L'A COMTESSE DE CHATEAUBRIANT
C’était une perle d'Iionneur.
Qui défiait tout blasonneur ' :
C'était une française dame.
Qui ne reçut onc aucun blâme .
Sans lui être à tort imposé Par quelque envieux tro^ osé ; C'était une Laodamie,
Une dame non endormie An fait de l'amour conjugal , Rendant l'autre amour inégal ; C'était, sous amitié divine.
Une Lucrèce , une Sabine ; C’était Pénélope et Dido Sous l'étendard de Cnpido ; C'était Portia la Romaine En grâce courtoise et humaine.
Vu qu’en la sorte a su aimer.
Que si , d'amour eut fruit amer, Elle y goûta , sous patience , Douceur de nette conscience.
Bref, elle eut en humanité Toute louange et dignité Que la vertu du corps et d’amc Peut donner à honnête dame....
Le poeme finit par ce quatrain , qui résume l’admiration , feinte ou réelle , du pocte , pour le miroir d’honneur et de grâce :
Ce miroir , par la mort cassé ,
Eut claire substance et tant pure , Qu'il ne cela onc une ordure.
Tache on macule , au temps passé.
François Sagon insinue, dans son amplification laudative, que la jeune comtesse de Laval, nièce de
' Médisant.
Françoise de Foix, irétait pas distante de sa laiilc quand la mort la ravit hors de ce terrestre val, et que la véritable cause de celte mort fut une maladie subite et rapide :
Celle dame est morle avant âge Et eut tous biens , fors grande part De vivre , avant le sien dëpart Que mort oîi l'on ne remédie Lui liiUa d'une maladie.
Sagon avoue toutefois que cette mort, si prompte et si imprévue, fournit matière t\ cerlaînes calomnies qu’il n’ose pas articuler; il dit seulement :
Le dieu Alomus qui reprend et qui mord.
Eu cette mort, feindra médils et blâmes!’
On peut donc, d’après le caractère général de ce poème et les passages que nous y avons remarqués, le considérer comme une justification indirecte en faveur du comte de ChtUeaubriant , et comme une réponse adroite aux rumeurs accusatrices qui lui attribuaient le meurtre de sa femme.
La renonciation du comte à la tutelle du dernier fils mineur de Laulrec, et la donation qu’il fil, deux ans plus tard, au connétable de Montmorency, ajontèrent un nouveau poids aux soupçons qui le chargeaient déjà, et un nouvel éclat au crime qu’on lui avait imputé. Aucune preuve, cependant, ne permet d’assurer que le comte avait quitté la Bretagne et s’était caché en Angleterre après la mort de Françoise de Foix.