LA COMTESSE DE CHATEAUBRIAXT
peintes, lesquelles la reine de Navarre avait faites et composées. Madame de Châteaubrianl dit au gentilliomnie* qu’on lui envoya de revenir dans trois jours, parce qu’elle était malade.
Pendant ce temps-là, elle appela un orfèvre, et fit fondre ces joyaux, sans avoir respect ni acception des belles devises , et quand le gentilhomme revint, elle lui remit les lingots d’or, en disant : « Allez, portez cela au roi et dites-lui que, puisqu’il lui a plu me révoquer ce qu’il m’avait donné si libéralement , je le lui rends et lui renvoie en lingots d’or. Quant aux devises , je les ai si bien empreintes et colloquées en ma pensée et les y tiens si chères, que je n’ai pu permettre que personne en disposât et jouît , et en eût du plaisir que moi-même. »
Le roi dit , en recevant les lingots ; « Retournez et rendez-lui le tout. Ce que j’en faisais, ce n’était point pour la valeur, car je lui eusse rendu deux fois plus, mais pour l’amour des devises, et puisqu’ elle= les a fait ainsi perdre, je ne veux point do l’or et le lui renvoie. Elle a montré en cela plus de courage et de générosité que je n’eusse pensé provenir d’une femme ! »
Brantôme, qui fait ce récit dans ses Dames galantes, s’écrie avec admiration : « Un cœur de femme généreux , dépité et ainsi dédaigné , fait de grandes choses ! »
Madame de Châteaubriant ne chercha donc plus à disputer l’amour du roi à mademoiselle d’Heilly, qui fut mariée , de nom seulement , à Jean de Brosse , créé ^ccessivement comte de Pentbièvre, chevalier
(le l’ordre du roi, gouverneur d,c Bretagne et enfin duc d’Étampes.
La comtesse vivait bien avec son mari, depuis la prison de François l"; elle l’avait môme suivi à Cli,àteaubriant, où le comte tomba malade assez gravement pour vouloir s’occuper de l’avenir de sa femnie, qui n’avait aucun acquêt en son nom.
Mais la Coutume de Bretagne s’opposant aux intentions du comte, qui gardait un vif ressentiment contre ses parents et ses héritiers naturels , il résolut de les frustrer au moyen d’une donation faite à un étranger qui s’engagerait, par contre-lettre, à recevoir celte donation au noni de la comtesse : il n’avait plus d’enfant, sa fille étant morte à l’âge de huit ans, en 1522, et il ne comptait plus en avoir.
11 retourna donc à Lyon, où était Lautrec, à la cour de la régente, vers la fin de juin 1525, et passa trois actes, par-devant notaire, avec son beau-frçrc.
Dans le premier, il était dit que le comte de Châleaubriant, de son gré, science et franche volonté, considérant la grande amitié et prochaine affinité entre lui et très haut et très puissant prince Odet de Foix, de Comminges et de Rhetel, seigneur de Lautrec et d’Orval; considérant aussi qn il na encore présentement aucuns enfans, et les grands honneurs, biens et plaisirs que ledit sire de Lautrec lui a par cidevant faits, donne, cède et transporte , par donation entre-vifs irrévocable, à Henri, Monsieur de Foix, second fils et puîné dudit sieur de Lautrec, la spntme de 4,000 livres de rente, monnaye de Bretagne, annuelle et perpétuelle, assignée sur la terre dc^Cbà-
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leaubriant, et, en outre, les château, place, maison, logis et préclô turcs , avec tous les biens meubles que pourra avoir au temps de son décès, en se réscrvaiit , sa vie durant, V usufruit et jouissance.
Le second acte annulait le précédent, dans le cas où le donateur aurait des enfants légitimes.
Par le troisième acte , qui devait rester secret , il transportait la donation entière, du vouloir et consentement exprès de Lautrec, à la dame de Chûteaubriant, en considération du grand amour et dilection , obéissance et loyauté, que ladite dame, et bonne femme et loyale épouse, hd a porté et porte, et des bons et commcndables services, traitements et plaisirs, qu’icelle dame lui a faits et continue de faire pendant le temps ■ de leur mariage, bien qu’il n’a plu à Dieu hd donner aucuns enfans et avoir lignée ensemble jusques ici. C’est le notaire, et non le comte , qui parle dans ces termes de praticien.
Dès lors, on ne voit plus reparaître que deux ou trois fois le nom de la comtesse de CliAteaubriant , jusqu’à sa mort; mais celui de son mari se montre de loin en loin dans des actes civils, dans des comptes royaux et dans les fastes particuliers de la Kretagne.
En 1527 , le comte fut nommé un des cinq tuteurs des enfants de Lautrec, dans le testament q«e celuici fit à Lyon avant de partir pour l’Italie , où il mourut de la peste, l’année suivante, au siège de Naples. En 1528, la compagnie du comte, de cent hommes d’armes d’ordonnance, sous la charge du seigneur de Montejean, son allié, faisait partie de l’armée, commandée par le comte de Saint-Pol, pour secourir
Lnulrcc. En 1530, Clément Marot lui dédia un. livre d’épigrammes. En 1531, il fut créé chevalier de l’ordre du roi, et gouverneur et lieutenant-général pour le roi eu Bretagne , après la mort de son cousin germain le comte de Laval , qui l’avait institué , par testament , tuteur de ses enfants avec le grand-maître Anne de Montmorency. En 1532, il présida les états de Bretagne , assemblés à Vannes ; au mois d’août de la môme année, il figura, dans le couronnement du Dauphin et dans l’entrée de ce prince à Rennes , comme administrateur de sa province pour le nouveau duc ; au mois d’octobre suivant , il hérita de biens considérables, par la mort de sa mère, Françoise de Rieux. Eu 1535, il maria sa nièce et pupille, Claude de Foix, fille de Lautrec, avec le jeune comte de Laval, Guy XVII, dont il était aussi le tuteur: ce mariage fut célébré à Cbdteaubriant avec beaucoup de solennité , et le procès-verbal de cette magnifique cérémonie prouve que la comtesse y assistait. En 1535 et 1536, le roi adressa à son très cher et amé cousin le sieur de Châteaubriant une commission fort étendue pour faire la taxe des francs fiefâ de Bretagne et pour connaître sommairement de la qualité personnelle de ceux qui V employaient à se mettre q, couvert de ladite taxe. On a dit que le comte de Châteaubriant avait usé de ces pleins pouvoirs pour augmenter sa fortune aux dépens des droits du roi, et les Mémoires de la Vieilleville confirmeraient celte accusation, si une autre plus, grave ne pesait pas sur l’époux de Françoise de Foix.
Celte dame habitait d’ordinaire Châteaubriant,