LA COMTESSE DE CH ATE AU BRI ANT
vrageSjCt beaucoup de célébrité à la cour de Louis XIV.
' Ce roman anonyme, dont le seul mérite est le choix du sujet, et qui renferme à peine quelques pages touchantes , fut réimprimé quatre ou cinq fois sous divers titres , forgés dans la boutique des libraires.
L'édition do Paris, 1695, in-l:2, est intitulée : La Cùmlesse de Châteauhricent , ou les Effets de la Ja- * lousiej l’édition d’Amsterdam, de la même année : Intrigues amoureuses de François ou V Histoire de la comtesse de Châteaubriant ; une autre édition d’Amsterdam , ou la môme avec un nouveau titre : Histoire de Pantagruel. Ces variantes de titres ont fait croire que c’étaient plusieurs romans.
-Lenglet-Dufresnoy, en parlant du premier, exprime tout son mépris pour le sieur de Lesconvel, et se contente de porter ce jugement sur le second : « Rien n’était plus propre que cette héroïne, maîtresse de François I", pour en faire un beau morceau; mais elle n’est pas tombée en des mains assez délicates et assez intelligentes, n
Recommençons maintenant l’histoire de la coilitcssc de Châteaubriant, .en nous aidant des dates que son panégyriste, Hévin, a extraites des pièces originales du procès que la succession du comte souleva entre ses héritiers collatéraux et son donataire , Anne de Montmorency, procès mémorable qui dura plus d’un demi-siècle , et qui mit en présence les talents des meilleurs avocats du barreau. Mark»#, Séguier, Bouguier, etc.
Nous n’aurons souvent, pour étayer nos inductions, qu’une indiscrétion effrontée de Brantôme, une phrase
douteuse d’un manuscrit contemporain , une épithète transparente d’un ancien vers; les dates, qui s’offriront çà et là dans notre roule , comme des jalons , pour nous guider et nous soutenir, ressemblent aux signes de l’écriture, lesquels, pris un à un, ou confondus ensemble au hasard, n’offrent aucun sens » raisonnable, tandis que le moindre arrangement, dirigé par l’intelligence , leur donne une valeur et un son, pour former des mots et représenter des idées.
Jean de Laval, comte de Cbûteaubriant , naquit au mois de janvier 1487, selon Hévin : les Chroniques de Vilré nous apprennent que François de Laval, seigneur de Montafilant , père du comte de Cbâteaubriant, avait déjà deux fils en 1495; sa femme était Françoise de Rieux, appartenant, comme lui, à une des plus anciennes et des plus nobles familles de la duché de Bretagne.
Jean de Laval , parent de la reine Anne , du chef de sa mère , fut envoyé à la cour de. France dès l’âge de quatorze ans, pour y faire son apprentissage de gentilbojnmc , en. s’exerçant à bien dire et à bien faire; car la reine Anne avait réuni autour d’elle une école de chevalerie, de savoir et de politesse.
U Ce fut la ‘première qui commença à dresser la grande cour des dames, dit Brantôme ; elle avait trèsgrande suite de dames et de filles , et n’en refusa jamais aucune, tant s’en faut qu’elle s’enquérait des gentilshommes leurs pères qui étaient à la cour, s’ils avaient des filles et quelles elles étaient , et les leur demandait. »
Elle mapdaU en eour, dit d’Argentré, les gentils-
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liomincs de son pays , feignant avoir affaire d’eux et les vouloir employer à son service près de sa personne ; puis, incontinent, les envoyait aux guerres d’Italie et ailleurs, se former aux armes et apprendre la vertu, »
Voilà comment Jean de Laval. et Françoise deFoix se trouvèrent prcscpie en même temps pensionnaires de la reine.
Jean de Laval, qui commença sans doute par être page , puis écuyer dans la maison d’Anne de Bretagne, eut occasion de fréquenter les trois frères de mademoiselle de Foix, non moins estimés par l’éclat de leur naissance et leur parenté avec la reine, que par les grandes espérances qu’on pouvait fonder sur leur bravoure et leur génie militaire.
Odet de Foix , seigneur de Lautrec, s’était déjà distingué dans les guerres d’Italie ; Thomas de Lescun , dit \of protonotaire de Foix, parce qu’il se destinait à l’état ecclésiastique, voyait d’un œil d’envûc les belles armes de son aîné ; et .André de Foix, sire de Lesparc (ou d’Asparros), pensionnaire de la reine, à 500, puis à 2,000 livres de gages , se préparait à la vie des camps par ces rudes exercices qui, développant à la fois les forces du corps et celles de l’âme, faisaient des chcmliers sans peur et sans reproche.
Ce fut dans la compagnie des braves capitaines , des poètes , des dames et des damoiselles ', qui composaient la grande cour d’Anne de Bretagne, que Jean de Laval se fonna de bonne heure et acquit la réputation d’un homme singulier en toutes choses ^ éloge fort étendu que lui accorde d’Argentré, qui, dans un autre endroit de son Histoire- de Bretagne, le
présente comme un sei'jneur avisé et fort
magnifique, ayant quelques connaissances des lettres,' et qui, dans scs commentaires latins sur la Coutume de Bretagne, va jusqu’à dire qu’il ne manquait pas de génie [huic etsi non deerat ingenium).
Jean de Laval profita peut-être des leçons de Clément Marot, qui lui resta toujours attaché, et qui en . reçut tant de marques de générosité, qu’il lui dédia un lirre iV Épigrammes, en invoquant leur ancienne amitié :
Puis , tien je suis , des jours a tant et tant :
De m'y donner, né serait que redite.
Françoise de F’oix, élevée chez la rcitie , devait se rencontrer souvent avec Jean de Laval, qui servait à table, versait à boire, apportait les plats, sautait, luttait, jetait la barre et chevauchait un cheval le possible, comme on voit faire Bayard à la cour de Charles de Savoie.
Françoise, âgée de douze ans, vers 1504, devint, quelques années après , la plus belle des filles de la reine. « Quoiqu’elle ne sortit encore que de l’enfance, dit Lcsconvel, et qu’elle ne fût que sur sa doaizièmc année, sa beauté était si achevée, qu’elle enlevait les cœurs; une taille avantageuse et qui se perfectionnait de joifr en jour; un air engageant, mêlé de fierté et de douceur ; des cheveux noirs et en grande quantité qui relevaient la blancheur et l’éclat de son teint, tout cela joint à un esprit aisé, juste, fin, de bon sons , et qui commençait à briller, la rendait la plus rare cl la plus belle personne de son siècle. «