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LA RELIURK DEPUIS L'ANTIQUITÉ

se débarrasser successivement du bois, du fer et du cuivre qui l'alourdissaient. On remplaça les ais de bois par du carton battu, on supprima les clous et les fermoirs, (le fut la naissance de la reliure moderne : on abandonna les étoffes, et Ton n'employa plus que la peau, le cuir et le parchemin. Les relieurs n'étaleift encore que des our vriers travaillant pour les libraires; ceux-ci, lorsqu'ils avaient un atelier de reliure dans leurs boutiques, prenaient aussi la qualité de relieur. Guillaume Eustace s'intitule libraire du roi et relieur de V Université de Paris, en tête de plusieurs éditions qu'il publia au commencement du seizième siède; Philippe Lenoir, à la même épo* que, se qualifie libraire et relieur y juré de VVmversité; plus tard, Jean Ganivet est appelé, dans un document de 1566, religator Universilatis, et Nicolas Eve, en 4578, met sur ses éditions et sur son enseigne : libraire de VUniversité de Paris et relieur du roy.

Dés la fin du quinzième siècle, quoique la Reliure ne fût considérée que comme une annexe de la librairie (car Oî» ne vendait aucun livre broché), on avait déjà le sentimait ou le pressentiment de Tart, et certains amateurs exigeaient, pour leurs livres, des habits plus élégants, plus riches et plus soignés. Nous présumons que Tltalie donna les premiers modèles de belle reliure en maroquin gaufré et doré. Il ne fallait, pour obtenir ces brillantéir nouveautés, que les faire exécuter à l'imitation des Koran et des manuscrits arabes qu'on apportait d'Orient à Venise, et qui offraient dès lors, comme aujourd'hui, des couvertures de cuir de couleur, remanpiables par leurs mosaïques et leurs dorures.

L'expédition de Charles VIll et les guerres de Louis XII en Italie firent venir en France des reliures italiennes et des relieurs italiens. Les essais de la reliure de luxe et ses progrès rapides furent favorisés par les exemplaires de dédicace que les auteurs et les éditeurs disaient préparer à grands frais pour les offrir en présents aux rois et aux

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grands personnages. Lorsque Fausto Andrelini lit relier ini de ses poèmes lalins, adressé à Louis XII, il mit sur la couverture en veau fauve estampé la devise du roi, un poroépic avec ces mots : Comitiùs et eminm, Mais on n'avait pas enœre néanmoins renoncé, pour les livres d heu* res luanuscrits ou même imprimés, à ces reliures d'oifévrerie gemmée , que la vanité des grands et des riclies s'obstinait à considérer comme les joyaux de la dévolioo. Skelton, poète lauréat de Henri VIll. décrit ainsi en vers ^ la reliure d'un de ces missels : « Les fermoirs brillaient; j la trancbe était toute sillonnée de iiléts d or et peinte de | diverses manières *. ou y avait représente des giièpes, des ■ papillons, des plantes, des fleurs. Un malade aurait recou- j vré la santé, rien qu'à voir cette belle reliure, ce beau vo- ' lume couvert d'or et de soie. Ces fermoirs d'ai^gent un valaient bien mille livres ; la vignette (plaque^ était écUtante de pierres précieuses, et les autres ornements for- 1 maient une mosaïque d'or (aurum mosaicum), »

Cette reliure, qu'une description poétique ne nous re- î présente pas très-nettement, devait avoir beaucoup d'analogie avec celles que Mathias Corvin, roi de* Hongrie (1445-90), avait fait exécuter par des artistes italiens pour i sa bibliothèque de fiude. Cette magnifique bibliothèque, ! composée de cinquante mille volumes, la plupart manu* i écrits historiés et enluminés, était toute reliée en maroquin de couleur, rehaussé de dorures et de peintures, avec des fermoirs en or et en argent. Quand les Turcs de Soliuian j s'emparèrent de Bude en 1526, ils arrachèrent ces fermoirs et raclèrent l'or des couvertures, en mutilant et brûlant les livres, tellement que ceux qui furent sauvés de cette destruction générale étaient les moins précieux et n ont presque rien conservé de leur reliure du quinzième sièole.

C'était donc lltalie, il faut le reconnaître, qui élevait in Reliure presque au rang des autres arts, La France importa et naturalisa chez elle la reliure italienne, comme

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ette aiatt fait de la peiature et de la statuaire. La France eut bientôt des retieurs indigènes qui surpassèrent a us qu'eUe aidait empruntés à Venise et à Florence. . Jean Grdli^, de Lyon, aimait trop les livres pour ne pas Touloir leur donner une parure extérieure, digne de k sctenee qu'ils renfermaient. Jean GroUier avait été trésorier des guerres et intendant de Farmée du Milanais avant la bataille de Pavie; durant son séjour à Milan, il ai^t commencé à former une bibliothèque, dans laquelle il Êtûait entrer les plus belles éditions des Aides, en dou*» btes et trille» exemplaires : tous étaient reliés en maroquin du Levant, avec un soin et un goût exquis, avec une inèroyable variété de dessins et d'ornementation. L'art du relieur semble avoir atteint déjà sa perfection dans Tapplieadon des d<»rures, dans l'agencement des mosaïques en coir de couleur, dans l'ordonnance des compartiments, dans l'élégance de l'ensemble et le fini des détails. Tantôt le titre du livre est placé sur le plat de la couverture, genà^emoit dans un cartouche doré ; tantôt il figure sur le dos, entre deux nerfs, ce qui prouve qu'on ne couchait phis les vdumes sur les rayons d'une bibliothèque, mais qu'on les posait debout et côte à côte. Ces gracieuses et brillaoCes reliures de Grollier sont reconnaissables à la devise caractéristique du propriétaire : d'un côté, on lit, en lellresd'or : Jo. Gr&llerii et amicorum; et, de l'autre côté : Portiomea, Domine, sit m terravivenHum. GroUier était en ra^Mrt d'habitudes littéraires avec les savants français et étrangers, ses contemporains ; il créait une tûbliothéque poar l'usage de ses amis autant que pour le sien i»ropre. Cette bibliothèque, il Tavait transportée en France, et il ne cessa de TaceroUre et de l'enrit^ir jusqu'à sa mort, en 1565. Elle resta ouUiée dans l'hôtel de Yio, à Paris, pendant plus d'un siècle, et ne fut vendue à l'encan qu'en 1675, Le président de Thou a dit de Jean Grollier que ses livres participaient de Téléganœ et de la politesse de leur maître, qui avait réuni une bibliothèque comparable

à o^e d'Asioius PoUion. [Vir munditiie et eUganii» m omni vitû awêcimy pari eUgantiâ ac mundUiâ onaim ai: disposUot domi Utm curiose libros^ asservab^A, ut^ biblioiheca cum bibHoLhecâ AsinU PoUionii, quwpnm Rom» inslUtUa est, compom mertêerit,)

Jean Groilier, en faisant dessiner des mod^es de rfr liures, et en les faisant exécuter à grands frais, ank formé en France une grande école de Rdiure, qui suività peu près les mêmes errements pendant le sei^ièni^siècle. Des bibliothèques se créaient de toutes papts, et Vmim des livres de?enaii de jour en jour {^us délicat et {to intelligent. Les princes, les grands sei^^ieurs, les dai»es46 la cour, encourageaient les travaux et les inveniMmàei bons relieurs, qui accomplirent des chefs-d œu?re de patiaice en décorant les couvertures defiYres, sgH enéBiaBi peints ei yernis sur le cuir, soit en mosau{ues de pièces de rapports, soit en dorures (Peines à petits fers. Il serait MnpossiUe d'énumérer les innombrables reliures d'appant que nous a laissées le seizième siècle français^ et qui nVnt pas été surpassées depuis. C'étaient, comme toujours, ks exemj^res de dédicace et les livres d'affection, qui reœ* vaient ces enveloppes de maroquin artist^nent découpé, gaufré, niellé et doré. Ces merveUleux volumes portaient les armes, ou la devise, ou rembléme, ou les chifiûrës delà personne à laquelle ils appartenaient. Qudk}udbis le même volume réunissait les armoiries et les devises de plusieurs personnes. Ainsi plus d'un livre à compartiments fleurdelisés offre à la fois la salamandre couromiêe de François I'' et les armes de sa femme, Claude de France; ainsi bien des volumes reliés pwr Diane 4e Poitiers, avec ses croissants et ses mythologiques emblèmes, sont-ils ornés des chiffres de Henri II et des anœs royales.

Le relieur du roi (on ne connaît que ceux de Charles IX, de Henri 111 et de Henri IV : Nicolas Eve et son fils Oovis) devait exei'cer une heureuse influenee sur l'art de la Ae

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yure : e*étak lui qni composait ou seulement exécutait, d'ainrés des dessins d'artistes renommés, ces splendides rdim*es de la biHibthèque du diâteau de Blois, qu'on admire aajowrd'hm à la Bibliothèque impériale de Paris et d<mt le maroquin est décoré des armes de France,^ des chiffres et des devises de la maison royale. Tous nos rois, surtout les Valois, ont été passionnés pour les belles reliures qui reproduisent les formes et les arabesques de Farobitecture de la Betiaissance. Catherine de Médids «tait si curieuse de li?res richement reliés, que les auteurs et les libraires qui hii envoyaient des exonplaires de prétmi dierotiaient à se distinguer par le choix et la beauté des reliures qu'ils faisaient faire exprès pour elle.

La plus remarquable qui ait été faite en Thonneur de tcttc roue couvre un exemplaire en grand papier de la première édition des Mémoires de Martin du Bellay (Pam, P. l^HuiUier, 1569, infoL), et présente tous les emblèmes, chiffres et monogrammes de Catherine, dorés sur BMTOquin roi^e, avec sa devise de veuve, peinte sur les I^ts (une montagne de chaux vive sur laquelle tombent des larmes), et ce vers latin à lentour :

Anlorem extincla testantur vivere llamma.

Ce volume admirable se trouve dans la célèbre collectiMi du bitdiophile Motteley, laquelle fait partie actuellement du musée du Louvre. Henri 111, qui n'aimait pas moins que sa mère les reliures, en avait imaginé une trèssingulière, lorsqu'il eut institué l'ordre des Pénitents : ce sont des têtes et des os de mort, des larmes, des croix et les instruments de la Passion, dorés ou estampés sur maroquin noir, et accompagnés de celte devise : Spes mca deuSf avec ou sans les armes de France. Les rois et les princes faisaient aussi relier certains livres à leurs armes, ÏK)ur les distribuer en présent.

Ces reliures de luxe, presque toutes en maroquin ou en

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vélin bUnc doré, n avaieat garde de se coaféndre aVec les reliures usuelles de la librairie et ne sortaient ps» des mêmes mains. Cependant quelques libraires de Paris et de Lyon, les Gryphes et les Tournes, les Ëstienne et les Vascosan, se préocciqpèrent plus que leurs confrères de la reliure des livres qu'ils vendaient : ils adoptèrent et ils firent fîdxiquer des modèles en vieau fauve, à cdBaprÔments, et en vélin blanc à filets ei arabesques d'or> que toute la librairie se bâta d'imiter. La Reliure française, même la plus commune, avait ime élégance qui ne nuisait en rien à sa solidité, et pourtai^ les relieurs, que les libraires tenaient toiigours dans une espèee d^obscurité et d'oppression, n'avaient pas rénxssi emore à se grouper eu communauté de métier. En Italie, la reHure était m décadence et oubliait ses bonnes traditions orientales. En Allemagne et dans les autres pays de l'Europe, on n'avait presque pas changé la vieille reliure massive, en bm, en peau et parchemin, à fermoirs de fer et de cuivre, (fài s'attachait encore opiniâU'ément aux nouvelles prodsctions de 1 Imprimerie,

L'art de la Reliure n'aviût néanmoins qu'un jpeUt nombre d'adeptes et de protecteurs : en Italie, le pape Paul V et Maioli (ce bibliophile, pour imiter les reliures et la devise de Grollier, faisait graver sur ses livres : To MaiolU et amicorum, — Ingratis servire nephas)^ en Espagne, le cardinal de GranveUe^ en Belgique, Marc Laurin, de Bruges, et Roger Bathis, de Bruxelles, qui avaient adopté l'un et l'autre la devise de Grollier; en France, Basse des Neux, chirurgien de Charles IX ; Amyot, le traducteur de Plutarque ; Honoré d'Urfé, auteur de VÀitrée, et le célèbre président de Thou.

Ce dernier, qui ne dédaignait pas plus que Jean Grollier de prendre un vif intérêt à la reliure de ses livres, les faisait relier en maroquin rouge veirt ou citron, ou en vélin blanc à filets d'or, avec tranclie dorée, poi tant son écusson sur les plats et son monogramme sur le dos.

BIBLIOGRAPHIE iTJ

Après son mariage avec Marre de Burbanvoii Cany» ii accola ses armes à celles de sa femme, et y ajouta les lettres A. M. (Auguste Marie) entrelacées. Ces reliures^ d'un fini et d*ime beauté qui en font des œuvres d'art, passent sans cesse sous nos yeux sans réveiller le souvenir de Tartiste qui les a exécutées et dont le nom était peut-être meama à de Thou lui*mème, car k direction des reliures de sa bibliofhèqtte devait appartenir à son bibliothécaire, le savant Dupuy.

Les habiles relieurs de ce temps-là, sous la dépendance de la corporation des libraires, n'avaient pas même le droit de signer leurs ouvrages, et il faut descendre jusqu'au fameux le Gascon (1641) pour conmiencer par un nom Thistoire de la Reliure moderne.

BIBLIOGKAPHIE

Ëit!f. Sal. Gtpbiaki. Programma de (»matu librorum. Yoy. cet opuseule dans ses Programma selectù (Cob., 1708, in-8).

Voy., sur la Reliure des livres chez les anciens, V Essai sur les litres dans Vantiquitéy par H. Géraud (Por., 1859, in-8).

11 existe un grand nombre de difiseftalions archéologiques qui roulent sur des diptyques en ivoire, servant ou ayant servi à des reliures" de livres. ^

Gab. PEIG50T. Essai historique et archéologique sur la Reliure des livres et sur l'état de la librairie chez les anciens. Diiofii <854, in-8, 6g*

Voy., sur la Reliure, différents ouvrages du même auteur : lÂct. raisonné de Bibliologie (Vesoul, 1802-04, 5 vol. in^S) ; Manuel bibliographique ^ibid., 1801, in-S); Manuel du bibliophile (Dijon, 1823, 2 vol in-8); etc.

Voy. aussi les chapitres intitulés Reliure^ dans les Mimoircf bibliogr tt liftéruires (de Fr.-Ant Delandine, Lfion, s. d., in-8), ci dans la Bibliothèque de poche ^ curiosités biblionraphiques^ par Ludovic Lalanne {Paris^ 1845, in-12).

Voy. ce qui concerne la Reliure dans la BiHiothécononûe de Gonsuntin (L.-A. Conat. Uesse), dont la seconde édit. augm. Ait

dbyLjOOgle

ISO lltSTOlRB Dl^S AkTS

^rtie de U colUct des oMOUtlf «oral i^ar.^ 1841, iiî-18, f s , et dans le Maniel du bibUothécaire y par J. Pie Nanrar, Bruxellet, 1854. in-8). ^

Â..P1CHON. Lettre à M. Paulin Paris sur les reliures de la bibliothèque du président de Thou. Voy. celte Lettre dans U t. lY des Manuscrits prmçois de la Bibliolhêque dû roi, iptx Ptulin Paris.

Vey.i dans cet otimige, plusienirs descriptions de belles reliures anciennes de manuscrits, ifui se trouvent dans cette Bibliolliè^.

Voy. aussi la Bibl. protypo graphique ou librairie des fils du roi Jean \Vut., 1830, in-4; le Catal. des livres composant Cane. BiH. des ducs de Bourgogne y ^K G. l*eiKnot (Dijon, 1841 « in-8);l7«pentaire ou catal. des livres de Cane. Bibl. du Louvre, fait en 1573 (Par., 1836, in-4^ et d'autres inventaires d'anciennes bibliothèqnes.

Voy. encore, sur les reliures et les relieurs célèbres, la plupart das ouvTiifm de IImo}. Fregnall Dilxiin, notamment son Bibliseraphical vécamiron iLond., 1817, 3 vol. in-8, fig.), dont le 8* dialogue traite spécialement de la ftetiure.

Statuts et règlemens pour la communauté des maîtres relieurs et doreurs de livres de Paris. Paris, 1750, in-12.

Voy. aussi Tédil de Louis XIV pour le règlement des relieurs, du 7 sept. 1686, et les statuts des doreurs sur cuir, gamisseurs et enjoliveui's, de 1594.

GAPFEAOxifiEE DE Gauffegourt. Traité de la Reliure des livres. S.n,ets. d. (Lamotie, maison de campagne de V auteur , prés de JLjKW, !76S),in-8 de 72 p.

DuMM . L'art du relieur-doreur de livres; nouv. édit. avec des •bserv. et des argument., par J. Ë. Bertrand. Paris, 1819, in-4,

La !'• édit. est de 177i, in-fol avec 16 pi., dans la grande Descript. des arts et métiers.

S^B. LcNORXAND et R , relieur amateur. Nouveau Manuel

complet du relieur dans toutes ses parties; nouv, cdit. Paris, 1810. in-18.

IssTiÉ. La Reliure, poème didactique en six chants (suivi d'un vocabulaire des termes techniques de l'art de la Reliure); 2* édil. Paris, 1827, gr. iu-8.

Voy. surtout l'édit. de ce poème, accompagnée de notes sur l'art de la Reliure, par Luigi Odorici ^Dinan, 18o3, in-8; tiré à 3 exempt)

Voy. aussi, du même auleur, Epitre à Thouvenin (Par., 1823, in-8 de 24 p.), et Lettre d'un relieur français à un bibliografkf anglais (ibid., 1822, in-8 de 28 p.).

BIBLIOGHAMIIE 1S1

Ctt. NoMER. De la Reliure en France »u Hix-neuviênie siècle. Voy. ce Mém. dans le 1. 1 du Bulletin du Bibliophile (1854).

îoy., dans les opnscnles bibliograpiiiques de Nodier, beaucoup de renseignements sur les anciennes reliures.

Voy. encore, dans le Bulkt. du Biblioph.^ nu grand nombre de notices par Paul de Malden, Tecfaener et autres, sur Tbistoire de la tteliure, sur des l'eliuies remarquables, sur les principaux re* lieurs, avec des rac-sîmile.

Voy. enfin, sur les anciennes reliures, les principaux catalogues lie livres publiés en France depuis vingt ans, notamment ceux des libraires Tecbener, Grozet, l'ot^er, etc., et des amateurs Charles Nodier, Hotteley, Pixerécouri, etc., et les recueils périodiques consacrés aux sciences bibliographiques, le BulletiH du Bitliopkite de Tecbener, le Bulletin du Bibliophile belge de ReiOemberg, le Bulletin des Arts du bibliophile Jacob.

Voy., pour compléter cette Uibliogi apbie, celles des chapitres précédents, PAnciixiiiN et Orpévbebie, dans lesquels il est bit mention des anciennes reliures en métal, en ivoire et en parchemin.

De tous les arts, le plus ancien est peut-être Fart de ùnvailler For, e*est-à*dife l'Orférrerie.

OnlairouTe déjà florissante aux époques héroïques des è'ffërents peapl^ du monde. On peut dire avec certitude qtt*on a conmoeneé partout k travailler ) V avant de trafaffl^ le* fer; car For avait sans doute, par son éclat natif, attiré les yeux de Fhomme, lorsque le fer était encore ignoré. ou négligé à cause de sa couleur sombre. L'or, d'ailleurs, se présentait dans toute sa splendeur à la surfikce du sol, soit que Feau des fleuves Feût éparpillé en paillettes, soit que le feu des volcans Feût fait couler en filonv ou condensé en masses brillantes. Les autres métaux d(Hmiai^t dans le fond des mines, que déjà For avait fourni aux premiers habitants du globe, non-seulement des ustensâes et des armes, mais aussi des objets de parure et des insignes religieux. Il est donc permis de regarder les orfèvres, les ouvriers qui travaillaient For, comme les initiateurs de tous les arts manuels.

Orfèvre signifie artisan en or. Ce mot est formé du vieux mot français fèvre ou fabre (en latin faber)' et du

moi or. Chei les Romains, Vùrfétre s'sq^elffit aurifex, ce qui équivaut k rétymdogie du mot français. On a tout lieu de penser que les aurifices de Rome formai&A une sorte de corporation, puisqu'ils érigèrent un petit arc de triomphe en Thonneur de Septime Sérère, dans le Volabrum ou marché aux Bœttfs. Ce moAument» qui existe encore, n'offre pourtant, dans ses sculptures, aucun emblème caradéristique des oriérres ou de rOrfévrime.

On a recueilli diverses inscriptions antiques porbmt : Àurife^ Aug.f aurifex Àngustm, êwifex Tik. fosonri aurifices Livix, etc. Ces inscriptions nous prouvent que, depuis Auguste et Uvie, les empereurs romains et les impératrices avaient des orfèvres en titre attachés à leur service. On sait, d'ailleurs, que l'Orfèvrerie impériale, di- ^ ligée par d'excellents artistes grecs, exéoitait, en Italie, de prodigieux ouvrages en or massif, rehaussés de ciselures et de relias adoiirahles

L'orfévr^ie, dans les siècles du paganisnae eomme dnis ceux de l'ère chréti^ne, avait une double destios^ien, quelquefois distincte et séparée : eUe concDurait à ironie' ment des édifices et 4es instruments Gossacrés au ealte; elle concourait aussi à la dècoi^tion des palais et à Hia* billement des souverains, des grands et des femmes. Rv avait donc deux espèces d'orfèvrerie : Toriëvr^e r^ gieuse et l'orfèvrerie p^&ne. En outre, chaome de «es industries se divisait en j^usieurs branches, qui ne confondaient ni leurs travaux ni l^rs ouvriers. Les moBnayeurs n'étaient que des orfèvres, mais ils s'oecupaleat exclusivement du monnayage; les fabricants d'anneaux A de bracelets d'or ne fabriquaient pas, en même tenfs, des <asques et des boucliers d'or; ceux qui Êisai^it des vases d'or ne faisaient pas autre chose» et, sans doute, les vases destinés aux sacrifices ne sortaient pas des oMlflaes mains que les vases de tant de formes, ijuiservaicaEit aux usages de la table; enfin, certains ouvriers ne travaillaient que des chaînes ou des couronnes d'or.

ORFÈVRERIE FRANÇAISE it5

Quant à l'Orfévrerie^iU^îe» elle formuit une industrie toui à iait différente, qm eœj^yait des procédés de fiièrication partieuiers, et qui attachait autant de prix à la légèreté de ses oirarages que l'Orfèvrerie proprement dite à la pesanteur des siens» On doit sn^[M>ser que cette Oifévrerie de bijoui et de costume^ si menreilleuse ehei tous ks grands peuples de Tantiquilé, avait passé de l'As» et de rÉgypte dan& la Grèce, puis s'était encore perfeotionnée en arrivant ami Étrusques, et avait envahi avec le luxe la Rome austère des Gaton et des Paty-Émile. Rome, en devenant maîtresse du monde, était devenue naturel kfioent la ville de FOrfévrerie par excellence.

C*esl donc de Rome que vkirent, dans les €anles soih mises à la dommatien romaine, les premiers orfèvres dignes de ce nom. Sans doute on avait travaillé For dief les Gaulois; mais cette orfèvrerie grossière manquait de tra* ditions et de mod^es^ car 1^ deux Brennus n'avaient pas n^porté, dans leurs ibrèts druidiques et dans leurs cités fortifiées de haies vives, les dépouilles ^de Rraae et cdles du temple de Belpfaes.

Les monnaies d'or et d'eleeUvm (alliage d'or et d'argent), que (^que peuplade, chaque ville, diaque chef mettait en circulation dans chaque espèce de pays plus ou moins borné, n'ofiVaient qu'un type bartiare et confus, qui accusait une ignorance abs<^ue des arts du dessin et du sentiment de la forme. Les autres produits de FOrfé« vrerie gauloise n'étaient pas moins barbares; et, comme For ne se ^ouva jamais en quantité sur le sol de la Gaule, quoique les auteurs anciens parlent de sable d'or charrié par les rivières, et de gisements d'or dans les montagnes de notre France actudle, jamais cette Orfèvrerie religieuse ou civile n'affecta une ampleur et une abondance de la matière, qui suppléai^t souvent à Fhabiletè du travail. EUe fabriquait i»*incipalemeni des couronnes, des agrafes, des luracelets» des chaînes, des armes et des vases; mais tous ces ol^ets étaient si faibles et si minces, qn^ils ne de-

iM HISTOIEE 0ES ARTS

vaient pas servir à lin ti8ag« journtlier et eootiiiu. On ne les enptofsit, sans donte, qne oNsme olijets d'ippint Us ne se distagoaienl, est génànl, par «ucun «nemeot, par aneane grafore, par aacune incntstalion, sanf qu^ ^ ques estampages Iréspimparfaits.

En revanche, 4es mines d'argmt de la C^ule étadeat alors asseï aetinement exfdmtées pour fournir beanco^ de métal à la fabricatiott. L'orfén^ie travailkit donc Targttnt plutôt cpie For; et, da moins, les otjets fabr^aég avec OB métal avaient une solidité qui permettait (le les appliquer à des emplois usuels. Ainsi les san(^»res des druides et les retraites des chefs étalaient une multitwfe de vases d'argent, la pkqMnrt, il est wai, de petite dimeasien et.ordmairemcnt unis. Quant aux bqoux defeB^aoes, cdUiers, hagues, boudes d'oreilles, agrafes, coi£^es, etc., ite avaient cette élégance et cette délicatesse qui ne font presque jania» défaut à la joaillerie anti(pie, et qiêiémaignmit moins du goût de ro«mrier que du goût d'w se&e t(Mioars expert dai» Tintelligence de ses diarmes et dans Tart de la toilette. Ces bijoux, extrêmement firagies, se composaient hidittiiellement de feuilles d'or gaui^, estantes ou découpées, et de fils d'or tressés, enroalÀ ou noués ensemble.

Dans tous les temps et obez tous les peuples. Tari de b joaillerie se présente areQ un degré de perfection qai prouve que les femmes ont eu toujours le même bût, celui de plaire, et se 'sont toujours servies des mêmes mo^ pour y parvenir, ceux que la parure offre à la beauté.

L'Orfèvrerie religieuse, qui a été partout la servante fid^ des religions, prit avec le christianisme un dévelop* panent considérable. Le christianisme ai effet se (ystingua par la pompe de ses cérémonies, dès qu'il put s'éta- Mir au grand jour, en s'ai^uyant sur l'enthousiasme et la vénération des nouveaux convertis; le christianisme s'efforça tout d'abord d'éblouir les yeux et de fraïq)er lesprit de ses adeptes. On comprend sans peine que l'Orfévrerie

eRFÉTREKIE FRAKÇAISK iWÎ'

lui M d'mi seeours mcaknHable. Si le& premiers autels avaient été la fuerre da totiabeau des saints et martyrs; si les premiers calkes ne furent que de verre ou de bois, c'est que les dirétiais persécutés se cadiaient dans les ca« lacomfoes et dans les forêts pour y célélNrer les saints ni3fstà*es. Mais, quand le souffle de la foi eut renversé les idoles et leurs temples, éteint le feu des sacrifices païens et dispersé les piètres des faux dierrx, les églises et les cdttvaits s'^evèrent de tous côtés; et, dès lors, la religion cstkolique déploya des magnificences inconnues à Fidolà* trie.

(Test de cette époque qu'M faut dater les progrès et Textension de rOrfétrerie rel^^ieuse dans le monde dvétien; eiôtinout dansT les Gaules. L'Évangile prêchait aux homnm rhumiMté et la pauvreté; mais il les invitait sans cesse à ne rien épargner pour glorifier Dieu. On s'empressa d'honorer Jésus-Christ et sa divine Mère, par des ofi^fides queVon croyait lem* être d'autant plus agi^ables, qu'elles étaient plus coûteuses. Le clergé profitait trop de ces pieuses Mfoéralités pour ne pas les encourager en y attachant des indulgences et des bénédictions dans cette vie et dans l'autre.

L'Orfévrerie s'estimait donc au poids plutôt qu'en raison du mérite artistique de l'œuvre. Les orfèvres qui travail- Meni ces masses d'or ne laissaient pas que d'exécuter souvent de belles et ingénieuses compositions pour l'ameublement des églises ; mais on ne prenait intérêt qu'à la qualité et à la quantité du métal; en sorte que les descriptions qui nous sont restées des travaux dOrfévrerie du quatrième siècle ne nous en donnent qu'une idée très-vague, et n'ont d exactitude que pour constater le poids de lobjet.

Ainsi Anastase le Bibliothécaire, dans son histoire <te8 Papes, intitulée liber pontifiôalis, nous appinend que Constantin le Grand fit mettre en œuvre trois ou quatre «iille livres d'or, et trente ou quarante mille livres d'ar-

im H18T01RB DBS ART^;

gent, qu'il distribua eu préMiUs aui bnsiliques êe Aeme. C'était» par exem^, ua baldaquin d'ai^gent battu, pesant deux miUe nngt-cioq livras, qui supportait i&hhuit figures, hautes de ciaq pieds, en^argent massif, savoir : k Sauveur assis, pesant cent vingt livres; les douze apôtres, pe^ sant cliacun quatre-vingt-dix livres; Jésus-Qurbt sof saa trûne, pesant cant vingt livres, M quatre anges erudgères, avec d^ pierres précieuses en guise d'aïeux, pesant chacun osnt vingt livres. Il y avut, seutement pour saint Jean de Latran, une grande lampe d'or, ornée de craquante dauphins, pesant, avec sa chaîne, vingt*cinq livres; quatre ronronnes d'or, pesant chacune quinze livres; sept plat:$ d'or, pesant chacun trente livres; sept coupes d'm*, de (ëx livres chacune; deux vases d'or, pesant chaom dncpiamte livres; cinquante calices d'or, pesant une li^ore chacun, sans compter une infinité de candélidiMres, d'autels, de fioles» de bassins et d'objets divers en arg^t. 11 faut lire, dans Anastase le Bibliothécaire, l'interminable énuméralion de ces œuvres d'Orfèvrerie, qui nous font supposa* que les orfèvres de ce temps-là formaient la plus ridie et la plus nombreuse des communautés d'arts et métiers,

La fabrication de l'Orfèvrerie religieuse ne diminua pas, ({uand Constantin eut transporté à Byzance le si^e de l'Empire romain, pour laisser à Rome le pape régner sans partage et y instituer le siège de l'Église. L'Orfewerie avait suivi Constantin à Byzance, et elle continua de se surpasser en mervdlles d'art dans les dons qu'il ne cessait de faire aux églises d'Orient, de même qu'à celles d'Ocddâot. L*Orfévrerie avait raison de regarder comme son pn^tecteur Constantin le Grand, et elle lui rendit en quelque sorte les derniers devoirs, en fabriquant le cercueil d'or dans lequel il fut exposé sur une estrade environnée d'une multitude de chandeliers d'or.

L'exemple de Constantin avait été le signal des dons d'orfèvrerie qui affluaient de toutes parts dans le trésor des églises. Celles des Gaules, grâce à l'influence des évê*

ORrÉVUERIE FKANÇAISE 189

ques et à la dévoti^ des chefs bariMtres, ne furent pas oKttBs lâen partagées <|ae oelles de lltalie. Il existait, ^faiileiu^^ dans leis Gafolas»^ un centre considérable de fabricaUen d'oiiévrerie,<qHi élaifconnn dans le monde entier et qui traTaillait m^e pour Byiance. Limoges a?ait des orfèvres habMes avant la con^te de iuleS'^Sésar.

l^ montagnes de rAu?ergne et du Limousin avaient fourni, ii^ Tépoque la plus reculée, For et l'argent que les aurifiées de ces provinces excellaient à mettre en œuvre. L'industrie romaine ne fit que* venir en aide à Tindustrie gauloise, qui s'appropria bientôt les procédés et le taleat de ses maîtres. C'était un des caractères du génie gaulois, que de se façonner promptement à Tin^ge d'autrui et de l'âoDporterbi^itàt sur son modèle. Limoges fut donc, à vrai dire, la cité-mère des orfèvres, et elle envoyait ses ouvrkrs dans tout 1 Occident, en acceptant toutefois les inspirations qui lui venaient de Rome et de Byance, de Bjixace surtout, que les arts de hixe avaient adoptée pour patrie. C'est alors que saint Jean Ghrysostome s'écriait avec amertume : a Toute notre admiration est aujoui^'fatti réservée pour les orfèvres ! •

Linî^ges ne se bornait pas sans doute à fabriquer de l'orfèvrerie religieuse, et on peut lui attribuer l'exécution de la i^upart des grands ouvrages d'or, qui, pendant deux ou trois siècles, excitèrent la surprise et l'admiiation des contemporains; les trois cents bassins d'or que le roi des Yisigoths Ataulphe offrit à sa fiancée Placide, t lie d'IIonoritts, montrent assez que l'Orfèvrerie n'était pas toute dans les églises, et le missorium ou plat d'or enrichi dj pierreries et pesant cinq cents livres que le général romain Aétius donna au successeur dhi grand Théodoric, à Thorismoiul, roi des Yisigoths, pourrait bien faire honneur aux artistes de Limoges.

Il y avait néanmoins, au dnquième siècle, quelques autres villes qui di^utaient à Limoges la palme de l'OrA:vr«rie, entfe autres Cologne, Nuremberg, Florence et Paris .

100 HIST<»fRE DES ARTS

Los iiiTasions contiouettes des brartiares (pli, sous le Bom ëe Huns, de Franks, de YÛidales, etc., sedom^ient rendez-T008 dans les Gaules o« en Italie, n'empêchaient pas rOrféYrerie de se précipiter satis cesse dans le» égHses et les o(m?ents; car ces barbares, que le christianisne eut bientôt conquis en les baptisant, raidaent au- centuple ce qu'ils ataient pris aux temples dirétienr, àllnstar de Glofis conterti, chaqi» chef de ces hercles guerrières et sauirages ne tardait pas à adorer ee ifit'â avait brûlé, et à brûler ce qu'il avait adoré. €e fut le damier coup porté au pa§anisme.

Les églises, après tiiott été dévaaléer et pillées, re^ rent en peu de temps toute leur splendeur, et reeoeiilirent plus de richesses qu'elles n'en avaôe&t jamais eo. Ce qui se passait à Rome, où le pa^ Symmaque, mort es 514, avait donné aux églises de la YÎHe pontificale eeat trante livres d'or et dix-^sept cents livres d^ent travaillées en piéceâ d'orfèvrerie, se passait ègaêement dans les différents royaumes des^tiaoles : la meilleure portion ëa butin, ramassé par les Franks, les Hérules, lee Bui|{oodes et les autres envahisseurs, se transformait en orfèvrerie rdigieuse et devenait le partage des églises et des couvents, des évèques et du clergé.

Dès le règne de Glovis, Tévèque et l'abbé portaient ose crosse en or, une mitre d'or et un anneau épiscopal d'er à cabochon ou pierre de couleur; les ossements ém sainte reposaient dans des (capses ou reliquaires d'or et d arg^ garnis de pierres précieu^s; les vases de Tautéi ét^eat en or et en argent massif. Il suffit de rappeler ThistoîK du vase de Reims. Ce vase, c d'une grandeur et duœ beauté extraordinaire, » dit Grégoire de Tours, avait été enlevé dans le pillage d'une église de Reims, en 486 : il faisait ainsi partie du butin qui devait è re distribué» à Soissons, par la voie du sort, entre les Franks de Clons. Celui-ci, auprès duquel l'évèque de Reims, saint Rényï fit réclamer ce vase d'orfèvrerie, voulut le feire mettre

ORFÈVRERIE FRÀI^ÇÀISE t9i

à part pour Je rendre au (Hréiat; iuai^ un soldat» mécontent du privilège que s'arrogeait son chef, brisa le vase d'uR cou|^ de francisque. Plus t^rd, Uoyiâ veng^ «e pauvre vase en fendant la t^ du soldat, qui n!y songeait 1^^ et ai lui disant : « Souvienâ-toi du vase de Sois* sons! »

L'histwre ne nous a pourtant oenservé qu'un seul nom d'orfèvre gaUo-^romain^ du cijoquiènie siècle, celui de Ma* Iminus. Il est dté^ en ces termes, dans le t^taineBi>ée Perpétuas, évèque de Tours, mort en 474 : a A toi, frère «t évéque, très-di^ ËnÊronius, je donne et lègue mon reliquaire d'ai^ent. J'entends celui que j'avais coutume de porter sur n^i; car le reliquaire d'or qui est dans mon trésor^ les deux calices d'c»; et la croix d'or fabriquée p9f M«dminus, je les donne et lègue à mon église. »

Quant aux pièces d'orfèvrerie de cette époque, il n&i existe plus que quelques-unes, peu in^Kurtantes, découvertes dans les fouilles et conservées dans les musées publics. Parmi celles qui figurent dans la colleclioti du cabinet des antiques de la Ribliotbèque impériale de Paris, on remarque le fourreau d'épée en or, les abeilles d'or et quelques omanents, trouvés dans te tombeau du roi Cbildàric à Tournay; et le vase d'or avec {bateau d'or, trouvé à Gourdon, près de Ghâlons-sur-Saône» en 1 846.

Ce vase d'or, qui avait été enfimi sans doute arec beiHioiiip de médailles d'or aux types de quatre emper^irs, Léon, Zenon, Anastase et Justin, pjwrte aussi avec lui la date presque certaine de sa fabrication, que l'on peut faire remonter au commencement du cinquièiie siècle. C'est évidemment un calice de chapelle jMrivée {singulans) et non pas une burette d'autel (ampulla), comme lont cru certains antiquaires. Il est con^sé d^une coupe supportée par un pied conique, formant à peu prés le tiers de sa^bauteur : la coupe, cannelée par le bas, est ornée, dans sa partie supérieure, d'une ceinture de six cours, les uns de grenat, les autres de tiu*-

iOS UlâTOiaE DES ARTS

qnoîses, dhbés en deux groupes par un fil granulé; le pied, siHonné de cannelures à arêtes vhes, est réuni à la eoupe par un nœud garni aussi d'un (il granulé. Le vase est flanqué de deux anses, dont la partie supérieure est fermée dHine petite tète d^dseau a?ec des yeux de grenat Le plateau, ayant une croix en grenat au milieu et quxtre OQBurs en turquoise aux quatre angles de la iMe, est entouré d'une bordure ou [^te-èande losuigée, ég^emeiA en grenat, et repose sur une galerrê en or ouvragé à jour.

Ces deux pièces nous font connaître avec avantage ION févrorîe gallo-romaine, dont il ne reste plus de monuments que dans ks vagues et obscurs récits de €rég^ de Tours et de Frédégaire. Ce n'est plus là sans doute cette somptueuse Orfèvrerie que Oontran, roi des Bun ' gondes, montrait aux é\'èques en leur disant : « C'est cefie du préfet romain Mummolus; la grâce divine Ta mise en mon pouvoir. J'ai fait bris^ quinze bassins semblables à ce grand que voilà, et n'ai réservé que cdui-ci et un autre pesant cent soixante livres d'or : qu'ai-je besoin d'en conserver davant^^e pour mon usage journalier? i Maâs c'est un échantillon rare et précieux de cette OrféfreHe religieuse qui avait mis en homieur la fabrique de Limoges et celle de quelques autres villes de rAquitaine.

L'Orfévrarie était alors, en quelque sorte, selon Dusofiimerard, l'art national des Franks, comme le prouverait ce seul mot de Chilpéric, qui dit à Grégoire de tours en lui montrant un grand plat d'or étincelant de pierres précieuses et pesant cinquante livres : « Je l'ai fait, poar donner de l'éclat à la nation des Franks, et j'en î&m bien d'autres si Dieu me conserve la vie! » Chilpéric et sans doute sa femme Brunehaut, cette grande reine qui aimait tant les arts, peuvent être considérés l'un et l'autre comme les protecteurs de l'Orfèvrerie indigène. Aussi bien l'Orfèvrerie rehaussait la royauté, en lui procurant les moyens de parler aux yeux et de se faire comme une auréde d'or.

ORFÈVRERIE FRANÇAISE i%

On ne s*étonne pas que, dans un. siècle où Tor était la représentation matérielle de la puissance royale, les orfé* Très aient vécu dans, la familiarité des rois. Saint Eloi, le patron des orfèvres, était orfèvre hii-mème avant d'être ministre de Dagobert I", surnommé le Grand à cause dé sa magnificence; et, quoique ministre, il resta orfèvre. Ce fut par r^écution d*un ouvrage d'orfèvrerie que Tartisan gagna les bonnes grâces de Glotaire II.

Éloi, né vers Tan 588 à Gatalac, en Limousin, avait reçu le nom d'Ëligius (dioisi par Dieu), conmie un pronostic de ses grandes destinées. 11 fit son apprentissage dans Talelier d'un orfèvre nonmié AWwn, à Limoges, et il travailla ensuite,'comme monétaire, dans le monnayage de la ville. • H avait un gran4 génie pour toute chose, • dit son biographe Saini-Ouen. Quand il fut habile dans son art, il alla en Neustrie, et fît connaissance avec un irésorier du roi Glotaire, nommé Bobbon.

Le roi voulait , en ce moment-là, faire fabriquer un fauteuil d'or incrusté^ de pierres précieuses, et ne trouvait personne qui pût entreprendre cet ouvrage et l'exécuter comme il l'avait conçu. Bobbon parla au roi de Torfévre limousin, et le roi ordonna sur-le-champ qu'on mît à la disposition d^Éloi une grande masse d'or. Ëloi se chargea du tratail, et, avec l'or qu'il avait reçu, fabriqua deux fauteuils au lieu d'un, qui lui était commandé, « sans soustraire, dit le chroniqueur, un seul grain de Tor qui lui était confié, ne suivant pas en cela l'exemple des autres ouvriers, qui se rejettent sur les parcelles qu'emporte la lime rongeuse ou la flamme dévorante du fourneau 1 1

Quelques commentateurs ont prétendu que ce fauteuil (sella)y commandé par Glotaire II à Éloi, pourrait bien être une selle de ch; val. Quoi qu'il en soit, TorfévTe présenta son Ouvrage au toi, qui fut bien émerveillé de voir deux selles ou deux fauteuils, au lieu d'un. « On peûU lui dit-il, juger, d'aptes cette action, de la confiance qUt*

iz

Ton doit avoir en vous pour de plus grandes choses, i Depuis, Éld, qui s élevait sans cesse dans la confiaoce du roi et des grands» t devint un oriëvre très-habile et trèssavant dans son art. t

Dagobert 1*' hérita de Taffcction et de Testime queClotaire II avait eues pour Éloi, qui s'était fixé à la cour, et qui y menait une vie édifiante, tout en se li\Tant aux travaux de son état. « Il faisait» pour Tusage du roi, dit la clironique, un grand nombre de vases d'or enrichis de pierres précieuses, et il travaillait, sans se fatiguer, étant assis et ayant à ses côtés son serviteur (apprenti ou compagnon) Thillon, d'origine saxonne, qui suivait les traces de son maître, i Ce passage de la vie de saint Ëloi semble indiquer que rOrfévrm*ie était déjà organisée en corps d état, et qu'elle comprenait trois degrés d'artisans : les maîtres, les compagnons et les apprentis.

Éloi, qui distribuait aux pauvres tous les bénéfices de son travail, n'oublia pas ses compatriotes du Limousin: il pria Dagobert de lui donner un domaipe, aux environs de Limoges, nommé Solemniac ou Solignac, pour y fonder m HKmastère, ce qui eut lieu en 651, et la diarte de fondation fut signée par quatre évêques, à la requête de ï homme de Dieu, le seigneur Éloi,

Dans les monastères, à cette époque, les moines s'adonnaient aux arts libéraux, copiaient des manuscrits et composaient des traités théologiques. A Solignac, Ëloi voulut que ses moines, t habiles dans tous les arts, • se livrassent plus spécialement à l'art qu'il exerçait lui-même avec tant de talent ; et formassent, pour ainsi dire, d'après ses enseignements, une école d'orfèvrerie. £e monastère prospéra et rivalisa de réputation avec celui de Luxeuil, qui était alors le plus considérable des Gaules. Thillon en fut le second abbé, et, sous ce maître habile, qui se souTcnait des leçons d'Ëloi, la communauté de Solignac exécuta pour les églises une foule de beaux ouvrages d'or et d'argent, ornés d'émaux et de pierres de couleur.

ORFÈVRERIE FRANÇAISE m

Èioï, de retour à Par», y fonda aussi un couvent sur un grand espace de terrain que Dagobert lui avait accordé dans la Cité, non loin du palais royal, qui est aujourd'hui remplacé par le Palais de Justice, près de la maison même où il demeurait, et dans laquelle il avait son atelier d'orfèvre Ce vaste couvent , construit aux frais du pieux orfèvre, et dédié sous l'invocation de saint Martial, apôtre d'Aquitaine, et de sainte Valèfe, tous deux patrons des Limousins, reçut trois cents religieuses de Tordre de Saint-Benoit, et eut poujspremière abbesse sainte Aure ou Aurée, vierge qui était venue de Syrie à Paris, prêchant TÉvangile en langue liébraïque, pour convertir les Juifs. Elle avait été recommandée à Éloi par plusieurs saints personnages, notamment par Audouen, ou Ouen, qui a écrit la Vie de saint Éloi et qui fut chancelier ou secrétaire du roi avant d'être canonisé à son tour.

Le nom ou plutôt le surnom de sainte Aure ou Aurée {Àuralalue laisse pas de doute sur la destination de cette communauté, qui était comme une succursale deSolignac, et qui s'occupait certainement de l'orfèvrerie en tissus, ou de la broderie en or des étoffes destinées aux usages et aux habits ecclésiastiques.

Éloi ne se lassait pas de bâtir des monastè^BS et des ateliers ; le roi lui accordait tout le terrain qu'il demandait ; il édifia une églisehors de la Cité, sur la rive droite de la Seine, et il consacra cette église, destinée à la sépulture des religieuses de la maison de Sainte-Aure, sous le nom de Saint-Paul-des-Champs (Ecclesia sancli Pauli de Campis). Autour de cette église, dont les toits élevés avaient été couverts de plomb artislement travailléy les orfèvres et les ouvriers dont la profession avait quelque analogie avec la leur vinrent successivement s'établir, et la réunion de ces modestes officines ne tarda pas à faire un bourg qu on appela longtemps la Culture Sainl-Éloi. Ce fut Torigine du quartier Saint-Paul.

Mais les principales largesses du généreux saint Éloi

étaient pour le monastère de la Cité, qui enfermait dans son enceinte la douzième partie environ de Tîle où Paris tenait alors tout entier, et qui, sous la dénomination de ceinture Saint' Éloif occupait Tespace compris entre les rues de la Barillerie, de la Calandre, aux Fèvres,et delà Vieille- Draperie. La maison particîulière d'Éloi, attenante à celle de sainte Aure et située dans la rue qui porte encore son nom, a subsisté jusqu'au treizième siècle, où elle étaitcônnue du peuple de Paris sous le titre de Maison au Fèvre. 11 avait fait construire, dans la rue qu'il habitait, un four banal, qui fut appelé le Four madame Sainte-Aure, parce qu*on y cuisait le pain en payant une redevance au courent jusqu'à l'abolition des fours banaux de Paris par Philippe le Bel. Ce four avait donné son nom à une maison, au frontispice de laquelle on voyait l'image de la sainte abbesse, vis-à-vis de l'église Saint-Martial. Cette église avait été bâtie ou plutôt rebâtie par Éloi, qui avait une dévotion spéciale à saint Martial de Limoges, premier patron des orfèvres.

Il y eut, vers ce temps-là, un violent incendie qui détruisit une partie de la Cité : le feu environnait de toutes parts l'église et le monastère; les flammes s'attaquaient déjà au toit de ces édiûces, lorsque Éloi s'écria : « saint Martial ! pourquoi ne portez- vous pas secours à votre demeure? » Aussitôt le saint fit changer la direction du vent, et son église fut préservée, ainsi que le monastère et la maison de l'orfèvre.

Les maisons voisines Se trouvaient occupées, dés cetle époque, par des ateliers et des boutiques d'orfèvrerie, qui s'étaient placées sous la protection du chef puissant et respecté de la corporation. Cetle rue de Saint*Éloi, que les orfèvres abandonnèrent vers le douzième siècle seulement, s'appelait vicvB Cavatetite, et s'appela plus tatd la Chevalerie OM Cavalerie, c'est-à-dire l'orfèvrerie. On entendait surtout par cavatotes les ouvriers ciseleurs en me» taux et les graveurs en pierres précieuses. Il est bien pio-

bable que ces cavatores TCDaient originairement du Limousin.

Éloi, tout en fondant églises et monastères, ne vaquait pas moins à son métier d'orfèvre : il fabriqua plusieurs châsses de saints avec de Tor, de l'argent et des pierreries; il orna « d'un admirable travail d'or et de pierres précieuses » les tombeaux de saint Bfartin, à Tours, et de saint Denis, dans Fabbaye où ce saint martyr est inhumé ; 1 il composa aussi, dit la chronique, des vases et des sculptures magnifiques pour ce monument ; il couvrit d'or le devant de Tautel, et posa, aux quatre coins, des pommes d'or enrichies de pierreries ; il forgea très-artistement le pupitre et les portes du sanctuaire, et il entoura d'une balustrade d'or la confession ou sépulture du saint, t En un mol^ • il fît de la basilique de Saint-Denis le plus bel ornement des Gaules. »

Le roi Dagobert avait participé aux travaux d'Éloi, puisqu'il les payait après les avoir ordonnés et inspirés ; il fréquentait la forge de cet artiste infatigable, qui était en même temps son conseiller, son ministre et son monétaire. La chanson populaire dans laquelle ce prince et saint Éloi sont mis en scène avec la naïve gaieté du bon vieux temps est comme une réminiscence impérissable des raK>orts familiers du roi et de l'orfèvre, que le peuple de Paris avait vus trop souvent ensemble pour les séparer un moment dans ses souvenirs, même après vingt générations.

Dagobert mort, Éloi ne voulut plus servir que Dieu et les pauvres : choisi, comme son nom l'annonçait, pour succéder à Achaire, èvêque de Noyon et de Toumay, mort en 640, il fut sacré à Rouen en même temps que son ami Ouen ; il ne continua pas moins ses travaux d'orfèvrerie, et, ayant découvert, dans son diocèse, les corps de saint Quentin, de saint Piat et de plusieurs autres saints, inconnus jusqu'à lui, il fabriqua des châsses d'orfèvrerie ou couvrit d'or leurs tombeaux.

i98 HISTOIRE DES ARTS

L'auteur de sa Vie authentique nous fait connaître non seulement le portrait de Tévêque-orfévre, mais encore le splendide costume qu'il portait à la cour avant de s être consacré à Dieu. < Il était d'une haute stature, d'un visage coloré ; sa chevelure et sa barbe étaient belles et frisaient naturellement ; ses mains étaient bien faites et ses doigts étaient longs ; sa flgure respirait une douceur angélique; son regard était simple et prudent (selon la parole de saint Paul) . Ku commencement, il avait des habits couverts d'or et de pierres précieuses ; il avait aussi des ceintures rehaussées d'or et de pierreries, et des bourses élégamment semées de perles ; ses robes étaient de lin, et toutes ruisselantes d'or, et les bords de sa saie étaient couverts de broderies d'or; enfin, tous ses vêtements étaiens précieux et quelques-uns même étaient tout de soie. 11 est vrai que sous ces riches habits il cachait un rude cilice. •

Bientôt il quitta tout ce luxe; et il ne se montra plus que ceint d'une corde et couvert de misérables vêtements. Quand il occupa le siège de Noyon, il reprit un costume plus digne de son rang ; mais il continua de distribuer son bien, sinon son manteau et sa ceinture, aux pauvres, pour qui souvent il s'était dépouillé jusqu'à demeurer tout ««, dit un vieil hagiographe du quinzième siècle (J. deVignay). Avapt de mourir, il alla plusieurs fois visiter son monastère de Solignac ; et il put sans doute voir en pleine prospérité les grands établissements d'orfé\Terie religieuse qu'il avait fondés : car, au milieu de tous les soins de sa vie épiscopale, l'art dont il avait été un des plus habiles propagateurs préoccupa toujours sa pensée et fut l'objet de ses labeurs infatigables.

Il mourut à Soissons en 659. La reine Batilde, femme de Clovis II, essaya inutilement de faire transporter le corps du saint à l'abbaye de Chelles, qu'elle avait fondée ; mais Éloi avait désiré être enterré dans le monastère de Saint- Loup, hors les murs de Soissons, et son corps, pour té-

ORFÈVRERIE FRANÇAISE iilO

rooigner que cette sépulture lai était agréable, devint si lourd, qu'on ne put le lever. On renonça donc à le déranger, et la reine Batilde ordonna de lui faire un tombeau d'or et d'argent, en disant : • Ce bienheureux saint a fait les tombeaux d'un grand nombre de saints ; pour moi, je décorerai le sien aussi magnifiquement que je le pourrai et comme il en est digne. •

Ce tombeau reçut de tous les princes contemporains une prodigieuse quantité de présents qui se multiplièrent avec les miracles qu'il faisait. C'étaient surtout des pièces d'orfèvrerie, crok, vases, lampes, candélabres, en métal précieux, conune pour rappeler quel avait été le métier d Éioi, qui fut, dès ce temps-là, reconnu pour patron des orfèvres. Cette qualité lui prescrivait de se montrer Tenoemi redoutable des voleurs. Aussi un larron, ayant pénétré la nuit dans l'église du monastère de Saint-Loup pour spolier le tombeau du saint, réussit à enlever une chaîne d'or et divers objets qui pendaient alentour ; mais il fut frappé d'immobilité à la porte de l'église, où on le trouva encore nanti des preuves de son vol sacrilège.

Saint Éloi avait été à la fois orfèvre et monétaire. Clotaire II l'avait fait orfèvre de sa maison, Dagobert l" l'avait nommé maître de la monnaie royale ; Éloi exerçait encore ce& deux charges dans les premières années du règne deClovisII.

Nous avons rapporté, d'après son historien, l'indication très-vague et Irés-incomplète de ses principaux ouvrages d'orfèvrerie : quelques-uns des plus remarquables ont été fondus à l'époque de la Révolution et bien auparavant, lorsque personne, en France, n'avait le vrai sentiment de l'art simple et solennel du moyen âge. On n'a pas même sauvé le caUce de saint Éloi, que possédait l'abbaye de Chelles, et qui lui avait été donné par la reine Batilde. Ce calice d'or émaillé, haut d'un pied environ, était orné d'une bordure de pierreries et de perles. Quant à la patène, qui accompagnait originairement ce beau calice, elle

futfondue ^ers la fin du quatorzième siéci^ pour faire k châsse de sainte Batilde. On ne conserva pas avec plus de soin et de respect les deux crosses épiscopales de saint Éloi, qui étaient dans le trésor de l'église de Noyon, ni le petit sceau de cristal garni de métal doré qui lui avait appartenu, et qui se trouvait encore* il y a soixante ans, dans le même trésor, avec ses quatre anneaux d'or, dont Fun portait celte inscription :

Annulât Eligii fuit auraos iste lieati,

Qno Cliristo sanctam detponsavit GodeberUm;

c*est-à-dire : c Cet anneau d'or du bienheureux saint Éloi fut celui avec lequel il fiança sainte Godeberte au Christ.» Noyon, Saint-Denis, Ghelles et d'autres églises avaient encore quelques piècea d'orfèvrerie que le souvenir historique de saint Éloi aurait dû préserver de la destruction.

Aujourd'hui il ne reste que le fameux fauteuil d'or de Dagobertt que se sont disputé, à plusieurs reprises, lediapitre de Saint-Denis et le cabinet des Antiques de la Bibliothèque impériale. Ce fauteuil, qui ne mérite pas sa répution, il faut l'avouer, était déjà, au douzième siéde, regardé comme l'ouvrage de saint Ëloi : voilà pourquoi on le conservait précieusement dans le trésor de ral}baye de Saint-Denis. Néanmoins, et malgré le témoignage de l'abbé Suger lui-même, les archéologues modernes ont pensé que ce fauteuil, en bronze gravé et doré, et non en or massif, avait pu être une chaise curule antique; et que le dossier à jour et les bras auraient été, vers le dixième siècle, ajoutés à la partie inférieure, dont le travail et la matière accusent une époque bien plus ancienne.

La tradition, cependant, n'est pas mise à nés^ni par les dissertations des savants, et il est permis de supposer que ce fauteuil, provenant de Dagobert, a été réparé, quatre siècles plus tard, par les soins et aux frais des moines de ^ aint-Denis, comme une curieuse relique du fondateur de lenr abbaye.

Les noms d'Ëloi et de Dagobert sont tellement associés Tun à l'autre dans la mémoire du peuple, comme dans les témoignages de l'histoire, qu'on a tout naturellement attribué au travail de Torfévre un siège sur lequel le roi s'était assis. Il reste à décider, au point de vue j^ilologique, si la Vie de saint Éloi a parlé d'un fauteuil ou d'une selle d'or.

Nous connaissons encore les œuvres du saint orfèvre par la chronique anonyme intitulée Gesta DagoherU. L'auteur de cette dironique, écrite vers le milieu du neuvième siècle, était lûoine ou abbé de Saint-Denis, et il avait encore sons les yeux, dans le trésor de cette abbaye, les belles pièces dont il fait l'éloge, au chapitre xx de sa chronique : ce diapitre est très-important pour l'histoire de Torfévrerie du septième siècle ; en voici la traduction littérale : « Le roi Dagobert fit faire une grande croix, qui devait être placée derrière l'autel d'or (de la basilique de Saint- Denis). Cette croix était d'or pur et ornée de pierres trésprécieusés, le tout enfin d'un ouvrage remarquable et d'un travail très-délicat ; et le bienheureux Éloi fut chargé par le roi de faire cette crok, d'autant plus qu* à cette époque il était comme le premier orfèvre qui existât alors dans le royaume de France. Éloi fit cette pièce avec d'autres choses encore qui devaient servir à l'ornement de la même basilique, et il les acheva rapidement, grâce à son talent plein d'élégance et de délicatesse, et avec laide de sa sainteté, et il orna admirablement l'ègUse de Saint-Denis. Et même les orfèvres de notre temps ont coutume d'assurer que c'est à peine si maintenant on pourrait trouver quelque ouvrier, si adroit qu'il fût dans toute sorte d'ouvrages, qu'on pût égaler cependant ou même comparer à Éloi pour cette délicatesse du travail de lapidaire et d'enchâsseur de pierreries. C'est en vain qu'on cherchera, pendant un grand nombre d'années, un tel artiste, et l'expérience le démontre clairement, car on ne connaît plus cet art, et l'on ne s'en sert plus, parce qu'il est perdu. »

Ce passage des Gesta Dagoberti prouye que les homines de Fart mettaieut l'orféyreHe d*Éloi au-dessus de tout ce qui amit ^té fait avant lui et même de ce qui s'est fait après lui pendant plusieurs siédes. Éloi, le premier orfé\T8 de son temps» exécuta ou, du moins, encouragea tons les genres d*orfévrerie : celle de Limoges, qui excellait dans les incrustations des émaux et Tenchàssement des pierres de couleur ou cabodions ; celle de Paris, qui travailiait surtout au marteau, et faisait de la statuaire en or et en argent; celle de Meti, qui ciselait des joyaux et se distinguait p^r la finesse de son burin ; celle d'Arras ou de L^oa, qui ouvrait (ouvrageait) des étoffes de soie a?ec de Vorfroi ou or lilé.

Cetle deniiére espèce d'orfèvrerie avait une brillante école dans la maison de madame sainte Aure, qui ne survécut que peu de mois à son vénérable directeur; le monastère prit depuis le nom de Saint-Martial de Limoges, sous la dédicace duquel il avait été fondé. Le village de Gentilly {Gentilliacus) , tout entier, relevait du monastère, et Ton peut croire que saint Éloi, à qui Dagobert avait donné ce village et les terres de sa manse, y établit ime colonie d'orfèvres étrangers (Gentils jou hérétiques) qu'il convertit à la foi catholique.

L'abbaye de Solignac, près de Limoges, celle de Sajnt- Loup ou de Saint-Éloi, à Noyon, la maison de Saint- Paul-des-Ghamps, à Paris, et plusieurs autres retraites monastiques, que le saint avait fondées ou dotées, renfermaient des ateliers d'orfèvrerie religieuse, d'où sortirent vraisemblablement les magnifiques ouvrages qui ont signalé la grande époque de Chariemagne. L'existence de ces ateliers à l'ombre des autels ne contredit pas celle d'une corporation des orfèvres laïques, qui avait son centre à Paris, et dont les privilèges, déjà reconnus en 768, dit-on, furent confirmés en 846 par un capitulaire de Charles le Chauve.

Les travaux de saint Éloi, comme monétaire, nous sont

confirmés par cinq monnaies ou tiers de soi d'or, qui portent son nom, et qui ont été évidemment fabriqués dans son atelier ; quatre de ces monnaies datent du r^e de Dagobert, et sont frappées à l'effigie de ce roi dans son palais, ou sur le territoire du Parisis, et la cinquième appartient au régne de Clovis.

Ces tiers de sol d'or sont de précieux monuments du patron de TOrfévrerie, qui était monnayeUr (monelanv») aussi bien qu'orfèvre, et qui légua, sans doute, à ses élèves Tbillon et Baldéric, les deux cliarges qu'il remplissait dans le palais du roi. Il existe une monnaie de Baidéric, frappée en 631, par conséquent sous les yeux de son illu^re maître. Il n'est resté ni monnaie ni orfèvrerie de Thillon ouTl^au, Saxon ou Anglais d'origine» second abbé de Solignac, après Remacle, que saint Éloi avait désigné lui- " mêiïte. Cependant le surnom abréviatif de Theau ou Thau, donné à Thâlon, nous a fait suf^oser un moment qu'il pourrait bien être l'inventeur du thau ou bâton pastoral, en forme de T romain ou t grec, sur lequel s'appuyaient les prêtres pendant les offices. Ces bâtons ou petites crosses étaient ordinairement de métal plus ou moins précieux, et souvent incrustés de pierreries.

Le règne de Cliarlemagne fut celui de toutes les magnificences : rOrfévrerie y eut une grande part; malheureusement, la plupart de ces cliefs-d 'œuvre, exécutés en France, ont disparu depuis longtemps : un grand nombre avaient péri dans la guerre terrible que les protestants firent aux reliques et aux images pendant le seizième siècle; ceux qui avaient été respectés jusqu'à la Révolution de 1789 furent condamnés à li fonte, par la faute de leur poids et de la richesse des matières. ^

11 semble que Forfévrerie, du temps de Charlemagne, avait encore renchéri ^sur la grandeur et la valeur pondérale des objets fabriqués sous les rois de la race mérovingienne. Ainsi le pape Léon III donna aux églises de Rome mille soixante-quinze livres d'or et vingt-quatre

mille sept cent quarante-quatre livres d^argent, travaillés par les orfèvres de tous les pays, pour Tusage et Tomement du culte. Anastase le Bibliothécaire énumère, dans cette masse d objets précieux, quarante-deux statues d'or, pesant deux cent cinquante-quatre livres; cent trente calices d or, pesant deux cent quatre-vingt-quatre livres; quinze croix d*or, pesant cent vingt et une livres; quarante-sept lampes, en forme de couronne, pesant cinquante-cinq livres d*or, etc. On est ébloui de cette merveilleuse quantité de baldaquins d'autel, de tables d'autel, de fonts baptismaux, de pupitres, de bassins, d'encensoirs, d'aiguières, de patènes, de diandeliers, de crosses, de diâsses, d'écuelles, de gobelets, etc., en or et en argent, en vermeil et en cuivre doré, qu'on entassait alors à Tenvi dans les trésors des ^lises. La fabrication de Torfévrerie religieuse était au plus haut degré de splendeur, et pourtant aucun nom d'artiste ne nous a été conservé par les historiens de Gharlemagne, excepté celui du moine Tanche, qui n'était peut-être qu'un ciseleur en bronze (opifex in omni génère sens, dit le moine de Saint-Gall).

Le testament de ce grand monarque offre la désignation de certaines pièces capitales, qui avaient trq) de prix métallique pour subsister longtemps après leur glorieux possesseur. 11 laissa trois tables d argent et une d'or • d'une grandeur et d'un poids remarquables. • Celle dV et l'une des trois d'argent, laquelle était convexe et représentait, sur trois zones, semblables à trois boucliers réunis , la cosmographie de l'univers , furent conservées par ses fils, en mémoire de leur père ; la deuxième table d'argent, de forme carrée, sur laquelle était figurée la ville de Constantinople, fut léguée à la basilique de Saint-Pierre de Rome, et la troisième, de forme ronde, ornée d'une vue de la ville de Rome, à l'église épiscopale de Ravenne. Louis le Débonnaire, fidèle au vœu de Gharlemagne, ne garda que la table d'argent, divisée en trois zones cosmographiques; mais, en 852, son filsLothaire

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la fit enlever du trésw impérial d'Aix-la-Chapelle, et, rayant fait briser en morceaux, distribua le métal à ses partisans. Les Annales de Saint-Berlin parlent avec admiration de cette table d'argent, • sur laquelle brillaient, sculptés en relief et occupant des espaces distincts, la description du globe terrestre, les constellations et les mouvements des planètes. »

Le tombeau de Charlemagne» qui renfermait des richesses immenses, ne fut pas violé alors, mais la canonisation de ce grand empereur, en 1166, devint pour Frédéric Barberousse un prétexte honnête de s'approprier le siégo d'or sur lequel le saint était assis, revêtu de ses habits impériaux, Tépée à pommeau d'or attachée à son côté, le sceptre et le bouclier d'or suspendus devant lui. De ces joyaux, il ne reste plus maintenant que le diadème, composé de huit plaques d'or renfermant des figures émaillées (ce diadème est dans le Trésor impérial de Vienne), et répée, dont le fourreau d'or enrichi d'une suite de losanges encadre divers ornements en émail, entre autres, une aigle déployée (cette épée est dans l'ancien trésor de la Couronne, à Paris).

Les pièces d'orfèvrerie du neuvième siècle sont bien rares en France, et quelques-unes de celles qui ont passé dans nos musées, notamment dans les collections du Louvre et de la Bibliothèque Impériale, accusent une origine byzantine ou ilaUenne : tel est un dessus de boîte qu'on voit au Louvre, et qui forme un bas-relief exécuté au repoussé, en or, représentant les saintes femmes au sépulcre du Christ. Ce dessus de boite pourrait bien être un des ais de la couverture d'un livre.

Les reliures d'orfèvrerie, dont plusieurs se sont conservées entières, étaient communes, à cette époque, dans toutes les églises; elles provenaient, en général, de la fabrique de Limoges, ainsi que les reliquaires émaillés. La célèbre Bible dite de Charles le Chauve, à la Bibliothèque impériale, porte une de ces reliures qu'on réservait pour

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les lif res saints : elle est décorée de deux plaques d'ivoire sculpté en haut-rêlief, Tune, entourée de cabochons evales» à encbàssement d'argent; Fautre, encadrée dans an réseau de filigrane el rehaussée de pierres fines. U n'est pas besoin de faire remarquer que les reliures de ce genre, qui ont échappé à la spoliation et au vandalisme, à travers tant de siècles, ne sont pas sans doute les plus riches sous le rapport de la maUcre, ni les plus belles au point de vue de fart. Nous devons, à cette manière de relier les bibles, évangéliaires et missels, la conservation d'une foule de dyptiques en ivoire et de camées antiques^ qui servaient à Tornement de ces couvertures de livres.

Parmi les beaux ouvrages des orfèvres du neuvième siècle, il faut citer ceux que les évê(jues d'Auxerre avaieat fait exécuter pour leur égUse de Sa in t-É tienne. Angelelmus, mort en 828, donne à cette église plusieurs tal^ d'autel, trois couronnes et dix chandeliers en argent, et une grande croix avec l'image du Sauveur en or ; Héribald, son successeur, n'est pas moins libéral que lui; Vala, mort en 889, fait présent de plusieurs vases d'or et d'argent à la cathédrale. C'était une sorte d'émulation chez les évêques, comme cliez les princes, pour accroître les trésors des églises. En 852, l'évêque de Reims, flincniar, fait fabriquer, pour les reliques de saint Rémi, une châsse revêtue de lames d'argent, avec les statues de douze évêques alentour.

A mesure qu'on s'éloigne du siècle de Charlemagne, et que les ténèbres de. la barbarie s'épaississent sur TOccident, la prospérité de rOrfévrerie diminue et l'art tombe en décadence. Les métaux précieux semblent tous les jours disparaître et rentrer dans les profondeurs de la terre. 11 n'y a plus de monnaie d'or en France, et les orfèvres ne travaillent plus que de l'argent et même du cuivre et de l'étain. La main-d'œuvre devient lourde el grossière ; les types n'ont plus ni grandeur ni élégance ; les artistes manquent ou n'ont pas souci de bien faire. On

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ne fond bientôt plus ni or ni argent; on marteile encore quelques minces plaques de métal. Les orfévres ne seront-ils bientôt que des chaudronniers, des merciers et des fourbisseurs? Le monde occident 1 retombe triste* ment dans Tétat saunage, dont le génie civilisateur de Cbarlemagne Tavait tiré ; ce monde, d'ailleurs, frappé dëpouvante, attend sa fin, que Tan iOOO promet d'amener avec lui, sous les auspices de TAntechrist, et au milieu des signes précurseurs qui apparaissent de toutes parts sur la terre et dans le ciel.

Cependant le terrible \oisinage du jugement dernier redouble la ferveur des bons chrétiens : les plus riches et les plus avares donnent à TÉglise tout Tor et tout Fargent qu'ils avaient encore à leur disposition. Cet or et cet argent, sous le marteau et dans le fourneau des orfévres, prennent quelquefois des formes grandioses qui prouveraient que rOrfévrerie survivait presque seule à tous les arts manuels. Il faut citer Tautel d'or, de neuf pieds de longueur, tout couvert de bas-reliefs, que l'évêque d'Auxerre, Sevin ou Seguin, donna, peu d'années avant le millénaire, à sa cathédrale : cet autel, dont l'admirable exécuticm était attribuée à deux chanoines de Sens, Bernelinus et Bernuinus, a subsisté jusqu'en 1760, épocjue à laquelle il fut fondu par ordre de Louis XV, pour subvenir aux frais de la guerre.

11 existe encore deux ou trois autels d^or du neuvième et du dixième siècles; ces autels peuvent nous faire juger des grands travaux de l'orfèvrerie religieuse, qui contrastaient singulièrement avec la misère et la barbarie de la décadence carlovingienne : l'autel d'or ou PalioUo de la basilique ambroisienne de Milan, exécuté en 835 par maître Wolvinius, orfèvre, était évalué à 280,000 florins d'or; l'autel d'or oflert à la cathédrale de Basle par l'empereur Henri II, au commencement du onzième siècle, est un bas-relief travaillé au repoussé par des artistes byzantins, et représentant plusieurs figures d'archanges et de

âOe HISTOIRE DES ARTS

saints autotir du Christ : sa valeur métallique intrinsèque est de douze à quinze mille francs.

Ces parements d*autel en or et en argent, avec émaillures et pierres précieuses, apparaissent assez fréquemment aux aj^roches de Fan 1000, qui faisait affluer dans les mains du clergé les dernières ressources de la fortune publique et privée. On se dépouillait à Tenvi pour gagner des indulgences et arriver, dégagé de toutes les vanités mondaines, au jugement des âmes, L'Orfèvrerie célébrait, pour ainsi dire, les funérailles de la chrétienté.

Mais, dès que Fan 1000 ne pèse plus sur le monde, les offrandes viennent de toutes parts remercier le ciel de n'avoir pas déchaîné Tange extenninateur et FAntedirist. Le roi Robert se distingue par la quantité de présents d'orfèvrerie qu'il fait exécuter pour les églises : il avait à cœur d'apaiser le courroux de la puissance ecclésiastique, qui Tavait excommunié avec sa femme, la reine Berthe. Sa grande dévotion, plutôt que le goût et le sentiment des arts, le portait à employer les orfèvres : il avait Mt venir de Dreux, au monastère de Saint-Pierre-le-Vif, à Sens, un moine, nommé Odoram, qui exécuta pour ce monastère deux châsses en or et en argent rehaussées de pierreries. Ce même moine avait exécuté déjà, pour les diocèses de Normandie, plusieurs autres châsses d'orfèvrerie et un grand crucifix d'or. Le roi Robert donna, en outre, à Saint-Pierre- le- Vif, de Sens, un devant d'autel et des vases sacrés en or et en argent.

La renaissance de l'art, qui commence avec le onzième siècle, et qui se déclare d'abord dans l'architecture, ne tarda pas à se faire sentir dans l'orfèvrerie : on peut même dire que TOrfèvrerie, au onzième siècle, devance les progrès de l'art architectural, et formule ses lois dans le célèbre ouvrage cfe Théophile. Les pièces fabriquées eti ce temps-là, qui sont venues jusqu'à nous, ont pourtant peu d'importance, à Texccption de Ift boite d'or que possède le musée du Louvre. Celte boîle, qui a dû sefvif

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à reofertner un livre de prières, est couTerle d'une feuille d'or, représentant la Grudtîxion, en travail de bossage . (sphyreiaton) : le sujet, placé sous une^ arcade plein cintre, soutenue par des colonnes et encadrée d'émaux doisomiés, offre aux quatre angles les symboles des évan* gélistes. C'est là évidemment un travail français, et sans doute parisien, du onzième siècle.

l'Orfèvrerie, soeur de Tarchitecture et <le la statuaire, aime à ranger sous des arcades ou dans des niches, qui plus tard deviendront ogivales, des figures longues, roides et graves» dont les proportions et les poses accusent un système, particulier à l'art plastique de l'époque : l'orfèvre semble construire en petit, avec des métaux précieux, les monuments que Farcbitecte et le sculpteur construisent en grand avec des pierres ou du bois. Toutes les œuvres des snrtistes sont, à cette époque, comme un hymne perpétuel qui s'élève vers Dieu dans ses temples. Le moine Théof^ile recueillit, pour ainsi dire, les notes gwurses de cet hymne artistique, de ce concert religieux. Ktait^il doitré dans un couvent d'Allemagne, ou d'Italie, ou de France ? La critique la plus investigatrice n'a pas su Je découvrir. On est seulement à peu près d'accord sur fâge de son traité : Diversamim artium schedula (Essai sur divers arts), qui daterait du milieu de ce onzième siècle régénérateur des arts. Théophile était à la fois peintre de manuscrits, peintre verrier et orfèvre émail leur; car son livre, dont nous n'avons peut-être pas la totalité, est consacré à la peinture ou calligraphie, à la verrerie et a i'orfévrerie. Il renferme sur ces trois arts, ou plutôt sur ces trois branches d'un seul art, les renseignements les plus précieux. On comprend que les orfèvres, poui ê*re émailleurs, devaient connaître les iMcocédès de la verrerie et de la peinture.

Théophile, dans soixante-dix-neuf chapitres exclusivement consacrés i l'orfèvrerie religieuse, donne des instructions techniques qui pourraient être suivies encom

tlO HISTOIRE DES A|ITS

aujourd'hui, et qui suffisaient alors pour Texécution des ottTrages les plus usuels, savoir : le grand et le petit calice, la burette et Tenceusoir. Les détails minutieux dans lesquels il entre à Tégard de ces différents ouvrages nous font présumer que te traité qui les contient était surtout desUaé aux moines, et que la plupart des couvents comptaient au nombre des religieux quelques frères spécmlement diargés de fabriquer ou d'entretenir Forfévrerie du culte.

Théophile commence par décrire la febrique {fabrica), qu'il construit large et spacieuse, exposée au midi pour avoir plus de jour; il réserve la moitié de Tédifice pour ie travail de la fusion et pour les ouvrages de cuivjre, à'étain et de j^omb (ce qui montre que Torfévre travaillait tous les métaux fusiÛes) ; il divise en deux la seconde moitié de la maison, Tune pour travailler For, et Tautre, Target. Devant Vouvroir ou fenêtre du rez-de-diaussée, on creuse le sol à deux pieds de profondeur, et Von y fait un plancher de bois, afin de pouvoir recueillir les parcelles d'or et d'argent qui tomberaient de la table devant laquelle l'ouvrier est assis. A la gauche de l'ouvrier, on bâtit le fourneau en argile pétrie avec du fumier de cheval. Les outils nécessaires à l'orfèvre sont les soufBets, les enclumes, les marteaux, les tenailles, les filières, Vorgana" rium ou emporte-pièce, les limes, les fers à creuser, à racler, à graver, à couper, et enfin les moules. Un orfèvre devait fabriquer lui-même ces différents outils.

Théophile enseigne ensuite la manière de faire des creusets pour la fonte de l'or et de l'argent, la manière de nieller ou appliquer le niello, la manière de cuire l'or, de le moudre, de le colorer, de le polir. Il énumère les différentes espèces d'or employées dans la fabrication ; l'or d'Hevilath ou oriental, For d'Arabie, l'or espagnol et l'or de sable. Les noms de ces quatre sortes d'or indiquent leur origine, plus ou moins mêlée de superstition. L'or espa-gnol est, selon Théophile, urt mélange de cuivre rouge, de

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poudre de basilic, de sang humain et de vinaigre! Les Gentils ou Sarrasins ({jeniïWy on Gentilliactis doit son nom sans doute à ces gens-là) étaient fort habiles dans la préparation de cet or, particulièrement propre à tous les ouvrages d'orfèvrerie.

Dans un caveau dallé et revêtu de pierre dure, on enfermait deux cocjs de douze à quinze ans, et on les engraissait dans l'obscurité jusqu'à ce qu'ils finissent par s'accoupler; de cet étrange accouplement, il résultait des œufs qu'on faisait couver par des crapauds; ces œufs produisaient des basilics ou poussins à queues de serpent ; on mettait ces basilics dans des vases d'airain que Ton tenait enfouis en terre pendant six mois ;'après quoi, on plaçait les vases devant un grand feu; on en bropit le contenu, avec un tiers de sang d'homme roux, et l'on détrempait le tout dans du vinaigre ; puis, de ce mélange on enduisait des lames de cuivre que l'on chauffait à blanc, jusqu'à ce que ce cuivre prît le poids et la couleur de l'or. Cette singulière recette nous apprend que Tart de l'orfèvre n'était point exempt de ces bizarres et monstrueuses pratiques empruntées aux sciences occultes et inventées pour frapper Hmagination du vulgaire.

Mais la grande affaire de Théophile est la fabrication des trois pièces indispensables au culte : le calice, la burette et l'encensoir. Il s'étend avec complaisance sur cette fabrication et sur ses accessoires, tels que la soudure de l'or, le polissage des cabochons, la pose des pierres précieuses, la confection des chaînes, la fonte du métal, la dorure et l'argenture, le travail au repoussé, l'estampage, les alliages de métaux, etc.

L'importance que Théophile attadie à la préparation et à l'élaboration du cuivre prouve que la rareté des matières d'or et d'argent avait, en quelque sorte, donné droit d'orfévreiie aux métaux secondaires. Quant à l'opération du niellage, que Théophile décrit avec beaucoup de soin, elle préluda, comme on sait, à la découverte de la gravure et

de l^imiyrimerie, ces deux arts merveilleux auxquels TOrfé- Trerte devait ^nner naissance; on s*étonne seulonent qu'ih ne soient pas sortis plus tôt de TappUcation du niello dans les entailles du métal ciselé, gravé et fouillé au burin.

Ce n*e6t qu'inddemmoit que Théophile parle des dtflé* reiits travaux de Torfévrerie laïque, sans aborder la démonstration technique; il cite seulement les vases d'argent et dV, les coupes, les cassolettes à encens, les manches de couteaux, les reliures de livres, etc.

En résumé, ce traité, écrit ex-professo par un praticien expérimenté et naïf, démontre que TOrfévrerie, au moyen âge, était en rapport avec tous les arts, et que l'orfèvre pouvait être, au besoin, chimiste, métallurgiste, peintre, caHigraphe, poUer, verrier et même organiste. On comps*end ators dans quel but et avec quelle prévoyance un évèque d'Auxerre, Geoffroy de Ghamp-Âleman, sous le règne de Henri I*% troisième roi de la dynastie capétienne, avait fondé dans sa cathédrale trois prébendes pour irob artistes ecclésiastiques, un peintre, un verrier et un orfèvre (aurifabrum mirabilem, pictorem doclum, vitrearium sagacem). Il n'était pas rare, sans doute, de trouver ces trois artistes dans un seul, tel que Théophile.

C'est au onzième siècle que nous voyons TOrfévrerie laïque, entièrement distincte de TOrfévrerie religieuse, prendre corps et occuper une place modeste dans Findustri^ parisienne. Un opuscule, rédigé dans la seconde moitié du quinzième siècle, par Jean de Garlande, qui y passe en revue les différentes industries existant à cette époque dans Paris, nous apprend que les orfèvres de cette ville, déjà réunis en communauté, étaient nombreux, habiles et assez pauvres. Cet opuscule, intitulé Magistri Johannis de Garlandia Dictionnarius, a été plusieurs fois imprimé dans le quindéme siècle. L'auteur était un savant maître es arts de rUniversité de Paris ; il appartenait à la noble famille des Garlande, en Brie. Il suivit en Angleterre GuiHaume

le Conquérant, duc de Normandie, et il revint enseigner la grammaire aux grandes écoles de la rue du Fouare, à Paris^ vers la fin du onzième siècle.^

Voici, dans son Dictionnaire, les passages qui sont relatifs aux orfèvres, et qui font supposer que Torfévrerie laïque tf avait le droit de travailler les métaux précieux que pour certains personnages privilégiés. Cette supposition est d'ailleurs appuyée par Texistence des lois somptuaires qui régissaient les arts et métiers de luxe. Il y avait quatre espèces d'ouvriers en orfèvrerie (ai/ n/oZ^rorum industria) : les monétaires, les fermailleurs, les fabricants de kanaps «1 de vases (cip/iflr^ï), et les orfèvres joailliers proprement dits. Laissons parler Jean de Garlande.

« l' Les moné^ires, qui fabriquent les monnaies, semblent riches ; mais ils ne le sont pas. Les deniers qu'ils fabriquent ne sont point à eux ; on envoie ces deniers au Pont-au-Change, pour qu'ils soient changés par les banquiers et les Lombards, qui spéculent sur les espèces roonnayées; »

Ce passage nous parait indiquer que les monétaires fabriquaient des espèces ayant cours, aux titres et poids de chaque sorte de monnaie, pour quiconque leur remettait de l'or et de l'argent à travailler.

• 2" Les fermaiUeurs offrent des fermoirs grands et petits, de plomb et d'étain, de fer et de cuivre. Ils font aussi de beaux colliers et des grelots sonores. »

La fabrication des grelots était assez considérable, surtout en Allemagne, pour former la principale industrie de certaines villes. Mais on ne fabriquait pas en France, comme dans les villes germaniques, des grelots d'or et d'argent destinés à orner les habits de cérémonie des princes et des seigneurs.

• 3* Les artisans qu'on appelle cipharii (hanapiers) décorent les vases de lames d'or et d'argent, et montent les coupes sur des^ieds; ils les entourent de cercles pour les rendre plus belles, plus solides et plus durables. »

Jean de Garlande cite ailleurs des réparateurs ou raccommodeurs de hanaps, qui criaient dans les rues: « Raccommoder vos hanaps avec du fil de laiton et d^argent! i Ils raccommodaient aussi les vases à boire en bois de différentes sortes. Quant aux monteurs de coupes ou hanaps de verre, de cristal, d'ivoire, de jaspe ou d'autre matière, ils ne fabriquaient que des montures plus ou moins ridies en métal.

À* M Les orfèvres se tiennent assis devant leurs fourneaux et leurs tables sur le Grand-Pont; ils fabriquent des hanaps, des fermails, des colliers, des épingles, des agrafes, en or et en argent; ils préparent, pour les mneaux, des turquoises, des rubis, des saphirs et des émeraudes. Le métier de ces orfèvres consiste à battre, avec de petits marteaux, sur Tenclume, des lames d'or et d'argent, et à enchâsser les pierres précieuses dans les chatons des bagues à l'usage des barons et dés nobles dames. »

Nous ne retrouvons pas dans ces diverses industries métalliques l'art limousin ou de Fèmailleur (opu$ de Limoigia, opus lemoviticum), que saint Éloi avait importé de Limoges à Paris. Il faudra attendre deux siè* clés pour revoir un émailleur dans la capitale, ce qui fait supposer que rémaillerie était dès lors tout à fait distincte de rorfévrerie. C'est à Limoges qu'on trouve, dès le douzième siècle, l'émaillerie tellement florissante» ^'elle avait absorbé à son profit la vieille ren<MnBiée des èmailleurs de Conslantinople, et que les fabrifoes byzantines s'étaient fermées, faute de pouvoir lutter avec celles du Limousin. Cependant on ignore les noms de ces èmailleurs de Limoges, qui enrichissaient de leurs œuvres presque toutes les églises de l'Europe; on cite seulement Wilelmus, qui décora la crosse épiscopale de Ragenfroi, évêque de Chartres, mort en 960, et Claudius Alpais, connu au treizième siècle par quelques grands travaux d'éniaillerie. On peut dire que l'école de saint Éloi se

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perpétuait religieusement» comme un sacerdoiM^» dans sa ?ille natale.

Les orfèvres de Paris avaient alors leurs forges, boutiques ou fenêtres sur le Grand-Pont ou pont au Change, en concurrence avec les changeurs, la plupart Lombards et Italiens. Dès cette époque, sans doute, ces deux corps d'état avaient vu commencer celte rivahté qui les divisa sans cesse, chacun d eux essayant tour à tour d'empiéter sur Jes privil^es de Tautre. L'occupation du pont au Change était aussi pour les orfèvres et les changeurs un continuel motif de jalousie. De là, bien des discordes, bien des intrigues, bien des procès.

Au onzième siècle, lorsque le pont au Change, si souvent renversé par les glaces et les débordement^, mais' toujours promptement rétabli en pierre ou en bois avec les maisons qui étaient dessus, ne rapportait au roi que vingt sous de redevance annuelle, les bourreliers disputaient encore la place aux changeurs et aux orfèvres : ils déménagèrent enfin, île gré ou de force, et les orfèvres s'emparèrent d'un côté du pont, tandis que les changeurs se retrandiaient de l'autre côté ; ils restèrent ainsi en présence, comme deux armées en bataille, pendant plusieurs siècles. Un changeur, sous peine d'amende, ne pouvait vendre, en gros (m en détail, de l'orfèvrerie fabriquée, neuve ou vieille ; l'orfèvre, sous peine d'amende, ne pouvait faire acte de changeur. On poursuivait d'autant plus rigoureusement les infractions à ces règles de police, qu'orfèvres et changeurs s'observaient et se dénonçaient mutuellement.

Les orfèvres avaient complètement déserté la rue de la Clievaterie ou Cavalerie, où saint Éloi les avait appelés sous le patronage de saint Martial de Limoges. Cette rue, par corruption de nom, était devenue la rue de la Savaterie ; et les savetiers, que ce nom attirait, y avaient apporté leur industrie, qui n'a pas Ijesoin de soleil. On sera moins surpris de l'invasion des savetiers dans la Chevatene,

en sachant que l'égiise Safnt-Martial, qui conservait beaucoup de reliques de saint Éioi et de sainte Aure, offrait surtout à la curiosité et à la Ténération ôts fidèles un soulier du saint, enfermé dans une petite diâsse de fer au<<lessous d'une image de ce grand orfèvre. Le soulier fut un jour dérobé par un habitant du quartier, qut espérait y trouver de Tor et des pierreries, mais qui le rapporta au sacristain, en voyant que cette relique n'avait aucune valeur intrinsèque. Au reste, cette église Saint-Martial n'avait pas cessé d'être la paroisse des orfèvres, qui n'eurent uoe une chapelle particulière qu'au treizième siècle.

A saint Martial, leur ancien patron, les orfèvres en avaient ajouté un nouveau, qui fut bientôt le seul, du' raoinA Paris et dans le nord de la France. Les miracles de saint £loi s'étaient répandus partout avec ses reliques, avec sa légende, avec son école d'orfèvrerie. Son corps avait été transporté de l'élise Saint-Loup dans la cathédrale de Noyon, pour qu'il fût nu)ins exposé aux outrages des impies et des voleurs. En 1157, on ouvrit solennellement la châsse qui le contenait, et on le mit dans une châsse plus riche et plus ornée ; plusieurs églises reçurent alors quelques-uns de ses ossements : à Saint-Sauveur de Bruges, on se vantait de posséder ses deux bras, outre d'autres ossements, des parcelles de son sang et de la poussière de ses habits: à Saint-Pierre de Douai, une partie d'un bras dans un bras d'argent parsemé de fleurs de lis; à Saint-Martin de Tournay, à la Chartreuse de Rethel (près de Sierck en Allemagne), à Saint- Wast d'Arras, divers fragments; à l'abbaye de Denain, près de Valenciennés, une phalange d'im de ^es doigts ; à l'abbaye de Chelles , son chef dans un buste d'argent ; à l'abbaye Saint-Éloi, anciennement Saint-Loup, près de Noyon, des cheveux et de la barbe dans une boite de cristal à huit pans garnis de cuivi^ doré.

Les reliques d'une autre nature n'étaient ni moins nomebruses ni moins vénérées : sa mitre et sa gibecière, son

ORFEVRERIE FRANÇAISE 2i7

euchime et son marteau, ses crosses, son calice, un de ses tes et un de ses souliers, se trouvaient dans le trésor de celte abbaye Saint-Éloi, qui avait possédé sa sépulture pendant un siècle ; ses habits, ses ornements pontificaux, aiTaient été partagés entre la cathédrale de Noyon et Saint- Martial de Taris. Un si grand nombre de reliques atteste la dévotion qu'on avait partout à Tcgard du patron des or- .févres.

On célébrait sa fête avec beaucoup da pompe, le i" dé* cemlH'e ; celle de la translation de son corps avait lieu le 25 juin. Les offices de ces deux fêtes, qui remontent au onzième et au douzième siècle, racontent, dans leurs leçons, en fort bon latin, la vie de saint Ëloi, d'après son biographe et son ami sahit Ouen. Le second de ces offices comprend trois belles hymnes, pour vêpres, matines et laudes. Nous pensons que ces hymnes, en vers latins rimes, doivent être recueillies comme des monuments qui intéressent Thistoire de TOrfévrerie. Voici la premièri', avec une traduction littérale, où l'on chercherait en vain 1 élégance de Toriginal.

Uviim patrem Eligium Noire saint père Éloi, choisi par la

Eleaum Dei gratiâ grâce de Dieu, préseule au monde

Mnndo reddit eximinm les exemples admirables de ses vcr-

Meritorum insignia. lus.

Oriaudus Lemovids, Né à Limoges, s*adonnanl à son

Agens fabriess sludium, art ave<; zèle, il surpasse le génie et

Omnem vieil aurifids la main-d'œuvre de loua les or-

Sculpturam et ingenium. févres.

Hic in arte mirificâ * Éloi, dans son art merveilbui,

Fabrum contemplans omnium contemplant V Artisan de toutes cho-

Berum,.videl in fabricft ses, voit dans sts ouvrages Tcm-

TriniUlis vestigium. preinle de la Trinité

Opus naturae superal, H surpasse l'œuvre de la nature

Ter artis pulchritudinem : par la beauté de son art ; il considère

In utrâque considérai dans l'un et l'autre la forme, la raé-

Spedero, modum, ordineiu. thode et Tordre.

Lemoviconim civitas Tunlo fulgct aurifice ; Noviorooruni dignitas T«Dti paMorit apiœ.

Tu m Tas régi Clotbario El aari maasâ ftbrieat, Aurum in labri studio Sumnius Faber raultiplical.

Faber et Fabri iilius, Fabrum creans Eligium, Nobis adsit proprtios Pcr hujus Fabri studiuin.

Amen.

La cité de Limoges brille de l'é« clal d*un«i grand orfèvre; le diocèse de Noyoa, d*un si grand évêqae.

^uand, pour le roi CloUiire, il &• brique uu vase avec un moroeaa d'or, rOuvrier céleste; en fiàveur de l*ailisan, multiplie le métal.

Que cet Ouvrier céleste et soa divin FilSf qui ont créé Tartisao Éloi, nous soient propices pour rainoor de ce saint orrévre.

Ain^i soit-il.

Voici maintenant la seconde hymne, qui se chantail à matines avec cet admirable plain-chant que la musique d'Église moderne n'a pas égalé.

De fabri ministerio Assumptus in pontiHcem, Pastoris in offîcio Renova vit aurificem.

Verbo polens in opère, Christi servire nomini Novo vasorum génère Exomat temphim Domini.

Uanum misit ad malleum, Verbum exemplis astruens, Sic vas format idoneum, Verbum vitâ non destruens.

Malleus verbi ratio, Fumax zeli coustantia, Foilis est respiratio, Incus obedienlia.

Sic faber in pontificem, In monlem crevit atomus ; Lemovices aurificem, Patrem jactat ^oviomus.

De la condition de Touvrier, élevé k celle d'évôque, Eloi, dans sa charge de pasteur, a purifié Torfévre.

Puissant par la parole, servant par ses œuvres le nom du Christ, d'un nouveau genre de vases il orne le lemple du Seigneur.

Il prend en main le marteau, fondant sa parole sur ses exemples : c'est ainsi qu'il forme un vase d'honneur, en ne détniisant pas sa parole par sa vie.

Son marteau est l'autorité de la parole; son fourneau, la coasttoce du zèle; son soufflet, l'inspiralion; son enclume, l'obéissance.

' Ainsi l'ouvrier (ait un pontife; !'> tome, une montagne. Limoges esalle ' sou oifévre ; ^oyon, son père.

Ces hynuies s'étaient perpétuées dans la mémoire des

OllFÉYRERIE FRANÇAISE 249

orfèvres, et on les disait encose aux offices du sain!, il y a soixante ans ; mais, comme le latin n'était plus familier à tous les orfèvres, à la fin du seizième siècle, Sébastien Bottillard avait fait une hymne française qui sembla trop solennelle à quelque plaisant et qui fut travestie dans la dwnsonpoïmlaire du RoiDagobert, H suffit de citer trois strq[)hes de Tœuvre pindarique ou plutôt ronsardique de Rouillard.

FtudroH une lyre dorée Qui eusl sa tablette azurée; Sur icelle des iils d'argent; Son dos couvert d'orfavrerie, Chaque cheville en pieireiie, El Tai-chet de mesine entregent.

sainct Éloy, prélat insigne !

Pour te chanter un los condigue Aux mérites de tes vertus :

Toi dont VÉglrse a tant de gages, Et qui admire tes ouvrages D'or et de perles reveslu»^

Soubs Dagoberl fut ta naissance ; Ton premier art eut la puiss^ance Sur les plus riches des métaux :

Après les châsses et les lames, Tu vins à régner sur les âmes Des plus nobles des animaux.

Les honneurs rendus à saint Éloi et à ses reliques, la pompe de ses fêtes, les grandes fondations faites en son honneur, Tadmiration inspirée par ses ouvrages, et le respect conservé aux traditions de son école artistique, ne laissent pas de doute sur la renaissance de Torfévrerie gemmée au douzième siècle.

Le grand Suger, abbé de Saint-Denis, et ministre de Louis VI, eut une large part, jsans doute, aux progrès d'un art qu'il aimait, et dans lequel il avait des connaissances spéciales. 11 se proposait toujours pour modèles les beaux ouvrages de saint Éloi, surtout le célèbre crucifix d'or

qu'il avait sous les yeux dans sa basilique de Saint-Denb, ainsi quei autel d'or donné par Charles le ('hauve à celle basilique. Il fit faire» non-seulement un retable en or incrusté de pierreries, des candélabres ii'or du poids de vingt marcs, mais encore un nouveau crucifix d'or pesant quatre-vingts m rcs de For le plus pur (de auro obrm), toat flamboyant d'émaux et de pierres précieuses. Des ouvriers lorrains, au nombre de cinq et de sept, alternativement} travaillèrent deux ans à ce chef-d'œuvre ; mais les gemmes allaient manquer, et Suger commençait à craindre de ne pouvoir achever le travail d'incrustation, lorsque trois moines se présentèrent pour lui vendre une quantité de pierres magnifiques, qui avaient fait, naguère, l'ornement des ^-ases de table provenant d'Henri 1", roi d'Angleterre, et que Thibaut, comte de Champagne, neveu de ce roi, avait donnés à divers couvents pour acheter des indulgences et des prières. Suger, moyennant quatre cents livres, obtint ces pierreries, qui valaient des sommes inunenses. On croit que le crucifix, qui en était décoré, fut fondu par les ligueurs, en 1590.

Le sanctuaire et le trésor de Saint- Denis réunissaient de prodigieuses richesses en orfèvrerie religieuse. Ce sanctuaire, qui était tout d'or, suivant l'expression de Suger, fut prot^é contre les voleurs par cette inscription gravée à gauche de Taulel :

Si quis pncdarum spoliavcril impius aram, i£que damoalus pcrcat Judas socialus.

C'est-à-dire : t Si quelque impie osait dépouiller cet autel éclatant d'or, qu'il i>érisse justement et soit damné comme Judas son compagnon. »

Le trésor que les ligueurs de 1590 et les iconoclastes de 1793 ont réduit à quelques' pièces, conservées maintenant au musée du Louvre et au cabinet des Antiques de la Bibliotlièque Impériale, comprenait de remarquables échan-

ORFÈVRERIE FRANÇAISE 2Ci

tillonsde l'orfèvrerie historique, à commencer. par le service d'autel et divers objets apocryphes, qu'on prétendait avoir été à lusage de saint Denis, tels que son anneau et son bâton pastoral, couvert d'or, de perles et d'émaux. A côté du bâton royal ou sceptre de Dagobert, et de Faigle d'or avec saphir et pierreries, ayant servi d'agrafe à son manteau, on voyait les dons de Cfaarlemagne, son e^rin ou oratoire, petit monument à trois rangs d'arcades, rehaussé d'or et de gemmes, et surmonté d'un camée antique ; sa couronne (peu authentique), enrichie de saphirs, de rubis et d'émeraudes ; son sceptre d'or, long de six pieds ; sonépée et ses éperons d'or. Il y avait des diâsses, des croix, des calices d'orfèvrerie gemmée et émaillée, que l'abbaye tenait de la munificence de Charles le Chauve, ainsi que le merveilleux hanap, en agate orientale, dit vase de Ptolémée, ce célèbre camée antique qui est venu jusqu'à nous avec sa monture du neuvième siècle.

Louis VU, d'après l'exemple et Içs conseils de Suger, ne voulut pas pester en arrière de la générosité de ses prédécesseurs : il donna au trésor-de Saint-Denis plusieurs vases et reliquaires dont le travail était encore plus précieux qne la matière, et qui offraient, la plupart, des pierres antiques mises en œuvre par des orfèvres contemporains. Suger avait trop de goût et de zèle, pour ne pas chercher à égaler les dons royaux par ceux qu'il fit à son église. Nous possédons encore son grand calice et sa patène : ce calice, orné de topazes et d'améthystes, pesant cent quarante onces d'or ; la patène, en serpentine, avec dauphins dor au centre et pierreries au pourtour. On ne sait ce que sont devenus un vase en cristal de roche, un autre en béril taillé à pointe de diamant, un autre de sardoine, montes en or et rehaussés de pierres dures.

Ces renseignements, que Suger nous fournit lui-même dans sa chronique, suffisent pour faire connaître la splendeur de VOi'févrerie à cette époque. Les croisades eurent certainement beaucoup d'influence sur cet art,, qui, en

voyant venir d'Orient tant d'ouvrages précieux, s'effiwça de les imiter et de les surpasser. L'Orfèvrerie marchait toujours, d'ailleurs, comme nous l'avons dit, d'intelligence avec l'architecture; et, quand celle-ci, abandonnant le slyle roman pour le style gothique, déploya toutes les richesses^ toutes les merveilles d'ornementation qu'elle avait em* pruntées à l'art sarrasin, TOrfévrerie s'élança en flèches^ en ogives, s'enroula en colonnettes et en fuseaux, se hérissa en arêtes et en chicorées, se multiplia en chapiteaux et en figurines, se diapra d'émaux et de genuiaes, comme une chapelle svelte et hardie, éblouissante de dorures, de peintures et de vitraux. '

Telles furent alors les châsses et les reliquaires, dont les modèles auraient pu être exécutés en pierre aussi bien qu'en or ; c'était toujours la Sainte-Chapelle de saint Louis, c'étaient toujours des motifs d'architecture gothique, qae les artistes cherchaient à reproduire, non-seulement dans l'orfèvrerie d'%lise, mais encore dans l'orfèvrerie de table ou de cérémonial. L'ogive avait remplacé le plein cintre, môme dans les formes d'un vase à boire, d'un coffret, d'une salière, d'un drageoir. Le monument, de sévère et massif qu'il était, devenait capricieux et léger; les ouvrages en métal précieux, fabriqués au marteau ou fouillés au burin, ne pouvaient pas avoir un caractère moins élégant ni ptes lourd que ceux qu'on élevait en pierre de liais et qu'en travaillait au ciseau, ainsi que des dentelles à jour.

L'orfèvrerie en filigrane, que les Orientaux et surtout les Arabes savaient exécuter avec tant de délicatesse, fit alors invasion en France et fut accueillie avec faveur; mais elle s'associa aux dilférents genres d'orfèvrerie qu'on a nommée, à juste titre, monumentale, et qui se consacrait spécialement à la fabrication des grandes pièces d'ameublements religieux. Le filigrane n'eut pourtant pas, à Limoges et à Paris, la même perfection ni la même vogue qua Grenade, à Séville, à Florence et à Venise.

Les pièces remarquables d'orfèvrerie du douzième siédc

ORFEVRERIE FRANÇAISE S25

sont plus rares en France qu'en Allemagne et en Italie, où Ton a moins fondu et mieux conservé. Nous devons envier le grand calice de Tabbaye de Weingarlein, en Souabe, exécuté et signé par maître Conrad de Uusse ; la belle croix ènridiie de pierres fines, et une autre croix niellée, à Ratisbonne; le magnifique calice de Mayence; la châsse de Notre-Dame, donnée par Frédéric Barberousse à la cathédrale de Cologne ; la châsse des Trois Rois, à Cologne; Fautel portatif ^fi or, dans la chapelle du roi, à Munich ; le Êuneux encensoir en forme de chapelle circulaire, au Vatican, et tant d'autres chefs-d'œuvre d artistes inconnus, encore existant dans les ti'ésors des églises et des couvents d'Italie. On comprend que les dons d'orfèvrerie religieuse devaient afflua de tous cètés à Rome, dans les lieux saints où Ton gagnait des Indulgences, comme dans le palais des papes, qui en vendaient. Chaque jubilé faisait travailler tous tes orfèvres de la chrétienté pendant dix ans.

Nous citerons, parmi les œuvres capitales qui représentent l'état de TOrfévrerie française au douzième siècle, le tombeau de Henri le Large, comte de Champagne, mort en 1180, tombeau en argent massif, à jour, et percé d'areades romaines, au milieu desquelles se trouvait la statue du conate, en argent (ce tombeau a été fondu par la Révolution, mais le dessin en existe) ; la châsse dite de Charlemagne, au Musée du Louvre ; le triptyque émaillé, représentant le Crucifiement, l'Ascension et la Pentecôte, dans la cathédrale de Chartres ; la grande croix d'or» dite de saint Louis, avec une vue de Jérusalem, dans le trésor de l'abbaye de Saint-Denis, etc.

Le treizième siècle, qui -continua le mouvement artistique du siècle précédent, a laissé le souvenir de quelques splendides ouvrages d'orfèvrerie, qui pesaient trop pour n'être pas envoyés, de 1 590 à 1792, à la fonderie royale ou révolutionnaire. On avait d'ailleurs l'excuse de trouver fort laid ce que nous trouvons fort beau maintenant, et Ton faisait le procès au mauvais goût de nos pères en le

S24 HISTOIRE DES AUTS

mettant hors la loi. Le plus célèbre de ces chefe-cTœiivre sacrifiés sur l'autel de la patrie est la châsse de sainte Ge> ncTière, exécutée, de 1240 à 1242/ par un orfèvre parisien» nommé Bonnard» qui y employa cent quatre-Tingttreize marcs d argent et sept marcs et demi d'or : c'était une petite église d'or et d'argent, toute rehaussée de relidis et toute garnie de statuettes. Nous avons encore, de la même époque et du même style ogival, la châsse de saint Taurin, en argent doré, à Évreux. Celle de saint Romain, à Rouen, est moins ancienne. Les trésors des églises de Reims, de Chartres, de Troyes, de Toulouse et d'autres villes, oon^ servent aussi quelques pièces remarqual^es des douzième et treizième siècles. Le trésor de la cathé(kale de Reims, principalement, et celui de la cathédrale de Saint-Denis, ont rassemblé d'importants débris de notre vieille orfe\Terie nationale. Quant à la châsse de sainte Calmine, qui a passé d'une église d'Auvergne dans le cabinet d'un amateur, elle est le type du grand art limousin ou byzantin, que n'avait presque pas modifié, au treizième âède, le contact de l'art ogival et gothique, florissant à Paris et dans le nord de la France. C'est un sarco{diaRe de st)ie roman, en argent doré et émaillé, dont les bas-reliels représentent les actes du saint et de sa femme, sainte Calmine.

Le treizième siècle, qui réglementa les corporations (iarls et métiers, en donnant à leurs statuts une existence légale et authentique, n'oublia pas les orfèvres, pour lesquels celte constitution municipale était plus nécessaire que pour toute autre industrie. Beaucoup de fraudes, en effet, s'étaient introduites dans l'Orfèvrerie parisienne; on se servait d'or de Lucques plutôt que d'or de Chypre, parce que l'un avait moins de valeur que l'autre, et pourtant la France était réputée avoir l'étalon d'or le plus pur, comme l'Angleterre avait Tèlalon modèle en argent. On adultérait les métaux par des alliages et des compositions maîhoniu les ; on dorait et on argentait des objets en lai-

ORFÊYRËEIË FRANÇAISE ^35

Ion et en élain, que Ton vendait effrontément au titre de For ou de l'argent ; on se contentait même de colorer et de polir du cuivre travaillé au marteau ou estampé, le commerce des pierreries précieuses, livré presque exclusivement à des Juife, était encore plus difficile à surveiller et à préserver de toutes sortes de fraudes. Ces pierres venaient la plupart de FOrient; ce qui les avait fait appeler orientales ; mais, pour abréger le chemin, on les lirait de Paris même, où on les fabriquait avec des pâles et des verres colorés.

(Tétait donc de rorfévrerie-joaillerie que le prévôt de Paris, Etienne Boileau, pouvait dire avec raison que les mardiands avaient vendu à des étrangers t aucunes choses de leur mestier qui n'estoient pas si bonnes ne si loiaus qu'elles deussent. » Les règlements des orfèvres forment le titre X! du célèbre Livre des Métiers, que ce sage magistrat rédigea lui-même, pendant qu'il occupait la charge de prévôt de Paris, de Tannée 1258 à Tannée 1269. Ces règlements furent, cowmie les autres, dictés au clerc du Chàtelet par les maîtres jurés ou prud'hommes de la corporation qui existait depuis plusieurs siècles, comme nous Tavons dit, et dont les statuts ou coutumes n'avaient jamais été écrits, quoiqu'ils fussent transmis de père en lils par une fidèle tradition.

Voici le texte original de ces statuts, dans la vieille langue du temps de saint Louis ; nous croyons qu'il faut les citer comme un monument d'autant plus vénérable de l'histoire de TOrfévrerie, que les dispositions de Tordonnance sont bien antérieures à sa rédaction. Une traduction lillérale est néanmoins nécessaire pour rendre ce document intelligible à tout le monde.

11 651 à Paris orfèvres qui veut Ebt orfèvre qui veut à Paris el

et qui faire le set, pour qu'il œvre qui sait son métier, pourvu qu'il

ad us et as couslumes du mestier, travaille selon les us et coutume»

qui tex sunt : du métier, qui sont tels :

Nus orfèvres ne pur.t ouvrer d'or Kul orfèvre ne peut k Paris Ira-

byL^oogle

à Paris, qu'il ne soit à la toodie de Paris ou mieudres, laquelc toudie passe toaz les ors de quoi on (Bvre en noie terre.

Kus orferres ne puet ouvrer à Paris d'argent que il ue soit ausi bons coine estclins ou mieudres.

Nus orfèvres ne puet avoir que un aprenti estrange; mes de son lignage ou du lignage de sa fume, soit de loing, soit de près, en puetil avoir taut comme it li plaist.

Nus orfèvres ne puet avoir aprcn^ Us privez ne estrange, à mains de X ans, se li aprentis n*cst le\ qu'il sache gaignier cent sols Tan et son despens de boivre et de mangier.

Nus orfèvres ne puet ouvrer de nuit, si ce n*est à l'euvre lou lloy, la Roine, leur anfans, leur frères etrévesquedeParis.

Nus orfèvres ne doit paiage ne coustume nule de chose qu'il achate ne vende apartenant à leur mestier.

Nus oi-fevres ne puet ouvrir sa forge au jour d'apostole, se ele n'eschiet au samedi, fors que un ouvre ir que cliascun ouvre à son tour à ces festes et au diemenclie; et quanques cil gaigne qui Touvroir a ouvert, il le met en la boiste de la confrairie des orfèvres, en laquele boiste en met les deniers Dieu que li orfèvre font des choses que il vendent ou achètent apartenans à leur mestier, et de tout l'argent de celle boiste donne-on citasciin an le jor de Pasques un dioor as povi-es de l'Ostel-Dicu de Paris.

Tous ces eslablisseniens devaht

vailler de Tor qui ne soit à Télalon de Paris ou meilleur, lequd étalon surpasse tous les ors qu'on travaille dans tous les pays du monde.

Nul orfèvre ue peut à Paris tra* vailier de l'argent qui nesoitaus'i bon que celui des eslerlins (tfAffgleterre) ou meilleur.

Nul orfèvre ne peut avoir qu'on apprenti étranger; mais, de sa farmille ou de celle de sa femme, à quelque degré de parenté que ce soit, il peut en avoir autant qu'il lui plaît.

Nul oi-févre ne peut avoir apprenti étranger ou de sa ËuniUe pour moins de dix ans, si cet apprenti n'est pas capable de gagner cent sols par an et la dépense de sa nourriture.

Nul orfèvre ne peut travailler la nuit, si ce n'est aux ouvrages commandés par le roi, la reine, leurs enfants, leurs frères et l'éFéque de Paris.,

Nul orfèvre ne doit péage ai aucun droit sur tout ce qu'il achète ou vend appartenant à sou métier.

Nul orfèvre ne peut ouvrir sa forge le jour de la fête d'un des douze apôtres, si cette fête bc tombe pus le samedi, à l'exception ^c la boutique que chacun ouvre à son tour, ces fêtes-là et le dir manche ; et tout ce que gagne oekii qui a boutique ouverte ces jourslà, il le met dans le tronc de la confrérie des orfèvres, dans lequel tronc on met les aumônes que font les orfèvres, à mesure qu'ils vendent ou achèient des marehaodises de leur métier; et, avec l'argent que renferme ce tronc, cba^ que année, le jour de Pâques, on donne à dîner aux pauvres de l'Hôtel-Dieu de Paris.

Les orfèvres ont juré de tenir et

àiz ont juré H orfèvre à tenir et à garder bien et loiaument, et se estranges orfèvres vient à Paris, il jure à tenir touz ces esiablissemeoâ.

Li orfèvre de Paris sont quite J« gueit, mes il doivent les autres redevances que li autres -Ijourgois doivent au roy.

El est à savoir que li preudome du meslier eslisent II preudesho^ mes ou lll pour garder le mestier, liquel preudhorae jurent que il garderont le meslier bien et loiaument as us et as coustumes devant diz, et quand cil preudome ont fine leur service, li communs du mestier ne les pueent mes reraetre à garder le mestier devant 111 ans, se il n'i voclent entrer de learbone volenté.

El se li 111 preudome trouvent un nome de leur mestier qui ovre de mauves or ou de mauves argent, et il ne s'en voille chatoier, li III preudome amefnent celui au prevost de Paris, et li prevoz le punist « qn il le banlst à IV anz ou à VI, selon ce qu'il a desservi.

garder bien et loyalement tous les règlements susdits; et, si quelque orfëvre étranger vient à Paris, il jure aussi de tenir tous ces rèdemeuts.

Les orfèvres de Paris sont quilles du guet, mais ils doivent les autres redevances que les autres boui-geois doivent au roi.

Et il est à savoir que les anciens du métiers élisent deux ou irois anciens pour la garde du métier, lesquels maîtres jurent qu'ils ^'arderont le métier bien et loyalement selon les us et coutumes devant dits ; et quand ces anciens ont fini leur service, les maîtres du métier ne peuvent pas les contraindre à garder le métier avant trois ans, à moins qu'ils ne veuillent de bonne volonté aaepter cette charge.

Et si les Irois anciens trouvent un homme de leur métier qui travaille de mauvais or ou de mauvais argent, et qui ne veuille pas samender, les trois anciens amènent cet homme devant le prévôt de Paris, et le prévôt le punit en le bannissant pour qqatre ou 6ix ans, suivant ce qu'il a mérité.

Ces Statuts réglementaires, qui n'entrent dans aucun aetail sur la fabrication des ouvrages d'or et d'argent, devaient servir sans doute de corollaire à une autre ordonnance plus explicite qui ne nous est pas pan mue. Cette supposition est d'autant plus vraisemblable, que, dans les registres du Châtelet, qui servaient à la rédaction uniforme faite par Etienne Boileau, lesdits statuts ne sont pas suivis de rénumération des maîtres de la corporation, comparaissant pour déclarer, sur la foi du serment, les us et coutumes des orfèvres. A défaut du titre primordial de ja corporation, nous voyons, par les statuts de 1260, que les orfèvres avaient dès lors une administration régulière

et une sorte de juridiction intérieure, avec des priiiléges et des droits reconnus.

Ce furent ces droits et ces prinléges que confirmèrcnl solennellement tous les rois depuis saint Louis. Ainsi, les orfèvres étaient exempts du guet et de divers impôts; leurs trois prud'hommes ou anciens exerçaient une poli* sur tout le corps de métier, sur la qualité des matières à ouvrer (travailler) et sur les ouvrages des COTifrères. h corporation avait une caisse et une cotisation pour les aumônes à distribuer dans la confrérie. Enfin, du prévôt de Paris relevait en dernier ressort la juridiction des anciens, qui étaient désignés par l'élection libre, à laquelle concouraient tous les maîtres orfèvres.

Ce fut à cette époque que la corporation des orfèvres <ie Paris fit graver un sceau qu'on apposa dès lors aux actes émanés de la maison commune de lOrfévrme et conca"nant le métier, ses travaux, son commerce, ses œuvres de cliarité, etc. Car la corporation s'occupait de choses pieuses, d'aumônes ou de bienfaisance ; elle s'intitulait Confrérie de Saint'Éloi ou Communauté du métier. Le sceau des orfèvres, qui se trouve annexé à quelques anciennes chartes, est èvidenunent du temps de saint Louis, et il a tous les caractères de la monnaie de ce règne. Il est rond et représente saint Éloi„ debout, en habits pontificanï, dans une niche fleurdelisée, entre deux fenêtres gothiques. Le saint a la mitre sur la tête, un marteau dans la naain droite, une crosse dans la gauche. La légende qui entoure le sceau porte en lettres unciales : S, (sigillum) confrarib s. (sancli) eligii aurifabrorum, ce qui signifie : « Sceau de la confrcjie des orfèvres de saint Éloi. »

On peut affirmer que le type de ce sceau avait été reproduit sur des mcreaux ou jetons de cuivre, ou d'or ou d'argent, qui servaient à compter, dans radrainistralion de la communauté, et qui étaient aussi des indemnités de présence accordées aux assistants dans les réunions générales des orfèvres. Nous ne croyons pas que la numismaù-

que française ait découvert encore aucun de ces jetons ou monnaies de compte, particuliers à chaque corporation ou communauté.

Ce qui nous frappe dans ces statuts de 1260, c*est que les orfèvres se séparent irrévocablement des différents mé- •^iers qui avaient auparavant fait confusion avec le leur : tels que les fermailleurs, les hanapiers, les monétaires, eîc. Il n'est pas question même de ces derniers dans le Livre des Mélien d'Etienne Boileau, parce que le roi les avait dès l(»*s mis sous sa main en créant une Cour des monnaies. Mais il est question de beaucoup d'industries qui travailhient les métaux, de la même manière que les orfèvres, et qui n'avaient pas le droit d'employer l'or ni l'argent. Le cuivre, le laiton, l'étain, Tarchal et le plomb étaient livrés sans contrôle à la main-d'œuvre des potiers, des ouvriers d'étain (faiseurs de miroirs, de fermaux, de sonnette», etc.), des grossiers (taillandiers), des couteliers (faiseurs de manches) , des boîtiers (faiseurs d'écrins, de coffrets, etc.), des batteurs d'archal (falnricants d'cripeau), des boucliers (faiseurs de boucles), des patenôtriers subalternes, des fondeurs et moleurs (oiivriers en cuivre), des fermaillers (faiseurs de fermoirs à livres), etc.

Les wfévres avaient un rapport plus direct avec d'autres métiers qui travaillaient aussi l'or, largent et les pierres précieuses ; mais ils n'en étaient pas moins séparés par leurs statuts, comme par leurs travaux. Étienn'i Boileau avait cru bien faire en augmentant le nombre des corporations par la division des différentes branches de métiers : il donnait ainsi plus de garantie à la surveillance et à la bonne direction de chaque confrérie ; et il excitait à la fois l'émulation des confrères, qu'il unissait par des liens plus étroits de fraternité. Les orfèvres ne s'étaient donc pas opposés à ce qu'on réglementât, en dehors de leur corporation, les industries des cristalliers ou lapidaires, des batteurs d or et d'argent en feuilles et en fils, des brodeurs, des feseresses de chapeaux d'orfrois (ouvrières en

coifRires d*Orfévrerie), et des patenôtriers en pierres précieuses. Chacune de ces diverses industries demandait des connaissances et une pratique, qui ne tenaient qu'indirectement à l'art de TOrfévrerie ou qui lui étaient tout à fait subordonnées.

Les statuts des batteurs d'or et d'argent, qui avaient aussi deux prud'hommes jurés et assermentés de par le roi, que le prévôt de Paris nommait ou cassait à sa volonté, nous apprennent que les matières d*or et d'argent commençaient à être plus abondantes en France, quoique les croisades et la rançon de saint Louis eussent fait sortir du royaume une énorme quantité de numéraire, Il est vrai que Taltération de ces matières était plus fréquente aussi, et que les faux monnayeurs, malgré la peine terrible qu'on leur faisait subir (on les jetait dans l'huile bouillante, on les enterrait vivants), se multipliaient d'une manière extraordinaire. Les rois succeslseurs de saint Louis s'attribuaient, d'ailleurs, en quelque sorte, le privilège de la fausse monnaie, en changeant sans cesse le poids, le titre et la valeur des pièces en circulation. Dans cet état de choses, les orfèvres devaient redoubler de vigilance pour maintenir leur antique réputation de probité et pour empêcher le discrédit de la monnaie royale de s'étendre à leurs ouvrages fabriqués. Voilà pourquoi, sans doute, eu dépit de plusieurs décisions de la prévôté de Paris, qui leur défendaient de se mêler d'affaires de change, ils persistèrent à faire concurrence aux changeurs.

On apprend, d'un arrêt du parlement de Paris, que les orfèvres, en 1303, sous le règne de Philippe IV, dit le Bel, occupaient sur le pont au Change ou Grand-Pont, les maisons situées en aval de la rivière, du côté du grand Cliâ* ielet, tandis que les changeurs avaient les maisons en amont, du côté de la Grève; les orfèvres prétendaient toujours conserver le droit de faire le change, et chacun d'eux avait, en effet, placé devant sa fenêtre (ouvroir ou boutique ouverte) un tapis (tapetum) de changeur. Mais,

à la requête des cliangeurs, le prévôt de Paris fit enlever les lapis des orfèvres , et leur défendit de s'entremettre désormais dans le commerce du change. Un procès s'entama entre les changeurs et les orfèvres, et, la veille de la Toussaint 1303, le parlement déclara que le prévôt avait bien fait d'agir comme il avait agi, en vertu des anciennes ordonnances sur le change et TOrfévrerie.

Les raisons que faisaient valoir les orfèvres s'appuyaient principalement sur leur droit de marque, qui authentiquait, pour ainsi dire, l'or sorti de leurs mains. Philippe le Hardi, dans son ordonnance de décemlnre 1275 sur le fait des monnaies et de l'Orfèvrerie, avait enjoint aux argentiers (argenlariij,qa\ travaillaient l'argent fin, de marquer leurs ouvrages au seing de la ville où ils avaient leur îorgBj sous peine de confiscation des ouvrages non marqués. Ces mesures de prévoyance furent renouvelées Irentesept ans après, par un édit de Philippe le Bel. Dans l'ordonnance de 1275, il n'est parlé que de l'argent fin; ce qui prouve que, l'argent étant plus exposé que l'or à subir des altérations de faussaire, on avait plus de peine à reconnaître ces altérations, qui se multipliaient, à cettç époque, avec un luxe étonnant de procédés. Tantôt on mélangeait du plomb, de l'étain et du cuivre blanc, pour composer un métal ayant toute Tapparence de l'argent pur; tantôt on alliait un seul de ces métaux à l'argent non affiné; tantôt on couvrait de feuilles minces d'argent un métal commun ou un mélange de métaux inférieurs ; on parvenait ainsi à donner aux objets la couleur, le poids et même le titre de l'argent. Quant à l'or, il était plus difficile à contrefaire , comme à mélanger de matières hétércgènes.

Ce fut seulement en juin 1313 que Philippe le Bel soumit l'or, ainsi que l'argent façonné, au poinçon des (orfèvres. D'après celte ordcnnance, le seing de la ville, pour l'Orfèvrerie, devait être gardé par « deux prud'hommes établis et élus à ce faire. » Tout orfèvre qui négligerait de

faire marquer ses ouvrages serait puni de corp$ et d^avoir, c'est-à-dire par ramejfide et la prison. L^ordonnanee de 1515, qui concerne surtout le fait des monnaies, est une des plus importantes du règne de Philif^ le Bel; elle fiit rédigée dans un grand conseil de prélats et de barons du royaume, puis solennellement publiée dans Paris au mots de septembre ; et Pierre le Féron, qui était prévôt de Paris, eut ordre de la faire exécuter.

Telle fut Torigine du poinçon de la corporation des o^ févres, et dés lors l'apposition de ce poinçon sur la matière mise en œuvre répondit de la bonté du titre de lor et de Targent. Les trois prud'hommes ayant la garde spéciale de ce poinçon furent api>elés gardea de l'Orfévrafie; mais leur nombre fut bientôt porté à six, à canse du surcroit d'occupation de ces prud'hommes élus par le commun m la communauté. On croit que l'ordonnance spéciale, qai élevait à six le nombre des prud'liommes ou gardes de l'Orfèvrerie, fut rendue vers l'année 1550. Elle n'a laissé de traces qu'une tradition fidèlement conservée dans la corporation, qui datait de cette année-là son étabUssemeal régulier, mais qui ne pouvait produire la suite non inte^ rompue de ses annales depuis cette époque; car on ne citait aucun nom avant ceux des six gardes^qv^ furent nommés en 1557, et qui ouvrent la succession chronologique des chefs de la communauté : Philippe Daverts, Jean de Lille, Aleaume Gaureau, Thomas Augustin, Jean Parvin, Gilles Lecou!elliers. Le poinçon de la communauté était différent dans chaque ville, et on le changeait chaque apnée, au moment de l'élection des nouveaux gardes. La perte de l'ordonnance constitutive de Tannée 1550 ne détruit pas le caractère qu'on lui attribue, en se fondant, comme nous Pavons dit, sur une tradition constante.

Philippe de Valois avait voulu, assure-t-on, donner aux orfèvres le premier rang dans les six coi*ps de marchands de Paris; en conséquence, il leur commettait la garde des meubles précieux et joyaux de la couronne^, et l'on vit en

effet, (faflîs les festins solennels qui se firent à Paris, soit au Palais de Justice, soit à IHôtel de Ville, en Thonnetir des entrées des rois et reines de France après leur sacre et jojeux avènement, on vit les orfèvres chargés de gardor le buffet royal. De plus, Philippe de Valois leur accorda, comme insigne de noblesse, des armes parlantes pour la bannière de leur communauté. Ces armoiries étaient d'e gueules , ou rouge héraldique , à la croix dentelée d'or, accompagnée de deux coupes et de deux couronnes d'or, au chrf d'azur semé de fleurs de lis d'or sans nombre, avec cette devise : in sacra inqve coronas (dans les vases sacrés et les couronnes). Deux anges ailés servaient de support à récusson, surmonté d'une couionne en baldaquin. La présence des fleurs de* lis dans cet écusson témoigne assez qu'il était de concession royale, dûment enregistrée au parlement. Les armoiries des orfèvres de Paris furent sculptées en relief et peintes, non-seulement sur leur bannière, mais encore sur les murs de leur maison commune, de leur chapelle et de leurs ouvroirs ou boutiques. Elles furent même substituées à Timage de saint Ëloi sur le sceau de la conmiunauté, vers le milieu du seizième siècle.

Ces armoiries données aux orfèvres par Philippe de Valois, dans un siècle où la noblesse féodale se montrait si jalouse de ses droits, prouvent assez que lOrfévrerte était considérée comme un art noble, qui, loin de faire déchoir te gentilhomme, anoblissait le roturier. Ce fut dès lors un anome reçu par toute la France : Orfèvre ne déroge pas. On peut donc dire avec certitude que Philippe de Valois accorda aux orfèvres de sa bonne ville de Paris des lettres de noblesse bourgeoise ou de demi-noblesse , quoique ces lettres royales n'existent plus. Depuis cette époque, bien des fils ou descendants d'orfèvres exercèrent naturellement des fonctions publiques, soit dans les Cours souveraines, soit dans le Conseil du roi ; quelques-uns adoptèrent pour nom propre le nom professionnel que leurs pères

aTaient lionoré. Voilà comment la magistrature, aux quatorzième et quinzième siècles , vit s'élever plusieurs familles distinguées sous le nom générique de VOrféwe, On citerait cinq ou six personnages de ce nom, qui furent en grande estime par leur savoir et leur caractère, notamment à la Chambre des comptes et à la Cour des monnaies. Un fait analogue s'est produit également en Angleterre et en Allemagne , où tant de Goldschmidt et de Goldsmiih (c'est-à-dire Orfèvre) ont illustré le nom qu'ils devaient à la forge de leurs ancêtres.

La fin du treizième siècle et le commencement du quatorzième sont remplis d'ordonnances sur les monnaies, qui avaient trait plus ou moins à l'industrie des orfèvres, et ce fut sans doute pour dédommager ceux-ci de certains avantages dont il les privait, que Philippe de Valois leur délivra des lettres de demi-noblesse , en leur concédant le droit d'armoiries. L'idée dominante de ce prince était, à l'exeniple de Philippe le Bel, de constituer fortement la cour des monnaies et de concentrer dans la main du roi le monnayage et tous les privilèges attachés à C3 droit féodal.

il y a, dans l'espace de soixante ans, une longue série d'ordonnances relatives aux monnaios, ordonnances qui reproduisent presque uniformément les mêmes dispositions, de manière à nous faire supposer que les orfèvres et les changeurs ne s'y conformaient pas volontiers. Ainsi, depuis l'ordonnance de janvier 1310, le roi se réserve exclusivement la vente et l'achat des matières d'or et d'argent ; car les changeurs, orfèvres et autres, ne peuvent acheter l'argent, qu'au prix fixé par les hôtels de monnaie, avec simple réduction d'un denier pour hvre. De nouveaux besoins avaient forcé le roi à augmenter la fabrication et l'émission des pièces monnayées; il fallait donc empêcher l'argent de se cacher sous la forme de vaissellement et de joyaux : on défendit de fabriquer de grosse vaisselle d'or et d'argent, excepté pour les églises ; on défendit aussi l'exportation de l'argenterie hors de France:

les pèlerins ou croisés, prélals, barons et autres honorables personnes, étaient seuls dispensés d'obéir à cette prohibition sage et politique; on défendit encore aux orfèvres, comme aux changeurs, de trébucher ou fondre la monnaie du roi, pour remployer à d'autres usages.

Ces rigoureuses prescriptions se reproduisirent presque chaque année, en réduisant de plus en plus Timportance et le nombre des travaux de TOrfévrerie. En 1 51 1 , les orfèvres psuvent faire encore des vases d'argent, de la largeur d'un pied et du poids de trois ou quatre marcs, « dorés dedans et dehors; » en 1322, l'édit du 5 mai porte que a nul orfèvre ne autre ne soit si hardy de faire grosse vaissellemente d'argent, si ce n'est d'un marc et au-dessous, » ou par le commandement du roi. On poursuivait par corps, comme fauasonniersy les orfèvres et les changeurs qui achetaient la monnaie du roi pour Taffiner, et l'on forçait . les changeurs à porter aux hôtels de monnaie tout For et tout l'argent que le change amenait c|^ns leur caisse. La rareté des espèces augmentant toujours, on finit (10 avril 1301) par obliger les orfèvres à ne faire aucune fonte de métal sans la permission (congié) du roi ou des généraux maîtres de ses monnaies.

Cependant Phili{^e de Valois, ce terrible et infatigable monnayeur, avait octroyé aux orfèvres de Paris la confirmation de leurs anciens statuts et privilèges ; et les orfèvres, pouf^en avoir' la confirmation, présentèrent au roi Jean, en 1355 (et non 1345), un rouleau de parchemin sur lequel se trouvait la charte du roi son père. Jean fit examiner cette charte et l'ancien registre des orfèvres, existant au Chàtelet, par Jean de Hannières, maître des requêtes de son hôtel, Jean de l'Aigle et Jean d'Autun, maîtres des comptes. Après quoi, par une ordonnance donnée en sa maison royale de Saint-Ouen au mois d'août! 555, Jean confirma ces privilèges, qui ne sont que le développement des vieux us et coutumes recueillis dans le Livre des Métiers d'Etienne Boileau.

Nous indiquerons seulement les articles i\u\ en diffijrent ou qui les expliquent.

Il fallait, pour être orfèvre à Paris, avoir été apprenti i Paris ou ailleurs, sinon « ouvrier d'autres métaux que d'or et d'argent, » et être approuvé par les maîtres et b&iœes gens du métier, comme capable d'exercer ledit métier, de f tenir et lever forge, » et d'avoir poinçon et contre-^cing. Ce passage semblerait dire formellement que le contre-seing était déjà établi; le contre-seing appartenait en propre à Porré\Te, tandis que le poinçon était le seing de la communauté. L*apprcnti , une fois éprouvé ou reçu orfèvre, prêtait serment de n*ouvrer (travailler) d'aulre métal que de bon or et de bon argent, excepté en fait de joyaux d'église, tels que tombes,, cbâsses, croix, encensoirs, etc., <fA\ pouvaient être fabriqués à différents litres, avec Tauturisation des maîtres du métier. L'or à la touche de Paris, « laquelle touche passe tous les ors dont on œuvr3 «b mille titres, » était à dix-neuf carats un cinquième.

L'orfèvre ne pouvait teindre l'améthyste ou d'autres pierres fausses, ni les monter sur feuille d'or ou d'autre couleur, ni les mêler avec rubis, émeraudes et autres pierres fines, si ce n'est en manière de miroiremeRi, comme un cristal sans feuille ni teinture. L'orfèvre ne pouvait pas davantage monter ensemble des perles d'Ecosse et des perles d'Orient, excepté dans les grands joyaux d'ègljse. Il ne pouvait même pas, pour menus joyaux tf gent,' confondre des voirrines ou verres colorés, avec grenats ou avec pierres fines ; il ne pouvait monter en or ou en argent ces verres de couleur, doubles verritm, faux diamants et pierreries factices, sinon pour le roi, la reine ou leurs enfants. Enfin, il ne pouvait mettre de la craie (croye) sous les émaux d'or ou d'argent dans la fabrication de la grosse vaisselle qui se vendait au marc.

L'argent dont se servait l'orfèvre était dit argent de gros, et avait le même titre que l'argent du roi, sans les soudures : les pièces, formées de parties soudées entre

lUX I

An

. OUPÉVBBRIE FRANÇAISE ^7

elles, lie devaient pas être clouées, mais cousues à Faiguille ; celles \emet en las, c'est-à-dire estampées en cr6ux# deraient offrir une surface (maHel) massive et pleine ; celles en argent plein et massif devaient avoir toutes les conditions requises pour Targent de gros. ^

Nul orfèvre ne pouvait travailler en chambre, à huis c!os, ni en forge publique, avant d'avoir été examiné et reconnu capable par les maîtres du métier. Un apprenti ne devenait maître, à son tour, qu'après avoir fait un appren- &8age chez un orfèvre paidant huit années, soit comme apprenti, soit comme « valet servant et gagnant argent, » se fût-il racheté pour une partie de son temps d'apprentissage. L'orfèvre ne pouvait prendre un second apprenti, gue quand le premier avait fait la moitié de son servic^^ de huit années. Quand un orfèvre étranger voulait s'établir à hrisj il ne pouvait y élever une forge avant un an et un jour, afin que les gardes du métier pussent f savoir de ses mœurs et de son œuvre. » Ensuite, en obtenant la permission d'ouvrir sa forge, il payait un marc d'argent, dont moitié appartenait au roi, moitié à la confrérie de Saint- Éloi. Les billonneurs, tabletiers, merciers, qui ne sont orfèvres, dit expressément l'ordonnance, n'avaient pas le droit d'acheter des objets d'or et d'argent sans une permission spéciale.

Les prud'hommes du métier devaient élire cinq ou six prud'hommes, tous les ans, pour la garde de l'Orfèvrerie : ces prud'hommes avaient autorité pour réprimander tout orfèvre qui mettait en œuvre de mauvais or ou de mauvais argent ; mais, à la troisième récidive, ils étaieut^tenus de conduire le délinquant au tribunal du prévôt de Paris, qui prononçait le bannissement pour un, deux ou trois ans, selon la gravité du délit. 11 était défendu aux Lombards (OuLrcmontaim) de travailler chez eux secrètement, dans leur logis, sous peine de voir leur ouvrage (joyel) confisqué au proflt du roi, et d'être diassès de Paris pendant un an et un jour. Le cinquième des confiscations de cette nature

et des autres amendes était attribué à la boîte de la confrérie et employé à ses aumônes et bonnes œuvres.

Toutes les autres dispositions de Tordonnance se trouvaient conformes à celles du Livre des Métiers. Cette ordonnance de Philippe de Valois, confirmée par le roi Jean, fut enregistrée au Châtelet, dans un volume écrit en papier, appelé alors le grand livre blanc j à cause de sa couverture en vélin ou en peau blanche.

Vingt-trois ans après, une nouvelle confirmation de ces statuts ou privilèges, accordée aux orfèvres par Charles V, y ajoute quelques détails explicatifs on complémentaires ; les considérants de cette ordonnance, faite, à Paris, en mars 4378, à la requête des orfèvres jurés, méritent d'être recueillis comme document historique :

€ Savoir faisons à tous présents et à venir que, comme, par la diligence des anciens de nos orfèvres, on ait trouvé delTaux et malfaçons es œuvres des orfèvres de nostre bonne ville de Paris, en or ou en argent de moindre loi (aloi) et valeur que estre ne devroient par les ordonnances et usages anciens, dont aucuns en ont esté repris et punis... Nous, ensuivant les bonnes mœurs et justes considérations de nos devanciers roys de France, ayant trèseflectueusement désir de pourvoir au bon gouvernement du bon peuple et, en espècial, de nostre bonne ville de Paris, qui, par multtipjications d'excellans artifices, doit resplendir sur toutes les autres citez, estre décorée et de notable renonunée e^tre, les ayons fait visiter et essayer les matières dont lesdits orfèvres usoient communément, tant d'or conune d'argent, et veoir aucunes anciennes ordonnances faites sur ledit mestier, matière et œuvre, et fait ouïr aucuns desdits orfèvres... Avons sui' ce ordonné et ordonnons... » etc.

Voici maintenant les seules différences qu'on remarque entre cette ordonnance et celle de 1555, qui toutes deux se ressemblent fort> si ce n'est que les articles sont groupés autrement dans la dernière en date.

* Tous orfèvres qui ouvreront (travailleront) d argent en vaisselle et autres joyaux, comme pots, plats, écuelles, hanaps, gobelets, calices, cuilliers, ceintures et autres dioses quelconques, excepté celles dont il sera ordonné en l'article ensuivant, ouvreront d'argent qui soit aussi bien et se revienne, sans les soudures, comme l'argent appelé Vargent le roi, lequel est à onze deniers douze grains lins ; et auront remède de trois grains au marc d'argent et surplus : et leur doit bien suffire cette loi ; car, entre la aisselle que Ton a naguéres prise chez plusieurs orfèvres de Paris, Ton a trouvé grande quantité à onze deniers neuf grains fins et au-dessus. En tou^ petits images, feuilles, lions, gargouilles et autres choses de semblable façon, qu'il convient estre moulées et assises en autres qu'esdits ou- ^ges, planches, boutons et semblables choses, férues en tas, lesdits orfèvres ouvreront dudit argent à onze deniers douze grains, et auront remède de cinq grains fins au «larcet non plus. »

Ces deux espèc3s d'ouvrages en argent se distinguaient sous les noms de grosserie et de menuierie : la première a trois graips de remède, l'autre à cinq ; mais l'ordonnance n accorde pas de remède, sur le titre de l'or. Les générauxwaîtres des monnaies du roi étaient autorisés à visiter les ouvrages des orfèvres, sans avertir de ces visites les élus de la corporation,' et à saisir toute pièce façonnée qui se* î^^t d'un titre inférieur à celui de la loi : la pièce saisie devait être brisée et confisquée, sans autre amende, les deux premières fois ; mais, à la troisième, l'orfèvre en contravention subissait une amende arbitraire, « selon l'exigence du cas et la relation de ceux qui auront révélé le délit. .

On voit, dans ces deux ordonnances, qui ont fait la base de la conslitulion de l'Orfèvrerie pendant plusieurs siècles, jl^eles orfèvres de Paris avaient indirectement rattaché à leurs privilèges l'industrie des cristaUiers ou lapidaires et ^^^me celles des èmailleurs. Cependant les cristaUiers for-

maient toujours une cominunauté de métier séparée, et les émaillcurs de Limoges ne commençaient pas encore à revenir se fixer dans la capitale. En i 317 , il n'y en avait, dit-on (c'est une exagération évidente), qu'un seul, nommé Gamot, à qui Philippe le Long avait concédé un atelier {operatorium) sw le Pont-au-Change. Ce devait être un habile artiste, pour que le roi le jugeât digne de cette kveur, et pour que Garnot osât s'installer ainsi au milieu des orfèvres et des changeurs.

Depuis le régne de saint Louis cependant, rOrfévrerie parisienne avait beaucoup souffert : les ordonnances sur les monnaies, sans cesse renouvdées et modifiées, auxquelles le roi tenait si fort la main, étaient des empêchements continuels à Tindustrie d^s orfèvres, qui n osaieut piHirtant pas ouvertement refuser de s'y soumettre ; ils étaient même souvent obligés, eux, leurs femmes, enfants et valets, de jurer d'observer fidèlement ces ordonnances. On peut avoir un aperçu de l'état de leur corporation, à la fin du treizième siècle, dans les comptes de la TailU, imposée aux habitants de Paris, en 1292, par Philippe le Bel. Le nombre des orfèvres, y compris quelques or[évresses et quelques apprentis, ainsi que les émailleurs et les limousins, qu'on suppose avoir travaillé en Orfèvrerie émaillée, s élève à cent vingt-deux personnes, qui eurent à payer, pour leur quote-part dans la quête, quarante livres deux sols ou neuf mille six cent vingt-quatre deniers. Comme le marc d'argent valait, à celte époque, cinq cent trente-trois deniers, le produit de l'imposition des orfèvres représentait dix-huit marcs : ce qui fait neuf cent trentesept francs quatre-vingts centimes de notre monnaie, et ce qui donne seulement huit francs huit centimes pour chaque orfèvre ; mais, la valeur de I argent ayant quintuple aujourd'hui, la somme âe huit francs huit centimes, eu l'année 129i, serait égale à la somme de quarante francs quarante centimes. Les orfèvres réunis payèrent donc, à la quête de la Taille, environ quatre mille six cent quatre-

ORFEVRERIE FRANÇilSE 24i

vingt-neuf francs, répartis entre cent vingt-deux perscmnes, suivant les ressources de chacun. Il est à supposer que celte répartition fut faite par les prud'hommes du métier, et non par les gens du roi. Quoi qu'il en soit, la médiocrité de cette taxe, inférieure à celle des bouchers, démontre évidemment que les orfèvres n'étaient pas riches ; ou bien qu'ils avaient obtenu, grâce à la faveur du roi,* remise d'une portion de la Taille, en vertu de leurs privilèges.

Il y avait, parmi ces orfèvres, plusieurs étrangers, tels que Richardin, Yémailleeur de Londres, iaiipoéé à trois sous; Robert, VAnglois, imposé à i2 sous. Un grand nombre étaient originaires des villes de France où TOrfévr^ie avait le plus de prospérité, telles qu'Arras, Montpellier, Tours, Blois, Limoges. La cote de l'impôt varie entre celle de Lorens des Chans, taxé à soixante-dix sous, et celle de Gile de Sessons, taxé à douze deniers seulement ; la taxe de vingt sous paraît être celle des orfèvres du se^ cond ordre. Les plus imposés, qui devaient êtfe les principaux de la corporation, sont, après Lorens des Chans : Jehan le Cochetier, qui paye cinquante-huit sous; 6efroi, qui en paye quarante-cinq ; Jehan d'Aire, qui en paye trente-six ; Richard et Pierre, tous deux émailleurs, qui payent vingt-huit sous chacun.

il n'est pas indiffèrent de connaître les demeures des orfèvres à cette époque : on voit qu'ils avaient entièrement abandonné aux savetiers la rue Saint-Éloi et les alentours du couvent de Saint-Martial, pour se porter de l'autre côté de la Seine et, de préférence, à la droite du Chàtelet. Le Pont-au-Change était même envahi déjà par des bourrehers et des drapiers. Les orfèvres se groupaient auprès de quelques églises, où ils avaient sans doute des chapelles relevant de leur confrérie, comme Sainte-Opportune et Saint-Josse. Ils avaient un centre dans le quartier Saint- Martin, notamment dans les rues Neuve -Saint-Merry, Bourg-l'Abbé, Quincampoix ; mais ils s'étaient dés lors

34â UISTOIE£ DES ARTS

emparés de la rue aux Deux-Portes, appelée aussi 4a rue aux Moiçnes de Jenvau, qui devint la rue^des Orfèvres, quand ils y eurent fondé leur diapelle et bâti la maison commune de FOrfévrerie. Ils avaient alors, selon toute apparence, le siège de leur confrérie dans Téglise Saint- Josse, située rue Aubry-Ie-Boucher, à Tangle occidental de la rue Quincampoix. C'était aussi le quartier des Lombards, banquiers et courtiers d^argent, la plupart Itaiiais ou Juifs. Le séjour des orfèvres sur la paroisse de Saint- Josse nous explique ce vieux proverbe, rajeuni- par Molière, Vous êtes orfèvre, monsieur Josse ! U y eut peut-être même un orfèvre nommé Josse, qui aurait donné son nom à la rue Guillaume Joce, aujourd'hui rue des Trois-Maures, à cause d'une enseigne de cabaret. La Taille de 1292 et celte de 1330 ne font pas mention d'un seul orfèvre dans le quartier de TUniversité.

11 faut attribuer la dispersion des orfèvres à la chute du Grand-Pont, en 1281. Ce pont, sur lequel Louis VU avait établi les orfèvres et les changeurs, fut entraîné par les grandes eaux avec toutes ses maisons. On le reconstruisit en pierre, on le couvrit encore de maisons, qu orfèvres et changeurs revinrent habiter ; mais, quinze ans après, il fut renversé par une nouvelle inondation. Cette fois, on le refit en bois, toujours surchargé de maisons, élevées sur pilotis ; et il dura plus de trois siècles, jusqu^à ce qu'il fut incendié en 1621 : dans cet intervalle, les orfèvres ne se pressèrent pas d'y revenir. On croit que le travail de leuis forges n avait pas peu contribué à Tébranlement des deux premiers ponts de pierre, emportés successivement par les débordements de la Seine.

Paris était bien, pour ainsi dire, le chef d'ordre des villes d'Orfèvrerie au quatorzième siècle, parce que le Cliâtelet et le prévôt des marchands avaient la haute juridiction de la marchandise, et gardaient sous leur double autorité les vieux statuts des métiers. Mais plusieurs villes de France, en adoptant ces statuts et en s'y conformant

religieusement, voyaient ces métiers prospérer dans leurs murs, sans avoir rien à envier à la capitale. C'est ainsi que Limoges, le Puy-en-Velay, Troyjs, Rouen, Bourges, Amiens, Nancy et Metz étaient alors les principaux centres de fabrication pour FOrfévrerie et la joaillerie. 11 faudrait, après bien des recherches, retrouver les documents de cette histoire locale de Fart, dans une multitude dliistoires de provinces et de villes.

Deux ordonnances de Charles Y nous donnent une idée de ce qu'était FOrfévrerie laïque dans les grandes villes du royaume : chacune avait sa confrérie d'orfèvres, qui prétendait souvent relever directement de la Cour des mon^ naies, et qui tenait tête à la police municipale.

Dans ses lettres du mois de mai 1367, adressées au sénéchal de Beaucaire, Charles V permet aux orfèvres du Puy-en-Velay d'élire deux gardiens de leur métier, charges de visiter les ouvrages fabriqués, et de tenir la main à ce qu'ils soient conformes aux règlements. Ces gardiens devaient être d'abord présentés au bailli ou juge de la cmr commune de la ville. Ils brisaient les pièces d'orfèvrerie qui n'avaient ni le titre, ni le poids ordonnés ; et à la troisième contravention, ils dénonçaient le coupable au bailli. Les ouvriers du Puy-en-Velay fabriquaient surtout des anneaux et d'autres ornements en or à sept deniers ou quatorze carats ; de la vaisselle et d'autres ouvrages en argent, au titre de Vargent-le-roi, Ils obtinrent plus tard * travailler l'argent au titre de huit deniers ou seize carats.

Les lettres de Charles V, adressées au bailli de Troyes en mai i509, signalent une analogie plus intime entre les statuts des orfèvres de cette ville et ceux des orfèvres. Il est dit, dans ces lettres, que les orfèvres sont « accoutumés, de toute ancienneté, à faire solennité, confrarie et joye, • le jour de la fête de saint Éloi, d aller processionnellement ce jour-là à l'église de la Madeleine, un cierge allumé dans la main, d'y faire célébrer une messe solen-

nelle» outre k messe hebdomadaire qu'on y dit aux fnâs et à rintention de la confrérie, et de manger ensemble poiw compléter la fête. C'était à reflet de subvenir k ces frais que chaque orfé^Te mettait chaque semaine deux deniers dans la boiU de la communauté ; que le produit du travaii de nuit était aussi destiné à grossir le fonds social, et que les apprentis avaient à payer, à leur entrée chez un maître, dix à quinze sous, applicables aux dépenses communes de la joyeuse fête de saint Éloi.

L'Orfèvrerie de Tours prouve également son existence par deux ordonnances ro^es du 20 mai 4415 et de jaovier 4470; celle de Bordeaux, par une ordonnance du 25 juin 4454.

Dans les villes méridionales de la France, on ouvrait (travaillait) l'argent plutôt que l'or ; et les orfèvres prenaient le nom de dauraires, d'argentiers et d'émailleurs. Limoges était toujours, comme au septième siècle, la grande école de l'émaillerie et l'atelier, par excellence, de rOrfévrerie religieuse ; mais lart des émaux, qui aiait des rapports si étroits avec la peinture et Fimagerie, appartient presque exclusivement au Limousin, où les traditions contemporaines de saint Êloi se sont transmises de père en fils jusqu'à la fin du seizième siècle. C'est -une industrie à part, dont l'histoire est, ppur ainsi dire, circonscrite dans celle de Limoges. Paris n'avait que neuf émailleurs en 4292 ; il en avait quarante sous le roi Jean, et ce nombre ne s'est jamais accru depuis. L'Orfèvrerie limousine n'ouvrait que des objets d'église, tombes, reliquaires, crosses, encensoirs, calices, statues, etc. Ces objets, exécutés au repoussé et en haut relief, étaient, on le comprend, en cuivre et en étain plutôt qu'en argent, en argent plutôt qu'en or, puisque Tèmail couvrait d'ordinaire le métal et en déguisait la qualité ainsi que la couleur naturelle.

Les ouvriers de Limoges allaient travailler partout et jusqu'en Angleterre ; témoin la tombe de Vautier de

Merton, évêque de Rochesler. faite en 1276 par maître Jean, qu'on avait lait venir de Limoges pour Texécution de cette tombe en métal émaillé. On connaît quelques grands ouvrîmes des plus célèbres émailleurs de Limoges, depuis une époque très-reculée, si Ton ne connaît pas les noms de ces émailleurs ; mais ces ouvrages étaient tous en cuivre ou en étain émaillé, car on ne cite guère que des calices ou des crosses et des pièces de petite grandeur en argent fin : telles que le ciboire d'argent émaillé que l'habife argentiei* Ghatard donna en 1209 à Tabbaye de Saint- Martial.

Toulouse et Montpellier, qui avaient anciennement accueilli 1 art limousin dans leurs niurs, lui conservaient son caractère et ses habitudes ; les orfèvres de ces deux villes étaient donc plutôt des émailleurs et des argentiers, quoiqu'ils eussent le droit de- travailler For, quoique Vor de Toulouse fût célèbre dès le temps des guerres de César contre les Gaulois. La plupart de ces émailleurs avaient eux-mêmes une origine limousine. On a relevé, dans les archives municipales de Montpellier au treizième siècle, une dizaine de noms d^'artistes, qui s'intitulaient limousins (Lmotganus et de Limotgia).

Les dduraires ou dauradors et les argentiers de Montpellier (on a leur noms depuis la fin du douzième siècle) ne disaient donc que bien peu d'ouvrages de véritable Orfèvrerie, c'est-à-dire en or à quatorze carats au moins, comme l'exigeaient leurs statuts conservés dans le petit Thalamus (registre municipal) de la ville. Ils fabriquaient, en revanche, beaucoup d'objets de grosserie en argent fin, contenant un tiers d'alliage et sortant blanc du feu, connu sous la désignation d'argent de Montpellier; ils ne pouvaient dorer aucun ouvrage avec des pans d'or, ni fabri quer des ouvrages en argent brisé, ou en cuivre argenté, ou en étain doré, ni monter des pierres fines en cuivre, ni monter des pierres fausses en Ct. Ils prêtaient serment entre les mains des consuls et formaient une confrérie

qui avait un autel dédié à saint Ëloi danfl'égtise de Ihopital Sainte-Marie.

II est donc certain, d'après la comparaison des documents fournis par les registres consulaires de ces trois Tilles, que Limoges était renommée pour rémaiilerie en argent, en cuivre et en étain ; Montpellier et Toulouse, pour Targenterie blanche et dorée. On sait pourtant quaa moyen âge Atontpellier faisait un grand commerce d'or : œ n'est donc pas faute de ce métal que ses argentiers et ses dauradiers ne travaillaient que Targent. Les villes qui avaient à elles une industrie, devenue en quelque sorte proverbiale dans le monde entier, ne chercliaient jamais autrefois à .faire aux autres une concurrence inutile et dangereuse, au détriment de Fart et de leur propre intérêt : le respect de la tradition, dans V Orfèvrerie comme dans tous les arts, était la moitié du talent des artistes.

Les villes du nord de la France, celles de la Belgique, avaient aussi une Orfèvrerie traditionnelle, qui, moirisancienne que celle du Languedoc, ne cessait de s'étendre et de se perfectionner : c'était I^Orfévrerie civile de grosse vaisselle d or et d'argent, fondue, moulée et finie au marteau ; c'était la joaillerie somptuaire pour les vêtements el la parure des nobles. Nous verrons bientôt cet art nouveau s'élever rapidement à son plus haut degré de splendeur, sous l'influence protectrice des ducs de Boui^ogne. Les comtes de Flandre et de Uainaut l'avaient encouragé les premiers ; et il eut ^on bercean dans la riche cité de Gand, qui semblait avoir acquis en Belgique la prépondérance politique et commerciale de Venise en Italie.

Ce fut en i338 que les orfèvres de Gand reçurent leur règlement, sous l'administration du premier échevin, Jean Speliaert, ami et protégé du grand Jacques Van Artevelde. Ce règlement porte que les i)ièces d'orfèvrerie seront en (M* à la touche de Paris, ou en argent à la touche d'Angleterre. Les gardes ou élus des orfèvres de Gand, comme ceux de Paris, avaient une marque ou poinçon pour con-

ORFEVRERIE FRANÇAISE 247

trôier les ouvrages de la communauté. Les poinçons de cp^ élus, étaient gravés, en regard de leurs noms, sur des tables de cuivre conserrées à la maison de ville. Plusieurs de ces tables sont venues jusqu'à nous, mais elles ne remontent pas au delà de l'année 1454. Les registres de la corporation, rédigés en flamand, commencent à Tannée 1400, alors que Goessin Van den Moere était doy.Mi.'Le bureau du métier se composait seulement d'un doyen et de deux priseurs (wardeerrers). A cette époque, la corporation oom[Nrenait cinquante et un maîtres, parmi lesquels on remarque des noms qui depuis ont illustré la noblesse gantoise. Le collier du doyen des orfèvres, que possède M. de Kerkhoven de Woeselghen à Gand, montre assez combien était riche cette corporation ; ce collier, en argent ciselé, se compose de seize chaînons représentant chacun deux figures, avec un pendant ou médaillon émailléà Timage de saint Éloi. Les armoiries des orfèvres de Gand étaient d'azur, chargé d'une coupe à couvercle et de deux couronnes d'or. Les plus beaux travaux d'orfévreriè de cour, exécutés par les ordres des ducs de Bourgogne, le furent à Gand dans le quatorzième siècle.

I/Orfévrerie, à cette époque, comptait des artistes distingués dans les principales villes de la Belgique, Bruges, Tournay, Liège, Arras, Bruxelles. Les orfèvres de Bruxelles fonnaient déjà, vers 1266, im corps de métier important, à qui Jean lll, comte de Hainaut, avait octroyé des privilèges, renouvelés en 1400 parla duchesse Jeanne, la charte de ces privil^es ayant péri dans un incendie. Les orfèvres demeuraient dans le quartier appelé la Canlenleen ; ils avaient le droit exclusif de fabriquer et de vendre tout espèce d'ouvrages d'or et d'argent. Néanmoins ils furent réunis jusqu'en 1424, par leurs statuts de corporation, aux forgerons et aux armuriers; ces derniers, il est vrai, fabriquaient seulement des armes défensives dorées ou argentées, avec des reliefs au repoussé et des gra\'ures au burin.

S48 HISTOIRE BfiS ARTS

Les orfétres de Bnixdles avaient emprunté leurs armoiries à ceux de Paris : trois coupes d or en cbaipp de gueules, avec une devise qui ne vaut pas ceHe des orfèvres français: Omnibus §mnîa. Cette devise signifie sans doute que les orfèvres belges se chargeaient de toutes sortes d'ouvrages à Tusage de tous. Chaque membre de la corporation exerçait une surveiflance absolue sur ses confrères, et pouvait les dénoncer, même en cas de soupçon, au doyen de la communauté : Torfévre convaincu d'avoir febriqué de For feux ou de Targent faux était conduit dutête à la place du marobé, et là on lui clouait ToreiMe à un pillier, où il restait ainsi attaché jusqu a ce qu'il se fût délivré lui-même en déchirant son oreille. Ce pilori d'un nouveau genre ne parait pas avoir vu beaucoup de patients condamnés à s'essoriller eux-mêmes, sans laide du bom^ reau. Les ouvrages des orfèvres étaient contrôlés par les deux doyens sortant de chaiige, et par deux merciers élus dans le corps de la mercerie. Enfm, la maison des orfèvres, dit le Miroir j située sur le Marché-aux-Herbes, fat acquise par la corporation vers 1400 ; cette maison tenait à la vieille tour Saint-i\icolas, qui subsista jusqu'à la fin du dix-septième siècle, et qui servait d'archives aux corporations de métiers.

• Les orfèvres de Brgges n'étaient pas encore nombreux au commencement du quatorzième siècle, puisque, lors de l'expédition militaire du comte de Flandre contre Douai en 1502, il ne fut payé que quatre florins au chef de leurs soudoyers, tandis que le chef des charpentiers reçut deui cent soixante-deux florins, et celui des forgerons, quatrevingt-treize. Mais en 4556 les orfèvres {Zelversmede) avaient pris un rang plus honorable parmi les cinquantecinq corps de métiers de la ville, et sur leur sceau, qui existe encore, on voit saint Éloi tenant d'une raain sa crosse, et de l'autre son marteau d'orfèvre, dans une niche accompagnée de deux coupes de chaque côté, avec une légende en flamand. Saint Éloi était le patron des or-

ORFEVRERIE FRANÇAISE 249

févpes de tous les pays ; cependant ceiix de Uége, qui se trouraient affiliés aux peintres, avaient adopfé le patronage de saint Luc.

Si les orfévres de Tournay n'étaient pas nombreux, ils devaient être fort habiles, à en juger par un reliquaire du douzième siècle, en vermeil ciselé, orné de statuettes admirables, que la cathédrale de cette ville n'a pas envoyé à la fonte, et qui fait encore l'admiration des connaisseurs.

Les orfévres d'Anvers ne nous sont connus que par leurs méreaux ou jetons de présence en cuivre, méreaux qui devaient exister pour chaque ville belge, mais qui n'ont pas encore été retrouvés ou signalés tous • le méreau d'Anvers porte un écusson chargé de trois coupes couvertes, avec la date de 1568, et au revers une main avec une légende flamande. 11 est possible que la corporation de l'Orfèvrerie ne fût pas encore établie à Anvers au seizième siècle ; car, avant la dynastie des ducs de Bourgogne, les orfévres n'avaient point pénétré dans toutes les grandes villes de la Belgique : ainsi Namur ne comprenait, dans sa confrérie de Saint-Éloi, que des maréchaux, serruriers, armuriers, taillandiers, etc., sous le nom générique de févres.

Les ducs de Bourgogne, qui, depuis Philippe le Hardi jusqu^à Charles le Téméraire, rendirent aux arts une espèce de culte, et en firent l'expression éclatante de leur pouvoir, avaient puisé ce sentiment, cette passion des arts, dans le sang ropl français ; l'Orfèvrerie, par exemple, était comme un des fleurons de la couronne de France.

Sous le règne de nos rois monnayeurs, de Philippe III à Jean II, qui ne songèrent qu'à réparer le triste état de leurs finances, les orfévres n'eurent pas grande occasion de travailler pour la cour ; ils ne faisaient guère que des anneaux, des chaînes, des agrafes, des ceintures en or, dont les ordonnances réglaient le poids et la façon. Mais, dès que Charles V fut monté sur le trône, au sortir des

8S0 HISTOIBË DES ARTS

guerres civiles qui avaient désolé sa régence» pencbml ia capliviié du roi Jean en An^eterre, il se raj^a que les orfèvres étaient nécessaires à la^^randesr des rois, et, à mesure que le royaume redevenait prospère et tnmquHle, ce sage monarque augmentait le trésor d'orfèvrerie amassé par ses ancêtres.

Ku même temps, son frère Philippe» duc de Bourgogne, suivait les mêmes errements^ et mettait sa gloire à égaler en magnificence le roi de France et ses deux frères, le grand protecteur des arts, Jean, duc de Berry, çt cet autre ami des arts, Louis, duc d'Anjou, depuis roi de Napies et comte de Provence. Les quatre fds du roi Jean fa» rent, pour ainsi dire , la providence des oifévres de leur

Dans l'inventaire des joyau?^ du duc d'Anjou, inTontaire dicté , annoté et signe par ce prince lui-même, on troufe des masses d or et d'argent que l'Orfèvierie n'avait jamais eu à mettre en œuvre: Henry, orfèvre du duc, reçoit trois cent quarante-huit marcs d'or, au marc de Troyes, pour exécuter tme grande nef y sorte de coffret en fmnc de navire qu'on plaçait sur ia table des princes, et qui renfermait leurs gobelet, couteau, cuiller et fourchette. Louis d'Anjou avait dans- son hôtel mille trois cent huit marcs de vaisselle d'or et huit mille trente-six marcs de vaisselle d'argent. L'inventaire des joyaux du roi Charles V, dressé en 1579, n'offre peut-être pas une aussi grande quantité de métal, mais il se recommande encore plus par des œuvres d'art que la description incomplète et souvent cbscure du procès-verbal nous fait regretter davantage- Combien peu de ces merveilleux ouvrages de luxe ont survécu à tant de siècles et à tant de révolutions qui se sont faites depuis dans le goût comme dans I^ politique 1

Voici d'abord les aiguières , qui étaient de véritables joyaux ciselés, émaillés et incrustés : !• aiguière en forme de. coq, dont le corps est incrusté de perles, ainsi que la queue, et dont le cou, les ailes et la tête sont en

argent émaiilé de jaune, de vert et d'azur ; ce coq porte sur SQQ dos un renard qui le saisit par la tèle, et il pose aur un sodé d'azur entre des enfants qui jouent ; 2"* ai* guiére en forme d'homme couvert d'un mant^u émaillé, plaeé sur un eniablement d'azur qui représente une chasse au cerf ; l'homme porte sous le bras gauche son chaperon, dont la cornette sert de goulot pour verser Feau ; 3» aiguière composée d un gr^ïbn sur une terrasse que soutiennent qijuitre lionceaux couchés; entre les ailes du gnfibn est une reine en manteau royal, triant un oiseau ^buleux dont le bec fait jaillir Feau, et derrière le dos de la reine est attaché le gobelet, etc.

Voilà maintenant les hanaps et tasses à boire, qui af» fectaient les formes les plus variées : « 1** six hanaps émati- « lés^ semblables à des roses; 2" quatre tasses d'or à an- « ses (oreilles) : à chaque anse estune dame portant deux « écussmis; 5" hanap de cristal à couvercle, garni d'ar- « gent, que poite sur son dos un porteur dWrentreure « (rogatons, reliques) ; 4° un hanap couvert, sans pié; au « lond dudit hanap ^t un émail d'azur, et audit émail a c un homme à cheval qui isse (sort) d'un chastel, et lient « en sa main destre une espée nue pour férir ^r un « homme sauvage qui emporte une dame ; et au couver- «I de par dedens, a un esmail azuré, auquel est une dame « qui tient en sa main une chayenne (diaine) dont un ¥ lion est liez, » etc.

Ensuite, les salières, qui étaient des groupes considérables d'orfèvrerie : « !• un homme séant sur un entac blement doré et ciselé, lequel homme a un chapeau de « feutre sur la teste et tient en sa destre main une salière .€ de cristal garnie d'argent, et en la senestre (main gau- « che) un serizier garni de feuilles et de serizes à oizelc lez (oiseaux) volans sur les branches ; ^ une salière de « un serpent volant à esles esmaillées, et darrière, sur son ¥ dos, à un petit arbre à feuilles vers ; et dessus a un cban- « délier que deux singes, peints de hur couleur, sous-

s» HISTOIRE DES ARTS

f tiennent; et dessus le chandelier a une salière esmaiic liée, et sur le couvercle a un frettel (anneau) aux armes

• d Estampes; 5^ une salière d'or en manie (manière) de « nef garnie de pierreries, et aux deux bouts a deux dau-

• phins, et dedens deux singes qui tiennent deux avirons; «f i* une salière d'or, que tient un enffant sur nin cerf « couronné de pierreries, » etc.

Puis, la nef à mettre le couv«^ du roi et son essai (corne de rhinocéros ou de narval, qu'on disait provenir de la licorne, et à laquelle on attribuait la vertu de neutraliser le poison dans les mets) : « Une grande nef d'ar- « gent dorée, séant sur six lions, et à chaque bout a un « chastel où il y a un ange, et est le corps de la nef « tout semé d'esmaux, armoyé (portant armoiries) de € France. » , *

Enfin, la fontaine, qu'on posait au milieu de la table, en guise d'ornement ou de surtout; c'est toute une histoire en or et en argent : « Une des grandes fontaines, « que douze petis hommes portent sur leurs espaules; et « dessus le pié sont six hommes d'armes qui assaillent « le chaste], et il y a six ars bouterez (arcs-boutants) en « manie (manière) de pilliers qui boutent (font) le siège « du hanap. Au milieu a un chastel en manière d'une « grosse tour à plusieurs tourelles, et siet ledit chastel « sur une haute* mote (colline) vert; et sur trois portes a a trois trompettes, et au bas, par dehors ladite mote, a « bâties (bâtisses) crénelées, et aux crenaux du chastel, « par en haut, a dames qui tiennent basions et escuz, et « deffendent le chastel ; et au bout du chastel a le siéffe « d'un hanap crénelé, i Certes, mie pareille fontaine ne ressemble guère à ce que nous nommons un cabaret de liqueurs, qui accuse la trivialité de sa forme par la trivialité de son nom.

Les inventaires du duc d'Anjou et du roi Charles V nous fournissent ainsi les renseignements les plus précieux sur le luxe inouï de l'Orfèvrerie de table, que l'on étalait sur

les dressoirs pendant les festins lorsqu'elle ne figurait pas vis-à-vis des convives.

L'Orfèvrerie religieuse, "qui n'avait peut-être plus alors la solennité et la sévère simplicité du douzième siècle, était, en revanche, infiniment plus riche de matière et se distingjiait par d'ingénieuses créations exécutées avec un art infini, avec une délicatesse admirable. Ce sont des vases sacrés en or pur, rehaussé d'émaux et de pierres fines; des croix d'autel et de procession chargées d'incrustations et de nidlages ; des crosses en vermeil avec figures en ronde-bosse; des burettes à couvercles faconde milre; des missels reUés erî argent travaillé au repoussé; des missels à fermoirs d'or ; les calices, les encensoirs, les ■ reliquaires même, sont en or massif. « Un encensier d'or, « à quatre pignons et à quatre tourneUes ; un grand en- « censier dor pour la chapelle du roy, ouvré à huit çha- « pitaulx en façon de maçonnière, et est le pinacle dudit « encensier ouvré à huit osteâulx (frontons), et est le pié « ouvré à jour. »

Les reliquaires et les châsses ont changé de caractère et représentent, non plus^des églises, des tombeaux, des monuments en métal orné de cabochons et d'émaux, mais des images de saints, debout, à genoux, assises, qui permettaient aux orfèvres de faire valoir leur talent d'imagier et de statuaire. On jugera mieux de ces images dans le texte descriptif des inventaires : « 1° Ung image d'or de « saint Jehan l'évangeliste , tenant ung reliquaire où est « une grosse perle ; 2° douze images des douze Apostres « d'argent doré, tenans reliquaires en une main , et en « l'autre espées, glaives, bastons et cailloux, assis chacun « sur un entablement doré, émaillé des armes de France; « S** une image d'or de la Trinité, tenant une croix brou- « sonnée (niellée), où le crucifix (le Christ) est dessus as- « sis en une chayere (chaire) que soustiênnent six aigles, « et est garny de vingt-huit perles, de seize saphirs et de « cent cinquante-six balaiz, pesant huit marc cinq onces;

9U HISTOIRE DES àRTS

« 4* ung inuige de Notre-Dame, dont le corps d'icelle et « de son enffant sont d'or, a une couronne garnye de pier-

• reries, a ung fermail en sa poitrine et le diadesme de « son enfTant gamy de perles, et tient en sa main ung

• firuitelet (branche d'arbre à fruits) par manière de scep- •tre, où il 7 a un gros saphyr, et poise quarante nAarcs

• tant d'or comme d'argent, c'est assavoir l'image, treize « marcs d'or, et Tentablement poise environ vingt-sept

• marcs d'argent. »

Combien peu de ces oeuvres prodigieuses de l'Orfèvrerie du quatorzième siècle ont survécu à tant de causes de destruction qui ont concouru à les faire disparaître successivement! Ces inventaires descriptifs, qui nous laissent de si vifs regrets, sont aujourd'hui les seuls témoins des merveilleux travaux d'un art que nous ne connaissons plus. Il y a cependant, au Musée du Louvre, deux ou trois statuettes et reliquaires d'or du même temps et du même style, entre autres une statue de la Vierge tenant l'enfant Jésus, en or, avec un piédestal d'émail azur représentant des scènes de TÉvangile, finement gravées sur or, et un reliquaire, de trente centimètre de hauteur, en forme de porlique ogival, décoré de figurines dans des niches, et tout brodé de pierres précieuses. Il y a aussi, à la Bibliothèque impériale , quelques manuscrits à couvertures en or, relevé aii marteau, gravé au niello, rehaussé de voirfines et de pierreries, entre autres rÉvangéliaire de la Sainte-Chapelle de Paris, dont la couverture, pesant huit marcs d'or, représente d'un côté la Crucifixion en relief, et de l'autre un sujet niellé. Il y a quelques bijoux trèsélégamment montés, entre autres le beau camée antique (représentant Jupiter ) serti en or, avec deux dauphins et des fleurs de lis ciselés en relief sur la bordure. Ce joyau, comme l'indique l'inscription qui se détache sur émail, fut donné par Charles V eh 1367 ; mais l'inscription ne dit pas quel est l'artiste habile à qui Ton doit une monture de si bon goût.

On connaît plusieurs centaines de noms d'orfèvres qui ont été gardes de TOrfévrerie à Paris pendant le quatorzième siècle, mais parmi ces noms il est impossible da démêler ceux qui se recommandent le plus par des œuvres importantes; car l'élection des gardes n'avait pas lieu en raison du mérite artistique de Thomme, mais eu égard à son caractère honorable et à son influence dans la corporation ou dans Tétat politique. Cependant on ne trouve pas <îans les listes chronologiques des Gardes le nom d'Etienne Marcel, qui, selon une tradition constante, aurait été orfèvre avant de devenir prévôt des marchands en 1555.

On sait qud rôle a joué dans l'histoire de Paris ce fangeux prévôt des marchands, qui s'était fait une puissance lonnidable de chef de parti sous la régence du dauphin Charles de France. Les chroniqueurs ne désignent nulle part Etienne Marcel comme orfèvre de Paris, et nous ne sommes pas étonnés qu'il ait été renié par sa corporation, lorsque les étals généraux de 1356, dans lesquels commença son triomphe populaire, eurent à peu près suspendu je commerce de l'or et de l'argent travaillé, en défendant . fabrication de la vaisselle et des joyaux d'Orfèvrerie, ^^^\ que l'usage de For, de l'argent et des pierres précieu- ^ sur les habits. Quoi qu'il en soit, Etienne Marcel, qui i^muait à son gré le peuple de Paris, et qui soutenait ou- Wement la faction de Charles le Mauvais, roi de Navarre, ^ntre le Dauphin et ses frères, comptait au nombre de ses partisans les plus forcenés un changeur^ nommé Perrin ^^f lequel assassina, dans la rue Neuve-Saint-Merry, •ean Baillet, trésorier général des finances (14 janvier j^^)- L'assassin, arraché de l'église Saint- Jacques-la- ^^oucherie, oii il s'était réfugié en invoquant le droit d a- ^"e, fut pendu le lendemain, après avoir eu le poingf ^^^p^f sur le lieu même où le crime avait été commis. **^s Etienne Marcel vengea la mort de Perrin Macé ; non- ^ulement il assista aux funérailles solennelles que l'évé- ^ ^aris fit faire au supplicié dans J'église Saint-Merry,

mais, à peu de jours de là, il convoqua les gens de loétier dans la Cité, sur la place Saint-Éloi, vis-à-vis du Palais, et, à la tète de cette milice d artisans et de marchands, tous ofTensés par le châtiment du changeur Macé, il pénétra dans le Palais jusque dans la chambre du Dauphin, sous les yeux de qui Ton massacra ses deux plus fidèles serviteurs, Jehan dé Gonflans, maréchal de Champagne, et Robert de Clermont, maréchal de France. Ce dernier avait assumé sur lui Feutrage fait au droit d asile par k capture de Perrin Macé dans une ^lise. D'autres amis et ofOders du Dauphin furent immolés dans ces sanglantes représailles. Pnéanmoins le Dauphin se réamdlia en apparence avec le prévôt des marchands, qui lui avait saavé la vie en lui mettant sur la tête son propre chaperon \Am et rouge, couleurs du roi de Navarre. Celui-ci avait formé, de concert avec Etienne Marcel, un complot pour s'empar rer de Paris et pour s'y faire proclamer roi de France. Marcel avait gagné les sympathies du peuple en se montrant rimplacable ennemi des Anglais. La nuit du 1" août 4358, au moment où il allait livrer la porte Saint-Antoine aux soldats du roi de Navarre, un quartenier, nommé Jean Maillard, et plusieurs bourgeois qui étaient d'intelligence avec le Dauphin, crièrent à la trahison, et, dans le tumulte, Etienne Marcel eut la tête fendue d'un coup de hache. Sa fin tragique entraîna la perte de la faction des Chaperons , qu'il avait formée avec le corwîours des gens de métiers et peut-être de sa corporation. Quelques-autres périrent après lui, tués dans la rue ou attachés au gibet. Une de ces victimes de la faction opposée fut son neveu Gilles Marcel. Deux siècles plus tard, un nouveau prévôt des marchands, *de la même famille, portant le même nom et appartenant aussi au corps des orfèvres, releva l'honneur du nom de Marcel.

11 est remarquable que pendant ces aimées de discordes civiles, lorsque la capitale était livrée aux séditions desChaperons mi-parliSy les provinces du nord en proie aux atro-

OHFÈVRKRIK FUANÇAISF tî5?

cités de fa Jacquerie, et les provinces du midi aux courses des Anglais, la communauté des orfèvres de Paris n'a pas cessé d'élire les gardes de leur métier, si ce n'est que, pour les trois années 4358, 1359 et 1560, nous ne voyons que cinq gardes élus : ce qui nous donne à penser que le sixième en charge était un des complices du pré\^t des marchands Marcel, et qu'il n'a pas été remplacé pendant ces trois années. Tant que Charles de France ne fut que ré- , gent, la misère publique empêcha sans doute l'Orfèvrerie paisienne de prospérer et de se distinguer, du moins par de beaux ouvrages-; mais, lorsque Charles V, dès les premières années de son règne, eut apaisé les esprits et réparé les désastres qui avaient accablé le royaume, que menaçaient à la fms rinvasion étrangère et les factions intérieiores, le retour du luxe ne tarda pas à ramener dans rChfévre. ie le travail et l'émulation. Dès qu'il y eut un roi, il y eut une cour, et ce roi et cette cour durent emprunter une partie de leur éclat aux arts qui travaillent For et l'argent. Voilà corameut l'organisation définitive du corps de TOrfévrerie s'établit sohdement vers ce temps-là, en s'entourant d'ordonnances protectrices et en se fortifiant du concours fraternel de tous ses membres.

Charles V fut, pour ainsi dire, le père des orfèvres ; sous son règne, les orfèvres de Paris, qui avaient obtenu le privilège d'une chapelle particulière, virent fixer d'une manière authentique leur rang et leurs prérogatives dans les cérémonies royales, municipales et ecclésiastiques.

Depuis des siècles, la commun :iuté était dans l'usage de faire chanter des messes, aux frais de la confrérie, dans plusieurs paroisses de Paris, spécialement à Notre-Dame, à Saint-Martial et à Saint-Paul. Ce fut le roi Jean ou Charles V (on ne sait lequel d^ deux). qui permit aux orfèvres d'avoir une chapelle. Les orfèvres pensèrent en même temps à joindre à c«tte chapelle un hôpital pour leurs pauvres et uile maison commune pour les «Ifaires de knir torps. ils attendirent jusqu'en 1309, avant de trouver un

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terrain oonvenable à cette tnple destinatkm. Un des l&m, Roger de Lapoterne, occupait rue des Deux-4?ortes \m grand logis af^lé VHôlel des Trois-Degrés, à cause de trois marches extérieures qu'on montait pour y entrer. 11 y avait eu, en 1302, sur le même emplacement, une petite chapelle dite de la Croix de laBeine, mais il n'en restait plus trace. Les gardes de la communauté achetèrent cette maison moyennant quatre cents écus d'or, et la firent démolir pour y construire de ncniveaux bâtiments en bois et en maçonnerie, capables de contenir un hôpital, une salle commune et une chapelle : la chapelle> était au fond; sur le devant, une grande salle pour les malades, au rez-d&diaussée *, au-dessus, mie autre salle de même dimensieo pour les assemblées ; et des logements aux étages supérieurs pour le chapelain, le clerc et les autres domesU^ (attachés à la maison) de la communauté des orfèvres. Le 15 novembre 1403, la chaule fut dédiée solennellement à saint Éloi, et Ton y célébra la messe, en vertu ile lettres accordées par Tévèque de Farts.

Le chapitre et le curé de Saint-Germain-fAuxerrois essayèrent, à plusieurs reprises, de protester contre cette concession et de faire desservir la chapelle des orfèvres par le clergé de la paroisse ; mais les évèques de Paris s'opposèrent aux prétentions paroissiales du chapitre et da curé, et maintinrent aux orfèvres le droit d'avmr un chapelain spécial , choisi et payé par eux. La fondation de rhôpital avait sauvegardé celle de l'oratoire ou chapelle. L'évêque Pierre d'Orgemont, dans son mandement écrit en latin et daté du 12 novembre 1405, s exprime ainsi : • Nous avons consenti que, dans la maison ou hôfÂtal, nouvellement fondé et construit par nos trés-chers gardes de rOrfévrerie de Paris, et situé en la rue nommée en firaoçais Aux DeuX'PorteSf les orfèvres de cette ville de Paris, affaiblis par la vieillesse et accablés sous le poids de la pau* Treté et de la misère, soient reçus et recueillis et enlret^ pus avec las aumônes, rentes; et autres revenus apparte-

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nant à la communauté du métier. » En conséquence, il promettait quarante jours d'indulgence à ceux qui visiteraient cet hôpital et lui feraient des dons au profit des. pauvres orfèvres. Le cardinal de Chalant, qui était légat du pape à Paris, confirma, le 13 avril 1406, la fondation deThôpital et de la chapelle, ainsi que les indulgences promises aux bienfaiteurs des pauvres; et, dans une bulle donnée à Bologne, en septembre 1410, le pape lui-même, Jean XXll, augmenta encore ces indulgences en faveur du corps des orfèvres. Cette bulle, que le pape accorde à ses « chers lils les grands-maîtres et recteurs de la maison hospitalière des orfèvres de Paris, » rappelle les autres aumônes faites annuellement par cette communauté aux malades de THôtel-Dieu et aux prisonniers de la Conciergerie.

Ce fut donc à partir de cette époque que les orfèvres eurent à Paris une maison commune appelée hôtel du métier, un hôpital et une chapelle désignés ordinairement sous le titre d'hôpital et chapelle de Saint-Éloi aux or- [évres de Paris. Les gardes de FOrfévrerie s'intitulaient, dans la gestion des affaires de la communauté ; gouverneurs àe l'hôpital de Saint-Éloi. Cet hôpital était d'abord peu important, puisqu'il ne contenait que trois ou quatre lits ; les secours en argent et en nature se distribuaient alors plutôt à domicile, surtout quand on eut compris les orphelines et veuves des maîtres orfèvres parmi les pauvres que soutenait la corporation. Mais Thôpital ayant reçu un plus grand nombre de malades et d'infirmes, par suite des pestes et des famines qui désolèrent la moitié du quinzième siècle, ij fallut augmenter le nombre des lits, qui avaient été portés à vingt-cinq ; et, dès Tannée 1457, on acheta une maison adjacente située au coin de la rue des Deux-Portes et de la rue Jean Lointier. Dans le siècle suivant, on ajouta encore plusieurs maisons voisines à cette maison des pauvres, nom qu'elle porte dans les anciens conaptes et qu'elle a conservé jusqu'à la révolution

d% 99, qui la supprima avec la jurande de rOrfévrerie.

Le corps des orfèvres de Paris était le plus généreux, le plus aumônier de tous les métiers, quoiqu'il ne fût ni le plus riche ni le plus privilégié. Outre les secours qu'il ne refusait jamais à ses membres souffrants, il célébrait, par des aumônes et des visites aux prisonniers, les prindpales fêtes de TÉglise ; il offrait un repas annuel, le jour de Pâques, à tous les pauvres de FHôtel-Dieu ; il donnait sans cesse de l'argent, des aliments et du linge aux religieux des ordres mendiants, qui, par possession d*usage, osèrent réclamer comme un droit acquis ces dons volontaires auxquels on avait affecté un caractère régulier.

Ces œuvres pies étaient dirigées et surexcitées constamment par diverses confréries qui existaient de toute ancienneté dans le corps des orfèvres. La première, qui remontait sans doute au règne de Dagobert et peut-être au delà» avait été formée sous Fin vocation de saint Denis et de ses compagnons Rustique et Éleuthère ; elle avait probablement sa chap?lle à Saint-Denis de la Châtre, église bâtie vis-à-vis de la place de Grève, sur remplacement de la prison où les trois apôtres des Gaules avaient été renfermés; elle allait souvent à Montmartre en manière de pèlerinage, pour y entendre la messe dans la chapelle de ces saints martyrs, à la lète desquels la confrérie faisait célébrer une messe en musique. Cette confrérie, qui n'a^-ail qu'un seul administrateur en 4202, prit une telle extension, que huit administrateurs suffirent à peine, au quinzième siècle, pour régler ses affaires. Elle fonda des anniversaires, des messes, des obits; elle dota et enrichit les églises et les couvents ; elle répandit à pleines mains les indulgences.

Une autre confrérie des orfèvres, celle de Notre-Danie de Blancmesnil, s'établit au commencement du quatorzième siècle, on ne sait à quelle occasion. La chapelle de la Vierge, sise au hameau de Blaucmesnil, près du Bourget, à deux lieues de Paris, devint le siège de la confrérie

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et lui dut une célébrité qui n'a fait que s'accroître jusqu'au siècle dernier. Cette chapelle, rebâtie en 1552 avec les deniers de la confrérie, était le but de fréquents pèle* rinages, qui renrichirenl considérablement. On y venait de c«it lieues à la ronde. La confrérie, qu une bulle du pape Innocent VI, en 4355, avait largement favorisée départions et d'indulgences, fut autorisée, par lettres patentes de Charles VI, au mois de mars 1^07, sous le titre de Confrérie de V Annonciation de la Vierge, Plusieurs papes et plusieurs évêques se plurent à augmenter les privilèges de cette association de changeurs et d'orfèvres, connue sous le nom de Notre-Dame de Blancmesnil. Les confrères disaient dire souvent des messes solennelles à Blancmesnil, et le peuple de Paris était toujours fort empressé de s'y rendre. Il était averti de ces cérémonies par un clocheleur de la confrérie, qui se promenait par les rues en sonnant une clochette d'argent destinée à cet usage.

Cette cloche fut emportée par les Anglais ou les Bourguignons, et, en 1448, on eut une nouvelle cloche, non plus en argent, mais en fonte, du poids de cent dix livres : il est probable qu'elle fut posée à demeure dans les bâtiments de la chapelle de Saint-Éloi, sinon dans quelque campanile de Notre-Dame de Paris. Cette cloche, bénite sous le nom de Marie, que lui donna un des confrères, Denis le Maignan, orfèvre, ne sonnait que pour annoncer les processions et les messes de la confrérie. Un autre orfèvre, Jean le Maignan, donna en même temps à la chapelle de Blancmesnil une image de saint Jean, qu'il avait îjans doute fabriquée lui-même, et qui était de cuivre doré, en mémoire du roi Jean, un des premiers bienfaiteurs de la confrérie. La cloche de Notre-Dame de Blancmesnil fut encore enlevée sous Henri II, on ne sait comment ; on la remplaça encore en 1 574, et, cette troisième cloche ayant été cassée à la fin du seizième siècle, cette lois on en lit deux qui durèrent autant que la confrérie. Une uouvelle confrérie des orfèvres, distincte des

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deux précédentes, s'établit vers 1547, en llionneur de sainte Anne et de saint Marcel, avec le consentement de Guittaume Chartier, évêque de Paris. Cette confrérie avait son siège à Notre-Dame, où étaient les reliques du saint et de la sainte. Le but de sa fondation fut certainement de faire une garde d'honneur à la châsse de saint Marcel, que le peuple parisien entourait d une dévotion particulière. Cette châsse avait été faite, dit-on, par saint Ëloi ou d'après ses ordres ; elle était en vieille orfèvrerie du septième ou du neuvième siècle, élevée et comme suspendue en Tair derrière le maître-autel, qu'elle semblait dominer, sur une plate-forme de cuivre soutenue par quatre colonnes hautes de quinze pieds.

La tradition voulait que cette châsse eût été apportée en dépôt, de l'église de Saint-Marcel dans la cathédrale, sous le régne de Philippe-Auguste, lorsque l'on craignait l'invasion du faubourg Saint-Marcel et le saccagement de l'église par les gens de guerre anglais ; le chapitre de Notre-Dame s'était toujours refusé à la restitution des reliques que l'église de Saint-Marcel lui avait remises en garde. Quoi qu'il en soit, la châsse ne sortait de la cathédrale qu'à la fôte de l'Ascension et dans les processions générales qui avaient lieu extraordinairement à l'occasion d'une calamité publique, telle que famine, peste, inondation, sécheresse, etc. Elle accompagnait ou précédait, en ces circonstances, la châsse de sainte Geneviève, patnmne de Paris ; elle était portée, depuis Notre-Dame jusqu'à Tabbaye de Sainte-Geneviève, sur les épaules de douze délégués de la confrérie qu'on appelait Messieurs de Saint-Michel; et, depuis Tabbaye de Sainte-Geneviève jusqu'à Notre-Dame, les orfèvres avaient l'honneur de porter la châsse de la sainte, taudis que celle du saint était confiée aux mains des bourgeois de la confrérie de Sainte- Geneviève, marchant nu-pieds et en chemises. Les confrères S3uls avaient le droit de déplacer et de toucher cette châsse, sans doute à cause de l'importance qu'on y

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attachait comme œuvre d'art. C'était un curieux morceau de Vcrriieil dwé, en forme d'église (selon un procès-verbal dressé en 1699), « avec deux bas-côtés couverts de fleurs de Hs, ciselées d'applique dans des compartiments à losange dont les enfoncements sont de lames d'or, enrichis tout autour de plusieurs figures d'or représentant la vie du smnt, et de vitrages d'or émaillé, » le tout orné d'un grand nombre de pierres précieuses. Les orfèvres, qui pco'taient cette châsse dans les processions, étaient vêtus de robes de velours noir et marchaient pieds nus et nutête, couronnés de fleurs (ayttnt chapeaux de plusieurs et diverses sortes de fleurs, disent les anciennes relations), un bouquet à la main.

Ces processions se renouvelèrent souvent avec beaucoup de pompe, jusqu'aux approches de la Révolution, surtout pour obtenir de la pluie et intéresser le ciel à la conservation des biens de la terre; les orfèvres ne cédèrent jamais à personne le port de la châsse de saint Marcel.

Une quatrième confrérie des orfèvres, qui ne se réunît à celle de Saint-Marcel qu'en 1595, se forma vers 1448 à Notre-Dame, et s'intitula Confrérie du Mai, parce que son objet principal était la plantation d'un arbre vert, le premier jour du mois de mai, à minuit, sur la place du Parvis, devant le grand portail. Ce fut en 1449 que cette confrérie, dont le chef, élu chaque année, se nommait le Prince du Mai, apporta son premier mai décoré de rubans, de devises et d'emblèmes en l'honneur de la Vierge, et le planta solennellement aux sons des instruments et des cloches. Plus tard, on ajouta d'autres off*randes à l'oblation du mai, qui restait debout, chargé de tous ses ornements, jusqu'à ce qu'il fût remplacé l'année suivante par un nouvel arbre vert, qu'on appelait le mai des orfèvres. Les confrères ne manquaient pas de célébrer la céréragnie par un joyeux souper.

La confrérie du Mai ou de Notre-Dame, qui devait absorber toutes les autres nées dans le sein de la corpo-

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ration des orfé?res de Farts, eut pour hisiorieii un orfèvre, Isaac Trouvé, qui publia et vendit lui-mènae en 1685 k Recueil de pièces louchant l'origine du tableau votif que les orfèvre* ou joailliers de Paris présentent tous Us ans, lei*' maif à la Sainte Vierge^ dont la Confrairie des orfèvres, la Châsse de saint Marcel et l'Éloge de VOrfévrerie, etc.» volume que devait rendre rare et précieux Tempre»sement deç confrères à Tacheter et à le lire.

Ces différentes confréries ne comprenaient pas tous les membres du corps de TOrfévrerie de Paris ; elles n avaient donc point à paraître dans les céxémonies publiques où le corps occupait officiellement une place marquée, quelquefois la première, parmi les six corps de marchands de Paris.

C'étaient les orfèvres qui portaient, avec les échevins, le dais d'orfèvrerie (comme on disait dans le vieux langage), aux entrées solennelles des rois, reines et légats dans Paris ; c'étaient les orfèvres qui exécutaient les présents d'orfèvrerie que la Ville offrait alors à ses augustes liùtes ; c'étaient les orfèvres qui d'ordinaire complimentaient les rois de France à leur avènement. Les gardes de la communauté des orfèvres, à l'occasion de ces grandes cérémonies, furent toiyours mandés par le Conseil de Ville, présidé par le prévôt des marchands et le prévôt de Paris, qui leur assignait leur costume, leur rang et leur redevance ; ils ne déclinèrent jamais le coûteux honneur de faire figurer leur corporation au nombre des corps de marchands, appelés à contribuer, chacun pour sa part, à la dépense et à la splendeur de la fête. Le i^ng des orfèvres, au milieu du cortège, était subordonné à des conventions particulières que nous ne pouvons apprécier aujourd'hui : tantôt ils précédèrent les pelletiers et les merciers, tantôt les changeurs et les bonnetiers ; ils avaient, dit-on, dans Torigine des six corps, marché en tête de tous les métiers jwr droit d'ancienneté.

Leur costume traditionnel consistait en une robe longue

de velours à collet et à manches pendantes, dont la couleur Tariait suivant la décision du Conseil de Ville ; cette couleur était habituellement rouge ou cramoisie, et ce fut la couleur qui prévalut à la fm du seizième siècle, et que l'Orfèvrerie considéra comme la sienne -propre, d'autant mieux que le chef de sa bannière était de gueules. Cependant, les gardes de la communauté des orfèvres parurent, à l'entrée d'Anne de Bretagne, en 1504, vêtus de damas Ueu. Quant au costume adopté par les gardes en charge dans les principales fonctions de leur administration (ordinaire, il était seulement de drap noir, bordé et passemente de velours ndr. La forme de la robe, et particulièrement celle de la coiffure, qui fut longtemps le chaparon à pans et à cornettes, se modifièrent ensuite selon les usages de la mode générale. La livrée ou couleur du costume d'ordonnance des orfèvres dans les villes des provinces était différente de celle des orfèvres de Paris. Ainsi, dans la magnifique entrée de Henri II et de Catherine de Médicis à Lyon, en i548, les orfèvres, qui faisaient partie de la troisième bande des métiers, avec les teinturiers et les tissotiers, étaient conduits par un capitaine, comme eux habillé « de veloux noûr, doublé de taffetas blanc doré, le collet, le pourpoint et chausses garnis de gros jaserans (cotte de maille), entresemès tant de petits et gros boutons, que fers d'or et de croissants d'argent. »

Les orfèvres de Paris portèrent seuls, pendant plusieurs siècles, le dais ou poil sur la tête du roi, de la reine ou du prince qui faisait son entrée ; mais, à partir de l'entrée de Louis XII, en 1498, ils partagèrent cette prérogative avec les autres corps de marchands, et ils n'eurent plus qu'un des bâtons du dais à tenir. Ce dais, en drap d'or brodé aux armes de France, était une sorte de tenture mobile soutenue par quatre bâtons couverts de velours bleu fleurdeUsé en or. La première entrée dont la Jrelalion nous ait conservé d'une manière certaine le témoi-

gnage de cette prérogative exclusivement réservée d'abord aux orfèvres est celle de Henri VI, roi d'Angleterre, qui eut, comme roi de France, les honneurs d'une entrée solennelle à Paris, en 1451. Mais il est incontestable que, dans les entrées précédentes dont nous ne possédons pas de relation circonstanciée, les orfèvres de Paris avaient déjà joui des mêmes privilèges, que leur garantissait le don d^orfévrerie, présenté en ces circonstances et connu sous le nom de don de joyeuse entrée ou de joyeux événement.

Les orfèvres de Paris eurent beaucoup à souffrir pendant les dissensions intestines du règne de Charles VI, lorsque la ville fut tour à tour liwée à la faction de Bourgogne et à celle d'Orléans. Ih se mêlaient sans doute un peu trop des affaires politiques, et ils contiiniaient à vouloir, comme du temps du prévôt Marcel, diriger les mouvements du populaire; ils appartenaient évidemment au parti bourguignon, qui avait tant d'appui parmi les bourgeois et les marchands de Paris. On ne peut attribuer cette sympathie pour la maison de Bourgogne à la protection spéciale que les princes de cette maison accordaient aux orfèvres et à tous les artistes ; car les oncles du roi, les ducs d'Anjou et de Berry n'étaient pas moins passionnés pour les arts que le frère du roi, Louis d'Orléans, rival et ennemi déclaré de Jean sans Peur, duc de Bourgogne. Les comptes des parties d'orfèvrerie faites et livrées par les orfèvres-valets de chambre du duc d'Orléans égalent peut-être en magnificence et en richesse ceux de la cour de Bourgogne. Mais il est permis de supposer que ces orfèvres de chambre ou de palais n'étaient pas maîtres dans le corps des orfèvres de Paris, et qu'ils ne demeuraient pas môme dans cette ville. Ils ne furent donc pas compris dans les mesures de rigueur que le roi crut devoir prendre, à son retour dans sa capitale, contre les corps de métiers qui avaient eu part à l'insurrection des Màiliotins en 1382. Les deux principaux chefs de cette révolte avaient été un drapier et un orfèvre que l'histoire ne nomme pas : ils

furent exécutés les premiers, après-la soumission de Paris, et la femme de cet orfèvre, qui était grosse, se jeta par la fenêtre en apprenant Texécution de son mari. Cène fut pas sans doute la seule victime que la corporation des orfèvres eut à compter parmi les Iro's cents prisonniers qui furent mis à mort. Cette corporation ne fut pas d'ailleurs plus épargnée que la prévôté de Paris, Féchevinage et les autres institutions municipales de la ville rebelle.

Charles VI, par son ordonnance de janvier 1383, abolit l'élection desmaîtres jurés et gardes de FOrfévrerie, conmie il avait déjà supprimé les gardes de la boucherie, de la draperie et des autres communautés de métiers; il les remplaça par des prud'hommes nommés dans chaque métier au choix du prévôt de Paris, et institués seulement pour visiter les denrées et empêcher « qu'aucunes fraudes ne soient commises ; • et il défendit expressément aux gens de métief de faire aucune assemblée, « par manière de confrérie ou autrement, en quelque manière que ce soit, excepté pour allerà.F^Iise ou en revenir, » sous peine d'être réputés rebelles et désobéissants à la couronne de France, et de perdre corps et avoir. On peut supposer que cette ordonnanc3 ne reçut pas d'exécution, du moins quant aux orfèvres ; car la nomination des gardes eut lieu comme à l'ordinaire cette année-là et les suivantes. Ceux qui étaient en charge du temps des Maillotins, et qui avaient probablement pris part active à la rébellion, se nommaient Martin Mignon, Jean Josseau, Pierre Daniel, Guillaume Marcel, Fery Perrier et Matthieu Levachet. Celui qui portait le nom de Marcel, et qui avait hérité peut-être de Fesprit de révolte du fameux prévôt des marchands, devait être aussi de sa famille. On est autorisé à penser que cet esprit de révolte, que le duc de Bourgogne avait soufflé dans le cœur de la bourgeoisie parisienne sous le r^ne de Charles Vf, atteignit encore quelques notables de la corporation des orfèvres; car, dans la sédition des Cabochiens ou des bouchers, qui fut comme le réveil de celle des Maillo-

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tins, plusieurs orfèvres se mirent à la tète da peuple &i criant Liberté l et Tun d'eux, Jean Maillot, fut ua des trente-neuf coupables que le roi excepta du bénéfice de Taranistie qu'il accordait aux séditieux partisans de Jean sans- Peur. Les orfèvres de Paris, à cette époque, ne pouvaient guère être dans les bonnes grâces du roi et de la fraction d'Armagnac, qui tenait tête à la faction de Bourgogne.

11 y a donc apparence que les plus remarquables ouvrages d orfèvrerie ne s'exécutaient pas alors à Paris, où le travail de For et de l'argent, pour le roi et les princes, n^urait eu ni liberté ni sécurité. Celait plutôt dans les viUes de Flandres que les orfévres (pouvaient, sans inquiétude, se livrer à leur art et lui donner une extension, un édat, une prospérité, qu'il n'avait pas eno(H*e atteints. La cour de France, ainsi que celle de Bourgogne, rechwehait les belles choses, et les tirait de la même source. On a peine à comprendre la quantité et la beauté des objets d'orfèvrerie et de joaillerie, que le roi et les princes français faisaient ouvrer par des orfévres indigènes ou bien achetaient à des orfévres étrangers, nonobstant la crue effrayante de la misère publique qui menaçait d'engloutir la royauté et la noblesse.

Quelques rapides extraits des Comptes de l'bôtel du duc d'Orléans (Archives de Jousauvault) permettront de juger de l'importance de ses dépenses en orfèvrerie. Ce ne sont que présents de vaisselle d'or ou d'argent et de joyaui enrichis de perles et de pierreries. Le duc et sa femme, Valentine de Milan, achètent de toutes mains, de J. Derosne, orfèvre de Toulouse, comme de Jehan de Bethencourt, orfèvre flamand ; de flans Cresl , leur orfèvre en titre, comme de J. Tarenne, changeur et bourgeois de Paris. On ne sait, en vérité, où l'on trouvait tout l'argent nécessaire pour payer tant de chefs-d'œuvre rares et précieux, quoiqu'on voie souvent le duc mettre en gage chei quelques bourgeois les plus grosses pièces de son argenterie. Chaque année, le duc et sa femme font des dépenses

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incroyables en joyaux pour les étrennes : colliers (carcam) émaillés, reliquaires d'or en façon de jardins, patenôtres (chapelets), hanaps, aiguières, anneaux, ceintures, pendants d'oreille, tout sort de la boutique de Torfévre et du lapidaire. Les saints et lès églises ont aussi leur part dans ces largesses; en 1593, le duc donne à la châsse de moih seigneur saint Louis, le jour de la fête de Saint-Denis, un fermail d'or garni de trois saphirs et de trois grosses perles avec un rubis au milieu, f^ duc n'achète que pour donner. Un départ, un retour, un mariage, un baptême, chaque circonstance de la vie des personnes qui l'entourmit sert de prétexte à un don d'wfévrerie. 11 donne au roi lui-même, it donne à la reine, au Dauphin, aux filles du roi, et toujours de l'or, toujours de l'argent, toujours des pierres précieuses, toujours la main-d'œuvre des orfèvres. On ne sacrait pas un évêque, que le duc ne lui envoyât un présent d'argçnterie considérable. En 1395, il envoie au pape € un joyau d'or en manière de chef de madame sainte Catherine, tenu par deux anges d or, » garni de balais, saphirs et grosses perles. En 1594, il fait faire deux nefs d'argent doré. Tune ayant aux bords deux loups enchaînés sur une terrasse émaillée, et l'autre ornée de deux dragons à ses extrémités ; en 1597, il commande à son orfèvre Hans Crest ou Croist une grande nef de table; tlit du Porquepy (Porc-épic) d or, laquelle pesait quarantedeux marcs quatre onces onze estellins. Il possédait dans son trésor une autre nef, bien plus riche, composée d'une quantité de pièces détachées qui se réunissaient de manière à former une sorte d'histoire en or et en argent, l'or et les pierreries pesant soixante-seize marcs une once onze esterlins, et l'argent, trente-deux marcs une once six esterlins : la valeur de cette nef était si considérable, que le duc n^avait jamais pu la solder en totalité, et qu'on la vendit. afNrés sa mort, moyennant six mille francs, au changeur Tarenne, pour acquitter ce qui était encore dû.

Nous voudrions pouvoir rapporter la longue description

que nous fournit rinvenUore posthume des joyaux du duc, pour faire comprendre la merveilleuse exécution de cette pièce célèbre, décorée de statuettes d or et d'argent, d'images émaillées de diverses couleurs, d'admirables pierreries et de perles orientales.

Cet inventaire de rorfévrerie de Louis d'Orléans, relevé avec soin en 1406, sous les yeux du sire de Fontaine, son chancelier, paut seul donner une idée juste des chefsd'œuvre qui allaient s'entasser dans les armoires et les écrins de ce prince luxueux et libéral. Un article de TIbventaire montrera comment sont décrites toutes les pièces qu'il passe en revue : « Deux ilacops d'or, en faç<m de coquilles de saint Jacques et une autre, chascun tenant au corps de deux serpens volans, couronnés chascun flacon, au-d ssus, d'une couronne que tiennent deux ymaiges assizes sur deux orilliers esmailliez de blanc, et en la panse de chascun, un image d'enleveure (estampage) tenant un bourdon sur une roche argentée, et une autre couronne, d'un costé garny en la couronne de petits bal^iz, et de l'autre par un Charlemagne enlevé (estampé) assiz sur une terrasse de vert, et un saint Jacques yssant d'une nue à (avec) un rouleau où est escript : Cfiârles va délivrer Espaigne ; garniz les deux flacons es dictes couronnes, l'un de VI saphirs, de IV balaiz, et l'autre d£ VI saphirs, l balaiz et de XL petites perles, pesant ensemble XLl marcs VI onces XV esterlins. » Ces deux flacons furent vendus deux mille cinq cents livres neuf sols quatre deniers oboles tournois.

Une pièce d'orfèvrerie, qui paraît avoir été fort à la mode dans ces temps, c'est un estampage ou mlevurty représentant des sujets à personnages et souvent reliaussé d'émaux ou de pierreries. On nommait tableaux d'or ces ouvrages exécutés au marteau ou fondus dans des moules. Le duc d'Orléans en avait un grand nombre, dont les principaux sont décrits dans les Comptes de son orfèvrerie. « Un tableau d'or d'un crucephiement Nostro Seigneur, à

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plusieurs ymages et pes^-sohnaiges ; un taldeau dV d'un mystère comment Nostre Seigneur lava les piez à ses disciples; un tableau d'or d^'une ymage de Nostre-Dame; deux d'une Annonciation Nostre-Dame d'enleveure, » etc. Le duc avait encore une multitude d'images en ronde bosse, de statuettes en or, sur des piédestaux* en or et argent, avec des incrustations en perles et en pierres unes. Ces tableaux et ces statues d'or indiquent assez les rapports, de plus en plus intimes, qui existaient entre l'art du dessin et rOrfévrerie, Les orfèvres, à cette époque, devaient être des statuaires habiles, comme les émailleurs, des peintres véritables* Parmi les grands artistes que le duc d'Orléans employait le plus volontiers, il suftira de citer Nicolas Giffart, excellent orfèvre de Paris.

La joaillerie avait pris un prodigieux développement, en raison de celui du luxe des habits, que 1 on couvrait littéralement d'or et de pierreries. Les moindres objets de rOrfévrerie de toilette étaient travaillés avec une délicatesse exquise et tout hérissés dimages en relief : il y avait partout des figures de saints, d'anges, d'hommes et d'animaux, des feuillages et des fruits de toute espèce, des coquillages, etc.; ces figures et ces images affectaient de préférence un caractère emblématique ou héraldique. Les pierres de couleur et les émaux servaient à donner plus de réalité aux objets représentés. C'était alors la grande vogue des ceintures d'or ou dorées, dont l'usage avait été défendu aux femmes de la bourgeoisie, et, à plus forte raison, aux femmes d'amour ou folles de leurs corps. Ces ceintures ou demirceinis. dont la boucle, le passant et le mordant étaient souvent émaillès, ou niellés, ou incrustés de pierreries, avaient quelquefois une grande richesse. On trouve, dans llnventaire de Charles V, « une seinture longue, à femme, toute d'or, à charnières, garnye; » dans les «Comptes de joyaux achetés par Vatentine de Milan, l'an \ 392, une ceinture d'or garnie de cent vingt peiles et treize rubis lialais; dans les Comptes pour l'année 1397,

une ceinture en or pesant deux marcs trois onces quatre esterlint» ^knt cent trrate-six liwes trois sous six ^ niers. Parmi les autres joyaux d^habiUement, il finit citef des chapeU d*or ou d*orfé?rerie, ou d'orfroi (filigrane d*or) : la duchesse en avait un en or « à fleurs de genêts i, orné de huit diamants et de huit rubis.

Les ouvrages de métal, au repoussé ou dienleveurt, qui étaient si nombreux dans tous les trésors royaux et seigneuriaux, appartenaient généralement à rOriévrerie de Flandre, où des ouvriers de Limoges et de Lyon avaient importé d'abord la chaudronnerie historiée, connue depuis sous le nom générique de dinanderie. Les dinandiers, après avoir longtemps estampé etmartelé le cuivre, le laiton et rétain, n'avaient fait que changer de métal, sans changer d'art ni de procédés : sans modèle et sans préparation, ils excellaient à feire de véritables bas-reliefs sur des feuilles d'or ou d'argent qu'ils relevaient au marteau et qu'ils achevaient au ciseau ou rasoir,

Cto ne saurait énumérer tous les morceaux d'orfèvrerie artistique, plus remarquables encore par le mérite du travail que par le poids du métal, qui sont décrits dans les Comptes et les Inventaires du quinzième siècle ; mais on s'explique comment un si petit nombre est parvenu jusqu'à nous, lorsqu on voit jusqu'à quel point s'était appauvri le trésor de Charles V, et quand on apprend, par l'Inventaire posthume de Louis d'Orléans, que la plupart des joyaux qu'il avait fait exécuter à tant de frais furent vendus au poids à des changeurs ou à des Lombards, qui les fondirent ou les emportèrent hors du royaume.

L'Orfèvrerie religieuse ne nous a pas laissé plus de souvenirs matériels que l'Orfèvrerie laïque, et nous en sommes réduits à regretter les prodigieux ouvrages qui ténH)ignaient de sa perfection dans le style ogival et hislorié. Un des plus célèbres, la châsse de saint Germain, fnt pourtant conservé dans l'église de l'abbaye Saiut-tiermamdes-Prés jusqu'à la Révolution : c'était une église gothique

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pêsaiit vingt-six nSarcs d'or et dem. cent cinquante marcs d'^ufgeot, avec deux e^t soixanto inerres fines et cent qtiatre-¥ii3gt*dix>4ept parles. L'abbé Guillaume Tavait fait oéeuter, en 4408, par trois bçnfr orfèvres de Paris : Jean de Glichy, Gauibier Dufour et Guillaume Boey* Ge.saperbe morceau, qui est décrit dans VHistoire de f Abbaye de Saint-Germain par dom BouiHar4 prouve que 1 Orfèvrerie de Paris, mèxm sous le règne (i^stt*eiix.de Clwirles VI, au milieu des guerres civiles, en présence de TinvasioD des Anglais, n'avait ps» suspendu ses travaux. Les oifévres parisiens les plus notables de cette épo(pie scmt Jehan Delut, orfèvre db Mmie de Glèves, ctechesse d'Orléans ; Pierre de LadehcHrs, Jeaii*Ntcolas de Gonesse, Jean BlelUer, Julien Gaultkr, Simc»! Leroy, etc., qui furent èhis plusieurs fois gardes de leur cmnmunauté.

Mais le centre édatant de TOrfévrerie de cour était la ville de Gand, ^t Finfluenoe bienfaitrice de la maison de Bourgogne avait fait èclore d'habiles oifévres dans les principales viUes/du Brabant, du ^inaut et des Flandres. Chacune de ces vHles eut sa corporation d'orfèvres, ridie et puissante ; chacune mit, en quelque sorte; une écde, un genre spécial dans seâ œuvres d art. En France, les ducs de B^ry et d'Orléans excitaient les progrès de l'Orfévrerie et se faisaient tm point d'honneur de l'encourager par des récompenses ; les ducs de Bourgogne se piqiuiient de voir fleurir TOrfévrerie dans les pays divers soumis à leur domination.

De tous les arts, l'Orfèvrerie fut celui que l'industrieuse population de la Belgique rendit le plus populaire ; et dans ces vieilles cités, dont la bourgeoisie marchande était si riche, Fart des orfèvres-joailliers ne fat pas voué exclusivement, comme en France, au service des nobles et des grands. Le premier élan donné à cet art dans les provinces flamandes était venu des ducs de Bourgogne; Tintelligenle vanité des bourgeois fit le reste. Pendant totit le cours du quinzième siècle, les plus précieux ouvrages des

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orfévfes de Gand, de Bruges, de kindles et des autres villes à corporatioBS d'orîëvres , alléreat suocessivem^t prendre pbee dans le trésor de Bourgogne; mais tout Tor, tout l'argent , que les ingénieux artistes de ces viUes4à fondaient, estanq^eiait, niellaient, découpaient et ciselaient, où allaient^ls, sinon sur les dressoirs et dans les coffres de la fiére bourgeoisie locale ?

11 y eut aussi un commerce d'échange entre rOrféyrerie flamande et FOrfévrerie italienne, qui s'in^irèrent et se modifièrent Tune par Tautre. Il en résulta peut-être IV bus de Tomementation dans les détails et dans les couleurs : on colorait les métaux, on les chargeait d'émaux, de nielles, de gravures et de gaufres ; on faisait de h moindre bagatelle d'orfèvrerie un prœsme (poème) ea or ou en argent, dont les images étaient empruntées à l'histoire de l'antiquité, à la mythologie païenne, à la légende catholique ou à la poésie chevaleresque. Les arts, en ce temps-là, se reflétaient et s'imitaient l'un l'autre : l'Orfèvrerie reproduisait les types que la peinture sm* verre étalait sur les vitraux, la peinture en laine sur les tapis* séries et les tiâsus, la peinture à l'œuf et à l'encaustique sur les murs, sur les panneaux de bMS et sur les plandies de cuivre. On ne doit pas s'étonner que les armoiries et les figures héraldiques aient été alors répamlues à profusion dans les pièces d'orfèvrerie, car tout était armo^ et blasonné, jusqu'aux jupes des fenunes, jusqu'aux pou^ points des hommes. L'art qui domine partout, coimne dans rOrfévrerie, au quinzième siècle, c'est la peinture, que Van Eyck et Hemmeling ne tardèrent pas à dégager de ses fonds d'or byzantins et de ses auréoles de pierreries pour lui donner la perspective et les demi-teîntes.

Les Comptes de la maison de Bourgogne, conservés dans les archives de Lille et publiés par M. Léon de Laborde, qui s'est attaché à en extraire la partie, relative aux arts et à riiidustrie pendant le quinzième siècle, ces Comptes, moins détaillés que les Inventaires de

Charles VI, du duc de Berry et du duc d'Orléans, dous offrent des renseignements précieux sur l'Orfèvrerie et sur les orfèvres. Nous y voyons que, si Philippe le Hardi et son fils Jean sans Peur ont beaucoup dépensé en vaisselle et en joyaux, Pliilippe le Bon et Charles le Téméraire se sont fait comme un point d'honneur de dépenser dix fois davantage pour le même objet. Il est permis de douter qu^aucun souverain de ce temps-là ait employé ses re- Tenus à des acquisitions d'orfèvrerie, aussi multipliées et aussi coûteuses que celles qui absorbaient les finances de la maison de Bourgogne et qui furent toujom^ dirigées par une vive intelligence de Tart et par un amour éclairé des belles choses.

Non-seulement les orfèvres des États du duc de Bourgogne étaient mis à l'œuvre, mais encore ceux des pays étrangers: sans cesse, les marchands de Florence, de Lttccpies, de Gènes, de Venise, vendaient fiu duc des pièces rares d'argenterie ancienne ou ncnivelle ; sans cesse, des changeurs, qui jouaient plus ou moins ouvertement le rôle d'usuriers ou de prêteurs sur gages, apportaient au duc de merveilleux bijoux et des vases splendides. On peut présumer; sans crainte de se tromper, que le duc s endettait souvent et ne payait jamais inlégralemtnt ce qu il achetait ; il engageait quelquefois son vameikment viel , pour en avoir du neuf à étaler sur ses dressoirs et ses buffets. D'après l'examen des Comptes, on s'aperçoit que le prince, sans doute faute d'argent comptant, ne faisait guère d achats directement aux artistes et aux marchands, mais qu^il chargeait un de ses ofticiers de traiter en son nom avec les vendeurs. Ainsi, quoique le corps de TOrfèvrerie à Gand fût en pleine renommée et que les maîtres orfèvres de cette ville eussent le pas sur tous les autres de la Belgique, ces orfèvres ne figurent presque nulle part dans les Comptes de Thôtel du duc, probablement à caus^ de l'intérêt qu'avait l'orfèvre particuher de Monseigneur à ne pas les faire connaître, en accaparant leurs ouvrages.

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