LA COMTESSE DE CHATEAUBRIANT
ploi des deniers que le gouverneur avait reçus , sous prétexte de la construction du port de Rennes; il mit le seigneur de la maison en si grand frayeur, gu il eût voidu être mort; l’ intimidant premièrement de la colère où était le roi, à cause de l'abus de ses deniers, et plus encore d’être frustré de l’espérance devoir son nom perpétué en Bretagne. La Pommeraie répéta ce vieux proverbe : Qui mange de Voie du roi, en cent ans il en rend la plume. M. de Châteaubriant attendit l’effet de ces menaces dans une vive anxiété.
La Vieilleville , qui ne se rappelait pas alors la date de la mort de madame de Châteaubriant, infirme lui-même sa relation et laisse soupçonner une autre cause à \ti frayeur du comte, en disant que ce seigneur « avait un si grand crédit à la cour, que le roi lui eût donné et quitté tous lesdits deniers, à quelque somme qu’ils eussent pu monter, en faveur d^une personne que je ne puis et ne veux nommer, qui était auprès de Sa Majesté en telle autorité et respect qu’en un besoin elle eût fait succomber le même connétable. » Il est certain que le comte eût usé de son crédit, s’il n’avait eu qu’û se disculper de l’abîis de finances du roi, et de l’averment d’icelles ^depuis douze ans.
Le connétable partit , en effet , pour la Bretagne, avec l’intention, dit-il au roi, de connaître des déportements de gouverneurs et de l’état des frontières, ■ par tout le royaume. On peut supposer que M. de Montmorency était envoyé pai’ le roi sous un prétexte quelconque, pour faire une enquête secrète sur la mort de la comtesse de Cliâteaubriant.
Le comte, à l’arrivée du connétable, vint le trouver à Nantes et l’emmena le lendemain à Châteaubriant pour y consommer quelques jours en bonnes chères. Anne de Montmorency dépécha son secrétaire au roi, avec mille louanges du sieur de Chiiteau- 'hriant, et pendant que les bases de la donation étaient arrêtées à l’amiable, François I®*" envoyait, à la prière de son connétable , un brevet portant q^iittance générale de tous les deniers de rachat que jamais reçut le sieur de Châteaubriant, sans que lui, scs successeurs, héritiers , en fussent recherchés, et tout à j)lein d’autres clauses que peut contenir un brevet de telle importance et bâti par gens de si grand esprit que les secrétaires d’Etàt Bayard et Bochetel, serviteurs voués à M. le connétable.
Ne sont-ce pas là les lettres d’abolition que le donataire fit obtenir au comte de Châteaubriant, en le justifiant de l’assassinat de sa femme, auprès du roi?
Quoi qu’il en soit , le comte ne fut inquiété en aucune façon, et garda scs honneurs et ses biens jusqu’à sa mort , qui arriva le 11 février 1543. 11 n’avait que cihqiiaritè-einq ans à cette époque.
Par son testament, fait le jour de son décès, il choisit pour sa sépulture l’église dé Saint-Nicolas de Chûteaubriant. On dirait qu’il n’a pas voulu reposer dans le même lieu que Françoise de Foix,
■ Dès qu’il eut fermé les yeux, scs héritiers Guy XVII, comte de Laval, et Anne de Montejan, dame d’ Assigné, intentèrent un procès au connétable de Montmorency pour annuler la donation, et ce procès, pendant lequel les domaines de Châteaubriant furent -