FÉCONDITÉ DE QUELQUES ÉCRIVAINS
Ainsi qu’on le voit sur le manuscrit autographe conservé à Florence, il écrivit de seize manières différentes la stance célèbre où il décrit une tempête.
Pétrarque refit l’un de ses vers quarante-six fois.
Les manuscrits du Tasse sont illisibles à cause des corrections.
Pascal refit jusqu’à seize fois une de ses Provinciales.
Buffon fit recopier onze fois le manuscrit des Epoques de la nature.
Bucquet, érudit français du dix-huitième siècle, relut cinquante fois et copia lui-même quatorze fois un de ses ouvrages sur la justice.
Stace, dans la dédicace du premier livre des Silves, adressé à Stella , s’étend avec complaisance sur la rapidité avec laquelle il avait composé ces poésies, « rapidité, dit-il, qui n’était pas pour moi sans plaisir. Aucune ne m'a coûté plus de deux jours; quelques-unes même ont été faites de verve dans l’espace d’une journée. J’ai bien peur qu’elles ne portent avec elles la preuve de ce que j’avance. Les vers sur la statue colossale de Domitien, pour laquelle l’empereur a eu l’extrême indulgence de solliciter ma muse, je devais les livrer le lendemain de l’inauguration... L'épithalame que vous m’aviez commandé a été, vous le savez, l’affaire de deux jours. Assurément c’est un tour de force, puisque l’on compte dans la pièce deux cent soixante-douze hexamètres. » Gaspar Barthius, savant allemand mort en 1587, «n’étant encore que dans la seizième année de son âge, dit Baillet, fit un traité ou une dissertation en forme de lettre sur la manière de lire utilement les auteurs de la langue latine, à les commencer depuis Ennius jusqu’à la fin de l’empire romain, et à les continuer depuis la décadence de la langue jusqu’aux critiques de ces derniers temps, qui ont rétabli les anciens auteurs. C’est une copiposi-
St CURIOSITÉS BIOGRAPHIQUES.
tion que l’auteur assure ne lui avoir coûté qu’un jour de vingt-quatre heures 1 . »
Dumonin, auteur français du seizième siècle, mit deux mois à traduire en sept mille vers latins la Semaine de Dubartas.
L’Italien Ferreri composa en trois jours un poème latin (Lugdunense somnium) de mille vers hexamètres sur Léon X.
L'Eloge de la folie ne demanda que sept jours de travail à Érasme.
Chapman, poète anglais, mort en 1654, traduisit en quatre mois les douze derniers livres de l 'Iliade.
Guillard üanville, gendarme de la reine, auteur de la Chasteté, poème héro'1-.comique (1624, in-12), a soin d’apprendre au lecteur qu’il a commencé cet ouvrage dans un voyage en poste à travers la Styrie, et qu’il l’a terminé en se rendant de Bavière en France pour le service du roi. Il se vante d’en avoir composé jusqu’à 900 vers en douze jours, sans que ses aulres occupations en souffrissent. — Ce n’est pas trop mal pour un gendarme.
Voltaire, à l'âge de soixante-neuf ans, en 1763, fit la tragédie d 'Olympie. « C’est l'ouvrage de six jours, » écrivait-il à un de ses amis dont il voulait savoir l’opinion sur cette pièce. « L'auteur n’aurait pas dû se reposer le septième, » lui répondit son ami. « Aussi s’est-il repenti do son ouvrage, » répliqua Voltaire. Quelque temps après, il renvoya la pièce avec beaucoup de corrections.
Marie Darby, célèbre actrice anglais, morte en 1800, composa en douze heures un poème de trois cent cinquante vers, intitulé : Ainsi va le monde.
Il est juste de dire que la plupart de ces œuvçes ainsi
1 paiHgt, Vies des enfants cï fibres, p. 2W. #