‹ Curiosites de l'histoire de France proces celebreChapitre 2 sur 41 · DE CHATEAUBRIANT · texte numérisé non relu

DE CHATEAUBRIANT

La Tratlilipn est en quelque sorte une porte mystérieuse de l’Hisloire.

Quand on a parcouru avec admiration , au fjrand jour, ce vaste et magnifique palais , tout plein d’images de rois et de personnages illustres; quand on a visité en tous sens les vastes salles, peintes cl dorées, où la lupiiére étincelle sur les vitraux et sur les lanibris ; quand on a compté les trophées sanglants des batailles cl les monuments pacifiques des législations ; quand , du haut de cette silencieuse retraite du passée on a vu s’élever, pierre à pierre, l’édifice historique du présent, on revient sur ses pas dans le vieux palais , on examine plus attentivement les innombrables richesses de ce musée, où l’on découvre sans cesse quelque objet nouveau et curieux;

mais toul à coup on apycrçoit une porte étroite, cachée dans la tenture de tapisserie , et entr’ouverte par hasard, comme si quelqu’un avait onblié de la fermer : on passe le seuil en tremblant, on s'avance dans les ténèbres , on recule , effrayé aux bruits étranges qui semblent monter d’un abîme; une torche à la main, on ose enfin tenter l’aventure; on pénètre alors en un dédale, toujours sombre, et souvent difficile, qui se promène dans tons les murs du château, et qui descend sous les fondations, à travers mille détours presque impraticables ; parfois le chemin est rompu, ou bien n’offre que des ruines prêtes à crouler, dès qu’on y pose le pied; ici, c’est une barrière à franchir par escalade; là, c’est un pont à jeter sur un gouffre : on arrive dans de profonds souterrains, où l’air ne circule plus, où les objets changent et grimacent aux lueurs des flambeaux, où dorment des squelettes chargés de chaînes , où le sol est durci de sang humain.

Ainsi la Tradition existe dans l’Histoire; mais elle veut être fouillée par un esprit courageux et clairvoyant; elle ne livre ses secrets que couverts d’une épaisse croûte de poussière, à demi dévorés par l’oubli , et souvent métamorphosés de la manière la plus bizarre , à travers une longue succession d’années et d’événements.

Telle est cette ancienne tradition, fameuse par toute la Bretagne, et pourtant rejetée de toutes les histoires de France, comme une fable inventée par Varillas: la mort tragique de la comtesse de Chàteaubriant , maîtresse de François I*'.

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