I.A USTK iu-;s .NOHIÆS DK DULU KK .V2i
liques do ce temps-là, qui butinaient aux dépens de l'ennemi ; mais le capitaine Merle faisait observer une telle discipline dans les lieux où il trouvait de la soumissiouj que ses soldats n'eussent osé y touctier un feuf, sur leur vie.
« I,es L» Fayette, dont le vr.ii nom est HoUier, sont fort anciens, et se sont rendus célèbres en diverses rencontres; mais ce qui prouve le vice de l’hérédité de la noblesse en parchemin, c’est que la noblesse de l'ànie est personnelle et point du tout héréditaire. Pendant la Li|^e, un La Fayette de la même maison se conduisait en brigand... a
Le général La Fayette était encore populaire, lorsque Dulaure imagina de le louer au préjudice de ses aïeux; mais on commençait à l'accuser sourdement de trahison et de complicité avec les émigrés : on le força bientôt, pour sauver sa tête, de se réfugier dans un pays neutre, où il trouva des prisons, sinon des bourreaux. Alors les Jacobins de France lui appliquèrent la qualification de brigand, que la Liste des ci-devant .\’obles donnait à son ancêtre Jean Motier de La Fayette, seigneur de Ilautefeuille, un des plus braves capitaines royalistes, tué à la journée de Coignac en 1568.
« PniXCE DE CONDÉ. Ji
Dulaure, dans cet article purement historique, s’attache à prouver que les Condé descendent d'un page, nommé Belcastel, qui était l'amant de Charlotte-Caroline de la Trémouille, femme de Henri I*', prince de Condé, et qui fut le père véritable de Henri II de Condé, né posthume en 1588. Dulaure se sert assez habilement
de l’autorité des contemporains, pour établir ce fait, qui restera toujours dans le doute, et qui, d’ailleurs, ne détruit pas une fdiation régulière. 11 faudrait l’étendue d’une dissertation spéciale pour réfuter ou du moins pour combattre cette assertion.
Le nom de Condé n’a pas été à l’abri des proscriptions de la Terreur, et le dernier de ce grand nom, le malheureux duc d’Engbien, fut condamné par un conseil de guerre comme il l’aurait été parle tribunal révolutionnaire.
« Rostaisc. Celle maiscn a toujours eu beaucoup de vénériilion pour l’anliquitc de sa noblesse et de son blason. •
Le premier auteur de cette maison est Gaston de Rostaing, gentilhomme de Jean, duc de Bourbon, au milieu du quinzième siècle.
a Les Murat descendent de Regnaud, vicomte de Murat, , qui fut un des complices de l’assassinat du duc de Bourgogne. »
Voici le second article que Dulaure consacre aux Murat, qu'il poursuivit avec un acharnement tout particulier, en sa qualité de député du département du Puy-de-Dôme, dans lequel la maison de Murat avait tous ses biens.
a Les d’Escoraillbs sont fort anciens; mais cette maison a fourni un traître et une câlin, bonis d’Kscorailles, quoique allaclié à la maison de Bourgogne, fut un des complices de l’assassinat du duc de Bourgogne au pont de Montereau... Mademoiselle d’Escorailles, dite Fonlanges, fut une des maîtresses de Louis XIV. •
LA LISTE DES NOBLES DE DIiLAL’RE ".23
Dulaure parle toujours de l’assassinat du duc de Bourgogne comme s'il vêlait présent et comme s’il en connût tous les détails secrets; cependant cet assassinat est encore un des faits les plus ol>scurs et les plus mystérieux de notre histoire, malgré tout ce qu'on a écrit pour accuser ou disculper le Dauphin.
Quant à mademoiselle de Fontanges, qui mourut empoisonnée à vingt ans, elle n’eut pas le temps d’étre une des plus prodigues catins de la cour de Louis XIV.
La généalogie de la maison de Scorraille (et non d'Escorailles), qu’on a fait remonter jusqu'à l'an 1030, est imprimée sommairement dans le Dictionnaire de la Noblesse.
« l.cs Moxtuossikh sont des Canillac, nom qui dérive de chien lié, canis liiinliis. »
*I>a plus simple recherche aurait appris à Dulaure que Jean de Beaufort, marquis de Canillac, n'ayant point d'enfant, donna, par contrat du 30 avril 1511, à Jacques de Montboissier (et non Monlbossier), son filleul, le manpiisat de Canillac, à la condition de porter le nom et les armes des Beaufort. I.e premier du nom de Montboissier est Hugues- Maurice, qui vivait en 960.
( La maison d'EscARs prélend tenir sa noblesse de Dieu. Sans doute elle a oublié le contrat de cession ; car elle ne le fait voir à personne. M. d’Escars, député à l'Assemblée nationale et un des fugitifs, s’honore infiniment de ses aïeux. Il oublie sans doute que François d’Escars étant cbambellan du roi de Navarre, trahissait son maître pour de l’argent, et, pour conspirer contre lui, recevait secrètement une pension du duc de Guise : convaincu de' trahison, il fut chassé liontensement de la cour. »
HISTOIRK IlE l'lUNCK
Cet article contient sans doute une allusion que nous ne pouvons saisir aujourd’hui : le comte d’Escars, député à l’Assemblée nationale, avait peut-être, dans des discussions sur la noblesse, soutenu que Dieu seul faisait les nobles, ainsi que les rois.
La maison de Perusse d'Escars, qui possédait de temps immémorial le comté d’Escars en Limousin, inscrit en tête de sa généal(^ie Andouin de Perusse, 1" du nom, seigneur de Saint-Bonnet, en 1281. Quant à François d'Escars, contre lequel Dulaure lance une accusation historique, De Thon se charge d’y répondre, en nous apprenant, sous l'année 1561 (liv. XXVIII), que François d’Escars avait été convaincu, par des pièces qu'on disait écrites de sa main, d’avoir conspiré contre le roi de Navarre, qui le chassa de sa maison; mais le roi de Navarre le rappela bientôt et le rétablit dans son premier emploi, en lui rendant confiance et amitié, au point de le faire entrer dans le conseil du roi, l'année suivante. Au reste, il est aussi difficile de juger les hommes que les événements pendant le seizième siècle, où ils peuvent être présentés sous deé aspects si dilîérents.
« MiREroix. 11 y a peu «le bien à publier sur celte très-noble maison. L’histoire n’tin parle que pour en médire. En 156?. un maréchal de Mirepoix prit par trahison Limoux et y fil exercer dos cruautés, cl retira du pillage de cette ville environ cent mille écus. »
Dulaure a, sans le vouloir, modéré le chiffre du butin que les historiens protestants attribuent au maréchal de Mirepoix, savoir : cent mille écus d’or, ouqua-
LA Llsrt DES iSODLES DE DlLAl llK T,lo
Ire cent mille écus; mais il est bon de remarquer que toutes les relations de la prisedelJmonx ont été faites par des écrivains attachés au parti de la Iléforine, J. de Serres, La Popelinière, le Frère de Laval, Théodore de Bèzc, etc. La ville de Mirepoix ayant été prise sur les Albigeois, en 1209, elle fut donnée à Guy de Levis, I" du nom, en récomj>ense de ses services dans l’armée des Croisés, et Guy de Levis commença la branche des seigneurs, comtes et marquis de Mirepoix.
Le comte de Levis-Mirepoix, député de Paris aux États généraux, périt sur l'échafaud en 1794.
« Moxtldo. Il existe encore «ne maison de ce nom ; celui qui l'a illustré est le maréchal Biaise de Montluc, auteur des .Mémoires qu’il a intitulés Commentaire», à l’exemple de César. Il n'existe point d’ouvrage où la vanité, lu sottise et la <i\iauté se montrent avec tant d’iqipudenec... »
Le reste de cet article est une vive critique de ces Mémoires, qui passent pourtant, avec justice, pour les plus curieux que nous possédions sur le matériel de la guerre au seizième siècle. Henri IV les appelait la Bible des soldats. 11 est vrai que Montluc, lieutenant général du roi en Guienne, voulut rivaliser de cruauté avec le baron des Adrets, chef des proleslants, et mulUplia les exécutions, de manière à mériter le surnom de boucher royaliste; mais ces exécutions mômes, racontées par lui avec une odieuse gaieté, ont besoin, pour être bien appréciées, d'être considérées du point de vue politique et fanatique de l'époque.
a Lusoxas est im grand nom aux yeux de beaucoup d'hii-
toricns et de généalopstes, et ce grand nom a été celui de plusieurs petits hommes et de quelques sccicruts. Cette maison prétend descendre d’un êlre surnaturel, d'une fée, de la f 'e Mélusine. Hugues de Lusignan, après avoir rendu hommage à Alphonse, frère de saint Louis, se rétracta et vint hr.iver ce prince. Le raide France lui déclara la guerre. Le noble Lusignan eut la noblesse d’empoisonner tous les puits situés sur la route de ce saint roi. »
Par un rapprochement bizarre, on proposa d’emitoisonner les puits, les fonlaines et inèiiie les rivières, lorsque les Autrichiens entrèrent en France et s'avancèrent à travers la Champagne; mais cette proiwsitioii oITrait trop d’inconvénients pour être acceptée. Un pareil moyen de résistance désespérée n'était pas plus illicite en 12 il, dans un temps de mœurs rudes et barbares, qu'en 1795, dans le siècle des lumières et de la philosophie.
Quant à la fée .Mélusine, qui n'est pas plus absurde que la louve de Rornulus, tant il est vrai que les hommes de toutes les éjKtques ont cherché à entourer de fables les origines les plus respectables, Dulaure devait connaître une très-curieuse dissertation du savant Bnllet sur ce sujet encore populaire dans le Poitou. Brantôme raconte que, lors de la destruction du vieux chàte^iu de Lusignan i»ar le duc de Montpensier, les vieilles femmes dirent à Catherine de Médicis qu'elles voyaient quelquefois la fée venir à la fontaine se baigner, moitié le corps d'une très-belle dame et l'autre moitié en serpent. Dulaure ne comprenait pas la poésie de ces traditions, mais il aurait dû se rappeler que le nom de Lusignan ou Lesignem s'est associé glorieusement à l'histoire des conquêtes de la Terre-Sainte.
« Saulx. Cette maison est plus ancienne que lu monarcliie. Suivant la généalogie qu’en a faite un nommé Sicarl, ancien intendant de la maison, elle descend d’un Romain, nommé Faustus de Saulx, comte d’Aiilun, qui résidait en La ville de Sai’lx-LjV«. En 225, son lièrc lit Iwlir un château appelé SAVi.\-le-UiiC, et tous les Saulx de France descendent de cette source... Les seigneurs de celte maison ont porté longtemps, à l’exemple de plusieurs autres maisons illiisires de Fiance, le surnom glorieux d’une bête carnassière Thomas de Saulx était surnommé le Lowp, et Jeun, son fils aîné, dit'le Louvet ou le Petit IjOup. Guy, comte du château de Saulx, le premier de cette maison dont l’histoire fasse mention, aurait été inconnu sans ses brigandages, qui obligèrent l’abbé de Saint- Rénignc de Dijon à porter des plaintes contre lui â l’évéquc de I>angres. b
Je n'ai jamais eu connaissance de celte généalogie fabuleuse dé la inaisoii de Saulx, et le nom de son auteur ne se trouve même dans aucune biographie. La véritable généalogie, rapportée dans Vllisloire généalogique de la maison royale de France, tome VII, page 239, ne va pas au delà de Guy ou 'Vidon, par h grâce de Dieu, comte de Saux-, en 1086... Thomas de Saulx, dit le Loup, ainsi que sou lils Jean le Louvel, était de la branche des seigneurs de Ventoux, et vivait dans la seconde moitié du seizième siècle; quant au Guy, qui eut avec l'abbé de Saint-Bénigne de Dijon certains différends suivis de guerre, que Dulaure qualifie de brigatidages, ce n'est pas sans doute \epranier Cl mie de Saulx, qui ne nous est connu que par la donation d'une terre faite à l'abbaye de Conques; ce peut être un de ses descendants, qui furent plusieurs fois en querelle avec les abbés feudalaires ou suzerains des terres |H>ssédées par la maison de Saulx, et qui s’en ré-
IIISTOIKE l>E FIIANCE
férèrenl toujours à l'arbitrage de l’évéque de Langres, parce que les comtes de Saulx descendaient des anciens comtes de Langres. Au reste, üulaure, ici comme ailleurs, ne comprend rien à l’organisation féodale ni aux mœurs de la chevalerie du moyen âge.
Des quatre branches de la maison] de Saulx existant à l’époque de la Révolution, celle de Saulx-Ta vannes est la seule qui ne soit pas éteinte aujourd’hui.
<» D’Espisciml est une maison recommandable par son ancienneté, ses alliances, mais point du tout par son honnêteté et ses vertus civiques... »
Dulaure, en répétant les mêmes imputations contre les d'Espinchal d’Auvergne, satisfait sans doute à un ressentiment, et croit se faire des titres à l’estime populaire dans le département du Puy-de-Dôme, qui l'avait élu député.
On doit supposer que les héritiers d’un nom qui était encore en horreur dans la Limagne d'Auvergne, depuis Gaspard, marquis d'Espinchal, n'attendirent pas en France l’effet terrible des dénonciations de Dufaure.
« Gcemadeuc, en Brelafnie, est une maison fort entêtée de • sa noblesse. Thomas de Guemadeue fut condamné en 1617 au deniicr supplice et fui cxéculé à Paris, pour avoir assassiné le baron de Ncret et le sénéchal de Châtillon, sous prétexte de lui demander justice, pour avoir deux fois de suite fait déterrer le corps mort de la mère de ce sénéchal, et l’avoir jeté dans un étang, afin de le priver de sépulture. »
Cet article prouve avec quelle précipitation Dulaure
rassemblait les documents qu'il jugeait propres à diffamer la noblesse française.
I.a famille de fiuemadeuc est sans doute une des plus anciennes de 1 « Bretagne, et les histoires de cette province nous rappellent souvent ce nom breton, qui se ti*ouve mêlé aux princii>aux événements politiques. Thomas de Guemadeuc, qui fut décapité en 1617, avait Joué un rôle actif dans les guerres de la Ligue : il était gouverneur de Fougères pour le roi, et. durant les États de Bretagne tenus à Rennes, il eut une querelle avec le baron de Nevet, au sujet d'une préséance, et le tua en duel. Les lois contre les duels étaient en vigueur, et le maréchal de Brissac, lieutenant du roi en Bretagne, assembla des troupes pour aller assiéger le liaron de Guemadeuc dans la ville de Fougères. I.e gouverneur, quoique ne manquant pas d'amis, préféra remettre la ville aux mains du lieutenant du roi. Le baron de Guemadeuc, une fois amené à la Conciergerie de Paris, se vit poursuivi jiar la vengeance des parents du baron de N'evet et fut condamné à mort, malgré les démarches de femme et de sa famille. « C'est la justice qui fait régner les rois, répondit le jeune roi à la baronne de Guemadeuc, je la dois à mes sujets, et en cet endroit je dois préférer justice à miséricorde. Pour ses biens qui me sont confisqués, je vous les redonne, n Üulaure a copié sans disccriienicnt et sans critique l'intitulé de l'arrêt dans le Mercure français, t. V. p. 9‘i. Au reste, le baron de Guemadeuc, qui périt si malheureusement pour s'être battu en duel, était frère cadet de Georges de Guemadeuc, seigneur dudit lieu, lequel a transmis la noblesse de sa maison à ses en-
fants, que l’exécution de leur oncle ne pouvait déshonorer, puisque la plupart des familles nobles de cette époque eurent quelques-uns de leurs membres atteints par la sévérité des ordonnances royales contre les duels et renc&ntres.
« Les Beaoiianoir, b irons de Lavardin, sont très-fiers de leur origine : cependant on trouve, parmi leurs aïeux, un voleur de grand clieinin. Ce voleur était Guy Eder de Ueaumanoir, dit le baron de Fontcnellcs ; il volait sur nier cl sur terre, et, pour ses brigandages, il fut, le 27 septembre 1602, rompu vif en place de Grève, m
Guy Eder de Beaurnanoir, qui fut nommé baron de Vontenelles dans tous les actes du procès, par considération pour la famille de Lavarditi, à laquelle il appartenait, n'était pas un voleur de grand chemin, mais un furieux ligueur breton, qui tenait, au nom du duc de Mercœur, le fort de Douarnené dans l'ile de Tristan, et qui piratait sur les Anglais en même temps qu'il se faisitit redouter des partisans du roi de Navarre : il refusa de jouir du bénéfice de l’édit accordé au duc de Mercœur en 1598, et il se proposait de livrer son lie aux Espagnols, lorsqu’il fut pris par l’adresse du prévôt de la connétablie. On le condamna comme complice du maréchal de Biron.
Dulaure a puisé ses renseignements dans le Journal du règne de Henri IV, par de l'Estoile, qui détestait la Ligue, n’affectionnait guère la noblesse, et qui dit, en parlant du baron de Fontenelles : « C’était un beau gentilhomme breton, vaillant et adroit, cousin germain du maréchal de Lavardin, mais vicieuret méchant extrêmement. »
La liste t)ES NODLÈS DE Dl LAtlRE 331
Le baron de Reaumanoir, contemporain de Dulaure, ôtait un homme aimable et lettré, qui, pour donner une le^-on aux historiens partiaux et aveugles, s'occupa de la J lislificalion d' Enguerraud de Marigny, ministre des finances, pendu sous le règne de Philippe le Bel : c'eût ôlé là un grief capital, outre celui d’ôlre noble, s'il fût resté en France pour attendre le succès de son livre et l'installation du tribunal révolutionnaire. '
s Tristati l'IIernitr. C'est une maison de la Marche, qui, suivant sa généatogie, descend des anciens I oniains. Elle prétend aussi descendre de Pierre l’IIermite ou Pierre Coucoupetre, fou prcdicant qui prêcha les Croisades... Sous Louis XI, Tristan rilcrniile était rinstruinenl des vengeances et des cruautés de ce méchant roi : il était son valet assassin, son valet bourreau... Deux descendants de cet homme ahominable furent comtamnés au supplice pour un prodigieux at- SOKsinat, dit l’Estuile. I.e duc de la Force et le marquis de Praslin, parents ou amis de ce scélérat, sollicitèrent Henri IV pour avoir sa grâce : ce roi vint lui-méuie la demander au Parlement, qui fut ohligé de l'accorder. Le même écrivain ajoute que vingt-six particuliers de la famille de Tristan l'Hermile avaient péri de la main du bourreau. François-Tristan ITIcrmite, de la même famille, vivait mesquinement, mais noblement, sous le règne de Louis XIII ; il était poêle, de ceux qui, comme d’Assoucy, demandaient l’aumône en vers... M. Warroquier de Mirecourt, généalogiste plein de zèle, vient, dans son Trailé des devises liéraidiyues, nous rassurer sur l’existence incertaine de cette maison : il nous certifie qu’elle n'est point éteinte... »
La généalogie de cette maison, publiée par le généalogisle 1 Hermite de Souliers à la suite du Trailé des dernières croisades et la vie de Pierre VUermile, par P. d'Oultreman {Paris, 1645, in-12), est aussi fausse que ridicule; celle qui se trouve dans {'Histoire généa-
lUSTUlRE DE FRANCE
logique de la maison de France, t. VIII, p. 132, esl la seule raisonnable, quoiqu'elle ne remonte qu’au père du trop célèbre grand prévôt de Louis XI.
On peut en conclure que la maison de Tristan l'Herinite commence à cette époque, et n’est pas de meilleure extraction que celle d’Olivier le Daim : Louis XI choisissait d’habitude ses conseillers et ses serviteurs Intimes dans les plus basses classes du peuple.
Dulaure n’a pas manqué d’emprunter au Journal de Henri IV, par de l’Estoile, une anecdotequi achève de flétrir le nom de Tristan rHeriiiite,sans remarquer que la date même de ce fait (mars 1595) et la grâce accordée aux deux coupables, sur la prière du duc de la Force et du marquis de Prasl in, témoignent assez qu'il s’agissait d’un assassinat inspiré par le fanatisme protestant ou catholique, ligueur ou royaliste. Le poète Tristan l’Herinite de Souliers, qui ne vivait' pas d’aumônes, puisqu’il laissa par testament une somme considérable à son élève Quinault, s’est attribué à tort pour ancêtre le fameux Tristan l'Hermitc, seigneur de Moulins et du Bouchet, dont la postérité directe s'éteignit au milieu du dix-septième siècle. Dulaure, trois ans après la publication de la Liste des ci-devant nobles, fut à même de comparer Tristan rHcrmite avec Fouquier-Tinville, le grand prévôt du roi al'solu avec l’accusateur public du peuple souverain.
« Les DE Todrm, dont le véritable nom est Aubert, descendent de Aubert de Touriii, maître des requêtes, conseiller d’Etat, et intendant de Limoges et de Bordeaux, il j a une trentaine d’années. Le père de cet intendant des finance*
l'Uit nommé Pnnçois Aubert, secrétaire ou inteiidaut du (hancelicr Pholi peaux. »
Dulaure recommence ù faire la guerre aux maisons de finance. Il n'en dit pas plus que le Dictionnaire de la Noblesse, où l'on n'a nullement cherché à déguiser ' l'origine des marquis de Tourny, anoblis par l’acquisition de la terre et du marquisat de Tourny au commencement du siècle.
a Les Tknley, doAt le véritable nom est Théreniii, doivent leur fortune à Jean Thévenin, fameux traitant qui avait acheté la terre et le iiiagniGque château de Tenley, en Bourgogne, cl qui fut, en 1716, obligé de regorger quatre cent mille éciis... » e
Dulaure, en citant sans cesse la Taxe de 1716 avec l'indication des sommes exigées de ceux qui y furent compris, a l’air de réclamer l'imposition d'une taxe nouvelle sur les des(Ændants des taxés de la Régence.
c Marqdisde VianATE. Son vrai nom est liurault. Il descend, ainsi que les Cheverni, de Raoul Hurault, qui fut anobli en 1482. Cette noblesse peu ancienne ne suflisait pas à la maison de Vibraye pour avoir riionneur insigne de monter dans les carrosses du mi... En conséquence, les Iluraull ont prolongé leur noblesse dans le passé ; ils ont trouvé que Raoul Huroult, le premier anobli, avait eu un père qui s’appelait Jean, et qui mourut en 1404, lequel était fils de Philippe, qui plaidait en 1552... Ce prolongement de noblesse est un vrai mensonge généalogique... »
Dulaure se garde bien d'appuyer par des autorités ce qu'il avance contre l'ancienneté de la maison de Cheverny. La généalogie de cette maison, dressée d'après la preuve que fit, en 1578, Philippe Hurault, pour ètTé
reçu commandant et chancelier de l’ordre du Saint- Esprit, et publiée en 1636, à la suite de la première édition des Mémoires du chancelier de (Iheverny, a été adoptée par les savants et consciencieux éditeurs de Vllistoire généalogique de la Maison de France.
L'opinion du père Anselme, du père Siinplicien et de Üufourny ne saurait être infirmée par celle de l)ulîiure, qui n’avait pas à sa disposition les cabinets généalogiques de d’Uozier, de Clerembault, etc Les vicomtes et comtes de Vibraye (et Don pas mai'qnis) obtinrent les honneurs de la cour, depuis 1745 jusqu’en 1788 : ils descendaient de la seconde branche des Ilurault, et le chancelier de Cheverny, qui n'était que de la troisième, laissa deux fils, après lesquels sa postérité se perdit par les femmes. La maison de Hurault-Cheverny avait acquis, dans tous les cas, une bonne noblesse, bien antérieure à l’année 1482, puisque Jaajues Hurault, père de Raoul, était chambellan de Charles de France, frère de Louis XI, vers 1462, et son fils Raoul, que Dulaure prétend avoir été anobli en 1482, ne pouvait pas être âgé de plus de dix ans à cette époque. Dulaure connaissait pourtant l'Histoire de Blois, par J. Bernier, qui la mit au jour en 1682,c’e.stà-dire plus de soixante-dix ans avant que M. Hurault de Vibraye demandât les honneurs de la cour, et les obtint le 12 novembre 1754.
« CiiAMBON, fermier général, était oi iginaire du Lmguedoc et d’une très-ba.'se extraction. On croit même ijii’il avait été laquais. Ce^u’il y a de vrai, c’est que, de petit commis buraliste d’un receveur particulier de domaine il devint fermier général, a
Les nobiliaires contiennent plusieurs fragments généalogiques relatifs à différentes familles de ce nom ; mais on ne voit point que les héritière du fermier général aient songé à les rapporter à eux. Dulaure n'avait donc pas d’autre but que de signaler de riches parvenus à la vindicte révolutionnaire.
< Comte de Pihodax. Son véritable nom est l.avallée, auquel a été joint celui de Pimodan. Celle maison est fort enflée de sa petite noblesse, et «toit son luslre, sa ricbesse et son gnmd état à François-Nicolas RalTy, surnouiiné de Bnzoncoiirt, qui était Gis d’un juif de Metz. Itnfry entra dans les affaires, devint excessivement riche, et fut taxé en 1716 à 1,400,000 livres... RalTy mourut sans enfants ; sa riche succession passa à deux de scs parents maternels, savoir : Uaniel-.Iean-.Vnloine-François .Morel du parlement de Metz, et Charles-.loscpli l.avallée de Pitnodan, comte de Chenois. »
Encore une lettre de change tirée à vue, au nom de la Révolution, sur une fortune d'ancien fermier général ! Mais on peut supposer que Dulaure a été dirigé dans cet article par un sentiment de haine contre un littérateur contemporain, le niaix]uis de la Vallée de Pimodan, qui avait déposé son titre de marquis pour se jeter à corps perdu dans les idées et les lettres démagogiques.
Le marquis de la Vallée, ou plutôt Joseph Lavallée, comme H s'appelle lui-même en tète de ses ouvrages, était un écrivain de l’école de Dulaure, appliquant la poésie, la littérature et l'histoire à la politique du jour, attaquant sôus toutes les formes la religion, la noblesse et la royauté. Ce fut peut-être pour se venger à son tour de Dulaure qu'il composa, en 1 7ÎP2-94, les Voyages
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UISTOlUE DE FKANCE
dans Us départements de la France, formant qualonte volumes in-8, espèce de géographie historique et déclamatoire, qui semble destinée à faire oublier la Description des principaux lieux de France, dont Dulaure ne publia que six volumes in-12, dans les années 1789 et 1790. On ne s’explique pas autrement la malice de Dulaure recherchant dans quelles mains ont passé les biens du financier Raffy, et rendant, pour ainsi dire, les héritiers solidaires de la conduite du l^ataire. Le marquis de Pimodan avait obtenu les honneurs de la cour le 18 août 1766, et son fils, le comte de Pimodan, le 28 mars 1786.
< Baron d’Adcnt. Du temps de la Régence, Étienne d’Augny, traitant trop enrichi, fut obligé de regorger la petite somme de 2,640,000 livres. Ces d’Augny sont originaires de Metz, d’une famille de robe. Étienne d’Âugny, fils du président, n’en fut pas moins riche et succéda à son père dans la charge (le fermier général. 11 a obtenu la direttion des postes, et a épousé une petite chanteuse nommée la Liancourt, fille naturelle d’une actrice de l’Opéra... »
Dulaure se montre uir peu bien intolérant à l'égard lies actrices, et il en parle comme on en parlait avant l’égalité et la fraternité révolutionnaires. Mais cet article, dans lequel est dénoncé le luxe inouï d’un fermier général, qui avait fait bâtir à la Grange-Batdière un hôtel magnifique, avec des petits appartements comme chez le roi, avait une autre portée que de révéler une alliance indigne d'un gentilhomme : on pensait déjà au procès des fermiers généraux. Au reste, la maison d'Âugny était d'une bonne noblesse lorraine, qui avait fourni bNuooup de magialrfits distingué! au parlamam
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La LISTL des NOftl.ES DE DELArRE .W
dp Mflz, Pi plusieurs braves oi'üciers à l’armée du roi.
Uurand d’Augiiy, chevalier de Saint-Louis, major du régiment de Rouergue, puis lieutenanl-colonel, émigra eu 17y0.
« I.cs marquis de Rome et de VEnxooiLLET, gens de cour, sont d'une lainille qui s’est élevée par un maître des requêtes et pir (les conseillers et présidents du purlenicnt de Rouen dont ranoblissemciit remonte à Nicolas Rome, pourvu, vers le milieu du seizième siècle, d'un oflice de secrétaire du Roi. sur la démission du sieur de la Grange. Les eufanls de ce Nicolas Romé obtinrent des lettres d’anoblissement. >
Didaurc devait savoir que Charles VIII, en confirmant les clercs, notaires et secrétaires du roi dans leurs anciennes prérogatives, les anoblit, eux et leur postérité, et les déclara capables de recevoir tous ordres de chevalerie, comme si leur noblesse avait quatre degrés; le bénéfice de celte confirmation ne fut reslreinl qu'au dix-septième siècle.
Or, selon Vnistoirc de la chancellerie de Vrance, t. l'S p. 115, le 1" janvier 1551, Nicolas Rome (ou Romé) fut créé secrétaire du roi, pur la résignation, à condition de survivance^ de Nicolas Home, son père, qui avait eu la charge par la mort de Pierre de la Grange. Ce Nicolas Rome, qui devint ensuite maitre des requêtes, portait d'azur au chevron d'argent à deux étoiles d'or en chef et une belette d'or ou d'argent en pointe : il était seigneur de Frequienne; ses descendants furent seigneurs de Vernouillet, barons du Bec, etc. Celte famille a fovu ni plusieui's seci’élaires du
roi et s’est fait une illustration héréditaire dans la magistrature de Rouen.
Üuiiois BE Cranck. Voici ce qu’on lit duns les Mémoires secrets, éililion de Londres, I784, article du 8 janvier 1770 : Un M. Dubois de Craiicc est gouverneur (municipal) de Cliâlons en Chanipagne et fort mal avec le corps municipal, qui, piqué de ses hauteurs, lui a cherché toutes sortes d’altercations, et est parvenu à découvrir qu’il s’est enté sur une famille noble, dont il n’était pas ; en sorte que, par arrêt de lu Cour des Aides, la falsification a été avérée... Si- ce fait est vrai, il faut que M. Dubois de Crancé ait un bien petit esprjt pour aspirer à l’honneur puéril d’être noble de race... »
Ceci est une attaque indirecte de Dulaure contre son collègue à l'Assemblée nationale, Dubois de Crancé, qui se vengea sans doute, trois ans après, en obtenant contre lui un décret d'accusation, h'escroôde noblesse, que signale Dulaure, devait être le père du jacobin Dubois de Crancé, qui, eu 1770, faisait partie de la compagnie des mousquetaires du roi. Dubois de Crancé retrancha la particule que son père avait intercalée entre ses deux noms et vota la mort de Louis XVI, en s’écriant : (I Que Louis périsse ! Disons au peuple : Faite» voler nos têtes sur l’échafaud ! nous rendons grâce au dieux, nous avons vengé la patrie! » Dubois-Crancé, après avoir joué le rôle le plus actif dans tout le cours delà Révolution, mourut ohscurémentle 29 juin 1814.
O GniMon DE i* Retmêre esl de Pfiris; son père était fermier général et originaire de Lyon, d’une famille bourgeoise. . . Il est brutal et fort riche... Grimod de La Reynière a marié sa fille à M. de Malesherbes : son fils est un original, connu par quelques ouvrage^de littérature, par son cyni-me, par dei bizarreries. . •
LA liste OES nobles DE DULAHRE 539
FUilaiire, en atta(|uaiit le femaicr fjénéral, se venge probablement de quelques épigrammes décochées par le fils de celuk'i, car il n'épargne pas plus le littérateur que le financier, quoique fauteur de VAlmanofh des Gourmands se fût jeté à grand fracas dans le parti de la llévolution, qu'il appelait et prophétisait eu même temps que Dulaiire. M. Grimod de La Reynière, qui n'avait de goûts aristocratiques que pour la table, donna, en 1786, un splendide souper à l'ordre des avocats, et tous ceux qui furent invités avaient été obligés de faire preuve de roture. La Terreur passa sur la tète deftl. Grimod, sans lui ôter son bon appétit.
« Ddc DK ViLLEQDiF.n. (’cllc familIc csl regardée comme fort illustre par les généalogistes, qui ne voient de vraiment beau, de vraiment admirable, que l’ancienneté des races... S’il y avait de la noblesse dans le sang des Villcquier, comme les superstitieux pourraient le croire, cette noble.«se a été interrompue dans son cours par René de Villeqiiier, baron de Clairvaux, chevalier de l’ordre du Roi, capitaine de cinquante bumtnes d’armes... qui poignarda sa femme en 1577, sur le sujet d'un paquet qu'il surprit, et duquel il jurü assurance de sa paillardise.. . »
Dulaure condamne, avec les historiens Se Tliou et fie l’Estoile, cet assassinat, que nous nous garderons bien de défendre en invoquant les lettres de rémission accordée» à l’assassin jiar Henri 111.
« Les Uuri Eix de BACQUENcoonT sont du Hâconnais : le conseiller d’Élat est fils du fermier général de ce nom... 11 a été longtemps directeur de la Compagnie des Indes, il a fait entrer son frère dans le service maritime de cette compagnie. Il (son frère) s’y est distingué et est parvenu au grade de gouverneur de Pondichéry : il eut un procès contre le fa-
iiieuv La Buurduiinaye, au sujet du pillage de Madras, dont Dupleix et La Rourdoiinaye ont profilé au dcsavaiitiigc du Roi... »
Rulaure n’eùt peut-être pas outragé la mémoire du . gouverneur de Pondichéry, s’il se fût rappelé en quels termes Duplei.v, trois jours avant sa mort, se jtlaignait de l'injustice de sa patrie : « J’ai sacrifié ma jeunes.se, ma fortune, ma vie, à' combler d’homieuré et de richesses ma nation en Asie... De malheureux amis, de trop faibles j)arents, des citoyens vertueux, consacrent tous leurs biens pour faire réussir mes projets... Ils sont maintenant dans la misère. Je me soumets à toutes les formes judiciaires; je demande, coininc le dernier des créanciers, ce qui m’est dû; mes services sont des fables, ma demande est ridicule, je suis Irailé comme le plus vil des honnnes... Je suis dans la jdus déplorable indigence! » Mais Dnlaure ne pouvait pas croire à la probité d’un financier, et il confondait à dessein les riches avec les nobles, pour que la fortune fût comprise naturellement dans ['abolition des ■privilèges.
t De la Haye, fermier générnl, natif de P.iris... Son père était fils d’un fermier de M. de La Roclieguyon ; il .avait deux frères dont les enfants ont hérité de ses richesses immenses. »
L’ancien fermier général, que Dnlaure peint ici sons des couleurs odieuse’s comme pour transnietlre un héritage de haine à son neveu, qui était aussi fermier général depuis 1761, méritait pourtant de trouver grâce devant un liüérateur et un .savant, par. le soin qu’il prit de réunir une des plus belles bibliothèques de son temps et un précieux cabinet d’eslanqies. Son
LA LISTK DES NOBLES DE DULAIIBE 541
père, que Dujaure dit fils d'un fermier, avait été secrétaire du roi. Kn réponse au portrait qu'en fait Dulaure :
Il était dur, froid à glacer on peut opposer avec
confiance cet éloge, placé entête du catalogue de vente de ses livres : * Quels secoui’s n'ont pas reçus de lui, pendant sa vie et même après sa mort, les hôpitaux dont il était administrateur!... C'est à quoi il a employé la plus considérable partie de sa fortune... » Mais Dulaure était incapable de pardonner à une famille de fermiers généraux.
« Tmohé, conseiller an Parlement, éUiil fils d’un vilricr; il s’élait fort enrichi dans les finances; en 17iC, il fut forcé de dégorger un million cinq ccnt mille livres... »
« Les OüBsiN se sont aussi enrichis dans les finances. Jean Oursin fut, en 1716, taxe à deux millions six ccnt mille livres. Il était fils d’un chandelier de Caen. Sa lille a épousé Chauvclin, intendant des linances... b
< Obbv. Je.in Orry, vitrier’d’Italie, depuis homme d'affaires de la jirincesse des IJrsins, entra dans les finances et fut taxé à trois ccnt mille livres. 11 est mort secrétaire du I\oi et président à Metz : il est père de Piiilibert Orry, contrôleur général, et d'Orry de Fulvy, mort intendant des finances en 1751 , et qui fut père du marquis île Fulvy, qui fait aujourd’hui depetits vers... B
I. Uablus, fermier général, était fils 'd’un marchand de la ville d’Angers... Il a laissé deux filles... »
« Gsnioii ÜUFORT, frère de Grimod de La Reynière, fut placé très-jeune dans les emplois des finances... Il fut créé fermier général en 17‘2I. Sa richesse répondait à son état, et sa magnificence à sa richesse... 11 avait acheté l’hôtel de r.hamillart , et, ne le trouvant ni assez commode ni assez magnifique, il dépensa deux ccnt mille livres pour l’embellir, b
Dulaure, en lançant contre des financiers la terrible accusation de richesse, compUit sur l’ignorance de ses lecteurs ; il espérait que les riches passeraient toujours |K)ur de véritables nobles ; cependant la noblesse de ces 'parvenus était si récente, qu aucun deux n avait obtenu les honneurs de la cour, quoique les Thoraé s’intitulassent seigneurs de Saint-Christophe et de Ferrière ; les Orry, seigneurs de Fulvy ; les Darius, seigneurs du Jarry ; les Griinod, seigneurs du Fort (et non Diifort) : cette noblesse, qu’ils avaient acquise à prix d’argent, en achetant des charges de secrétaires du Roi en même temps que des terres seigneuriales, était encore bien distincte de la , noblesse de race. Mais Dulaure se souciait peu d’être juste et vrai, pourvu qu'il prouvât que tout noble était riche et que tout riche avait une fortune cxmpable. Les fermiers généraux devaient infailliblement perdre leurs biens et leurs vies, après avoir été dénoncés comme des sangsues de l’État. La guillotine ne fut que la con.séqUence de. la confiscation.
« Mabqdis db Silleky. Leur vrai nom est Brulard. Celui qui a donné le plus d’éclat à cette famille est Nicolas Brulard, seigneur de Sillery... Ce n’est pas d’aujourd’hui que les Brulard de Sillery sont malheureut en femmes... Madame Brirlard, ci-devant marq%isc de Sillery et ci-devant encore comtesse de Genlis, philosophe comme un docteur, savante comme un bel e-prit, vient île faiie revivre le nom de Brulard, oublié depuis un siècle et demi. Cetle maison s’étant donné une fausse origine dans les noliiliaires, la véritable se trouve dans V Histoire de la Chancellerie: le fi mai 1494, Jean Brulard comparut comme secrétaire du Roi... »
Dulaure enlève au moins un degré à cette famille.
puisque Pierre Brulart (et non brulard), père de Jean, était secrétaire du Roi dés l’aniiée mais il est
aisé de comprendre que Uulaure dirige cet article contre madame de Genlis, qui avait pourtant donné tête baissée dans les idées de la Révolution : cette dame s'était fait beaucoup d’ennemis par ses boutades plutôt que par ses ouvrages, et Dulauiv lui adresse une mordante allusion, en rappelant que le chancelier de Sillery fut un des maris les mieux trompés de son temps.
Madame de Genlis, qui était alors furieuse de jacobinisme, émigra avec les enfants du duc. d'Orléans, lorsque ce prince vit se dresser son échafaud ; le marquis de Sillery, enveloppé dans le procès qui coûta la tète à Philippe-Égalité, fut également condamné à mort par le tribunal révolutionnaire et exécuté le 31 octobre 1793.
« IIaudrt, fermier général, était fils d’un pauvre bontanger de Corbeil... »
i\'e$l-ce pas à üulaare qu'il faut attribuer la terrible exécution des fermiers généraux? Mais peut-être, en rtHilamant pour qu’on les soumit à une taxe, comme en 1716, ne voulait-il pas tuer la poule aux œufs d’or.
« Marucis et coMTK UK .SovecocnT et marquis ue Feuqdière sont trois frères fort eonniis, dont le vrai nom est Segtière. Ils sortent d’un Seglière, man-band en Pic;irdic... Joachim Se^lière, qualifié de .seigneur de Boisfranc, obtint, le 4 septembre HÎ48, l’oflice de secrétaire du Roi... Le sieur Boisfranc, en épousant mademoiselte de Soyecoiirt, hérita îles biens et seigneuries de cette familte, qui s'éteignit en 1GU0... Kn 17ÿ2, le fils de ce Poisfnmc ayant épousé une demoiselle
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HISTOIRE DE FRANGE
d’une maison non moins ancienne, mademoiselle de Feuquières hérita des seigneuries et du nom de celle maison. »
Cet article, à part l'hostilité de sa rédaction, est à peu près exîict, si ce n’est que les descendants de Joachim Seglière (ou plutôt Seiglière) n’ont jamais répudié ce nom en devenant marquis de Feuquière et de Soyecourt. Ces nouveaux titres ne leur donnèrent pas les honneurs de la cour.
« Lbvis, maison composée de plusieurs branches qui descend de Gui de Levis, un des brigands qui suivit le scélérat Montforl aux croisades contre les Albigeois. 11 dut le nom et la seigneurie de Mirepoix à ces odimjses expéditions... La branche des Levis-Ventadour vient de celle de Comborn, autrefois illustre dans le Bas-Limousin...- »
Dulaure, qui a déjà consacré un article à la famille de Levis, sous le nom de Mirepoix, revient à 1a charge pour avoir un prétexte de citer un extrait de sa Description des principaux lieux de la France, dans lequel est raconté le crime d’Ebles, vicomte de Comborn au onzième siècle, qui vâole sa tante et veut assassiner son oncle; mais, quoique pe crime ne prouve rien contre les héritiers du nom de Comborn, Dulaure se trompe grossièrement en tirant de la maison de Comborn celle de Levis-Ventadour, puisque cette maison est une branche cadette des Levis-Mirepoix, et que le comté de Ventadour lui fut apporté par l’alliance de Jeanne de Ventadour, mariée en 1492 à Louis de Levis, baron de la Voûte.
« Marquis de Champcenets. I.eur nom est Quentin... Le.s plus célèbres personnages de cette noble ninison ont tous été
valets de chambre. Quentin de la Vienne, valet de ch.smbre du Roi, parvint à faire érip;er, en 1686, la seigneurie d:; Chainpcenets en Brie en mari|uisat. Louis Quentin, son fils, lut aussi valet de chambre, lequel épousa, en 1748, Marie Mci.<sier, fille d'un intendant et contrôleur des écuries, d'où sont sortis les marquis de Clinm|Kenets d’aujourd’hui si célèbres, comme tout le monde le sait. Une autre branche de cette maison, issue de Marie -I,uuis Quentin, a eu la gloire de ne pas abandonner rantiebambre, et ceux qui la composent y iigurent encore avec beaucoup de distinction... »
Cet article e^t une violente attaque contre le marquis de Champccnels, (|ui n'avait p is épargné Dulatire dans le Petit Almanach des grands hommes, composé en société avec Rivarol.^L»? marquis de Chanipcenets, admis à jouir des honneurs de la cour le 24 juin 1787, était d'une ancienne noblesse de BreUtgne, qui justifta de sa l'jliation depuis le commencement du seizième siècle. Dtilaure feint d’ignorer tpie la charge de premier valet de chambre dti Roi (il n’y en avait que quatre) fût aussi importante et honorable fiu'elle l'était réellement. Cetle charge se conservait dans les familles avec une sainte tradition de lidélité à la monarchie.
Le marquis de Champcenels ne dérogea pas à cette tradition, et servit de sa plume courageu.se et spirituelle la cause perdue de la royauté, jirsqu'à ce qu'il achevât son rôle de dévouement sur l’échafaud, le 23 juillet 1794.
Je m’târrête ici, dégoûté, indigné de trouver une tête coupée au bas de chaque article de la Liste des d'devant Nobles ; car, en jetant les yeux sur les listes
HISTOIRE DE FRANCK
des proscrits de la Terreur, listes que je n'avais pas à la main pendant ce travail de réfutation froide et impartiale, je m’aperçois que chaque nom, pour ainsi dire, a payé son tribut à l'émigration, à la prison ou à l'échafaud : il me parait démontré que les premiers coups ont été pour les familles signalées par Dnlaure aux représailles de la République.
J'ai reconnu aussi que les calomnies systématiques de l’auteur étaient plus audacieuses encore que je ne pouvais le prouver, faute de documents nécessaires : le Cabinet des Titres de la Bibliothèque du Roi eût été souvent l’unique source capable de me fournir des lumières généalogiques.
Ce serait, de la part des familles diffamées dans ce pamphlet ensanglanté, un devoir sacré et solennel que de prendre elles-mêmes la défense de leur noblesse attaquée avec autant d’impudence que de mauvaise foi.
Dulaure n’est plus, mais son ouvrage subsiste, vierge encore de critiques et de démentis ; mais son ouvrage contient toujours un germe fécond de désordre social et de lois d'exception. Cet ouvrage, aujourd’hui ou demain, peut reparaître avec d’autres noms et sous une antre forme, quoique dirigé vers le même but, la haine, la proscription et la destruction totale des nobles.- Arrachons donc une à une les pages de ce livre atroce, passons-y l’éponge trempée dans le sang des victimes, et jetons-les ensuite avec horreur et pitié dans le gouffre ténébreux de l'histoire des révolutions populaires.
RinUOGRAIMIIK
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BIBLIOGRAPHIE
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Nota. Nous n'avons voulu citer qu'un petit nombre de livres sur la Noblesse de France; pour compléter cette bibliograpbio, en y ajoutant les généalogies générales et particulières, n ne faudrait pas moins d'un volume.