MUSICIENS, PEINTRES, SERRURIERS, ETC
« Auguste, dit Suétone*, composa en prose beaucoup d'ouvrages de différents genres, et il en récita quelquesuns dans le cercle de ses amis, qui lui tenaient lieu de public. Telles sont les Réponses à Brulus concernant Caton, qu’il lut lui-même en grande partie, quoique déjà vieux, mais dont il fut obligé de faire achever la lecture par Tibère; telles sont encore les Exhortations à la philosophie, et des Mémoires sur sa vie, en treize livres, qui vont jusqu a la guerre des Cantabres, et qu’il ne poussa pas plus loin. Il essaya aussi de la poésie; on a de lui un opuscule en vers hexamètres, qui a pour litre et pour objet la Sicile , et un autre petit recueil d’épigrammes, auquel il travaillait ordinairement dans le
1 11 mourut en 1763. La Biographie Michaud contient sur lui un article. très-détaillé, auquel nous renvoyons le lecteur.
* Vie d'Auguste, ch. lxxxv, traduction de la collection llubocliel.
bain. Il avait commencé, avec beaucoup d’ardeur, une tragédie d’Ajax; mais n’étant pas content du style, il la détruisit, et ses amis lui demandant un jour « ce qu’Ajax était devenu, — Ajax, répondit-il, s’est précipité sur une éponge *. »
« Tibère, rapporlelemêmeauteur, cultiva avec ardeur les lettres grecques et latines, et choisit pour modèle, parmi les orateurs de Rome, Messala Corvinus, dont il. avait admiré, tout jeune encore, la vieillesse laborieuse; mais il obscurcissait son style à force d’affectation et de formes bizarres; ce qu'il disait d’abondance valait quelquefois mieux que ce qu’il avait médité. Il composa un poème lyrique, intitulé : Plaintes sur la mort de L. César. Il écrivit aussi des poésies grecques, dans lesquelles il imita Euphorion, Rhianus et Parthénius, auteurs qui faisaient ses délices, et dont il lit placer les ouvrages et les portraits dans les bibliothèques publiques, parmi les plus illustres des écrivains anciens *. »
« Claude, dans sa jeunesse, dit encore Suétone, essaya d’écrire l’histoire, encouragé par Tite-Live, et aidé par Sulpicius Flavus. Il commença devant un nombreux auditoire la lecture de son travail. Il écrivit beaucoup pendant son règne, et fit toujours lire ses ouvrages en public par un de ses lecteurs. Son histoire commençait après le meurtre du dictateur César; mais il passa ensuite à une époque plus récente, c’est-à-dire, à la fin des guerres civiles, quand il vit que les plaintes .continuelles de sa mère et de son aïeul l’empêchaient d’écrire librement et avec vérité sur les temps antérieurs. Il laissa deux livres de la première de ces histoires, et quarante et un de la seconde. Il composa aussi huit livres de mé-
1 On sait que, cher les anciens, l'éponge servait à effacer. Voyez Curiosités BIBLIOGRAPHIQUES, p. 272.
* Vie de Tibère , ch. lu, ibid., p. 100.
ROIS AUTEURS
moires sur sa vie, lesquels manquent plutôt d’esprit que d’élégance. 11 fit en outre une apologie assez savante de Cicéron, en réponse aux livres d’Asinius Gallus.
« Il inventa trois lettres, qu’il croyait fort nécessaires et qu’il voulut ajouter à l’alphabet. Il avait déjà publié un volume sur ce sujet avant que d’être empereur; et, quand il le fut, il n’eut pasde peineà obtenir qu’on adoptât l'usage de ces lettres. On les retrouve dans la plupart des livres, des actes publics et des inscriptions de cette époque. Il ne montra pas moins d’ardeur pour l'étude des lettres grecques, et il témoigna en toute occasion le cas qu’il faisait de ce bel idiome. Un barbare pariait devant lui en grec et en latin : Je vois avec plaisir, lui dit Claude, que vous savez mes deux langues. « Je suis, dit-il, attaché à la Grèce par le lien des mêmes études. # Dans le sénat, il répondit presque toujours en grec aux discours des ambassadeurs; et, sur son tribunal, il cita souvent des vers d’Homère. Quand il s’était défait d’un ennemi ou d’un conjuré, et que le tribun qui était de garde lui demandait le mot d’ordre, il lui donnait en grec celui-ci :
Me venger aussitôt du premier qui m’offense.
« Enfin, il écrivit dans cette langue vingt livres de l’histoire des Tyrrhéniens, et huit de celle des Carthaginois. C’est à l’occasion de ces ouvrages qu’à l’ancien musée d’Alexandrie on en ajouta un autre, appelé du nom de l’empereur ; et l’on statua que tous les ans, à certains jours, il serait fait en entier par les membres de ces deux musées, à tour de rôle, une lecture publique, dans l’un de l’histoire des Carthaginois, dans l’autre de celle des Tyrrhéniens 1 .»
1 Vie île Claude, ch. xli et xlii, traduction de la collection Dubochet, p. 145.
Néron, qui, comme on sait, récitait souvent des vers en public, avait composé un poëme intitulé le Borgne , contre le préteur Llodius Pollion
Domitien, au dire de Suétone, n’ouvrit jamais un livre d'histoire ou de poésie ; il ûtpourtanl un petit traité sur le soin de la chevelure, et le dédia à l’un de ses amis *.
« Adrien (que l'on sait avoir été fort habile astrologue) était si avide de réputation, dit un des écrivains de l'Histoire d’Auguste, qu'il remit à quelques-uns de ses affranchis, qui étaient lettrés, l'histoire de sa vie, écrite par lui-même, avec l'ordre de la publier sous leur nom ; et ce qu’on a de Phlégon est, dit-on, de ce prince. 11 composa aussi, à l’exemple d'Antimaque, des livres fort obscurs, intitulés Catacriens r \ » — Nous avons cité plus haut tvoy, p. 70) quelques vers du même prince.
Marc-Aurèle avait écrit sur sa vie des Commentaires qui sont perdus ; il ne nous reste des ouvrages de ce prince que douze livres de Réflexions morales en grec, et des Lettres à Fronton, publiées par Mai.
Les œuvres de l’empereur Julien se composent de Lettres, de la Satire des empereurs romains et du Misopogôn.
Valentinien I er , ainsi qu’on le sait par le témoignage d’Ausone, luttait avec ce poëte pour la composition de poésies licencieuses, telles que le Centon nuptial.
Deux empereurs grecs sont restés célèbres par leurs écrits. Le premier, Léon Vf, surnommé le Savant (mort en 911), est l'auteur d'une tactique remplie des détails les plus précieux pour l’histoire de l’art militaire à celte époque. Il aurait dû se borner à cet ouvrage, et ne pas nous transmettre seize oracles de sa façon, que plus tard
1 Suétone, Vie de Domilien, ch. t.
* Ibid., cb. xvni. •
5 Spartien, ch. xv.
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les Grecs cherchèrent à appliquer à une foule d’événements.
Les ouvrages de l'autre empereur, de Constantin VI, dit Porphyrogénète, sont d’un haut intérêt. Ce prince, que son oncle Alexandre, sa mère Zoé et les favoris de celle-ci avaient longtemps écarté des affaires publiques, se tourna tout entier du côté de l’étude. Après avoir rassemblé une bibliothèque nombreuse qu’il rendit publique, il travailla lui-même et fit travailler sous ses yeux à faire de nombreux extraits des ouvrages laissés par les auteurs grecs * . Le plus important de ces extraits, auquel il a attaché son nom, est celui où il avait rassemblé en cinquante-trois livres tout ce qu’il avait trouvé de plus remarquable dans les écrits des anciens. Ce recueil, qui a malheureusement contribué à faire perdre les auteurs originaux, a été lui-même presque entièrement perdu. II ne nous en est resté que deux livres : l'un, intitulé Excerpla leyalionuin, traite des ambassades; l'autre, de s 'vertus et des vices. On lui doit encore deux livres fort curieux sur la description géographique des provinces de l’empire grec, un traité sur l'administration de l'empire, un autre sur les cérémonies de la cour byzantine, une vie de son aïeul l’empereur Basile, une histoire de la fameuse image d'Édesse, et un fragment de tactique. Zonare lui attribue aussi quelques ouvrages de poésie, dont la perte doit être peu regrettable.
Au mérite d’écrivain, Constantin en joignait encore quelques autres qui témoignaient du loisir que lui laissait l'administration de son empire. Ainsi, peintre distingué, il était encore un connaisseur habile en architecture, en sculpture, et s'entendait très-bien à la fonte des métaux et â îa construction des navires. En outre,
i Voyez Curiosités bibliographiques, p. Üi .
il aimait passionnément la musique et composa plusieurs chants d'église.
« Leroi Chilpéric, dit Grégoire de Tours (liv. V, ch. 45), écrivit un petit traité portant qu’on ne devait pas désigner la sainte Trinité en faisant la distinction des personnes, mais seulement l'appeler du nom de Dieu, affirmant qu’il était indigne de Dieu qu’on lui attribuât la qualification de personne, comme à un homme fait de chair. » Ses prétentions ne se bornaient pas à la théologie, il écrivit aussi des vers à la façon de Caïus Sedulius 1 ; il ajouta aux lettres latines l’u grec, et trois autres caractères inventés par lui, pour qu'on pût rendre dans celte langue plusieurs sons des langues germaniques. « Il envoya, dit le même historien, des ordres dans toutes les cités de son royaume pour que l’on enseignât les enfants de celte manière, et pour que les livres anciennement écrits fussent effacés â la pierre-ponce et relranscrils de nouveau. »
« Charlemagne, dilÉginhard, consacra, sous la direc-^ lion d'Alcuin, beaucoup de temps et de travail à l’élude de la rhétorique, de la dialectique, et surtout de l'astronomie, apprenant l’art de calculer la marche des astres, et suivant leur cours avec une attention scrupuleuse et une étonnante sagacité ; il essaya même d’écrire et avait habituellement sous le chevet de son lit des tablettes et des exemples pour s’exercer à former des lettres quand il trouvait quelques instants de loisir; mais il réussit peu dans cette étude commencée trop tard et â un âge peu convenable... Toutes les nations soumises à son pouvoir n’avaient point eu jusqu’alors de lois écrites; il ordonna d’écrire leurs coutumes, et de les consigner sur
1 Poète latin et prêtre chrétien du cinquième siècle, auteur d’un poème intitulé : Paschale Carmen.
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des registres; il en fit de même pour les poèmes antiques et barbares qui chantaient les actions et les guerres des anciens rois, et, de cette manière, les conserva à la postérité. Une grammaire de la langue nationale fut aussi commencée par ses soins 1 . »
Nous avons parlé ailleurs des goûts littéraires de Charles le Chauve *.
« Robert II, raconte le moine, auteur de la chronique de Saint-Bertin, était très-pieux, prudent, lettré et suffisamment philosophe, mais surtout excellent musicien. Il composa la prose du Saint-Esprit, qui commence par ces mots : AdsiL nobis gratia, les rhythmes Judæn et Hierusaient, concédé nobis, quxsumus, et Cornélius centurio, qu'il offrit à Rome sur l’autel de Saint-Pierre, notés avec le chant qui leur était propre, de même que l'antiphone Eripe, et plusieurs autres beaux morceaux. Sa femme, Constance, le voyant toujours occupé de ses travaux, lui demanda comme par plaisanterie, de faire aussi quelque chose en mémoire d’elle. Il écrivit alors le rhythmc 0 constantia martyrum, que la reine, à cause du nom de Gonstantia, crut avoir été faite pour elle. Ce roi venait souvent à l’église de Saint-Denis, revêtu de ses habits royaux et la couronne en tête; il y dirigeait le chœur à matines, à vêpres et à la messe, et il y chantait avec les moines. Aussi, comme il assiégeait un château le jour de la fête de saint Hippolyte, pour qui il avait une dévotion particulière, il quitta le siège afin de venir à l'église de Saint-Denis diriger le chœur pendant la messe ; et, tandis qu’il chantait dévotement avec les moines : Agnus Dei, dona nobis paccm, les murs du château assiégé tombèrent subitement, et l’armée du roi en prit
* Vie de Charlemagne, traduction de la collection Guizot, t. III, p. 15t, 153.
* Voyez Curiosités littéiuikks, p. 375.
possession; ce que Robert attribua toujours aux mérites de saint Hippolyte. «
Depuis le règne de ce prince jusqu’à la lin du quinzième siècle, nous n'avons pas trouvé un seul roi de France qui se soit signalé d’une manière particulière dans les lettres, les sciences ou les arts.
Louis XI passe avec raison pour être l'un des principaux auteurs du recueil des Cent Nouvelles nouvelles, réimprimé si souvent. 'On lui doit encore un traité de morale et de politique, le Hozier des guerres, qu’il adressa à son fils. C’est par erreur que Sismondi a écrit, dans son Histoire dés Français (t. XIV, p. 616), que cet ouvrage remarquable n’avait pas été publié 1 . Il a été imprimé, à Paris, chez la veuve Michel Lenoir, in-4° gothique, et plus tard in-8°.
11 existe à la Bibliothèque Impériale un manuscrit des poésies de François 1 er , manuscrit provenant de M. Chatre-Imbert du Cangé. On y remarque une lettre en prose et en vers que ce prince adressa de sa prison à l'une de ses maîtresses, une églogue intitulée Admetus, et un très-grand nombre de petites pièces qui ne manquent ni de grâce ni de délicatesse.
En voici quelques-unes:
l.e mal d'amour est plus grand que ne pense Celui qui l'a seulement ouï dire ;
Ce qui nous semble ailleurs légère offense,
En amitié se réputé martyre.
Chacun se plaint, et gémit, et soupire;
Mais, s’il survient une seule heure d’aise,
La douleur cesse, et le tourment s’apaise.
Elle jura par ses yeux et les miens,
Ayant pitié de ma iongue entreprise,
1 La Biographie Michaud n’indique aucune édition de cet ouvrage.
ROIS AUTEURS
Que mes malheurs se tourneraient en biens,
Et pour cela me fut heure promise.
Je croy que Dieu les femmes favorise,
Car de quatre yeux qui furent parjurés,
Rouges les miens devinrent sans feintise,
Les siens en sont plus beaux et azurés.
Les vers qu’il fit sur Agnès Sorel sont plus connus. Le manuscrit dont nous avons parlé les reproduit ainsi, avec quelques variantes :
Ici dessoubz des belles gît l cslite,
Car de louanges sa beauté plus merile,
Estant cause de France recouvrer,
Que tout cela que en cloître put ouvrer Clause nonnain, ou en désert hermite *.
Le père Daniel, dans son Histoire de France (t. VH)f a rapporté une lettre curieuse qu’il copia sur l’original, et qui fut écrite par François I" à sa mère, lorsque le s impériaux levèrent le siège de Mézières. Le Père des lettres, comme on peut le voir, n’était pas très-fort sur l’orthographe:
« Madame, tout asetheure (à cette heure), ynsy que je me vouloys mettre o lyt, est aryvé Laval, lequel m’a aporté la serteneté (certitude) deu lèvemant du syège de Mésyères. Je croy que nos anemys sont en grant pêne, vu la honteuse retrète qu’yl ont fet : pour tout le jour de demayn, je soré le chemyn qu’ys prandront. Et selon sela, il nous fodra gouverner. Et s’yl ont joué la pasyon, nous jourons la vanganse. Vous suplyant, vouloir niander partout pour fère remereyer Dieu : car sanspoynt de fote, il a montré ce coup qu’yl est bon François.
« Et fesant fyn à ma lettre, remettant le tout seur le
< Voyez Gaillard, Histoire Je François /•', 1810, iu-8, t. IV, p. 286. Ces poésies ont été publiées en 1847, in-4*, à l’imprimerie impériale, par M. A. Champollion.
porteur, pry à Dieu qu’yl vous doiynt très bonne vye et longue.
« Vostre très*humble et très-obéissant fyls.
« François. »
successeur de François I", Henri II, s’occupa peu de littérature, et se livra assidûment aux exercices de corps, qu’il aimait passionnément. Il était parvenu, nous devons le dire, à être l’un des meilleurs, sinon le meilleur sauteur de sa cour l . 11 n’en fut pas de même de son fils Charles IX, qui, tout en apprenant toutes sortes de métiers manuels, savait aussi s’occuper de poésie.
« Il se fit dresser une forge, raconte Brantôme, et je l’ai vu forger canons d’arquebuses, fers de chevaux et autres choses, aussi fortement que les plus robustes maréchaux et forgerons qui fussent aux forges. Il vouloit tout savoir et faire, jusqu'à faire l’écu, le double ducat, le teston et autre monnoie, ores bonne et de bon alloy, ores falsifiée et sophistiquée, et prenoit plaisir à la montrer.
« Il voulut savoir la poésie et se mêler d'en écrire, et fort gentiment. M. de Ronsard* en a montré en son livre quelque petit échantillon; et m’étonne qu’il n’en a montré davantage, car il a bien plus composé que cela, et surtout des quatrains, qu’il faisoit fort gentiment, prestement et impromptu, sans songer, comme j’en ai Vu plusieurs qu’il daignoit bien quelquefois montrer à ses plus privés en sortant de son cabinet. Bien souvent quand il faisoit mauvais temps, ou de pluie, ou d’un extrême chaud, il envoyoit quérir messieurs les poètes en son cabinet, et là passoit son temps avec eux; et prenoit ce temps-là à propos; car, lorsqu’il faisoit beau, il
1 Voyez Brantôme, 1. 1, p. 657.
* Les vers de Charles IX à Ronsard sont trop connus pour que nous les citions.
nOlS AUTEURS.
était toujours hors de la chambre, en campagne, en action, ou à jouer à la paume, et surtout à la longue paume qu’il aimait fort-, disant que
Le séjour des maisons, palais et bâtiments Est la sépulture des vivants *.
« A la messe, dit plus loin Brantôme, le roi Charles se levoit bien souvent et s’en ailoit chanter à l'imitation du feu roi Henri son père, qui en faisoit de même, au lettrier avec ses chantres; et se meltoit parmi eux, et chantait sa taille et le dessus fort bien; et aimoit ses chantres, et surtout Étienne Leroy, dit M. de Saint-Laurens, qui avoit une très-belle voix. Le roy amprès son frère chantait très-bien aussi, mais ils étaient différents tous deux en les airs qu’ils chantaient, et en ceux qu’ils avoient ouï chanter à d’autres. »
Henri IV aimait fort peu la lecture, comme d’Aubigné le lui reprochait assez vivement, et il se fâchait quand il voyait ses courtisans lire Tacite *. Sa volumineuse correspondance, que M. Berger de Xivrey n’a pas publiée avec toute l’intelligence désirable, et où se trouvent de nombreuses lacunes, nous le montre pourtant comme un écrivain plein d'orfginal ité, de gaieté et d’esprit, et; quand il le fallait, de force et d’énergie 5 . On lui a attribué aussi quelques vers et quelques chansons, et entre autres celle qui est si connue sousle nom de Gabrielle; mais cette paternité est loin d'être prouvée, bien qu’un fameux autographophile possède, à ce qu’on prétend, le texte de cette chanson écrit de la main même du prince. La pièce serait bien authentique, ce dont il est permis
1 Édition dli Panthéon, t. I, p. 568-569.
3 Voyez Mémoires, édit. Charpentier, p. 1 et 86.
3 Voyez le livre de M. Eung, intitulé : Henri IV écrivain. Taris, 1855, iu-8*.
de douter, que cette circonstance ne déciderait pas encore la question.
11 y a dans les manuscrits de Béthune, à la Biblothèque Richelieu, une lettre" de Louis XIII enfant à son père, lettre que nous rapportons ici, d'après le texte qu’en a donné M. Monmerqué dans ses notes sur Tallemant des Réaux *.
« Papa,
« Depuy que vous ete pati, j'ay bien doné du paisi à maman. J'ay été a la guere dans sa chambe, je sui allé reconete les enemy, il été tous a un tas en la ruele du li a maman ou j donné. Je les ay bien éveillé ave mon tambour. J’ay été à vote asena papa, moucheu de Rong m'a monté tout plein de belles âmes, e tan tan de go canon, e puy j ma donné de bonne confiture e ung beau peti canon d’agen, j ne me fau qu'un peti cheval pour le tire. Maman me renvoie demain à Sain Gemain où je pieray bien Dieu pou bon papa afin qu’il vou gadc de tout dangé et qu’il me fasse bien sage, et la gâche de vou pouvoi bien to faire tes humbe sevices. J’ay fort envie de domi papa, Fe Fe Vendôme vou*dira le demeuran, et moy que je suj vote tes humbe et tesobeissan li papa et seviteu.
« Dauphin. »
Disons, en passant, que ce fut par suite d’une observation fort juste de Malherbe que les rois de France signèrent Louis et non plus Loys, comme ils l’avaient fait jusqu’alors. « Henri IV, dit Tallemant des Réaux, montra un jour à ce poète la première lettre que M. le Dauphin, depuis Louis XIII, lui avait écrite, et, ayant re-
1 Historiette de Malherbe, t" édition, t. I, p. 104. Elle ne se trouve pas dans la 2* édition.