‹ Curiosités bibliographiquesChapitre 5 sur 30 · FÉCONDITÉ DR QUELQUES ECRIVAINS · texte numérisé non relu

FÉCONDITÉ DR QUELQUES ECRIVAINS

composées à la hâte durent â peu près le temps que l’on a mis à les faire.

Deux théologiens du quatrième siècle, Didyme et Théodore de Mopsuesle, ont laissé, le premier six mille, le second dix mille volumes, ou, pour mieux dire, l’un six mille et l'autre dix mille traités.

Les œuvres d’Albert le Grand (mort en 1280), publiées en 1651, forment vingt et un volumes in-folio. Le Spéculum majus, de Vincent de Beauvais, se compose de dix volumes in-folio.

La Chronique de Horneck, historien allemand du treizième siècle, contient quatre-vingt-trois mille vers. La verve de ce chroniqueur égalait bien celle de Hennin, auteur du poème V Illusion en cent chants.

Soyouthi, auteur arabe du quinzième siècle, a laissé plus de soixante ouvrages sur tous les sujets.

Le célèbre meisiersaengcr Hans-Sachse, mort en 1576, a laissé, entre autres écrits : 26 comédies et 27 tragédies spirituelles, 52 comédies et 28 tragédies profanes, 64 farces de carnaval, 59 fables, 116 contes allégoriques, 197 contes comiques et 507 poèmes sacrés ou profanes. Il a en outre traduit et mis en vers plusieurs parties de la Bible.

Nous avons déjà parlé de Tiraqueau, qui, suivant Bayle, « n’avait pas moins à cœur d'augmenter le nombre des habitants de la terre que celui des livres. »

Macedo, cordelier portugais du dix-septième siècle, est auteur de 53 panégyriques, 60 discours, 52 oraisons, 125 élégies, 115 épitaphes, 212 éuîties dédicaloires, 700 lettres, 2,600 poèmes épiques, 500 élégies, 110 odes, 5,000 épigrammes, 4 comédies latines, 2 tragédies, 1 satire en espagnol.

Alexandre Hardy est l'auteur le plus fécond qui ait jamais travaillé en France pour le théâtre. Il a fait

0l!0 pièce». Ce n'est rien en comparaison des 1,800 pièces en vers de Lope de Y’ega, qui a en outre composé 21 volumes in-4° de poèmes et de poésies diverses.

Prynne, jurisconsulte et littérateur anglais du dixseptième siècle, a laissé plus de 200 ouvrages, formant 40 volumes in-folio et m-4°.

On conserve à la bibliothèque bodléienne, à Oxford, 122 volumes in-folio, écrits de la main de Dodsworlh, antiquaire anglais du dix-septième siècle.

L’Allemand Moser, compilateur du dernier siècle, a laissé 480 ouvrages, dont 17 sont encore inédits; 16 lui sont contestés, ce qui forme un total de 700 volumes, dont 71 in-folio, sans y comprendre 84 volumes de réimpressions ou nouvelles éditions de ses ouvrages, ni 4 volumes dont il ne fut qu'éditeur, ni 24 dissertations ou articles qu'il a fournis à trois recueils périodiques, ni 26 numéros de notices hebdomadaires des nouvelles littéraires de Souabe.

Un autre Allemand, Krunilz, mort en 1796, composa à lui seul une encyclopédie, qui, à l’époque de sa mort, formait 72 gros volumes in-8".

L’auteur de Manon Lescaut, l’abbé Prévost, a écrit plus de 170 volumes.

Les principaux ouvrages de Restif de la Bretonne forment 146 volumes in-12.

Le journaliste Fréron est auteur de 250 volumes.

On doit à Figueiredo, savant portugais du dix-huitième siècle, 169 ouvrages dont 68 imprimés; à madame Leprince-Reaumont, morte à soixante-dix ans, 70 volumes, et à Ducray-Duminil, 95; à un romancier allemand, Lafontaine, descendant de réfugiés français, 75 romans en 210 volumes.

Le catalogue des ouvrages de Gail forme 500 pages in-4 n .

Les manuscrits du savant botaniste Adanson , sur l'histoire naturelle, 'se composent de 120 volumes et de 75,000 figures.

Dingé, écrivain français fort inconnu (mort en 1852), a laissé des manuscrits autographes qui pèsent 400 kilogrammes.

Ne parlons point de M. Al. Dumas, car les chiffres que nous donnerions, exacts aujourd’hui, ne le seraient plus demain.

Les auteurs chinois n’ont pas été, à ce qu’il paraît, moins féconds que les nôtres. Au dernier siècle, l’empereur Kiang-Loung voulut faire faire un choix de chefs-d’œuvre, de la littérature chinoise; ce choix ne devait contenir que 180,000 volumes. Dans cette collection on faisait figurer trois ouvrages écrits par des Européens.

Depuis Clovis jusqu’à nos jours, il y a environ une trentaine de rois de France auxquels on a donné des surnoms. La plupart sont menteurs ou insignifiants; quelques-uns ont trait à une particularité physique, comme Charles le Chauve, Louis le Gros, Philippe le Bel, Philippe le Long, etc. Le surnom de Bref n’est donné à Pépin par aucun historien du temps de ce prince, et il doit probablement son origine à une anecdote fort connue, rapportée seulement un siècle plus tard par le moine de Saint-Gall. — On jt’a pas encore trouvé d’explications satisfaisantes du nom de Cnpet, porté par Hugues, le chef et le premier roi de la troisième race. Celle de Pasquier est ridicule. 11 prétend, sans en apporter de preuves, que ce surnom vient de ce que Hugues, étant enfant,

58 CURIOSITES RIOGRAP1IIQUKS.

avait l'habitude d'ôter la cape à ses camarades. Au dire d'autres écrivains, c’est parce qu’une cape faisait habituellement parlie de son costume; il serait plus naturel de voir dans cette dénomination une allusion à la grosseur de la tête (capul) de Hugues.

Suivant des chroniqueurs du onzième siècle, «ce fut après les exploits de Charles (aïeul de Charlemagne) contre les Sarrasins que l’on commença à le surnommer Martel, pjyce que, comme le martel brise toute espèce de fer, ainsi Charles, avec l aide du Seigneur, brisait ses ennemis dans les batailles. » M. Aug. Thierry pense que ce nom, équivalant à foudre de guerre dans l’ancienne langue germanique, était emprunté au culte aboli du dieu Thor.

Il faut peut-être voir uniquement un souvenir des titres pris par les empereurs romains dans l'épithète de Pins appliquée à Louis 1 er , (ils et successeur de Charlemagne, épithète que l'on a fort improprement traduite par Débonnaire. ,

Si Louis VII a été appelé le Jeune, ce n’est point, comme 1 ont prétendu certains auteurs, pour s’être conduit toute sa vie comme un jeune homme, mais bien pour avoir été à onze ans associé à la couronne du vivant de son père Louis VI.

Le surnom de Lion, que l’on trouve généralement joint au nom de Louis VIII, a une origine assez singulière. Il existait pour l’année 1226 une prophétie de .Merlin, suivant laquelle, le Lion pacifique devait mourir au ventre du mont, l ouis, ayant cette année-là terminé ses jours à Montpénsier, on soutint qu’il était désigné par le Lion pacifique, car Montpensier n’était autre chose que

la panse ou le ventre du mont '.

1 Voy. Gesia Ludovici VIII, Recueil des historiens de Fronce , t. XVII,

Voici comment Rigord, qui écrivait du vivant même de Philippe II, explique le surnom A' Auguste qu il donna le premier à ce prince. « Peut-être, dit- il dans la préface de la vie du monarque, peut-èlre s’élonnera-t on du titre (l'Auguste que je donne au roi en tête de cet ouvrage ; en voici la raison. Les écrivains donnaient ordinairernentle nom d'Auguste (du verbe augere) aux Césars qui avaient augmenté le royaume 1 ; Philippe, par ce motif, mérite donc le titre d’Auguste. En effet, il a réuni à son royaume tout le Vermandois, que ses prédécesseurs avaient perdu depuis longtemps, et beaufomp d’autres domaines au moyen desquels il a augmenté le>evenu de l'État. De plus, il est né dans le mois consacré à Auguste (août), c'est-à-dire quand les granges et les pressoirs regorgent de tous les biens temporels *. »

Le nom d cSage, donné à Charles V et à d’autres princes du moyen âge, ne doit pas être pris dans l'acception actuelle de ce mot. A l’époque où on l'a donné à ce roi et à d'autres, comme à Alphonse X de Castille, il n'avait d’autre sens que celui de savant.

'( Le cardinal de Richelieu, ditTallemant des Réaux, qui craignait qu'on n'appelàt Louis XIII Louis le Bègue, fut ravi de ce qu’une occasion s’était présentée de le surnommer Louis le Juste. Cela arriva lorsque madame de Guernadeuc, femme du gouverneur de Fougères, se jeta à ses pieds, pleura et lamenta, et qu’il n’en fut point ému, encore qu’elle fût fort belle. Guernadeuc eut la tête coupée; il se révolta le plus sottement du monde.

A la Rochelle, ce nom fut confirmé au roi, à cause du traitement qu'on fit aux Rochellois. En riant, quelquesuns ont ajouté arquebusier, et disaient: Louis le juste

1 Autrefois plusieurs empereurs d’Allemagne ont pris, à leur atréneneinent, le titre de mehrerer, qui a absolument le même sens.

* Recueil des historiens de France, t. XVII. p. 5.

arquebusier. Un jour, mais longtemps après, Nogent, en jouant à la paume, ou au gros volant, avec le roi , lui cria : « A vous, sire. » Le roi manqua: « Ah! vraiment, a dit Nogenl, voilà un beau Louis le Juste! » Il ne s'en « fâcha point *. »

D’autres écrivains prétendent que Louis XIII dut ce surnom de Juste au hasard qui le lit naître sous le signe de la Balance. On sait qu’au dix-septième siècle on avait encore une telle confiance dans l’astrologie judiciaire, qu’il ne naissait pas un grand prince sans que son horoscope ne fût tirée par un astrologue en crédit. Ainsi on peut lire dans les (Economies royales de Sully, ch. 104, l’horoscope que Henri IV fit tirer lors de la naissance de Louis XIII.

Voici maintenant une liste alphabétique de surnoms appliqués à quelques personnages célèbres de différents pays, et qui appartiennent presque tous aux temps modernes. Nous ne donnerons que ceux qui nous ont paru offrirquelque singularité. Nous avons négligé également ceux qui sont trop connus, comme le Fléau de Dieu (Attila), l'Épée de Dieu (Ualed), le Père la pensée (Catinat) et ceux qui portent en eux-mômes leur explication, comme le Tricheur (Thibaut I er , comte de Blois), le Cérémonieux (Pierre IV d’Aragon), le Batailleur (Alphonse I" d’Aragon) etc. *.

Abbé-Vert. — On surnomma ainsi l’abhé Anne-Bernard de Fortia, auquel arriva, à Paris, rue Bourlibourg, au mois de juillet 1713, une mésaventure assez fâcheuse.

1 Historiette de Louis XIII, 2* édition, l Ill,p 56.

* Les surnoms renfermant des allusions obscènes ne manquent pas dans l’histoire. Nous nous bornerons à cjter les deux suivants : Le maréchal de Saint-André avait élé surnommé Arquebusier de ponant , et le fils du maréchal de Villars l 'Ami des hommes, à cause de leurs goûts infâmes. On peut, sur le mot ponant, consulter le Dictionnaire comique «le Leroux.

SURNOMS H ISTOR1QÜKS. 01

II fut surpris en conversation criminelle avec la femme d’un teinturier. « Le cas était flagrant: le mari offensé se vengea à sa manière et sans sortir de sa profession. Saisi par deux vigoureux garçons, le galant abbé fut plongé dans une cuve de teinture verte, et en sortit avec la peau d'un lézard ou d’un perroquet. La couleur était môme, dit-on, si bon teint, qu'il ne put jamais en effacer l’empreinte; il conserva, du moins, jusqu'à sa mort le surnom de Y Abbé-Vert. Furieux de sa mésaventure, il avait été porter ses plaintes à M. d'Argenson, lieutenant général de police, qui ne fit qu’en rire : bafoué de toutes parts, poursuivi par les mauvais plaisants, persiflé par les gazettes, il n'osa plus se montrer en public, et finit par cacher sa honte au fond de la Provence, dans une terre de sa famille, où il ne tarda pas à mourir de chagrin et d’ennui l . »

Affamé (L’) ou le Famélique. — Olaüs II, roi de Danemark, mort en 1095, ainsi surnommé, suivant Saxon l'historien, à cause d'une famine cruelle qui affligea son royaume.

Boucher de Vassy. — Le duc de Guise, que les Huguenots regardaient comme l’auteur du massacre de leurs coreligionnaires, qui eut lieu à Vassy, le 28 février 1562, et fit éclater la première guerre civile.

Boucher de Manchester. — Castlereagh. Ce fut sous son ministère qu’eut lieu, le 16 avril 1819, à Manchester, une émeute où quatre cents personnes furent massacrées.

Bouteilles (Cardinal des). — Le Cardinal de Guise, qui passait dans les festins le temps que ses cinq autres frères employaient aux intrigues politiques. — Ce fut pour

des raisons analogues que Joseph Bonaparte fut sur-

1 Bibliothèque de l'école des chartes , “2* série, tome 1", 18 G, p, -Uni.

CUr.lOSlTÉS llloGU Al'illQUES.

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nommé par les Espagnols le roi Bouteille ( el rey Bolella). Des penchants semblables avaient fait changer en Biberius le nom de Tiberius que portait Néron.

Caret la Perle. — Henri, comte d’Harcourt, qui battit les Espagnols à Quiers (1659), et «à l.lorens (1645). 11 était le cadet de la maison de Lorraine-Elbeuf, et portait une perle à une oreille.

Capitaine Brule-Banc. — Le connétable Anne de Montmorency. « 11 commença premier, dit Brantôme, à chasser les ministres (protestants) de leurs presches et chaires de Paris, et luy-mesme alla à Popincourt, lieu destiné pour eux, et eu lit devant lui brusler la chaire de M. le ministre, et tous les bancs où s'asséoyent les auditeurs : et pour ce, ils l'appelèrent le capitaine Brusle- Banc; dont il ne s’en soucioit guères, car il portoit bien d'autres plus beaux titres et plus illustres marques que celle-là. #

Capitaine muet. — Le prince de Condé, tué à Jarnac. « Il fut esleu, dit Brantôme, de ceux de la religion et conjuration d’Amboise leur chef, non qu’il le sceust autrement (disoit-on); mais sans lui sonner mot et sourdement l’esleurent, usansen cela de la façon d’Allemaigne; et tel l'appelle-on le capitaine muet. Et si leur entreprise eust bien réussy à souhait, lors on luy eust faict à sçavoir. »

Charbonnier (Le). — Anund II, roi de Suède, mort en 1051. 11 avait publié une loi portant que quiconque ferait tort à l'un de ses concitoyens aurait sa maison brûlée.

Cigale jaune. — Moslemah, célèbre capitaine arabe du huitième siècle, fils du calife Abdel-Mélek, se nommait ainsi lui-môme, parce qu'il était blond et jaune. ~

Comte vert. .— Auiédé VI. comte de Savoie. Il reçut ce surnom après avoir brillé dans un tournoi où il avait

SllhXOMS IllSTORlQllÈS GS

paru revêtu d'une armure verte, son cheval caparaçonné de vert, et accompagné d'un écuyer en livrée verte. Nous ne savons quel est le motif qui lit donner à son fils et successeur, Amédée VII, le surnom de Comte rouge.

Courrier de la Ligue. — Le P. Mathieu, jésuite. C'était l'un des agents les plus actifs de la Ligue. Il était sans cesse par monts et par vaux ; et l’on ne pourrait énumérer tous les voyages qu’il fit de France à Rome pour les intérêts de son parti.

Court-Cou (Henri au). — Henri de Leicester. On l'appelait ainsi parce que son frère Thomas, comte de Lancastre, avait été décapité par ordre d’Edouard II, au mois de mars 1522.

Dame de volupté. — La comtesse de Verrue, maîtresse de Victor-Amédée, duc de Savoie, née en 1670. Son goût fort vif pour le luxe et les plaisirs ne l'abandonna qu’à sa mort, arrivée en 1756. Elle avait composé pour ellemême cette épitaphe :

Ci— gi! , dans une paix profonde,

Colle dame de volupté ,

Qui, pour plus grande sûreté,

Fit son paradis dans ce mou le.

Demi-Louis. — Les courtisans nommèrent ainsi le comte du Luc, fils de Louis XV et de la comtesse de Vintimillc, sœur cadette de la comtesse de Mailly.

Dénicheur de saists. — J. de Launoy, docteur de Sorbonne, mort en 1678, célèbre par ses travaux de critique sur les cérémonies, les dogmes et surtout les saints de l'Eglise romaine. « Il était redoutable au. ciel et à la terre, dit Bonaventure d’Argonne; il a plus détrôné de saints du paradis que dix papes n’en ont canonisé. Tout lui faisait ombrage dans le Martyrologe, et il recherchait

üi ' CURIOSITÉS BIOGRAPHIQUES.

tous les saints, les uns après les autres, comme en France on recherche la noblesse. Le curé de Saint-Eustache, de Paris, disait : a Quand je rencontre le docteur « de Launoy, je le salue jusqu'à terre, et ne lui parle « que le chapeau à la main et avec bien de l'humilité, « tant j’ai peur qu'il ne m'ôte mon Saint-Eustache, qui « ne tient à rien. »

Doré (Le). — Muley-Ahmed, roi de Maroc et de Fez, mort en 1605. Les richesses que ses conquêtes dans l’intérieur de l'Afrique lui avaient procurées étaient telles, que quatorze cents marteaux étaient continuellement occupés à battre des monnaies d'or. Il ne payait ses soldats qu’avec ce métal.

Éclaboussé (L ) ou le Bâtisseur. — ü’Brien, roi de Momomie (Irlande), en 1120. Il passa une partie de son règne à construire des cités, des châteaux, des églises, etc ; et, comme il était sans cesse au milieu des ouvriers, il ne les quittait jamais sans que sa robe royale eût reçu quelque éclaboussure.

Éveille- Chien. — « Herbert I", comte du Mans, mérita, dit Orderic Vital (1. IV), d'être appelé vulgairement Éveille- Chien. Après la mort d’Hugues, son père, que le vieux Foulques avait soumis par la violence, il prit les armes contre ce prince, et lit de fréquentes expéditions nocturnes. Il effrayai!, dans les villes et dans les lieux fortifiés de l’Anjou, les hommes et les chiens, et les forçait de veiller, épouvantés par ses vives attaques. 8

Faiseur d’enfants. — (Kinder-Macher). Jamais surnom ne fut mieux mérité. Jean II, duc deClèves, mort en 1481, auquel il fut donné, avait, avant son mariage, soixantetrois enfants.

Grand Diable (Le). — Jean de Médicis, général italien, célèbre par ses victoires et ses cruautés, mort en 1520.

SURSOMS HISTORIQUES. 65

Après lui, ses troupes prirent le deuil, et reçurent le surnom de bandes noires.

Grand Madrigauer français (Le). — La Sablière, poète, mort en 1680.

Grand-Mahomet. — Jean Zamet, üls du célèbre financier. Ses exploits contre les réformés, sous le règne de Louis XIII, l’avaient fait surnommer ainsi par ces derniers.

Grand Sanguer des Ardennes. — « Messire Robert de la Marche, dit Brantôme, a esté un gentil et vaillant capitaine. On l’appeloit au commencement le Grand San glier de» Ardennes, pour l’amour de ses terres, qui abou* tissoient aux Ardennes, et qu’il ravageoit toutes les terres de l’empereur et autres ses voisins, etyfaisoitde grands maux, ny plus ny moins qu’un sanglier qui ravage les bleds et les vignes des pauvres et bonnes gens. Aussy fut-il le premier subjeet des guerres entre le roy (François 1") et l’empereur (Charles V), et le roy le prit en protection. » Un autre, Guillaume de la Mark, qui portait le même surnom, eut la tête tranchée en 1485, par ordre de Jean de Ilorn, évêque de Liège.

Grise-Gonelle. — Geoffroi I er , comte d'Anjou (mort vers 987) ; ainsi appelé à cause de la couleur de sa casaque.

Hcitainier (Le). — Mostasem-Billah, calife Abasside, mort en 845. Le nombre huit joua un singulier rôle dans sa vie. Ce prince, né le huitième mois de l’année de l’hégyre218, régna huit ans et huit mois, fut le huitième calife de sa famille, se trouva dans huit batailles, et laissa en mourant, huit fils, huit filles, huit mille esclaves, huit millions de dinars d’or, et huit fois dix millions de drachmes d’argent.

Jean de Lagni qui n’a hâte. — C’est le surnom que les Parisiens don nèren ta Jean sans Peur, qui, a près la bataille

d'Azincourt, se tint renfermé pendant deux mois dans la ville de Lagni.

Lionne (La). — Mademoiselle Paulet, dont il est si souvent question dans les mémoires de la première moitié du dix-septième siècle. Elle eut de nombreux amants, entre autres le chevalier de Guise, et môme, dit-on, Hemi IV. « L’ardeur avec laquelle elle aimait, dit Tallemant des Réaux, son courage, sa fierté, ses yeux vifs et sescheveux trop dorés lui firent donner le surnom de Lionne. »

Loncues-Mains (Jouri aux). — Jouri I", grand prince de Kiew, mort en 1156. Son ambition et sa passion de tout envahir lui firent donner ce surnom (en russe Dolgorouki), qui passa à l'un de ses fils, duquel prétend descendre la famille actuelle des Dolgorouki.

Main a l'Épée. — « Aurélien (avant d’être empereur), était, dit Vopiscus (ch. vi), extrêmement sévère, singulièrement attaché à la discipline, et toujours prêt à tirer l’épée. Aussi, comme il y avait dans l’armée deux tribuns du nom d’Aurélien, celui-ci et un autre qui fut fait prisonnier avec Valérien, les soldats, pour les distinguer, avaient donné à celui qui devint empereur le surnom de Main à l'Épée (nuinus ad ferrtim), de sorte que, quand on venait demander quel Aurélien avait fait telle ou telle chose, on le désignait en disant : C'est Aurélien Main à l'Épée.

Marcheur (Le). — Roi Ion, qui devint duc de Normandie. Quand il était encore dans sa patrie, la Scandinavie, sa haute taille ne lui permettant pas de monter les petits chevaux de ce pays, il avait pris l’habitude d'aller toujours à pied.

More (Le). — Louis Sforza, duc de Milan, ainsi nommé à cause du mûrier (moro) qu’il portait dans ses armes. Mharra. — Surnom donné parles Arabes à Sanche I er

duc de Gascogne. Ce mot, dans leur langue, signifie ruine, dévastation.

Oiseleur (L’). — Henri I", empereur d’Allemagne. 11 était à la chasse au faucon lorsqu'on vint lui annoncer son élévation à l’empire.

Pape des Huguenots. — Philippe du Plessis-Mornai, mort en 1625.

Petit Dieu des Chrétiens. — Suivant Orderic Vital (1. X), c'était ainsi que les Turcs appelaient Boémond, prince d’Antioche, l’un de leurs plus redoutables ennemis.

Petit père la Maraude. — Le maréchal de Richelieu, qui avait commis en 1757 les exactions les plus odieuses en Allemagne. Les Parisiens ne manquèrent pas d’appeler Pavillon d'Hanovre le pavillon élégant qu’il fit construire au retour de cette campagne.

Pendus (Andrea des). — André del Câstagno, peintre italien, mort en 1477. Il fut appelé ainsi après avoir composé un tableau d’une effrayante vérité, représentant l’exécution des chefs de la conjuration des Pazzi.

Pierre de Mulieribus. — Pierre Mollyn, peintre hollandais, mort en 1701 . Il avait fait assassiner sa femme pour épouser une dame génoise.

Pierre Molle. — Harald IX, roi de Danemark, mort en 1080, ainsi surnommé à cause de la faiblesse de son caractère.

Poche sans fond. — Christian I er , roi de Danemark, mort en 1481. Ce prince était ce que nous appelons chez nous un panier percé.

Reculle (M. de). — Le duc de Mercœur. c M. de Mercure, dit Brantôme, ayant fait un gros de ses troupes, s'en vint en Poictou pour prendre Fontenay, et se planta et plaça aux fauxbourgs des Loges. M. le prince de Condé alla au-devant de lui, présenta par deux ou trois fois la

bataille en belle campagne; mais il la reffusa pour beaucoup de raisons; et puis après, (l'une belle nuict, desmordant les fauxbourgs, se relira de grande traicte à Nantes, dont les huguenots en firent grandement leur proffit, et à le brocârder et appeller M. de Beculle, allusion sur Mercure. Sur quoy je feray ce petit conte plaisant : que sur ces entrefaictes, vint à estre pris des huguenots un honneste gentilhomme qui avoit la liebvre quarte, qu’ils luy firent si bonne guerre, qu’ils le guérirent de sa lièvre d'une estrange façon; car il y eut un bon compaignon parmy eux, et bon mocqûeur, qui luy. donna un petit billet pendu au col, attaché avecquesun petit de fillet, comme vous voyez ces sorciers et sorcières qui en font des mesmes, et lui dit qu’il ne l’ostast du col ny ne l'ouvrist en façon du monde, qu’il ne fust guéry; et que, pour leseur, en l'ayde de Dieu, il auroit telle vertu qu'il le guériroit. Estant retourné vers M. de Mercure, il luy demanda quel bon traiclement il avoit receu des huguenots. 11 respondit, très-bon, et avoient mieux faict, car ils l'avoienl guéry de sa liebvre quarte, par un petit billet qu’ils luy avoient donné, où il ne sçavoit ce qu’il y avoit dedans, mais tant y avoit grande vertu. M. de Mercure fut tout aussy tost curieux, et autres avecque luy dans sa chambre, veoyr ce qu'estoit escrit, et l’ayant développé, ils y trouvèrent ces quatre petits versets jollys :

Sus, tiebvre quarte, icy je te conjure,

Par la grand’ barbe à monsieur de Mercure,

Que de ce corps aussy tost tu dcsloges,

Comme il a fuict de nos fauxbourgs des Loges.

Roi Bâton. — Christian II, roi de Danemark. Ce prince, qui s’était emparé de la Suède, ayant à redouter les révoltes continuelles de ce pays, résolut d'en désarmer complètement les paysans, et de ne leur laisser que des

bâtons. Les paysans dalécarliens, vivement irrités de cette mesure, s’insurgèrent, et choisirent pour chef Gustave Wasa, qui, en quelques années, parvint à chasser complètement les Danois.

Roi des Juifs. — « Rainard, comte de Sens (vers 1008) aimait tant les coutumes et les prévarications des Juifs, dit Raoul Glaber (1. 111, ch. vi), qu'il donna l'ordre à tous les siens de placer toujours après son nom le titre de rot des Juifs. » Celte affection pour une religion qui fut en horreur au moyen âge lui porta malheur; car, en 1015, une armée, envoyée par le roi, le chassa de sa ville.

Roi trouvé. — Philippe de Valois, nommé ainsi par les Anglais et les Flamands, qui ne voulaient pas le reconnaître pour légitime héritier de la couronne de France. Lorsque ce prince vint, en 1528, mettre le siège devant Cassel, « les Flamands, disent les chroniques de Saint- Denis, ne s’en effrayèrent point; mais mirent leurs tentes hors de la ville, et s'allèrent loger sur le mont de L'assel, afin que les Français les pussent tous voir; et, en dérision dudit roi et de toute l’armée, ils placèrent au haut de leur camp un grand coq de toile peinte, et sur ce coq écrivirent :

Quand ce coq ici chantera,

Le roi trouvé ci entrera.

Ils se moquaient ainsi du roi, l’appelant le roi trouvé, parce qu’il n’était point, à leur dire, le droit héritier du trône. »

Cette fanfaronnade fut payée chèrement par les Flamands, qhi, vaincus à la sanglante journée de Cassel, laissèrent treize mille morts sur le champ de bataille.

Serrure des Giukges. — Magnus, roi de Suède, mort . en 1298, appelé ainsi à cause des lois sévères qu’il porta et fit exécuter contre les voleurs,

Tapissier de Notre-Dame. — Le maréchal de Luxembourg, qui, par ses nombreuses victoires, avait rempli Notre-Dame des drapeaux enlevés aux ennemis.

Turc (Le). — Louis III, duc de Mantoue. Il ne se faisait jamais raser.

Vieiixe-Médêe. — On désignait ainsi, à la cour, la comtesse de Soissons, mère du prince Eugène.

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