‹ Curiosités de l'histoire de FranceChapitre 8 sur 26 · HISTOIRE UE FR.VNCE · texte numérisé non relu

HISTOIRE UE FR.VNCE

iiiiiiail lort à se jouer avec Brusquet et lui faire ia guerre; aussi Brus(iuct lui rendait bien son change. » On est embarrassé pour donner la palme à l'un d’eux; car, « si M. d’Estrozze, ajoute Brantôme, était fin et subellin, ingénieux et industrieux, Brusquet l'était autant en matière de gentillesse. »

Un jour, à l'audience du roi, Strozzi avait paru avec un beau manteau de velours noir, brodé d'argent ; Brusquet, qui avait envie de ce manteau, alla chercher à la cuisine une lardoire et des lardons qu’il attacha au manteau du maréchal.

« Sire, ne voilà-t-il pas de belles aiguillettes d’or? » s'écria-t-il, quand il eut terminé l’opération.

Tous les assistants de rire, à l’exemple du roi. Mrozzi seul garda son sérieux, et dit seulement :

« Ah ! Brusquet, puisque tu voulais avoir ce manteau, prends-le, et va dire à mes gens qu'ils m'en portent un autre; mais je t'assure que tu le payeras! » Quelques jours après, Strozzi se rend avec quelques amis chez Brusquet, et, pendant que ce dernier était attiré dans le jardin sous quelque prétexte, il fait enlever par un serrurier la serrure d'un cotfre où le bouffon renfermait sa vaisselle d’argent ; le coffre fut vidé par les complices de Strozzi, qui se réserva pour lui une partie des objets volés, et qui rendit le surplus à son adversaire en le forçant à se déclarer . vaincu.

Leur rivalité ne fit que s’accroîtr.e. Un jour, le maréi bal vint au Louvre sur un magnifique cheval à housse de velours et à harnais enrichi d'agent ; Brusquet voit ce cheval, qu’un laquais tenait par la bride

LES FOI S DES ROIS DE FRANCE y

à la porte du roi; il s'approche du laquais, et il lui dit d'aller recevoir les ordres deson maître, qui le mande; en même temps, sous prélexte de garder le cheval jusqu'au retour du laquais, il saute dessus et l'emmène à la poste; là. il coupe la queue et la crinière du cheval, remplace la housse et le harnais par iuk* misérable selle, i-harge d’une lourde malle la pauvre bête, l'envoie en jx)ste jusqu'à Loiigjunicau, et la fait ramener, couverte de sueur, au maréchal.

« Monseigneur, voici votre cheval, (jui est fort l)on pour la poste, dit le postillon qui revenait de Longjumeau ; mon maître vous renjercie de cet essai, el vous prie de lui laisser ce bon cheval pour cin(|iianle écus.

« — Va, répondit Slrozzi sans s'émouvoir, conduisle à ton maître, et dis-lui de ma part qu'il le garde jusqu’au rendre. »

Peu de jours après, le maréchal fait demander à la poste vingt chevaux pour aller à Saint-Germain, où était le roi ; Brusqnet remit sans déliance ses meilleurs chevaux au laquais de Strozzi, qui donna la moitié de ces chevaux à des soldats de sa compagnie, et vendit les autres aux meuniers du Pont-aux-Meuniers. Brusquet reconnut ceav-ci portant la farine au moulin, et les réclama en justice; le procès lui coûta plus que les chevaux ne valaient.

Brusquet supplia le naaréchal de conseiitir qu'ils fissent au moins trêve de ces jeux nuüans et d'importance ; mais il le prévint qu'il ne renonçait pas à des jeux légei's et de nul mal; il l'invita ensuite à dîner avec douze gentilshommes des galans de la cour : les

convives ne manquèrent pas à celte invitation ; Brus- (|uet les reçut, la serviette sur l’épaule, escorté de douze postillons vêtus de leurs livrées et sonnant des fanfares.

> « Or lavez les mains , messieurs , leur dit-il * et

soyez les très-bien venus ; je vais quérir à manger. »

Il disparaît à ces mots, et les invités se trouvent en présence d'une table garnie de trente pâtés de toutes formes, qui exhalaient une odeur de musc et de cannelle; on découvre ces pâtés, dont une sauce succulente déguisait le contenu; on remplit les assiettes, on se hâte dégoûter ces mets appétissants; mais chacun de rendre gorge, en s'écriant :

« Voici des traits de Brusque! ! »

Les pâtés ne renfermaient que des débris hachés de vieux harnais, croupières, gourmettes, bosselles, arçons, sangles et brides. Le diner ne se composait pas d'autre chose, et les dîneurs sortirent de table mourant de faim.

Le maréchal de Strozzi eut longtemps ce diner-là sur l’estomac. II invite à son tour Bnisquet, et lui sert aussi des pâtés que le crédule bouffon dévore à belles dents, en vantant la belle chère qu'il faisait.

« Oui, lui dit Sfrozzi, lu dois être content, car je ne t'ai pas trompé, comme loi, qui conspirais pour me faire crever de faim.

O — Ceci est festin de roi, reprit Brusquet, qui avait sans cesse la bouche pleine : certes, je n’ai jamais mieux mangé.

a — Or, veux-tu savoir ce que tu as mangé de si bon appétit? répliqua le maréchal.

« — Je ne sais si c'est viande de boucherie ou venaison, mais je m’en pourléche encore, tant le ragoût me sembla exquis.

« — Tiens, mon fils, voici la viande que tu as man- "»’*e ; ne reconnais-tu pas cette bête? »

On apporta sur la table la tète sanglante d'un mulet, que Brusquet préférait à toute autre monture, et que le maréchal avait fait abattre pour cet étrange re- {Kis, qui souleva le cœur de Brusquet, au milieu des rires de l'assemblée.

I>es plaisanteries du maréchal étaient souvent plus redoutables. La reine Catherine de Médicis, ayant appris que la femme de Brusciuet était horriblement laide, voulut la voir. Brusquet, pour que la scène fût ' divertissante, avait dit à la reine que cette femme était sourde, et à celle-ci que la reine n'entendait rien, si l'on ne haussait la voix. La cour se réunit chez Catherine, afin d'assister à cette grotesque présentation.

Brusquet mena par la main sa femme parée, allifée et accommodée ni plus ni moins que le jour de ses ?wces, avec ses cheveux épandus sous son chaperon, comme une jeune épousée. Brusquet avait pris la mine douce et uffailée d'un nouveau marié. Personne, à ce .spectacle, ne put s'abstenir de rire à pleine gorge.

Mais ce fut bien pis, quand la femme se mit à crier haut comme une folle, et quand la reine cria plus fort, l'une et l'autre supposant qu'elle n'était pas entendue. Le bruit résonnait jusqu es à la basse cour du Louvre.

M. de Strozzi devina le premier la supercherie de Brusquet ; et, sans doute pour faire son courtisan à l egard de la reine, qui était dupe de la malice du

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