FÉCONDITÉ DE QUELQUES ÉCRIVAINS. S
demie, auteur du Temple de la mort, qui est une des plus belles pièces de notre poésie française, changea et rechangea durant trois ans les vers de cet ouvrage, pour les amener au point de beauté, de politesse et d'élégance où nous les voyons. Ce n’était qu'en veillant beaucoup et à force de se tourmenter, que Malherbe produisait ses divines poésies. M. de Balzae passait les jours et les nuits à représenter ses pensées avec celte netteté de style et ce choix de paroles que nous admirons encore aujourd’hui. »
Les manuscrits de l’Arioste sont chargés de ratures. Ainsi qu’on le voit sur le manuscrit autographe conservé à Florence, il écrivit de seize manières différentes la stance célèbre où il décrit une tempête.
Pétrarque refit l’un de ses vers quarante- six fois.
Les manuscrits du Tasse sont illisibles à cause des corrections.
Pascal refit jusqu’à seize fois une de ses provinciales.
Biiffon fit recopier onze fois le manuscrit des Époques de la nature.
Bucqiiet, érudit français du dix-huitième siècle, relut cinquante fois et copia lui-même quatorze fois un de ses ouvrages sur la justice.
Siace, dans la dédicace du premier livre des Silves, adressé à Stella, s’étend avec complaisance sur la rapidité avec laquelle il avait composé ces poésies, « rapidité, dit-il, qui n’élail pas pour moi sans plaisir, .\ucunene m’a coûté plus de deux jours ; quelques-unes même ont été faites de verve dans l’espace d’une journée. J’ai bien peur qu elles ne portent avec elles la preuve de ce que j’a-
oblii^cra à rrfjirc toules les autres: AUeru lingua subit (apiilicatiuii de I cpigranuDC de .Martial sur la lenteur d'un barbier : Aitcra barba subit ).
56 CURIOSITÉS BIOGRAPHIQUES, vance. Les vers sur la staluc colossale de Domitien, pour laquelle l’empereur a eu l’exlrême indulgence de solliciter ma muse, je devais les livrer le lendemain de l'inauguration... L’épilhalame que vous m'aviez commandé a été, vous le savez, Tafiaire de deux jours. Assurément c’est un tour de force, puisque l’on compte dans la pièce deux cent soixante-douze hexamètres. »
Gaspar Bartinus, savant allemand mort en 1587, « n’élant encore que dans la seizième année de son âge, dit Baillet, fit un traité ou une dissertation en forme de lettre sur la manière de lire utilement les auteurs de la langue latine, à les commencer depuis Ennius jusqu'à la fin de l’empire romain, et à les continuer depuis la décadence de la langue jusqu’aux critiques de ces derniers temps qui ont rétabli les anciens auteurs. C'est une composition que l’auteur assure ne lui avoir coûté qu’un jour de vingt-quatre heures »
Dumonin, auteur français du seizième siècle, mit deux mois à traduire en sept mille vers latins la Semaine de Üubartüs.
L’italien Ferreri composa, en trois jours, un poème latin (Lugdunense somnium) de mille vers hexamètres sur Léon X.
L'Éloge de la folie ne demanda que sept jours de travail à Érasme.
Chapman, poète anglais, mort en 1651, traduisit eu quatre mois les douze derniers livres de V Iliade.
Guillard Danville, gendarme de la reine, auteur de la Chasteté, poème héroicomique(1624, in-12), a soin d’apprendre au lecteur qu’il a commencé cet ouvrage dans
' Baillfl, Vies des enfants célèbres, p. 296.