‹ Curiosités de l'histoire de FranceChapitre 21 sur 26 · DE DULAURE · texte numérisé non relu

DE DULAURE

Jacques-Antoine DuLAüRE.ce savant historien, si jiarlial, si passionné, si fanatique dans ses écrits, était sans doute un homme de conviction, et, comme tel, il mérite de n’élre jamais confondu avec ces écrivains sycophantes qui ont trafiqué de leur plume , et dont les opinions se sont successivement transformées en raison de leurs intérêts, sous rinfluence direde des événemenis.

Dniaure fut toujours la Révolution incarnée, et, bien avant que l’ère de 89 eût bouleversé la France pour la reconstituer de fond en comble, avec la terrible mission de faire quelqiuj bien au prix de beaucoup de mal, Dulaure applaudit le premier au triomphe des idées

qu’il proclamait dans jses ouvrages les seules justes, les seules utiles, les seules’ profitables au peuple.

Pendant tout le régne de "la République française, il ne changea rien à ses principes, puisés dans une étude faussée de l’histoire de son pays, et il resta républicain de bronze, lorsque le pouvoir absolu, tout resplendissant de la gloire impériale, se fut élevé sur les ruines du Directoire.

Dulaure, qui avait voté la mort de Louis XVI, sans sursis et sans appel, vit avec douleur la résurrection des rois commencée par un empereur, et, désespérant de l’avenir de la France redevenue monarchique, il se renferma dans ses travaux historiques, afin de raviver encore sa haine implacable contre le passé et son mépris pour le présent.

C’était acte d’indépendance que de n’étre pas courtisan sous l’Empire, et de se faire oublier, en attendant le dernier mot de cette énigme de victoires et de prospérités inou’ies. Dulaure pensait que le despotisme de Napoléon revomirait la République plus forte et plus ^ pure qu’il ne l’avait dévorée ; mais la chute d’un trône en releva un autre abattu depuis un quart de siècle, et Dulaure, détestant la Restauration plus encore que l’Empire, redescendit dans la lice avec ses systèmes philosophiques, avec ses vieux ressentiments contre la religion, la royauté et la noblesse.

VHistoire civile, physique et morale de Paris, formant 7 volumes in-8“, publiée en 1827, ne fut pas rédigée dans un esprit différent de celui qui avait présidé, en 1775, à la composition de la NouwUe Descriplion des curiosités de Paris, en 2 volumes in-18:

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soiili^mcnt, cet esprit sV‘lait encore aipri et envenimé sons l’impression des circonstances, et l'incorrigilde Diilanre poursuivait de ses sarcasmes, de ses injures, et souvent de s«’s calomnies, les prètn*s, les rois et les nobles, qu'il voyait reparaître sons le nouveau régime, tels qu'il les avait jugés et combattus dans un autre ordre de choses. Diilaure voulut être conséquent av<*c lui-même jusqu'à son dernier soupir.

Ainsi, dés l’origine de la Révolution de 89, fondée sur l’entière destruction des prêtres, des rois et des nobles, Dulaure, qui abhorrait les uns autant que les autres, se servit de sa spécialité d’historien pour diffamer la noblesse, et préparer, sans le savoir peut-être, les horribles exécutions destinées à épuist'r sur l'échafaud tout le sang noble qui restait en France.

Dulaure avait déjà fait servir sa déplorable érudition, défigurée par l'esprit de [»arti, à salir les plus lielles pages du Livre d'or de la Noblesse française : tout cxî qui était sorti de sa plume jusqu'alors reproduisait, avec Ire détoui'S et les précautions oratoires exigés par la censure royale, la même série d'accusations et d’outrages envers celte classe de noms illustres qui l’importunaient ; dés que le débordement de la presse eut entraîné censure et censeurs pour venir ébranler le trône et l'autel, Dulaure ne garda plus aucun ménagement : il rassembla hâtivement quelques notes fautives ou mensongères, recueillies dans ses lectures, et les lança parmi le public, sous ce titre audacieux et provocateur : Les Métamorphoses, ou Liste des ^lonis de famille et patronymiques des ci-demnt Ducs, Marquis, Comtes, Barons, etc.

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Lt Noblesse venait d’être abolie en France ; el Dulanre, qui comprenait bien qu'une ordonnance de la Convention nationale ne sullîrait pas pour déraciner en un jour une institution liée depuis des siècles an sort de la monarchie, et profondément établie dans les mœurs de la nation, tenta de Justifier celte mesure révolutionnaire en marquant d’un fer rouge le front de la Noblesse.

Le succès de ce pamphlet, qui flattait et caressait les passions jwpulaires du moment, fut immense : chaque livraison, compasée d'une feuille d'impression in-8“, était enlevée aussitôt que publiée, et l'éditeur Garnery, demeurant rue Serpente, vit s'écouler une première édition, tirée à très-grand nombre, avant que l’ouvrage fïit {wrvenu ou vingtième numéro.

Alors Dulaure, qui ne s’était pas nommé en tète de cette satire, qu'il avouait publiquement, résolut d’apporter plus de soin dans les recherches et dans la rédaction, en la réimprimant sous un titre plus insolent que le premier : Liste des noms des ci-devant Nobles de race, robins, prélats, financiers, intrigants, et de tous les aspirants à la noblesse ou escrocs d'icelle, avec des notes sur leurs familles.

Cette seconde édition du premier volume, corrigée et augmentée, avait pour épigraphe cette spirituelle bouffonnerie d’Arlequin : Si notre père Adam avait recherché une charge de secrétaire du Hoi, nous serions tous nobles.

La critique vanta le savoir et le bon goût qu’on remarquait dans cette compilation hérissée de mensonges ou, du moins, d’erreurs ; les gazettes dont les rédac-

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leurs se respectaieut en respectant leurs lecteurs ne piirlêrent pas du livre, malgré le bruit et le scandale qu'il sema sur son passage ; deux ou trois journalistes à peine osèrent prendre la défense de la Noblesse, à leurs risques et périls; mais ces voix généreuses se lassèrent ou s’intimidèrent, et les livraisons des deux volumes suivants se succédèrent sans interruption, sans rétractation. Le. libraire eut la hardiesse de terminer chaque numéro par cet avis : « Les pei sonnes qui auraient quelques renseignements à fournir sur cette matière sont priées de les faire parvenir à l’adresse ci-dessous. » 11 y avait un bureau ouvert aux délations contre les nobles, qui émigraient déjà de toutes parts, et qui croyaient plus urgent de sauver leur vie que leur nom, leurs titres et leurs aïeux.

La Liste des Nobles atteignit, dans le cours de l’année 1791, la fin de la troisième partie; mais la .suite, qui était annoncée et attendue, ne fut pas mise sous presse. Dulaure avait fait paraître en même temps une esi)èce de contrefaçon de son pamphlet, sous ce titre légèrement modifié : Êlrennes à la Noblesse, ou Précis historique et critique sur l'oriqiue des ci-devant Ducs, Comtes , Barons , etc . , Excclleuccs , Mouseigneurs, Grandeurs et Anoblis. L’éditeur de ce volume, in-8* de 250 pages, fut Jean Thomas, qui en vendit un assez grand nombre, pour désirer que l’insulteur de la Noblesse ne ralentit pas cette lâche et infâme guerre, durant laquelle personne n’avait relevé le gant jeté dans la l)oue; mais Dulaure sentit peut-être lui-même qu’il avait trop beau jeu à marcher sur un corps politique renversé à terre par la force des événements : il

HISTOIRE DE FRAlSCE

eut honte d'une pareille victoire, et il cessa de s’escrimer contre des noms cpi’il regardait comme évanouis désormais.

Son livre avait eu en France et en Europe un effroyable retentissement : ce livre avait autorisé toutes les lois d'exception et de terreur contre les nobles, traqués partout et poursuivis jusque dans les sépultures de leurs ancêtres; il était dans la main des Juges et des bourreaux ; il se couvrait de taches de sang à chaque page. C’en était fait de la Noblesse et des nobles. Dulaure se dit, comme Dieu après la création : Cela est bien, et se reposa de la furieuse croisade qu'il avait prêchée contre les ennemis de la souveraineiê populaire et des droits de l'homme.

Mais son livre existait, son livre, dont le bon sens trop vanté du public aveugle et crédule n’avait pas fait justice.

Tant que les nobles lui parurent enterrés dans leurs généalogies, tant que l’ancienne Noblesse, toujours jeune et toujours vivace, ne repoussa pas de verts et vigoureux rejetons à travers la noblesse nouvelle, Dulaure, sembloble à un lion repu qui s’est endormi sur les débris inanimés de ses victimes, crut inutile de reprendre en main les arguments de ce livre, avec lesquels il avait fauché les cent mille têtes de l'hydre.

La Restauration lui apprit que cette Noblesse, mise naguère hors la loi, n’avait perdu que des terres, de châteaux et des privilèges, dans la tourmente révolutionnaire; il s’aperçut que son livre pouvait revenir ù la charge en frappant les mêmes hommes et les mêmes choses qu’autrefois, et il songea aux moyens

de tirer du fourreau celte épée rouillée dans le sang.

Il n’eût trouvé, à cette époque, ni imprimeur, ni libraire, pour remettre au jour la Liste des ci-devant Nobles, entachée du cynisme brutal et malfaisant des réformateurs de 89 ; la censure s’exerçait par l’entremise des tribunaux, et la réimpression du pamphlet anti nobiliaire aurait attiré de rigoureuses i-eprésailles sur la vieillesse de Dulaure. Celui-ci ne renonça pourtant pas à se servir encore une fois, exaspéré et non calmé par l’âge, des armes empoisonnées qu’il avait déjà enfoncées dans le sein de la Noblesse ; il les mania plus habilement et plus perfidement, lorsqu’il publia, coup sur coup, VHistoire civile, physique et morale de Paris, les Esquisses historiques des principaux événements de la Révolution française, VHistoire physique, civile et morale des environs de Paris, et la nouvelle édition des Singularités historiques, ou Tableau critique des mœurs, des usages et des événements des différents siècles, édition qui fut saisie par la police, et supprimée, sans procès, à cause des invectives que l’auteur y av'ait accumulées contre les prêtres, les l'ois et les nobles.

Ces dHTérenls ouvrages, quoique recommandables sous le rapport des immenses recherches qu’ils ont coûté, sont malheureusqmenl gâtés par les amères préoccupations, inséparables d’une œuvre historique de Dulaure : il détourne et déguise les faits pour appuyer son système de dénigrement et de réprobation à l'égard de la religion, de la royauté et de la Noblesse; il a l'air de se réjouir des turpitudes et des crimes qu’il découvre et qu'il ( évoile sans pitié ; il s’attache

UISTOIRK DE FRANCE

sans cesse à flétrir ou à ridiculiser ce qui est grand et généreux ; il répète avec un rire infernal que prêtres, rois et nobles sont les trois plaies du genre humain ; il frappe d’autant plus impitoyablement sur la Noblesse, qti’il ne peut, avant de l’avoir abattue, renverser la religion et la royauté : chaque coup qu'il porte à l’iiue de ces trois pierres angulaires de l'édifice gouvernemental ébranle à la fois les deux autres, et aucun sentiment de pudeur n’est capable de l’arrêter dans cette œuvre de démolition.

C’est toujours la Liste des ci-devant Nobles qu'il . emploie comme une arme agressive et qu’il reproduit sous des formes diverses, en ne dissimulant pas ses préjugés haineux et vindicatifs.

Ouvrez la table des matières de Y Histoire de Paris au mot Nobles, vous retrouverez les principes qui ont dicté la Liste des ci-devant Nobles; les accusations qui sont rassemblées dans ce pamphlet fameux ; les mêmes injures contre les mêmes personnes, les mêmes moyens pour arriver au même but. « Nobles, oppresseurs et destructeurs.... sont brigands et voleurs, commettent des crimes horribles; sont sacrilèges, incestueux, parjures, traîtres.... leurs extorsions et leurs violences.... leurs bassesses... sont empoisonneurs sous Louis XIV ; barbarie de plusieurs ... »

Une phrase seule, empruntée à la préface de la première édition de son Histoire, indique le plan que Dulaure s’est proposé dans tous scs écrits : « La guerre de la barbarie contre la civilisation, de l’ignorance et des erreurs contre la luinii're et la vérité, qui depuis longtemps et surtout lepuis les épouvantables et inu-

liles exploits du seizième siècle jusqu’à nos jours a troublé et trouble encore les nations, est une guerre du plus haut intérêt. » Dulaure entendait par barbarie tout ce qui est antérieur à la convocation des États Généraux, et il rangeait de bonne foi la Noblesse parmi les erreurs et Vignorance du bon vieux temps.

Les ouvrages de Dulaure, qu’on met sans précaution dans les mains des jeunes gens, sont donc tous infectés de ces dangereuses doctrines de la Révolution, et l’on y sent à chaque instant la contagion que leur a communiquée la Liste des ci-devant Nobles, bien que ce pamphlet y soit rarement cité, pour ne pas éveiller la défiance "du lecteur.

G’est pourquoi nous avons cru plus important de réfuter une fois pour toutes la Liste des ci-devant Nobles, afin qu’elle ne puisse pas être réimprimée sans correctifs, ^ l’instar des ignobles déclamations de Prudhomme et de La Vicomterie.

Cette Liste, qui ne renferme pas plus de trois cents noms, est toujours suspendue comme l’épée de Damoclès au-dessus de la tête de notre bonne Noblesse cette Liste peut encore, en telles circonstances qu’il faut craindre sans les prévoir, évoquer de nouvelles proscriptions par de. nouveaux blasphèmes; cette Liste enfin résume et contient en germe les nombreux écrits de Dulaure.

11 ne sera pas inutile de la discuter sérieusement pour démontrer qu’elle est erronée de tout point, et qu’eîle ne saurait accréditer ni appuyer la moindre accusation générale contre la Noblesse. On verra par là combien la science de Dulaure était subordonnée à

ses préventions et à ses antipathies; on verra que ce ballon fulminant, lancé dans le camp des nobles en déroute, n’avait besoin que de quelques piqûres d’épingle pour crever et se perdre lui-même, sans avoir compromis l’état d’un seul intéressé dans là question de la Noblesse. Je regrette que, pour rendre cette réfutation plus complète et plus puissante, le Cabinet des titres de la Bibliothèque du Roi ne m’ait pas livré des matériaux qui ne sauraient être qu'à la disposition des familles elles-mêmes.

Dans ce travail sommaire, aidé de ma mémoire et de quelques livres que j’ai entre les mains, je suivrai l'ordre dans lequel sont présentés les noms, et j'éviterai ainsi le soupçon de m’être laissé aller de préférence à des affections ou à des intérêts personnels.

La préface, adressée Aux ci-devant Nobles, est un amas de lieux communs dans le goût suivant : Il y a eu des hommes et des rotuners avant qu'il y eût des nobles. Les plus ardents champions de la Noblesse n’ont jamais nié cette vérité, niaise à force d’être banale; on est et on sera éternellement d'accord sur ce point, et la meilleure Noblesse n’est pas même celle qui s’attribue l’origine la plus reculée.

Le duc de Lévis, qui, suivant sa généalogie, descendrait de Lévi, troisième fils du patriarche Jacob, rira volontiers avec nous de ce tableau d’autel où le peintre naïf du treizième siècle a représenté un seigneur de Lévi à qui la sainte Vierge dit familièrement : Couvrez-vous, mon cousin. 9

M. de Noé serait le dernier à croire qu’il tire son extraction d’un patriarche de la Bible, comme ses an-

côlres ont dû le supposer d'après la crédulité des anciens temps.

Dulaure, qui ne se borne pas à signaler des bizarreries de cette espèce, déclare que la plupart des cidevant nobles trouveraient parmi leurs aïeux quelque misérable, digne de la potence ou d'une pri.son de fous : « Si vous me répondez que les taules sont per- « sonnelles et que vous ne pouvez répondre des crimes « de vos aïeux, je vous ferai deux objections : la pre- « miére, si le crime dégrade et si la noblesse est une « vertu transmissible de père en fils, la série de votre « noblesse a été interrompue par le scélérat qui a « formé un des anneaux de votre chaîne généalogi- « que ; ainsi sa postérité a dû cesser d'étre noble. La I seconde objection est que, si vous croyez que les

• crimes soient personnels, il ne faut donc point pré- « tendre que les exploits de vos prédécesseurs doivent « refluer sur toute votre postérité ; car, parmi ces

• exploits, il est des crimes et de belles actions, il en « est de glorieux et de déshonorants : si vous ne voulez « point hériter de leur déshonneur, il faut nécessaire- « ment renoncer à hériter de leur gloire. »

Le comte de Boulainvillicrs a répliqué par avance à ce paradoxe spécieux, dans les Essais s'Ur la Noblesse de France : € Autant qu'il serait absurde de se fonder sur la noblesse pour se plonger dans le luxe et dans la débauche, et pour autoriser la violence et l’injustice, autant est-il déraisonnable de se faire un argument de la louange de la vertu contre la noblesse qui en fait profession. Déclamez, à la bonne heure, contre ceux dont la vie fait honte à la noblesse ; mais ne prétendez

pas, sous le masque de cette invective, porter les traits de votre jalousie contre cette noblesse même, qui est née de la vertu, et que les hommes vertueux ont toujours respectée depuis qu’elle est connue. »

Les fautes des nobles ne rejaillissent pas plus sur la Noblesse que celles des prêtres sur la religion.

< Je prouverai, ajoute Dulaure, qu’il n’y a point « d’honneur à s'honorer des actions d’un Mandrin, « d’un brigand, d’un proxénète, et par là je parvien- « drai à établir ce principe, aussi consolant pour les « hommes de bien qu’offensant pour les nobles sans « vertus et sans talents, que le mérite ainsi que les dé- « fauts sont personnels. »

Le savant et vertueux comte de Boulainvilliers, qui avait étudié aussi l’histoire de la Noblesse, répondra encore à Dulaure : « 11 est vrai que les hommes sont tous naturellement égaux dans le partage qu’ils ont de la raison et de l’humanité. Si quelque chose les distingue personnellement, ce doit être la vertu ou le bon usage de cette raison ; mais ce serait une mauvaise conséquence que de conclure de ce principe, que c’est la seule distinction qui doit régner parmi les hommes. »

Le comte de Boulainvilliers, tout noble qu’il fût luimême, se garde bien de soutenir que la Noblesse soit exempte des reproches qui s’adressent moins au corps entier qu’à quelques-uns de ses membres indignes ; mais il remarque, avec raison, que les vices des nobles, en général, sont moins propres aux personnes qu'aux temps où elles ont vécu.

Or, dans les jugements que porte Dulaure sur la

Noblesse, il laconsidéredu point de vue delà Révolution ; il ne lui fait aucune concession de temps ni d’idées reçues; il la fausse dans son principe et dans son caractère; il met en relief certaines taches de détail pour nuire à la grandeur de l’ensemble ; il impute à la Noblesse même les crimes et les fautes des individus ; il aborde le quatorzième et le quinzième siècle avec les erreurs préméditées de la philosophie du dix-huitième ; il se fait upe conscience de mensonge et d’iniquité; il se proclame le vengeur des mœurs et le défenseur du bon ordre. La Noblesse n’est plus à ses yeux qu’une vaste conspiration du fort contre le faible , du coupable contre l’innocent. Écrasons l' Infâme ' cette devise célébré, écrite sur les drapeaux des Encyclopédistes, enrégimentés par Diderot, d’Alembertet Voltaire, se reflète à chaque page de la Liste des cidevant Nobles, et cet Infâme comprend à la fois la religion, la royauté et 1^ Noblesse, qui se tiennent et s’appuient l'une par l'autre dans l'ancien gouverne- I ment de la France.

Dulaure fait valoir, parmi les motifs qui l’ont engagé à diffamer la Noblesse, l'intention de rabaisser l'orgueil insolent de quelques nobles de fraîche date, et de démasquer ces escrocs de noblesse qui trompent le public en se donnant des titres et un nom imposant^, afin de pouvoir mieux tromper ensuite les particuliers avec lesquels ils ont affaire.

Cette double intention était plus honorable que celle qui dirigeait réellement l'auteur de cette Liste de calomnies; mais, longtemps avant Dulaure et la réaction de 81), lu satire et la comédie avaient attaché le ridi-

cule aux vanités de la jætile Noblesse d’hier, et Molière, en présence de I^uis XIV et de la plus noble cour de l’Europe, s’était moqué de ces sottes prétentions, tandis que Boileau ne craignait pas de dire en beaux vers une foule de rudes et hyperboliques vérités à la Noblesse de tous les temps.

Quant à la noblesse supposée, elle était en butte à des enquêtes sévères, qui se terminaient souvent par . des plaintes portées devant le Parlement, et quelquefois par des arrêts terribles contre les faussaires. Baluze, dont l’érudition se recommandait par l’usage qu’il en fit toujours, vit condamner son Histoire généalogique de la maison d'Auvergne, dans laquelle il avait admis par mégarde pltisieurs titres altérés ou controuvés. Les faiseurs de fausses généalogies, les fabricateurs de titres, ne furent jamais tolérés, et la loi les envoyait, suivant leur degré de culpabilité, dans les cachots de la Bastille ou sur les galères du Roi ; on n’a qu’à lire la déclaration du 26 février 1665, contre les usurpateurs de noblesse. Mais nous verrons que üulaure ne menaçait les escrocs de noblesse que pour pallier la déloyauté de son projet et pour l’autoriser en quelque sorte vis-à-vis des véritables md)les.

11 est aisé d’apprécier que le choix de ses victimes lui' est d’abord désigné par des inimitiés ou des antipathies particulières; on pourrait presque avancer que cette Liste des ci-devant nobles ne fut dans l'origine que l'expression âcre et jierfide d’une vengeance personnelle.

( Marodis de Gauoave ; son véritable nom est Laverdy ou Laverdie. Celle noblesse est toute fraîche. Clémenl-Charles

de Laverdy, ci-devant marquis de Gamliaye, était fils de Clémenl-Fraiiçois, reçu avocat au Parlement en 17 IG... Dans sa généalouic, l’ex-marquis de ÎMverdy a la fatuité et l’adresse de qualifier son père de chevalier avocat, comme qui dirait chevalier chancelier. Par cette ruse, il a voulu faire entendre que son père n’avait point exercé la profession d’avocat pour en vivre... 11 dit que son grand-père, le père de cet avocat, était écuyer munitionnaire général des vivres de l’armée de France, lequel descendait d’une ancienne famille noble de Milan, dont un chevalier, au service de l’Autriche, fut tué à la bataille de Cerisollcs, en 154i. M. de Laverdy aurait bien pu monter plus haut... r

Diilaure, dans cet article, qui ressemWe à un acte d’accusation contre l’ancien contrôleur général des finances, qu’il nomme V auteur des troubles de la Bretagne et de la cherté des grains dans le Royaume, ne cite pas même c-vaclement le nom de la famille del'- Averdi.

La notice biographique sur Clément-François del’- Averdy fut fournie par Boucher d’Argis, à la dernière édition de Moreri, sous la lettre L, parce que l’article n’avait pas été remis assez tôt pour avoir place à la lettre A; la généalogie de sa famille se trouve dans le Dictionnaire de la Noblesse, qui la donne en abrégé, d’après un mémoire dressé aux termes de l'arrêt du Conseil de 1746, lettres-patentes de 1747, et arrêt de la Cour des A ides de Paris de 1 749 : à cette époque, le respectable M. del’ Averdy n’était pas encore ministre d’État.

Dulaure parait ignorer que les avocats ne dérogeaient pas à noblesse, selon une déclaration du 4 mars 1703, dans laquelle est rapportée à ce sujet une or-

HISTOIHE DE EU ANGE

donnance de François I*' ‘ . On voit qu’il a réuni malignement 1a qualité de chevalier et la profession d’awcal, au lieu de les séparer par une virgule.

M. del’ Averdy, accusé d’avoir coopéré au Pacte de famine et d’avoir fait jeter des grains dans les bassins de son parc de Gambaye, comparut devant le tribunal révolutionnaire et fut envoyé à l’échafaud le 24 novembre 1795.

« Breteuil ; son nom est Tonnelier. Sa noblesse n’est pas aussi ancienne qu’il le prétend. L’Histoire de la Chancellerie, par Tessereau, ce recueil qui contrarie tant de prétentions, nous apprend que, le 1" janvier 1573, Claude le Tonnelier fut reçu secrétaire du Roi. Ainsi, la fin du seizième sièclç vit le commencement de cette noblesse... La reconnaissance du cardinal Dubois (suivant Saint-Simon, un Breteuil fut chargé d’enlever à Brives le contrat de mariage de Dubois) a beau- ^ coup accru la fortune, le lustre et la noblesse de la maison de Breteuil. x>

Les Breteuil n’ont jamais prétendu cacher leur nom générique le Tonnellier, et ce nom, pour être tiré d’une profession mécanique, n’est pas moins noble que celui de le Bouleiller de Senlis, ou tout autre nom propre indiquant son origine roturière, pourvu qu’il soit suivi d’un nom de fief, car c’est du nom de fief que procède la noblesse.

Sans doute les barons de Breteuil en Beauvoisis n’étaient pas d’une extraètion aussi ancienne que les Seigneurs de Breteuil, de la famille de Montmorenci ; mais leur noblesse, qui fut justifiée par les preuves

' V. Compilations chronologiques de Blanchard, 1. 1", p. 572.

pour l’Ordre de Malte en 1629, remonte bien au delà du seizième siècle : ce fut seufement au commencement de ce siècle que Claude 1» Tonnellier, seigneur de Breteuil et de Conti, vint s'établir à Paris. Ses descendants ont formé les branches de Conti, de Breteuil, de Breteuil Chanteclerc, de Breteuil Preuilly, de Breteuil d'Escouebé et de Voiennes, 11 fallait que cette noblesse fût bien prouvée, pour que Louis-Nicolas le , Tonnellier-Breteuil, baron de Preuilly, eût la charge essentiellement honorifique d’introducteur des ambassadeurs à la cour de Louis XlV.

Quant à François-Victor le Tonpellier de Breteuil, qui aurait, suivant une anecdote scandaleuse rapportée dans les Mémoires du duc de Saint-Simon, rendu à Dubois un service inqualifiable, il n’était pas valet du premier ministre, comme le dit Dulaure, mais intendant du Limousin, et, depuis, secrétaire d’État au département de la guerre.

Louis-Antoine le Tonnellier, baron de Breteuil, qui fut ministre sous Louis XVT, et ministre protecteur éclairé des arts et des lettres, aurait infailliblement ' figuré dans la Liste des guillotinés, comme il figurait dans la Liste des ci-devant Nobles, s’il n'eût pas émigré en Suisse, dès la fin de 1789.

R Les Héraclt descendent de Louis Hérault, riche mar- « chand de bois, natif de Rouen, a

Ce riche marchand de bois, ancien officier au régiment de Champagne, maintenu, par arrêt des commissaires généraux du 24 juillet 1 704, en sa qualité de

noble et &' écuyer, était receveur général des domaines et bois de la généralité de Rouen.

11 appartenait à une ancienne famille de Normandie, qui possédait les fiefs de Plomb, de Saint-Jean-de- Corail, de Dragey, de la Benoîtiére, de la Bassecourt, etc. Sa généalogie, qui se trouve dans le Dictionnaire de la Noblesse, présente, il est vrai, des lacunes importantes dans sa descendance depuis l’an 1379; mais René Hérault, ^qui fut un des lieu- .tenants de police de Paris les plus intègres, passa toujours, à bon droit, pour noble, quoiqu’il eût peu de prétentions à une naissance illustre.

Son fils, Hérault de Séchelles, paya cher son renoncement à sa noblesse et son dévouement aux principes delà Révolution : il partagea le supplice de Danton, et leurs deux têtes, pour me servir de l’expression de ce dernier, se baisèrent dans le panier de la guillotine.

« De Püyneüf ; son vrai nom est Para). Le premier connu de cette famille est Parai de Puyneuf, lils d’un marchand de vins d’Orléans. »

Les généalogies imprimées avant 1790 ne parlent pas de cette famille, et ce nom de Parai n’est pas même indiqué dans l’immense Table alphabétique de VHisloire généalogique et chronologique de la Maison royale de France, par les pères Ahselme, Ange et Simplicien.

«Düc DE Coicnt; son vrai nom est Guillot... Robert Guillot, juge vicomtal de Carenlan, qui vivait en 1560, est le premier noble de cette maison. 11 obtint vers cette époque le

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changement de son nom trop roturier de Guillot, en celui d'une seigneurie qu’il possédait, nommée Franquetot... C'est, de ce grelTier Guillot et anobli en payant, que descend au neuvième degré le duc de Coigny, si illuttre aujourd’hui... >

Ici Dulaure, qui emprunte ces détails aux notes du Cabinet généalogique de la Bibliothèque du Roi en les altérant à sa manière, est pourtant plus exact et moins satirique que Saint-Simon, qui, dans ses Mémoires, t. IV, p. 87, attribue ce changement de nom à Roberl- Jean-Antoine de Franquetot, deuxième comte de Coigny, lieutenant général du Roi en 1704: « Coigny, fatigué de son nom de Guillot, et qui avait acheté en Basse-Normandie la belle terre de Franquetot, vit par hasard éteindre toute cette maison ancienne, riche et bien alliée. Cela lui donna envie d’en prendre le nom et la facilité de l’obtenir... »

Certainement le nom de Guillot n'est pas celui d'un fief comme celui de Franquetot, qui a une étymologie anglo-saxonne, suivant l’opinion de Iluet dans ses Origines de Caen ; mais les comtes et ducs de Coigny n’ont jamais essayé, dans leurs généalogies publiées, de rattacher leur filiation à la première maison de Franquetot, éteinte au milieu du seizième siècle.

Marie-François-IIenri de Franquetot, duc de Coigny, pair et maréchal de France, émigra en 1792,

O ViLLESAvi.N. .Son Hoin est Adine. Cette fiimille est originaire de Bourgogne, du côté d’Auxerre... Le premier de cette famille qui ouvrit la porte de la fortune à sa postérité passa par les emplois les plus subalternes; apres avoir été longtemps directeur des fermes, il devint sous-fermier. Son tils

lui succéda et fut nommé directeur de In Compagnie des Indes en 1719. Il avait acheté le marquisat de Villesavin... »

Les renseignements nous manquent pour éclaircir cet article, car il n'y a pas de généalogie imprimée des marquis de Villesavin. On voit seulement, dans VHtstoire généalogique de la Maison de France, t. IX, p. 522 et 525, que Jean Phelypeaux était seigneur de Villesavin au dix-septième siècle, et Louis Bouthillier, marquis de Villesavin en 1709.

« Brissabd, originaire du Mans, était prévôt de cette ville. Il devint ensuite intendant du cardinal de Fleury... Son frère, nommé fermier général, avait acheté la seigneurie de Triel... »

Le n’est pas là une famille noble, malgré la possession de cette seigneurie, qui passa bientôt dans les mains de madame de Conti.

« Bosnevie. Celui de cette maison qui l'a enrichie commença par les emplois de finances les plus bas, et fut nommé fermier général en 1721... i>

Dulaure affecte toujours do confondre les financiers avec les nobles, comme pour exciter davantage la haine et l'envie des classes pauvres et roturières. Au reste, vous ne trouverez aucune généalogie de Bonnevie, et, si un abbé de ce nom, que ses sermons firent connaître un moment sous la Restauration, émigra de Sedan en 1792, on a lieu de croire qu'il craignait {»our sa qualité de prêtre plutôt que pour celle de noble.

« Bouret était fils d’un laquais l'c M. Feriol, ambassadeur à la Porte... »

< Bhagouse, natif de Montpellier, vint à Paria sang autre équipage que ses rasoirs.., et devint fermier général. »

a CREUSET était un autre fermier général, qt 4 Î avait été notaire MJ Châtelet de Paris... >

Ce ne sont pas là des nobles, même du dernier ordre; mais Dulaure s’en soucie peu, pourvu qu'il les signale à l'animadversion publique comme des parvenus engraissés de rapines aux dépens du peuple.

Bientôt après, l'exécution des fermiers généraux sembla répondre aux accusations et au.x vœux de Dulaure.

a Comte de Perrochel. Cette famille fonde son ancienneté gur ce qu’elle possède la terre de Grand-Champ depuis 1500. Les Perrochel n’ont point cité une filiation suivie depuis cette époque. Us descendent, ainsi que leurs collatéraux, do Charles de Perrochel, qui fut reçu, le 18 juillet 1504, secrétaire du Roi... »

Dulaure aurait pu dire, en effet, que l'Histoire de la grande Chancellerie, t. I", faisant mention de cette réception, désigne le nouveau secrétaire sous le nom de Charles Perrochel; on le trouve nommé Charles Perrochex, dans VHistoire des Conseillers au Parle^ ment, par Blanchard. Il y a aussi un Guillaume Per~ rochel cité, dans VHistoire de Paris, de Lobineau et Félibien, comme doyen de la Chambre des Comptes en 1658.

On doit conclure que cette famille, qui possédait réellement le fief de Grandchamp dans le Maine, ne mettait pas alors la particule de devant son nom et occupait un rang distingué parmi la haute bourgeoisie

parisienne, qui jouissait de certains privilèges de noblesse.

Le Charles Perrochel que Dulaure croit l'auteur de sa famille devint grand audiencier de France en 1597, et obtint ses Lettres d'honneur en 1633, avant de résigner son office. Le Dictionnaire de la Noblesse donne seulement la généalogie sommaire de la seconde branche des Perrochel-Grandchamp.

c Marquis de Saint-Clair. Son nom est Vidar. Le marquis de Saint-Clair d’aujourd’hui, ancien mousquetaire noir, chevalier de Saint-Louis, est fils d’un chef de brigade des gardes du Roi et pctil-fils d’un Vidar, maire de Poitiers, qui fut anobli par celte charge, et qui prit alors pour armes parlantes huit dards rassemblés en faisceaux... »

Le Dictionnaire de la Noblesse, de La Chesnayedes Rois, ne rapporte pas la généalogie de cette famille ; maison en trouve un extrait dans le Dictionnaire universel de la Noblesse, de' M. de Courcelles.

Les marquis de Saint-Clair n’ont jamais songé à renier leur nom primitif de Vidard, qui fut anobli par l’exercice des fonctions municipales. On lit cette note dans l'Histoire de Poitou, par Thiliaudeau, t. VI, p. 475 : « Pierre Vidard (et non pas Vidar) de Saint- Generoux, conseiller et maire en 1563. Il mourut à Rouen, en 1596, où il était député pour l’Assemblée de Notables, b Ce Pierre Vidard avait été élu échevin dès 1570, et la noblesse attachée aux charges qu’il remplissait passa ensuite à ses descendants, qui formèrent deux branches, celle de Saint-Clair et celle de Bouchetières. Cette noblesse fut maintenue par juge-

ment de l’intendant de Tours en 1670 et par un autre jugement de l’intendant de Poitiers en 1715.

Les armes de Vidard sont de gueules à trois dards d'or posés 2 eM surmontés de trois dards du même, empoi^s l'un en pal et les deux autres en sautoir.

« Comte d’Arnodville. Son nom est de Machaud. M. de Hachaud, longtemps exilé à Arnouville, était le fils d’un magistrat vendu au despotisme. Madame de Pompadour l’éleva, en 1750, à la dignité de garde des sceaux. Le Roi érigea en sa faveur, au mois d’avril 1757, Arnouville en comté... »

iflhaure, n’ayant pas à contester la noblesse trèsbien établie de la maison de Macbault (et non de Machaud), se dédommage par une violente diatribe contre le contrôleur général des finances et garde des sceaux, J. B. de Macbault d’A^’nouville, qu’il accuse d’avoir amassé une fortune scandaleuse.

Ce chancelier, à qui Louis XV écrivait de sa main : Vos représentations me prouvent que vous êtes un des plus honnêtes hommes de mon royaume, fut arrêté comme suspect pendant la Terreur, et mourut à l’âge de quatre-vingt-treize ans dans la prison des Madelonnettes. Son fils, évêque d’Amiens, émigra pour éviter le sort qui attendait tous les nobles dénoncés par Dulaure.

< RocaLER, dernier intendant de Champagne, nommé Monseigneur Gaspard-Louis Rouillé d'Orfciiil, chevalier, grand-croix, doit sa fortune, ses titres, sa noblesse, à un postillon nommé Louis Rouiller, qui eut l’honneur de mener Louis XIV en poste... Rouiller du Peroy et Rouiller de Beauvoir étaient de la même famille. De l'uH de ces financiers est provenu le Rouiller, créature de madame de Pompadour,

qui fut par elle poussé à la place de secrétaire de la marine. »

Ce ministre de la iparine, qui se nommait Antoine- " Louis Rouillé (et non Rouiller), comte de Jouy, était mort longtemps avant que Dulaure le dénonçât au tribunal du peuple ; mais Dulaure ne perd pas une occasion de poursuivre un ancien ministre qui protégeait ouvertement les lettres, et qui avait conçu le projet de rendre notre marine supérieure à celle d’Angleterre.

Quant à l’anecdote du postillon, elle est de toute fausseté, car Saint-Simon, qui recherche et décottvre adroitement tous les scandales de cette espèce, ne signale pas celui-ci en parlant de l'habile négociateur Rouillé, qui fut envoyé en Portugal et en Hollande, et de son parent Rouillé du Coudraye, procureur général de la Chambre des Comptes, qui devint un des directeurs des finances par la faveur de madame de Maintenon. Louis XIV n’était pas homme à changer un postillon en ambassadeur ni en procureur général de la Chambre des Comptes!

Cette maison de RouiUé s’est fractionnée en plusieurs branches, qui sont dispersées dans les Généalogies.

<s Gomte D’Osz-EN-BnAY. Son vrai nom est Pajot. La noblesse de cette maison ne remonte pas bien haut. Nicolas Pajot, habitant (on n’ose pas dire sa qualité) de la Ville de Pont-sur- Seine, eut un fils qui devint contrôleur et fermier des postes. Se voyant riche, il acheta, le 17 octobre 1680, des lettres de secrétaire du Roi, et épousa Marie-Anne Oger de Villers et d’On*-en-Bray. Son fils Léon Pajot lui succéda, en 1702, à la place de contrôleur général des postes. 11 se qualifiait de sei^ gneur de Villeperol, Saint-Aubin, etc., et parvint à faire ériger a seigneurie d’Onz-en-Bray en comté... »

Cette famille n'a il est vrai, une origine plus ancienne que celle que lui assigne Dulaure ; mais elle s'est anoblie par une alliance avec riiéritiêre de la noble et ancienne maison d'Onz-en Bray. C'était cette madame d'Onz-en-Bray, avec qui Bussy Rabutin entretenait une correspondance intime.

Louis-Léon d'Üiiz-»ti-Rray, que Dulaure représente comme un ambitieux, ne dédaîgiiïnv jg consacrer sa vie et sa fortune aux sciences pliilosophiqucsTTk-^j^. caniques ; il légua son cabinet de machines à l'Académie des Sciences, dont il était membre honoraire. Mais Dulaure se souvenait seulement d'avoir vu la généalogie des Pajot d‘Onz-en-Bray dans le Mercure du mois de septembre 1750 et dans le grand Dictionnaire de la Noblesse.

Au reste, un Pajot, de la branche de Marcheval, intendant de Grenoble en 17151, et conseiller d'État en 1785, paya sa dette à la Liste des ci-devant Nobles, et fut massacré au mois d'avril HO'i.

« Koiux. Si la noblesse ne consiste que dans U preuve d’une longue succession de titres dans la 51101110 maison, celle d(!S Rohan est une des plus nobles de lu l-'rance; si, au contraire, la noblesse consiste dans une longue suite de belles actions, de témoignages de vertus et de grandeur d’àinc conservés sans interruption dans une même race, les Roban ne sont pas nobles. Le plus ancien des auteurs de cette maison était fils de prêtre, et par coiiséqncut bâtard. C’était Guetbeniic, lils rie Benedict, évêque de Cornouaille... »

Dulaure, après cet exorde diffamant, recherche dans la généalogie des Roban ceux qui ont imprimé quelque tache sur réciis.son de leur maison ; il termine, en

DJ

290 IlISTOlUE DE FRANCE

reprochant au prince de Guémené sa b(iïic\xieroute frauduleuse, et au cardinal de Rohan Tafiaire du collier, sans épargner i'abbé Georgel, qui avait composé pour de l'argent I histoire généalogique de cette illustre maison. Mais Dulaure se garde bien d’opposer à ses déclamations forcenées contre des personnages que rhistoire n’a pas même encore jugés l'éloge des grands hommes, on tout genre, sortis du sang des à toutes les é[»oques.

Quant à l'opinion qui donne à la maison de Rohan le bâtard d’un évêque pour premier auteur, Dulaure devait naturellement l'adopter. 11 devait savoir cependant que les prêtres se‘ mariaient quelquefois au dixième siècle, et il aurait pu lire dans YRisloire de Bretagne, par Dom 31orice, t. 1", p. 8i8, une disserta- tion d’après laquelle Benedict aurait eu femme et enfants avant d'être évêque de Cornouaille. Ainsi, cinq siècles plus lard, le chancelier-cardinal Duprat laissa une postérité issue d’un mariage antérieur à son entrée dans les ordres.

Dès le commencement de la Révolution, tout ce qui était Rohan s’empressa de quitter la France, où ce noble nom équivalait à un arrêt de mort.

« Boi'bbox-Uusset. Cette maison est bâtarde de prêtre, et, pour nie servir de la naïveté de l’ancien langage, elle descend d’un fUsde p Pierre, fils bâtard de l’évêque de Liège.

Louis de Bourbon épousa Marguerite d’.Allcgre, dame de Biisset, seigneurie dpnl sa postérité a con-ervé le nom... On a prétendu que l’évêque Louis de Boiirbon s’étuil réellement marié en Allemagne avec la veuve du duc de Gucldrc, et que, parce qu'il avait épousé sans le consentement du Boi et de Pierre de Bourbon, frère du prélat, on avait traité ce ma-

1,A USTK DES NOBI-ES DE DIILAHUE 2tH

riagc de clandestin, cl les enfants provenus d’illégitimes... Si l'on parvenait à prouver que Louis de Bourbon fut marié légitimement, et avant d’entrer dans les ordres, il est certain que son fils doit être légitime, et, s’il e.sl légitime, la couronne de Fronce devrait appartenir .à sa postérité, puisque cet évéquc était de la branche aînée de Bourbon, et que la branche régnante n’est que la cadette. »

Ici, ce n'e.st plus une attaque contre la Noblesse, mais une perfide insinuation qui avait ]K)ur but de remettre en question, comme à l’époque de la Ligue, la légitimité royale. Dulaure se senait du principe même de cette légitimité i>our saper les bases de la monarchie.

Or il savait bien que ce prétendu mariage ne pouvait être qu'une fable inventée grossièrement dans un dessein quelconque : la dernière édition de Moreri, publiée en 1759, dit seulement: On prétend que Louis de Bourbon avait eu ce fils, avant que d'être évêque, d'une princesse de la maison de Gueldre, nommée Catherine, et ce sur la foi du mariage; mais ï Histoire généalogique de la Maison de France dément cette prétention insoutenable, en prouvant que Louis de Bourbon fut élevé à la dignité d’évèque dés l'âge de dix-huit ans, c'est-à-dire en 1455 ; et, comme son fils n'épousa la dame de Busset qu'en 1498, on peut maintenir avec certitude que la naissance de ce fils n'eut pas lieu antérieurement à l'épiscopat de son père, qui laissa d'ailleurs d’autres enfants. Pierre de Bourbon était donc bâtard; mais, avant 1600, les bâtards des nobles jouissaient &es privilèges de la Noblesse et s'attribuaient le nom et les armes de leur père. 11 n'y avait

de différence entre eux et les enfants légitimes qu’une brisure dans 1 écusson des premiers, qui se qualiflaient eux-mêmes de bâtards.

Dulaure, qui n'a pas omis sans intention la date de l’origine de cette maison, aurait dû prendre quelques renseignements à ce sujet dans un Mémoire succinct qui termine l'Abrégé chronologique d'édits, déclarations, règlements, etc., concernant le fait de la Noblesse, par Chérin, généalogiste des Ordres du Roi, excellent ouvrage qui parut en 1788, deux ans à peine avant la Liste des ci-devant Nobles.

« Comte d’Affry. Son véritable nom est Avril. Ce nom a été ebangé successivement en ceux de d’/fml, Avry et enfin Affry. Cette maison prétend descendre d’une des plus illustres et des plus anciennes de la Suisse ; mais cette prétention n’est pas bien soutenue... »

Dans cet article, Dulaure se surpasse lui-même en mauvaise foi, puisqu’il semble faire entendre qu’une famille, nommée Avril, s’est rattachée à l’illustre et ancienne maison d’Affry, de Fribourg. Le Dictionnaire de la Noblesse, qui rapporte la généalogie de cette maison, ne laisse pourtant aucun doute sur la nature de ce changement de nom, résultant de la prononciation française qui a introduit la lettre F en remplacement de la lettre V dans le nom originaire d' Avril ou Avrie. Si Dulaure refusait d'admettre la généalogie telle que La Chesnaye des Bois l’a publiée, il n’avait qu’à recourir à l'Hüloire militaire des Suisses au service de la France, par le baron de Zurlauben : il aurait vu dans cet ouvrage estimable quels étaient les titres de noblesse de cette famille fertile en braves officiers.

Après le iO août 1792, le lieutenant général comte d’AlTry, qui avait perdu un de ses fils dans le massacre des Suisses au château des Tuileries, n'échappa que |)ar miracle à l'accusation d'étre dévoué au roi, qu’il servait de son épée depuis quarante ans.

« De Gaget. Son nom est Gaillnrd. Il est fils de Gaillard de la Rouexière, fermier général, qui avait été laquais... Il acquit In tprre de Gagny, à trois lieues de Paris, qu'il lit embellir... Son fils, qui lui a succédé, tranche du prince dans .son château de Gagny. Il a fait hâlir à Alontmarlre une maison, où il y a pour 25,000 livres de bras de cheminée, pour

tS0,000 de glaces ! »

Dulaure dénonce ici la fortune et non pas . la trèsrécente noblesse de Gaillard de Gagny, qui ne se vantait pas de descendre des anciens seigneurs de Gagny, que l'Histoire du diocèse de Paris, par fahbé Lebeuf, fait remonter au douzième siècle, ni des anciens seigneurs de la Bouexière, que dom Calmet retrouve en Lorraine vers 1420. Mais Dulaure comprend bien que la plus belle généalogie n'indignerait pas ses lecteurs autant que ces 25,000 livres de bras de cheminée et ces 60,000 livres de glaces !

« Comte de Ml'Rat. Si quelque généalogiste s’avisait de contester l'ancienneté de cette maison, pour le convaincre, je lui citerai les pièces authentiques qui constatent l’existence de Regnaud, vicomte de Murut en 1414, qui promit au Dauphin, depuis Charles Vil, de trahir le duc de Bourgogne, son maître et son bienfaiteur, moyennant la somme de 57,000 moutons d’or et 500 livres de rente en terre... Le duc de Bourgogne fut assassiné, en l-IIO, rur le pont de Montereau, par les soins du noble Murat.... On n’a pas de preuve ijue les Murat d’aujourd’hui descendent de ce vi-

HrSTOlKE 1»E FIlAiNCE

cotnle lie Murul : ils se croiraient Ibrt honorés d’avoir ce scélérat pour aïeul. »

Voilà bien la plus odieuse insinuation que Dulaure se soit permise : il sait que les vicomtes de Murat sont en Auvergne et que tes comtes de Murat sont en Dauphiné, quoique sortant de la même souche ; mais il fait peser sur les uns et les autres la trahison a‘’oez problématique d’un de leurs ancêtres qui vivait au commencement du quinzième siècle. Puisqu’il voulait remettre en évidence un personnage de cette maison, ne pouvait-il pas choisir cette spirituelle comtesse de Murat qui fit les délices de la société polie et littéraire sous le règne de Louis XIV ?

« Coûte d’ëspischal. Le plus ancien des illustres de celle maison était Charles d’Espinclial, chambellan à la cour de Charles VIII en 1487... Charles-Gaspard d’Kspenchal, qui vivait au siècle dernier, avait été maréchal de camp, colonel général, capitaine d’un régiment, etc. ; mais, comme il était d’une bonne noblesse, il volait les marchands, assassinait les paysans et l'uisail autres semblables gentillesses... Louis XIV lui accorda, en 1078, des lettres de rémission pour dilTérents homicides qu’il avait commis. »

- Dulaure avait sans doute découvert ces lettres de rémission en recueillant les matériaux d’une Histoire d'Auvergne ; quoi qu’il en soit, ce Charles-Gaspard d’Espinchal, étant inquiété en France à cause de certains excès qui avaient soulevé contre lui les plaintes de la province d’Auvergne, passa au service de l’électeur Ferdinand-Marie, duc de Bavière, qui le fit colonel général et capitaine de ses gardes, lieutenant général de ses armées, capitaine d’un régiment de six cents

cuirassiers, etc. Dulaure, qui devait au moins connaître la Noblesse de l’Auvergne, où il était né, n’aurait pas eu de peine à cc nstater l’existence d’un Bertrand d’Ëspindial, comte de Brioude dés le treizième siècle.

« MAnQfis DE MinoHÉML. Son nom est Hue. Un Hue était, en 159^, conseiller au Parlement de Koiicn... Thomas Hue, seigneur de Mimménil et de quelques terres voi'inc'^, sollicita à 1a cour, pour en former un ii.arqui?at .. De là est sorti le garde des sceaux Hue, qui n’aimait pas la libert ' de la presse, et qui avait parmi les libraires cl les censeurs scs espions affidés... »

Dulaure aurait pu se souvenir que le chancelier rédigea la déclaration (du 24 août 1780) abolissant la torture, ‘dite question préparatoire. Hue de Mirotnénil, depuis sa retraite du ministère, s'était fait si heureusement oublier, que, malgré la Liste des ci-devant Nobles, on le laissa mourir dans sa terre de Miroménil, le 6 juillet 1796. Les Hue, dont il tirait son origine, avaient été anoblis .par les charges qu'ils occupèrent dans ïa municipalité et la magistrature de Rouen. Leur généalogie, dans le Dictionnaire de la Noblesse, ne commence qu’à Michel Hue, conseiller au Parlement de Rouen en 1031; mais on lit, dans V Histoire de la ville de Rouen, par un Solitaire (dom Ignace), t. I", 2” partie : « Lettres de maintenue de noblesse de François Hue, de Rouen, seigneur de Langrane, et les héritiers issus de Michel Hue, procureur, anoblis le 8 avril 1601, et dûment obtenues par Caspard et Pierre Hue en lààS, regislrées le 1" avril 1004. »

a Baron des Adrets. On m’assuré qu’il existe encore des descendants de cet ôtre odieux, qui ne mérite pas le titre d’homme. Leur vrai nom est Beaumont... »

üulaure, cette fois, n’a rien prêté à Thistoire, en rappelant les atrocités du baron des Adrets, qui pourrait cependant être jugé avec moigs de passion ; car ce léroce baron, dont le nom inspiré encore une sorte de terreur dans le Dauphiné, théâtrè de ses guerres cruelles et de ses sanglantes exécutions, ne faisait que mettre en pratique cette vieille théorie de la guerre : Nul ne fait cruauté en la rendant; le seul moyen de faire cesser les barbaries des ennemis est de leur rendre les revanches.

Le baron des Adrets n'a pu laisser de postérité, puisque ses trois lils périrent de son vivant^l que sa lille Suzanne, mariée au comtq de Tarnayas en Pié- ,mont, ^ourut’sans enfants. 11 était de la célèbre maison de Beaumont, en Dauphiné, qui a fourni à l’abbé Brizard la matière de deux volumes in-folio, très-intéressants, de généalogie historique.

^ La Bobetière... >

Dans cet article, Dulaure raconte seulement l’aventure d’un seigneur protestant de cette maison, qui, pour venger son honneur de mari, tua sa femme et un gentilhomme qu’elle aimait. Ce seigneur, tout noble qu’il fût, ne trouva pas grâce devant ses juges, qui le condamnèrent à mort.

Dulaure, fidèle à son système de déguiser les sources souvent impures où il puise, ne nous dit pas que

celle anecdole esl lirée du Journal de Henri III, par l’Esloile, qui la range sous la dale du 26 mai 1 579 ; mais il aiirail dû remai-quer que ce seigneur poilevin, donl la généalogie nous fait défaul, léinoigua de sa noblesse par le courage qu'il montra sur l'écliafaud. < 11 ne voulut pas être bandé, prit l'épée du bourreau, et, l'essayant sur sou doigt, dit à l'exécuteur : « Mon ami, dépêche-moi vitement, il ne tiendra qu'à toi, car ton épée coupe bien! » La nouvelle édition de l'Estoile ajoute : o Et mourut de cette façon, en vrai capitaine déterminé, ayant fait, devant, sa prière à Dieu tout haut. »

«Ciiauot-Longvt. Celte maison est fort ancienne, et n’en est pas plus inotlcste. Sous le règne. de Philippe I*', il existait un Guillaume Chabot... Les barons de Jarnac devinrent les aînés de la maison de Chabot, par l'extinction de la branche des barons de Hais et de Machecoul... L’amiral de Chabot était d’une branche cadette. Il eut pour lils François Chabot, marquis de Mirebeau, comte de Charuy et seigneur de Brion, qui a continué cette branche... Après tant de hautes alliances, la vanité de la maison Chabot se vit très-blessée par celle que fit Catherine Chabot, fille de Jacques, marquis de Mirebeau : elle épousa, en second mariage, un président de Metz, nommé Vignier, homme de naissance bourgeoise. Cette vieille maison fut toute troublée de voir une maison toute neuve sc greffer sur elle... a

Dulaure, dans cet article, ne se fait aucun scrupule d'accumuler les erreurs généalogiques. Guillaume Chabot, qui fut la souche de cette ancienne maison, vivait en 1040, et, par conséquent, sous le règne de Henri 1". La branche de Çhabot-Jarnac, sortie de la branche de Chabot-de-la-Grève, n’existait pas encore

lorsque la branche de Chabot-Rais s'éteignit on 15Gi> En outre, les Chabot, barons de Rais ou Retz, ne l’étaient pas de Machecoul, qui ne fut jamais auti'e chose qu’une seigneurie. L’amiral de Chabot était de la branche de Chabot-Jarnac ; son fils ainé, I.éonor Chabot, comte de Charny et de Buzançais, aurait formé une nouvelle branche, s’il avait eu postérité masculine, et son second fils, François Chabot, marquis de Mirebeau, baron de Chaumont et de Charroux, fut la tige de la branche de Chaliot-Mirebeau, Catherine Chabot, fille de Jacques, marquis de Mirebean, étant devenue veuve de Césai^Augusfe de Saint-Lary-de-Bellegarde, baron de Termes, épousa, en effet, Claude Vignier, seigneur de Saint-Liébaud et de Villeraor, président au Parlement de Metz. Ce mariage, coptracté en 1635, n’était certainement pas digne du premier, mais il n’avait rien de d^radant, surtout à cette époque où la magistrature commençait à devenir une puissance politique.

Au reste, les Chabot émigrèrent, après qu’un des leurs, Louis- Antoine-Auguste, duc de Chabot-Rohan, lieutenant général du roi, eut été égorgé dans les prisons de l’Abbaye, le 2 septembre 1792,

Mahqois d*Offemont. I.e vrai nom de cette faifiillc est Gobelin : elle a pris en>uilc celui de Brinvilliers, cl a quitté ces deux noms pour prendre celui d’ÜlTcmont par deux motifs bien différents. F.llo a d’abord rougi de porter celui de Gobelin, qui rappelle Gille Gobelin, natif de Reims, un des plus habiles teinturiers de son temps, et qui, sous le règne de François I", vint à Paris fonder une manufacture. Antoine Gobelin, baron de Norac, maréchal de camp, parvint à faire ériger sa terre de Brinvilliers en marquisat... I.a marquise

de Brinvilliers empoisonna, en 1670, son père, scs deux frères et sa sœur : elle fut brûl ée, le 17 juillet 1676, après avoir eu la tèle Iranchéo... C’est de celte femme scélérate que descendent les marquis et comtes d’Oflemont d’aujourd'hui... »

La marquise de Rriiivilliers, qui s'est acquis par ses empoisonnements une horrible célébrité, n'était pas du sang de la maison de Gobelin : son père fut Dreux d'Aubray, seigneur d'Offemont, lieutenant civil au Châtelet de Paris. Antoine Gobelin, baron de Norat (et non pas Norac), ne descendait pas de Jean Gobelin, fondateur de la manufacture qui a conservé son nom ; ce J^n Gobelin appartenait à la branche cadette 'de la famille Gobelin, une des plus considérables de la bourgeoisie de Paris aux quinziéme et seizième siècles. Cette famille, dont la filiation est bien établie depuis Jean Gobelin, secrétaire du roi, en 1490, possédait plusieurs charges dans la Chancellerie de France, dans le Parlement et dans la Chambre des Comptes, lorsque le teinturier Jean Gobelin créait une industrie nouvelle, qui lui mérita la protection spéciale de François I".

<< Baron de Castries. Son nom est La Croix ou de Croix. Celle maison, originaire de Montpellier, prétend être alliée à monsieur saint lioch, qui mourut à Montpellier en 1527. Elle doit sa fortune aux emplois que ceux qui la composaient ont occupés dans les gabelles... Guillaume de la Croix, pré^ident de la Cour des Ailles de Montpellier , acquit, le 19 avril 1495, la baronnie de Castries. Il épousa en 1476, Françoise Cézelli, dont il cul trois fils, Louis, Je.in et Godefroy. C’est de Jean que descend le duc de Castries d'aujourd’hui. Son lils, Jean de l>a Croix, baron de Castries, commença la fortune de ses descendants, parce qu’il parvint à être serviteur ou valet à la cour, c’est-à-dire gentilhomme ordinaire du Roi... »

La baronnie de Castries avait été érigée en marquisat en 1645, puis en duché peu d'années avant la Révolution, pour récompenser les services militaires du maréchal Cliarles-Eugéne-Gabriel de Castries.

La noblesse de cette maison est une des plus anciennes du Languedoc, et un vieil historien de cette province, Andoque, cite la tradition qui la faisait descendre de Jean de La Croix, père de saint Roch. Les descendants de ce saint n'étaient pas, comme le suppose Dulaure, obscurément attachés aux gabelles de Montpellier. Jean de La Croix, qui vivait en 1320, était chevalier et possédait plusieurs fiefs; de plus, suivant d'Hozier, la baronnie de Castries appartenait à cette maison dès le commencement du quinziéme siècle. Guillaume de La Croix, que Dulaure intitule président de la Cour des Aides de Montpellier, était gouverneur et sénéchal de cette ville, tellement qu'il est qualifié de noble, haut, magnifique et puissant seigneur, dans des titres et des actes contemporains. La maison de Castries, encore existante, n'a pu avoir pour auteur le second fils de ce Guillaume de la Croix, puisque ce fils fut chevalier de Malte, Le maréchal duc de Castries était donc de la branche aînée. Ce maréchal de France émigra en 1791, et son fils, Armand-Nicolas- Augustin de Castries, qui avait combattu avec M. de Lafayette dans la guerre de l'indépendance des États- Unis, défendit la monarchie et la noblesse françaises aux États-Généraux de 1789 avec tant d'opiniâtreté et de dévouement, qu'il fut obligé de sortir de France pour échapper aux vengeances que son duel avec Charles de Lameth attirait sur sa tète : fhôtel de Cas-

tries venait d’étre pillé par le peuple, lorsque üulaure écrivait dans sa Liste : « Depuis que cette maison a quêté, rampé et flatté à la cour, elle est devenue tréspiiissante et très-respectable. »

a Marquis dr Camwgn’y-Sdrville. Son nom est Biiuquet. Ces niiirquis tirent leur origine de Thomas Baiiqucl, qui athein, en 1543, des lettres d’anoblissement... »

\je manjuis Josepli-Étienne de Surville, qui vivait à l'époque de la publication de la Liste des ci-devnnt yobles, nous a laissé, en tète des Poésies de Clotilde de Surville, poésies composées, il est vrai, par luimème sous le nom d'une de ses ancêtres, une généalogie de sa maison, originaire du Viva rais, dans laquelle mention n’est pas faite de ces lettres d’anoblissement achetées en 1545. Cette généalogie remonte au commencement du quinziéme siècle.

Quoi qu’il en soit, le marquis de Surville, brave officier qui avait combattu comme volontaire dans la guerre des Insurgents d'Amérique, émigra en 1791. Mais, étant rentré en France avec une mission secrète de Louis XVlll, il fut arrêté, condamné à mort et exécuté au mois d’octobre 1 798.

« Amelot... Jean Aniclot, marchand de harengs à Orléans, en 1502, fut père de Jacques Amelot, avocat au Parlement; celui-ci le fut de Jean Amelot, maître des requêtes, anobli en 1580... >

Cette famille, si fertile en avocats habiles et en magistrats distingués, ne commence, en effet, sa généalogie qu’à Jacques Amelot, seigneur de Carnetin, qui

H1ST0IHE DE FHANCE

épousa Jeanne Vialart, sœur de l'archevêque de Bourges, ce qui ne donne pas trop mauvaise idée de son extraction.

Dulaure n'était pas homme à laisser mourir en paix un ex-ministre de Louis XVI; aussi Amelot, qui fut accusé à tort d'avoir coopéré à la captivité de Latude, parce que sa famille accorda souvent des secours à cet ancien prisonnier de la Bastille, se vit décrété d'accusation et enfermé dans la prison du Luxemboui^; le chagrin lui causa une maladie, à laquelle il succomba, malgré les soins de madame Tardieu Maleyssie, qui était détenue comme lui. S'il eût vécu quelques jours de plus, il serait monté dans les charrettes de la Conciergerie. Son fils eut le bonheur d’être oublié daas les prisons jusqu’au 9 thermidor, qui le rendit à la liberté.

a Comte d’Adtedil. Leur véritable nom est Briçonnet. Ils descendent de Jean Briçonnet , mareband , bourgeois de Tours, qui fut père de Jean Briçonnet, secrétaire du Boi, receveur général des finances, et qui mourut en 1493. 11 ne ' faut pas les confondre avec les vicomtes d'Auteuil, dont le nom est Combault; et que M. d’ilozicr, dans une généalogie imprimée en iC29, a bien voulu faire descendre des anciens sires de Bourbon et de Dampierre... »

La famille Briçonnet, qui compte un si grand nombre d'illustres descendants, un cardinal, un clianeolier de France, un chancelier de Bretagne, des évêques, des présidents au Parlement, etc., n’avait pas encore assez perdu de son éclat à la fin du dix-huitième siècle, pour mériter d'être épargnée par Dulaure. Si ce Zoïle de la Noblesse avait pris la peine

LA LISTK l>KS NOBLES DE DULWRE 30*

d’ouvrir {'Histoire généalogique de la maison des Briçonnet, par Guy Bretonneau (Paris, J. Daumalle, 1621 , in-4"), il aurait lu, page 18 : « Bertrand Briçonnet, natif de Tours, chevalier, maître des requ«'tes de l'hôtel, est le premier connu de la famille. Il vivait sous les rois Charles V et Charles V’I. » Quant à ce Jean Briçonnet que Dulaure appelle dédaigneusement marchand, bourgeois de Tours, il était juge de Touraine et conseiller au Parlement de Paris.

Lecomte d’Auteuil émigra avec ses fils, dontTun, dit le chevalier d’Anteuil, figura dans les guerres de la Vendée.

Dulaure attaque en passant les vicomtes de Combaud d'Hauteuil (et non pas Comhault d'Auteuil), dont la généalogie se trouve dans le Dictionnaire de la Nvblesse, et ne se rattache pas aux sires de Bourbon et de Dampierre. Mais il a paru, en effet, sous le nom de Pierre d’IIozier, un volume in-4° intitulé aussi : Généalogie et alliance de la Maison des sieurs de Larbourg, dits depuis de Combaud, sortie autrefois puisnée de la première race de Bourbon non royale, dès avant Tan 1200, en après rendue ainée d'icelle par la chute en femmes de deux branches aînées, et aujourd'hui par Textinclion de toutes les autres restée seule de la ligne masculine, etc. Ménage, dans son Histoire de Sablé, page 411, attribue cette généalogie, imprimée en 1629, au baron d'Auteuil, auteur de plusieurs bons ouvrages d'histoire.

( MARnnis DK Gamacbes. Leur nom est Rouault. Jean Houault fut anobli en 1372 par la mairie de Poitiers. En

1620, Nicolas Rouault fit ériger la terre de Gamachcscn marquisat... »

Les marquis de Gamaches n'ont jamais répudié leur nom originaire de Rouault, qui fut porté par Joachim Rouault, maréchal de France, lequel aida Je une d’Arc à délivrer le royaume et à chasser les Anglais. Ce maréchal de France ne s’intitulait cependant écuyer {Traité de la Noblesse, par La Roque, page 403), parce qu’il ne fut armé chevalier que dans sa vieillesse. Le nom de Rouault distinguait cetle famille d'une autre famille de Gamaches, également noble, qui a donné un grand veneur à la Maison du Roi (voyez Histoire générale de la Maison royale de France, tome VIII, page 690). Le premier du nom de Rouault n'est pas un Jean Rouault, maire de Poitiers en 1572, mais Clément Rouault, écuyer, qui avait une compagnie d'arbalétriers au service du roi à la Rochelle en 1527. La seigneurie de Gamaches était entrée dans les biens de la maison de Gamaches par le mariage de Clément Rouault, dit Tristan, fils de Clément, 1*' du nom, avec Perronnelle, vicomtesse de Thouars, veuve d'Amaury, seigneur de Craon, etc.

« SAiNT-PniKST. Son nom est Guignard. Sa noblesse n’est ni ancienne ni illustre. Jacques-Thimoléon Guignard, président en la Cour des Aides de Vienne, obtint en 1649 des lettres patentes, par lesquelles la seigneurie de Saint-Priest en Dauphiné lut érigée en vicomté... Le ministre d’aujourd’hui, François-Emmanuel, fut d’abord chevalier de Malte, ensuite ambassadeur et maréchal de camp en 1780. On ne sait à quel poste il parviendra en quittant celui de ministre .. »

M. le comte de Courchamps s'est chargé de répon-

dre à cel article injurieux, dans la troisième livraison du Mémorial Imlorique de la Noblesse, en publiant une généalogie détaillée des seigneurs de Guignard, vicomtes de Saint-Priest. On y voit que le premier degré de la fdi ition deces seigneurs remonte à Robert de Guignard (et non à Guignard sans particule), chevalier, seigneur de Sainois et du Leyritz en Gâtinais, lequel vivait en 1325.

François-Emmanuel de Guignard-Saint-Priest, ministre secrétaire d'État à l'époque de la Révolution, émigra en 1791 et n'attendit pas le poste où il serait parvenu en vertu de son inscription sur la Liste des cidevant Nobles.

t Lantace de FÉLiconBT est ne à Paris d'un sous-fermier des aides... Il fut noimiié fermier générai en 1121... »

Dulaure poursuit sans pitié la chasse aux fermiers généraux, et, dans cet article, il en veut moins à la noblesse qu’à la fortune de la maison de Lantage de Sélicourt (et non de Félicourt).

S’il avait mieux recherché l'origine de celte noblesse, il eût découvert avec joie qu'elle était entaché^de bâtardise; car François de Lantage, père du fermier général, était fils naturel de Jean de Lantage, lieutenant-colonel d'un régiment de cavalerie, et d’une demoiselle Renaud. Ce François de Lantage accompagna M. de Pomponne-Belliévre dans ses ambassades et devint secrétaire du roi. Son fils aîné, qui fut fermier général, acheta le lief de Sélicourt et en prit le nom.

a LEi|pN.MEn, fermier général, originaire de la ville d'El-î lieuf, était fils d'un fabricant de drap... 11 avait épousé une

servante de cabaret, extrcnicinenl belle. Jacques de Vilry, fermier général, en devint amourenx... Le financier C... eut une fille, qu’il maria à M. de Clermont de Renel. De ce mariage est née mademoiselle de Clermont de Renel, qui a épousé M. le comte de Staiiiville-Choiscul... »

Encore un fermier général qui sert de prétexte à une attaque contre les maisons de Renel et de Choiseul !

Quoi qu’il en soit de l’anecdote scandaleuse inventée ou réfiétée par Dulaure, les généalogistes de ces deux maisons n’ont point admis le nom du fermier général Lemonnier : il y est dit seulement que Jacques-Louis Georges de Clermont d’Amboise, marquis de Renel, épousa, le 2 mars 1745, Marie-Henrietle Racine du Jonquoy, et en eut une fille, Thomasse-Thérèse, mariée, le 3 avril 1761, au comte de Stainville-Choiseul.

Au reste, on ne pouvait être impunément cité dans la Liste des ci-devant ISobles, car, si le comte de Staiiiville mourut paisiblement peu de temps après l’ouverture des Étals Généraux de 89, son neveu, le duc Claude-Antoine de Clioiseul-Stainx^lle, émigré en 1 793, languit quatre ans dans les prisons, et sa nièce, mariée au prince de Grimaldi-Monaco, fut une des victimes du tribunal révolutionnaire de Pai is.

O üoe d’UzÈs. Baslct est le vrai nom des ducs d’üzès. Gérard fut anobli par l’évêque de Valence en 1304; il était iils de Jean Rastet, apothicaire de Viviers, qui, en 13(X), acheta la terre de Crdssol des héritiers de cette maison... »

Pour convaincre Dulaure d’erreur involontaire ou de mensonge prémédité, il est inutile de faire valoir les généalogies qui placent à la fin du douzième ■sié-

LA LISTE DES NuDLES DE DlLAUflE 30"

de le premier seigneur d’Uzès dont l'existence soit prouvée par des titres auliientiques. Il suflil de s'en référer à VHisloire généalogique de la Maison royale de France (t. III. p. 702), où l’on voit Géraud Bastet, 1" du nom, seigneur de Crussol par héritage paternel. Quant au Gérard anobli par l'évèque de Valence en 1504, je ne le reconnais pas dans Géraud Bastet, 11' du nom, qui, le 16 janvier 1504, assista au contrat de mariage d’Aymar, seigneur de Bressieu, et qui avait eu l’évèque de Valence pour exécuteur testamentaire de son père Ponce Bastet, damoiseau.

« Dl’i: de Bétiiixe. Son vrai nom est Bétlion ou Bétliun. Jean de Béthiin, père de .Maximilien de Béthune, due de SulQ, était un aventurier qui se disait venir d'Écosse. Le maréclial de Tnvannes, dans scs Mémoire?, le traite à'homme de néant. Ce Jean de Béthun débaucha Jeanne de Melun, fille du seigneur de Bosny, et l’épousa. André Diichesnc les fit ensuite descendre des Bélhiinc de Flandre et en liit bien récompensé... B

Dans cet article, l'ignorance ne le cède qu'à la mauvaise foi. André üuchesne a fait eu un gros volume infolio la généalogie de la maison de Béthune, et cette généalogie est la meilleure de celles que nous devons à ce savant illustre. Il n'est pas étonnant que le nom (le Béthune ait été écrit et prononcé de diverses manières selon les pays. Mais Maximilien de Béthune, qui est aussi populaire sous le nom de Sully que notre Henri IV, n'était pas fds de Jèan de Bélhun; ce Jean de Béthun fut seulement son aïeul, et nous n’avons pas su découvrir le passage des Mémoires de Saulx- Ta vannes, dans lequel il est traité avec dédain. Jean

HlSTOlUE DE FRANCE

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