‹ Curiosites de l'histoire de France proces celebreChapitre 23 sur 41 · LA COMTESSE DE CHATEAU BRIAXT · texte numérisé non relu

LA COMTESSE DE CHATEAU BRIAXT

Au mois d’octobre 1539, l’ Assemblée des Etats do Bretagne , influencée sans doute par les menées du comte de Chdleaubriant, gouverneur de la province, réforma un article de la Coutume, portant que l’homme de bon sens pouvait donner à autres qu’à ses héritiers le tiers de son héritage , pourvu qu’il ne le fit par fraude et inimitié contre ses héritiers : on raya le mot inimitié.

Le 5 janvier suivant , par lettres passées d Paris , et insinuées à Nantes, Rennes et Angers, le comte, pour la bonne volonté que ledit Seigneur portait au seigneur de Montmorency , et que tel était son plaisir, donna et délaissa , en pur don irrévocable fait entre-vifs, h messire Anne de Montmorency, premier baron et connétable de France, la tierce partie de ses biens immeubles, et assigna, en garantie de ladite donation, la place, baronnie et cliAtellcnic de Châteaiibriant, la baronnie de Caudé et de Cbancealix ; les cliâtelleniés de Vioreau, de Nozay et Villocher, d’Vssé et de Tillay, et autres seigneuries sises ès pays de Bretagne et d’Anjou , dont il se réservait seulement l’usufruit pour en jouir sa vie durant.

Quel fut le motif de cette donation considérable? Le comte de Clidteaubriant ne voulait- il que nuii'o à ses collatéraux, qu’il avait pris en haine depuis longtemps, comme le soutinrent les avocats de ces derniers dans le procès de la succèssiorl? Etait-ce un marché secret pour obtenir l’ordre de Saint- Michel , comme le dit Brantôme , qui ne savait pas que le comte avait été créé chevalier de cet ordre dès 1531? Etait-ce enfin un moyen de se tirer de la

poursuite qu’on faisait contre lui, pour la mort de sa femme , dont il était accusé, comme le certifie Jean Le Laboureur, dans ses additions aux Mémoires de Castelnau, qui parurent en 1659, vingt-six années avant Iç récit de Varillas? L’autorité de Le Laboureur, qui avait entre les mains tant de documents précieux relatifs aux familles nobles de France, et qui s’en servait avec une probe impartialité, n’estelle pas bien solennelle dans une si grave et si terrible controverse ?

François de Scepeaux, sire de Vieilleville , dans ses Mémoires, rédigés par son secrétaire Carloix, rapporte , au sujet de la donation , ce qui s’en trouve de bruit commun, et ce qui a toujours été allégué et répandu en toute compagnie. Selon ce bruit commun, François I", vers l’année 1531, ayant octroyé à la ville de Rennes une somme annuelle destinée à ouvrir un port, le comte de Ghâteaubriant fut prié, en sa qualité de gouverneur de Bretagne, de prélever lui-même les deniers et de diriger les travaux; mais il employa cet argent à ses propres bâtiments, et pour l’amélioration de sa maison. Les habitants de Rennes n’osaient pas se plaindre; le connétable imagina de se faire d’office l’avocat de leurs griefs , afin d’arriver à la possession des domaines qu’il convoitait. Le président des comptes de Bretagne, nommé La Pommeraie, son courtisan et affectionné, fut envoyé à Ghâteaubriant pour faire de loin la première trempe jle la peur. Ce président avertit le comte d’une prétendue commission que le roi venait de donner au connétable, à l’effet de connaître de l’em-

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