ET DE QUELQUES IMPOSTEURS CÉLÈBRES
Tout le monde connaît l'iiisloire racoiiléc par Hérodote (liv. 111, ch. 61] du mage qui, profitant d'une grande ressemblance avec Smerdis, frère de Cainbyse, tué par ordre de ce roi, parvint à monter sur le trône de Perse. On sait que, faute d’avoir pu laisser voir à sa femme le plus petit bout d’oreille son imposture fut découverte, et qu’il' fui mis à mort, ainsi que tous les mages ses complices, par les seigneurs perses conjurés.
1 Cauilijsc avait fait cssoriller tous les mages de son empire. •
FAUX PRINCES
L’aDtiquilé nous oiïre d'assez nombreux exemples de ce genre d’imposture. Suivant les historiens romains, dont le témoignage, il est vrai, est un peu suspect, on doit considérer comme un imposteur, le personnage qui, appelé Andriscus, se prétendit fils naturel de Persée, roi de 3Iacédoine, prit le nom de Piiilippe, parvint à soulever contre Rome la Thrace et la Macédoine, et, après quelques succès, fut vaincu par Mélellus, livré à ses ennemis, et mis à mort, l'an 147 avant J.-C. *.
Vers 152 avant J.-G., les habitants d’Antioche, soulevés contre Démétrius Soter, roi de Syrie, et appuyés par
Ptoléméc, roi d’Egypte, par Allale et Ariaralhe, roi de Cappadoce, « engagèrent, dit Justin, un certain Rala, jeune homme de basse extraction, à réclamer le trône de Syrie comme son patrimoine; et pour que rien ne manquât à cette imposture , ils lui donnèrent le nom d’Alexandre, et le proclamèrent Ris du roi Aniiochus » Battu dans une première bataille, Alexandre fut vainqueur dans une seconde où périt Déinétrius. Mais luiinème, après un règne de quatre ans, fut vaincu cl détrôné parle lils de Démétrius, puis assassiné par un chef arabe, auprès duquel il s’était réfugié.
Démétrius Nicator, lils de Démétrius Soter, avait succédé à son père sur le trône de Syrie, lorsque, l’an 127 avant J.-C., Ptolémée Physcon , roi d’Egypte, auquel il venait de déclaixir la guerre, u envoya , dit Justin, un
jeune Egyptien, lils d’un commerçant nommé Protarque, revendiquer, les armes à la main, le royaume de Syrie. Il prétendait faussement que cet étranger avait été intro-
' Andriscus est .ippclé par les Romains Pseiido-Pliilippe(faux Piiilippe). * L. XXXV, ch. I.
e 08 CURIOSITÉS BIOGRAPHIQUES.
duil dans la funiillc royale par l'adoplion d’Aiiliochus » Reçu avec empressement par les Syriens, las de la lyrannic de Démélriiis, cet imposteur, auquel on donna le nom d'Alexandre Zêbina battit son rival, qui fut tué à Tyr, où il allait cliercber un asile. Quatre ans après, il rm lui-mémc détrôné par le fils de Dcmélrius, Anlioclius Grypus, qui le fit mettre à mort.
Il est bon de remarquer que riiislorien juif Josèphe, dont les compatriotes avaient fait alliance avec ces deux aventuriers, les regarde comme princes légitimes.
A peine Rome eut-elle des empereurs, que l’on vit apparaître dos imposteurs qui se prétendirent membres de la famille impériale.
K Le divin Auguste meme, dit Yalèrc Maxime, ne fut pas à l’abri d’un pareil outrage. Un homme osa se faire passer pour le fds d’Octavie, son illustre et chaste sœur. Il disait que celui à qui l’on avait confié son enfance, voyant l’extrême faiblesse dé sa complexion, l’avait gardé comme son fils, et lui avait substitué le sien même. C’était vouloir tout à la fois abolir, dans la plus auguste famille, la mémoire de son vrai rejeton , et la llélrir par l’impur mélange d’un sang étranger. Mais, tandis que cet imprudent se livre à tous les caprices, à tous les excès de l’audace, un ordre d’Auguste le condamne à ramer
sur les galères de l'Etat.
« Il arrêta aussi l’entreprise d’un barbare qui, à la faveur d’une parfaite ressemblance avec Ariarallic, aspirait, sous son nom, au trône de Cappadoce, tandis qu’il était plus clair que le jour qu’Ariarathe avait été tué par
t Ibid., 1. XXX, ch. t .
* Zébina, on syriaque, sipnilio exclure acheté.
FAUX PRINCES
Marc-Antoioe ; abusant de la crédulité des peuples, il s’é- Uit fait appuyer des suffrages de presque tout l’Orient ; mais la justice d'Auguste fit tomber sous la hache celte tète insensée, qui menaçait d'avilir une couronne ^ )> Marcus Julius Agrippa, surnommé Posthume, fils d'Agrippa et de Julie, avait été d’abord adopté par Auguste, son aïeul, puis, grâce aux intrigues de Livie, relégué dans nie de Planasie. Le premier soin de Tibère, en montant sur le trône, et même avant que la mort d'Auguste eiU été rendue publique, fut d’envoyer un tribun assassiner Agrippa. Il s’en fallut de bien peu que le crime ne reçût pas son exécution.
ttUii esclave de Posthume Agrippa, nommé Clémens, à la nouvelle de la mort d’Auguste, résolut, dit Tacite, et ce projet était digne d’un homme libre, de se rendre dans nie de Planasie, d’enlever Agrippa par la force ou la ruse, et de le conduire aux armées de la Germanie. La marche lente du navire qui portait Clémens fit échouer ce hardi coup de main. Dans l’intervalle. Agrippa fut tué; l’esclave alors, s’arrêtant à un projet plus grand et plus périlleux, s’empare furtivement des cendres de son maître, aborde à Cose, promontoire de l'Étrurie ; se cache dans des lieux inconnus, et là, il laisse croître ses cheveux et sa barbe , car son âge et scs traits se rapprochaient de ceux de son maître. Quelques hommes habiles, confidents de son secret, répandirent le bruit qu’Agrippa était vivant, à voix basse d'abord, et comme on parle ordinairement des choses qu’il faut taire. Bientôt celte nouvelle circula dans la foule ignorante et crédule, et parmi les hommes dont la turbulence appelle des ré-
' !.. IX, cil. 15. Traduction de la collection Dubochet, p. 806.
volutions. Clémens lui-même entrait dans les villes vers le soir, en évitant de se montrer en public, de rester longtemps dans les mêmes lieux; mais, comme la vérité s’accrédite par le temps et le grand jour, le mensonge par le mystère et la rapidité, il se dérobait à la renommée ou la prévenait.
« Cependant le bruit courait, en Italie, que la bonté des dieux avait conservé Agrippa ; et cette nouvelle trouvait créance à Rome. Déjà l'imposteur, débarqué à Ostie, avait été reçu par une multitude immense, et déjà il assistait à des réunions secrètes. Tibère, tiraillé par l’inquiétude, remit cette affaire à Crispus Sallustius. Celui-ci choisit deux de ses clients, d’autres disent deux soldats, et les charge d’aller trouver Clémens, de feindre auprès de lui le dévouement, de lui offrir leur bourse, leur fidélité, de lui demander une part dans ses dangers. Ceux-ci exécutent ce qui leur est commandé. Profitant d’une nuit où Clémens ne se gardait pas, ils l’enebainent, avec le secours d’une force suffisante, et l’entrainent, bâillonné, au palais impérial. Tibère lui demandant : «Commentes-tu devenu Agrippa? » il répondit, dit-on : « Comme toi tu es devenu César. » On ne put le contraindre à révéler ses complices. Tibère, n’osant pas le faire exécuter publiquement, donna ordre de le tuer dans l’intérieur du palais , et d’enlever secrètement le cadavre. Quoiqu’on eût dit que plusieurs personnes de la maison du prince, des chevaliers et des sénateurs l'avaient soutenu de leur argent et aidé de leurs conseils, il n'y eut point d’enquête ^ »
' Annales, 1. a, cli. 59 el 40. Traduclion de M. Cli. I.oaandre, 4843, in-t8, t. Il, p. ttl.
FAUX PRINCES
il paraît que rexécration que nous nous représentons généralement avoir accompagné la mémoire de Néron fut loin d’être universelle, puisqu'un personnage, qui prit son nom, se fit de nombreux partisans. Voici comment s'exprime Suétone ;
« Il y eut des citoyens qui, longtemps encore apres la mort de Néron, allèrent orner son tombeau des fleurs du printemps et de l'été ; qui apportèrent à la tribune des portraits de Néron, où il était représenté en robe prétexte ; qui y turent des édits où il parlait comme s’il eût vécu, et qu’il dût bientôt revenir pour se venger de scs ennemis. Le roi des Parthes, Vologèse, ayant envoyé des ambassadeurs au sénat pour renouveler son alliance, demanda par-dessus toute chose que la mémoire de Néron fût honorée. Enfin, vingt ans après, pendant ma jeunesse, un aventurier, se vantant d’être Néron , se fit, chez les Parthes, à la faveur de ce nom qui leur était si cher, un parti puissant, et il ne nous fut rendu qu’avec beaucoup de peine ^ »
On rencontre de nombreux imposteurs dans l’iiistoirc de l’empire byzantin, qui est si remplie de sanglantes tiagédies.
Lorsque Phocas se fut, en 602, emparé du trône par le meurtre de l’empereur Maurice et de ses enfants encore en bas âge, il n’eut pas de repos qu’il n’eût fait mettre à mort le fils aîné de ce prince, Théodose, qui s'était réfugié dans l’église de Saint-Antonome, à cent cinquante sUides de Constantinople. Alexandre, l’un des officiers de Phocas , arracha le malheureux jeune homme de cet asile sacré et le fit décapiter sur le ri-
' Séron, c. i>7, collection Dubochcl, p. t7t.
vage 011 son père et ses frères avaient déjà perdu la vie^. Le bruit, toutefois, ne tarda pas à courir qu’AIexandre, au Heu de tuer Tbéodose, avait tué à sa place quelqu’un qui lui ressemblait; que Tbéodose, s'eiant échappé miraculeusement, avait parcouru divers pays d'Orieiit, et était mort de maladie dans une affreuse solitude. tt Bien que ce bruit se soit répandu par toutes les provinces de l’empire, dit Théophylacte Symocalte, il n’avaii point d’autre auteur qu’un paysan. Pour moi, après. avoir recherché très-exactement la vérité sur ce fait, j’ai trouvé que Théodose avait été tué. Ceux qui croyaient le contraire en donnaient pour preuve que l’on n’avait pu montrer la tête du prince... Cette fable, s’étant glissée dans le palais, imprima une telle terreur au tyran, qu’il massacra Alexandre L »
En 821, un an après que l’assassinat de l’empereur Léon V cul placé Michel le Bègue sur le trône, « un certain homme, d’une naissance basse et obscure, nommé Thomas, qui, prétendant être fils de l’impératrice Irène, se faisait appeler Constantin, sortit du fond de l’Orient avec une foule de peuple qu’il avait séduit par celle supposition. Il s’approcha de Constantinople, et repoussé par les habitants, alla piller la Thrace. Michel le poursuivit avec une puissante armée, et, l’ayant assiégé, il le prit, lui fit couper les bras et les jambes, le lit peu-
■ On rapporte que la nourrice du dernier de ses (Ils ayant voulu substituer son propre enfant à celui de i'empereur, Maurice découvrit cette siiperclieric aux bourreaux, en disant qu'il se rendrait coupable d'Iiuuiicide s’il lai.ssait périr un enfant clrangt r pour soustraire le sien ii l’exécution de l’arrêt prononcé par il Providence contre sa famille. Théoph;lacte Syniocatte, I. v.ii, cli H.
« L. viii, ch. <3.
FAUX PRINCKS.
dre, el lcrinina ainsi (en 822) celle guerre fâcheuse sans beaucoup de peine ï>
Eu 912, Constantin Ducas, (ils d’Ândronic Ducas, s'élant révolté contre Constantin Porphyrogénète, encore en bas âge, périt en assiégeant le palais impérial. Cependant, « quelques années après, raconte Léon le Grammairien, un certain imposteur, né en Macédoine et nommé Basile, se disant Constantin Ducas, fut pris el mené à Constantinople, où il fut condamné par le préfet Pierre à avoir une main coupée. S’éianl retiré depuis à Opsicion et s'étant fait mettre une main de bronze, il s’accoutuma à en manier une épée, el séduisit une foule de gens auxquels il fit accroire qu'il était Constantin, fils de Ducas. Il suscita de la sorte un très-grand soulèvement; l’enipereur envoya des troupes qui le vainquirent, le prirent, el l’amenèrent à Constantinople, où, après avoir été interrogé, il fut condamné à être fustigé. 11 accusa un grand nombre de personnes de condition; mais, pour le punir de ces calomnies, il fut condamné à être brûlé dans la place d'Amastricn '. »
Michel Vil, dit Parapinace^déu àné en 1078 el relégué d'abord dans le monastère de Slude, (inil par devenir plus tard archevêque d'Ephèse. Nicéphore Botoniale , qui lui avait succédé, avait été, à son tour, détrôné par Alexis Comuèiie, en 1Ü8I, lorsque Robert Guiscard, dont la fille avait dû épouser Couslanlin, fils de Michel, résolut de faire la guerre à l’empire grec, vers lequel ses vues ambitieuses s’étaient tournées depuis longtemps. « 11 usa, dit Aune Comnène, de l’arlifice suivant. 11 en-
' Léon le Grammairien, Vie de l'empereur Michel, ch. t. s Vie de ConslaiiÜH, rh. x.
2U CUniOSlTÉS BIOGRAPHIQUES.
voya à Crotone de secrets émissaires instruits de ses projets, et auxquels U commanda de se lier avec quelquesuns de ces moines, qui, chaque année, allaient à Rome visiter l'église des Saints-Apôtres. Ils ne tardèrent pas à trouver IMiomme qu’il leur fallait dans la personne d’un moine nommé Rector, qui ressemblait assez à Michel. Ils écrivirent alors à Robert un billet en ces termes : (( Michel, votre allié , étant chassé de ses ÉtatSy pari pour aller implorer votre secours. » Robert montra ce billet à sa femme et aux seigneurs de son parti. Ceux-ci lui ayant déclaré qu’il fallait prendre la protection du prince détrôné, Robert le fit venir devant eux. Le moine joua fort bien son rôle et leur expliqua, d’un air touchant, comment il avait été chassé de sou trône, privé de sa femme et de ses enfants et dépouillé de sa dignité ‘. »
Le pape lui-même fut dupe, ou fit semblant d’être dupe de l’imposteur. Il adressa, en 1080, une lettre aux évêques de Pouille et de Calabre pour les exhorter à lui prêter secours. Enfin, apres une année de préparatifs, Robert alla assiéger Dyrrachiiim. Une grande bataille s’engagea sous les mors de la ville, et le faux Michel y périt.
En 1094, un soldat venu de l'Asie mit en émoi tout Constantinople, en se donnant pour le fils de l'empereur Romain, Diogène Léon, qui avait été tué vingt ans auparavant dans un combat près d'Antioche. Arrêté et relégué par ordre d’Alexis à Chersoii en Crimée, il parvint à s’échapper d'une tour où on le gardait, et avec l’appui des Comans, il ravagea les terres de l'empire, et vint mettre
' Altximk, 1. 1 , cil. 8.
FAUX PRINCES
le siège devant Andrinople‘. Enfin, il lomba par trahison entre les mains des Grecs qui l’envoyèrent à Constantino* pie, où la mère de l’empereur lui fit crever les yeux par un esclave turc.
Les catastrophes sanglantes qui signalèrent les dernières années du douzième siècle dans l’empire d'Orient favorisèrent puissamment les impostures du genre de celles dont nous parlons. En 1185, Andronic l"qui avait fait périr Alexis II, fils de Manuel Coninène, et s’était emparé du trône, fut lui-même, deux ans plus tard, en 1185, mis à mort par Isaac l’Ange. Celui-ci régnait déjà depuis six ans lorsqu’on vit apparaître un jeune homme nommé Alexis, qui se disaitfilsde l'empereur Manuel, « etqui, ditNicétas, avait imité jusqu’à la chevelure blonde et jusqu'au bégaiement du véritable Alexis. Ce jeune homme était de Constantinople. Il parut d'abord dans les villes qui sont sur le Méandre; puis s'étant rendu à Armale, il se découvrit à un I.âtin chez qui il logeait, et lui dilqu'Andronic avait commandé de le précipiter dans la mer; mais qu'il avait été sauvé par la pitié des officiers chargés d’exécuter cel ordre cruel. Etant allé à Iconium avec son hôte, il se présenta au sultan Azz-Eddin, et il lui parla comme le véritable fils de Manuel, osant même lui reprocher de n’èire point assez touché de la disgrâce du fils d'un empereur qui avait été de scs amis. Le sultan, vaincu par son impudence, et trompé par la ressemblance de cet homme avec le fils de Manuel , lui fit des présents et quelques promesses. Un jour, comme le faux Alexis se vantait de sa naissance, en présence de l’ambassadeur des Grecs, le sultan demanda à ce dernier s'il savait que
I Alexiade, 1. x, ch. 2 et 3.
riiomine qui était devant lui fût le fils de Manuel. L'ambassadeur ayant répondu qu’il était certain que le fds de Manuel avait été noyé, l’imposteur se mit dans une si grande colère, qu’il lui eût sauté au visage, si le sultan ne l’eût repris avec des paroles sévères. Plus tard, malgré scs instances, le sultan lui accorda seulement des lettres que les Turcs appellent mousour, et qui l'autorisaient à lever des soldais dans ses Etals. Au moyen de ces lettres, il amassa en peu de temps jusqu’à huit mille hommes, prit par composition ou par force plusieurs villes sur les bords du Méandre ; et comme il ruina principalement les lieux où l’on faisait les magasins de grains, il fut surnommé le brûleur de granges. »
Le mécontentement général favorisa l’imposteur. Les généraux envoyés contre lui n’osaient lui livrer bataille, de peur d'être trahis par leurs soldats. « Enfin, ajoute Nicétas, Dieu termina tout à coup la guerre civile par nu moyen qu’il s’était réservé, et qui ne pouvait êlre prévu par les hommes. Ce faux Alexis étant revenu d’Armale au fort de Pisse, et ayant plus bu que de coutume, il y fut tué avec sa propre épée par un prêire. Quand on apporta sa tête au sébastocrator, celui-ci remua la longue chevelure dont elle était couverte avec le fouetdont il se servait pour conduire son cheval, et frappé de la ressemblance des traits du malheureux avec ceux du véritable fils de Comnène, il s'écria qu’il comprenait comment cet homme avait trouvé des partisans »
Dans l’espace de quelques années, les faux Alexis se succédèrent sans inierruption. En Paphlagonie, on en vit paraître un qui fut pris dans un combat, et misa mort
' Niféta?, Isaac l'.inge, I. ni, ch. I.
FAUX PRINCES
Un autre nommé Basile Chozas fut proclamé près de Nicomédie; mais au bout de quelques jours il fut pris, aveuglé et condamné à une prison perpétuelle.
Quelques années plus tard, la première année du règne d’Alexis III, en 1195, il y eut encore un Sicilien qui se prétendit être le tils de Manuel Comnène. Après avoir repoussé successivement un eunuque iiominé Æiiopolite et l’empereur lui-même, il finit par être assassiné dans un fort où il passait la nuit
Dans I bistoirc des empereurs ottomans, qui, au quinzième siècle, devinrent les successeurs des empereurs grecs, figurent aussi un assez grand nombre d'imposteurs. Bajazet F, comme on sait, fut vaincu et pris par Tamerlan à la bataille d’Ancyre en 1402 ; malgré toutes les recherches, ou ne put retrouver son fils Mustapha, qui avait disparu dans le combat. Environ seize ans après, sous le règne de Mahomet U', autre fils de Bajazet, parut en Yalachie un aventurier que les historiens turcs appellent tous Dœsme Mustapha (le faux Mustapha), et qui réclama le trône comme frère aîné de Mahomet. Les historiens byzantins soutiennent qu i! était bien frère de Mahomet, et fils de Bajazet ; « mais ni les uns ni les autres, dit M. de Ilammer, ne peuvent être considérés comme des témoins impartiaux ; car les premiers adoptent la cause du dernier sultan régnant, qu'ils reconnaissent comme le seul successeur légitime de Bajesid, en dépit des droits des frères aînés vaincus par lui, et en conséquence, ils traitent Mustapha d imposteur ; quant aux Byzantins, adoptant les sentiments de leur empereur, rien ne leur paraît plus légitime que le droit héréditaire
I Nicélas, Alexis CoHinciie, 1. i, c. 4.
du prétendant qu’il convenait à la politique grecque de soutenir. En examinant avec soin cette question, l'on penche à croire que Mustapha était en réalité le prince ottoman de ce nom qui avait disparu dans la bataille d’Ancyre. D’abord , malgré les recherches les plus actives faites par l’ordre de Tamerlan , l’on ne put découvrir aucun indice tendant à prouver que Mustapha fût resté sur le champ de bataille. En second lieu, M’»*' 3met s’engagea, par un traité avec l’empereur grec, àjyayer annuellement une forte somme pour la garde de Mustapha ; de plus, ce prétendant n’attira pas seulement à lui la populace, il compta parmi ses par> tisaiis des grands de l’empire ; enfin, le témoignage du vieux Neschri l’emporte sur celui des historiographes officiels postérieurs. Quoi qu’il en soit, Mustapha, frère véritable ou suppose de Mahomet, apparut comme un dangereux aspirant au trône en Europe, où il fut d’abord soutenu par Mirtsche, prince de Valachie, puis par le gouverneur de Nicopolis, l’ancien seigneur d'Ephèse et de Smyrne, Dschuneid, déjà deux fois révoltés et deux fois rentrés en grâce ; alors il franchit l’Hœmus, et marcha vers la Thessalie. Mahomet marcha à leur rencontre; l’on en vint aux maitis près de Thessalonique ; Mustapha et Dschuneid , vaincus , se sauvèrent avec quelques hommes dan^ la ville, où commandait Démétrius Lascaris, qui leur donna asile et refusa de les livrer. Une négociation s’ouvrit ëutre le sultan et l'empereur Ma nuel Paléologue, à la suite de laquelle Manuel jura qhe, pendant toute la durée du règne et de la vie de son fils, ni Mustapha, ni son compagnon Dschuneid ne seraient mis eu liberté. » En même temps on envoya à Démétrius Léontarios l’ordre de faire embarquer au plus tôt Musta-
pha et Dschuneid sur une galère, et de les diriger sur ConstautiDopIe. Le fidèle serviteur obéit, et Mahomet s'engagea à son tour à payer à l’empereur, pour ce service, une pension annuelle de 900,000 aspres ^ u
Soliman 1®*^, trompé par de perfides rapports, avait fait étrangler en 15S3 son fils Mustapha. Un au ne s'était pas écoulé qu’un aventurier, prenant le nom de ce malheureux prince, parvinlà rassembler sous ses drapeaux plus de dix mille hommes dans les environs de Salonique. ' prc> tendant au trône avait nommé un marchand de ailles pour visir, et deux étudiants pour kadiakers. Le mar> chand de volailles livra son sultan au sandschnkhèg de Nicopolis , qui l’envoya au vésir Sokolli , et celui-ci adressa le prisonnier au sultan. La trahison du marchand de volailles fut récompensée par un bon fief, cl le faux Mustapha fut pendu. Son supplice étouffa la guerre civile ».
En 1708, l’empereur du Maroc, Muley-lsmaél, qui désirait entretenir de bons'rapporls avec la Porte, envoya à Constantinople une ambassade solennelle, chargée, entre autres choses, de remettre au sultan Ahmed III un aventurier qui se disait fils de Mahomet IV. Sa mère, suivant cet homme, se trouvant sur mer pendant sa grossesse, avait été surprise par un coup de vent eT][>oussée sur les côtes de 3Iaroc. Les Turcs ne permirent pas à l’ambassade d’aller au delà de Chios, mais s’emparèrent de la personne du faux prince. Muley-Ismaël, offensé de cette conduite, adressa alors une lettre au sultan, dans laquelle il soutint la légitimité du prince, lequel fut victime de celte dé-
t Hialoire de l’empire Ottoman, I. ix, tSU, in-8, l. i, p. tC7. ,
» XXXI, t. Il, p. 90.
monstration. On comniença par lui couper la tête, puis on répondit à l’empereur de Maroc « que de pareils soupçons ne pouvaient atteindre la sublime famille des Ottomans, attendu que les fils du sultan ne couraient pas le monde comme les autres princes *. »
En Occident, pendant le moyen âge, à une époque où dominait l'amour du merveilleux, il circulait fort souvent sur la mort des princes des bruits vagues et mystérieux qui favorisaient à un haut degré les imposteurs. En voici plusieurs exemples.
Alphonse le Batailleur, roi d’Aragon, ayant disparu à la célèbre bataille de Fraga, qu’il perdit contre les Maures, le 7 septembre 1134, et son corps n’ayant pu être retrouvé, le bruit se répandit qu’il n’était pas mon, et qu’accablé de douleur, à la suite de cette défaite, il était allé secrètement à Jérusalem. Aussi, vingt-huit ans plus lard, on vit paraître un homme qui voulut se faire passer pour ce prince. Confirmant les bruits qui avaient couru autrefois, il prétendait s’êlre sauvé des mains des infidèles, et être parvenu à se rendre en Terre Sainte, où il avait assisté à toutes les guerres des chrétiens contre les Sarrasins. Il avait déjà rassemblé quelques troupes autour de lui, lorsqu’il fut pris et mis à mort à Sarragosse.
« Henri V, empereur d’Allemagne, conduit par la pénitence, dit Guillaume de Nangis, abandonna l'empire et disparut de la société des hommes, sans y avoir été vu depuis. Cependant, quelques-uns disent qu’il fut reconnu par sa femme dans un hôpital de pauvres à Angers, avoua qui il était, mourut dans cet hôpital et y fut enterré. On lit ailleurs, qu’étant venu à Utrecht pour y
' Ihhl.. 1. I.XII.
FAUX PRIXCES.
célébrer la Pentecôte, il y mourut d’un chancre au bras, qui était chez lui un mal de naissance, et que son corps, dont on avait retiré les intestins, et qu’on avait saupoudré de sel, fut transporté à Spire. Cependant, il s’éleva en Allemagne un faux empereur qui, après avoir vécu pendant quelques années dans la retraite à Soleure, en sortit et prétendit faussement être l’empereur Henri, qui avait disparu. Ayant, par ses mensonges, séduit beaucoup de gens, il les attacha tellement à son parti, qu’il en advint de cruels et meurtriers combats, les uns le recevant, et jes autres le proclamant publiquement un imposteur ; mais enfin sou imposture fut reconnue, et il fut tondu moine de Cluny »
Suivant le Grec Nicétas Choniates, Baudouin P”, comte de Flandre, qui, en 1204, était devenu empereur des Latins à Constantinople, ayant été, l’année suivante, fait prisonnier par Joannice, roi des Bulgares, fut horriblement mutilé par le prince barbare, qui le fit jeter dans un précipice, où il fut dévoré par les oiseaux de proie. Les historiens latins prétendent qu’il périt sur le champ de bataille. Pendant un an, il régna une telle incertitude sur sa mort, que ce fut seulement eu 1206, qu’on lui donna un successeur.
En tout cas, quel que fût le sort véritable de cet empereur, «l’an du Seigneur 1225, nu mois d’avril, il vint en Flandre, dit un chroniqueur, un homme qui se prétendait le feu comte Baudouin, empereur de Constantinople, et se disait échappé comme par miracle de la prison des Grecs, l’n grand nombre de personnes l'ayant vu, reconnais.«ani véritablement en lui beaucoup de signes appartenant au
• Guillaume de Xangis, année tt59. ColleoUon Guizot, t xin, p. 20.
comte Baudouin, et apprenant de sa bouche beaucoup de paroles, faits et autres indices dudit comte, le reçurent comme leur seigneur, et rejetèrent aussitôt de presque tout le comté de Flandre la comtesse, fille du comte Bau< douin, qu'ils avaient en haine depuis longtemps. Celle-ci, désolée de perdre son pouvoir, alla trouver le roi de France, Louis, et le supplia instamment, en lui donnant plusieurs raisons, de lui faire rendre son comté. Le roi, consentant à ces propositions, rassembla beaucoup de monde, et vint à Pérounc, où, donnant un sauf-conduit à celui qui se prétendait le comte Baudouin, il l’appela à une entrevue. Celui-ci y étant venu avec une multitude de gens, fut interrogé en présence du roi, du légat et de beaucoup d’autres, sur un grand nombre de choses, mais il refusa devant tous d’y répondre ; ce que voyant, le roi, violemment irrité, lui ordonna de sortir de son royaume dans l’espace de trois jours, et lui donna un sauf-conduit et la liberté de s’en retourner. Le faux Baudouin, étant retourné à Valenciennes, fut abandonné *par les siens; et enfin, fuyant à travers la Bourgogne, sous le déguisement d’un marchand, il fut pris par un certain chevalier, rendu h la comtesse et renfermé dans une prison ; ensuite les siens, lui ayant fait subir différents supplices, finirent par le pendre *. »
Au siècle suivant, il se passa en France un des faits les plus singuliers que l'on rencontre dans l’histoire ; il est ainsi raconté par l’un des continuateurs de Guillaume de Nangis.
tt Dans l’année 1508, dit-il, vinrent en France quelques hommes de Flandre, d'un extérieur simple, mais impos-
* Vie de Louis Ylll, ibid, t. xi, p. 375 et soivantes.
leurs, comme l’cvéDementle prouva. Par l’effet de leurs astucieux artifices, il se répandit aussitôt parmi le peuple le bruit frivole, mais général, que le seigneur Geoffioi de Brabant, comte d'Eu, Jean de Brabant, son fils, le seigneur de Pierson, et un grand nombre d’autres tués depuis longtemps à la bataille de Courlrai avec Robert, comte d’Artois, s’étaient, comme par miracle, échappés vivants, et, à cause du bienfait de leur délivrance, avaient entrepris et juré entre eux de mendier par le royaume de France sous l’Iiumble babil de pauvreté, et de se leuir cachés au milieu des leurs pendant sept ans, et qu'au bout de ce terme ils devaient paraitre ensemble le même jour en un certain lieu, à savoir à Boulogne-sur-Mer, et révéler publiquementqui ils étaient. Il arriva qu’à quelques légers signes observés par les Flamands, plusieurs personnes des deux sexes les accueillirent avec empressement et s’infatuèrent d’eux, en sorte que les prenant pour lesdits seigneurs, ils les reçurent avec honneur, taudis que les imposteurs, parlant à peine et rarement, affirmaient, par un artifice sûr de son effet, qu’ils n’étaient pas ceux dont on rapportait communément ces bruits frivoles. Quelques nobles matrones admirent plusieurs d’entre eux eu qualité d’époux à la couche conjugale, ce qui leur attira ensuite des moqueries de la part des autres, surtout à la dame de Vierzon »
Jusqu'au moment où les Louis XVII abondèrent dans notre pays, les aventuriers qui prétendirent au trône de France * sont bien peu nombreux. Nous n’avons pu Irou-
t (!iiiilinualoiir do ('.uillaumo lie Nangis, ibid., t. xiii, p. 27t. Voyez tdilion Oeniud, 1843, iii-8, 1. 1 , p. 566.
* La vie de Saint-Léger, par lîrsiii, moine de Saint-Syinphoricn d’Auitai, fait meution, en icimcs assez obscurs, d’un enfant qu’Ebroin et les
ver que les deux faits suivants qui, nous le croyons, sont très-peu connus, et sur lesquels nous allons donner quelques détails.
On sait que Louis le Hulin, mort le 5 juin 1316 S laissa enceinte sa femme Clémence de Hongrie, qui, le 13 novembre de la même année, accoucha au Louvre d’un enfant mâle. On sait aussi que cet enfant, unique fils de Louis, fut baptisé sous le nom de Jean et mourut quatre jours après sa naissance, et que, grâce à une interprétation forcée de la loi saliqiic, sa mort, malgré l’opposition de quelques seigneurs, donna la couronne à Philippe le Long, frère du feu roi.
En France, tout le monde crut à la mort du petit roi ; mais à l'étranger, et surtout en Italie, il parait que le bruit s’accrédita que ce prince avait vécu et qu’un autre enfant avait été enterré à sa place.
J.-J. Cbifdet, médecin franc-comtois, historiographe de la Toison d’or et entièrement dévoué à l’Espagne, est le premier écrivain qui ait parlé avec quelque détail de ce prince prétendu, appelé Giannino ou Joannino par les Italiens. Au chapitre X de ses Lumina salica (Anvers, 1650, in-folio, p. 278), il donne une vie abrégée de ce personnage, tirée, suivant lui, des histoires manuscrites de Thomas Agazzano et de Salomon Piccolomini, ouvrages manuscrits qu’il prétendait subsister de son temps en Italie.
Au dernier siècle, Gigli, littérateur italien très-distingué.
Auslrasiens pri'lrnilirciil fils dp Clolaire Ht, (I qu’ils proclamèrent roi, du vivant de Thierry III. Collcelion Guizol, t. ii, p. 342.
t El non le î> Juilirt, comme le dit à tort le continuateur de Guillamue de Nangis.