‹ Curiosites de l'histoire de France proces celebreChapitre 16 sur 41 · LA COMTESSE DE CHATEADDRIANT · texte numérisé non relu

LA COMTESSE DE CHATEADDRIANT

trentième année ; elle ne se résigna pourtant pas à se voir délaissée, sans essayer de regagner un coeur qu'elle avait possédé sans partage :

Puisque changes le privé pour l'échange ,

Avecque vous plus ne serai privée ,

Car vous m’avez de votre amour privée ,

En me laissant , pour tét aller an change....

Cette amante trahie s’efforça d’abord d’émouvoir, par sa douceur plaintive et sa soumission dévouée, la pitié du roi qui ne lui avait pas encore annoncé ce changement dans leurs amours : elle se mit adroitement en parallèle avec sa rivale, dont elle critiquait la blanche couleur, en style alambiqué , pour mieux faire ressortir sa couleur noire, celle-ci étant plus durable et plus chaude que l’autre ; elle disait :

Or qui est froid est contraire à Nature :

Doneques blancheur nous est fort bien contraire....

J'en parle trop , mais je ne m’en puis taire ,

Car j'ai bon droit , et si suis toute sûre ,

En connaissant que de moi n’avez cure ,

Que pour le moins, si je ne vous puis plaire Si aimez-vous , de celle qui est noire ,

Le propre nom, et faut que je l’endure I

Ce propre nom était f'rançoise , et le roi , qui avait le même nom que sa maîtresse, sentit des remords en lisant cette épître mélancolique, tellement qu’il n’osa pas avouer son inconstance; mais il se borna seulement à déclarer que la rupture n’était pas de son fait, et que la comtesse de Cbftteaubriant avait créé

' Pant-il lire croire?

un prétexte en l’air pour motiver ewlre eux une brouille décisive :

Car, quand le chien est haï de son maître,

Et fùt-il bon , la rage lui fait mettre ,

Pour loin de lui l'ëgarer et chasser :

Qui est le signe que me vonlcz casser....

Tout est rompu, certes, en mon endroit.

Sans juste cause et nul titre de droit.

Et, en cela, malheureux je me tiens}

Car, ponr t'aimer, gagné je n'y ai riens ,

Fors seulement que j'ai eu connaissance Qu'en femme noire n'a pas grande fiance !

liU comtesse se flatta de n’être pas entièrement remplacée dans l’affection de son ami, et ^ sans se soucier cette fois d’entrelacer avec art les rimes masculines et féminines, comme elle en avait l'habitude, elle s’empressa d’excuser en vers simples et touchants ses soupçons injustes, qui ne résultaient, disait-elle, que d’un excès d’attachement, et de la crainte de perdre son trésor:

Et nonobstant qu'en ce ' n'aje ne mal ne peine ,

Le seul sonpeçonner me rend comme certaine ,

Celte doute à toute heure étant si Irés-craiulive .

Qu elle oppresse mon cœur d'amour trop enfeiilive ;

Car quelque bien que j'aie et q^'ou sût présenter.

Sans loi je no pourrais jamais me contenter.

Souveiilcsfbis , dormant, à songer je me boute.

Qu'ou te vient faire mal : parquoi, je tremble toute

Ainsi, par toi, cruel, en quelque lieu que voise

' L'infidélité du roi.

* Défiance, crainte.

® Aille.

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