‹ Curiosités biographiquesChapitre 22 sur 36 · MUSICIENS, PEINTRES, SERRURIERS, ETC · texte numérisé non relu

MUSICIENS, PEINTRES, SERRURIERS, ETC

« Auguste, dit Suétone composa en prose beaucoup d’ouvrages de différents genres, et il en récita quelquesuns dans le cercle de scs amis, qui lui tenaient lieu de public. Telles sont les Réponses à BruCus, concernant Caton, qu’il lut lui-même en grande partie, quoique déjà vieux, mais dont il fut obligé de faire achever la lecture par Tibère ; telles sont encore les Exhortations à la philosophie, et des Mémoires sur sa vie, en treize livres, qui vont jusqu’à la guerre des Gantabres, et qu’il ne poussa pas plus loin. Il essaya aussi de la poésie; on a de lui un opuscule en vers hexamètres, qui a pour litre et pour objet la Sicile, et un autre petit recueil d’épigrammes, auquel il travaillait ordinairement dans le bain. Il avait commencé, avec beaucoup d’ardeur, une tragédie d’Ajax; mais n'étant pas content du style, il la détruisit, et ses amis lui demandant un jour u ce qu'Ajax était devenu, — Ajax, répondit- il, s’est précipité sur une éponge *. »

«Tibère, rapporte le même auteur, cultiva avec ardeur les lettres grecques et latines, et choisit pour modèle, parmi les orateurs de Rome, Mcssala Corviuus, dont il avait admiré, tout jeune encore, la vieillesse laborieuse ;

1 Vie d'Auguste, ch. 85, Iraituc lion (te la coMcctioii Dubochei.

2 On sait (iue,cl>ez les anciens, l’opmige servait à effacer. Voyez Curiosités DIBUOCRAPHIOUBS, p. 289.

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mais il obscurcissait son style à force d’affectation et de formes bizarres; ce qu’il disait d’abondance valait quelquefois mieux que ce qu’il avait médité. Il composa un poème lyrique, intitulé : Plaintes sur la mort de L. César. 11 écrivit aussi des poésies grecques, dans lesquelles il imila Euphorion, Rhianus et Parlhénius, auteurs qui faisaient ses délices, et dont il fit placer les ouvrages et les portraits dans les bibliothèques publiques, parmi les plus illustres des écrivains anciens ^ »

« Claude, dans sa jeunesse, dit encore Suétone, essaya d’écrire l’iiisloire, encouragé par Tile-Live, et aidé par SulpiciusFlavus. 11 commença, devant un nombreux auditoire, la lecture de son travail. Il écrivit beaucoup pendant son règne, et fit toujours lire ses ouvrages en public, par un de ses lecteurs. Son histoire commençait après le meurtre du dictateur César; mais il passa ensuite à une époque plus récente, c’est-à-dire, à la fui des guerres civiles, quand il vit que les plaintes continuelles de sa mère et de son aïeul rempéchaient d’écrire librement et avec vérité sur les temps antérieurs. Il laissa deux livres de la première de ces histoires, et quarante et un de la seconde. Il composa aussi huit livres de mémoires sur sa vie, lesquels manquent plutôt d’esprit que d'élégance. 11 fit en outre une apologie assez savante de Cicéron, en réponse aux livres d’Asinius Gallus.

a II inventa trois lettres, qu'il croyait fort nécessaires, et qu’il voulut ajouter à l’alphabet. Il avait déjà publié un volume sur ce sujet avant que d’être empereur; et quand il le fut, il n’eut pas de peine à obtenir ([u’on adoptât l’usage de ces lettres. On les retrouve dans la plupart

* Vie (le Tiltèr,', cli. 70, ibid., p. iOO.

des livres, des actes publics et des inscriptions de cette époque. Il ne montra pas moins d’ardeur pour l'élude des lettres grecques, et il témoigna eu toute occasion le cas qu’il faisait de ce bel idiome. Un barbare pariait devant lui en grec et en latin : Je vois avec plaisir, lui dit Claude, que vous savez mes deux langues. « Je suis, dit-il, attaché à la Grèce par le lien des mêmes études. )) Dans le sénat, il répondit presque toujours en grec aux discours des ambassadeurs ; et, sur son tribunal, il cita souvent des vers d'Homère. Quand il s'était défait d'uu ennemi ou d'un conjuré, et que le tribun qui était de garde lui demandait le mot d'ordre, il lui donnait en grec celui-ci :

Me venger aussitôt du premier qui m'offense.

«Enfin, il écrivit dans celte langue vingt livres de l’Ins* toire des Tyrrhéniens, et huit de celles des Carthaginois. C’est à l’occasion de ces ouvrages qu’à l’ancien musée d’Alexandrie on en ajouta un autre, appelé du nom de l’empereur ; et l’on statua que tous les ans, à certains jours, il serait fait en entier par les membres de ces deux musées, à tour de rôle, une lecture publique, dans l’un de l’histoire des Carthaginois, dans l’autre de celle des Tyrrhéniens ^ »

’ Néron qui, comme on sait, récitait souvent des vers en public, avait composé un poème intitulé : le Borgne, contre le prêteur Clodius Pollion *.

Domitien , au dire de Suétone, n'ouvrit jamais un

1 Vie de Claude, ch. 41 et 42, traduction de la collection Dotiocbel, p. 445.

s Suétone, Vie de Domitien, cU. 4.

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livre d'histoire ou de poésie; il fit pourtant un petit trait sur le soin|de la chevelure, et le dédia à l’un de ses amis ^

« Adrien (que l'on sait avoir été fort habile astrologue) était si avide de réputation, dit un des écrivains de l’Histoire Auguste, qu’il remit à quelques-uns de ses afTpanchis, qui étaient lettrés, l’histoire de sa vie, écrite par lui-méme, avec l’ordre de la publier sous leur nom ; et ce qu’on a de Phlégon est, dit-on, de ce prince. 11 composa aussi, à l’exemple d’Antimaque, des livres fort obscurs , intitulés Calacriens *. » — Nous avons cité plus haut (voy. p. 74) quelques vers du même prince.

Marc-Aurèle avait écrit sur sa vie des Commentaires qui sont perdus ; il ne nous reste des ouvrages de ce grand prince que douze livres de Réflexions morales en grec, et des Lettres à Fronton, publiées par Mai.

Les œuvres de l’empereur Julien se composent de Lettres, de la Satire des empereurs romains et du Misopogân.

Valentinien F, ainsi qu’on le sait par le témoignage d'Ausone, luttait avec ce poète pour la composition de poésies licencieuses, telles que le Genton nuptial.

Deux empereurs grecs sont restés célèbres par leurs écrits. Le premier, Léon VI, surnommé le Savant (mort en 91 1 ), est l’auteur d’une tactique remplie des détails les plus précieux pour l’bistoirc de l’àrt militaire à cette époque. Il aurait dû se borner à cet ouvrage, et ne pas nous transmettre seize oracles de sa façon, que plus tard les Grecs cherchèrent à appliquer à une foule d’événements.

Les ouvrages de l’autre empereur, de Constantin VI,

1 Vie de Domitien, ch. 18.

» Spartien, ch. is.

(lit Porphtjrogénè(e, sont d'un l)aut intérêt. Ce prince, que sou oncle AlcxandrCj sa mère Zoé et les favoris de celle-ci, avaient longtemps écarté des alïaircs publiques, se tourna tout entier du côté de l’étude. Après avoir rassemblé une bibliothèque nombreuse qu’il rendit publique, il travailla lui-niéme etiit travailler sous ses yeux à faire de nombreux extraits des ouvrages laissés par les auteurs grecs *. Le plus important de ces extraits, auquel il a attaché son nom, est celui où il avait rassemblé eu cinquante-trois livres tout ce qu’il avait trouvé de plus remarquable dans les écrits des anciens. Ce recueil, qui a malheureusement contribué à faire perdre les auteurs originaux, a été lui-même presque entièrement perdu. 11 ne nous en est resté que deux livres ; l’un, intitulé Exccrpla legationum , traite des ambassades ; l’au're, des vertus et des vices. On lui doit encore deux livres fort curieux sur la description géographique des provinces de l’empire grec, un traité sur l’administration de l’empire, un autre sur les cérémonies de la cour byzantine, une vie de son aïeul l’empereur Basile, une histoire de la fameuse image d'Edesse, et un fragment de tactique. Zonare lui attribue aussi quelques ouvrages de poésie , dont la perte doit être peu regrettidde.

Au mérite d'écrivain, Constantin en joignait encore quelques autres qui témoignaient du loisir que lui laissait l’administration de son empire. Ainsi, peintre distingué, il était encore un connaisseur habile en architecture, eu sculpture, et s’entendait très-bien à la foute des métaux et à la construction des navires. Eu outre, il aimait passionnément la musique, et composa plusieurs chants d'église.

I Voyoz CuniosiTÉs ciBUocnAi'UiciES, p. 25S.

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« Le roi Chilpéric, dit Grégoire de Tours (liv. v, cR. 45), écrivit un petit traité portant qu’on ne devait pas désigner la sainte Trinité eu faisant la distinction des personnes, mais seulement l’appeler du nom de Dieu, affirmant qu il était indigne de Dieu qu’on lui attribuât la qualilicatiou de personne, comme à un homme fait de chair. » Ses prétentions ne se bornaient pas à la théologie, il écrivit aussi des vers à la façon de Caïus Sedulius‘; ii ajoum aux lettres latines l’u grec, et trois autres caractères inventés par lui, pour qu’on pût rendre dans celte langue plusieurs sons des langues germaniques. «Il envoya, dit le même historien, desordresdans toutes les cités de son royaume, pour que l’ou enseignât les enfants de celte manière, et pour que les livres aiicieuuenient écrits fussent effacés à la pierre ponce et re- Iranscriis de nouveau. »

«Charlemagne, dit Eginhard, consacra sous la direction d’AIcum, beaucoup de temps et de travail à l’élude de la rhétorique, de la dialectique, et surtout de l’asironom.e, apprenant fart de calculer la marche des astres, et suivant leur cours avec une attention scrupuleuse et une étonnante sagacité ; il essaya même d’écrire, et avait habituellement sous le chevet de son lit des tablettes et des exemples pour s’exercer à former des lettres quand Il trouvait quelques instants de loisir; mais il réussit peu dans celte élude commencée trop lard et à un à"e peu convenable... Toutes les nations soumises à son pouvoir n’avaient point eu jusqu’alors de lois écrites; il ordonna d’écrire leurs coutumes, et de les consigner sur

‘ Pofic latiD et Iirètre chréiiou du cinquième siècle, auteur d’un poème intitule : Pasclials Carmen.

des registres; il en fit de même pour les poèmes antiques et barbares qui chantaient les actions et les guerres des anciens rois, et, de cette manière, les conserva à la postérité Une grammaire de la langue nationale fut aussi commencée par ses soins ^ »

Nous avons parlé ailleurs des goiHs littéraires de Charles le Chauve

« Robert II, raconte le moine, auteur de la chronique de Saint-Rertin, était très-pieux, prudent, lettré, et suffisamment philosophe, mais surtout excellent musicien. Il composa la prose du Saint-Esprit, qui commence par ces mots : Adsü nobis gratta^ les rhythmes Judœa et Ilierttsalem, concédé nobis, quœsumus, et Cornélius cenlurio, qu’il offrit à Rome sur l’autel de Saint-Pierre, notés avec le chant qui leur était propre, de même que l’antiphone Eripe, et plusieurs autres beaux morceaux. Sa femme Constance, 1e voyant toujours occupé de ses travaux, lui demanda comme par plaisanterie, de faire aussi quelque chose en mémoire d’elle. Il écrivit alors le rhythine O conslantia marlyrum, que la reine, à cause du nom de Constantia, crut avoir été fait pour elle.'Ce roi avait souvent coutume de venir à l’église de Saint-Denis, revêtu de ses habits royaux, et la couronne en tête; il y dirigeait le chœur à matines, à vêpres et à la messe, et il y chantait avec les moines. Aussi, comme il assiégeait certain château le jour de la fête de saint Uippolyte, pour qui il avait une dévotion particulière, il quitta le siège afin de venir à l’église de Saint-Denis diriger le chœur pendant

i Vie de Charlemagne, traduction de la collection Guizot, t. m, p. tst,

* Voy. Curiosités uttérairÈs, p. 398.

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la messe ; et tandis qu’il chantait dévotement avec les moines, Agnvs Dei, dona nobis pacem, les murs du château assiégé tombèrent subitement, et l’armée du roi en prit possession ; ce que Robert attribua toujours aux mérites de saint Ilippolyte. »

Depuis le règne de ce prince jusqu'à la fin du quinzième siècle, nous n’avons pas trouvé un seul roi de France qui se soit signalé d’une manière particulière dans les lettres, les sciences ou les arts.

Louis XI passe avec raison pour être l’un des principaux auteurs du recueil spirituel et licencieux intitulé :

Les Cent Nouvelles nouvelles, réimprimé un très-grand nombre de fois. On lui doit encore un traité de morale et de politique, le Rosier des guerres, qu'il adressa à son fils. C’est par erreur que Sismondi a écrit dans son Histoire des Français (t. xiv, p. 616), que cet ouvrage remarquable n’avait pas été publié L 11 a été imprimé, à Paris, chez la veuve Michel Lenoir, in-4“ gotliique et plus tard in-8°.

Il existe à la Bibliothèque du roi un manuscrit des poésies de François manuscrit provenant de M. Chaire-Imbert de Cangé.

On y remarque une lettre en prose et en vers que ce prince adressa de sa prison à l’une de ses maîtresses, une églogue intitulée Âdmelus, et un très-grand nombre de petites pièces qui ne manquent ni de grâce ni de délicatesse.

En voici quelques-unes :

Le mal d'amour est plus grand que ne pense Celui qui l'a seulement ouï dire ;

' La Biographie Michaud n’iadique aucune édition de ccl ouvrage.

1 ^ ' GoOgU‘

Ce qui nous semble ailleurs légère offense,

En amitié se réputé martyre.

Chacun se plaint, et gémit, et soupire;

Mais s’il survient une seule heure d'aise,

La douleur cesse, et le tourment s’apaise.

Elle jura par ses yeux et les miens.

Ayant pitié de ma longue entreprise.

Que mes malheurs se tourneraient en biens,

Et pour cela me fut heure promise.

Je croy que Dieu les femmes favorise.

Car de quatre yeux qui furent parjurés.

Rouges les miens devinrent sans feintise,

Les siens en sont plus beaux et azurés.

Les vers qu'il fit sur Agnès Sorel sont plus connus. Le manuscrit dont nous avons parle les reproduit ainsi avec quelques variantes.

Ici dessouhz des belles glt l’eslite.

Car de loüanges sa beauté plus mérité.

Estant cause de France recouvrer,

Que tout cela que en cloître put ouvrer Clause nonnain, ou en désert bermile *.

Le Père Daniel, dans son Histoire de France { voy. t. x ), a rapporté une lettre curieuse qu’il copia sur l’original, et qui fut écrite par François 1" à sa mère, lorsque les Impériaux levèrent le siège de Mézières. Le Père des lettres, comme on peut le voir, n’élait pastrès-fortsur l’orthographe.

« Madame, tout aselheure (à cette heure), ynsy que je me vouloys mettre o lyt, est aryvé Laval, lequel m’a aporlé

I Voy. G.iillaid, Iliitoire de François 7®'', 1819, in-8, l. iv, p. 28<5.

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la scrlcnclé (cerlilude) deu lèvemant du syègc de Mésyères- Je croy que nos aiiemys sont en graiit pêne, vu la honicuse relièle qu'yl ont fel : pour tout le jour de demayn, je soré le cliemyn qu’ys prandront. Et selon sela, il nous fodra gouverner. Et s’yl on joué la pasyon, nous jourons la vanganse. Vous suplyanf, vouloyr mander partout pour l'ère reniercyer Dieu : car sans poynt de fote, il a montré se coup qu’yl est bon François.

«Et fcsaiit fynà ma lettre, remetant le tout scur le porteur, pry à Dieu qu yl vous doynt 1res bonne vye et longue.

« Voslre Ircs-luirable et irès-obéysant fyls.

« Fr.\>çois. »

Le successeur de François I*’’, Hcm i II, s’occu|ta peu de littérature, et se livra assiddment aux exercices de corps qu'il aimait passionnément. Il était parvenu, nous devons le dire, à être run des meilleurs, sinon le meilleur sauteur de sa cour. (Voy. Brantôme, t. i, p. G57.) Il’ n’en fut pas de même de son lils Charles IX, qui, tout en apprenant toutes sortes de métiers, savait aussi s’occuper de poésie.

« Il se fil dresser une forge, raconte Brantôme, et je l’ai vu forger canons d’arquebuses, fers de chevaux et autres cho.ses, aussi fortement que les plus robustes maréchaux et forgerons qui fussent aux forges. II vouloit tout savoir et faire, jusqu’à faire l’ccu, le double ducal, le lésion cl autre monnoie, ores bonne et de bon alloy, ores falsifiée et sophistiquée, et prenoit plaisir à la montrer.

« Il voulut savoir la poésie cl se mêler d’en écrire, et

fort gentiment. M. de Ronsard ^ en a montré en son livre quelque petit échantillon ; et m’étonne qu’il n’en a montré davantage, car il a bien plus composé que cela, et surtout des quatrains, qu’il faisoitfort gentiment, prestement et impromptu, sans songer, comme j’en ai vu plusieurs qu'il daignoit bien quelquefois montrer à ses plus privés en sortant de son cabinet. Bien souvent quand il faisoit mauvais temps, ou de pluie, ou d'un extrême chaud, il envoyoit quérir niessieurs les poètes en sou cabinet, et là passoit son temps avec eux ; et prenoit ce temps-là à propos; car lorsqu’il faisoit beau il étoit toujours hors de la chambre, en campagne, en action, ou à jouer à la paume, et surtout à la longue paume qu'il aimoit fort , disant que

Le séjour des maisons, palais et bâtiments,

Est la sépulture des vivants *.

« A la messe, dit plus loin Brantôme, le roi Charles se levoit bien souvent et s'en alloit chanter, à l imitation du feu roi Henri son père, qui en faisoit de même, au lettrier avec ses chantres; et se mettoit parmi eux, et cbantoit sa taille et le dessus fort bien ; et aimoit ses chantres, et surtout Etienne Leroy, dit M. de Saint-Laurens, qui avoit une très-belle voix. Le roy amprès son frère cbantoit très-bien aussi, mais ils étoient différents tous deux en leurs airs qu’ils chanloient, et en ceux qu’ils avoient oui chanter à d'autres.»

Henri IV a composé quelques chansons et quelques poésies rassemblées àla suite des Amours du grand Al-

1 Les vers de Charles IX à Ronsard sont trop connus pour que nous les citions ici.

* Edition do Panthéon, t. i, p. 568-5C9.

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candre. Il a paru en outre dans la collection des Docu> ments inédits, publiés par ordre du ministère de l’instruclion publique, 2 vol. in-4 de lettres de ce prince.

Les éditeurs de Ylsographie ont découvert , dans les manuscrits de Bétluine, à la Bibliothèque du roi, une lettre de Louis XIII enfant, à Henri IV, lettre que nous rapportons ici, d'après le texte qu'en a donné M. 3Ioninerqué, dans ses notes sur Talleinant des Réaux L »

Pap.i,

« Depuy que vous ete pati, j’ay bien donné du paisi à « maman. J'ay été a la guere dans sa cbambe, je soi allé « reconete les cnemy, il été tous a un las en la ruele « du li a maman ou j dormé. Je les ay bien éveillé ave « mon tambour. J’uy été à vote asena papa, mouebeu de <( Rong ma monté tout plein de belles aines, e tan tan de « go canon, e puy j m’a donné de bonne confiture e ung a beau peli canon d'agen, j ne me fau qu’un peti cheval (( pour le tire. Maman me renvoie demain à Sain Ge- « main où je pieray bien Dieu pou bon papa afin qu'il vou a gade de tout dangé et qu’il me fasse bien sage, e la ga- (1 che de vou pouvui bien to faire les luimbc sevices. « J’ay fort envie de demi papa, Fe Fe Vendôme vou dira « le demeurai!, et moy que je suj vote tes humbe et les « obeissan fi papa et sevileu.

« Dauphin. »

Disons , en passant, que ce fut par suite d'une observation fort juste de Malherbe que les rois de France signèrent Louis et non plus Loys , [comme ils l'avaicutfait

1 Hislorielle de Malherbe, édition, 1. 1 , p. 464. Elle ne se trouve pas dans la 3” édition.

jusqu’iilors. « Henri IV, dilTallemanldesRéaux, montra, un jour, à ce poêle la première lettre que M. le dauphin, depuis Louis XIII, lui avait écrite, et ayant remarqué qu’il avoil signé Loys sans u, il demanda au roi si M. le dauphin avait nom loys. Le roi demanda pourquoi : « Parce qu’il signe Loys et non Louys. » On envoya quérir celui qui montrait à écrire à ce jeune prince, pour lui faire voir sa faute , et Malherbe disait qu’il était cause que M le dauphin avait nom Louis L »

Tallcmant, en parlant dos occupations de Louis XIII, s’exprime ainsi :

« On ne saurait quasi compter tous les beaux métiers qu’il apprit, outre tous ceux qui concernent la chasse ; car il savait faire des canons de cuir, des lacets, des filets, des arquebuses, de la.monnaie ; et M. d’Angoulème lui disait plaisamment : « Sire, vous portez votre aboli- « lion avec vous.» Il était bon confiturier, bon jardinier; il fit venir des pois verts, qu'il envoya vendre au marché. On dit que Moulauron (célèbre financier) , les

acbela bien cher ; car c’étaient les premiers venus

Le roi se mit à apprendre à larder. On voyait venir l’écuyer Georges avec de belles lardoires et de grandes longes de veau. Et une fois, je ne sais qui vint dire que Sa Majesté lardait. Voyez comme cela s’accorde bien, majesté et larder!

« .l’ai peur d’oublier quoiqu’un de cos métiers. Il rasait bam; et un jour, il coupa la barbe à tous ses officiers, et ne leur laissa qu’un petit toupet au menton. On en lit une chanson :

1 ihid.

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Hélas ! ma pauvre barbe,

Qu’est-ce qui l’a fait ainsi?

C’est le graml roi Louis,

Treiziéme de ce nom,

Qui toute a ébarbé sa maison.

Ça, monsieur de La Force,

Que je vous la fasse aussi :

• Hélas ! sire, merci,

Ne me la faites pas.

Plus ne me coiina. traient vos soldats.

Laissons la barbe en pointe Au cousin de Richelieu, ^

Car par la vertudieu!

Ce serait trop oser Que de la lui prétendre raser.

« 11 composait en musique, et ne s’y connaissait pas mal. Il mil un air à ce rondeau sur la mort du cardinal :

Il a passé, il a plié bagage, etc.

« Miron, maître des requêtes, l’avait fait. Il peignait un peu. Enfin, comme dit son épitaphe :

Il eut cent vertus de valet Et pas une de maître.

« Son dernier métier fut de faire des châssis avec M. de Noyers *. »

Tallemant parle ailleurs des concerts que donnait Louis XIII. « 11 fil, une fois, chez lui, dit-il, un concert, où tous ceux de la musique de la chambre chantaient; il on avait mis M. de Morlemart et M. le maréchal de

I Ilisforielle de Louis XHI, t. 1 1 , p. 67 et suivant'’s.

Schombcrg : lui-même aussi eu était. M. de Nemours,, par grande grâce, y fit entrer Le Pailleur, et il avait dit au roi qu’il s'entendait fort bien en musuiue. On y cbanta, sur la fin, des airs du roi. Le Pailleur, pour faire sa cour, dit, à demi haut : « Ah ! que ce dernier air méri- « terait bien d’être chanté encore une fois ! » Le roi dit : « On trouve cet air-là beau : recommençous-le. » On le chanta encore trois fois. Le roi battait la mesure. Il avait proposé de faire une symphonie depuis les plus bas instruments jusqu’aux trompettes, et il voulait qu’il n’y entrât personne qui ne sût la musique, et pas une femme : « car, disait-il, elles ne peuvent se laire L »

On sait que, pendant le seizième siècle et le dix-septième, les princes et les grands seigneurs se servaient de plumes mercenaires pour entretenir leur correspondance familière et amoureuse, et que leurs maîtresses leur répondaient de la même manière. Voici quelques détails curieux qui nous ont été transmis par Arnauld d’Andilly^ sur la manière dont Louis Xill écrivait à sa mère, Marie de Médicis, à l’époque où celle-ci était retirée à Angoulême et négociait avec son fils.

« M. de Bérulle, dit-il, était celui qui négociait de la part de Sa Majesté auprès de la reine mère ; et lorsqu'un jour que le roi était encore à Saint-Germain, il était près de partir pour Angoulême, M. Drageant me pria de faire la lettre que Sa Majesté devait copier de sa main pour écrire à la reine mère. Je la fis, et comme M. de Bérulle m'aimait très-particulièrement, il avait une eu-

1 nutorietle de la maréchale de Thémines, t. v, p. 196.

! Il cuit père de l'abbé Arnauld, dont nous avons cité plusieurs fuis les mémoires.

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lière confiance en moi, lorsque, dans son séjour de Tours, il me parlait de sa négociation qui durait encore, il me dit qu’ayant présenté à la reine mère l’une des dernières lettres que Sa Majesté lui avait écrites de Saint-Germain, elle pleura après l’avoir lue, dont étant fort surpris, il avait demandé à Sa Majesté s’il avait été assez malheureux pour lui apporter une lettre qui l’eût tellement touchée ; à quoi elle lui avait répondu : « C’est tout le conci traire, car c’est de joie, et non pas de douleur que je a pleure, parce qu’ayant, depuis mon éloignement, reçu « tant de lettres du roi, voici la première que j’ai reçue « de mon fils. » Comme je n’avais pas oublié ce que por- Uiil cette lettre, je demandai à M. de Béruile si elle ne commençait pas par Ainsi. Il demeura fort étonné, et me dit : « Oui. Mais comment le pouvez-vous savoir ? — Je « le puis bien savoir, lui répondis-je,puisque je l’ai faite.» Et sur cela il m'embrassa *. »

Louis XIV, dont l'éducation avait été si négligée par sa mère et Mazarin, que, suivant le témoignage de son valet de chambre La Porte, on ne permettait pas qu’on lui lût de l’histoire de France, même avec la bonne intention de rendormir, Louis XIV n'en a pas moins laissé un très-grand nombre d écrits. Un choi.v qui a été fait avec discernement eu a été publié à Paris, 1806, TreuUel et Würlz, 6 vol. in-8. La première et la seconde partie se composent de Mémoires historiques, politiques et militait es; la troisième, d’un choix de lettres particulières. Ces morceaux, dignes de la main qui les a écrits, renferment souvent des passages éminemment remarquables. La quatrième partie renferme des Opuscules littéraires,

1 Mémoires d’Arnaud d'Andilly, collection Michaud-Poujoolat, p. 432.

332 CURIOSITÉS BIOGHAPUIQÜES.

et la cinquième, des additions et pièces justificatives. Au nombre des opuscules littéraires se trouvent deux petites chansons, et l’impromptu suivant fait par le roi en congédiant le Conseil :

Le Conseil à ses yeux a beau se présenter.

Sitôt qu’il voit sa chienne, il quitte tout pour elle :

Rien ne peut l’arrêter Quand la chasse l’appelle

On a inséré, dans la même partie, une traduction faite par Louis XIV enfant, d’un livre des Commentaires de César. Elle avait été imprimée à l'imprimerie royale, en 1631 , dix-huit pages in-f”, sous le titre de : la Guerre des Suisses, traduite du premier livre des Commentaires de Jules César, par Louis XIV Dieu-Donné , roi de France et de Navarre^. Lom&WV, (\\\i avait treize ans quand celle iraduciion fut publiée, n’y avait probablement guère contribué. Du moins il avait bien vite oublie le peu de latin que lui avait enseigné son précepteur, llardouin de Péréfixe ; car en 1662, lors de la fête que Fouqiiet lui donna à Vaux, il fut obligé de se faire expliquer la devise de ce dernier : Quô non ascendam ?

On a aussi de Louis XV un petit ouvrage de géographie, composé probablement sous la direction de sou maître, le savant géographe Delisle II est intitulé: Cours d^s principaux fleuves et rivières de l’Europe, composé cl imprimépar Louis XV, roi de France. Paris, de l’impri-

1 Louis XIV, en fait de langues t-lrangéres, ne connaissait que l'italien qu’il avait appris parce que c’était la langue maternelle des trois nièces de Mazarin.

s Henri IV avait aussi traduit le mèuie ouvrage dans sa jeunesse.— Le manuscrit autographe de cette traduction avait été vu p.u Casanbon.

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merie du cabinet de S. M., -1718, in-4 de soixante-douze pages. 11 n’a été tiré qu’un très-petit nombre d’exemplaires de cet opuscule.

Louis XVI n’avait que douze ans lorsqu’on imprima à trente-six exemplaires, une Descnplion de la forêt de Compïègne, comme elle était en 1765, avec le Guide de la forêt, par Louis-Auguste, dauphin, Paris, imprimerie de Lottin, 1766, in-8 de soixante-quatre pages. La même année, parut aussi, du même auteur, Maximes morales et politiques, tirées de Té/émague, imprimées par Louis-Auguste, Versailles, de l’imprimerie de monseigneur le dauphin, dirigée par A. M. Lottin, 1766, in-8, ouvrage tiré à vingt-cinq exemplaires. Plus tard, Louis XVI rédigea entièrement les instructions données à Lapérouse, et qui ont été insérées dans la relation de l’expédition de ce dernier. On lui a encore attribué plusieurs ouvrages, entre autres le commencement de la traduction du grand ouvrage de Gibbon, une traduction des Doutes historiques sur la vie et le règne de Richard III (par VValpole), Paris, 1860, in-8. Enfin, comme son habileté dans l’art de la serrurerie était bien connue S oo 1 cru auteur d’un traité des serrures à combinaison, imprimé sous le titre de Supplément à l’art du serrurier, Paris, 1781, in-f"de soixante-sept pages.

Louis XVlll, qui, en latin citait Horace, et avait les plus grandes prétentions comme homme d’esprit et écrivain, a publié, sous le voile de l’anonyme, un certain nombre

* On sait que !a fameuse armoire de fer trouvée aux Tuileries après le <0 août 1792 avait été presque entièrement ronferiionnce par LouisXVI. (Jette armoire existe encore aujourd’hui à Dax, et se trouve, avec la plupart des papiers qu'elle ronleuait, en la possession du comte Uucos, llls du memltrc du Directoire, lloger Ducos.

d’ouvrages politiques et littéraires, tous fort médiocres. Le plus connu est celui qui a pour litre : Relation d’un voyage de Paris à Bruxelles et à Coblentz *; il ne fut publié qu’en 1825, in-8. Cet ouvrage, rempli d’inconvenances, fut, au moment de son apparition, le sujet d’amères critiques. Voici comment il a été apprécié par M. A. Renée dans un article de la Revue de Paris * .

« Je m’étonne, en vérité, que leroi-poéte n’ait point procédé en ceci à la manière de Chapelle et Bachaumont dans leur voyage, menant prose et vers du même train; le tou général de l’œuvre s’y fût merveilleusement prêté. Yitellius faisant retraite devant quelque rival d’empire et poussé du portd’Oslie à celui de Brindes, tout haletant dans sa fuite après ses succulentes étapes, interrogeant du nez les crus et les plages, pâlissant à l’idée de manquer l’heure de quelque arrivage prochain, pourrait fournir aux érudits la matière d’un petit livre d’un intérêt pareil à la relation du voyage de Monsieur. Ce Yitellius de notre monarchie est en proie à un tel souci de comestibles, souci qui monte en chaise et qui roule avec lui, dirait le poêle, qu’il en perd le souvenir de son frère et des siens et le sentiment des terribles angoisses qui, dans ces instants, faisaient blanchir les cheveux de la reine. Ce qu’il y a de plus dur pour Monsieur, au fort de cette crise, c’est la maigre chère des auberges flamandes, c’est l’éclanche qu'il lui faut attaquer au pied levé à tous ses relais. Aussi ne manque-t-il jamais de nous initier au menu détail de ses infortunes. C’est surtout quand il lui

1 C’est la relation de la fuite de ce prince hors de France, en juin 4791 .

t Cet article fait partie d’une série intitulée : Les Bourbons liltérateurs. On doit aussi au même écrivain : Les Donapartes UUéraleurs.

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faut traverser le pays de Marche en famine, vrai désert d’Afrique pour un explorateur comme lui, que le récit se fait attendrissant. Tout était perdu, certain soir, dans un de CCS coupe-gorge, quand la Providence vint en aide, et députa madame de Balbi avec renfort de bouteilles et de poulets ; madame de Balbi, la suivante d'bonneur de Madame et TÉgérie du cabinet de Monsieur; madame de Balbi, qui poussa le dévouement, en cette occasion, jusqu’à céder à Monsieur son propre lit. Mais quoi! n’y a-t-il pas dans le fait du prince un peu trop de cet égoïsme qui lui est assez familier? Ne sont-ce pas là des privau* tés de sultan? »

Napoléon a beaucoup écrit. Voici l’énumération des principaux ouvrages qui lui sont dus entièrement, ou dont la plus grande part peut lui être attribuée : UUre de il/. Buonaparte à M. MatleoBullafuoco, député de Corse à l’Assemblée nationale, 1790, in-f“ ; le Souper de Beau^ Caire, Avignon, 1795, \n-S , Collection générale et complète de ses lettres, proclamations, discours, messages, etc., 1803 et 1815, 2 vol. in-8; Correspondance inédite, officielle et confidentielle, 1818-1820, 7 vol. in-8 ; OEuvret de Napoléon Bonaparte, 1821-22, 5 vol. in-8; Histoire de la Corse et des lettres inédites sur celte contrée publiées dans Y Illustration (1845), d’après des manuscrits appartenant à M. Libri; Mémoires pour servir à C histoire de France sous Napoléon, par Gourgaud et Monlholon, 1822-25, 8 vol. in-8; Napoléon en exil, par O’Méara, traduit de l’anglais, 1825, 2 vol. in-8; Mémorial de Sainte-Hélène, 1823, 8 vol. in-8 *.

On peut consulter, sur les ouvrages attribués au roi

1 Voyez l'intéressant article consacré aox Bonaparte, dans la Littérature française et contemporaine, par MM. Bourquelot et Loaandre.

356 CURIOSITÉS BIOGRAPHIOUES.

Louis-Philippe, l'ouvrage publié eni845,in-8, parM.Quérard, sous le litre de : hs Auteurs déguisés de la liuérature française au dix-neuvième siècle.

Le roi d’Angleterre, Alfred le Grand (mort en 900), s ëtonnait souvent, à ce que rapporte Lingard, que les illustres savants qui jadis florissaient en Angleterre, et qui avaient lu tant d'ouvrages étrangers, n’eussent jamais songé à en traduire les plus utiles dans leur propre lan- « gue. Pour y suppléer, il entreprit lui-même cette lâche. De scs traductions, deux sont historiques et deux didactiques. Les premières sont Y Histoire ecclésiastique des Anglais, par Bède (1644 , in-f"), et YEpilome d’Orose(1775, in-8), le meilleur abrégé d’histoire ancienne qu’on eût alors; ouvrages également propres à exciter et à satisfaire la curiosité de ses sujets. Des deux autres, l’un était la Consolation de laphilosophie, parMéce (1698, in-8), traite alors en grande estime ; et le second, destiné à 1 instruction du clergé, éVàil la Pastorale de Grégoire le Grand, ouvrage recommandé tant par son propre mérite que par la réputation de son auteur. II envoya une copie de ce dernier à tous les évêques de ses Etals, en demandant qu’il fût conservé dans la cathédrale pour 1 usage du clergé diocésain^. »

Henri II composait avec facilité des vers en langue provençale V U en fut de même de son fils et successeur Richard Cœur-de-Lion. Voici , pour donner une idée du talent de ce dernier, la traduction littérale d’une ballade qu’il composa pendant sa captivité au retour de

« imoire d’ Angleterre, Uaiintüon citée, 1. 1, p. tS7.

2 Voyez, sur ce prince, une notice intéressante dans le tome xiv de Y Uistoire littéraire de la France.

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la croisade. L’original de cette pièce, souvent publiée, existe à la fois dans la langue du midi et dans celle du nord de la France. Il est pourtant plus probable qu elle a été d'abord composée en provençal.

Jamais nul homme prisonnier ne dira sa raison Frunchement, sinon comme homme malheureux,

Mai> pour cuiisnlalion duil-on faire chanson,

Assez j'ai d'amis, mais pauvres sont les dons;

Iloiile leur est. puisque pour ma rançon Je suis ici deux hivers prisonnier.

Maintenant sachent bien mes sujets et mes barons An,;lais, Normands, Poitevins et Gascons,

Que je n’ai jamais eu si pauvre compagnon Que je laissasse pour argent en prison;

Je ne le dis point pour nul reproche,

Mais encore suis- je prisonnier.

Toutefois sais-je bien pour vrai certainement, Qu'homme mort ou prisonnier n’a ni ami, ni parent;

El s’ils me laissent pour or et pour argent.

Mal est pour moi, mais pire est pour mon peuple.

Après ma mon ils en auront reproche.

S'ils me laissent ici prisonnier.

Je ne m’étonne plus si j’ai le camr dolent,

Car mon seigneur ( Philippe Augu.»ie ) met ma terre en Il • e lui souvient plus de nuire .serment [tourment. Que nous fîmes au saint enseuihie.

Bien je sais de vrai que guère longtemps Je ne serai en çà prisonnier.

Od sait que llenri Vlll avait la prélention d'ètre l'un dt s pins savants et des plus liabih s théologiens (b’ la

chrélienté. Il composa plusieurs livres de controverse, tantôt conlre Luther, tantôt contre les catholiques*.

ic Jacques 1®'“, rapporte Lingard, tenait de son précepteur Buchanan , la maxime « qu’un souverain doit être le plus savant clerc de scs Etats. » Il a laissé dans ses ouvrages de nombreux échantillons de ses connaissances ; mais son orgueil et sa suflisance littéraires, sou habitude d’interroger les autres, et le pompeux étalage qu'il faisait continuellement de son savoir, bien qu'ils lui valussent les flatteries de ses serviteurs et de ses courtisans, provoquaient le mépris et la risée des vrais érudits. Il considérait la théologie comme la première des sciences, à cause de son objet, et comme la plus importante pour lui-méme en qualité de chef de l’Eglise anglicane et de défenseur delà foi

<( Outre la théologie, il était une autre science dans laquelle il était également versé, celle de la démonologie. Il démontra, avec un grand étalage d’érudition, l’existence des sorcières et les méfaits de la sorcellerie, contre les objections de Scott et de Wierus ; il découvrit même une solution satisfaisante de cette obscure, mais intéressante question : « Pourquoi le diable avait-il plus d’influence sur les vieilles femmes que sur les autres? )» Les vieilles femmes n’eurent pas lieu de se féliciter de la sagacité de leur souverain. La sorcellerie, à sa sol-

' Voy. Lingard, t. ni, p. t40, 28t, S2t. La fameuse Grammaire de Lilly fui l’œuvre d une soeiélé de savants , dans laquelle llguivrent Henri VIll et Wolsey. Thomas Elyol désigne « le roi » comme le principal auteur de cet ouvrage. Heuri VllI prit aussi une grande part au Iticliiinnuire d'Elyot.

2 D.ius son Cummentaire sur l’Apocalypse, il cherche à prouver que le pape est rAntcchrist.

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licitation, fut déclarée un crime capital , et depuis le commencement de son règne, il se passa à peine une année sans qu’une vieille ou une autre fût condamnée à expier sur le gibet ses communications imaginaires avec l'esprit malin ^ »

Jacques composa aussi un traité contre l’usage du tabac. Ses prétentions littéraires le rendirent un objet de ridicule pour scs sujets. Voici, entre autres, une épi* gramme faite sur lui par Uayley ;

« Jacques, également impropre à gouverner et à comprendre les arts, n’a ni bon sens ni esprit; son bon sens est une pointe, et son esprit un calembour ; il tue tout ee qu'il protège : heureusement il ne s’est pas ingéré de favoriser les arts. »

Le lendemain même de l’exécution de Charles I", c’est-à-dire, le 31 janvier 1649, il parut un ouvrage portant le litre grec de : Eikon Basilikê, ou Portrait de sa sacrée Majesté dans sa solitude , et ses souffrances. On donnait comme écrit par Charles lui-même ce livre, qui contenait, avec de pieux commeniaires , un exposé de scs pensées sur les principaux événements de son règne. Son apparition causa une profonde sensation en Angleterre, cl il s’en vendit, dit-on, cinquante éditions dans la première année. Sous la république, Milton essaya, mais faiblement, de prouver que le roi n'avait pu composer ce li- >re. Plus uni, lorsque Charles H fut monté sur le trône, un ecclésiastique, le docteur Gauden, s’en déclara l’auteur ; mais on lui aclieta son secret en lui donnant l’évê-

* D;nis sa Dèmunoloyie. il annonce (luc son projet est tic réfuter 1rs opinions de VYierus cl de Scott, qui n'ont pas eu honte, dil-il, de nierpiibli quemeni icxislenve de la mayie, et de renouveler les erreurs dessadduccens, en conteslant l exisleiwc des esprits.

ché d'Exeter, puis celui de Worcester. Après la mort de Ganden, il s’éleva, à propos de ce livre, des discussious entre les amis de ce docteur et les amis des Stuarls, qui en faisaient une question de parti. De nos jours, il paraît encore de temps en temps des dissertations sur ce sujet; mais, suivant Lingard, les prétentions de Gauden sont aujourd'hui généralement reconnues comme fondées

D’Israeli, dans ses Curiosilies of lüerature (édit, de Paris, t. Il, p. 289), parle d’un poème composé par Charles I".

Jacques II avait laissé des mémoires où il racontait sa vie depuis l’àge de seize ans. Ces mémoires, entièremeut écrits de sa main, formaient 4 vol. in-folio, et furent, aussitôt après sa mort, portés au collège des Ecossais, à Paris. Au commencement de la révolution, le principal de ce collège, nommé Innés, les fit passer à Stapleton, principal du collège anglais, à Saint-Omer, afin qu’il les envoyât à Londres. Pour plus de précaution, on avait jugé à propos de les cacher dans la cave d'un habitant de Saint-Omer. La femme de celui-ci ayant vu arrêter son mari, et craignant une visite domiciliaire, arracha et détruisit les magnifiques couvertures de ces volumes. Les manuscrits eux-mêmes finirent par être livrés’ aux flammes. Un abrégé de ces mémoires, composé sur les manuscrits autographes, avait été publié sous le nom de Maepherson.

Jacques F d’Ecosse, assassiné en 14.")7, était, à ce qu'il parait, l’un des plus habiles musiciens de son temps,

' Voyez , fdition citée , lome v, noies, p. 638 ; Chcvillier, Origine de l'imprimerie, et 232, et Timperley, Encyclopedia of lilerarg and typographical anecdote, année 4648.

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et s-avait jouer de presque tous les insfrumenls connus. On a de lui divers écrits qui ont été publiés à Edimbourg en 1783, in-8, sous le titre de Restes poétiques de Jacques /®'‘. On y remarque, entre autres, un poème sur la fille du comte de Somerset, Jeanne, qu’il épousa plus tard.

On a de l’empereur Frédéric II, qui fut l’un des meilleurs poètes de son temps, des vers en langue romane, des lettres en latin, et un tr.aité intitulé : De Arte venandi cumavibus. Ce traité, où le prince fait preuve d’érudition, a été imprimé plusieurs fois, mais d’une manière incomplète. La bibliothèque Mazarine en possède un manuscrit plus ample des deux tiers que les éditions imprimées.

L’empereur Charles IV (mort en 1378) est auteur de mémoires publiés dans le deuxième volume des Scriptores rerum germanicarum, sous le titre de : Commentaria de vilà Caroli IV, Bohemiœ regis, et postea imperatoris IV.

Maximilien I" composa un très-grand nombre d’écrits sur toutes sortes de sujets. Parmi ces ouvrages qui, pour la plupart, sont perdus, nous citerons un tableau de ses découvertes dans l'art militaire; une description de cent quarante de ses jardins de plaisance en Autriche; des traités sur le blason, sur l’éducation et l’entretien des chevaux, sur les dépôts d'armes, sur la chasse au tir, sur la fauconnerie, sur la cuisine, sur les vins, sur la pêche, sur l’art de cultiver les jardins, sur l’architecture et sur la morale. On croit qu’il dicta à son secrétaire Marc Treitzsauverein le texte d’un livre intitulé : irms Kunig,\c Roi sage. Cet ouvrage singulier, qui a été imprimé pour la première fois en 1775, contient un abrégé de la

vie de ce prince. Maximilien a gravé lui-même sur bois les planches d’un poëme sur les aventures du célèbre chevalier Theuerdannck.

Gharles-Qiiint, dont l’éducation avait été très-négligée, et qui le regrella toute sa vie, composa, suivant un bruit rapporté par Brantôme, « un livre de sa main, comme Jules César en son latin. Je ne sais s’il l’a fait, ajoute le môme écrivain ; mais j’ai vu une lettre imprimée parmi celles de Belleforest, qu’il a traduite d’italien en français, qui le testiflc, et avoir été tourné en latin à Venise par Guilhaume Marindre : ce que je ne puis bien croire; car tout le monde y fût accouru pour en acheter, comme du pain en un marché en temps de famine ; et certes la cupidité d’avoir un tel livre si beau et si rare y cilt bien mis autre cherté qu’on ne l’a vu, et chacun eût voulu avoir le sien »

Swerre, roi dcNorwége, mort en '1202, est, à ce que l’on ‘présume, l’auteur du Miroir royal, composé eu irlandais, et qui fut publié avec une version danoise et latine, sous le titre de Spéculum regale, Soræ, 47C8, in-4. On trouve, dans cet ouvrage, un petit traité d’astronomie et de physique pratique qui renferme de belles descriptions poétiques et des délaiis curieux sur les volcans de l’Islande. On a encore, du même prince, un traité de droit public, édité en 181.'» par Verlauff, sous le litre de Anecdoton hisloriam Swercri regis Norvegiœ illuslrans, in-8.

Gustave-Adolphe avait écrit des mémoires historiques qui, conservés eu manuscrit au palais de Stockholm, furent consumés en partie, lors de l’incendie de ce palais, à la

’ V/w de$ grandi rai>ilaines,c\i. t, édition du Panthéon, 1. 1, p. < 9 .

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liu du dix-septième siècle. Les fragments sauvés du feu oui été publiés avec des remarques par Benoît Bergius.

Il s’égara, dans le même incendie, la relation que le prince suédois, qui fut depuis Charles X , avait, à seize ans, écrite de ses voyages. Elle se retrouva à une vénle en 4097, et a été publiée dans le neuvième volume du recueil intitulé : fiîô/iot^eca hislorica sueogolhica.Slockholm, 1782-1803, 10 vol. in-8.

Gustave IV, qui fut détrôné en 180:), et mourut ignoré au mois de mars 1t<37, passa les dernières années de sa vie à publier des écrits politiques, des apologies et des réfutations que personne ne lisait.

Le comte de Raczynski a publié à Varsovie, en 1823, un recueil de lettres adressées par le roi de Pologne J. Sobieski à sa femme, pendant la campagne où il força les Turcs de lever le siège de Vienne (1685). Une traduction française en a été publiée.

Stanislas Leezinski a laissé plusieurs ouvrages en po^ louais et en français. Ces derniers, relatifs à la philosophie, la morale et la politique, ont été réunis sous le iiire d' OEuvres du philosophe bienfaisant. Paris, 1763j 4 vol. iri-8.

Pierre le Grand a traduit plusieurs ouvrages concernant les arts, entre autres, ['Architecture, de Sébastien Leclerc, l’.irt de tourner, par Plumier, et l’.4rt des éclu‘ ses et des moulins, par Sturm. On a publié, en 1773, 2 vol. in-4, le journal qu'il rédigea pendant ses campagnes contre la Suède (de 1098 à 1714). Cet ouvrage a été traduit eu français la même année. En 1774, il parut une collection de trois cent dix-huit lettres adressées par Pierre au feld-maréchal Scheremelof.

Outre plusieurs écrits en russe et en allemand, outre

sa correspondance av. c Voltaire, Catherine II a composé en français les ouvrages suivants ; Antidote, ou Réfutation du voyage en Sibérie, par l’abbé Chappe, imprimé à la suite de cet ouvrage, 1769-71, 6 vol. in-i2; Oleg, drame historique, traduit en français de l’original russe de Derschawin, etc.

Les ouvrages du roi de Prusse, Frédéric II, tous écrits en français, forment 23 vol. in-8, et se composent de poésies, de correspondances et de mémoires historiques. Parmi ces derniers, on distingue ; les Mémoires pour servir à l’histoire de la maison de Brandebourg ; V Histoire de mon temps (1740-1745), et l'Histoire de la guerre de sept ans.

On attribue à Sisehut, roi goth d’Espagne, mort en 621, un poème latin, de Ecclipsibus solis et lunœ, dont un fragment a été inséré dans le tome n de Y Anlhologia lalina de Burmann.

C’est .à Alphonse X , l’un des princes llîs plus instruits de sou siècle, et qui s’occupa beaucoup de chimie et d’astronomie, que l’on doit les belles tables astronomiques appelées de son nom. Tables alphonsines. Il fit aussi rédiger le recueil de lois intitulé Las siete partidas.

Les Chansons de Thibaut, comte de Champagne et roi de Navarre, ont été publiées par Lévesque de La Ravailière. Paris, 1712. 2 vol. in-12.

On a conservé longtemps de Denis, roi de Portugal, mort en 1325, deux Cancioneros, dont l’un contenait des hymnes à la louange de la Vierge, et l’autre des vers suides sujets profanes. Nous ne savons pas si ces ouvrages sub>istent encore, ou s’ils ont été publiés.

Edouard, ou Duarle, roi de Portugal, mort de la peste

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en 1438, a laissé un irès-grand nombre d’ouvrages* sur des sujets divers. Le plus remarquable est un livre de morale, de philosophie et de politique, iniiliilé : Lral conselheiro, le fidèle conseiller. 11 le composa, en grande partie, à la prière de sa femme qui en faisait sa lecture habituelle.

On attribue à Emmanuel III, mort en 4521, une Uisloire des Indes, dont on a des fragments.

Le cardinal Henri, roi de Portugal, mort en 1580, a composé plusieurs ouvrages, presque tous ascétiques, et dont le plus connu, intitulé : Méditations sur le mystère de la vie du Sauveur, a été traduit plusieurs fois en latin.

Les poésies toscanes de Robert d’Anjou, roi de Naples, mort en 1343, ont été puhliées à Rome, en IG42, par Ubaldini. Le même prince avait composé, en l'houiieur de saint Louis, évêque de Toulouse, un office qui a é:é en usage jusqu'au concile de Trente.

Parmi les productions de René d'Anjou, roi de Sicile, qui fut aussi peintre et musicien, nous citerons l' Abusé en court, qui porte pour titre ;

« Cy commence un petit trailtié intitulé V Abusé en court, fait nagaires et composé par irès-bault et trèspuissant prince René. » C'est un petit in-fol. gothique qui paraît avoir éié imprimé par Colart Mansion , à Rruges , avant 1480. Le seul exemplaire connu de celte édition a été vendu 445 fr. à la vente de .Maccarihy. 11 y en a eu trois autres éditions faites à la fin du quinzième siècle. Les œuvres complètes de René

1 On peut en voir la l-ste rlan.s Vllistoire de Portugal de Schæfer, tra duciion de M. Bodin, Paris, 18i5. grand in-8, p. 453.

viennent d'être publiées, IS-io, 4 vol. in-4, par le comte de Qualrcbarbes.

Ferdinand roi des Deux-Sieiles, mort en 1825, est auteur d’un petit ouvrage, iiililulé; Origine de la colonie de Saint-Lencio, et de scs progrès jusqu’à ce jour, par Ferdinand, roi des Deux-Siciles. Naples, de l’imprimerie royale, 1789. Celte brochure a été traduite en français.

Les reines auteurs sont assez nombreuses. Parmi celles qui ont écrit en français, nous mentionnerons les deux Marguerite , reines de Navarre ‘ ; Elisabeth , femme de Charles IX , à laquelle Brantôme attribue plusieurs petits ouvrages qui n’ont jamais été imprimés; Marguerite d'Autriche, fille de l’empereur Maximilien *, Christine de Suède, etc. *. Tout le monde connaît les Adieux attribués à Marie Stuart, et qui, à ce que pense M. Valéry, ont été publiés pour la première fois dans l’.4n- (liologic françoisc, de Monnet, Paris, 1765. Cette circonstance, jointe au silence gardé par Brantôme, qui, accom-

pagnant celte princesse en Ecosse, donne beaucoup de détails sur la douleur qu’elle éprouva en quittant la France, doit rendre leur authenticité fortsuspecie.il n’en est pas de même des vers suivants, rapportés par le même écrivain, dans le chapitre qu’il a consacré à celte princesse.

Elle les composa après la mort de son époux François II.

* L’uno, sœur de Fnnçois 1®'', est autL'iir de Vlleplaméron, de poésies ei de IcUtes publiées par M. Génin ; l’autre, femme de Henri IV, a laissé des poésies, des mémoires et dos lettres publiés par M. F. Gucssaid dans la collection de la Société de l’iiistoire de France.

9 La correspondance do cette princesse avec son père a été publiée par M Leglay, dans la colloclion de la Société do l’Hisioire de France. Ses dwnsons se trouvent en manuscrit à lu bibliothèque royale.

a Ses ouvrages ont été recueillis dans les mémoires publiés sur cette princesse jiar Arcbenbolz, 1751, 4 vol. iu-4.

hEINES AlÎTEUhS.

En mon triste et doux chaut,

D'un Ion fort iameiitable,

Je jette un deuil iranchanl,

De perte incomparable,

Et en soupirs cuisans Passe nies meilleurs ans.

Fut-il un tel malheur De dure destinée,

Ny si triste douleur De dame fortunée.

Qui mon cœur et mon œil Vois en bierre et cercueil?

Qui en mon doux printemps Et fleur de ma jeunesse Toutes les peines sens D’une extrême tristesse,

Et en rien n'ai plaisir Qu’en regret et désir.

Si en quelque séjour.

Soit en bois, ou en prée,

Soit sur l’aube du jour.

Ou soit sur la vesprée,

Sans cesse mon cœur sent Le rCjtret d’un absent.

Elisabeth d’Angleterre, qui composait des vers grecs et latins, a laissé des poésies anglaises sur lestpiellcs on peut consulter d’isracli *.

Un assez grand nombre de monarques orientaux ont laissé soit des poésies, soit des écrits de morale et de politique, comme l’ouvrage attribué à Tamotlan, et que

1 Amenitii's of literature, t. ii, p. 75 et 260.

348 CURIOSITÉS BIOGRAPaïQÜES.

Langlès a traduit en français, sous le titre de : Imtiiuls politiques et militaires de Tamerlan, 4787, in-8. >'ous cilerous seulement les vers suivants, composés par le calife de Cordoue, Abdérame P' (mort en 787). Ce prince, en souvenir de Damas, sa patrie, d'où l'avait chassé la haine des Ahassides, avait fait planter, près de la (errasse de son palais, un palmier, le premier qu’on eût vu en Espagne, et lui avait voué une affection particulière. Nous donnons une traduction liilérale de cette pièce d’après la version espagnole rapportée dans les notes de Thistoire d’Espagne de M. Rosseuw-Saiut-Ililaire.

« Toi aussi, beau palmier, tu es ici étraug«T. Le doux zéphyr d’Algarbe baise et caresse ta beauté. Tu croîs dans un ciel fécond, et tu élèves ta cime jusqu'au ciel. Que de tristes larmes tu verserais si, comme moi, lu pouvais sentir! Tu ne ressens pas, comme moi, les coups d’un sort cruel. Je nage dans un torrent de larmes, de peines et de douleurs. J'ai mouillé de mes pleurs les palmiers que rEu|>hrate arrose, mais les palmiers et le fleuve ont oublié mes souffrances lorsque mou funeste destin et la cruauté d’AI-Abbas me forcèrent d'abandouner les plus tendres affections de mon âme. 11 ne le reste aucun souvenir de moi, 6 ma patrie bicn-aimée; mais moi, malheureux, je ne puis cesser de Te pleurer. »

Suivant une tradition rapportée par Ammien Marcelliu et Claudien, ce fut Sémiramis qui, la première, s’avisa

de faire mnliler des enfauls, idée assez singulière pour une femme. Quoi qu’il en soit, on sait que l un des grands de la cour de Pharaon, Puiiphar, était eunuque; ce qui rend fort excusable la passion que son épouse ressentit pour Joseph. — Au cinquième siècle avant notre ère, le commerce des eunuques avait pris une assez grande extension, à en juger par l’histoire suivante, rapportée par Uérodoie.

« Je ne connais, dit-il, personne qui se soit plus cruellement vengé d’uue injure qu’llormoliine, qui tenait le pi cmicr rang parmi les eunuques de Xerxès. Ayant été pris par des ennemis, il fut vendu à Panionius, de l'ile de Chio. Cet homme vivait d'un trafic infâme : il achetait des jeunes garçons bien faits, les faisait eunuques et les menait à Ephèse, où il les vendait très-cher ; car la fidélité des eunuques les rend, chez les Barbares, plus précieux que les autres hommes. Panionius, qui vivait, disje, de ce traüc, fit eunuques un grand nombre de jeunes garçons, cl entre autres llermotimc. Cet Ucrmolime ne fut pas malheureux en tout: conduit de Sardes au roi, avec d'autres présents, il parvint avec le temps, auprès de Xerxès, à un plus haut degré de faveur que tous les autres eunuques.

« Tandis que le roi était à Sardes, et qu'il sc disposait à marcher, avec ses troupes, contre Athènes, llermolinie, étant allé pour quelque aiîairc dans l'Atarnée, canton de la Mysie, cultivé par les habitants de Chio, y rencontra Panionius. L'ayant reconnu, il lui témoigna beaucoup d'amitié ; et commençant par un grand détail de tous les biens qu'il lui avait procurés, il passa ensuite à ceux qu'il promettait de lui faire par reconnaissance, s'il voulait venir avec toute sa famille demeurer chez lui. Pauio-

iSO CURIOSITÉS BIOGRAPUIQÜES. ’

nius, charmé de ces offres, alla chez Hermotime avec sa femme elsesenfaiils. Quand celui-ci l’eut en sa puissance avec toute sa famille ; « 0 le plus scélérat de tous les « hommes, lui dit-il, toi qui gagnes ta vie au plus infâme « métier, quel mal t’avions-nous fait, moi et les miens, « à toi ou à quelqu'un des liens, pour m’avoir privé de « mon sexe, et m’avoir réduit à n'êlrc plus rien? T’élais- « lu donc imaginé que les dieux n’auraient aucune contt naissance de ton action? Scélérat, par un juste juge- (( ment, ils t’ont attiré, au moyen d’up appât trompeur, « entre mes mains, afin que lu ne puisses te plaindre de « la peine que je vais l’infliger. » Après ces reproches, il se fit amener les quatre enfants de Panionius, et le força de les mutiler lui-même. Panionius, s’y voyant contraint, le fit, et, cet ordre exécuté, Hermotime obligea les enfants à faire la même opération à leur propre père. C’est ainsi que fut puni Panionius, et qu’llermotime se vengea *. »

Ce n’était point seulement à la garde des femmes que

l’on employait les eunuques, ils servaient aussi aux plus

infâmes débauches. Juvénal et plusieurs Pères de l’Eglisfe y font souvent allusion. Saint Basile recommandant aux femmes de ne pas se fier aux mutilations les plus complètes, comparaît les eunuques aux bœufs que l’on a privés de leurs cornes, mais qui peuvent encore donner des coups de tête. Pour plus amples renseignements, nous renvoyons le lecteur aux articles Abélard, Combabus et Héloïse, du Dictionnaire de Bayle, qui semble s’être étendu avec complaisance sur ce sujet assez scabreux.

Domitien avait en vain défendu de faire des eunuques.

1 L. vm, cil. 405, traduciion de Larcher.

Leur nombre ne fit que s’accroître. Ce fut le débauché Hciiogabale qui semble avoir introduit à la cour des empereurs romains ces êtres dégradés, qui furent tout-puissanis sous son règne honteux.

Lainpridius rapporte, à la grande louange d’Alexandre Sévère, que ce prince « chassa d’auprès de lui les eunuques S et voulut qu’ils servissent sa femme à litre d’esclaves. Tandis qu’Héliogabale avait été l’esclave des eunuques, Alexandre les réduisit à un certain nombre, et borna leurs services dans le palais aux bains des femmes. Il leur üla non-seulement les charges de receveurs et d’intendants qu’IIéliogabale leur avait données, mais aussi celles qu’ils exerçaient auparavant. II disait que les eunuques étaient un troisième genre de l’humanité ; qu'ils ne méritaient pas d’être employés, ni même regardés par des hommes, et qu'ils étaient à peine dignes de servir des femmes de distinction. »

Constantin, et, plus tard, Léon punirent la mutilation comme un homicide. Constance II, second fils de Constantin, accorda aux eunuques le droit de lester. C’était bien le moins qu’il reconnût le droit de disposer de leurs biens à ceux par lesquels il se , laissa enlièremeut gouverner. Son favori et grand chambellan, l’eunuque Eusèbe, remplit le palais de ses compagnons d’inforlune ; et c’est à partir de celle époque que date rinfluence exercée, dans le palais des empcreursd’Orient, jiar les individus de cette espèce.

.\u sixième siècle, Justinien renouvela la défense de

* Vie (l'Alexatulre Sévère, ch. 22. — Il ojoute d;ms le chapitre suivant : « Il (tonna ces cunu(iues à tous ses amis, avec la permission, s’ils ne conirai'taicnl pas ihr bonnes mœurs, de les faire mourir, sans avoir besoin de l’aiilo»ilé d’un jugement. »

Constantin , et l’étendit à toutes les contrées de l’empire, prononçant la peine du talion contre ceux qui auraient commis, ou seulement favorisé la violation de cette loi Si les coirpables ne perdaient pas la vie dans une operation aussi dangereuse, ils étaient dépouillés de leurs biens et relégués dans l’ile de Gypséis en Ethiopie. A la fin du neuvième siècle, I^éon le Philosophe substitua ù ce châtiment barbare une amendé de dix livres d'or. et un exil de dix ans. Il fallait que, de son temps, les eunuques fussent fort nombreux, puisque Léon le Grammairien, au cliap. 3 de la vie de ce prince, fait mention d’un monastère d’eunuques, situé à Topos. Ces pauvres gens devaientsouvent se répéter l’un à l’autre ces paroles mélancoliques, qu’un certain personnage de Candide murmurait avec tant d’amertume: « Ahl che sciagura d'essere senza... »

Vers 2Ï0, Valésius, philosophe chrétien d’Arabie, prétendit que la concupiscence agissait sur riiomine avec tant de violence, qu’on ne pouvait lui résister, même avec le secours de la grâce; et, parlant de ce principe, il eiisaignait que l’homme ne pouvait être sauvé s’il n’élait eunuque. Cette folle doctrine, qui ne tendait à rien moins qu’à faire périr le genre humain dans ce monde, sous le faux prétexte de le sauver dans l’autre, trouva d'assez nombreux partisans, désignés sous le nom de Valésiens. Ils faisaient eunuques de gré ou de force, non-seulement ceux qui embrassaient leur secte, mais encore les étrangers qu’ils rencontraient ou qu'ils recevaient chez eux; cl,- après leur avoir fait subir cette opération, ils permettaient à leurs disciples de manger de toutes sortes de viandes; ce qu'ils leur défendaient auparavant.

L’un des canons du concile tenu ù Nicée en 325,

porte : « Si quelqu'un a élé fait eunuque, ou par les médecins, dans une maladie, ou par les barbares, qu'il demeure dans le clergé; mais celui qui s’est mutilé luimême, se trouvant en état de santé, doit être interdit s'il fait partie du clergé ; et, à l'avenir, on ne doit en promouvoir aucun. Et comme il est évident que ceci est dit seulement contre ceux qui, de dessein prémédité, osent se mutiler eux-méme.s, le canon reçoit dans le clergé, si d'ailleurs ils en sont dignes, ceux qui ont élé faits eunuques par les barbares ou par leurs maîtres. »

On a retnarqué que quatre pairiarcbes de Constantinople étaient eunuques savoir : Nicélas, Ignace, Pliotius et Melbodius ^

Matthieu Pâris fait mention d'une particularité qui, nous le croyons, est unique dans l'histoire des princes d’Oecident. Il raconte, à l'année 1235, que l’empereur Frédéric II, ayant épousé Isabelle, sœur du roi d'Angleterre, conGa la garde de cette princesse à plusieurs eunuques maures, qui, dit-il, ressemblaient à de vieux masques. L'empereur, dont les relations avaient été si fréquentes avec les Sarrasins, avait, on le voit, adopté quelque peu les mœurs orientales.

Au moyen âge, les eunuques furent encore assez: communs. En effet, sans parler des vengeances particulières analogues à celle dont Abélard fut la victime, la mutilation était opérée très-fréquemment par les médecins dans certaines maladies, et, entre autres, dans les hernies. Ce préjugé, qui avait des suites si funestes, subsistait encore du temps d'Ambroise Paré, qui s’est élevé contre avec une grande force, et prescrit de conserver autant que

1 Voyez dans le Dictionnaire philosophique de Voltaire le plaisant artirtc qui suit le mot Terre et précède le mot Th'éiste.

Soi CURIOSITÉS BIOGRAPHIQUES.

possible les organes précieux , qui, ajoule-t-il, font la paix en la maison. En outre , pendant longtemps , dans certaines conlrécs, on châtrait les prisonniers de guerre *, et cet usage cruel a fourni à un chroniqueur lombard du dixième siècle, àLuitprand, l'occasion de raconter riiistorielte suivante.

Théobald, marquis de Spolèle, se trouvant en guerre avec les Grecs, s’empara un jour d'un certain nombre d'ennemis qui avaient fait une sortie d’un château voisin. Il les renvoya dans ce château après les avoir mutilés. « Alors, dit le chroniqueur, on vit venir de la forteresse une femme en fureur, les cheveux épars, brillant d’amour et tremblant pour la virilité de son mari. Déchirant son viçage avec ses ongles ensanglantés, elle alla SC lamenter à haute voix devant la tente de Théobald. « Femme, lui dit-il, pourquoi viens-tu ici te plaindre si bruyamment? » Celle-ci lui répondit en ces termes ; « Guerrier, c’est un crime nouveau et inouï que de faire la guerre à des femmes innocentes, .\ucune de nous ne descend des Amazones. Etrangères au métier des armes, nous nous livrons uniquement aux travaux de Minerve. — Mais, dit Théobald , quel guerrier insensé, excepté du temps des Amazones, a jamais fait la guerre aux femmes? — Quoi ! n’est-ce pas faire aux femmes la guerre la plus cruelle, n’es(-ce pas leur causer le plus de mal possible, que d’enlever à leurs maris les orcAidia, qui donnent à notre corps la santé, et qui surtout sont pour nous l’espoir de la postérité ? En mutilant les hommes, ce n’est pas leur bien, c’est le nèire que vous en-

1 lliirald tV, roi de Xorwégo, ayant, en 1134, Lallu et pris Magnus IV, qui lui disputait la cuuronne, lui lit crever les yeux, couper un pied et le rendit eunuque.

ooo

EUNUQÜÉS.

levez, La perle de mes brebis ne m'a pas jusqu’ici faii venir dans voire camp. J’approuve le dommage que vous m’avez causé en m’enlevant ces Iroupeaux, mais l'aulre perle dont je. suis menacée, celle perle cruelle, irréparable, j’en ai horreur, je la maudis et ne puis m’y soumellre. (Jue Ions les saints me préservent d’un lel malbeur ! » A ce discours, tous les assislanis se prirent à rire; cependant la pauvre femme sut si bien gagner leur cœur, que non-seulement on lui rendit son mari intact, mais qu’on lui resiitua les troupeaux qui lui avaient été enlevés. Comme elle s’en retournait, Tliéobald lui envoya demander ce qu'il faudrait faire à son mari s’il était repris dans un combat. « bon, répondit-elle, il a des yeux, des oreilles, un nez, des mains et des pieds; tomes ces parties sont à lui, faites-en ce que vous voudrez, mais respectez les autres, qui sont à votre servante L »

Les mutilations pouvant provenir de causes si divers’es, il en résulta qu’au moyen âge on ne rougissait pas beaueoup d’être eunuque. C’est du moins ce que peut faire conjecturer le fait suivant. On trouve, dans le Carlulaire de Notre-Dame de Paris, (|ue public le savant M. Guérard, une charte (de l’an 1071), où l’un des témoins a signé ainsi ;

Signuni Aichcri, archipresbyteri et eunuchi.

Voici maintenant quelciues noms d’eunuques célèbres : Un illustre écrivain grec de la (in du premier siècle, Favorinus d’Arles, dont il est souvent question dans Aulu- Gellc, était eunuque de naissance ; ce qui ne l'empêcha pas d’avoir à soutenir un proeès scandaleux contre le

1 Jlerum gestanim ah lîiirojKV imprratorihiis et rcgihits, lib. iv, cli. -i, tetO, in-fol., 1 ». 7d-75.

5o6 CURIOSITÉS BIOGRAPUIQUES.

mari d’une dame romaine, personnage consulaire. Aus3i disait-il plus lard : « Il y a dans ma vie trois choses étranges : étant Gaulois, de parler grec ; eunuque, d’être accusé d’adulière; et, brouillé avec l’empereur (Adrien), d’être encore en vie. »

Parmi les écrivains et les savants modernes, nous citerons Paracelse, Boileau, le botaniste J. Robin et l’académicien Gombauld, dont Saiul-Évremond a dit dans la comédie des Académisles :

Gombauld, pour un châtré, ne manque pas de feu.

Le ministre Maurepas était soupçonné, dit dans un stylo assez singulier la Biographie Michaud, « de manquer, dans son organisation particulière, de ceressorl organique qui est toujours, chez les autres hommes, le germe des passions les plus vives, et quelquefois le mobile des affections généreuses et des actions énerjihiues. » Aussi fit-on courir sur lui un couplet qui commençait par ces vers ;

Maurepas devient tout -puissant,

V’ià c’que c'est que d’èlre impuissant.

Jérôme Cardan, dont nous avons déjà parlé p. lot, fut impuissant de vingt et un ans à trente-deux ans. Il attribuait cela aux malignes iulluenees de la constellation sous laquelle il était venu au monde. « Le soleil et les deux planètes malfaisantes. Mercure et Vénus, étaient, dit-il, dans les signes humains ; et parce que Jupiter tenait l’ascendant, et que Vénus était dominatrice sur toute la figure, je n’ai été offensé qu’aux parties géuiiales.. . El depuis l’àge de vingt et un ans jusqu’à l’àge de trente et un ans, j’ai déploré ma destinée et porté envie à celle de tout

autre homme. » Gomme dans l'histoire de sa vie. qu’il écrivit à soixante-quatorze ans, il dit qu'à cette époque l’usage d(‘S femmes lui affaiblissait beaucoup l’estomac, il fallait, ainsi que Bayle l’a fort jiulieieusement remarqué, qu’à cet âge il se divertit quelquefois à ce jeu-Ià. « Il eut donc, ajoute-t-il, de quoi se dédommager un peu des dix années qu'il regrettait tant ; car peut-être les eût-il si mal employées, qu’il n’eût pas pu vivre à cet égard Jusqu’à l’àge de soixante ans ‘. »

L'nn des plus illustres généraux de la guerre de trente ans, le comte de Tilly, se vanta d’être resté toute sa vie étranger aux plaisirs du vin et de l’amour -.

Le maréchal de Gassion, dont l'intrépidité était proverbiale, se trouvait à peu près dans le même cas que Tilly. « Il était fort sobre , dit Tallemant des Réaux ; il n’était point joueur non plus, ni adonné aux femmes. Femmes el vaches, disait- il, ce m'esl tout un, mordioux! Et Marion Cornucl disait : Bœufs el Gassions, ce m’esl toul un »

L’auteur du Discours hislorique sur les causes de la guerre de Hon/jfrte rapporte que l’intrépide Batiori, prince de Transylvanie, surnommé V Invincible, « était aussi lâche dans l’exercice de Vénus qu’il était brave dans celui de Mars * », et qu’ayant avoué son impuissance, son mariage avec Marie-Christine, fllle de l’archiduc Charles, fut déclaré nul

' Art. Cahdvs. notes C et L.

* a Vencris viniquo expertem tota a-late se fuisse jaclaveral, » dit un li’slorieii contemporain.

3 Tome V, p. <76.

< Cologne, 1666, p. 264 el 266.

8 Nous parlerons dans on autre volume des procès pour cause d’impuissance, intentés par des femmes ii leurs maris.

SjS curiosités BIOGRAPUIQÜËS.

F/hisloire des peuples orientaux présente un assez grand nombre de généraux, de princes et de ministres eunuques ; tels furent Nursès, qui chassa les Goths d'Italie, sous Justinien ; Kafour, sultan d’Egypte, mort en 9ü8; Messour, favori dTIaroun-al-Raschild ; Sarou-Taki-Klian, premier ministre de Perse, mort en 1C4o; le sultan de Perse, Mohammed-Aga, de la dynastie des Kbadjars, etc.

L’un des plus vaillants généraux de Soliman I" était un eunuque, nommé Âli, qui commandait l’armée turque, lors de l'invasion de la Hongrie, en 1556. De Thou raconte que, dans cette expédition, les chrétiens ayant surpris une ville au pouvoir des Turcs, on dépêcha aussitôt un courrier à Ali pour lui appreiuirc cette nouvelle. « Comme ce courrier ne la lui annonça qu’en tremblant, et que, par la tristesse répandue sur son visage, il faisait connaître à Ali qu’il s’agissait d'un grand malheur, on assure que le pacha se moqua de sa consternation d’une manière qui fit rire tous les assistants, et que, peu louché de la perte d'une place qu’il pouvait facilement reprendre, il lui dit : « Insensé, de quoi me parles-tu, de (pielle perle fâcheuse viens-tu nCcnlretenir? V'oilà, ajouta l-il, en montrant la place de sa mutilation, voilà vraiment une perle déplorable pour moi, lorsqu’on me priva de ce qui me rendait homme »

Quantaux eunuques (pii se sont rendus célèbres comme chanteurs, leur nombre! serait trop considérable pour que nous en parlions. Bornons-nous à dire que nous ne savons à quelle époque remonte ce cruel usage de sc

I I.iv. XVII, ann. 1356. Voiii le texte : (' lâi demuin uiihi cladcs üeploraiiila coniigil, cum liiiic (geiiitalium sodem ustcntans)ea uicmbra adciiipü surit, iiuiliUK \ii' eiam. »

procurer de belles voix par la castration ; il en est déjà question dans les Saturnales de Macrobe. Les castrats ne cominencèreul guère, autant que nous pouvons le conjecturer, à être connus en France qu’à la fin du seizième siècle ou au commencement du siècle suivant.

rFcu madame de Longueville, dit Tallemant des Réaux, s’avisa la première, ne voulant pas prononcer le mot de châtré, de dire cet incommodé, en montrant un châtré qui^chantait fort bien, et qui vint à la cour du temps du cardinal de Richelieu. « Mon Dieu ! mademoiselle, disait-elle à mademoiselle de Senecterre, que cet incommodé chante bien ! » Depuis, on appela ainsi tous les châtrés de ces comédies en musique que le cardinal Mazarin faisait jouer L »

Au dix-huitième siècle, Voltaire faisait observer qu’il n’y avait plus en Europe que le Grand Turc et le pape qui se livrassent à la fabrication des cunu({ues

DES FEMMES GUERUIÈRES \

S’il faut en croire un poète bohémien du quatorzième siècle, Dalémile, il y aurait eu, au hoilième siècle, sons

le règne du duc l'rémislas , un Etat d’amazones en Bohème. Voici un résumé des traditions qu’il a recueillies ;

1 tlhlorietle de Berlaut,l, v, p. 141.

! Voyez, i rc sujet, une mysiilicalioii de Gigli, CfniosiTKS uttéroh- s, P 287.

* Nous ne parlerons iri que du moyen âge et des temps modernes.

Libussa ou Libossa, femme de Prémislas, mort eo 735, s’élait formé une garde de jeunes filles, habiles à manier les armes. Après la mort de celle princesse, l’amazone qui les commandait, Vlasta, les rassembla sur le mont Widoulé (non loin de Prague), et y éleva un fort qu’elle destinait à être le centre de son nouvel empire. Prémislas, à cette nouvelle, leur députa un des seigneurs de sa cour, qu’elles mutilèrent horriblement, après lui avoir coupé le nez et les lèvres. Le nombre de ses compagnes s’étant accru, Vlasta fit élever, vis-à-vis de Wissegrad , une seconde forteresse , que l’on appela Dietoin ou Château des jeunes filles. De là elles ravageaient les campagnes d’alentour, el^ tout ce qui n’appartenait pas à leur sexe était cruellement mutilé ou égorgé. Après une victoire sur les troupes de Prémislas, Vlasta publia un code dont les trois derniers articles statuaient qu’il était défendu aux hommes de porter les armes sous peine de mort; qu’ils ne pourraient aller à cheval que les jambes jointes et pendantes sur le côté gauche du cheval ; que celui qui oserait monter autrement serait puni de mort ; que les hommes, à quelque classe qu’ils pussent appartenir, devaient conduire la charrue cl faire tous les travaux, tandis que les femmes combattraient pour eux; que les jeunes filles choisiraient elles-mêmes leurs maris, et que celui qui refuserait de se soumettre serait puni de mort.

Après d’inutiles tentatives de conciliation, Prémislas attaqua le fort de Widoule, et foutes les femmes qui s’y trouvèrent furent égorgées. Vlasta ayant appris ce désastre, ordonna qu’il fût fait, à Diewin, un sacrifice aux dieux ; et, sur l’autel, on égorgea vingt-quatre prisonniers. Ses compagnes se jetèrent sur les victimes, dont

elles recueillaient le sang dans des coupes enchantées. Elles sortirent ensuite de Diewiu, et périrent toutes les armes à la main.

Tel est le récit du poète, et nous sommes étonné qu’il ait été pris au sérieux par l'auteur de l’article consac ré à VlasUi, dans la Biographie Michaud, article auquel nous avons emprunté les détails qui précèdent. Daléniile n'a cerlainemeui pas fait antre chose que de recueillir quelques vieilles traditions, qu'il a peut-être embellies si elles ne l'étaient déjà. Cette légende, du reste, était populaire en Bohème ; car il est aussi question de ces amazones dans une chronique du onzième siècle, dans celle de Cosme de Prague. Voici son récit, bien différent de celui de Dalémile. Il est en prose latine, rimée et remplie d’expressions poétiques. On dirait, en le lisant, que c’est un fragment de quelque poëme écrit eu latin barbare.

« A cette époque (sous Prémislas), les jeunes filles grandissaient sur la terre, libres de toute espèce de joug. Semblables à des amazones, portant les armes des guerriers et se gouvernant elles-mêmes, elles conebattaient comme de jeunes soldats, et se livraient avec ardeur à la chasse. Ce n’étaient pas les hommes qui choisissaient leurs épouses, c’étaient les jeunes filles qui se choisissaient leurs maris. Comme chez la nation scythique des Plauci otdesPicenatici, on n’apercevait aucune différence entre rhabillement des hommes et ceiui des femmes. L'audace de celles-ci s’accrut à tel point, que, non loin de Prague, sur un rocher défendu par la nature, elles se cunstruisirent une forteresse, àlaquelle fut donné le nom virginal de Diewin, Les jeunes gens, de leur côté, s’indignant de cette audace, s’assemblèrent en plus grand uombre sur une roche voisine, bâtirent, au milieu des

bois, une ville que les modernes appellent Wissegrad, mais qui, alors, lirait des arbres son nom de Nurasten. Tanlôt la paix, tantôt la guerre régnaient entre les deux partis : les jeunes iilles étaient plus rusées, les hommes étaient plus hardis. Une fois, la paix ayant été conclue entre eux, ils convinrent de s'abandonner, sans armes, pendant trois jours, à des festins et à des jeux dans un lieu déterminé. Que dirai-je de plus? Les jeunes gens, dans les repas, se mêlent aux jeunes filles, semblables à des loups dévorants cherchant leur proie dans les bergeries. La première journée se passa joyeusement, au milieu de festins et de libations trop copieuses, et le temps qu'ils mettent à apaiser une soif donne le temps de naître à une autre soif. Les jeunes gens, pleins d'impatience, peuvent à grand'peine se modérer jusqu’à l'heure fixée. La nuit était arrivée, et la lune sereine brillait dans le ciel. Alors l’un d’eux donna en ces termes le signal de la lutte : <( Le temps des jeux, des festins et des buveries est passé ; levez-vous, la brillante Vénus vous appelle de son sistre bruyant. » Chacun d*eux ravit aussitôt une jeune fille ; et quand vint le ma^ lin, la paix était conclue. Alors, enlevant les restes des festins, ils livrent aux flammes les murs déserts de tliewin. Depuis celte époque, après la mort de la princesse Lubossa, les femmes sont demeurées sous la domination des hommes »

Pendant le moyen âge, les femmes guerrières ne sont pas rares. En voici quelques exemples empruntés, pour la plupart, à l’histoire de notre pays.

A la bataille gagnée par Robert Guiscard sur l’cmpe-

1 Comœ pragensis Decaiti chronka Bobemontm, inséré dans le recueil de l'relier, Ilerum bohcmicarum ncriplorcs, H'02, in-fol. p. 6.

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reur grec Alexis Comnène , atiprès de Dyrr.ichimn , Gaéte, femme du prince normand, « qui le suivait à la guerre, dit Anne Comnène, et combattait comme une Pallas, » rallia la lance à la main, et ramena au combat les troupes de son mari dispersées par les Grecs

Orderic Vital, au liv. vin, parle ainsi d'Isabelle, fille de Simon de Montfort et femme de Raoul de Conches. « Elle était, dit-il, généreuse, entreprenante, gaie, aimable et gracieuse pour ceux qui rapprochaient. A la guerre, elle montait à cheval, armée comme un chevalier, parmi les chevaliers, et semblable à la jeune Camille, l'honueur de l’Italie, dans les troupes de Turnus, elle ne le cédait point en intrépidité aux chevaliers couverts de cuirasses et aux soldats armés de javelots. » Après la mort de son mari, elle se retira dans le couvent de Haute-Bruyère.

Au liv. XII du même chroniqueur, on trouve Thistoire de Julienne, femme d’Eustache de Breteuil et fille naturelle du roi d’Angleterre, Henri l®*^. Ayant été envoyée avec des troupes, par son mari, pour défendre le château de Breteuil, elle y fut assiégée par son père, que les habitants avaient introduits dans la ville. Voyant qu'elle ne pouvait faire une longue résistance, elle demanda une entrevue à son père.

« Le roi, qui ne se doutait pas de tant de fourberie dans une femme, se rendit à l’entrevue où sa malheureuse fille voulait le faire périr. Elle tendit une baliste et lança un trait vers son père, qui, par la protection de Dieu, ne fut point atteint. Alors Henri fit, à l'instant même, détruire le pont du château , afin d'intercepter tonte communication. Juliane, se voyant entourée de toutes

t Akiiade, liv. iv, di. 5.

paris, et sans espoir d’êlre secourue, rendit le château à Henri ; mais elle ne put obtenir de lui de sortir en liberté. D'après son ordre, elle fut forcée de se laisser glisser du haut des murs, sans pont et sans soutien, et descendit ainsi, honteusement, jusqu’au fond du fossé, en montrant son corps nu à l’armée. Cet événement arriva au commencement du carême, dans la troisième semaine de février, de telle sorte que l’eau du fossé glaça la chair délicate de la princesse, qui s’y plongea dans sa chute. Celle malheureuse guerrière se tira de là honteusement, et comme elle put, puis alla, en toute hâte, rejoindre son mari à Paci (sur Eure) '. »

Au nombre des femmes qui contribuèrent à la défense de châteaux ou de villes, nous citerons la sœur de Duguesclin, Jeanne Hachette, et une autre héroïne moins connue, Jeanne Mail lotte, qui se distingua à Lille, lors de la révolte des Hurlus. Nous renvoyons .à Froissart pour les aventures des deux comtesses de Montfori et de Blois, qui, pendant la captivité de leurs maris, n’en continuèrent pas moins, l’une contre l’autre, une guerre acharnée, dont le but était la possession du duché de Bretagne 'K

Quant à Jeanne d’Arc, et aux aventurières qui, après sa mon, aspirèrent à jouer le même rôle quelle, leur hisifoire est trop connue pour que nous nous y arrêtions.

La célèbre femme poète, Louise Labé ®, avait à peine seize ans, lorsque ayant accompagné son père au siège

1 Orderic Vital, I. xii, collection Guizot, t. xxviii, p. 289.

2 Nous parlerons ailleurs d'une tcniativc de croisade faite par les dames génoises, en 1301.— Voyez aussi dans de Thou, 1. xlvi, année 1589, le récit de la défense du château de Benegon par Marie de Barbançon.

s Née à Lyon en 1526, morte en 1566.

de Perpignan, en 1542, elle fut saisie d’une ardeur guerrière, et se distingua si bien par sa bravoure, qu’on la surnomma le capUaine Loys. Ses exploits ont été célébrés par un anonyme, dans une fort longue pièce à sa louange. Voici quelques-uns de ces mauvais vers.

Louize ainsi furieuse,

En laissant les habits mois Des femmes, et envieuse Du bruit, par les Espagnols Souvent courut, en grand’noise,

Et maint assaut leur donna.

Quand la jeunesse françoise Perpignan environna,

Là sa force elle déployé,

Là de sa lance elle ployé Le plus hardi assaillant;

Et brave dessus la selle.

Ne montrait rien en elle Que d’un chevalier vaillant.

Ce fut là, du reste, son unique campagne. Après la levée du siège , elle revint se marier à Lyon, et se livrant sans contrainte à son goût pour les lettres et à sa passion, non moins vive, pour les beaux-esprits de son temps, elle se composa une vie à peu près semblable à celle que Ninon mena au siècle suivant ^

' « Elle faisoit part de son corps, dit Du Verdier, non toutefois à tous Pi nullement à gens méchaniques cl de ville condition , quelque argent que ceux-là lui eussent voulu donner. Elle aima les savanis hommes sur tuas, les favorisant de telle sorte que ceux de sa cogiioissance avoienl la meilleure part en sa bonne grâce, et les cul préférés à quelconque grand seigneur, et fait courtoisie à l'un plutôt gr.itis qu’à l'autre pour grand nombre d’eseus. b Voyez Goujet, BihUothèque françoise, tome xii, p. 79 et stiiv.

A peu près à la même époque, une religieuse espagnole, Catherine d’Erauso, se sauva de son couvent, prit des habits d'homme, servit comme mousse, sur tes navires qui allaient en Amérique, puis déserta, et, après plusieurs aventures, s’engagea dans l’armée de terre, et se signala dans les guerres contre les Indiens. Elle parvint au grade d’officier, quitta le service, à la suite d'une blessure reçue dans un duel, qui fit découvrir son sexe, et revint en Europe, où elle reçut une pension de Philippe III. Tels sont, du moins, les faits qui sont rapportés dans des Mémoires écrits, dit-on, par l'héroïne elle-même, et publiés, pour la première fois, à Paris, avec des pièces justificatives, 1829, in-8, sous le titre dc Hùloria de la monja alferez (Histoire delà religieuse officier) ‘.

« Ce fut en l'année 1638, si je ne me trompe, dit l’abhé Arnauld, que j'eus l'honneur de connaître cette amazone de nos jours, madame la comtesse de Saint-Balmont *. dont la vie a été un vrai prodige de valeur et de'vertu, ayant rassemblé en sa personne toute la fierté d’un soldat déterminé et toute la modestie d'une femme véritablement chrétienne. La moitié de ce témoignage lui fut rendue, en ma présence, par quelques soldats espagnols qu'elle avait pris à la guerre, et qu’elle avait envoyés à Verdun, à M de Feuquières, lequel leur ayant demandé, en riant , s’ils avaient en leur pays des femmes aussi vaillantes que celle-là, l’un d eux prit la parole, et lui répondit sérieusement qu’il ne la prendrait jamais pour

* Voyez sur cet ouvr.ige, qui n’est peut-ùtre qu'un roman, un article inséré dans le xuii® volume de la Revue cnrydophitque, p. 745 et suiv.

2 liarhe d’ivniecourt, comtesse de Saint-Balmont, née à Neuville, entre Bar et Verdun, en <608.

FEMMES GUERRIERES. 56Y

une femme, et qu'il lui avait vu faire des actions d'un soldat furieux. Ceux qui liront ces mémoires ne seront peut-être pas fâchés de savoir un peu plus particulièremeut des nouvelles d'une femme si extraordinaire. Elle était d'une très-bonne- maison de Lorraine, et née avec des inclinations dignes de sa naissance. La beauté de son visage répondait à celle de son âme ; mais sa taille ne répondait pas à sa beauté, étant petite et un peu grossière. Dieu, qui la destinait à une vie plus laborieuse que celle des femmes ordinaires, la repdit ainsi plus robuste et plus propre aux fatigues du corps ; il lui donna aussi un si grand mépris pour la beauté, qu’ayant eu la petite vérole, elle se réjouissait d’en être marquée, comme les autres ont accoutumé de s’en fâcher, disant qu’elle en serait plus semblable à un homme. Elle épousa le comte de Sainl-Balmont, qui ne lui cédait ni en nais^ sauce ni en mérite. Ils vécurent ensemble dans une parfaite union; mais les troubles qui arrivèrent en Lorraine les contraignirent de se séparer.

« Madame de Saint-Balniont demeura dans ses maisons pour les conserver. Jusque-là, elle n’avait exercé son humeur guerrière qu’à la chasse, qui est une espèce de guerre ; mais l’occasion se présenta bientôt de l’exercer véritablement : elle fut telle. Un oflicier de cavalerie vint faire son logement sur ses terres, et y vécut avec assez de désordre. Madame de Saint-Bahuont, avec beaucoup d’honnêteté, lui envoya faire des plaintes qu’il reçut fort mal ; ce qui l’ayant piquée, elle résolut d’en tirer raison elle-même; et, ne consuliant que son cœur, elle lui écrivit un billet qu’elle signa, le chevalier de Sainlhalmont. Dans ce billet, elle lui marquait que le mauvais traitement qu'il avait fait à sa belle-sœur l’obligeait

à s’ CD ressentir, et qu’il le voulait voir l'épée à la maio. Le capitaine accepta le défi, et se rendit au lieu qui lui avait été marqué Là, madame de Saiiit-Balmont l'attendait en habit d’homme. Us se battirent; elle eut l’avantage sur lui ; et, après l’avoir désarmé, elle lui dit galamment : « Vous avez cru, monsieur, vous battre contre « le chevalier de Sainl-B ilmout ; mais c’est madame de « Sainl-Bahnont qui vous rend votre épée, et qui vous <( prie, à l’avenir, d’avoir plus de coiisidéraliou pour les « prières des dames. » Elle le quitta , après ces mots, rempli de confusion et de honte ; et l'hisioire ajoute qu’il s’absenta aussitôt, et qu’on ne l'a jamais vu depuis. Pour elle, cette occasion n'ayant servi qu'à lui enfler le courage, elle ne se contenta plus de conserver seulement ses biens, en repoussant la force par la force; mais elle donna protection à quantité de gentilshommes, ses voisins, qui ne firent pas difficulté de se réfugier dans son bourg, et de se ranger sous ses ordres, quand elle allait à la guerre, d’où elle revenait toujours avec des avantages, exécutant ses entreprises avec autant de prudence que de valeur. Je l’ai vue diverses fois chez madame de Feuquières, à Verdun ; et c’était une chose assez plaisante de voir combien elle était embarrassée eu habit de femme, et avec quelle liberté et quelle vigueur, après l’avoir quitté hors de la ville, elle moulait à cheval, et servait elle même d’escorte aux dames qui l'aceompagnaicnt, et qu’elle avait laissées dans son carrosse. Cependant celte vie, si éloignée de celle d’une, femme, et qui, dans d’autres qui s'cii sont mêlées, a presque toujours été accompagnée de libertinage, n’avait rien d’approchant en celle-ci. Quand elle était en repos, chez elle, toute sa journée était employée en ofliccs de piét.*, en

prières, en saintes lectures, en visites des malades de su paroisse, qu'elle assistait avec une charité admirable , ce qui, lui attirant l'estime et l’admiration de tout le monde, lui faisait aussi porter un respect qui n'aurait pu être plus grand ppur une reine »

Madame de Sainl-Balmont, après la paix de Westphalie, s'occupa de littérature, et publia le$ Jumeaux martyrs, tragédie, 1C50, in-4“, et H>51 , in-12. Elle mourut chez les religieuses de Sainte-Claire, à Bar-lc-Duc, le 22 mai 1660. Le P. de Vernon a écrit sa vie, qu’il a intitulée l'Amazone chrétienne, Paris, 1678, in-12.

Nous ne connaissons que le nom de l’héroïne dont Jacques de Joigny, imprimeur à Reims, a donné la biographie, sous le titre de ; Les Merveilles de la vie, des combats et victoires d'Ermine, citoyenne de Reims, Reims, 1618, in-8.— On peut encore consulter, sur une autre héroïne de la première moitié du dix-septième siècle, Vllistoire de Louis XUl, par Dupleix, p. 225.

A la fin du dix-septième siècle, une Anglaise, nommée Marie Read, cacha son sexe, et passa sa vie dans les mers de l'Amérique, au milieu de pirates, dont elle partageait les dangers et les profits. Le navire sur lequel elfe se trouvait ayant été pris par les Anglais, elle fut, avec ses compagnons, condamnée à mort à la Jamaïque, le 16 novembre. Elle se déclara enceinte, obtint ainsi un sursis à l'exécution, tomba malade, et mourut en prison, ayant environ quarante ans.

Dans la seconde moitié du meme siècle, une amazone d’un autre genre, mademoiselle Maupin, actrice à l’Opéra, remplit la France du bruit de scs aventures sanglan-

1 Mémoires de l'abbé Arnauld, collertion Mirhoud-l’oiijniilaf, p. 194. Voyçï uii tliapiiro de Tallc-nianl, l.viii, p. 217.

les et scandaleuses. Habile dans Tescrime, et portant ordinairement des babils d’homme, costume au moyeu duquel elle pouvait plus facilement se livrer à ses goûts infâmes, elle insulta, un jour, une femme que iroishorames accompagnaient. Il en résulta, à l'instant même, entre elle et ceux-ci qui ignoraient son sexe, un duel où elle les tua successivement tous les trois. Elle obtint, diton, sa grâce, quitta pourtant Paris, y revint, après de nombreuses igalanleries, et reparut à l’Opéra. Elle finit par renoncer au monde, et mourut en 1707.

La mère de Wycrmann, peintre hollandais, mort en 1747, était vulgairement appelée Lys Saini-Mourel. Elle avait servi dans les armées, et s’était retirée avec le grade de sergent, dont elle continua de porter l’habit et la canne pendant le reste de sa vie.

Citons encore le fait suivant :

La première femme qui ait fait le tour du monde, fut une jeune Bretonne, nommée Barre. Elle était habillée en homme, et accompagna, comme domestique, le botaniste français Commerson dans ses voyages (1767 à 1770). Son sexe fut reconnu, à Taïti, par les insulaires.

UAPPROCIIEMEINTS BIOGRAPHIQUES.

On sait , d’après Tite-Live , que Tarquin le Superbe, consulté par son fils, sur la conduite qu’il devait tenir dans la ville de Gabies, où il était loul-puissaul, se contenta d’abattre, devant l’envoyé de Sextus, les têtes

des pavois les plus élevés de ses jardins Un trait semblable se trouve rapporté par deux auteurs, l’un antérieur de quatre siècles, l'autre postérieur de huit siècles, à Tite-Live. Voici ces deux récits, qui diffèrent à peine de celui de riiislorien latin.

Périandre, tyran de Corinthe, et l’un des sept sages de la Grèce, mort S63 ans avant J. -C., fit demander à Tlirasybule, tyran de Milet, quelle forme de gouvernement il pourrait établir, afin de régner avec sécurité. « Tbrasybule, dit Hérodote, conduisit l’envoyé de Périandre hors de la ville, se promenant avec lui dans les blés, et faisant à cet envoyé des questions sur son départ de Corinthe ; et, revenant souvent sur cet objet, il coupait tous les épis plus élevés que les autres, et les jetait par terre, de sorte qu’il détruisit ce qu’il y avait de plus beau et de plus grand parmi les blés. Quand il eut parcouru ce champ, il renvoya le député de Périandre, sans lui donner aucune sorte de conseil. Ce député ne fut pas plutôt de retour à Corinthe, que Périandre s’empressa de lui demander quels conseils lui donnait Thrasybulc. Il lui répondit qu’il ne lui en avait donné aucun ; mais qu’il était surpris qu’il l’eût envoyé auprès d’un homme assez insensé pour détruire son propre bien; et en môme temps, il raconta ce qu’il lui avait vu faire. Périandre, comprenant le sens de cette action, et persuadé que Thrasyhule lui conseillait de faire mourir les citoyens les plus élevés, se porta, dès ce moment, à toutes sortes de cruautés envers ses concitoyens. 11 exila et fit mourir ceux qu’avait épargnés son père Cypsélus, et acheva ce que celui-ci avait commencé *. »

1 TUe-Live, I. i, rli. SI.

* L. V, ch 93, traduction de Larrhor.

« Quelques-uns des principaux d’entre les Francs, dit le moine de Saint-Gall, ayant formé le projet de mettre la main sur l’empereur Charles (Charlemagne), ce prince en fut instruit ; mais, répugnant perdre ces hommes qui, s’ils eussent voulu le bien, auraient pu être d’un grand secours aux chrétiens, il envoya des messagers demander à Pépin le Bossu (son fils naturel, qu’il avait fait enfermer dans un couvent) ce qu’il fallait faire des coupables. Les députés le trouvèrent dans le jardin avec les moines les plus âgés, occupé, pendant que les plus jeunes vaquaient h des travaux plus rudes, à arracher avec une bêche les orties et les mauvaises herbes, afin que les plantes utiles pussent croître avec plus de vigueur. Ils lui exposèrent le sujet de leur arrivée; mais lui, poussant de profonds soupirs, à la manière des gens infirmes, toujours plus rancuneux que les hommes bien porLants, répondit : « Si Charles attachait le moindre prix « à mes avis, il ne me tiendrait pas ici pour être si indi- « gnemenl traité ; je ne lui demande rien, üiies-lui seu- « lement ce que vous m’avez vu faire. » Mais ceux-ci, craignant de retourner vers le formidable empereur sans réponse positive, pressèrent Pépin à plusieurs reprises de leur dire ce qu’ils devaient rapporter à leur maître. L’autre leur répliqua tout en colère ; « Je n’ai rien à lui man- « der, sinon ce que je fais ; je nettoie les ordures, pour « que les bons légumes puissent croître plus librement. » Les envoyés se retirèrent donc tout aflligés, et comme des hommes qui ne rapportaient aiicnne réponse raisonnable. De retour auprès de Charles, et interrogés sur le résultat de leur mission, ils se plaignirent de s’être fatigués .à faire un si long chemin, et d’avoir prl.s tant de peine sans pouvoir lui rapporter même une réponse pré-

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cise. Le monnrque, plein de sagncilc, leur demanda de point en point où ils avaient trouvé Pépin, ce qu’il faisait et leur avait dit. « Nous l’avons vu, répondirent-ils, assis (( sur un escabeau rustique, nettoyant avec une bèclic K une planche de légumes ; lui ayant expliqué la cause « de notre voyage, nous n’avons pu tirer de lui, après « force instances, que CCS seuls mots: «Je n’ai rien à nian- « der à l’empereur, sinon ce que je fais ; je nettoie les « ordures, pour que les bons légumes puissent croître plus « librement. » A ces paroles, l’empereur, qui ne Jiianquait pas de sagacité et était plein de sagesse, se frottant les oreilles et enflant ses narines, leur dit : « Fidèles vassaux, vous me rapportez une répotise remplie de sens. » Pendant que tous les conspirateurs tremblaient pour leurs jours, lui, passant de la menace à l’effet, les fit tous disparaître du milieu des vivants, et, pour étendre et fortifier sa pu.ssance, gratifia ses fidèles des terres occupées par ces hommes inutiles à son service L »

César, débarquant sur la côte d’Afrique, tomba sur le rivage, et, pour écarter la mauvaise impression que cette chute pouvait faire naître dans l’esprit de scs soldats, s’écria aussitôt : O terre d’Afrique ! je le saisis. Des paroles à peu près semblables ont été mises, par les chroniqueurs, dans la bouche de deux princes du moyen ûge.

La Hotte de Guillaume le Conquérant ayant abordé, le 28 septembre 10G6, sur la côte d’Angleterre, près de Uastings, le duc ne débarqua que le dernier de tous. Au moment où son pied touchait le sable, il fit un faux pas et tomba sur la face. Un murmure s’éleva ; des voix crièrent ; « Dieu nous garde I c’est un mauvais signe. » Mais

I Des faits et gestes de Charles le Grand, collection Guizot, t. m, p. 2i7.

374 CURIOSITÉS BIOGRAI'llIQlIES.

Guillaiime, se relevant, dit aussitôt : « Qu’avez-vous? Quelle chose vous éloune? J’ai saisi cette terre de mes mains, et, par la splendeur de Dieu! tant qu’il y en a, elle est à vous »

En i34!l, Edouard III, débarquant en Normandie pour commencer la campagne que signala la désastreuse bataille de Crécy, se tira d’affaire absolument de la même manière. « Quand la navie du roi d’Angleterre eut pris terre en la lIogue,dil Froissart, et elle fut là toute arrêtée et ancrée sur le sablon, ledit roi issitde son vaissel, et du premier pied qu’il mil à terre, il chèy si roideinent, que le sang lui vola hors du nez. Adonc le prirent scs chevaliers, qui de-lez lui éloient, et lui dirent : « Cher sire, retraiez-Yous en votre nef, et ne venez mais-bui à terre, car veci un petit signe pour vous. » Dont répondit le roi tout pourvumcut cl sans délai : « Pourquoi? Mais est un très-bon signe pour moi, car la terre me désire. » De celle réponse furent tous réjouis »

Nous nous étendrons plus longuement, dans \in autre volume, sur ces anecdotes fort suspectes qui se retrouvent dans riiistoirc de différents peuples.

Suivant une tradition tant soit peu douteuse, Sophocle fut, à l’âge de quatre-vingt-dix ans, accusé de démence par sou fils Jophon. Il récita devant les juges ’ le passage de l’arrivée d'üEdipe dans la forêt sacrée de Colone {Œdipe à Colone), et il u’en fallut pas davanlage pour que son accusateur fôt déboulé de sa plainte. — Au dixseptième siècle, l’abbé Colin, ayant cédé tous ses biens

1 A. Thierry, Histoire de la conquête d’Anglcleire,K%â^, 1. 1 , p. 3S4.

s L. I, p.irt. 1, di. 2Ce.

3 C’était devant les p/ira/ores, c’est-à-dire, devant les membres de la confrérie à laquelle sa famille appartenait.

RAPPROCHEMENTS RIOGR APHIQUES. 57S

pour une rente viagère, ses parents demandèrent son interdiction. L’abbé, pour se défendre, invita ses juges à venir l’entendre prêcher, et ce moyen eut, dit-on, un plein succès. C’est là, je crois, le seul point de ressemblance que l’abbé ait eu avec le grand tragique grec.

Tout le monde connaît l’héroïsme de Zopirc, qui, pour aider Darius à se rendre maître de Babylone, qu’il assiégeait depuis longtemps, se coupa le nez, les oreilles, les lèvres, et, se présentant aux habitants de la ville, comme ayant été mis dans cet état par ordre du roi, sut gagner leur confiance, et parvint plus tard à livrer la place aux Perses. Un pareil dévouement fut renouvelé, au onzième siècle, au profit de l’empereur Alexis Conmène, par un nommé Alcasée, qui, au moyen de ce stratagème, put s’emparer de la personne du faux Léon, dont nous avons parlé plus haut (voy. page 214) L

Le trait d’Apelles, visitant Prologène à Rome, et an lieu de son nom, laissant sur une toile un trait d’une admirable précision®, fut renouvelé au seizième siècle. Frank Floris, dit Frank Flores, peintre anversois (mort en i sro), ayant été à Leyde, dans le but de faire connaissance avec Aartgen, peintre hollandais (mort en iS6i), et ne l'ayant pas trouvé chez lui, prit un charbon et dessina sur la muraille une ligure de saint Luc. Aartgen, à son retour, s’écria que Floris seul pouvait être Fauteur d’un pareil dessin, et il alla aussitôt lui rendre sa visite.

On sait que Spartaciis, au moment d’engager h bataille

1 Annr Comnone, Mexiade, 1. x, ch. 5.

2 Le texte de Pline, (jui nipporte cette anecdote, a beaucoup exeref* la saKacité des érudits. Voyez entre autres le Journal des savants ( avril tS-it, p. 2191, ou M. Ouatrcinére de (juincy a prouvé qu’il s'agissait nna pas d'une simple li|;ne, mais d'un dessin au trait.

où il périt, près'de Rhegium, l’an 71 avant J, -C., lua son cheval devant son armée, disant que, s'il était vainqueur, il n’en manquerait pas, et que s'il était vaincu, il n'en aurait plus besoin. Ce trait a dô être renouvelé plusieurs fois. En voici deux exemples qui nous ont été conservés par Br antôme.

Dans les guerres des Turcs en Hongrie, le comte Ludovic Lodron, au moment d’un combat, haranguant un jour scs soldats, « il y eut un vieux routier, soldat allemand, qui s’avança à lui dire : « Cela est bon, brave ca- « pitaine Lodron. à dire à vous, qui êtes moulé à l’advea nantsur un bon cheval, et semble que déjà vous avisez « à vous sauver, m A quoi Lodron aussitôt y pourvut ; et, ayant mis pied à terre, tira son épée et coupa les jarrets de son cheval. Alors Lodron, cela fait, s’écria assez haut : « Aujourd’hui , compagnons, dii-il , vous m’aurez donc « pour capitaine et soldat ensemble à combattre à pied « avec vous en même forlune. » Le comte, grièvement blessé dans ce combat, fut pris par les Turcs, et comme on désespérait de pouvoir, à cause de sa blessure, le faire arriver vivant à Constantinople, il fut massacré, et sa tête envoyée à Constantinople

Brantôme raconte ailleurs un trait à peu près semblable de M. de Tays, le jour de la bataille de Cérisoles

« Les Perses, dit Théophane, redoutaient tellement Narsès, qu'ils se servaient de son nom pour faire peur aux enfants*.» «Richard-Cœur-de-Lion fisitantde grans faiz en la sainte terre, d.t Joinville, que les Sarrazins le doutoient trop, si comme il est escript ou (au) livre de la

1 Tome I, p. 93.

3 Chrojiograpbla, p. 246.

terresainle, que quantles enfants aux Sarrazins Ijraioiciil, les femmes les escrioient et leur disoient : Taisiez-vous, vezci (voici) le roy Richart ; et pour eulx faire laire. Et quant les chevaus aus Sarrazins et ans Beduins avoicnt poour (peur) d’un hysson (buisson), il disoientà leur clievans ; cuides-lu que ce soit le roy Richart^? »

Le célèbre général allemand Jean de VVerih qui, lors de l’invasion des impériaux en France (1636), commandait de nombreux corps de cavalerie, inspirait par scs marches rapides une telle terreur aux habitants des villes et des campagnes, que, «son nom seul, dit le Afer-curc galant, y inspirait l’effroi. Ce nom devint si terrible, qu’il ne fallait que le prononcer pour épouvanter les enfants *. ))

On sait que M. Atigustin Thierry, dans la première de ses Lettres sur l’Histoire de France, a rejeté comme mensonger le récit où un moine contemporain ® nous représente Philippe-Auguste, au moment même où s’engageait la bataille de Bouvines, offrant à peu près sa couronne au plus digne des chevaliers qui l’entouraient. Il n’est peut-être pas sans intérêt de rappeler qu’Anne Comnene fait adresser à peu près les mêmes paroles aux chevaliers normands par Robert Guiscard, prêt à engager contre Alexis Comnène la bataille de Dyrrachium dont nous avons déjà parlé L’historien de l’IIniversité de Paris ® rapporte que Mau-

' Hiitoire de saint Louis, collection Micliaud-Poujoulat ch. 42, p. 188 . * Avril 4702, p 298.

s Ricliicr, abbé de Sénones.

sAleiiade,l iv. cb. 4. .

5 Du Boulai a puisé celle anecdote dans un sermon qui n’est pas de saint Bonavemure, comme il le prétend, mais de Godcscalc tlollcn, théologien du quinzième siècle.

ri ce de Sully, qui devint, en 1160, évêque de Paris, venait d’être nommé chanoine et archidiacre, lorsqu’une vieille femme vêtue de bure, un bâton blanc à la main, entra dans la ville, et s'informa partout où elle pourrait trouver son fils, le docteur Maurice Desdames, craignant que Maurice ne fût humilié de voir sa mère sous de pareils vêlements, donnèrent à celte femme de riches habits, la couvrirent d’un manteau et la conduisirent ensuite auprès de lui. Mais cclui-ci refusa de la reconnaître sous ce costume. «Ma mère, dit-il, est une pauvre femme qui ne porte jamais qu’une tunique de bure.» On fut obligé de la ramener et de lui faire reprendre ses premiers babils, puis on la conduisit à Maurice, qui se trouvait alors au milieu d’une assemblée brillanîe. Dès qu’il l’aperçut, il seprécipiia vers elle avec respect, et l’embrassa en disant ; « Cette fois c’est bien là ma mère. )j — On raconte absolument la même chose de Sixte-Quint et de sa sœur Carailla, que des cardinaux avaient parée d’habits magnifiques pour la présenter au nouveau pape après son exaltation.

La dame de Fayel, tant célébrée par les romanciers, n’est pas, à ce qu’il paraît, la seule femme, au moyen âge, à laquelle on ait fait manger le cœur de son amant. Le célèbre poète Raoul de Coucy, qu’elle aimait, étant, à ce que raconte la tradition, mort au siège de Sainl-Jean-d’Acre, en 1191, chargea en mourant son écuyer de porter son cœur à sa maîtresse. L’écuyer, ou moment d accomplir sa mission, fut surpris par le sire de Fayel. L époux, pour se venger de sa mésaventure, fit si bien accommoder le cœur de Raoul, que la dame, douée d’up bon appétit et d’un goût peu difficile, dévora sans s’en apercevoir ce morceau délicat, qui, datant au moins de plusieurs semaines, devait être d’une fraîcheur douteuse. Quoicju'il

HAPPROCIIEMENTS BIOGRAPHIQUES. 579

en soit, la dame, instruite un peu lard de l’horrible repas qu'elle venait de faire, jura de ne plus prendre de nourriture, et se laissa mourir de faim. Les Provençaux racontent la même chose du troubadour Cabeslaing, les Italiens d’un prince de Salcrue, et les Espagnols d’un marquis d’Astorgas.

On sait que le grand Albuquerque, se trouvant dans l’Inde, et manquant un jour d’argent, put trouver à l’inslant même des sommes considérables en engageant sa barbe. Ce ne fut pas la première fois qu’une barbe fut ainsi engagée à des créanciers. Voici ce que raconte Jacques de Vitry. Après avoir rapporté que les habitants de Syrie regardent comme le plus grand opprobre, nonseulement qu’on leur coupe la barbe, mais même qu’on leur en enlève un seul poil, il ajoute ; « Lorsque le comte d’Edesse, Baudouin, eut laissé croître sa barbe à la manière des Orientaux, parce qu’il avait pris pour femme la fille d’un noble chef, Arménien de nation, mais Grec par la foi, nommé Gabriel, il voulut, dans sa pauvreté, extorquer de l’argent à son beau-père, qui était fort riche ; lui dit que, forcé par la nécessité, il avait engagé sa barbe à quelques-uns de ses créanciers pour prix d’une somme considérable. Alors Gabriel, rempli à la fois de douleur et d’étonnement, voulant sauver sa fille et son gendre d’un éternel opprobre, donna à ce dernier 30 000 besanls, sous la condition expresse que, désormais, il ne se hasarderait plus à engager sa barbe, dans quelque circonstance qu’il se trouvât ou à quelque excès de pauvreté qu’il fût réduit ^ »

Mahomet II ayant cnlemiu parler de l’adresse et de la

1 Jacques ilc Vilry, lUstobc des Croisades, I. i, cullection Guizot , l. XXII, 1». 142.

CÜHIOSITÉS BIOGRAPHIQUES.

vigueur e.xlraordiuaires de Scanderberg, qui, d'un seul coup, abailait la tête d’un taureau, et attribuant ce résultat à la bonne trempe du cimeterre de son intrépide adversaire, le fit prier de lui faire présent de son sabre. Scanderberg y consentit ; mais le sidlan, n’y ayan! rien trouvé de remarquable, s’en plaignit à Scanderberg, qui se contenta de lui répondre qu’il lui avait envoyé le cimeterre, tuais non le bras qui le maniait Un trait semblable est rapporté d’un chef arabe et de Godefroi de Bouillon par Guillaume deTyr.

« Le premier, dit le chroniqueur, s’étant avancé un jour vers le duc en lui donnant les plus grandes marques de respect, lui demanda avec les plus vives instances de daigner, en sa présence même, frapper de son glaive un très-grand chameau qu’il avait fait amener dans celle intention, afin, dit-il, de pouvoir lui-méme rendre témoignage de sa force devani les hommes de sa nation. Comme il était venu de très-loin, uniquement pour le voir, le duc acquiesça à ses désirs, et, tirant son glaive, il fit tomber la tête du chameau avec autant de facilité que si ou lui eût demandé de briser un objet fragile. L’Arabe , à celle vue , demeura frappé d’étonnement ; mais, après' un moment de réflexion, il crut pouvoir attribuer l’effet d’une force si prodigieuse au tranchant de l’épée que le duc portail sur lui. Il lui demanda la permission de lui parler en particulier, et s’informa alors si Godefroi pourrait faire la même chose avec l'épée d’une autre personne. Souriant à celle question, le duc se fit aussilüi donner l’arme que portait le chef arabe, puis il ordonna qu on lui amenât un aulre chameau, et lui abattit la lête avec autant de racdilé. A celle seconde épreuve, l’clranger ne put plus contenir son admiration, et mani-

fesia un extrême étonnement, convaincu, comme il le fut dès lors, que la force des coups résidait dans la main du guerrier, bien plus que dans la trempe de son fer. Persuadé de la vérité des rapports qu’on lui avait faits, l’Arabe offrit à Godefroi des présents en or, en argent, en chevaux, et gagna sa bienveillance ; puis, étant retourné dans son pays, il se fil le héraut des exploits qu’il avait vus, et parla à tous ceu.x qu’il rencontra de la force extraordinaire du prince

Tout le monde connaît le trait de Christophe Colomb et de Pœuf qu'il fit tenir debout sur une table Quelques écrivains ratlribueni aussi au célèbre constructeur de la coupole de la cathédrale de Florence, Briinelleschi, qui parvint, dit-on, par ce moyen, à faire taire ses envieux et ses rivaux.

Lorsque Charles-Quint traversa la France, en -1540, pour se rendre en Belgique, et se mil ainsi à la merci de son ennemi François F, le fou de ce dernier prince inscrivit provisoirement l’empereur sur son Calendrier des fous, se réservant d’effacer son nom et de le remplacer par celui du roi, si ce dernier prince laissait échapper l’occasion de se venger de son rival. Brantôme, dans sa Vie du marquis de Pescaire, raconte une anecdote semblable du fou d’Alphonse V le Magnanime, roi d’Aragon, de Naples et de Sicile.

a Ce grand roi Alphonse avait en sa cour un bouffon qui écrivoit dans ses tablettes toutes les folies que lui et ses courtisans faisoient le jour ou la senraine. Par cas, un jour le roi voulut voir ses lablelles, où il se trouva le premier en date, pour avoir donné mille écris à un Maure

« Gaillaume de Tyr, Uv. ix, collection Gui/.ol, t. ii, p. ^5.

pour lui aller quérir des chevaux barbes en Barbarie. Ce qu’ayant vu, le roi lui dit: « Et pourquoi m’as-lu mis « là? Et quelle folie ai-je faite en cela? » L’autre lui répondit : « Pour t’être fié à un tel homme, qui n’a foi ni « loi : il emportera ton argent, et n’aura ni chevaux ni « argent, et ne retournera plus. » Â quoi répliqua le roi: « Et s’il retourne, que diras-tu sur cela ? » Le bouffon, « achevant de parler, dit alors : « S’il retourne, je t’effii- « cerai de mes tablettes et le mettrai en la place, pour « être un grand fou et un grand fat d’être retourné, et « qu’il n'ait emporté tes beaux ducats L »

Le mot de Bailly, monté sur la charrette qui le menait à l’échafaud, c’est de froid que je tremble, a été aussi attribué au comte de Stafford, décapité comme conspirateur, en 1080, à l’.àge de soixante-neuf ans. Il se retrouve encore dans le Richard lll de Shakespeare. — Lingard raconte que Charles le matin de son exécution (30 janvier 1040), se revêtit de deux chemises à cause de la rigueur du temps. « Car, dit-il, si je tremblais de froid, mes ennemis l’attribueraient à la peur. Je ne veux pas m’exposer à un pareil reproche. »

(( On a remarqué, dit Tallemant, que le cardinal de Richelieu et son successeur, le cardinal de Mazariii, ont eu chacun un frère moine, fou et archevêque ’d’Aix »

Une fatalité singulière semble s’êire attachée aux fils aînés des rois de France depuis Hugues Capet. Bien peu ont pu vivre assez pour succéder à leurs pères. Voici les noms de ceux d’entre eux qui sont morts avant d’être montés sur le trône.

Hugues, fils aîné de Robert II, et associé à la couronne

1 Édition du Panthéon, 1. 1 , p. 47, ï Historiette du cardinal de Lyon, t. iii, p. 24 (noie).

à dix ans, mourut six ans avant la mort de son père.

Philippe, fils de Louis VI, mort en 1131. (Voy. plus haut, p. 92.)

Philippe, lils de Louis VIII, mort en 1218.

Louis, fils de saint Louis, mort en 1260.

Louis, fils de Philippe III, mort en 1276.

Jean fils posthume de Louis le Hulin, ne vécut que quatre jours. (Voy. plus haut l’histoire de Joannino.)

Louis, fils de Philippe V, mort en 1516, à sept mois.

Philippe, fils de Charles IV, mort jeune en 1313.

Les quatre premiers fils de Charles VI, Charles, dauphin de Viennois; Charles, duc de Guyenne; Louis, duc de Guyenne ; Jean, duc de Touraine, moururent avant leur père. Ce fut son cinquième fils, Charles VII, qui lui succéda.

Louis et Joachim, fils de Louis XI, morts en bas âge.

Charles, dauphin de Viennois, Charles et François, fils de Charles VIH, morts en bas âge.

Louis XII eut deux fils dont on ne connaît pas les noms et qui moururent au berceau.

François, dauphin de Viennois, fils de François P'’.

Louis de Frauce, le grand dauphin, fils de Louis XIV, mort en 1711, à cinquante ans ,* son fils, Louis, duc de Bourgogne, dit le second dauphin, étant mort en 1712, ce fut Louis XV, troisième fils de ce dernier, qhi monta sur le trône.

Louis, dauphin, fils de Louis XV, mort en 176o.

Loiiis-Joseph-Xavier-François,dauphin, fils de Louis XVI,

I né en 1781, mort en 1789.

Louis - Charles , duc de Normandie, autrement dit I Louis XVII, fils de Louis XVI, mort au Temple eu 1793. t Enfin, de nos jours, le due d'Orléans.

38i CURIOSITÉS BIOGRAPHIQUES. :

Cliarles de V'alois, qui ne fut jamais roi, était fils d’uii roi (l’iiilippe le Hardi), frère d’uu roi (Philippe le Bel), gendre d’uu roi (Charles II. roi de Sicilel, oncle d'un roi (Louis le Hulin) et père d’uu roi (Philippe VI). Ajoutons qu’il avait épousé Catherine de Courlenai, petiie-fille de Baudouin II, dernier empereur de Constantinople.

On a dit du grand dauphin, Louis, dont nous venons de parler, qu’il fut fils de roi, frère de roi, aïeul de roi, jamais roi.

Louis Xlll, monté sur le trône le 10 mai 1610, mourut le 10 mai 1643, trente-trois ans juste après sou avènement.

Deu.K rois de Pologne, Sobieski et Auguste, moururent le jour anniversaire de leur élection.

« Il y a longtemps qu’on a dit, rapporte Vigneul-Marville, que d’ordinaire les maisons les plus illustres fmissenl par quelque chose de honteux ou de funeste. Sans remonter bien haut, et à ne nous en tenir qu’à dos exemples arrivés en ce siècle, la maison de Valois a fini par une femme débauchée, la maison de Montmorency s’est trouvée éteinte dans un seigneur malheureux, qui a laissé sa tète sur un échafaud. Le dernier de la maison de Longueville, Jean-Louis-Charles d’Orléans, est mort insensé. Peut-être que le déplaisir de se voir mép<’isé et dépouillé de tout, comme je l’ai appris d’une lettre qu’il écrivait de Rome à un ami, n’a pas peu contribué à lui renverser la cervelle; mais aussi faut-il avouer qu'il avait naturellement beaucoup de disposition à la folie, s’il ii'élait déjà un peu fou, comme on le peut juger pan les extravagances qui lui échappaient d<; temps en temps. Je lui ai OUI dire que M. de Longueville, son père, avait dffetl 400000 livres aux jésuites, pour le recevoir dans

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leur société. Il y demeura durant quelques mois ; mais à la fin, fatigué de tant de contrainte, il quitta 1 habit, et reprit sa qualité de prince et de duc, qu’il soutint trèsmal en France et en Italie.»

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