I.ES ^,IT()\E^S-^■üBLES DE i’EKl'IG^A> UH
n'admettait que les grands, tels que les vicomtes, les comptors et les vavassors, qu'on qualiliuit quelquefois de barons, eu ajoutant à ce titre générique l'épithète d'honneur d'illustres ou de très-illustres; la seconde classe, nobilium, appartenait aux nobles de titre, qui avaient le droit de bannière et qui pouvaient confér, r la chevalerie : ils prenaient seuls pour épithète d'honneur la qualification de nobles avec le prénom de do)i (du mot latin doininus, seigneur) ; la troisième classe était celle des chevaliers, nülitinn, qui devaient à euxmèines ou à leurs ancêtres le grade de la chevalerie : ils avaient l'épithète d'honneur de magnifiques; enfin, la quatrième classe, celle des généreux ou écuyers et des hommes de parage, generosorum et homiuum île paralico, ne comprenait que des anoblis; or les aiu.blis, quoique membres du corps de la noblesse, étaient toujours distingués des nobles de fiefs. Ainsi, un riche roturier demandant ranoblisseinent à l’emp^u-eiir ,Sigismond, cet empereur lui répondit avec dédain ;
« Bonhomme, je puis vous donner des franchises, mais je ne saurais vous faire noble. »
L'empereur Sigismond, qui tenait ce langage au commencement du quinzième siècle, se conformait à l'opinion des princes mêmes qui avaient octroyé des lettres d'anoblissement, à l’exemple de celles que Philippe le Hardi donna, en 1271, à Haoul l’orfévre; car, dans CCS lettres, il était dit expressément que, « quoiipie l’impétrant ne fût pas noble, il pouvait néanmoins recevoir la chevalerie, et que cependant il devait être admis à tous les actes des nobles. »
L’anoblissement n'était donc, à vrai dire, que la gé-
riérosité, c’est-à-dire l'aptitude à recevoir la chevalerie, qui se donnait par ï'armature, dans les tournois, après les batailles, aux mariages des princes et en d'autres occasions solennelles.
Pour être fait chevalier, il fallait avoir la qualité de noble oud’anobli; autrement, si un roturier ceignait la ceinture militaire ou chaussait les éperons dorés, qui étaient les insignes de la chevalerie, son seigneur pouvait lui faire arracher sa ceinture et trancher ses éperons sur un fumier.
Les chevaliers avaient, en Catalogne, les mêmes prérogatives que partout ailleurs : ils levaient bannière ; ils apposaient leur sceau sur les actes publics ; ils portaient des armes argentées et des éperons dorés: ils prenaient le titre de monseigneur et de messire.
Quant aux nobles catalans en général, brachium mililare, ils possédaient également le droit de se faire la guerre entre eux.
Cet état de choses existait en Catalogne au milieu du onzième siècle, quand Raymond Bérenger, premier du nom, comte de Barcelone, rédigea par écrit les Usages de son comté, avec l’intervention des prélats, des barons, des nobles de titre, des chevaliers et des bourgeois ou citoyens-majeurs. Ces Usages, formés du mélange des lois féodales avec celle des Goths, sanctionnèrent les anciennes Constitutions de la noblesse catalane, et remplacèrent, pour les citoyens-nobles des villes appelés honrats, en latin honoruti, l’instrument authentique de leur générosité, perdu ou détruit pendant les guerres des Sarrasins.
On voit, en effet, dans les Usages de Barcelone, i-è-
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(iigés en 1068, que les citoyens honores, quoiqu'ils ne fussent pasTîhevaliers, marchaient sotivent de pair avec les autres nobles. L’article 10 jxirte que « les citoyens et bourgeois seront actionnés et vengés entre eii.v, comme les chevaliers; » l’article 69, que « les biensfonds des magnats, tant chevaliers que bourgeois, (jui mourront sans enfants, tourneront au profil du prince; »
' l’article 56, que « le serment des bourgeois soit cru comme celui des chevaliers, jusqu’à cinq onces d’or. » L’arlicle 112 détermine encore mieux le d<‘gré de noblesse des citoyens, en disant : « Les femmes accusées d’adultère pourront défendre leur honneur par le serment et par le duel : celles des chevaliers, par un clievalier; celle des bourgeois et citoyens-majeurs 'et des no- . Ijles baillifs, par un piéton ; et celles des rustiques, par elles-mêmes, au moyen de l’épreuve de l'eau bouillante. »
Le combat à cheval appartenait exclusivement aux che- ^aliers, mais les ijénéreux ou les écuyers combattaient à pied, avec des armes de guerre, tandis que les vilains ne se servaient que du bâton dans leurs querelles.
Depuis la rédaction de ces Usages, la condition des citoyens-nobles fut irrévocablement fixée par une foule d’ordonnances des rois, sans que leur assimilation aux chevaliers paraisse avoir été l’objet d'aucune remontrance de la part de ceux-ci.
En 1311, Jacques III, roi d’Aragon, dans les États de Barcelone, ordonne que, « si une terre de justice passe des mains d’un chevalier à celles d'un bourgeois ou citoyen-majeur, le châtelain et les feudataires de cette terre seront jugés, en cas de contestation, par rapport au bourgeois et au citoyen leur nouveau sei-
gneur, comme ils l'étaient par rapport au chevalier. « Le même Jacques 111, dans les États tenus à Girone en 1321, ordonne que, « en cas d'accusation de félonie, de trahison ou de rupture de trêve, les hommes lie parage ou de race de chevaliers, ou les lioiumes-hoiiorés des cités et villes, soutiendront leur foi et leur honneur par le duel. » En 1559, rierre III, dans les États tenus à Cervera, décrète que, « du jour de son ordonnance jusqu'au 1" mai suivant, aucun baron, chevalier, homme de parage ou homme-houoré de ville ou cité, ne pourra faire la guerre. »
Les citoyens-nobles s'étaient donc placés au niveau des chevaliers, qui guerroyaient entre eux, à leur convenance, sans autre empêchement que la Trêve de * Dieu, et qui en appelaient de leur parole à leur épée dans les combats judiciaires.
Aussi ces citoyens-/io«?’«I.<î jouissaient-ils de tous les avantages attribués à la noblesse proprement dite : ils pouvaient monter à la dignité de chevalier, sans avoir besoin' de passer par les degrés de bachelier et d’écuyer; ils portaient des habits en étoffes de brocart et de soie, avec des chaînes et des bagues d’or; ils avaient des armoiries surmontées d’un limbi-e ou casque à lambrequins ; ils étaient admis dans les tournois et les pas d’armes. « Tous les hommes sont ou « gens de cheval ou gens de pied, dit un aucien coni- <1 mentateur des Constitutions de Catalogne. Les pié*- « tons sont les citoyens ordinaires, les mercadiers, les « artisans et les rustiques ; mais, pour les boui’geois Il et citoyens-majeurs, ils sont gens de cheval comme « les chevaliers. »
LES CITOYENS-NOBLES DE l'EHPIGNAN lOj
Néanmoins les cUoycns-nobles n’élaient pas chevaliers, puisque Ferdinand II donna des lettres de chevalerie à ceux de Bartelone, en lalO, et Philippe 111, à ceux de Perpignan, en 1590. Le préambule de ces lettres, surtout des premières, est un magnifique témoignage en faveur des citoyens-nobles ; « Considérant, « dit Ferdinand II, les services rendus avec un cou- « rage infatigable par les citoyens-nobles aux rois « d’Aragon nos prédécesseurs, soit pour conquérir les « royaumes de Majorque et de Rlinorque, les royaumes « de Valence, de Sardaigne, de Naples et de Sicile, « soit pour combattre par mer et par terre les eime- ’ « mis de l’État, au risque coivtinuel de leurs biens et « de leui-s vies, en sorte que ce fut par les secours e*- # à l'aide des flottes qu’ils formèrent que nos prédé- « cesseurs ont réuni ces îles et ces royaumes à la cou- « ronne d'Aragon ; considérant qu’ils n’ont jamais « manqué d'aider ces princes dans tontes leurs guer- « res, et que, depuis que nous sommes parvenu à la « couronne, plusieurs d'entre eux nous ont suivi dans « les expéditions que nous avons cnlreprises contre « les Sarrasins qui occupaient le royaume de Grenade « et que nous avons soumis à notre obéissance; et « qu’enlin ces citoyens nous ont servi dans la guerre ■ que nous avons eue contre la France, et que leurs « secours et leurs richesses ne nous ont pas fait défaut « dans l'armée que nous avons envoyée si heureu- « sement en Afrique pour l'exaltation du nom chré- « tien » etc., etc.
Ces lettres de chevalerie, qui étaient à la fois des lettres de noblesse, nobilia, déclarèrent que les ci-
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loyciis-iioblos désignés (au nombre de cent jiour Barcelone et de vingt-sept pour l’erpigrian), « et tous ceux « qui dans la suite seraient agrégés et inscrits à leur « matricule, ainsi que les enfants et descendants des
« uns et des autres, nés et à naître en ligne mascu- « line, quand bien même ils seraient mariés et établis <1 partout ailleurs, useraient et jouiraient de tous les i» privilèges, immunités, libertés, franchises, préémi- K nences, faveurs et prérogatives, dont les chevaliers « et les autres personnes de la chevalerie usent et « jouissent, peuvent et doivent et ont accoutumé user « et jouir en Catalogne, à présent et à ravenir. »
Les citoyens-nobles de Perpignan n'étaient pas d'une noblesse moins aueienne ni moins prouvée que ceux de Barcelone. Cette ville, dont l’origine remonte aux Romains, ne commence à prendre rang à la tête des cités de la Catalogne que vers la lin du neuvième siècle, lorsque, repeuplée et accrue aux dépens de l'antique Ruscino, que les .\ormands avaient détruite de fond eu comble, elle devint le siège des comtes de Roussillon.
Le dernier’ de ces comtes, Guirard, qui n’avait pas de descendants directs, légua son comté, en H 75, au roi d’Aragon. Le Roussillon, réuni à la couronne ai’agonaise, ^devint la bai’riére du royaume; et le roi Pierre 1", pour s’assurer de la conservation de Perpignan par la recomraissance de ses habitants, leur abandonna cette ville à gouverner et à défendre euxmêmes.
Cette transaction, qui n’était pas l'octroi d’une charte de Commune à l’instar de celles que les rois de
LES CITOYENS-NOBLES 1»E l’ERPIÜNAN J97
France donnaient ou vendaient à leurs sujets en ce temps-là, fut signée au mois de février i 1 90 par le prince et par les citoyens-nobles. Ceux-ci établirent cinq consuls, dans les mains de qui furent concentrés l’autorité politique, l'administration de la justice et le commandement militaire. Le premier et le second de ces consuls devaient être élus parmi les citoyens-nobles; le troisième et le quatrième parmi les niercadiers; le cinquième sortait de la classe des artisans.
Ce gouvernement municipal fut respecté et continua de subsister dans sa forme primitive, quoique le Roussillon changeât plusieurs fois de maître. En 1270, après la mort de Jacques le Conquérant, il entra dans le partage de Jacques, second fils du roi d'Aragon, et il forma pendant soixante-trois ans une petite monarchie, sous quatre rois, dont le dernier fut déiwuillé de ses États pour crime de félonie. Le Roussillon, rattaché alors à la couronne d’Aragon et incorporé à la principauté de Catalogne, ne resta pas longtemps au pouvoir de la France, lorsque le roi Jean 11 l’eut engagé à Louis XI pour une somme de deux cent mille écus d’or; il se révolta contre les Français qui l’occupaient, et se remit gratuitement en la possession du roi d’Aragon, qui n’aurait pas eu les moyens de retirer son gage en payant sa dette. Mais, à un siècle et demi de là, le Roussillon tendit les bras à la France et se laissa cohquérir en 1042, pour se soustraire aux ^ vexations des garnisons espagnoles.
Le traité des Pyrénées reconnut la conquête de Louis Xlll, et, depuis cette cession de territoire faite solennellement par l'Espagne à. la France, le Rous-
HISTOIRE DE FRANGE
sillon est resté français, en conservant, jusqu'à la Révolution de 89, et sa législation catalane, et ses vieux privilèges octroyés par les rois d’Aragon et d’Espagne.
Ces privilèges, dont les habitants de Perpignan se montrèrent toujours si jaloux, leur avaient coûté de nombreux et énormes sacrilices; cette noblesse ci* toyenne, qui rivalisait avec la noblesse seigneuriale et chevaleresque, était le prix du sang versé sur la brèche de la cité. Perpignan pouvait, à la tradition glorieuse de ses luttes contre les Sarrasins et les Normands, ajouter les monuments authentiques de plusieurs sièges mémorables, soutenus jus(ju’à la dernière extrémité par son héroïque population et ses citoyens-nobles.
Le premier siège eut lieu en 1475. Perpignan, qu’une garnison française tenait en garantie de la somme d'argent prêtée par Louis XI à Jean H d’Aragon, massacra une partie de cette garnison, chassa le reste et se mit en défense, de concert avec le roi d’Aragon, qui lui amena en personne, avec son propre llls, les secours de. la noblesse aragoiiaise.
Tous les citoyens avaient pris les armes sous' les ordres de leurs lionrats et de leurs mercadiers. Jean 11, qui vint les haranguer dans l'église de Saint-Jean, où ils étaient rassemblés, les trQuva pleins d'ardeur et de détermination ; en elTet, l'armée française, qui se pré- • senta de\ant la ville, fut obligée de renoncer à s’en emparer après deux mois de blocus.
Mais cette retraite ne devait pas être définitive ; l'année, plus forte en hommes et en artillerie, revint tout à coup, le I"'' novembre 1474, recominemer le
siège de Perpignan. Les citoyens-nobles trouvèrent parmi les habitants le même courage et le même dévouement que dans une circonstance semblable, mais beaucoup moins grave; car Louis XI avait réuni toutes ses forces pour ti iompher de la résistance de la ville assiégée. Jean II n'avait pas prévu cette vigoureuse attaque : il essaya toutefois d’envoyer un convoi de ’ vivres aux assiégés; le convoi fut intercepté^ et les troupes qui l'escortaient n'amenèrent dans les murs de Perpignan qu'un surcroît de famine. (Cependant les Perpignanois mouraient de faim plutôt que d’ouvrir leurs portes à rennemi : ils poussèrent le désespoir jusqu’à se nourrir de la chair de leurs morts !
C'étaient les citoyens-nobles qui, pac leur exemple et leurs exhortations, faisaient des héros. L’illustre Blanca, premier consul de la ville, combattait au premier rang dans les sorties, dans les assauts ; son fils fut fait prisonnier; on le somma de rendre la place pour sauver ce jeune homme, mais le malheureux père aima mieux le voir périr sous ses yeux que de manquer à son serment de citoyen. On a conservé longtemps l’inscription gravée sur la maison de Blanca, en mémoire de ce trait affreux et sublime : Hvjus domm (lomùnis fidelitale cimctos siipernvit liomanox (le maifre de cette maison a surpassé tous les Romains en héroïsme).
Après quatre mois de combats et de souffrances extraordinaires, les assiégés reçurent une lettre du roi d’.Aragon, qui les invitait à ne pas prolonger davantage une défense inutile, et qui les remerciait de leurs généreux services ; une honorable capitulation fut ac-
cordée à Perpignan par les lieutenants du roi de France, les seigneurs d'üsson et de Lude, qui la signèrent avec les Consuls et le Conseil général de la cité.
Ce siège fameux fut souvent rappelé dans les lettres de noblesse que les rois accordèrent aux descendants des braves citoyens qui l’avaient soutenu : a La fidélité « et la constance des habitants de Perpignan à notre « égard, dit Philippe 111 en 1599, a toujours été en « augmentant, et principalement dans les événements « militaires, surtout lorsque le roi de France investit « et assiégea cette ville. Nos citoyens-nobles de Per- -( pignan l’ont défendue par leur courage personnel et ‘ « par l’autorité qu'ils y exerçaient, quoique exténués « par la faim, tellement qu’au défaut des animaux les <1 plus vils ils ont mangé de la chair humaine ! »
Les Perpignanois étaient prêts à renouveler ce grand exemple de vertu guerrière et de patriotisme : ils eurent bientôt repassé sous la souveraineté espagnole; et, au commencement du seizième siècle, ils virent, du haut de leurs murailles, défiler l’armée française de Louis XII, commandée par le maréchal de Gié, qui ne s'y arrêta pas, de peur de retrouver les mêmes hommes que les seigneurs d'üsson et de Lude avaient eus à combattre en 1474.
Mais une autre armée française vint encore mettre le siège devant Perpignan : le 14 août 1542, la tranchée fut ouverte et les travaux furent poussés avec vigueur. Galdericli Font, docteur en droit, était alors premier consul, et, à ce titre, commandant général de la ville» dans laquelle Charles-Quint avait eu le temps de jeter quelques troupes; Galderich Font, secondé par les
citoyens-nobles et tous les habitants, accourait à leur tête, le bâton de commandement à la main, dans les endroits attaqués ou menacés; enfin il dirigea une sortie exécutée en plein jour par la population entière et la garnison, vêtues de chemises blanches en symlwle de martyre, détruisit la principale batterie des assiégeants, encloua les canons et fit lever le siège.
Ce ne fut pas le dernier siège qui couvrit de gloire la noblesse de Perpignan. Dans la nuit du 18 août 1597, Alfonse Corse, maréchal d’Ornano, tenta de surprendre celte place, dont il s'était approché avec un corps d'élite : il enfonce la porte d'Elne au moyen d'un pétard, il force la première garde, il s'avance dans la ville endormie; mais on crie aux armes, on sonne le tocsin, les citoyens-nobles rassemldent la milice municipale, et le maréchal d'Ornano est contraint de se retirer.
Philippe III donna des lettres de chevalerie aux citoyens-nobles : « Considérant» dit-il, que, dans le temps n où notre ville de Perpignan fut insultée par Alphon.se « Corse, général des Français, qui avait pénétré dans « le Roussillon, elle fut virilement défendue et con- « servée par ses citoyens-nobles à l’extrême risque de « leurs biens et de leurs vies. »
Mais ces lettres de chevalerie, que le roi d’Espagne concédait comme la plus éclatante récompense à des bourgeois, n’élevêrent pas la condition des citoyensnobles à leurs propres yeux; car leur noblesse de bonne bourgeoisie semblait aux plus ambitieux égale, sinon supérieure à la chevalerie. D’ailleurs, la chevalerie les faisait déchoir en les plaçant sous la juridic-
lion du Viguier, officier d'épée, créé par le pouvoir royal, et juge suprême des chevaliers, tandis que le Baillif, dont les citoyens-nobles étaient justiciables, représentait le pouvoir municipal. Ainsi , lorsqu’on 1528 Charles-Quint eut nommé chevaliers douze citoyens-nobles de Perpignan, le Conseil de ville les dépouilla de leurs fonctions civiques, par cette raison (pi'ils ne relevaient plus que du Viguier, et ces nouveaux chevaliers, ayant appelé de cette décision à la Royale-Audiencc de Barcelone, furent déboutés de leur prétention, par arrêt du 27 septembre 1529, attendu que, « suivant l'ordonnance du roi Martin (da- « tée div^ôl octobre 1599), ceux qui ne sont pas du « for du Baillif ne sont pas admis, à Perpignan, aux « charges de l'Hotel de Ville. » La même exclusion fut prononcée aussi à l’égard des chevaliers de 1599, qu’on déposséda sur-le-champ de leurs chaînes à la Maison de ville.
C'était un axiome reconnu à Perpignan, que « les « citoyens-nobles sont pairs et égaux aux chevaliers et « sont gentilshommes de nom et d'armes. » En conséquence, ces citoyens n'acceptaient pas toujours l’incommode dignité de la chevalerie, et quelquefois l'abdiquaient apres l'avoir reçue, pour se faire rétablir dans les honneurs de citoyen, témoin le magnifique François Giginta, (jui, en 1529, déclara, devant notaire et en présence des Consuls, qu'il préférait l’état de citoyen-noble à celui de chevalier.
Cette préférence n’était pas chose rare ni étrange, puisque le titre de chevalier paraissait incompatible avei; celui de citoyen, jusqu’à ce que les chevaliers
eussent obtenu l'entrée de l’Hôtel de Ville, en 1601. Avant cette innovation, qui donnait alternativement la place de premier et de second consul à un chevalier et à un citoyen, beaucoup de chevaliers renonçaient à leur chevalerie par acte public, afin d’i tre aptes à participer au gouvernement de la cité en se faisîinl élire citoyen.
Cette élection des citoyens-nobles de Perpignan ne reposait pas sur des bases fixes au milieu du quatorzième siècle, où la reine Marie d’Aragon régla la forme , qu'elle devrait avoir à l’avenir. Jusque-là, la noblesse des citoyens se perpétuait par traditiçn, et les hérauts d’armes, qurétaient les blmormeurs de toute noblesse, se transmettaient de bouche en bouche la généalogie des nobles avec les preuves des quartiers.
On ne trouve pas, il faut l'avouer, un seul Utre constatant la nomination d’un ycitoyen-noble de Perpi- . gnan avant l’établissement de la matricule imaginée par la reine Marie, dans le but de mettre un frein aux anoblissements et de distinguer les véritables nobles. Cette matricule était un registre où l’on inscrivait les titres de chaque citoyen-noble, vérifiés devant un commissaire de la ville et appuyés du témoignage de plusieurs témoins. Ce fut dans le quatorzième artii le d’un règlement pour la iwlice du corps municipal de Perpignan que la reine Marie rendit pins difficile et moins suspecte l’inscription des honrats dans le livre de la matricule : « Item, que nul dorénavant ne « puisse s’intituler ni être tenu jxnir citoyen-noble,
« s’il n’est fils de citoyen-noble, on s’il n'est ap- « prouvé pour être citoyen-noble, la(|uclle ajtprobation
‘il O
« devra se faire à l'avenir par les cinq consuls et par « ceux qui auront été les premiers consuls, ou par les « plus anciens des ex-consuls seconds, au nombre de « neuf : lesquels quatorze, ou dix d’entre eux, de- « vront être d'avis conforme pour ladite approbation, « laquelle ne pourra se faire que le jour de Saint-Cjr, a 1 G juin. Ceux qui seront ainsi approuvés seront ina scrits pour citoyens-nobles au livre de la matricule, n et, après avoir prêté le serment ordinaire de conu seillers de ville, ils seront tenus pour conseillers de « main majeure ou premier état, ma major. »
Ce livre de la matricule, dépositaire des titres les plus authentiques de la noblesse de Perpignan, était rédigé en latin et en catalan écrits sur vélin, et sa couverture en velours vert, ornée de riches fermoirs d'argent, offrait de tous côtés les armes de la ville en orfèvrerie. 11 restait dans les mains et sous la garde spéciale du greffier en chef et dépositaire des sceaux de la compagnie des notaires. En tète du volume, on lisait les statuts fondamentaux de la noblesse, approuvés et signés par tous les nobles qui s’étaient présentés; ensuite se succédaient, par ordre chronologique, les actes d'admission dans le corps de cette noblesse municipale. Les élections faites par les consuls, dans la forme régulière, ne pouvaient qu’être extrêmement rares par la difficulté de réunir autant de suft'rages ; mais, en revanche, la noblesse de rescrit, celle qui résultait seulement de la munificence royale, et qui se trouvait dispensée de toutes ces entraves, fut prodiguée de manière «à faire murmurer les nobles d’ancien titre. Ces citoyens-nobles de rescrit ne purent pour-