‹ Curiosités biographiquesChapitre 19 sur 36 · DE QUELQUES PRISONNIERS CÉLÈRRES · texte numérisé non relu

DE QUELQUES PRISONNIERS CÉLÈRRES

La plus ancienne évasion qui nous ait présenté quelques circonstances singulières est celle du devin Hégësistrale d’Elée, qui est racontée en ces ternies par Hérodote.

« Cet Hégésislraie, dit-il, avait fait autrefois beaucoup do mal aux Spartiates, et ceux-ci l’avaient arrêté et mis dans les fers, pour le punir de mort. Comme dans cette situation L'icbeuse, il s'agissait non-sculeinent de sa vie, mais encore de souffrir avant la mort des tourments trèscruels, il lit une chose au-dessus de toute expression. Il avait les pieds dans des entraves de bois garnies de fer. Un fer tranchant ayant été porté par hasard dans sa pri-

Dlgilized by Googk

172 CURIOSITÉS BIO'GRAPIIIQÜES.

son, il s'en saisit, et aussitôt il imagina l’action la plus courageuse dont nous ayons jamais oui parler; car il se coupa la partie du pied qui est avant les doigts, après avoir examine s’il pourrait tirer des entraves le reste du pied. Cela l'ait comme la prison était gardée, il fit un trou à la muraille et se sauva à Tégée, ne marchant que la nuit, et se cachant durant le jour dans les bois. Il arriva en cette ville la troisième nuit, malgré les recherches des Lacédémoniens, qui furent extrêmement étonnés de son audace en voyant la moitié de son pied dans les entraves. Ce fut ainsi qu’IIégésistratc, après s’être échappé des Lacédémoniens, sesauvaàTégéë,qui n'était pas en bonne intelligence avec Sparte. Lorsqu’il fut guéri, il se fit faire un pied de bois, et devint ennemi déclaré des Lacédémoniens ^ »

Au sixième siècle de notre ère,Cavade, roi des Perses, ayant publié une loi qui rendait toutes les femmes communes, souleva contre lui ses sujets qui l’emprisonnèrent dans le château de l’Oubli, ainsi nommé parce qu’il était défendu de prononcer le nom de ceux qui y étaient renfermés. « Sa femme, qui obtint de le visiter, avait, dit Procope, un soin particulier de lui pendant sa prison, et lui portait toutes les choses dont il avait besoin. Comme elle était cxtrêmeraenl belle, le capitaine du château en devint amoureux, et- lui fit connaître sa passion. Cavade commanda à sa femme de lui accorder tout ce qu’il désirerait; de sorte qu’en ayant joui, et la jouissance ayant augmenté son amour , le capitaine lui permit d’entrer dans lu prison, et d’en sortir quand il lui

1 Liv. IX, ch. 36, traduction de Larcher. Voyez dans Polybe, 1. xxxi, fragment <7, comniciil Demélrius Soler parviui à s’échapper de Hnine ou U était garde à vue. Le récit de celte évasion est trës-Hlélaillé.

plairait. Il y avait parmi les Perses un homme, nommé Séose, ami intime de Cavade, qui ne bougeait des environs du chàle.au pour épier l'occasion de le sauver, et qui lui avait fait dire par sa femme, qu’il l’attendait avec des chevaux tout prêts pour ce dessein. Lorsque la nuit fut venue, Cavade persuade à sa femme de lui donner ses habits, de prendre les siens, et de demeurer en sa place dans la prison. Il sortit au moyen de celte ruse, et passa au milieu des gardes qui crurent que c'était sa femme. Quand ils la virent le lendemain assise dans la prison, et vêtue des habits de son mari, ils s'imaginèrent que c’é- ' tait lui, et ils demeureront dans cette opinion durant plusieurs jours, pendant lesquels il eut le lentps de s’éloigner. Je ne saurais dire au vrai ce qui arriva à la femme , lorsque la tromperie fut découverte, ni de quelle manière elle en fut punie, parce que les Perses ne sont pas d’accord là-d ISSUS L »

Jusqu'au dixième siècle, nous n’avons trouvé aucune évasion digne d'étre signalée.

Louis d’Outre-iner étant parvenu à s’emparer de la personne de Richard, fds du duc de Normandie (Guillaume hongue-Épée, assassiné en 943), et convoitant l’héritage du jeune prince, donna ordre qu’on exerçât sur lui une >urveillance rigoureuse. Richard se trouvait alors à Laon.

« O^inond, intendant du jeune Richard, dit Guillaume (le Jumiége, apprit la cruelle décision du roi ; prévoyant le sort réservé à l’enfant, et le cœur saisi de coustmiaiiun, ilenvoyu'des dépulésaux Normands, pour leur mander que leur seigneur Richard était retenu par le roi

• Cnerre penique, liv i, ch. 6, traduction du président Cousin.

sous le joug d’une dure captivité. A peine ces nouvelles furent-elles connues, que l’on ordonna dans tout le pays de Normandie un jeûne de trois jours, et l’Kglise adressa au Seigneur des prières continuelles pour le jeune Richard. Ensuite Osmond, ayant tenu conseil avec Yvon, père de Guillaume de Bclesme, engagea l’enfant à faire semblant d’ètre malade, à se mettre dans son lit, et à paraître tellement accablé par le mal, que tout le monde dût désespérer de sa vio. L’enfant exécutant ces instructions avec intelligence, demeura constamment étendu dans son lit, comme s’il était réduit à la dernière extrémité. Ses gardiens, le voyant en cet état, négligèrent leursurveillance, et s’en allèrent de côté et d’autre pour prendre soin de leurs propres affaires. Il y avait par hasard dans la cour de la maison un tas d’herbe, dans lequel Osmond enveloppa l’enfant, et le mettant ensuite sur ses épaules, comme pour aller chercher du fourrage à son cheval, il franchit les murailles de la ville, tandis que le roi sonpait et que les ditoycus avaient abandonné les places publiques. A peine arrivé dans la maison de sori hôte, il s’élança rapidement sur un cheval, et prenant l'enfanl,

s’enfuit au plus tôt, et arriva à Couci. Là, ayant recoin-

mandé l’enfant au châtelain, il continua à chevaucher toute la nuit, et arriva à Senlis au point du jour ^ »

Le même chroniqueur rapporte plus loin (liv. v, ch. s) comment Guillaume, frère naturel de Richard II, contre lequel il s’était révolté, parvint à se sauver de la tour de Rouen où il avait été enfermé pendant cinq ans*.

1 lliilnire des Soniiands, liv. iv, cli. 4, colloct. tiiiizol, t.xxix,pag 8 J.

s Oii piMii lire dans le l eiueil curieux de llruckniann, intitulé : Epistolæ Hinerariœ tEpist. 8l,Cenluria 2, pag. 1,046), la relation de l’évasion de Louis le Barbu, seigneur de Thuringe.

ÉVASIONS SINGULIÈRES. nS

Louis II, comte de Flandre, qui, en 1346, à FAge de seize ans, avait succédé à son père Louis P'’, ayant refusé d épouser Isabelle, fille du roi d’Angleterre, fut, au mois de janvier I3i7, gardé étroitement par les liabilauls de Gand, qui voulaient le contraindre à ce mariage.

«Longuement, dit Froissart, fut le jeune comte au danger de ceux de Flandre, et en prison courtoise ; mais Il lui ennuyoit, car il n avoit pas ce appris. Finalenienl il niii.a son propos ; je ne sais si il le fit par cautelle ou de volonté ; mais il dit à ses gens qu'il créroit leur conseil, car plus de bien lui pouvoit venir d’eux que de nul autre pays. Ces paroles réjouirent moult les Flamands ; si le mirent tantôt hors de prison, et lui accomplirent une partie de ses déduits, tant que d’aller en rivière, et à cc étoit-il moult enclin ; mais il avoit toujours bonnes gardes, afin qu’il ne leur échappât ou fût emblé, qui l’avoient einpris à garder sur leurs têtes, et qui étoient du tout de la faveur du roi d’Angleterre, et le gueltoient si prés que à peine poûvoit-il aller pisser. Celte chose procéda et dura tant que le jeune comte de Flandre eut en couvent à ses gens que volontiers il prendroit à femme la fille du roi d’Angleterre.

« Cependant il alloit toujours en rivière, et moniroil par semblant que ce mariage aux Anglois lui plaisoit ires-grandement ; et s’en tenoient les Flamands ainsi que pour tous assurés, et n’y avoit mais sur lui si grand re gard comme paravant. Si ne connoissoient pas bien encore la condition de leur seigneur; car quelque semblant qu’il moniroit dehors, il avoit dedans le couiage tout fiançois, ainsi qu il le prouva par œuvres, car un jour il etoit allé voler en rivière, 'et fut en la semaine qu’il’ devoA épouser la dessus dite damoisdl ‘ d’Angleterre, et

Digilized by Googk

ne CURIOSITÉS biographiques.

jeta son fauconnier un faucon apres le liéron, elle comte aussi un. Si se mirent ces deux faucons eu chasse et le comte après, ainsi que pour les loirier en disant : « lloic î hoie 1 » El quand il fut un petit éloiij'é, et qu’il y eut Uavantage des champs, il férit un cheval des éperons et s’eu alla toujours eu avant, sans retourner, par telle manière que ses gardes le perdirent; si s’en vint le dit comte en Artois, et là fut assuré; et puis vint en France devers le roi Philippe et les François, auxquels il conta ses aventures, cl comment par grand’ snbtihilite, il eloit échappé de ses gens et des Anglois. Le roi de France en eut grande joie et dit qu’il avoit trop bien ouvré, et autant en dirent les François; et les Anglois, d’antre part, dirent qu’il les avoit trahis L »

L’un des seigneurs les plus iniluents du parti de Lancastre, lord Roger Mortimer de VVigmore, fait prisonnier au combat de Boroughbridge (16 mars 1522), était renfermé à la Tour de Londres, lorsque l’année suivante, ayant, à ce qu’il paraît, reçu l’avis qu'on devait le faire périr, il résolut de s’évader. 11 parvint à corromi)re un des officiers de la Tour, Girard d’Asplaye, qui, dans un rei>as donné aux gardiens, leur fit prendre un breuvage soporifique. Pendant leur sommeil, Mortimer, au moyen d’une ouverture qu'il avait faite dans le* mur de sa chambre, pénétra dans la cuisine du palais qui aliénait à la Tour. Une échelle de cordes l’aida à monter et à descendre plusieurs murailles,el un halcauqui l’attendait sur la rive le transporta de l’autre côté de la Tamise. Là il trouva ses domestiques et des chevaux, gagba la côte dn llampshirc, et s’embarquant sur un navire qui était pré-

1 Liv. 1 , pag. I, cil. 311 ; cililion du PaiillicniiA- 1, pag- 238.

paré, il parvint 5 gagner le continent. II entra au service de Charles de Valois, et ne larda pas à devenir l'amant d'Isabelle, femme d’Edouard II, lorsque celle-ci, abandonnant son mari, se fut retirée en France.

Jacques III, roi d’Ecosse, ayant été effrayé par des prédictions (voy. plus haut, p. 155), et redoutant le pouvoir de ses frères, le comte de Mar et le duc d’^Albany, lit étouffer le premier dans un bain et enfermer l’autre dans le château d'Edimbourg.

« .Ubany, dit Walter Scott, courait grand risque de partager le même sort; mais quebiues-iins d(; ses amis de Fl ance ou d’Ecosse avaient dressé leur plan pour le délivrer. Un petit sloop entra dans la rade de Lcith, chargé de vins de Gascogne, et deux feuillettes furent envoyées en présent au prince captif. La garde du château ayant permis qu’elles fussent portées dans la chambre d’AIbany, le duc, en les examinant en secret, trouva dans l’une une grosse boule de cire renfermant une lettre qui l’exhortait à s’échapper, et lui promettait que le petit bâtiment qui avait apporté le vin serait prêta le recevoir s’il pouvait gagner le bord de l’eau. On le conjurait en outre de se bâter, parce qu’il devait avoir la lête tranchée le jour suivant. Un gros rouleau de cordes était au.ssi renfermé dans le même tonneau, pour qu’il pdt descendre du haut des murs du château jusqu’au pied du rocher sur lequel il est bâti. Son chambellan, serviteur fidèle, partageait la prison de son maître, et promit de l’aider dans sa périlleuse entreprise.

Cl Le point principal était de s’assurer du capitaine des gardes. Dans ce dessein, Albany l’invita à venir souper avec lui, sous prétexte de^goiUer le bon vin dont on loi avait fait présent. Le capitaine, après avoir posé des

ùigitized by Googk

gardes où il pouvait y avoir du danger, se rendit dans la chambre du duc, accompagné de trois soldais, el partagea la collation qui lui était olïcrle. Après le souper, le duc l’engagea à jouer au tricirac, et le capitaine, assis à coté d’un grand feu, et travaillé par le vin que le chambellan ne cessait de lui verser, commença h s’assoupir ainsi que ses soldais, à qui le vin n’avait pas été épargné davantage. Alors le duc d’Albany, homme vigoureux dont le désespoir doublait encore les forces, s’élança de la labié, et frappa de son poignard le capitaine, qui tomba roide mort. Il se défit de la même manière des deux soldats, pendant que le chambellan expédiait le troisième, et ils jcièrcnt leurs corps dans le feu. Ils vinrent d’autant plus facilement à bout de ces pauvres diables, que l’ivresse et la surprise les avaient presque hébétés. Ils prirent alors les clefs dans la poche du capitaine, et, montant sur les murs, choisirent un coin reculé hors de la vue des gardes, pour effectuer leur périlleuse descente.

« Le chambellan voulut essayer la corde en de.sceudant le premier ; mais elle était trop courte; il tomba et sc cassa la cuisse. Il cria alors à son maître d’allonger la corde. Albauy retourna dans sa chambre, prit les draps de son lit, les attacha à la corde, et se sauva bientôt sain Cl sauf nu pied du rocher. Alors il prit son chambellan sur ses é|)aules, le porta dans un lieu sûr, où il pût rester caché jusqu’à ce que sa blessure fût guérie, et se rendit sur le bord de la mer, où, au signal convenu, une barque vint le prendre et le conduisit à bord du sloop, qui fit voile à l'instant pour la France.

« Pendant la nuit, les gardes, qui savaient que leur officier était avec trois homiiies dans l’appartenient du

duc, n’eurent aucun soupçon de ce qui se passait; mais lorsqu’au point du jour ils aperçurent la corde qui pendait le long des murs, ils prirent l’alarme, et se précipilèrenl dans la chambre du duc ; ils y trouvèrent le coi ps d’un des soldats en travers devant la porte, et ceux du capitaine et des deux autres étendus dans le feu. Le roi fut très-surpris d’une évasion si extraordinaire, et il ne voulut y ajouter foi qu’après avoir examiné la place de ses propres yeux *. «

L’évasion suivante est quelque peu empreinte de merveilleux.

François Alard, théologien protestant du seizième siècle, ayant été condamné à mort par l’inquisition, fut conduit dans une prison où il devait passer les trois jours qui lui restaient à vivre. La nuit qui précéda le jour fixé pour son exécution, il croit entendre une voix qui lui crie : Francisce, surge cl vade. Il se lève, aperçoit une ouverture que la lune éclairait, et, s’étant assuré qu’il pouvait y passer, il coupe ses draps, en fait une corde qu’il attache au barreau, et après avoir jeté ses habits au bas de la tour, il se laisse glisser, tombe dans un égout, passe sans obstacle auprès de la sentinelle; enfin, après être resté trois jours sans manger, caché dans un buisson, il fut recueilli par un charretier et parvint à gagner le comté d’Oldenbourg, où il devint l’aumônier du prince régnant. L’un des descendants de François, Nicolas Alard, mort en 1756. a raconté cette évasion dans le Deçà» Alardorum fcviptis clarnrum, Hambourg, 1721, 8 vol.

(’œlius Secuudus Gurion, zélé luthérien, ayant osé convaincre de mensonge, en pleine église, à Casai, un jaco-

« Hialo'irc d’Écosse, prerai^rc sério, di. tO, 1831, pag. 2t0.

Lin qui avait vomi en chaire contre le chef de la réforme les calomnies les plus odieuses, fut arrêté aussitôt par ordre de l’inquisiteur de Turin. Après avoir été transféré successivement dans plusieurs prisons, il parvint à s’échapper d’une manière assez adroite pour que ses ennemis raccusassentd'avoir eu recours à la magie. Alin de se disculper d’une accusation fort dangereuse à cette époque, il publia, dans un petit dialogue latin intitulé Probus, la relation de sou évasion. Nous eu traduisons les passages suivants, en omettant une foule de rédexions qui notis ont scinblc oiseuses.

« J'étais, dit-il, enfermé depuis huit jours dans ma nouvelle prison, où l'on m avait mis aux pieds d'énormes pièces de bois, quand je fus soudainement inspiré par le ciel. Lorsque le jeune honnne chargé de me garder entra dans ma chambre, je commençai à le supplier qu’il délivrât J'un de mes pieds de ses entraves. Il devait lui suffire que je fusse, par un seul pied, attaché à une masse si énorme... Comme il était sans malice, il se laissa persuader, et délivr a un de mes pieds. Ainsi sc passa ce jour et le suivant, pendant lesquels je me mis à l'ouvrage. J’étais revêtu d’une chemise de toile ; je m’en dépouillai, et ôiant en même temps le bas qui couvrait la jambe qu’on m’avait laissée libre, j’en fis un paquet auquel je donnai la forme d’une jambe, et j'y adaptai un soulier. U me maii(|uait encore quelque chose qui pût lui donner de la consistance. J’étais fort embarrassé, et je cherchais avec inquiétude de tous les côtés, quand j’aperçus un bâton de roseau sous une rangée de sièges. Je le saisis avec, empressement, l’introduisis dans la fausse jambe, et, cachant ma vraie jambe sous mon manteau, j’attendis le succès de ma ruse. ..Le brave garçon revint

Digilized by Googli

le surlendemain, vers la vingiième heure, me demandant comment j'allais. « Je n'irais pas mal, lui dis-je, si vous vouliez bien mettre mes liens à l’antre jambe, afin que cbacime d’elles pût se reposer à son tour. » Il y consentit, et m’attacha la fausse jambe*. »

Le prisonnier, la nuit venue, ayanî lioniié à ses gardiens le temps de s’endormir, et les entendant ronller, commença par ôter sa fausse jambe, et rerneltre .sa chemise et son bas, et alla ouvrir sans bniii la porte de son cachot, qui n’était fermée à l'inléi icur (jue par un siiu|)le venou. C’était là le plus difficile, et il parvint ensuite, mais non sans peine, à escalader les murs de sa prison L

tdiarles de Guise, fils aîné de Henri de Guise, tué à Blois, avait été arreté l(*rs de l’assassinat de son père en 1588, et renfermé au château de Tours. Ce ne fut que trois ans après, en 1591 , qu’il parvint à s’échapper.

« Le duc, dit le présidi’ut de Thon, avait pris jour avec Claude de la Chastre et son fils pour se sauver le 15 août, fête de la Vierge. Il communia ce jour-là, dans le but de mieux tromper ses gardes et de leur ôter tout soupçon (pi'il pensât à s’échapper. Il remarqua qu’on avait co«itnme de fermer les portes après le dîner, et (ju’on en portait les clefs chez un écheviii ; il clioisit ce temps pour exécuter son dessein. Il ihonta avec beaucoup d(; vitesse dans une haute tour <pii donnait sur le |)ont hors de la ville ; et, ayant enfermé ses gardes dans une gr.uide salle où ils mangeaient, il lira la porte de la tour sur lui et la ferma au verrou, pour avoir le temps de se sauver pen-

• l'asqnithrt ccslalinis Ctrlii Senniili Curionis, Ceni vp, tS'uS, pat: itG et suiv. (^c viilume, lümnic lu phii'ui t des autres o ivriÇtes de Carioii, doit être tn s-rarc. Yoy. Ctmosiits niBLio(;ii.iPiiiui ES, pu}?. 387.

Digilized by Googk

182 CURIOSITÉS RIüGUAPniQUES.

liant qu’ils la rompraient. Tout lui réussit à souhait. Sou valet de chambre, qui l’aidait dans cette occasion, attacha à une corde qu’il tenait prête pour cet effet un morceau de bois eu travers, sur lequel le duc s’assit pour descendre sans danger. Ensuite le valet lâcha doucemeul la corde. Voyant son maître en bas, il attacha fortement celte même corde à un poteau, et se laissa couler avec plus de danger que son maître, qu’il atteignit à Saint- Corne, en suivant le cours du fleuve. Les gardes du duc lurent dans une grande consternation. Rouvray, gouverneur de Tours, envoya de tous côtés pour répandre la nouvelle de la fuite de ce duc, afin qu’on prît les armes et qu’on se mît sur ses traces. 11 lit rompre la porte de la tour; ceux qu'il employa à la briser n'ayant trouvé personne, se joignirent à leurs compagnons qui couraient dans la ville. Il se passa beaucoup de temps jusqu’à ce qu’on eôt apporté les clefs pour ouvrir la porte du pont et les autres portes. Ignorant de quel côté il s’était dirigé, on envoya de toutes parts, mais inutilement L »

(( Dès qu’il fut descendu, dit Davila, il prit le chemin de la campagne, le long de la Loire, où il ne inan(|ua pas de trouver deux hommes qui lui tenaient un cheval prêt. S’étant mis alors à galoper à toute bride, il s’en alla joindre le lils du seigneui' de la Chastre, le baron île Maison. Celui-ci l’attendait, an delà du Cher, avec trois cents chevaux qui raccompagnèrent jusqu'à Ronrges, où il fut reçu avec de grandes démonstrations d’allégresse *. »

Le célèbre Grotius s'étant trouvé impliqué dans les af-

1 Histoire univenelle, de J.-B. de Tliou, tMiluction frarç.iise, tîM, I. XI, liv. CI, ])ag. 581.

* Histoire des gucr.es ciriles de France, liv. xii.

faires qui causèrent la mort do Barnevelt, fut arrêté au mois d'août 1618, et condamné à une prison perpétuelle le 18 mai suivant. Quinze jours après, il fut transféré au château de Louvestein, où il fut traité très-durement. Cependant, comme on lui permettait de travailler, ses amis surent entretenir une correspondance secrète avec Itii, et H il parvint enfin à s’échapper par le conseil et par l’indiistrie de Marie Rcggeibergen, sa femme, qui avait remarqué que scs gardes, ajirès s’èlre lassés d’avoir souvent visité et fouillé un grand coffre plein de livres et de linge qu’on envoyait blanchir à Gorcum , ville voisine de là, le laissaient passer sans l’ouvrir, comme ils faisaient d’abord; elle conseilla à son mari de se mettre dans ce coffre, ayant fait des trous avec un vilebrequin à l’endroit on il avait le devant de la tète, alin qu’il pût resjiirer et qu’il n’étonffàt point. Il la cnit, et fut ainsi porté à Gorcum, chez un de ses amis, d’où il alla à Anvers par le chariot ordinaire, ayant passé par la place publique, déguisé en menuisier, ayant nue règle à la main. Celte femme adroite feignait que sou mari était fort malade, afin de lui donner le temps de se sauver et pour ôler le moyen de le recourre; mais quand elle le crut en pays de sûreté, elle dit aux gar\|es, en se moquant d’eux, que les oiseaux s’en étaient envolés. U’abord on voulut procéder criminellement contre elle, et il y eut des juges qui conclurent à la retenir prisonnière au lieu de son mari ; mais, par la pluralité des voix, elle fut élargie et louée de tout le inonde d’avoir, par son esprit, redonné la liberté à son mari. Une femme telle méritait dans la républicpie des lettres, nou-seulenient une statue, mais aussi les honneurs de la canonisation; car c'est à elle qu’on est redevable de tantd’excel-

m CURIOSITÉS BIOGRAPHIQUES.

lenls ouvrages que sou mari a mis au jour, cl qui ne seraieiil jamais sorlis des lêuèbres de Louveslciu s’il y eûl passé toute sa vie, comme des juges choisis par ses euucmis ravaieul prétendu *. »

Marie de Médicis, après l’assassinat de son favori Coucini, se voyant écartée des alfaires par les intrigues de Luynes, demanda et obtint la permission de se retirer à Blois (mai KH7), où elle ne larda pas à être prisonnière. Luynes rcnloura d’espions, el logea dos compagnies »le cavalerie dans les villages voisins pour surveiller ses moindres mouvements. Mais le duc d’Epernon el d’autres seigneurs mécontents, s'étant retirés de la cour, cherchèrent, pour donner plus d'importance à leur parti, à délivrer la reine-mère afin de la placer à leur tète. Une correspondance s’établit entre Marie et les ducs de Bouillon el d’Épernon. Enfin, ati mois de janvier l(ilî), celui-ci, qui était à Metz, se munit de pierreries cl de huit mille pistoles, cl, escorté de cinquante giuitilshommes bien armés, de quarante gardes el de nombreux domestiques, il s'achemina à petites journées vers Loches, où il avait donné rendez-vous à la reine.

« Ce fut alors seulement, dit Fonlenay-Mareuil, que la reine découvrit son projet au comte de Brennes, sou premier écuyer, à la Masure et Merçay, exempts de ses gardes, et à la signora Calcrine, sa première femme de chambre, auxquels seuls elle se confia, commandant au comte de Brennes de se trouver devant cinq heures du malin à la porte de sa chambre, et que son carrosse, avec six chevaux, fût au même temps au delà du pont; cl pour les antres elle les retint auprès d’elle pour faire ses paquets et serrer ses pierreries.

1 Du Mimr'.ez, Mémoires de Hollande, cité par Bayle, art. Crotics.

« Avec ces trois hommes drfnc et une seule femme de chambre, le 22 février, à six heures du matin, sortant par la fenêtre d’une salle qui répond sur la terrasse, de laquelle, parce qu'il y avait un endroit de la muraille qui était tombé, on pouvait facilement descendre en bas, et aller au pont, sans passer par la porte du château ni par la ville. Ce qu’elle lit en s’asseyant, et se laissant glisser sur la terre qui était éboulée ; après quoi, elle fut sur le pont, où elle rencontra deux hommes qui passaient déjà, dont l’un, à ce qu’elle môme disait, la voyant menée par doux autres à une heure si indue, en fit un fortnjauvais jugement ; mais l’autre, plus spirituel, la reconnut, et jugeant bien qu’elle sc sauvait, lui souhaita bon voyage.

« Au bout du pont elle trouva son carrosse, et y montant avec ceux qui l'accompagnaient, alla à Montrichard, où M. de Toulouse, ne se voyant pas obligé d’aller plus en avant, s’était arrêté pour s’assurer du passage de la rivière du Cher. M. d'Espernon fut au-devant d’elle jusqu'à une lieue de Loches, et elle y séjourna deux jours pour se reposer et écrire au roi *. »

Isaac Arnauld, gouverneur de Philipshourg, étant, en lG3o,lors de la prise de celte ville, tombé au |)OUvoir de Impériaux, fut emmené prisonnier à Esslinghcn.

« Il n’ignora pas, dans sa prison, dit son cousin, l’ablié Arnauld, les bruits qui couraient de lui à la cour, et il ne pensa plus, dès lors, qu’à trouver les moyens de se sauver pour les venir détruire par sa présence ; ce fut dans celle vue qu’il refusa d’être prisonnier sur sa parole. L’entreprise n’éldt pas aisée, étant gardé par des soldats qui l’accompagnaient le soir quand on le menait

I Mémoires de Fonlenaij-Mareuil, niai collccUoii Michaud-

Poujoulal, pag. t36.

prendre l’air, et qui coucliaieril dans son logis à la porte de sa chambre. Il ne laissa pas néanmoins d'y réussir. Il oh erva la hauteur de sa fenêtre, qui regardait dans le fossé de la ville où il élaii, et il ne douta point que s’il y pouvait descendre, il ne pùt se remettre en liberté. Il avait fait pratiquer quelques cavaliers français qui étaient au service de l’Empereur, sous l’e-spérance de leur doii3 ner de l'emploi dans sou régiment de carabins, et il leur tint en effet parole lorsqu’il fut de retour en France. La difficulté était donc d’avoir des cordes pour descendre dans le fossé de la ville, qui, pour être bien avant en Allemagne et hors d’insulte, n’était point gardée régulièrement. Pour cela il s’avisa, toutes les fois qu’on le menait promener, de faire jouer scs gardes à divers jeux, sous prétexte de se divertir; et comme il letir donnait pour boire, et qu’ils s’y divertissaient eux-mêmes, ils étaient les premiers à le proposer. Parmi ces jeux il y en avait un qu’ils appelaient sangir l’àne. Celui-ci parut bien propre à son dessein; car, comme il fallait une brasse de corde pour lier un de ceux qui jouaient, il jetait une pièce d’argent au premier venu pour en aller acheter et ne se faisait point rendre son reste. Si peu de corde ne pouvait donner aucun soupçon et n’était propre à aucun usage : ainsi, on la jetait d’ordinaire quand le jeu était fini ; mais quelques-uns de ceux qui étaient à lui avaient soin de la r.iinasser sans faire semblant de rien et ou badinant. Quand il s’en vit assez pour son dessein, il donna jour à ses cavaliers dont j’ai parlé, et se sauva heureusement avec eux ^ »

Les troubles de la Fronde donnèrent lieu à plusieurs évasions remarquables.

1 Màmnires ds l'abhé Ariiaiild , collc'cilon Micliiimt-l’oujonbt, p. 48.>.

tt Le jour de la Penlecôte, 1'^'^ du mois de juin 1648, dil madatnede MoUeville, le duc de Beaufori, prisonnier depuis cinq ans dans le bois de Vincennes, s’échappa de sa pi isoii environ sur le midi. Il trouva le moyen de rompre ses chaînes par l’habileié de ses amis et de quelques-uns des siens, qui, en cette occasion, le servirent lidclemcnl. Il était gardé par un officier des gardes du corps et par sept ou huit gardes qui couchaient dans sa chambre et qui ne rahandoiinaient point. Il était servi par des officiers du roi, n'ayant auprès de lui pas Un de ses domestiques ; et, par-dessus tout cela, Cdiavigny était gouverneur du huis de Viiiccnncs, qui n’etait pas son ami. L'officier qui le gardait, nommé la Ramée, avait pris avec lui, à la prière d’un de ses amis, un ccriain homme qui, sous prétexte d’un combat qui le niellait en peine, à cause des édits du roi qui défendaient les duels, avait témoigné désirer cet asile pour sen sauver. Il est à croire, néanmoins, qu’il était conduit en ce lieu par les créatures de ce prince, et peut-être du consentement de l'ofiicier; mais j’ignore cette particularité, et n’en suis persuadé que par les apparences. Cet homme, d'abord, pour faire le bon valet et montrer qu’il n’était pas inulile, s’ingérait plus que tout autre à bien garder le prisonnier; et même on dit à la reine, en lui coniant cette histoire, qu’il allait jusqu’à la rudesse. Soit qu’il fût là pour servir le duc de Beaufori, soit qu’alors il se laissât gagner par ce prince, il s’en servit enfin pour communiquer ses pensées à ses amis, et pour prendre connaissance des desseins qui se faisaient pour sa liberté. Le temps venu pour l’eNéculion de toutes leurs méditations, ils choisirent exprès le jour de la Penlecôte, parce que la solennité de colle fêle occupait tout le monde au service divin.

A l’heure que les gardes dînaient, le duc de Bejiuforl demanda à la Rainée de s'aller promener en une galerie, où il avait obtenu permission d’aller quelquefois se divertir. Celte galerie est plus basse que le donjon où il était logé ; mais, néanmoins, fort hauie, selon la profondeur des fossés, sur quoi elle regarde des deux côtés I.a Ramée le suivit à cette promenaüe et demeura seul avec lui dans la galerie. L homme, gagné par le duc de Beaufort, fit semblant d’aller dîner avec les autres ; mais, contrefaisant le malade, il prit seulement un peu de vin, et, sortant de la chambre, ferma la porte sur eux et quelques portes qui étaient entre la galerie et le lieu on ils faisaient eurs repas. Il alla ensuite trouver le prisonnier et celui qui le gardait; et, entrant dans la galerie, il la ferma aussi et prit les clefs de toutes les portes. En même temps le duc de Bcauforl, qui était d’une laillc avania geuse, et cet boniine, qui était de son secret, se jetèrent sur la Ramée et rempêchèrent de crier ; et sans le vouloir tuer, quoiqu'il fût périlleux de ne pas le faire, s’il n’était point gagné, ils le bâillonnèrent, le lièrent par les pieds et par les mains et le laissèrehtlà. Aussitôt ils attachèrent une corde à la fenêtre et se descendirent l’un après l’autre, le valet le premier, comme celui qui eût été très-rigoureusement puni s’il (‘ûi manqué de se sauver. Us se laissèrent tous deux couler jusque dans le fossé, dont la profondeur est si grande, qu’encore que leur corde fût longue, elle se trouva trop courte de beaucoup : si bien que, se laissant choir de la corde en bas, le piince s’exposa au hasard de se pouvoir blesser, ce qui, en effet, Ilui arriva. La douleur le fit évanouir, et il demeura loiige mps en cet état sans pouvoir reprendre ses es; rits.

Etant revenu à lui, quatre ou cinq des siens, qui étaient

(Je l’îuiire eôté du foss(*, et qui l’avaient vu presque mort avec une terrible inquiétude, lui jetèrent une autre corde qu’il s’attacha lui-même autour du corps; et, de celte sorte, ils le lirèrenl h force de bras jusqu’à eux : le volet qui l’avait assisté étant toujours servi le premier, selon la parole que le prince lui avait donnée et qu’il garda

ponciuellemenl. Quand il fut en haut il se trou va en mauvais étal; car, outre qu’il s’était blessé en tombant, la corde qu’il avait liée autour de son corps pour monter lui avait pressé l’estomac par les secousses qu’il avait endurées dans celle occasion ; mais ayant repris quelques fure.es p;ir la vigueur de son courage et par la peur de perdre le fruit de ses peines, il se leva et s’en alla hors de ce lieu se joindre à cinquante hommes de cheval qui l’allendaienl au bois prochain. Un gentilhomme dos siens, qui était à celle expédition, m’a depuis conté qu’aussitôl après avoir vu celle troupe l’environner de tous cotés, la joie de se voir en liberté et parmi les siens fut si grande, qu'en un moment il se trouva guéri de tous ses maux, et, sautant sur un cheval qn’on lui tenait préparé, il s’en alla et disparut comme un éclair, ravi de respirer l’air sans coiitrainle, et de pouvoir dire comme le roi François P’’, dans le moment qu’il mil le pied en France III revenant d'Espagne. « Ah! je suis libre. » Une femme qui cueillait des herbes dans un jaidiu au bord du fossé, et un petit garçon virent tout ce qui se passa en ce myslèie; mais ces hommes qui étaient en embuscade les avaient tellement menacés pour les obliger à se taire, que, n’ayant pas beaucoup d’intérêt d’empêcher que ce prince ne se sauvât, elle et son fils étaient demeurés avec eux fort paisiblement à regarder ce qu’ils avaient fait. Aussitôt qu’il fut parti, le femme alla le dire à sou ma» i,

/90 CURIOSITÉS BIOGRAPniQÜES.

qui élai.1 le jardinier du lieu, et tous deux allèrent avertir les gardes. Mais il n’était plus temps : les hommes ne pouvaient plus changer ce que Dieu avait ordonné, et les étoiles, qui semblent quelquefois marquer les arrêts du souverain, avaient appris déjà à beaucoup de personnes. par un astrologue nommé Goïscl, que le duc de Beauforldevaitsortir le même jour. Celte nouvelle surprit d’abord toute la cour, et particulièrement ceux à qui elle n’était pas indifférente. Le ministre en fut sans doute affligé ; mais, à son ordinaire, il ne le témoigna pas »

En 1652, le cardinal de Retz, qui avait joué un si grand rôle dans les troubles de cette époque, perdait son temps à négocier avec les ministres, lorsqu’il fut arrêté au Louvre, le 19 décembre 1652. Enfermé d'abord à Vincennes, il fut obligé de se démettre de l’archevêché de Paris, pour obtenir sa translation au château de Nantes dont Cbalncel était gouverneur. Ce fut de là qu’il s’évada, en 1654. Laissons-le raconter lui-même cet événement.

«Je m’allais quelquefois, dit-il, promener sur une manière de ravelin, qui répond sur la rivière de Loire ; et j’avais observé que, comme nous étions au mois d'aoiH, elle ne battait pas contre la muraille, et laissait un petit espace de terre jusqu'au bastion. J’avais aussi remarqué qu’entre le jardin qui était sur ce bastion et la terras.se, sur laquelle mes gar des demeuraieni quand je me promenais, il y avait une porte que Chalucet y avait fait mettre, pour empêcher les soldats d’y aller manger son raisin. Je formai sur ces observations mon dessein, qui fut de tirer, sans fiire semblant de rien,

I Mémoires de madame de Motterille , collcflion Miclhiud-PoBjonlat, pag. 160 e! suiv.

Digilized by Googl

cette porte après moi, qui étant à jour par des treillis, n'cmpèchcrait pas les gardes de me voir, mais qui les empêcherait au moins de pouvoir venir à moi ; de me faire descendre par une corde, que mon médecin et r;vbbé Rousseau, frère de mon intendant, me tiendraient, et de faire trouver des chevaux au bas du ravelin, etpoprmoi et pour quatre gentilshommes que je faisais état de mener avec moi. Ce projet était d’une exécution très-diflicile ; il ne se pouvait exécuter qu’en plein jour entre deux sentinelles, qui n’étaient qu’à trente pas l'une de l'autre à la portée du demi-pistolet , et mes six gardes qui me pouvaient tirer à travers les barreaux de la poriCt 11 fallait que les quatre gentilshommes qui devaient venir avec moi et favoriser mon évasion fussent bien juste à se trouver au bas du raveliu, parce que leur apparition pouvait aisément donner de l'ombrage. Je ne me pouvais pas passer d’un moindre nombre, parce que j’étais obligé de passer par une place qui était toute proche, et qui était le promenoir ordinaire des gardes du maréchal.

« Je me sauvai un samedi 8 d’août, à cinq heures du soir; la porte du petit jardin se referma après moi presque naturellement; je descendis (un bâton entre les jambes) très-heureusement du bastion , qui avait quarante pieds de haut. Un valet de chambre, qui est encore à moi, qui s’appelle Fromentin, amusa mes gaidcs en les faisant boire. Ils s’amusyrent eux-mèmes à regarder un jacobin qui se baignait, et qui, de plus, se noyait. La sentinelle, qui éUnt à vingt pas de moi, mais eu lieu d'où il ne pouvait pourtant me joindre, n'osa me tirer, piii ce que, busiiue je le vis compasser la mèche, je lui criai que je le ferais prendre s'il tirait, et il avoua, à la

question, qu’il crut sur celle menace, que le maréc))al élail de concert avec moi. Deux petits pa^es, qui se baignaient, et qui, me voyant suspendu à la corde, crièrent que je me sauvais, ne furent pas écoutés, parce que tout le monde s'imagina qu'ils appelaient les gens au secours du jacobin qui se baignait. Mes quatre gentilshommes se trouvèrent à point nommé au bas du ravelin, où ils avaient fait semblant de faire abreuver leurs chevaux, comme s’ils eussent voulu aller à la chasse; je fus à cheval moi-même avant qu’il y eût eu seulement la moindre alarme ; et comme j’avais quarante relais, posés entre ÎSanlcs et Paris, je serais arrivé infailliblement le mardi à la pointé du jour, sans un accident que je puis dire avoir été le fatal et le décisif du reste de ma vie »

Ce fatal accident est raconté d’une manière assez railleuse par l’abbé Arnauld.

« Le dessein de celle Eminence, dit-il, élail de s’en aller droit à Paris, et il y avait des relais disposés pour cela. 11 espérait bien de ranimer sa cabale par sa présence, en profitant des mauvaises dispositions des Parisiens contre le cardinal Mazarin. Mais tous les beaux projets du cardinal de Retz s’évanouirent par l’accidcniqui lui arriva; car, abandonnant avec peu d’adresse un excellent cheval qu’il montait sur un pavé sec et glissant, les quatre pieds lui manquèrent, cl la chute fut si grande, que le cardinal se^émil une épaule. Ou eut bien de la peine à le remettre à cheval, et il vérifia la prédiction du duc de Brissac, qui, raitcndant à une lieue de Nantes , avec M. de Sevigné et d’autres gcntilshom-

1 Ménwiren, colltTtionMicli.Mul-Poiijoiilat, pa;;. t59elsuiv.

mes, avait dit à ces messieurs, en parlant du cardinal : «Vous verrez que notre homme sera encore si mal- 0 adroit qu'on nous le ramènera estropié. » Il fallut dune prendre d’autres mesures, qui furent d'aller à Macliccoul chez M. le duc de Retz, et de passer ensuite à Bclle-Isie, d'où quelques jours après il s’embarqua pour Saint-Sébastien ; et avec des passeports d'Espajine il se rendit enlin à Rome. »

Quiqueran de Beaujeu, chevalier de Malle, cl l'un des plus grands hommes de mer de son époque, surpris par les Turcs dans un des ports de l'archipel, en 1660, fut transféré à Constantinople au chùieau des Sepl-Tüurs. Le roi de France et les Vénitiens ayant inutilement offert de le racheter, un de ses neveux résolut de le délivrer à tout prix. Il partit en 1671 pour Constautinople, à la suite de M. Nointel, ambassadeur de France auprès de la Porte, et ayant obtenu de visiter le prisonnier, parvint à lui porter morceau par morceau des cordes qu’il cachait en les enroulant autour de son corps. Le jour fixé pour Téva-ion, le chevalier de Beaujeu descendit par sa fenêtre, aux barreaux de laquelle il avait attaché sa corde qui se trouva trop courte de quelques toises. La mer baignait les murs du château, et il n'hésita pas à s’y précipiter. Le bruit de sa chute attira l'équipage d'un brigaulin turc, mais une chaloupe bien armée que le neveu du prisonnier avait placée à peu de distance, écarta ces ennemis, et le chevalier recueilli par elle fut conduit à bord d'un vaisseau que commandait le comte d'Apremont, et de là passa en France, où le grand maître de Malte lui donna la comuianderie de Bordeaux.

L’abbé ou comte de Bucquoy, espèce de fou dont les

Digilized by Coogif

aventures firent quelque bruit dans son temps, était parvenu à s’échapper du Fort-l’Evêque, et sur le point de sortir de France en 1707, lorsqu’il fut arrêté de nouveau et transféré à la Bastille, d’où, malgré la surveillance spéciale dont il était l’objet, il réussit encore à s’évader le 4 mai 1709. Il a publié lui-même la relation de ces deux évasions dans un ouvrage intitulé ; Evénement des plus rares, ou l’histoire du sieur abbé comte de liucquoy, singulièrement son évasion du Fort-VEvéque et de la Bastille, avec plusieurs de ses ouvrages, vers et prose , et particulièrement la game des femmes,

Nous arrivons maintenant à l’une des évasions les plus célèbres, car elle est unique dans son genre ; nous voulons parler de la fuite du fameux Casanova hoi*s des Plombs de Venise. Bien que le récit en soit assez long, nous l’extrairons en partie des mémoires de cet aventurier ; car ces mémoires, par la licence extrême qui y règne à chaque page, ne sont pas de nature à être lus par tout le monde. Mais auparavant nous allons donner queN ques mots d’explication sur la prison des Plombs.

Au dix-huitième siècle, à l’époque où Casanova fut incarcéré, les prisons appelées Plombs n’étaient autre chose que la partie supérieure du palais ducal, dont le toit était recouvert en plomb. Malgré leur réputation, ces prisons étaient loin d’être malsaines, car il y avait un courant d’air assez fort pour tempérer l’excès de la chaleur. Aujourd’hui ce sont des apparicmeuls agréables et recherchés, et un président du tribunal d’appel de Venise, le comte Ilesenberg, a prétendu, dans un journal, qu’il souhaiterait à beaucoup de ses lecteurs de n’èlre pas plus mal logés.

Casanova, menait à Venise une vie pleine d’intrigues et d’aventures, lorsqu'il fut dénoncé au gouvernement de celte ville, et jeté sous les Plombs eu 1755. Après plusieurs tentatives qui échouèrent, il parvint enfin à se mettre en communication avec un autre prisonnier, le père Baibi, et, au moyen d'un verrou qu'il avait façonné en espontoii, à percer un Irou qui lui permit de se rendre auprès de son compagnon de captivité. Tous deux se trouvant réunis le soir du 31 octobre 1756, enlevèrent une partie de la couverture de plomb qui recouvrait le toit de leur chambre, et attendirent patiemment que l’obscurité fût à peu près complète.

« Lorsque la lune eut disparu, dit-il, j'attachai au cou du père Baibi la moitié de nos cordes d’un côté, et le paquet de ses nippes sur son autre épaule. J eu fis autant sur moi ; et tous les deux en gilet, nos chapeaux sur la tète, nous allâmes à l’ouverture.

E quindi uscimmo a rimirar le steile '.

<1 Je sortis le premier, le père Baibi me suivit : me tenant à genoux et à quatre pattes, j'empoignai mon esponloQ d'une main solide, et en allongeant le bras, je le poussai obliquement entre la jointure des plaques de l'une à l'autre, de sorte que saisissitnt- avec mes quatre ^ duigts le bord de la plaque que j’avais soulevée, je parvins à m'élever jusqu'au sommet du toit. Le moine, pour me suivre, avait mis les quatre doigts de sa main droite dans la ceinture de ma culotte. Je me trouvais soumis a'uisi au sort pénible de l'animal qui porte et traîne tout à la fois, et cela sur un toit d'une pente rapide rendue glissante par un épais brouillard.

• Et pais nous sortîmes pour contempler les é oiles. — D.vwtb.

« Après avoir franchi quinze ou seize plaques avec une peine extrême, nous arrivâmes sur Tarcte supérieure où je m'établis commodément à califourchon, et le père Balbi m’imita. Nous tournions le dos à la petite ile Saint- Georges-Majeur, et à deux cents pas en face nous avions les nombreuses coupoles de l'église Saint-Marc, qui fait partie du palais ducal. Après avoir passé quelques minutes à regarder â droite et à gauche, je dis au moine de rester là immobile jusqu'à mon retour, et je m’avançai n’ayant que mon esponton à la main, et marchant à cheval sur la sommité du toit sans aucune difficulté. Je mis presque une heure à parcourir les toits, allant de tous côtés visiter, observer, mais en vain ; car je ne voyais à aucun des bords rien où je pusse fixer un bout de la corde ; j'étais dans la plus grande perplexité.

a II fallait pourtant en finir, sortir de là, ou rentrer dans le cachot pour, peut-être, n’en jamais sortir, ou me précipiter dans le canal. Dans cette alternative, il fallait donner beaucoup au hasard et commencer par quelque chose. J’arrêtai ma vue sur une lucarne du côté du canal et aux deux tiers de la pente. Elle était assez éloignée de l'endroit d'où j'étais parti, pour que je pusse juger que Je grenier qu’elle éclairait n'appartenait pas à l’enclos des prisons que j'avais brisées. Elle ne pouvait éclairer que quelque galetas habité ou non, au-dessus de quelque appartement du palais, où, au point du jour, j’aurais naturellement trouvé les portes ouvertes.

« Dans cette idée, il fallait que je visitasse le devant de la lucarne, et me laissant glisser doucement en ligne droite, je me trouvai bientôt à cheval sur son petit toit. Appuyant alors mes mains sur les bords, j’étendis la tête en avant et je parvins à voir et à toucher une petite grille

derrière laquelle se trouvait une fenêtre garnie de carreaux de vitre enchâssés avec de minces lames de plomb. La fenêtre ne m’embarrassait pas; mais la grille, toute mince qu’elle était, me paraissait offrir une difficulté invincible, car il me semblait que sans une lime je ne pouvais en venir à bout, et je n’avais que mon esponton. Etendu à plat ventre, la tête penchée vers la petite grille, je pousse mon verrou dans le châssis qui la retenait, et je me détermine à l’enlever tout entière. En un quart d'heure j’en vins à bout, la grille se trouva intacte entre mes mains, et l'ayant placée à côté de la lucarne, jeu’eus aucune difficulté à rompre toute la fenêtre vitrée, malgré le sang qui coulait d’une blessure que je m’étais faite à la main gauche. A faide démon esponton, suivant ma première méthode, je regagnai le faîte du toit, et je m'acheminai vers l’endroit où j’avais laissé mon compagnon.

« Je l'amenai en face de la lucarne, et défaisant mon paquet de cordes, je le ceignis solidement sous les aisselles, et l'ayant fait coucher à plat ventre, les pieds en bas, je le descendis jusque sur le toit de la lucarne. Quand il fut là, je lui dis de s’introduire dans la lucarne jusqu’aux hanches en s’appuyant de ses bras sur les rebords. Lorsque cela fut fait la première fois, et dès que je fus sur le petit toit, je me plaçai à plat ventre et tenant fortement la corde, je dis au moine de s’abandonner sans crainte. .Xrrivé sur le plancher du grenier, il détacha la corde, et l'ayant retirée, je trouvai que la hauteur était de plus de r-inquante pieds. C’était trop pour risquer le saut périlleux. Ne sachant que devenir et attendant une inspiration de mon esprit, je grimpai de rechef sur le sommet du toit, et ma vue s’étant portée vers un endroit |)rès d’une

coupole que je n’avais pas encore visitée, je m’y acheminai. Je vis une terrasse en plate-forme, recouverte de plaques de plomb, jointe à une grande lucarne fermée par deux volets. Il y avait une cuve pleine de plâtre délayé, une truelle, et tout à côté une échelle que je jugeai assez longue pour pouvoir me servir à descendre jusqu'au grenier où était mon compagnon, v

Après de pénibles efforts, Casanova parvint à traîner l’échelle auprès de la lucarne et à la faire entrer jusqu’au cinquième échelon, mais il lui devint impossible de l'enfoncer plus avant, parce que l’exlrémiié se trouvait arrêtée par le toit intérieur de la lucarne. « Comme il n’y avait pas, ajoute-t-il, d’autre remède que de l'élever de l'autre bout, pour parvenir à lui donner l’élévation nécessaire, je me dressai sur mes genoux; mais la force que j’avais besoin d'employer pour réussir me lit glisser, de sorte que tout â coup je me trouvai lancé en dehors du toit jusqu'à la poitrine, ne me soutenant que par mes deux coudes. Moment affreux dont je frémis encore et qu'il est peut-être impossible de se figurer dans toute son horreur! L’instinct naturel de la conservation me fit, presqu'à mon insu, employer toutes mes forces pour m'appuyer et m’arrêter sur mes côtes, et, je serais tenté de dire presque miraculeusement, j’y réussis. Attentif à ne pas m’abandonner, je parvins à m’aider de toute la force de mes bras jusqu’aux poignets en même temps que je m'appuyais de mon ventre. Je n’avais heureusement rien à craindre pour l’échelle, car dans le malheureux ou plutôt dans le malencontreux effort qui avait failli me coûter si cher, j'avais eu le bonheur de la faire entrer de plus de trois pieds, ce qui la rendait immobile.

« Me trouvant sur la gouttière, positivement sur mes poi-

gnets, et sur mes aines entre le bas-ventre et les cuisses, je vis qa’en élevant ma cuisse droite pour parvenir à mettre sur la gouttière d’abord un genou et puis l’autre, je me trouverais tout à fait hors de danger ; mais je n’étais pas encore au bout de mes peines de ce côté-là. L’effort que je fis pour réussir me causa une contraction nerveuse si forte, qu’une crampe extrêmement douloureuse me rendit comme perclus de tous mes membres. Ne perdant pas la tête, je me tins immobile jusqu’à ce qu’elle fût passée : je savais que l’immobilité est le meilleur remède contre les crampes factices ; je l’avais souvent éprouvé. Que ce moment était terrible ! Deux minutes après, ayant graduellement renouvelé l’effort, j’eus le bonheur de parvenir à opposer mes deux genoux à la gouttière, et dès que j’eus repris haleine, je soulevai l’échelle avec précaution et je la fis enfin parvenir au jmint qu’elle se trouva parallèle à la lucarne.

« Suffisamment instruit des lois de l'équilibre et du levier, je repris mon esponton, et suivant ma manière de grimper, je me hissai jusqu’à la lucarne, et j’achevai facilement d’y introduire toute féchelle dont mon compagnon reçut le bout entre ses bras. Je jetai alors dans le grenier les hardes, les cordes et les débris des fractures, cl je descendis dans le grenier. Bras à bras nous nous mîmes à faire l'inspection du lieu ténébreux où nous nous trouvions. »

.Après avoir pénétré dans une autre pièce, les deux prisonniers retournèrent dans la première. «Là, épuisé outre mesure, je me laissai tomber sur le plancher, et mettant un paquet de cordes sous ma tête, me trouvant dans une destitution totale de forces, de corps et d’esprit, un doux sommeil s’empara de mes sens. Je m’y abandonnai si pas-

sivemcut, que quand bien même j’aurais su que la mort devait eu être la suite, il m’aurait été impossible d’y résister ; et je me rappelle fort bien que le plaisir que j’éprouvai eu dormant était délicieux. Je dormis pendant trois heures et demie. Les cris et les violentes secousses du moine me réveillèrent avec peine. 11 me dit que douze heures (cinq heures du matin) venaient de sonner, et que mon sommeil lui paraissait inconcevable, dans la situation où nous nous trouvions. »

Ils se remirent alors en marche, et, grùce au petit jour, iis parvinrent à trouver une porte, qui, de salle en salle, d'escalier en escalier, les conduisit dans la salle de la chancellerie ducale. Ils ne voulurent pas se risquer à descendre par les fenêtres; car ils seraient alors tombés dans le labyrinthe des petites cours qui entourent l’église Saint-Marc. Ne pouvant briser la serrure de cette salle, ils se mirent à faire nu trou à l’un des battants de la porte.

(( Dans une demi-heure, le trou fut assez grand ; et bien nous en prit, car il m’aurait été diflicilc de l’agrandir davantage sans le secours d’une scie. Les bords de ce trou faisaient peur, car ils étaient tout hérissés de pointes faites pour déchirer les habits et lacérer les chairs : il était à la hauteur de cinq pieds. Ayant placé dessous deux tabourets, l’un à côté de l’autre, nous montâmes dessus; et le moine s’introduisit dans le trou, les bras croisés et la tête en avant; et, le prenant par les cuisses, puis par les jambes, je parvins à le pousser dehors; et, quoiqu il y fit obscur, j'étais sans inquiétude, parce que je connaissais bien le local. Lorsque mou compagnon fut dehors, je lui jetai nos petits effets , à l'exception des cordes, dont je lis l’abandon; et, mettant

'''^ÉVÂSIONS^SINGÜL

un troisième tabouret sur les deux dessus, et, me trouvant au bord d des cuisses, je m’y enfonçai jusqu’ar avec de grandes dinicultcs, parce r étroit ; et, n’ayant aueun point d’a mes mains ni personne qni nie po poussé le moine, je lui dis de ni corps, et de m’atiirer à lui sans s’an tirer que par morceaux. Il obéii; d’endurer la douleur affreuse que j chirement de mes lianes et de mes ruisselait. Aussitôt que j’eus le bon hors, je me hâtai de ramasser mes li deux escaliers, j’ouvris, sans aucui qni donne dans l’allée où se troiivi saero aVa scritlura. Celle grand comme celle de la salle des arebives je jugeai que sans une calapulle p( mine pour la faire sauter, il m’éla' lamer. » Casanova prit alors le pan vint du dehors, décidé à mourir de Irer dans sa prison. Il se mit, en attci rbanger de tout. « Déchirant des mo bandes, et je me pansai le mieux > Je mis mon bel habit, je passai des mise à dentelle. Ainsi paré , mon 1 d’Espagne d’or et à plumet blanc su fenêtre. Ma figure fut d’abord rem; qui se irouvaieut dans la cour du p prenant pas comment quelqu'un, fai se trouver de si bonne beurc à ci avertir celui qui avait la clef de cet

crut qu'il pouvait y avoir enfermé quelqu'un la veille, et, étant allé prendre les clefs, il vint. Lorsqu’un bruit de clefs vint frapper mon oreille, tout ému, je me lève, et, collant mon œil contre une petite fente qui heureusement séparait les deux ais de la porte, je vois un homme seul, coiffé d’une perruque , sans chapeau , qui montait l’escalier avec un gros clavier à la main.

« La porte s’ouvre ; et, à mon aspect, ce pauvre homme demeura comme pétrifié. Sans m’arrêter, sans mot dire, profitant de sa stupéfaction, je descends précipitamment l’escalier, et le moine me suit. Sans avoir l’air de fuir, mais allant vite, je pris le magnifique escalier appelé des Géants. Je me dirigeai droit à la porte royale du palais ducal , et, sans regarder personne, moyen d'être moins observé, je traverse la petite place, je vais au rivage, et j’entre dans la première gondole que je trouve, en disant tout haut au gondolier qui était à la poupe : « Je veux aller à (( Fusine, appelle vile un autre rameur.» 11 était tout près : et pendant qu'on détache la gondole, je me jette sur le coussin du milieu, tandis que le moine se plaça sur la banquette. La figure bizarre de Baibi, sans chapeau, ayant un beau manteau sur les épaules, mon accoutrement hors de saison, tout dut me faire prendre pour un charlatan ou un astrologue.

U Des que nous eûmes doublé la douane, les gondoliers commencèrent à fendre avec vigueur les eaux du canal de la Guidecca, par lequel il faut passer, soit pour aller à . Fusine, soit pour aller à Mestre, où effectivement je voulais aller. Lorsque je me vis à la moitié du canal, je mis la tête dehors, et je dis au barcarolle de poupe : Croistu que nous soyons à Mestre avant quatre heures?

« — Mais, monsieur, vous m’avez dit d’aller à Fusine.

« — Tu es fou, je t’ai dit à Mestre.

«Le second barcarolleme dit que je me trompais, et mon sot de moine, zélé chrétien et grand ami de la vérité, ne manquait pas de répéter que j'avais tort. J'avais envie de lui lâcher un coup de pied pour le punir d’étre si bête; mais réfléchissant que n'a pas du bon sens qui veut, je me mets à rire aux éclats, convenant que jepouvais m’être trompé, mais ajoutant que mon intention étuitd'aller à Mestre. On ne me répliqua pas, et un instant apirès, le maître gondolier me dit qu'il était prêt à me conduire en Angleterre, si je le voulais.

« — Bravo ! va à Mestre.

« — Nous y serons dans trois quarts d’heure, car nous avons pour nous le vent et le courant.

« Très-satisfait, je regarde derrière moi le canal, qui me parut plus beau que je ne l'avais jamais vu et surtout parce qu’il n’y avait pas un seul bateau qui vînt de noire côté. La matinée était superbe, l'air pur, les premiers rayons du soleil magnifiques, mes deux jeunes barcarollcs ramaient avec autant d'aisance que de vigueur : réfléchissant à la cruelle nuit que je venais de passer, aux dangers auxquels je venais d’échapper, au lieu où j'étais enfermé la veille, à toutes les combinaisons du hasard qui m’avaient été favorables, à la liberté dont je commençais à jouir et dont j’avais la plénitude en perspective, tout cela m’émut si violemment que, plein de reconnaissance envers Dieu, je me sentis sulToqué par le sentiment et je fondis en larmes *. »

lly eut encore d’autres évasions célèbres au dix-huitième siècle, entre autres celles de Latude, que ses Mémoires,

1 itêfMircs de Casanova,

Digilized by Googk

(le nombreux ouvrages et des pièces de ihéâlre ont rendues très-populaires. Enfermé à Vincennes pour avoir osé mystifier madame de Pompadour, il parvint à s’échapper, fut arrêté de nouveau et mis à la Bastille, d'où il se sauva par la chemipée dans la nuit du 25 février 1756, avec un jeune homme nommé d’Alègre, qu’on lui avait donné pour compagnon de captivité. Ils étaient parvenus à se fabriquer des cordes d'une longueur de trois cent soixante pieds et une échelle de bois D’Alègre fut arrêié à Bruxelles, et Latude à Amsterdam. Ayant été après la mort de madame de Pompadour, en 1764, transféré à Vincennes, il s’en échappa l’année suivante, en novembre 1765, fut arrêté à Fontainebleau peu de temps après, et enfin ne fut délivré qu’en 1784, à Tage de cinquante-neuf ans, après trente-neuf ans de captivité.

Nous renvoyons aussi aux Mémoires du baron Frédéric de Trenck, l’amant favorisé d’Amélie, sœur deFrédéricII; on y verra comment il parvint à s’évader eu 1744 de la forteresse de Glatz *.

Une évasion fatale à la France eut lieu en 1797. Le célèbre amiral anglais Sidney Smith qui joua un rôle si important lors de la guerre d Egypte, avait été pris dans la rade du Havre, et transféré successivement de Rouen à Paris, et de l’Abbaye à la prison du Temple. Le gouvernement français ayant refusé de l'échanger, le cabinet britannique mit tout en œuvre pour le délivrer.

' Celte échelle se trouvai!, il y a quelques années, dans le cabinet d'un amateur, M. le colonel Morin.

î Mémoires de Frédéric baron de Treiik, traduits par lui-mcme sur l’original allemand. 1739, in-8, t-i, p 1*20 cl suivantes.

EVASIONS SIIS

V. L’AVgcnt fut prodigué, dit pordins, et comme à celte ép ?aris de gens disposés à servii blique, il ne fut pas difficile ; de trouver des coopérateurs, iofructucuses pour faire évad( rent enfin à leur but, à l'aide Quelque temps après le 18 fi 1797 ), plusieurs individus, < qui régissait la France et d trempé dans les complots dir se concertèrent avec les agent évader sir Sidncy Smith et l’a Les principaux acteurs dans i furent l’ingénieur Phélipeaux lin. Déguisés en officiers de l’é d on faux ordre du ministre tèrent la nuit à la prison duTi prisonnier pour le transférer concierge, trompé par la pai gnalures apposées à la pièce ( fil aucune difficulté de leur li' ci joua très-bien la surprise, concierge, il parut très-alilig lesta bauieinenl contre sa Iran disposés d’avance sur la roui râleurs arrivèrent sur la côte barcalion prête qui les condu Enfin il y eut sous la rcsi du comte de Lavaletfe, qui, < vcmbre 1815, fut, la veille au eu lion. (20 décembre), sauv

présence d'espril de sa femme. Celle-ci s’étant fait ti*ansporler à la Conciergerie dans une chaise à porteur, accompagnée de sa lilie, âgée de quatorze ans, et d'une vieille gouveruanle, dîna avec son mari dans un appartement séparé. Les deux époux échangèrent ensuite leur habillement, et le comte, sous les vêtements de sa femme, put, escorté desdeux autres personnes, traverser le greffe sans être reconnu. Il resta à Paris jusqu’au 20 janvier suivant, caché dans riiôtcl même du ministère des affaires élrangères et parvint ensuite à sortir du lerri- ’ toirc français, grâce à l'assistance de trois Anglais qui furent punis de leur générosité par trois mois de prison.

DES FAUX PRIXGES

Page 1