LA COMTESSE DE CHATE AUBRIAXT. 1S
Jg ne puis trouver lieu où me trouve à mon aise :
Bien difficile il est , d’amour vraie et non feinte ,
Jamais pouvoir aimer, sans avoir doute et crainic ! ,
Mais bientôt la pauvre comtesse ne douta plus : elle fut instruite du nouvel amour.du roi; la régente, qui avait elle-même la demoiselle d’Heilly,
selon le témoignage de Brantôme, ne manqua pas de déchirer le cœur de l’ancienne maîtresse de François en lui montrant les preuves écrites d’une passion qui commençait et qui n’était pas prés de finir.
La comtesse indignée ne modéra plus ses reproches :
O cœur ingrat et plein d'amitié trop cruelle.
Ne te souvient-il plus quelle est la foi de celle Qui, pour trop fermement l’avoir voulu aimer,
Soi-mémes a haï, sachant le diffamer!...
Mais qui eût su penser pouvoir trouver au miel Tant de mortel venin , d’amertume et de fiel !
C’en était fait : madame de Châteaubriant descendait de son trône de favorite. Le traité de Madrid fut signé ; l’Espagne rendit François I®*’ à ses sujets : le 10 mars 1520, Lautrec vint le recevoir prés de Fontarabie et livra en otage les enfants de France. Lautrec avait-il été choisi par son roi ou par l’Empereur? Etait-ce encore un honneur accordé au frère de ^ madame de ChAteaubriant? La régente attendait A Bayonne le retour de son fils ; elle y avait amené mademoiselle d'Heilly, qui allait succéder à Françoise de Foix, et qui ne tarda pas h outre-passer les intentions de Louise de Savoie, en devenant plus puissante que la comtesse ne l’avait jamais été.
Le roi changea de maîtresse ainsi qu*tin cUm chasse Vautre, dit Brantôme, qui le tenait de hon lieu.
Un manuscrit de Béthune , cité par les auteurs de V Histoire généalogique des officiers de France (t. III , p. 379), fait mention de l’avéncment de la demoiselle d’Heilly dans les bonnes grâces de François l*'", qui alors quitta madame de Chdtcauhriant. Arnould Leferron , traduit par Duhaillan , dit que le roi , trouvant, avec sa mère, Anne de Pisseleu, comme il la vit une fille belle et agréable de visage, il se plut fort en la douceur de sa conversation. Belleforôt parle aussi de cette conversation, qui, selon lui, aurait commencé à Bordeaux : u Quoiqtic plusieurs, ajoutet-il avec candeur, soupçonnassent moins honnêtement qu'il ne fallait de celte familiarité, si est-ce qu’on lient que le roi s’en est purgé souvent cl protesté qu’il n’aimait celte dame que pour sa grâce et gentillesse. »
Le l'ègne de madame de Châteauhriant était fini , et ni ses frères, ni son mari, ni ses amis, n’eurent part aux nombreuses faveurs que François B'' répandit sur scs courtisans, en leur distribuant les charges et les pensions que la meurtrière défaite de Pavie avait laissées vacantes dans la maison du roi.
Mademoiselle dlHeilly demanda bientôt un gage d’amour, que le roi n’eut pas le courage de lui refuser : elle voulut avoir tous les plus beaux joyaux que
François I®*^ avait donnés k la comtesse de Château-
briant, et elle le pria de les retirer k celle dame, non pour le prix et la valeur , mais pour V amour des belles devises qui y étaient mises, engravées et en-