LA COMTESSE DE CHATEABBRIANT
Enfin un poëte fort médiocre, que ses démêlés avec Clément Marot avaient fait connaître un moment , apporta aussi son tribut poétique sur la tombe de la comtesse ; c’était François Sagon, qui s’intitulait secrétaire de Félix de Brie, abhé de Saint- Evroul , et qui prenait quelquefois le pseudonyme de l'Indigent de sapience, avec cette devise gravée sur son écritoire ; Vêla de quoi.
Peu de temps avant sa mort, la comtesse de Châteaubriant s’était déclarée pour Sagon et ses amis contre Marot , et Sagon , par reconnaissance , composa , en mémoire de sa protectrice : Le regret d’honneur féminin et des trois Grâces sur le trépas de noble dame Françoise de Foix., dame de Châteauhriant, et miroir de noblesse féminine.
La faveur spéciale que la comtesse avait accordée à Sagon , dans la guerre de plume qui séparait alors la poésie française en deux camps, les sagon tins et les marotins , prouve assez que, cette dame étant brouillée avec Clément Marot, l’épitaphe faite par celui-ci fut commandée et payée au nom du comte , mais nullement inspirée au poëte par un sentiment personnel de gratitude.
L’ouvrage de Sagon mériterait donc plus de confiance, puisqu’il annonce l’avoir écrit à l’invitation de son amour, c’est-à-dire de son attachejnent pour la défunte :
Dirai-je an mot. aprè^ mort temporelle,
D’honneur, de gloire et louange pour elle?
Droit s’y consent et la raison le veut; <>
Puis , son amour commander me le peut ,
Vu qa'en vivant me donna , de bon zèle ,
Faveur; témoin Sccpcaux la damoiselle,
Qui peut bien voir qu'un mois avant sa mort,
En sa douceur, me donna grand confort Contre l'effort de marotins alarmes ...
Cependant ce long panégyrique, où l'acteur ne fait pas une seule fois mention du mari, quoiqu’il vante 7'rt«iour conjugal de la femme, pourrait bien n’être qu’une composition payée par le comte de Cbâteaubriant, pour faire taire des bruits sinistres qui circulaient sur le genre de mort de la comtesse.
On ne peut se méprendre à l’égard du but véritable de ce poème funèbre , qui n’a jamais été imprimé, et qui existe ù la Bibliothèque impériale parmi les manuscrits de Cangé. C’est une espèce de dialogue entre cinq personnages : Honneur, les trois Grâces, Phasitea, Egiale, Euphrôsine, et l'Acteur, qui s’interrogent et se répondent en vers de différentes mesures et en strophes de différents genres : il y a dans les louanges exagérées dont est l’objet le miroir de la noblesse féminine, une intention bien marquée de représenter la morte comme un modèle de pureté et de vertu, ce qui était bien difficile en présence des souvenirs récents de ses amours avec le roi.
Sagon va plus loin que la pudeur de l’éloge ne le permettait, lorsqu’il fait une sainte de la maîtresse de François I*''. Mais il s’exprime avec plus de réserve et de vague , quand il accuse de fausseté les médits et blâmes auxquels cette mort donnait lieu en Bretagne et à*la cour.