LA COMTESSE DE CHATEAUBRI ANT
ne recevant plus de France ni argent ni secours, perdit le duché de Milan.
Ce fut la comtesse de ClnUeauhriant qui justifia son f^;^ère; mais le roi voulut aller en personne venger la défaite de son lieutenant : la comtesse raccompagna jusqu’à Lyon, où elle sut bientôt la nouvelle de la fatale journée de Pavic.
François 1" étant prisonnier en Espagne , sa mère, devenue régente, se faisait surtout une agréable idée d’ avoir supplanté son ennemie , et de se voir en état de la mortifier.
Françoise de Foix songea sérieusement à se réconcilier avec son mari, afin d’échapper aux mauvais traitements de la régente : son cousin, le comte de Laval, fut l’intermédiaire qu’elle choisit pour cette délicate négociation.
Le comte de Châteaiibriant consentit à reprendre sa femme; mais il la fit enfermer dans un appaiTcnicnt tendu de deuil et décoré de portraits du roi, en sorte que., de quelque côté quelle se tournât, cet objet de tendresse et de douleur s’offrit toujours à ses yeux, ' et ne servit plus qu’à l’affliger.
Son unique consolation était sa fille, âgée de huit ans, qu’elle gardait auprès d’elle aux heures des repas et pendant une partie du jour; mais celte enfant sentit à la fois de la tendresse pour le roi, dont elle voyait sans cesse le portrait, et de l’aversion pour son père, à qui elle reprochait les larmes de sa mère.
Le comte, par un raffinement de vengeance, envia bientôt à la malheureuse les jouissances de la ten-
dresse maternelle : l’enfant succomba de douleur, peu de temps après cette séparation.
Le comte, apprenant le retour de François I®'" délivré de prison, n’attendit pas qu’on vînt lui arracher sa victime et le punir d’avoir osé maltraiter Vamie du roi ; il entra un soir dans la chambre de la comtesse avec six hommes masqués.
U Quatre de ces cruels se saisirent de madame de Châteaubriant et la tinrent, pendant que les deux autres lui ouvrirent les veines des bras et des jambes ; son mari goûtait un plaisir barbare à voir couler ce beau sang qui sortait à gros bouillons et baignait toute la chambre : il ne voulut point sortir, qu’il iie la vît hors d’état d’en revenir. A mesure que scs forces diminuaient, on voyait sur son visage les grâces mourantes jeter un dernier éclat, et ses yeux s’obscurcir insensiblement. Enfin , -ses esprits se retirant peu à peu , elle expira , appuyée sur la gouvernante de mademoiselle de Châteaubriant , qui mêlait ses larmes au sang de sa maîtresse. »
Lesconvel termine son roman , en disant , comme Varillas, que le comte, effrayé de son crime , Iti , poste et passa en Angleterre , où il demeura jusqu’à, ce que le connétable de Montmorency lui eût obtenu des lettres de grâce, en échange d’une donation de la terre de Châteaubriant.
Ce roman, quoique écrit dans un style détestable, tantôt plat àk tantôt amphigourique , fut attribué à la comtesse de Murat, qui était Bretonne, ainsi que Lesconvel, mais qui avait, de plus que lui, beaucoup de grâce dans l’esprit , beaucoup de goût dans ses ou-