‹ Curiosités de l'histoire de FranceChapitre 14 sur 26 · JOURNAL DE LA SANTÉ DE LOUIS XIV · texte numérisé non relu

JOURNAL DE LA SANTÉ DE LOUIS XIV

, Ce paragraphe, en style d'apothicaire, renferme cependant, sous son obscurité et son embarras, qui ne résultent pas tant de l'ignorance de l'écrivain que de la préoccupation du courtisan, le germe d'une révélation historique qui planait, du vivant de Louis Xlll, sur le berceau de Louis-Dieudonné.

V’^allot, médecin d'Anne d’Autriche, était initié aux détails de la romanesque conception de la reine, qui, grâce à un hasard adroitement ménagé, rencontra son mari au Louvre, un soir du mois de décembre 1627, et partagea, cette nuit-là, le lit conjugal, où elle n’était pas entrée depuis douze ans; mais le bonhomme Vallot ne se fit aucun scrupule d’attribuer à son vin émétique et à son quinquina la robuste constitution de Louis XIV, qui n’avait rien de la débilité maladive et malsaine de Louis Xlll.

Le jeune prince fut atteint de la petite vérole en 1647, et soigné par Vautier, son premier médecin. Vallot, qui suivait aussi cette dangereuse maladie, augura dès lors tout ce que promettait te courage précoce de cet enfant, qui « témoigna de la patience et « de la fenneté dans les plus fortes douteurs et dans « l’accablement de plusieurs accidents, n'ayant refusé « ni les saignées, ni les incisions, ni tous les autres « remèdes extrêmes que l'on a proposés à Sa Ma- « jesté. »

Ce courage, cette docilité aux prescriptions des médecins, cette patience dans les remèdes, n’étaient que les conséquences de la crainte de la mort; crainte si vive et si pressante chez Louis XIV, qui redoutait la vue du clocher de Saint-Denis, et qui, tout cuirassé

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d’égoisiue, se croyait réellement immortel, comme scs. llatteurs le lui répétaient au figuré. Que n’aurait il pas fait pour prolonger ses jours, celui qui osait dire : U État, c'est moi! et qui se consolait de mourir, en espérant que madame de Maintenon le rejoindrait bientôt 1

Vallot, ayant succédé à Vautier en qualité de premier médecin, commença yiar examiner toutes les particularités nécessaires à l’exercice éclairé de ses fonctions;. il ne négligea pas même de consulter la science astrologique, tout habile jiraticien qu'il fut ;

« J’ai remarqué, dit-il, en Sa Majesté, une naissance « très-heureuse et une jeunesse accoiniiagnée de force « et de vigueur, avec toutes les marques d’une santé « toute parfaite, jKiurvu que Sa Majesté veuille avoir <r de la vei tu jKiur résister aux e.xcès de la jeunesse. » V'allot, (jui voulait absolument que le Roi eût été engendré d'un père fort valétudinaire et sur la fin de ses jours, l’engageait à se défier de sa délicatesse de poitrine et de sa faiblesse d'estomac. A l’ouverture du corps de Louis XIV, « on lui trouva, dit Saint-Simon, (( tout si parfaitement conformé, qu’on jugea qu’il au- « rait vécu plus d’un siècle sans les fautes, qui lui « mirent la grangréne dans le sang. On lui trouva (( aussi la capacité de l’estomac et des intestins double « au moins des hommes de sa taille. »

Si Louis XIV fut le plus grand mangeur de son siècle, il ne fut pas le plus faible héros des Amours des Gaules ; il ne ressemblait guère sur ces deux points à son bonhomme de père, le chaste et sobre Louis XIll. L’année 1652 termina les troubles de la Fronde : la

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’balaille du foiiboiirg Saint-Antoine livra Paris au parli de la reine et du cardinal Mazarin; les rebelles furent exilés, le cardinal de Retz arrêté, et la cour ramena au Louvre le jeune roi. Celui-ci avait partagé les fatigues des marches et contre-marches de son armée ; il restait longtemj)s à cheval, assistait au Conseil, et prenait i»art aux aflaires, sous la direction de sa mère et du cardinal.

En outre, le jour de .sa majorité avait été devancé par celui de sa puberté, et madame de Beauvais, femme de chambre d'Anne d’Autriche, quoique laide et borgnesse, s’était amusée à enseigner au Roi un art quelle connaissait bien, dit la princesse Palatine dans sa corresjiondance. Saint-Simon raconte la même chose.

Ou comprend que la bonne constitution du Roi, Agé de quatorze ans, devait se ressentir d'un abus aussi pernicieux de scs forces. Aussi, dès qu'il eut pris quelques jours de repos à Paris, « il se trouva, dit le « Journal de Vallot, travaillé d'un simple flux de ven- « Ire, qui fut promptement apaisé par nu bon régime, « et par un seul lavement, où l'on fit dissoudre de « rimile d’amandes douces. »

Ce genre d’incommodité, provenant toujours des excès de fatigue et de nourriture, se renouvelait fré^ quemment chez le Roi, qui se livrait à tous ses appétits avec un emportement aveugle.

Peu de temps après cette indisposition, il « fut af- « fecté d'une tension de ventre causée par un petit « désordre, et ce [lour avoir mangé trop de fruit. » La princesse Palatine nous donne une idée de la voracité

de Louis XIV, en énumérant le menu d’un dîner qu'elle lui fit faire : « Quatre assiettées de soupes* diverses, « un faisan entier, une perdrix, une grande assiettée a de salade, du mouton au jus et à l'ail, deux bornes « tranches de jambon, une assiétée de pâtisserie, et « puis encore du fruit et des confitures. »

On ne s’étonne pas que le Roi eût recours aux purgations et aux lavements, qui excitaient davantage celte invincible faim, capable de surpasser les exploits gastronomiques de Gargantua.

L'année 1653 ne fut pas favorable à la santé du Roi, qui se livrait à des exercices violents, et qui, grâce aux leçons de la Reauvais, et sans doute aussi à la politique italienne de Mazarin, ne se contentait plus des plaisirs innocents de l’enfance. C'est à cette année-Ià qu’il faut rattacher une anecdote ambiguë, racontée par La Porte et répétée par Voltaire, laquelle imputerait un attentat infâme au cardinal.

Quoi qu’il en soit, le Roi eut, dans le mois de janvier, une tumeur squirreuse au sein droit et des dartres vives par tout le corps. Vallol le guérit à l'aide d’un emplâtre qu’il avait inventé«en faveur des religieuses de Sainte-Marie, très-sujettes aux loupes des genoux, à cause de V austérité de leur vie et de la nudite de leurs pieds.

IxKiis XIV avait dans le sang une âcreté qui se révéla dès sa naissance par des gales et des érysipèles, sans que les médecins parvinssent à détruire ce principe d’éruption cutanée. C’était là certainement une des causes organiques de son caractère orgueilleux, obstiné, despote, irritable; c’était là aussi le foyer de ses amours.

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