de pain et de l’eau faisaient sa nourriture ordinaire. Un tiroir de sa table s’étant trouve ouvert, M. Ileyman y vit des œufs et de l’argent que Magliabecchi y avait mis pour son usage journalier ; mais, comme ce tiroir n’était jamais fermé, il arrivait souvent que les domestiques de ses amis ou des étrangers qui venaient pour le voir lui volaient, soit de l’argent, soit des œufs.

« Son habillement était comme sa manière de vivre. II se composait d’une veste brune qui lui tombai t^ur les genoux; d’un pantalon, d'un manteau noir plein de pièces et de coutures, d'un chapeau déformé à grands

FÊCOSÜITK UE QUELQUES ÊCKIVAINS. 51

bords percés de toutes paris, d'une large cravate toule farcie de tabac, d une chemise sale qu’il ne quittait jamais tant qu'elle durait, et que l’on voyait à travers les coudes percés de son habit. Une paire de manchettes qui ne tenaient pas à la chemise complétait cette brillante toilette*. »

Sa manière de vivre était uniforme; toujours environné de livres, il ne s'embarrassait de rien autre chose, et les seuls êtres vivants auxquels il paraissait s’intéresser étaient les araignées, qui ne manquaient pas de pulluler au milieu d’un pareil taudis. 11 avait une telle affection pour ces insectes, qu'il lui arrivait souvent de crier aux visiteurs qui ne mettaient pas assez de précautions dans leurs mouvements: « Prenez garde de faire du mal à mes araignées. »

Ilaug, poète allemand, mort en 1829, atteignit l'âge de soixante ans sans être sorti <le la petite ville du Wurtemberg. où il était né.

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