‹ Curiosités de l'histoire de FranceChapitre 9 sur 26 · IH · texte numérisé non relu

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bouffon, il appela un valet do rhiens. qu’il vit dans la cour en équipage de chasse, la Irampe pendvc au cou. Il lui ordonna de sonner de toutes ses forces aux oreilles de la femme de Brusquct. et ne lâcha celte malheureuse qu’après l'avoir rendue véritablement sourde pendant plus d'un mois.

Brusquet, qui eût préféré que sa femme fût muette, se promit de faire une musique plus désagréable aux oreilles de Strozzi : ayant su que le maréchal, arrivé à la dérobade, était descendu à son hôtel du faubourg Saint-Germain, il va réclamer l'assistance des Cordeliers pour un gentilhomme possédé du diable, et il conduit chez Strozzi deux de ces religieux, qu’il avait préparés d’avance, au moyen de quelque argent, à tenir tête à tous les démons de l’enfer.

Le maréclial était couché et lisait, quand les corde- Gers entrèrent, armés du nussel et d'un pot d’eau bénite. A cette vue, le maréchal, qui n’était rien moins que dévot, se lève ei» fureur avec de terribles blasphèmes; les moines commencent leurs aspersions et leurs exorcismes ; la colère de Strozzi redouble ; il cherche son épée, et, ne la trouvant pas, se jette sur les révérends pères, qui l’accueillent à coups de goupillon. Ge fut une bataille d’uutant plus plaisante, que les corde- Gers croyaient avoir affaire à un véritable possédé. Cette scène tumultueuse ameuta la foule autour de l’hôtel.

Brusquet s’était empressé de raconter l’aventure au roi, qui s’en égaya beaucoup, et qui envoj’3 demander au maréchal comment il se trouvait des cordeliers. Le maréchal, méconlent d'avoir été traité trop cathoG-

LES FOIS DES ROIS DF. FRANCE ir,7

quement par ces donneurs d’eau bénite, porta plainte contre Brusquet à l’inquisiteur de la foi, le jacobin Mathieu Orry, qui fit arrêter par ses sergents l'audacieux bouffon, accusé de a s’étre aidé des ministres de Dieu pour s’en servir à risée, i*

On l’aurait jugé comme hérétique, si le roi ne fût venu lui-même le tirer de prison, à la grande joie de Brusquet, «qui n’eut jamais si belle peur, dit-il, craignant ces messieurs les inquisiteurs plus que tous autres gens. 9

La guerrç entre le Fou du roi et le maréchal de France n'était pas allée si loin pour finir ou s’apaiser.

Le cardinal de Lorraine, qui aimait fort les bouteilles, dit l'Estoile, ei qui ne se mêlait guère d'autres affaires que de celles de la cuisine, employait les facéties de Brusquet en manière de digestion ; il obtint du roi la permission d’emmener ce Fou à Rome, où il se rendait en ambassade. Peut-être, voulait-il imiter le cardinal du Bellay, qui avait attaché à sa suite un autre bouffon plus fameux, François Rabelais, aux joyeusetés duquel le pape et le Sacré-Collège riaient de si bon cœur, en dépit du scandale. M. de Strozzi était un s(‘cond bouffon, portant, au lieu de marotte, le béton de maréchal de France : il accompagnait aussi le cardinal dans ce voyage ultramontain.

A peine fut-il à Rome, qu'il envoya un courrier à Paris pour annoncer que le pauvre Brusquet était mort, et pour inviter sa femme à se mettre en mesure de conserver le privilège de la poste : le roi accorda cette faveur à la veuve de son Fou, et celle-ci n’atten?

'histoire de FRANCE

dit guère pour se remarier avec le courrier même que

•le maréchal lui avait dépêché.

Brusquet, étonné de n'avoir plus de nouvelles de sa femme ni de sa poste, repasse en France et trouve un successeur établi dans sa maison. Ce ne fut pas sans IKiine qu'il rentra dans la possession légitime de sa femme et de ses écuries.

Pour se venger, il n'imagina rien de mieux que de faire excommunier M. de Strozzi par le Saint-Père , à cet effet, il adressa au cardinal Caraffa une lettre fort circonstanciée sur \me prétendue apostasie du maréchal, (lui se serait fait Turc à Alger, et qui aurait promis aux infidèles de leur livrer les trésors et les reliques de Notre-Dame-doLoretle. Strozzi était alors occupé au siège de Calais. On s aper(;ut de la fourberie, avant que les foudres apostoliques eussent éclaté contre le maréchal, qui ne se souciait guère de passer pour mauvais chrétien dans la chambre du pape.

Le cardinal de Lorraine emmena encore Biaisquel avec les plénipotentiaires qui signèrent la paix a Lèteau-Cambrésis , en 1558, et Brusquet eut tous les Imnneurs de ce voyage de Bruxelles, où Philippe II le prit en amitié et lui fit beaucoup de biens; car Philippe, malgré sa puissance et son faste, n avait qu un maigre bouffon, qui, avec sa guitare et son braillement de chansons, excitait l'ennui et la pitié. Brusquet, qui parlait l’italien et l’espagnol, se surpassa en bonne grâce bouffonnesque, en reparties vives et goguenardes, en imaginatives fantastiques et imprévues.

I^n jour, dans un splendide festin où le roi d’Kspagne

avait invité les grands seigneurs de sa rour et l’ambassade française, l’audacieux Brusquet s’élança sur la table au milieu des plats, sans craindre de rencontrer les couteaux, et s'enveloppa de la nappe, en ramassant avec lui toute la vaisselle d’or et d’ai-gent, que Philippe lui permit d’emporter en récompense d’une si étrange hardiesse : Brusquet sortit de la salle, cx>urbé sous le poids de son butin.

Philippe fut tellement charmé de la belle humeur de Brusquet, qu’il le chargea de faire l'édiKation du maussade personnage qui remplissait l’ofiice de bouffon à la cour d’Kspagne. Brusquet revint à Paris avett l'Espagnol, son élève, qu'il volait et biUoimait cruellement : il se servit des chevaux de cet étranger poui' le service de la poste de Paris ; il changea une chaîne d’or, que Henri 11 avait donnée à l'innocent bouflbn, (xmlre une chaîne de auvre doré; enlin, il renvoya cette {>atiente victime au roi d’Espagne en écrivant à ce prince que le porteur de la lettre n’était (pi’iin sot, qui méritait d’étre fouetté à la cuisine.

La fin de la vie de Brusquet ne fut pas aussi heureuse que son commencement. Tout bouffon qu’il était, il fut soupçonné de la Heligion, et accusé d’avoir soustrait les dépêches du roi pour seconder les huguenots; son gendre, qui se distinguait entre les plus zélés c<il- vinistes, lui attira ces chagrins, qui abrégèrent sa vie ; il fut forcé de (|uitter Paris, où il n’était plus en sûreté ; il perdit la ferme de la poste, et ne garda rien de la fortune qu’il avait amassée.

duchesse de Valentinois lui offrit un asile au château d’Anet , par souvenir du feu roi Henri. Mais

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Brusque!, redoulant d’ètre inquiété, malgré la protection de Diane, s’adressa au fils du maréchal de Strozzi, afin d’obtenir que les poursuites dirigées contre lui, sous prétexte d'hérésie, ne troublassent pas ses derniers jours. Ceux qui avaient été assez fous pour demander compte à un fou de ses croyances religieuses furent .sans doute satisfaits d’avoir fait confisquer les biens du vieux Brusquet, qui ne survécut pas longtemps à cette <lisgràc(>, et qui mourut obscurément vers 1565, domestique et pensionnaire de Diane de Poitiers.

L’ex-bouffon et l’ex-favorite du roi se consolaient ensemble de l’inconstance des grandeurs humaines.

Avant le beau temps des folies de Brusquet, un autre bouffon, qui ne portait pas de marotte, et qui n’avait d’autre titre d’office que celui de médecin, mit en honneur la gaieté française jusqu’en cour de Borne : ce fut le célèbre François Rabelais, le plus grand génie de son siècle, et le premier philosophe qui ait jamais existé peut-être; mais il ne fut pas au service du roi de France, qui permettait au Parlement de censurer et de condamner les hautes vérités cachées sous le manteau pantagruélique : il ne servit que Dieu, après le cardinal Du Bellay, son protecteur et son ami ; il ne quitta la robe de la Faculté que pour prendre la chasuble de curé, et, affublé de ce déguisement ecclésiastique, il continua de donner libre cours à ses facéties, qui renfermaient d’ordinaire un sens profond et une grave moralité : il plaisantait encore sur son lit de mort.

Sans doute le cardinal Du Bellay fit connaître les

i.i:s Fors UES rois de fiunce ui

meilleures bouffonneries de son médecin ordinaire, à la cour de François I" et de Henri II ; sans doute les bons mots et les audacieuses folâtreries de Rabelais, en présence du pape, eurent un écho de scandale et de rire en France; mais l'auteur du Pantagruel voulut conserver sa liberté d'esprit et de langue : il ne s’attacha donc point à la fortune des grands, qu’il avait tournés en ridicule dans son admirable livre. La cure de Meudon fut la retraite qu’il choisit pour être à l’abri des sentences et des fagots de l'inquisition catholique ; après avoir raillé les choses les plus vénérées, en présence du Saint-Père et du Sacré-Collége, il borna son rôle î^ux obscurs devoirs de son ministère paioissial, et l’homme qui aurait pu s'asseoir au conseH des rois apprenait l’alphabet et le plain-chant aux enfants du village !

Nrânmoins Rabelais avait composé, pour ainsi dire, l évangile des fous-sages, et son roman satirique, dont les allusions ne sont pas toutes expliquées et compréhensibles, offrait des exemples ingénieux et hardis aux successeurs de Triboulet : Rabelais s’était moqué de tout dans ce singulier ouvrage, où il se peint luiifième, tantôt sous les traits de Panui’ge, tantôt sous ceux de Pantagruel. Il n’avait pas même respecté les plus redoutables mystères du christianisnje, à une éjK)que où le bûcher faisait justice de la moindre erreur en matière d’orthodoxie : le supplice de son ami Étienne Dolet, brûlé sur la place Maubert, ne lui ferma pas la bouche, et il continua intrépidement à faire rire ses lecteurs aux dépens des juges qui venaient de condamner Clément Marot pour avoir mangé du lard en

carême. Ou ne prit jamais au sérieux ses plus sérieuses épigramnies et sa gaieté intarissable ; ses équivoques souvent grossières, ses ordures et ses obscénités, servirent de passe-port aux offenses qu'il se permettait sans cesse contre les sottises humaines, dont il déchirait le manteau sacré. Dieu ne fut pas même’ épaiTJiié dans celte guerre de folie et de sagesse.

Itabelais avait, à dessein, montré, en diverses circonstances, qu’il surpassait les bouffons les mieux accrédités en cour.

l’our obtenir une audience du chancelier Duprat, il s était présenté à la porte, bizarrement vêtu, et parlant successivement plusieurs langues, jusqu'à ce que le chancelier, émerveillé de ce qu'on racontait de cet étranger polyglotte, ordonnât de l’introduire devant lui.

Se trouvant à Lyon, sans argent et dans l'iinpossi- * bilité de subvenir aux frais du retour, il remplit de cendre trois ou quatre flacons, sur lesqnels il mil des étiquettes : poison pour le roi, poison pour la reine, etc.; puis, il sentit arrêter, de manière qu’on le trouva nanti de ces poudres inoffensives, et qu’on le transporta à Paris, où la ruse fut découverte.

Voulant tourner en ridicule la formule d’un médecin qui avait prescrit au cardinal Du Bellay une potion apéritive, il jeta toutes les clefs de la maison dans une chaudière, et se vanta de préparer ainsi le remède le plus apéritif que pût inventer rapolhicaireric.

Voyant sur la table du cardinal une lamproie dans un plat d’ai’gent, il toucha le plat avec sa baguette, et prononça doctoralemenl ; duras digeslionis, afin que le cardinal n'y touchât point; mais il s’empara de la

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lamproie et la mangea tout entière, en prétendant appliqii r au plat d'argent l’arrêt médical que son maître avait attribué au poisson.

Enfin, loi-squ'il se sentit proche de la mort, il dit û ses amis, qui l'entouraient comme ceux de Socrate ;

« Je vais chercher un grand peut-être, lequel est au nid de la pie. Tirez les rideaiLX, la farce est jouée!.... »

C'était vouloir mourir, de même qu'il avait vécu, en riant.

Si Rabelais avait exercé l'oflUe de fou du roi, personne n'aurait pu le remplacer, tandis que la fortune de Brusquet excitait l’émulation de ses rivaux, et que le nom de Thoni (diminutif d’Antoine) ne fut pas effacé jiar celui de Brusquet.

Thoni avait appartenu d’abord à Charles, duc d'Orléans, qui le prit à sa mère, pauvre paysanne des environs de Coucy, en Picardie, et qui se charçea de le faire instruire. Cette bonne femme avait deux autres fils portant déjà la livrée de la Folie; elle ne voulait pas confier au duc d’Orléans le petit Thoni, car elle avait le projet de le faire prêtre, afin qu’il priât pour ses frères, qui étaient fous, disait-elle.

Or Thoni était cent fois plus fou qu'eux, rapiwrle Brantôme.

L’éducation vint en aide à la nature : « Au commen- 'cement, dit Brantôme, il était un petit idiol, niais et fat; mais il fut si bien appris, passé, repassé, dressé, alambiqué, raffiné et quintessencié par les nattreté.s, postiqueries, champisseries (c’est-ii-dire tours de vilain, de page et de fille publique), galanteries et friponneries de la cour, et leçons et instructions de ses gouver-

ÜISTOIRt I)t FUAÎSCE

iieurs, Lal'arce et Guy, qu'il s’e>t fait appeler le premier fol du monde. »>

Après la mort du duc d’Orléans, en 1545, Thoni passa au service du roi Henri II, qui l'aimait et qui ne se lassait pas de l’entendre forcer.

Ce boufl'on donnait tous les plaisirs du monde à ses auditeurs, et sa gentillesse s’augmentait surtout de la faveur que lui accordaient les principaux seigneurs, pour flatter le roi et souvent pour se ménager les Iwnnes grâces du Fou favori.

Le connétable Anne de Montmorency, qui se plaisait aussi bien qu'un autre aux fols, et qui était par dessus tout un adroit politique, témoignait beaucoup d’arnilié à Thoni, « qu’il menait dîner avec lui, et le faisait manger sur une chaire ou escabelle devant et près de lui, et le traitait comme un petit roi. » Thoni prufltait de la complaisance du connétable, qu’il nommait son père, [>our faire fouetter les pages et les laquais qui lui causaient le moindre déplaisir : quelquefois, atin de rire son saoul, il s’amusait à les accuser sans raison. 11 était tout glorieux des caresses du vieux courtisan, qui eut la honte de se voir tourner le dos par ce Fou, non moins habile courtisan que lui-même, lorsque sa disgrâce signala l'avénement de François II : Thoni fit semblant de ne pas le reconnaître. Car ce fin fol courtisan, comme l’appelait Anne de Montmorency, s'accommodait, selon les saisons cl le temps, au.c corruptions de la cour ; « quand il voyait quelqu'un en faveur à la cour, il le recherchait et en faisait ci\s; quand en défaveur, il le quittait aussitôt et tout à plat. »

Charles IX, qui avait l’esprit délicat et cultivé, hérita de rattachement de Henri H pour Thoni, que le voisinage des poètes de la Pléiade ne rendit pas moins vain, en le rendant plus alambiqué. Brantôme lui décerne cet éloge posthume : « 11 se peut dire que jamais ne fut vu un si joli petit Ft>u, ni si agréable et plaisant, » Lorsqu'il mourut, Charles IX le regretta autant que le meilleur de ses sujets, et employa la plume de llonsard pour l'épitaphe de ce Fou, comme du plus sage personnage de France, remarque Brantôme.

Mais Ronsard, se souvenant des honneurs funèbres que Caligula avait fait rendre à son cheval, n'admit pas dans l'édition de ses œuvres cette épitaphe, gravée en lettres d'or sur un tombeau.

A Charles IX succéda Henri III ; à Thoni et à Brustpiet, Sibilot, qui n'a pas laissé d’autre trace de son régne de Fou en titre d’office que l’emploi de son nom, devenu substantif générique pour désigner toute espèce de fou et d’insensé; ce qui fait supposer qu'il devait être moins bouffon qu'idiot.

Au dix-septième siècle, sibilot était encore synonyme d'oison, sans qu’on puisse dire lequel de Foison ou du Fou a eu le privilège de nommer l’autre; quoi qu’il en soit, ce nom-là fut donné à l’un des deux, à cause de son sifflement caractéristique, qu’on traduisit en latin par sibiium : c’était alors un usage reçu de latiniser ou gréciser les noms propres, et le poète Daurat, qui se faisait appeler Aurntus, et qui baptisa tous ses amis à la latine, avait peut-être été le parrain du bouffon royal.

Le nom de Sibilot fut, comme celui de Caillette,

HISTOIRR DE FRANCE

employé souvent par les écrivains contemporains, qui personnifiaient de la sorte quelque tête éventée ou quelque esprit à l’envers. Agrippa d’Aubigné traite de petit Sibilot M. de Candale, qui avait embrassé le protestantisme, parce qu’il aimait la duchesse de Rohan et voulait être de la même religion qu’elle. 11 se sert encore de cette expression dans sa Confession de Sancy.

Les auteurs de la Satire Ménippi'e font dire au recteur Rose, en sa harangue aux États, que la plupart des ligueurs croient que le duc de Mayenne veut prolonger le plus longtemps possible la lieutenance en laquelle on l'a mis, et vivre toujours en guerre, bien servi, bien traite, bien gardé de Suisses et d'archers, qu'il ne manque que les hoquetons et Sibilot pour être roi. On pourrait inférer de ce passage que Sibilot vivait encore en 1593. Guillaume Bouchet, sieur de Brécourt, qui écrivait ses joyeuses Sérées vers ce temps-là, cite un plaisant Sibilot, qui, s’étant présenté de nuit à la porte de Poitiers, et ceux qui la gardaient lui ayant demandé comme il s’appelait, dit en riant qu'il ne s'appelait point, et continua de répondre sur ce ton aux questions qu’on lui adressait. Enfin, Beroalde de V^erville, dans son Moyen de parvenir, n'a pas oublié de mettre certaines facéties licencieuses dans la bouche de Thoni de Sibilot, qu’il fait figurer vis-à-vis d’Aristote et de Solon.

Denri III eut certainement plus d’uii Fou eu titre d’office, lui (jui marquait tant de penchant pour les choses bizarres, extraordinaires et frivoles, lui qui adoptait les modes les plus extravaganies, lui qui s’occupait de ses chiens, de ses perroquets, de ses t>éni-

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tents blancs et de ses mignons, plutôt que des affaires du gouvernement : néanmoins, hormis Sibilot, on ne connaît que Mathurine, qui était attachée à la cour eu qualité de Folle, et qui passa depuis dans la maison de Henri IV.

C'est la première fois qu’on trouve une femme ayant les gages et le titre de Folle du roi.

Cette Mathurine est introduite dans la Confession de Sanqi, en concurrence avec le jeune Du Perron, à qui elle dispute l’honneur de la conversion de Bernard de Vignolles, lequel s’était fait catholique pour épouser Marguerite de Balagny, veuve en secondes noces du seigneur de Montluc. Mathurine, en effet (quelque étrange que paraisse un semblable apostolat), convertit plusieurs huguenots avec ses bouffonneries.

L'histoire nous l'a montrée mêlée à deux graves événements, qui suffiraient pour conserver son nt.m.

Lorsque Henri IV racheta sa couronne au prix d'une messe et occupa sa capitale sans coup férir, durant la nuit du 22 mars 1594, il se rendit, après le Te Deum, au Louvre, qu’il n’avait pas revu depuis la'Saint-Barthélemy, et il rentra, les larmes aux yeux, dans cet antique palais de ses prédécesseurs, naguère encore rempli des menées incendiaires de la Ligue; tout à coup vint à sa rencontre, sur l’escalier, la Folle Mathurine, qui était restée dans le Louvre comme poulie garder aux rois de France, et qui accourait avec joie pour saluer son maître légitime, ainsi que le chien d’Ulysse dans l’Odyssée.

Une Folle de cour, voilà donc quel avait été le représentant de la royauté des Valois aux États de la Ligue !

Au mois de décembre de cette mémorable année. Henri IV, revenant à Paris, descendit au Louvre, et arriva tout botté dans la chambre de Gabrielle d’Estrées, où Jean Châtel, qui l'attendait, le frappa d'un coup de couteau à la bouche : le roi, se sentant frapp<» (raconte le chancelier de Chiveniy, témoin oculaire), et pensant que ce fût quelque espèce de liberté d'une Folle qu'il avait là, nommée Mathurine, dit :

« Au diable soit la Folle! Je crois qu'elle m'a blessé ! »

Le sang qui coulait de cette blessure prouva aussitôt que Mathurine était innocente, et Jean Châtel fut arrêté, quoiqu’il eût jeté par terre l'instrument du crime.

Il est parlé de Mathurine dans un grand nombre d'écrits du temps ; quelques-uns même furent publiés sous son nom : elle n'était pas encore oubliée en 1627, puisqu'on lit dans l'Apologie pour Balzac, imprimée celte année-là : « En vérité, c’est une étrange chose que cos grands personnages, qui ont été nourris loute leurtie avec tous les perroquets et tous les singes du Louvre, et qui ne sont pas moins de la cour qu’en était feu Mathurine et qu’en sont les nains de la reine mère (Marie de Médicis), n'aient point appris, dans les cabinets, à écrire raisonnablement ! »

Celle appréciation dénigrante du rôle què Mathurine jouait à la cour fait assez voir que cette Folie n'était pas estimée beaucoup au-dessus des singes et des perroquets, qui avaient rang de domestiques dans la maison du roi.

Avant que le Béarnais eût reconquis à la fois la ville

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