‹ Curiosites de l'histoire de France proces celebreChapitre 13 sur 41 · LA COMTESSE DE CH ATE AÜBRI ANT · texte numérisé non relu

LA COMTESSE DE CH ATE AÜBRI ANT

Le crédit de madame de Châteaubrlant commença

vers Tannée 1515, puisque la grande faveur de ses frères commence à celte époque, avec la haine de Louise de Savoie , mère du roi , contre Lautrec. L’empressement que mit François I" à élever à la dignité de maréchal de France le frère aîné de la comtesse de Châtcauhriant , donne lieu de supposer que ce prince cherchait à plaire à cette dame , dès qu’il fut parvenu au trône.

Lautrec était hardi, brave et vaillant pour combattre en guerre cl frapper comme un sourd, dit Brantôme; mais la fortune le servait mal, et ses ennemis secrets , à la tête desquels se plaça d’ahord madame d’Angoulômc , ne cessaient de lui nuire , ■d’entraver ses entreprises militaires et de travailler à le perdre dans l’opinion du roi. En outre, Lautrec prêtait des armes à ses envieux par sa présomption et ses imprudences.

François l" le nomma gouverneur de Guyenne, chevalier de son ordre, et enfin lieutenant général en Italie , au détriment du vieux Jean-Jacques Trivulcc , qui fut frappé à mort par cette disgrâce : U M. de Lautrec fut cause de sa défaveur, par le moyen de madame de Châteaubriant , sa soeur, que le roi aimait 5’, dit Brantôme dans la Vie de Trivulce.

Mais Lautrec, malgré l’appui de sa sœur et la confiance du roi, eut beaucoup de peine à se défendre des intrigues de la duchesse d’Angoulême , qui le poursuivait avec acharnement cl qui amena tous les désastres de l’armée française en retenant

PtlOCËS céLÈBREâ.

400,000 pciis destinés à solder les troupes. La position de Lautrec dans le duché de Milan était encore afjgravéc par scs fautes , qui secondaient le mauvais vouloir de la mère du roi : « Madame de Châteaubrîant, dit lîrantémc dans la Vie de Lautrec , une très-belle et très-honnéte dame, tpte te roi aimait et en faisait son mari cocü, en rabattait tous les coups et le remettait toujours en grâce. «

Cependant Lautrec , à qui sa steûr ne pouvait envoyer l’argent que la duchesse d’Angouléme avait détourné » se vit forcé de rentrer en France après le malheureux combat de la bicoque et d’aban-

donner le Milanais, qu’il avait disputé pied à pied aux Impériaux. ^

« Ce proverbe courait alors, dit Brantôirte \ Afiian a fait Meuillan, et Châteauhfiant a défait et perdu Milan. Cela voulait dire, ainsi que je tiens d’aucuns seigneurs et dames de ce temps-là, que, des gains et prolits que fit M. le grand-maître de Chaumont d’Amhoise, quand il en était gouverneur, en fit faire le château de Meuillan en Bourbonnais , et les fautes que fit .M. de Lautrec, étant gouverneur dudit Milan, rabattues par madame de Chûteaubriant à rendroit du roi, défirent et perdirent Milan, et aussi qu’on disait que ladite dame avait fait avoir ce gouvernement à son frère. »

Néanmoins, François I", à la suite de- ces échecs imprévus, était tellement irrité contre son lieutenantgénéral, qu’il refusa d’abord de le voir et d’entendre une justification que les beaux yeux de la sœur de celui-ci eurent besoin de fortifier.

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La haine de la duchesse d'AngouIdmc contre Lautrec ne venait pas , comme le pense Beaucaire [Belcarius), des propos railleurs que le maréchal avait *tenus sur le compte de cette vieill» amoureuse {quod de ejxts impüdicitia liberius locutus fumet) ^ ni, comme le croit de Thou, des dédains qu'elle avait eu à subir de la part de ce capitaine : Lautrec , défiguré par les blessures qu’il reçut au visage à la bataille de Ravennes, n’était pas homme à s’attirer les galanteries impudiques de la mère du roi.

Une anecdote , racontée dans un manuscrit de Bé • thune (vol. 8492, folio 3), donne une origine plus probable à cette haine, qui s’adressait moins à Lautrec lui-même, qu’au frère hien-aiiué de la duchesse de Cbâteaubriant. u Un jour, le roi voulant railler le « connétable de Bourbon d’une amourette qu’il avait à la cour, et où le roi avait eu dessein , et n’avait été si bien voulu que lui, il répondit au roi : Monsieur, ce que vous me dites ne me doit point faire dépit, mais bien à ceux qui n'ont pas été si avant aux bonnes grâces de la dame que moi. Le roi lui dit : Mon cousin., vous vous fâchez de tout et êtes bien mal endurant!

Rt depuis, à la cour, on Uappelait le prince mal endurant. Çette dame était madame de ChAtcaubriant, sœur de M. de Lautrec, de la maison de Foix. »

L’histoire a constaté l'amour de la duchesse d’Angoulême pour le connétable de Bourbon, amour méprisé par lui et vengé par elle, qui força cp grand homme à se dérober, par l’exil et par la trahison , aux persécutions et aux outrages dont on l’accablait.

On comprend bien que cette amante au désespoir

m PROCÈS CÉLÈBRES.

ait détesté dans Lautrec le frère et le protégé de sa rivale.

La puissance de la mère du roi ne balança pas toutefois celle de la maîtresse de François I", et les* grâces continuèrent ’ de pleuvoir sur la famille de Foix, récompensée de son dévouement à la royauté.

La comtesse de Châteaubriant songeait à l’avancement de la fortune de ses frères plutôt qu’à servir l’ambition de son mari , qui avait été envoyé en Italie, véritable cimetière de la noblesse française depuis trente-deux ans, et qui en revint sain et sauf après avoir vaillamment pi’is part à la journée de la bicoque , où le fils aîné du comte de Laval , son cousin , périt à ses côtés. ^

Thomas de Lescun, second frère de Françoise de Foix, avait été fait chevalier de l’ordre du roi et maréchal de France, en 1520 : c’était, dit Brantôme, un bon capitaine, mais pourtant pim hardi et vaillant que sage et de conduite. Le troisième frère de la comtesse , André de Lespare , qui fut amsi trèsvaillant, dit Brantôme, se vit nommé lieutenant général du roi au gouvernement de Guyenne, et mis à la tête d’une armée pour la conquête de la Navarre, en 1521; mais à peine eut-il recouvré ce royaume, qu’il le reperdit par une seule bataille dans laquelle il resta prisonnier et aveugle : ce malheur l’arrêta au milieu de sa carrière militaire, et le confina dans un de ses châteaux.

On dit que François I®’’ fut conduit à faire cette déplorable expédition en Navarre par le désir de restituer à la maison de Foix les terres que lui

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