‹ Curiosites de l'histoire de France proces celebreChapitre 15 sur 41 · LA COMTESSE DE CHATEAUBRI ANT · texte numérisé non relu

LA COMTESSE DE CHATEAUBRI ANT

Ah ! quand je pense aji jour que je te vis , ,

Tout le premier, qui me fut bien avis Connailre en toi plus que ne peut Nature,

Et dëcbassai de moi tout' basse cure :

Tous mes pensers jusqu’au plus haut volèrent ,

Te contemplant , et là ils demeurèrent.

Remémorant en moi le Créateur,

De si grand œuvre , être premier facteur.

Par quoi , fépute à moi la peine heureuse De^ notre amour licite seulement.

4e te suppli' de faire honnêtement.

Que recompense en puisse être le fruit ,

Et jamais ii'être en ta grâce détruit;

Car de tant plus louable est le désir Qui vers le ciel arrête et prend plaisir.

Pour contempler chose conforme à Dieu ,

Car dans le ciel mérites d'avoir lieu.

La prison et Vabsence spiritualisaient l’amour de Frajiçois I", qui n’espérait plus se replonger dans les voluptés matérielles et souvent peu délicates auxquelles il avait accoutumé sa cour, si gentiment corrompue, suivant l’ expression de lîrautôme. La musc du roi-chevalier chantait tour ^ tour des psqumcs à la manière de David pénitent, et des chansons érotiques dans le goût de Mellin de Saint-Gelais,

Pendant ce temps-là, Françoise t|c l^oix avait beaucoup à souffrir de la malignité de la régente , qui n’épargnait rien pour blesser et humilier \îi/avortfifC ; telle est dn moins rinlerprélation naturelle qu’on peut donner à cette lettre énigmatique du roi;

« Ayant l’ennui anticipé ma plume à garder mon triste esprit ne savoir ne pouvoir vous déclarer l’extrémité de nia peine, si n’est qu’il faille que l’infor-

tune de mon service soit mêléaavec l’ingrate menterie de cette méchante créature, pour vous ôlre moyen de peine ; et quand je pense en être l’occasion , je vous supplie penser quel bien je me puis vouloir, n’estimant, ne désirant la vie que pour vous faire chose qui vous soit agréable. Or donc laissez , amie , porter à moi seul le faix, puisque sur moi seul en suis Cause; car ce n’est raison que l’innocence porte la peine du méfait. Je voudrais ôlre si heureux, que mon retour vous pût servir; car, ne pouvant voir votre vie contente, sera désirée la fin ennuyeuse de celui qui réputerait sa mort félicité, mais qu’elle vous donnût contentement. »

Il parait que la duchesse d’Angoulême avait déjà choisi une nouvelle maîtresse pour son fils, et que François F'' s’était épris de la demoiselle d’Hcilly sur le portrait qu’on lui en avait fait; peut-être même la sœur du roi , Marguerite, duchesse d’Alençon , depuis reine de Navarre , fut-elle la complice innocente des projets de sa mère, en conduisant avec elle à Madrid cette charmante fille d’honneur de la régente.

Cette supposition est d’autant plus probable qu’un huitain de François 1®'' nous apprend que , les jardiniers de Fontainebleau lui ayant envoyé des fruits de son verger, il les offrit à la demoiselle d’Heilly. La duchesse d’Angoulême ne laissa pas ignorer à la comtesse de Chàteaubriant l’infidélité de son amant, qui ' SC passionnait pour une jeune et belle personne au teint blanc, aux yeux bleus, aux cheveux blonds, à la grâce ingénue de dix-sept ans. '

La comtesse était noire de peau et avait passé sa

Digilized by GoogI

Page 1