niSTOlKE l>£S ARTS
Nous possédons les noms des doyens et d^spiiseun^ cette grande Orfèvrerie gantoise ; nous les avons, gravés avec leurs marques, au nombre de phis de cent, sur les tables de cuivre de la corporation, et ces noms, illustrés la plupart en Europe par des morceaux achevés qui portent le seing de leurs auteurs, nous seraient à peine indiqués, si nous n'avions, potn* nous les apprendre, que les Comptes des ducs de Bourgogne. Ces Comptes ne dtent guère comme orfèvres de Gand, que Simon Lacheiigon, en 1449, et Bauduin le Prestre, en 1466. En revanche, ils citent environ quinze noms d'orfèvres de Bruges, dixsept de Bruxelles, quatre de Liège, quatre de Lille, denx d'Airas, deux de Dijon, trois de Paris, deux de Toumay, el un de chaque ville, pour Douai, Nons, Malines, Saint- Omor, Abbeville etOorbie; ce qui prouve, comme nous Tavons dit, que Torfévre-vaiet de chambre du duc, en charge ou en litre d'office, s'était réservé le privilège de servir d'intermédiaire responsable k ses confrères de Gand auprès de leur magnifique seigneur.
Cet orfèvre en titre semble avoir été Jean Mainfroy, qui s*intitule orfèvre de Monseigneur, et qui paraît dans les Comptes depuis 1405 jusqu'à 1406; il fiit remplacé par Louis Leblasere, de Bruges, jusqu'en 1440, et celui-ci eut pour successeur Gérard Loyet, qui éierça jusqu'à b mort du duc Charfes, en 1476. L'orfèvre du duc n'exécutait pas toujours lui-même les ouvrages qu'il fournissait à son maître ; mais il les choisissait, il les garantissait, il en surveillait l'exécution ; il était, d'ordinaire, forcé de supporter de grosses avances : il devait donc être fort riche. La garde des joyaux ne lui était pas confiée: il y avait une charge spéciale attachée à cette garde, charge que Philippe Munier, Monnot-Blachefoing et Jacques de Bregilles occupèrent l'un après l'autre avec le titre de garde des^joyaux de Monseigneur. Au reste, la majeure partie de ces joyaux se trouvait déposée en nantissement chez les banquiers et les changeurs. Chaque orfèvre, à qui le duc faisait une
cùmm&ode^ lui était indiqué par le gera*e même dans lequel cet artiste excellait : Thierry de Stanère grave le scel (lu secret et « le signet d'or à signer les lettres closes • du duc; Guérardin CJutin, de Bruges, monte des pierres précieuses en /"ermai^ (agrafes) et en bagues ; Guillaume Mathurel (vsppe des jetoin ou jetons d'argent et de laiton ; Jean Hennecart, qui est qu2ài[ié peintre varlet de chambre cki duc^ fait des patrons d'orfèvrerie ; Jean de Cologne, égalenaent peintre, se mêle aussi du métier d'orfèvre; Hennequin dore et émaille des fermoirs de livres ; Jean Pentin, de Bruges, couvre le damas et le velours de br(h . dure, d'orfèvrerie et de fusils (pierres brillantes). Les Comptes ne sont malheureusement pas aussi descriptifs que les inventaires, et 1 on n'a souvent qu'un nom d'orfèvre avec la somme qui lui est payée, sans désignation de l'objet du pay^ifênt.
La na^lian des joyaux est plus explicite, quand il s'agit d'en établir la valeur, a'vant de les mettre en gage ; ainsi en 1412, le duc emprunte sur joyauit-à Laurens Caignief, marchand de Lacques, demeurant à Paris, et lui confie, en j»résence de témoins : « un fremail, d'un serf de la devisé du roi Richart, garny de xxii grosses perles, n balaiy carrés, n saphyrs à huit cosles et un ruby ; item, un grand dyamant carré à pointe en un chaton d'or, lequel dyamant est du grant (de la grandeur) d'une noisette de eooldre (coudrier) ; item , un fremail d'or d'un ours esinailié de blanc, garny autour du col de deux dyamants, UM ruby et une grosse perle pendant et un autre ruby au front dudit ours ; item^ un autre fremail d'or, garny de trois perles, un ruby longuet au milieu et un dyamant carré W pointe, au dessus , lequel fremail est de deux lleurs, lune esmaillée de blanc et l'autre d'or ; item, une crosse d'or doublée, garnye de six grosses perles rondes, d'environ trois karas la pièce, » etc.
La joaillerie, au quinzième siècle, prend le pas sur l'Orfèvrerie ou vaissellerie, et les orfévres-joaillers de la Bel-
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jôque u*ont pas de ri^ux en Europe : ils niellent et gravent comme à Florence et à Venise ; ils émaillent comme à Limoges ; ils montent les pierreries comme à Paris et-en Lorraine ; ils forgent et ctsellent mieox que partout ailleurs. Leur art se plie à tous les élégants caprices de la mode, qui avait tant d*occasions de briller aux fêtes de la cour ducale ; ils ne dédaignent pas de faire des ve^-veUes pour les oiseaux de la fauconnerie du duc, des sotineOes ou grelots pour les habits de ses fols et de ses gémL% des brodures à feuilles de houblon pour les robes à chevauckier des écuyers, des fhcarts (houppe) de fil d'or pour les chapels des dames, des boucles et des fermaiis de ceintures, des estampages historiés pour les cottes d armes et les jaquettes de veluau (velours), des selles de chevaux dorées et émaillées, des harnois et armes de toutes sortes, des trompettes en argent, d«» écussons armoyés à mettre sur toutes les pièces de rhabillenient, etc. Afais leurs principaux ouvrages étaient les bijoux pro[H*ement dits, colliers, chaînes, agrafes, bracelets, boucles, bagues, etc., enrichis de perles, de diamants et de pierres fines, qui éblouissaient les yeux dans le i:ostume des hommes et des femmes. Les orfèvres marchands de joyaux, tels^ue Guillaume Sanguin, Jean Pentin de Bruges, et surtout Louis Leblasère, qui fut Tami du grand Hemmeling, gagnaient des sommes énormes à façonner et à vendre des joyaux pour la cour de Bourgogne, sous le duc de Pliilippe le Bon.
De toutes les pierreries en usage alors, la plus estimée et la plus recherchée était le diamant, qu'on avait peu remarqué, tant qu'on n'avait pas su le tailler, ie polir et le monter à jour. La valeur du diamant augmenta de^is, en proportion de l'habileté des joailliers et à mesure que le lapidaire, en le taillant, parvenait à lui faire jeter plus de feux et d'étincelles. 11 ne reste rien, ou presque rien aujourd'hui, de ces fermaiis d'or garnis de fleurs de diamants, de ces anneaux d'or garnis de diamants en j
tablette, à façm d'écussan, à plusieurs faces, à pointe, ù huit pans, en fo&e, en étoile, etc. La monture de tous ces bijoux était légère, délicate et rare^
Les guerres du quinzième siècle, les calamités publiques qui en furent la suite naturelle, diminuèrent considérablement la quantité d or que la France et les Pays-Bas avaient à mettre en œuvre ; une partie de cet or passa en Angleterre et n'en revint pas; une autre partie fut exportée par les changeurs et les march<inds étrangers; une autre, employée au commerce des pierreries, alla s'enfouir dans rOrient; une autre enfin fut transformée en numéraire, car, dans ce siècle-lfi, chaque souverain se piqua d'avoir de la monnaie d'or à son nom. L'or qui resta dans l'Orfévr^e et la joaillme ne re^n'ésentait peut-être pas la dixième partie de cdui qu'on avait appliqué à cet usage sous Charles V. 11 fallut donc suppléera la matière et déguiser, autant que possible, son absence : on abandonna tout à fsiit la vaisselle d'or, que l'on remplaça par la vaisselle d'argent dwé.
De cette époque date sans doute le nom d'argenterie donné à tout le service de tablé en général. On accrut les dimensions des pièces et le déploiement de leurs formes bizarres, afin de mieux cacher ce qui leur manquait en force et en poids ; la plus belle argenterie ne fut plus, comme naguère, la plus massive. Ainsi deux qualités (vases contenant le quart du setier), deux aiguiers (aiguières) et six gobelets d'argent blanc, vendus en 1593 par JosseCunin, orfèvre de Bruges, ne pèsent que douze marcs à huit francs le marc; douze hanaps, émaillés au fond, et une aiguière d'argent doré, vendus en 1412 par Denisot le Breton, changeur de Paris, pèsent ensemble trente-six marcs un once dix-sept oboles, au prix de dix hvres le marc ; deux bassins d'argent doré aux bords, vendus en 1452 par Collart Lefèvre, changeur de Bruges, pèsent vingt marcs; six tasses d'argent, vendues la même année par Jehan van Berghen, orfèvre de Bruxelles, pèsent six marcs quatre
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onces, fto prix de neof liwes le marc; un boodier, sue épée, un arc et sa flèche ea argent, destinés à être donnés en pnx au jeu de Tare de Saint-Omer, rendus par Vineent de Fourques, orfèvre de cette TiUe, en 1438, pèsent six marcs. On remarque pourtant quelques coupes d*or, destinées à des présents. On fabriquait encore beaucoup de tableaux d'or^ qui n>3taient souvent que d'argent doré et dont le métal, y compris le cadre , pesait moins que la garniture de pierreries. Voici la description de qnelquefr>uns de ces tableaux; k Jean Peatin, oiiféTre de Bruges, en 1454, « pour la fiicture d'un tableau dVqa'ii
• a fiiit pour Madame la ducbesse, où il y a dedans pltt- « sieurs reliques enchâssées, fermant estrmgement, ar- « rooiez des armes de Monseigneur et de madicte dame,
• soixantenlix livres. Item, pour crestail mis audit tait bleau, douse sols. » Au même, en 4452, « pour ung taf bleau d'or, pesant cent onze marcs, auquel a une ymage « de Nostre Dame et de saint Jean Baptiste, esmaiiliei de « blanc, gamy de huit balaiz, trente grosses peries pesans « environ trois karas la pièce, et ung gros saphir, t quatre cents saints d'or (le salut vaut douze francs de notre monnaie).
L'Orfèvrerie d'égKse, de même que celle de tible, était en argent doré ou en argent Uanc, assez mince, mais chargé d'histoires relevées au marteau , ou gravées au niello ou peintes en émail ; elle avait un caractère moins religieux que profane; elle n'imposait pas par la séférité de ses formes : elle séduisait par le goût de ses ornements, elle éblouissait par la richesse de ses détails.
Les Comptes des ducs de Bourgogne ne font que mentionner le poids et le prix des burettes, calices, chandeliers, vases sacrés et autres ustensiles d autel, que les ducs achetaient pour leur chapelle; mais on peut apprécier le style fleuri de lOrfévrerie religieuse du quinzième siècle, d'après quelques petits cheft-d'œuvre qui existent dans les cabinets des amateurs de Belgique. Un de ces
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chefs-d'cBUvre es4 la boîte aux saintes huiles, en façon d'idTffloire gotique fleuroànée, que possède JM. Gh. Onghena 4e Gand, et qui porte, avec la date de ÎAS^^ le poinçon d'un des meilleurs orfèvres de cette ville, Gorneiïk de Bonté, lequel marquait ses ouvrages de son initiale ayant au centre une hermine (IwrU en flamand). .
Ge maître orfèvre, qui fut sept fois doyen du nrétier, de 1487 à 1500, était venu de Breda s'établir à Gand en 4472; il excellait dans TOrfévrerie à figmes.
On conserve à rfiétel de Ville de Gand un ècusson d'arçent doré, qu'il exécuta aux frais de la ville pour Tu* sage des quatre trompettes et ménétriers du beffroi. Cet ècusson, pesant deux marcs, représente la pucelle de Gand assise sous un baldaquin, entre deux chevaliers qui la gardent, et caressant le lion de Flantke, qui se dresse devant elle; au-dessous deux lions supportent un ècu au lion debout; la bordure qui rég^e à l^entour est un entrelacement de branches noueuses, en souvenir de la devise de Bourgogne. Corneille de Bonté n'était pas le plus célèbre des erfévres qui composaient Faristocratie bourgeoise de Gand, et qui appartenaient aux premières familles de cette ridie dté municipale, à celles de Van fiouten, de Valin, de Borlunt, de Vilain, de De Schoenen, de Van Ravenscoot, etc. Ces orfèvres exerçaient leur art de père en lils ; souvent il y eut à la fois deux ou trois maîtres du même nom : les Vanden Moere, les Zwartenbruc, les Vilain, les Van-Outen, eurent dans 1 Orfèvrerie gantoise une réputation héréditaire.' Partout, en Belgique, les orfèvres marchaient à la tète de toutes les corporations, et, parmi une multitude de noms cités dans les Comptes de Bourgogne, on n'a que l'embarras du chdx pour signaler de grands artistes , qui étaient presque toujours imagier^, peintres et même ardiitectes en même temps qu'orfèvres. Michelet Ravary, orfèvre de Bruges en 1424, avait probablement reçu les conseils de Jean van Ëyck, son anni et son locataire; Jean de Cologne, orfèvre, dessinait
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des plans d'égiise; Ckux Sloter et Giaux de Werne, ces admirables yUlkurs iTmaget de Dijon, faisaient des modèles d'orfévrene pour les ducs de Bourgogne. Le poète-secrétaire {indicmre) de Marguerite d'Autnche, Jean Lemaire, qui passait pour bon connaisseur en Mi d'art« cite, dans sa Couronne margaritique^ comme les mdlleurs orfèvres de son temps, Gilles Steclin de Valenciennes, Jean de Nimégue, le gentil GatUoù Corneille de Bonté, et ViUust}*e Bourguignon Robert Lenoble, € le bruit des or- « févres nouveaux (4500). » Au nombre des orfèvres qai rivalisaient avec eux ou qui leur avaient ap{M*is leur art, il convient de nommer Josse Cunin, Glasquin, Jean Dominique, Martin Guisbrecbt, Jean de Miron, pour Bruges; Jean Van Aken, Gaspart ef Henri de Bachere, Jean Siselaire, Jean Van den Kelde, Lionis Meert, pour Bruxelles; Jaquemart Festeau, pour Mons; Jean de Brye, pour Toiu^ nay; Jean de Godèie, pour liége; Jacques Alart, pour Douai; Regnault de BarÛer, pour Arras; Girard Van Bure, pour Lille; Golard de Bruxelles, pour Abbeville; Victor Mas, pour Saint-Omer, etc., qui tous soutenaient glorieusèment la bannière de saint Ëloi.
La France, au contraire, pendant tout le cours du quinzième siècle, ne vit pas {prospérer TOrfévrerie. Le roi était aussi pauvre que ses sujets ; pour subvenir aux frais de la guerre, il mettait en gage les joyaux de sa couronne, nonseulement chez les changeurs, mais encore chez les bourgeois et chez les évèques. En 1422, Charles VI avait engagé son grand diamant appelé le Miroir, pour avoir de * qu(H faire des dons de joyaux à ses courtisans ; en 1455, Charles Vil empruntait de Tévéque de Paris deux cents saints d'or, sur la garantie d'un tableau d'or représentant la Trinité et sainte Marguerite, enrichi d'une bien grout perle et de deux gros saphirs. Les princes et les séigdeurs, prisonniers à Azincourt , n'avaient pas eu trop de toute leur vaisselle pour payer leur rançon : en 1417 , Charles, duc d'Orléans, vend son argenterie pour la délivrance de
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smk frère Jean, comte d*Angoulèine, prisonnier comme lui en Angleterre; mi 1436, il fait Tendre à ftrug^ une croix d or et un rubis , et Ton en remet le prix k Dunois, qui doit le distribuer pofif le bien de ses affaires. Les Anglais et les Bourguignons avaient pille le pays ; la famine et la peste désolaient Paris et les principales villes. Charles Vil n'eât pas trouvé souvent un écu dor dans ses coffres. Les orfèvres n'avaient donc pas de travail, et l'on a lieu de croire que la plupart allèrent s'établir à l'étranger.
Cependant le conseiller et argentier du roi, le fameux Jacques Cœur, fils d'un orfèvre de Bourges, n'avait pas aequis des richesses aussi considérables que celles qui causèrent sa perte, sans faire acte de magnificence et de noblesse, en amassant une grande quantité d'argenterie. Mais ses envieux lui demandèrent compte de cette incroysdile fortune qui lui avait permis souvent d'assisUr d'argent le roi son maître; en 1452, on l'accusa de divers cHmes imaginaires, et notamment d'avoir fait sortir de France une masse énorme d'or, sous prétexte de trafic avec le Turc, Tous ses biens furent confisqués au profit du roi, qui eut alors, à peu de frais, une magnifique vaisselle de table ; car on dit que le trésor de l'hôtel de Jacques Cœur, à Bourges, était rempli jusqu'à la voûte, de numéraire, de métal en lingots et d'orfèvrerie, protégés, non-seulement par des murs épais, par une porte massive, par une prodigieuse serrure à secret, mais encore par des figures talismaniques. Une partie de la vaisselle et des joyaux de Jacques Cœur avait dû être fabriquée dans la ville de Bourges, où séjournèrent si longtemps Charles VU et sa coun Paris était au pouvoir des Anglais, qui semblaient avoir à cœur d'appauvrir cette malheureuse cité écrasée d'impèts et privée de toute espèce de commerce.
La perturbation s'était mise dans le corps de l'Orfèvrerie parisienne, quoique les gardes continuassent à y être élus tous les ans, et de grandes fraudes se commettaient, surtout dans la fabrication et la vente des ceintures d'argent
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et â«trw 0I96U de toilelte en argeot et «n or. Le» orféwes pertéreot pftaÎBtet en 1439, contre les merciers, cpii étaient les agents ordinaires de oes sortes de fraudes, et ils obtinrent de Henri VI, roi d'Angleterre, alors maUre de Paris, me ordonnance qui ei\ioignait aux orlëvres de si* gner de leur poinçon tous les ouvrages (pi'ils fataique* raient, et qui défendait aux merciers et aux marehmtU d'orfévrie {tk) d'acheter aucun ouvrage d'or ou d'argent sans marque. En cas de contravention, il y avait peine de confiscation de la marchandise, avec une amende d'un mire d'argent. Cette ordonnance rappelait aussi les anciennes ordonnances, et invitait les généraux gardes des monnaies à visiter diligemment les oeuvres d'orfèvrerie, en ayant soin de ne recevoir maîtres orfèvres, soit gromr au mennyet\ que des ouvriers honnêtes et capables, qui auraient subi l'examen des gardes de la corporatimi, fait le chef-d'œuvre et prêté serment aux statuts du métier.
Il est évident que beaucoup d'intrus s'étaient établis à Paris sans avoir brevet de maîtrise, et que leurs ouwages, fabriqués dans des lieux secrets, dans 1 intérieur des couvents et des collèges, ou dans les faubourgs, échappaient ainsi au contrôle des gardes du métier : de là les abus que l'ordonpance de 1429 ne fit pas disparaître, et qui se reproduisirent à différentes époques. Le nombre des maîtres était encore illimité et ne dépendait que du hasard. Il existait, en outre, beaucoup de compagn<ms qui tra-^ vaillaient en cachette et faisaient concurrence aux orfèvres privilégiés. Ces ouvriers de contrebande trouvaient des asiles inviolables dans l'enceinte des maisons religieuses et même dans le centre du Pala^is, où la police de la communauté n^avait pas le droit de les surveiller ni de les atteindre.
Quand Charles VII fut rentré dans sa capitale, en 1438, après avoir reconquis son royaume sur les Anglais, l'Orfèvrerie de Paris put reprendre ses travaux avec sa sécurité; elle ne fabriquait pas toutefois de grosse vaisselle,
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et elle se boi-tiaii à ouvrer des joyaux et des paremenls (parures) d'habits. Sons Louis XI, qui dédaignait le luxe, aile ne rencontra pas beaucoup de fa\mir cbez les grands; mais elfe commeiça de s'introduire cbez les riches bourgeois, qui eurent dès lors de Targenterie dans leurs salles el des joyaux sur leurs habits de gala. Sous Cliarles Vlll, au retour de Texpédition de Naples, Tinfluence italienne se fit sentir dansFOrfévrerie en même temps que dans les arts, et Ton peut supposer, avec certitude, que des orfèvres de Florence, de Venise et de Milan étai^t au nomlare des excellents ouviiers, comme dit Comines, que le roi avait ramifiés avec lui dans son royaume.
U s^[^it sans doute difficile de citer quelques grandes pièces d'orfèvrerie exécutées à Paris durant le quinzième siéele, à Fexception des présents que la ville offrait aux roiSj aux reines et aux princes du sang, en certaines occasions sotennelles. Ainsi, lorsque Charles YI fit smi entrée en 1389, une dotation des bourgeois et métiers de Paris, richement parée, vint le saluer à Fhôtel Saint-Pol et lui dit : « Très-cher sire et noble roi, vos bourgeois de la vâle de Paris vwis présentent, au joyeux advenement de votre régne, tous les joyaux qui sont sur cette litière. — Grand merci ! répondit le roi, bonnes gens, ils sont beaux et riches. » U y avait là quatre pots d'or, six trempeirs d'or et six plats d'or, le tout pesant cent cinquante marcs. La reine , de son côté , reçut une nef d'or, deux grands flacons, deux drageoirs, deux salières, six pots et six trempoirs en or; douze lampes et deux bassins d'argent, le tout pesant trois cents marcs. Charles VII en 44i37, Louis XI en 4461, et Charles Vlll en i486, reçurent aussi de riches dons d* orfèvrerie, qui ne sont pas désignés autrement dans les relations de leurs entrées à Paris. C'était toujours aux orfèvres de la ville que l'on s'adressait pour préparer ces dons, qui s'accompagnaient de confitures et d'épices. Le don ofl'ert à la reine Anne de Bretagne, lors de son entrée en 1504, coûta six mille livres tournois. En
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cl«hors de ces ciroonslances extraordinaires, les orfèvres traitent guère à fabriquer que des joyaux et des ornements de toil^te. Quelques-uns de ces joyaux dépassèrent tout œ qu*on avait vu en ce genre, témoin Tépée que por (ait le comte de Dunois à l'entrée de Charles VII dans la ville de Lyon eu 1449 ; cette épée dV, garnie de diamants et de rubis, était prisée plus de quinze mille écus, somme énorme pour le temps.
Le luxe des habits et des chitpeis orfèvres ne ût que M'ac<!roitre jusqu'à ce que Louis XI lui eût imposé le frein des lois somptuaires. Louis XI mangeait et buvait souvent dans rétain , et il faisait réparer la vieille argenterie de la couronne qui avait pu traverser les misères du dernier régne ; on lit, dans le compte des dépenses de son hètd en 1469 : t A Pierre Baston, orfèvre du roi notre sire, pour ses peines sallaires d'avoir rebruny douze tasses martelées... » Louis XI, malgré scm avarice, donna pourtant des châsses d*or aux reliques de quelques saints, des treillis d'argent à leurs tomb^uix, et envoya souvent des présents magnifiques à Notre-Dame de Cléry. Sa plus grande dépense d'orfèvrerie, pour son usage personnel, consistait dans les images ou enseignes qu'il attachait à son chapeaii, et encore ces images bénites étaient-elles parfois en plomb. Il s'occupa cependant du métier des orfèvres, comme le prouvent ses lettres de janvier 1470 relatives aux orfèvres de Tours, dans lesquelles il leur défend de monter en or doubles voirrines (deux verres de couleur l'un sur l'autre) excepté pour le roi, la reine et leurs enfants.
Dd tous les noms d'orfèvres français vivant à cette époque, il n'est pas aisé d'extraire les plus dignes d'une mention spéciale. Celui de Papillon est resté longtemps dans la mémoire des connaisseurs. Il y avait, à Paris, Jean Hasquin en 4442, Perrin Manne en 1445, et Jean Leflamenc qui travaillaient pour les ducs de Bourgogne. Jean Lemaire, dans sa Couronne margarilique, signale encore, comme les plus habiles en Cari fusoire, sculptoire et fa-
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brile, Ânteine de Bordeaux, Margeric d'ÂTignon et Jesn de Rouen, dont aucun ne figure dans les listes des maîtres gardes du métier à Paris. Ils étaient peut-être étaUis dans les villes que leur^sumom indique; car la plupart des grandes villes de France avaient des orfèvres à demeure, outre les orfèvres étrangers qui s'y arrêtaient pour vendre leurs ouvrages. Ainsi, à Bourges, que le long séjour de la cour de Charles VII avait enrichie» im orfèvre, nommé Chrétien Paule, fut chargé de travailler cent marcs d'argent que la ville donnait à la duchesse Anne de Bourbon en 1487; et la ville, en 149i, acheta de Jdian Chq)illon, orfèvre étranger et passant^ un reliquaire d'or et d'argent.
Les ouvrages d'orfèvrerie que vendaient ces marchands ambulants ne portaient pas de poinç^fi ni de marque, et n'étaient pas toujours au titre (Un et remède) des métaux de Paris ; la fabrique étrangère, surtout allemande et italienne, tolérait et même recommandait des alliages que celle de la France regardait comme des fraudes. Voilà pourquoi toutes les ordonnances royales concernant les monnaies prescrivent la surveillance la plus sévère sur les orfèvres et sur leurs travaux, qui dépendaient directement de la juridiction de la Cour des monnaies et de ses généraux (2 novembre 1475 et 50 août 1493). Cependant Louis XI, dans ses lettres aux orfèvres de Tours, janvier 1470, les autorise à employer, seulement pour les reliquaires, de Tor et de l'argent à bas titre, en inscrivant dessus : Non vennndetur, afin de certifier que ces objets de dévotion n'étaient pas destinées au commerce, (ki recherchait aussi, avec beaucoup de rigueur, les orfèvres qui , par erreur ou par mauvaise foi , faisaient usage de pierres fausses. Les Comptes de la prévôté de Paris, en 1495, signalent deux orfèvres de Paris, Jehan Poussepaiu et Guillaume de Verdet, c condamnés chacun à cent sols parisis d'amende envers le roi. » pour avoir mis en œuvre une pierre fausse teinte dé sang de dragon et montée en
Ml aiuieau qui fut confisqué et vendu au prolH du roi, à raison de quatre livres seize sels pso-isîs.
Louis XII, fils du duc Charles d'Orléans, avait appris de son père à regarder 1 Orfèvrerie conune l'apanage delà noblesse et de la royauté. Charles d'Onéans, après sa longue captivité en Angleterre, retrouva en France une partie de la vaisselle et des joyaux appartenant à sa maison; mais ils étaient encore engagés chez ses créanders. Ce fat son fils, Louis d'Orléans, qui les r^ira de leurs mains, pour les réengager de nouveau, quand il eut besoin d argent dans sa révolte contre la régence d'Anne de Beaujeu. En 1495, il emprunta, à Lyon, sur gage de joyaux, une somme de cinq mille cinq cent cinquante écus d'or. Dés qu'il fut sur le trône, il s'occupa des intérêts du métier de l'Orfèvrerie.
Son ordonnance donnée à Blois en novemlM*e 1506 confirma les anciennes, et enjoignit aux orfèvres de faire contre-marquer leurs ouvn^es^ à l'avenir, par les maîtres jurés qui auraient en gardeie contre-poinçon de k maison commune. Ce contre-poinçon devait être changé tons les ans, enregistré à la Cour des monnaies, et empreint sur k table de cuivre où Ton gravait les noms des maîtres en charge. Les autres dispositi(ms de l'wdonnance réglaient définitivement la situation des orfèvres vis*à«vis des changeurs, merciers, jouaiUiers, tabletiers et autres raarcHands qui se mêlaient plus ou moins d'orfèvrerie. Les merciers et joailliers (qui n'étaient pas orfèvres) ne devaient vendre ni acheter aucune vaisselle ni chose d'argent, sinon c les menus ouvrages d'or et d'argent; comme ceintures, demi-ceints, hochets, bagues, petites chaînes d'or. » Les changeurs ne^ devaient pas vendre aux orfèvres les matières d'or et d'argent qu'ils avaient seuls le droit d'acheter pour les livrer exclusivement aux hôtels des monnaies. Il était défendu aux orfèvres de fabnquer t aucunes vaisselles de cuisine d'argent, bassins, pots à vin, llacons et autre grosse vaisselle, » sans Fautorisation du
roi ; Us pouvaient faire seulement « tasses et pois d argent du poids de trois marcs et au-dessous, salières, cuillières et autres menus ouvrages de moindre poids, avec tous ouvrages pour ceintures et reliquaires d'église. » Tels étaient les ouvrages autorisés, outre ceux de grosserie et de menuiserie d'argent à onze deniers douze grains Un. Les orfèvres n'avaient pas même la permission de rebrunir et de redorer la grosse vaisselle, au lieu de la fondre et de la dijformer.
Le but principal de cette ordonnance était de retenir en France les matières d'argent et d empêcher leur accaparement dans rOrfévrerie. Quant aux matières, il n'en est point parlé, sans doute à cause de Tabondance^ métallique que la découverte de Christophe Colomb et d'Âméric Vespuce promettait à l'Europe. Les orfèvres de Paris se plaignirent probablement des restrictions fâcheuses qu'on imposait à leur industrie en fixant à trois marcs d'argent le poids des objets qu'ils pouvaient fabriquer. La prospérité du régne de Louis XII leur vint en aide, et, quatre ans après, ils obtinrent du roi une déclaration, à la date du 7 février 1510, qui autorisait tous les orfèvres du rayaume à battre et forger toute manière de vais^lle d'argent^ « de tels poids et façon que chacun le jugera convenable, » pourvu que Valoi (titre) fût celui de Paris et que la vaisselle forgée reçût la marque des maîtres jurés du métier. Il est dit, dans ,cette déclaration du roi, que plusieurs princes , prélats et seigneurs avaient fait reforger leur vieille vaisselle d'argent hors du royaume, par suite de l'ordonnance qui défendait aux orfèvres français In fabrication de la grosse vaisselle.
Louis XII, en protégeant l'Orfèvrerie, avait suivi les in* spirations de son ministre, le grand cardinal d'Amboise, qui aida si puissamment de ses conseils et de son exem* plp le mouvement de la Renaissance en France. Georges d''Amboise aimait trop les arts et les sentait trop bien pour ne point estimer les beaux ouvrages des orfèvres italiens.
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C'est à Gènes et à Milan qu'il trouva non-seulement les objets précieux qui remplissaient son château de Gaillon, mais encore les artistes qu'il chargea de répandre les leçons et le gcût des arts. Il possédait une immense quantité d'argenterie et de joyaux ; car, à sa mort, il laissa par testament, à un de ses neveux, le sire de Ghaamont, sa belle coupe prisée deux cent mille écus, toute sa vaisselle dorée et une partie de sa vaisselle d'argent (cinq mille marcs), sans rien 6ter de sa déferre (succession) pontificale, estimée deux millions, ni de ses meubles de GaiUon, qu'il léguait à un autre neveu.
L'influence du cardinal d'Amboise sur les arts survécut au régne de Louis XII et détermina le caractère du règne de François 1". Ce prince, neveu du duc Charles d'Orléans et ûls de Jean, comte d'AngouIéme, avait été à bonne école pour se faire dés l'enfance une ardente fMréoccupation des arts et de tout ce qui est l'éclat et la grandeur des rois. Il était naturellement généreux, et il comprenait dinstinct les dioses de luxe et de magnificence. Comme Georges d'Amboise, comme Louis XU, il appela d'Italie les grands artistes qu'il désirait employer, pour ainsi dire, à la décoration de son trône ; et parmi ces a^ tistes illustres, si Léonard de Vinci, maître Roux (Rosso), le Primatice (Nicole Prima ticio) et leurs bnilants élèves fournirent seulement des dessins d'orfèvrerie, un d*entre eux, le fameux Benvenuto Cellini, parait avoir travaillé pour le roi comme orfèvre plutôt que comme statuaire. Il est nommé orfèvre du roi dans ses lettres de naturalisation de juillet 1542.
Les ouvrages de Cellini, fabriqués en France, à Paris, dans cet hôtel du Petit-Nesle que François 1*' lui avait donné pour y établir sa foi^e et son officine, ces ouvrages ont presque tous disparu, et nous les connaissons par la description peut-être trop complaisante qu'il en fait dans ses Mémoires; mais il est incontestable que ces ouvrages, exé(^utés dans le style florentin le plus noble et le plus
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p*ir en même temps que le plus orné, avaient absolument changé la face de TOrfévrerie française, surtout à Paris et dans les provinces où résidait le roi. C'est là ce qui fait attribuer à Benvenuto Cellini quantité de joyaux qui n'ont rien de lui que son genre, genre d'ailleurs commun à la plupart des grands artistes contemporains, que nous savons avoir été à la fois architectes, peintres, statuaires et orfèvres. François I" avait certainement plus d'un orfèvre en titre qui travaillait pour lui, et les somptueux présents qu'il faisait sans cesse à ses maîtresses, à ses favoris, aux dames et aux seigneurs de sa cour, activaient l'industne des plus habiles orfèvres du royaume et de Tètranger. Le roi chevalier ne dédaignait pas de diriger lui-même les travaux de ces artistes, de visiter leurs ateliers et de leur dimner des modèles de sa main. Les Mémoires de Cellini mws appreiment qu'il allait soumettre chacun de ses nouveaux ouvrages à l'approbation du roi, et que ce prince lès lui OHXunandait quelquefois d après ses propres idées* car ftfantôme raconte que François !•' avait fait faire pour sa maîtresse, madame de Châteaubriant, une foule de bijoux d'w précieux, chargés d'emblèmes et de devises, et que, les ayant rédamés à cette dame , qu'il n'aimait plus, la C(»Btesse les lui rendit fondus en lingots.
Cellini ne vint en France qu'en 1540; et l'Orfèvrerie française, notamment celle de Paris, n'avait pas attendu sm arrivée pour se distinguer par lexécution de grandes pièces d'argent et de magnifiques joyaux, qui étaient certainement composés déjà dans le goût italien. Il est cependant remarquable que le Corps de l'Orfèvrerie parisienne ne se soit pas recruté alors parmi ces artistes étrangers qui venaient chercher fortune, à la cour de France; on *ne trouve, dans les listes des maîtres orfèvres jurés, que des noms français appartenant la plupart à la bourgeoisie parisienne et au métier de rOrfévrerie, tels que les Cressé, les Gedouin, les de Gatine, les Trudaine, les Toutin, les Hotman, les Barbedor, les Marcel,
enfin, qui avaient produit un prévét des marchands, et qui devaieat bientôt en produire un nouveau. Ces familles d'orfèvres héréditaires, moins riches en fortune qu e» considération, avaient déjà donné plus d'un échevia et plus d'un magistrat municipal à THôtel de Ville et au Châtelet de Paris.
Nous ne savons pas positivement quels étaient les plus renommés entre les orfèvres français qui travaillaient pour le roi et les princes. Nous voyons seulement, eu 1555, François I*' acheter de Robert Rouvet, orfèvre à Paris, une ceinture d'or garnie de pierreries, une bordure d'or garnie de rubis et diamants, et un carcan d'or orné de diamants, le tout pour le prix de trois mille six cents livres tournois. Les Comptes royaux nous feraient connaître une grande quantité d'achats analogues, tfà témoignent de la largesse du roi et de sa passion pour rOrfévrerie. Léonard de Vinci, qui recevait, sur ïépargne du roi, une pension de sept cents écus d'or, était sans doute consulté, copame nous l'avons dit, dans le choix on la commande des objets que François 1" achetait des orfèvres : ses manuscrits offrent çà et là quelques modèles qui semblent avoir été dessinés pour TOrfévrerie, Beafenuto Cellini, dans son Trattato deW Oreficeria, dît qu'à Paris on faisait, mieux et plus que partout ailleurs, la grosseriCy c'est-à-dire TOrfèvrerie d'église, la vaisselle <ie table et les figures d'argent, fabriquées au marteau avec une perfection qu'on n'égalait en aucun autre pays.
Ce sont toujours des ouvrages de grosserie que la Ville offre en présents aux entrées solennelles des rois, des reines, des légats et des archevêques. Les rektions, par malheur, ne nous ont conservé que le prix de ces présents. A l'entrée de la reine Claude de France, en 1517. la vaisselle d'argent que la Ville lui donna avait une valeur de deux mille cinq cents livres tournois. A l'entréç de la reine Aliéner d'Autriche, en 1530, la Ville lui présenta, outre trois chandeliers d'argent doré, hauts de
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trois pieds, et destinés à être placés en regard du ttavire (nef) d'or qu'elle avait reçu en don de la ville de Bordeaux, « un beau buffet bien complet de vaisselle d argent toute vermeille et de la plus belle façon que Ton puisse adviser. » François P' avait sans doute, dans le Trésor de la couronne, un prodigieux amas d'argenterie, qu'on n'étalait sur les dressoirs que dans les grandes solennités. Au festin qui eut lieu dans la grancT salle du Palais, à l'occasion de l'entrée de la reine Claude, un dressoir s'adossait à chaque pilier, tout chargé de vaisselle d'or et d'argent ; le dressoir de la reine, contre le deuxième pilier, en avait une si grande quantité, dit le chroniqueur, qu'à peine le açavoil-on priser.
î^s portraits qui nous restent de François I" et des s^gneurs ou des dames de son temps nous les montrent aussi éblouissants d'or et d'argent que pouvaient l'être leurs dressoirs et leurs tables : hommes et femmes ont des ceintures ou des baudriers, des chapels ou des coiffes, des chaînes â plusieurs rangs, des bracelets et des bagues, qui faisaient dire à un contemporain : « Ces gens-là portent leurs moulins et leurs champs sur leurs épaules. »
Quand Benvenuto Cellini, conduit à François I" par le cardinal de Ferrare, parut à Fontainebleau avec le bassin et faiguière d^rgent qu'il avait préparés comme échantillon de son savoir-faire, le roi fut émerveillé, et, de ce moment, tout le monde s'inclina devant les œuvres de l'artiste florentin. 11 y eut dès lors une sorte de révolution dans rOrfévrerie française, et la mode ne voulut plus entendre parler que d'ouvrages en ronde bosse et en basrelief, exécutés dans le style élégant et grandiose du bassin et de l'aiguière. Ces deux pièces n'étaient pourtant pas tout à fait terminées, brunies et ciselées, lorsque leur auteur les offrit au roi de la part au cardinal de Ferrare. Benvenuto avait certainement imité les anciens dans ces ouvrages, qui furent proclamés les plus beaux qu'on eût vus 7usqu alors. L'admiration du roi se propagée par toute
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la cour, et sans doute, en même tenqw, la curiosité, Tenfie, dans la corporation des orfèvres. François I*' assigna ihr pension de sept cents écus d'or à Benvenuto, outre cinq cents qu'il lui donna pour sa bierwenut; et celui-ci se chargea aussitôt d'exécuter douze statues d'argent de dienx et de déesses, hautes de quatre brasses (prés de deux mètres), destinées à servir de candélabres Autour de la taUe royale. Benvenuto fit les modèles de ces statues, et le roi en fut si content, qu'il lui ordonna de les exécuter en métal ; b en plus, il l'installa dans l'hôtel du Petit-Nesie, au bord de la Seine (sur l'emiilaeement actuel de l'hôtel de la Monnaie), dont Benvenuto se considéra comme légitime propriétaire, et non comme simple occupant. C'est dans c^ hôtel que l'artiste établit ses ateliers, où travaillait, sous les ordres de son élève Ascanio, d'habiles ouvriers itahens, allemands et français; c'est là que François 1" vint plusieurs fois visiter les travaux qu'on y exécutait pour lui. On comprend combien cette faveur insigne accordée à un artiste étranger Messa la corporation des orfèvres de Paris.
Avant cette époque, le roi, mal coifêeillé ou mal édairé, avait failli bouleverser et ruiner le corps de TOrfévr^e par quelques articles d'une ordonnance sur les monnaies, rendue en 1 540 : ces articles portaient qu'à l'avenir les orfèvres et joailliers ne pourraient user que d'émail clmr dans leurs ouvrages, d'or pur à vingt deux carats sans remède, et d'or fin à un quart de carat de remède, y compris toutes soudures et déchets, le tout sous peine de confiscation. Quant aux ouvrages fabriqués contrairement à ces nouveaux règlements, ils devaient être contre-marqués, dans le délai de quinase jours, au Bureau des Orfévres. La corporation tout entière était atteinte dans son industrie et ses intérêts ; il y eut une vive protestation contre l'ordonnance ; mais \es généraux des Monnaies ne tinrent pas compte de ces justes plaintes^ et mirent sous le scellé tous les objets d'Orfèvrerie qu'ils trouvèrent en
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contravmtion dans les boutiques. Les orfèvres avaient d'abord demandé qu'<»i leur permit de vendre ces otigets pendant un certain temps, après lequel ils seraient traus de fondre ceux qu ils n auraient pas vendus.
La requête des orfèvres, contenant leurs remontrances^ fut rédigée et signée par les principaux maîtres, qui la présentèrent au rOi. Les suppliants étaient : Toutin, Philippe le Roy, Jean Cousin lainé, Cressé, Jacob, Gamier, Gastillon, Hotman, Jean Lenfant, Mathieu Marcel, Nicolas Lepeuple, Jean Herondelle et d'autres anciens de la communauté, qui avaient tous été gardes en charge. Le nom de Cousin , parmi les signataires de cette requête, nous permet de supposer que ce grand artiste , originaire de Lorraine, a commencé par être orfèvre à Paris, et que son talent plutôt que son ancienneté (il avait alors vingt-six ans) Tavait fait élire garde nouveau en 1536. Les orfèvres représentaient au roi qu'il était impossible de besogner d'or à vingt-deux carats sans remède ni d'or fin à un quart de carat de remède pour le déchet ; que tout ouvrs^e d'or et d'argent exigeait des soudures , et que c>es soudures entraînaient nécessairement un remède plus ou moins fc^ ; que l'émail clair ne pouvait être appHqué à c^tains ouvrages de peu de valeur ; que ce serait la destruction du pauvre marchand, si quelque faute de cinq sols ou autre petite somme dans un ouvrage de grande valeur devait entraîner confiscation de l'objet ; que, parmi les pièces fabriquées avant l'ordonnance, beaucoup ne supporteraient pas la marque sans être endommagées ou rompues, et enfin que plusieurs gentilshommes exigeaient qu'on fabriquât pour eux des pièces en or au-dessus de vingt-deux carats, ce qui était encore sujet à confiscation et amende. Ils demandaient que les généraux des Monnaies fissent Tessai des pièces, à la touche et non à l'eau • qui est nuisible et grande perte aux ouvriw's. » En dernier lieu, ils réclamaient, en vertu de leurs privilèges confirmés par tous les rois, contre la prétention exorbi-
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tante du prévôt de Paris, qui voulait contraindre les maîtres orfèvres au service du guet/
François I** fit droit à tontes les renHmtrances de ses chers et bien-aimés mcAtres jurés de Festat d*Orfévwiey et reconnut, par une ordonnance donnée à Fontainebleau le 34 novembre i54i, que les articles compris dans celle de 1540 et relatifs au fait d'Orfèvrerie étaient impossibles autant que di(ficile$y tellement « qu'il n'y a orfèvre, tant soit loyal et expert, qui peut pour l'avenir estre assuré en son estât, t
Pendant que le corps des orfèvres de Paris avait à lutter contre les embarras que lui suscitaient et la Cour des monnaies, et la prévôté de Paris, et le corps des changeurs, Benvenuto Gellini trouvait auprès du roi la protection la plus généreuse et les encouragements les moins équivoques. Vasari assure que « il exécuta en France quantité d'ouvrages en bronze, en argent et en or, pendant qu'il était aux gages du roi François !•'. » Benvenuto, dans ses Mémoires , ne parle que de quelques-ims de ces ouvrages , savoir : le bassin et Taiguière offerts au roi par le cardinal de Ferrare; deux ou trois des douze statues colossales de dieux et de déesses en argent, destinées à la table du roi ; un petit vase d'argent doré et ciselé, fait pour la duchesse d'Étampes ; la grande salière d'or, son chef-d'o&ovre, et trois grands vases d'argent enrichis d'ornements, qu'il essaya d'emporter avec lui en quittant la France.
La salière, dont il fait lui-même la description avec tant d'orgueil, fet que Charles IX donna en présent à l'empereur Maximilien II, est aujourd'hui dans le musée de Vienne. C'est un groupe de deux figures, la Terre et l'Océan , entourées de leurs attributs eu or, sur une base d'ébéne ornée de quatre figurines d'or représentant les quatre parties du jour et accompagnées des quatre Vents ciselés et émaillés. Cette merveilleuse salière, que le roi accueillit par un grand cri d'étonnement et qu'il ne pouvait se lasser d'admirer, fut certainement une espèce de
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défi Jeté à YOriénerie française, et dés lors tous les artistes s'efforcèrent de s'aj^roprier le genre et les procédés du grand orfèvre florentin. Sur les pièces d'Orfèvrerie, comme sur tous les objets que Ton pouvait couvrir d'ornements, les figures mythologiques et poétiques prirent la place des tigurines hist<M*iques, et surtout des figures héroïques empruntées aux romans de chevalerie : on ne tarda pas à négliger tout à fait les personnages du roman de la Rose, aussi bien que les preux de la Table-Ronde, les paladins de Gharlemagne, les enchanteurs et les fées. L'Olympe sem'* Ma redescendre sur la terre, et TOrfévrerie n'eut pas la moindre répugnance à devenir païenne.
Benvenuto avait fait, de son IwMel du Petit-Nesle, un château-fort hérissé d'artillerie, et il y soutint phis d'un siège avec laide de ses ouvriers et de ses élèves. Ces mœurs . belliqueuses crntrastaient singulièrement avec les habitudes pacifiques et r^lées du corps des orfèvres, qui étaient exempts d'aller au guet, sinon en cas (Téminent péril, attendu, dit l'ordonnance, que « leur estât consiste en artifice plus que à autre chose. » 11 est à présumer que bien des plaintes s'élevèrent contre Théte incommode et turbulent du Petit-Nesle. On le regardait, dans le peuple, comme un méchant sorcier. Son roi François 1" (c'est sa propre expression), après l'avoir comblé de bienfaits, se fatigua ëe le soutenir en toute occasion, et Benvenuto, qui s'était fait des ennemis puissants à la cour et parmi les gens de justice, fut forcé de retourner en Italie vers l'année 1545. Il laissa plusieurs vases commencés dans Thôtel dont il avait eu la jouissance absolue pendant quatre ans, « pour loger et habiter, lui et ses ouvriers, et retirer partie de ses ouvrages et choses servans à son art et mestier. » Il ne reste en France, cependant, qu'un bien petit nombre de pièces d'orfèvrerie et de bijoux^ sortis de ses mains, dont l'authenticité soit bien établie. On voit, au Cabinet des médailles de la Bibliothèque impériale, un camée antique monté par Benvenuto. Cette monture, de forme ovale, ci-
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selée, émaillée, est formée de figorioes en ronde-bosse et de maBcarons que sumuMite une Victoire enchaînant (kux captife.
fienvenuto, dans son traité d OrféTrede, composé, il est vrai, en Italie et avec Tesprit national qu'exagérait encore sa vanité, passe presque sous silence rOrfévrerîe française ; il entre pourtant dans de grands détails techniques et pratiques sur TOrfévrerie en général, qu'il divise en huit genres distincts : la joaillerie, les nielles, les filigranes, la ciselure, la gravure en creux, Témail, la grosserie, et la frappe des médailles et des sceaux. Cette division nous permet d'apprécier quelles devaient être les connaissances d'un orfèvre complet à cette époque. Benvautto se vante d'avoir exécuté ces différents travaux, parmi lesquels les filigranes, 1 émail et la grosserie^partenaient surtout à l'Orfèvrerie française. 11 raconte, dans ses Mémoires, que François l*' lui montra une coupe de filigrane, et lui demanda comment cette coupe était fabriquée ; le roi croyait le surprendre et l'embarrassa : ce qui prouve que le filigrane était un travail essentiellement français ; mais Benvenuto expliqua trés-clairement le procédé de cette falMTication. Dans son traité deW Orificeria, il dit positivement que l'art de graver les nielles était presque abandonnié en Italie vers 1515, et que les orfèvres de Florence ne se souvenaient déjà plus des œuvres de Maso Finiguerra. Or on sait que, dans le même temps, cet art, quoique plus grossier sans doute en France, y servait d'auxiliaire à l'art de Tèmailleur. fienvenuto ne cite, parmi les habiles orfèvres uUramontains (non italiens), que Martin de Flandres, qui faisait des nielles admirables, et Albrecht Durer, qui excella aussi dans la gravure sur métal. 11 dit que les premiers maîtres de Paris étaient, avant lui, incapables de fondre de grands ouvrages et de souder ensemble les pièces, d'une figure de haute dimension. 11 raconte à ce sujet, que, le roi ayant voulu offrir à Chaiies-Quint, qui traversait la France en 1540, un Hercule d'argent entre
deux colonnes, de la hauteur de trois brasses et d^nnie eiÏYiron, les orfèvres français ne purent jamais venir à bout de souder au torse les jambes, les bras et la tête, en sorte qu'ils furent obligés de lier les membres avec des fils d'argent. Si Benvenuto ne loue guère que la grosserie chez les orfèvres de Paris, il fait sans restrictions Tèloge du sable de la Seine pour faire des moules à couler Tpr et Pargent. Ce sable, d'une fmesse exlrême, extrait du rivage de nie de la Sainte-Chapelle {la Cité), dit-il, « a des propriétés que ne possèdent point les autres sables. »
Le règne de llenri 11 fut encore plus favorable que cehii de François I" à l'Orfèvrerie el aiix orfèvres. Ceux de Paris ne se virent plus aussi souvent préférer les Italiens, dont ils avaient adopté le style et les procédés, pour se conformer au goût dominant de la cour. On ne saurait donc avec certitude reconnaître les ouvrages fabriqués alors par des orfèvres français ou par des étrangers. L'Italie, d ailleurs, n'avait pas seule prêté ses arts et ses artistes à la France; rAllemagne, par Finfluence de la Lorraine, que représentaient les princes de la maison de Guise, imposait également une sorte de féodalité artistique aux orfèvres parisiens, qui s'efforçaient aussi d'imiter la ciselure et le dessm des beaux ouvrages de Cologne et de Nuremberg.
Ce fut sous Henri II que François Briot, orfèvre de Parb, travailla en étain, et fit surtout, au marteau ou au moule, ces aiguières, ces buires, ces bassins et ces plats, dont la composition, luxuriante d'ornements et d'arabesques, est plus riche et plus précieuse que la matière. Cette poterie d'étain orfevréf que la mode multiplia sur les dressoirs de la bourgeoisie, et qui ne le cède en rien à la plus riche argenterie par la beauté , la grâce et l'ori* ginalité des formes ainsi que des détails, nous semble avoir été, en réalité, le modèle ou la copie, en étain ou en plomb, des chefs-d'œuvre en or et en argent qu'on exécutait pour le roi et les grands. Les originaux, comme on
aeO HISTOIRE DES ARTS ^
sait» oiit disparn la plupart avec les superbes bijoux, anneaux, bracelets, pendants, colliers et médaillons au repoussé, qu*on trouve décrits dans l'inventaire des joyaux de Hanri II en 4560.
Quelques-uns de ces bijoux avaient été travaillés par Benvenuto, qui extellait à faire ces médaillons ou pour- Iraicls ou enseigner d'or, que les hommes portaient à leur chapeau, les femmes dans leur coiflbre. Déjà, en 1558, Bénédict Ramel (Ramelli) avait exécuté en ce genre un portrait du roi, qui coûta trois cents livres tournois. Sous Henri II, comme on le voit dans son Inventaire, ces enseignes étaient devenues des prodiges de joaillerie, par le rapprochement ingénieux de For, de Targent, ciselés, et des pierres dures, taillées, qui composaient ainsi une espèce de tableau. Voici quelques descriptions qui peuvent remplacer les objets eux-mêmes : < Une enseigne d'or où il y a plusieurs figures dedans, garnie alentour de petites roses ; une enseigne dor, le fond de lappis; et une figure dessus d'une Lucrèce ; tipe enseigne garnie d'or où il y a une Cérès appliquée sur une agathe, le corps d'argent et l'habillement d'or ; une enseigne d'un David sur un Goliath, la teste, les bras et les jambes d'agathe. > Ces ouvrages, où biillait le grand goût de la Renaissance, n'ont malheureusement pas été épargnés par les révolutions de la mode.
La richesse de la matière à été seule cause de la perte de certains morceaux , qui étaient bien faits pour nous inspirer une haute idée de FOrfévrerie française. Tel était un reliquaire, donné par Henri II à la cathédrale de Reims, après son sacre : il représentait le saint sépulcre de Jésus-Christ, avec le tombeau en agate sur un rocher dor émaillé de vert; le Sauveur et les gardes du sépulcre étaient en or, ainsi que les quatre sibylles placées aux angles de ce reliquaire, estimé quinze cents écus. Il faut citer encore une autre pièce de fin or y que Corrozet appelle un « vray chef-d'œuvre d'orfèvrerie , » et qui fut
ORFÉVI\ERIE I UANÇAISE SOI
ofl^rt au roi par la YÎUe de Paris, en Ihonneur de son entrée au mois de juin 1549. C'était un groupe de trois rois ressemblant naïvement à Louis XII, François I*' et Henri II, avec tit)is figures allégoriques : la Paix, la Juslice et la Force^ qui posaient le pied sur le dos de quatre Harpies sout^ant la base de ce groupe orné de devises el d'armoiries.
Certes, un pareil ouvrage, exécuté en or, n'a rien de surprenant, à cette époque où Jean Goujon modelait les figures et les bas-4reliel's de la fontaine des Innocents, où Philibert Delonne construisait le château d'Anet, où Diane de Poitiers, cette reine des arts de la Renaissance, faisait appel A tous les artistes de génie, à tous les ouvriers habiles> pour que le régne de son royal amant rivalisât avec le siècle des Médicis. L'Orfèvrerie, comme on Fa vu seuvent, ne restait jamais en arrière des autres arts, et suivait leurs i»*ogrès ainsi que leurs transformations. Benvenuto Cellipi, qui ne demeura que cinq ans en France, eut assurément moins d'action sur l'Orfèvrerie que Germain Pibn et Jean Goujon, qui prêtaient souvent leur crayon aux orfèvres.
Les orfèvres ne demeuraient plus exclusivement sur le Pont-au-Change ; ils s'étaient logés aussi sur le pont Saint- Michel, qu'on avait nommé le Petii-Pont avant l'année 1424 , et ils occupaient toutes les maisons de ce pont, plusieurs fois détruit pas les eaux et rebâti en bois. Le martelage continuel des forges avait ébranlé les pilotis vermoulus, que finondation de 1547 entraîna, avec les maisons qu'ils soutenaient. Le pont reconstruit aussi peu solidement qu'auparavant (il tomba encore en 1616), les orfèvres y ouvrirent de nouveau leurs ateliers ; mais les plus riches, ceux que la clmte si fréquente des ponts de Paris avait dégoûtés de ces habitations peu solides et insalubres, se retirèrent auprès du Châtelet, qui était le centre de la jurid ction des métiers, et surtout de l'Orfèvrerie, car le prèv6t de Paris avait une suprématie spéciale
dans les corporations des orférres , et )es éledioiis des gardes du métier avaient lieu chaque année, sous ses auspices, dans la grande salle du €hàt^t. Ce fut sans doute d'accord avec le prévôt que tes orfèvres contribuant de leurs deniers à Télévation d'un vaste bâtiment en pierres de taille et en briques, qui fut commencé en 1549, dans la Vallée de Misère (aujourd'hui quai de la M^sserie), vis-à-vis du Cbâtelet. Les (ufévres se réservèrent le rezde-chaussée de ce bâtiment, et y établirent des forges et des ouvroirs (boutiques), tandis que le haut étage était destiné à la Chambre des commissaires du Chàtelet.
La corporation dé l'Orfèvrerie se ressentait de la passion du temps pour les nouveaux édifkes et pour Tarchiteetare de la Renaissance. Le moment était bien choisi pour mettre à exécution un projet qu'on avait agité sauvât dans le Bureau du métier : la reconstruction définitive de la chapelle de Saint-Éloi, attenant à l'hôpital et à la mai* son commune. Les vieux bâtiments menaçaient ruine, et d'ailleurs leur aspect misérable faisait honte à une corporation qui se targuait d'être la première des six composant la marchandise de Paris. On avait acheté successivemodt plusieurs maisons de la rue Jean-Lointier ei de celle des Lavandières, pour les besoins de l'hôpital et du Bureau des orfèvres : les armoiries du métier étaient sculptées sur les pignons de plusieurs de ces maisons et au-dessus de leurs portes. On résolut, après plusieurs assemblées générales du corps, de ne bâtir qu'une église sur remplacement de l'ancienne chapelle, de l'hôpital et de la maison commune, en appropriant les maisons voisines aux usages de Thôpital et du Bureau. En conséquence, les gardes &n charge, Nicolas Lepeuple, Pierre Sausan, Lamb^t Hotman, Jean Pijard rainé, Jean Rovet et Thibaut Laurent, signèrent, le M décembre 1550, un marché et devis avec deux architectes (vtaîb'es es œuvres) dont les noms témoignent assez du goût des orfèvres en matière d'art : c'étaient Philibert Delorme et Germain Pilon ; l'un avait £iit
l« <ie8sins et plans de rarchitecture ; l'autre, ceux de la statuaire et de l'ornementation, car la chapelle, dans le style toscan, devait être surmontée d'une coupole ornée ie sculptures, P^éanmoins, malgré les plans primitifs, cette coupole ne fut jamais construite.
On commença les travaux avec Tannée 4551 : on transporta rhôpital daùs les maisons de la rue Jean-Lointier, et FadministrattoQ de la communauté dans une grande maison de la rue des Lavandières, à l'enseigne de la FleuràeAÀs. La démolition des vieux bâtiments et la construction des nouveaux furent entreprises simultanément, et poussées avec tant d'activité, que la chapelle, remarqua- We par la simplicité , Télégance et la noblesse de son architecture, était debout en moins de quatre ans; elle ne fut achevée toutefois qu'en 1565 et 1566 par les soins des gardes en charge pendant ces deux années-là ; elle reçut à la fois tous les accessoires nécessaires à sa décoration intérieure, des vitraux peints en grisaille tians l'école des Pinaigrier, ies statues et des bas-reliefs dus au ciseau de Germain Pilon : les statues de Moïse et d'Aaron, ainsi que celles des Apôtres, étaient regardées comme un des plus beaux ouvrages de ce fameux artiste. Les armoiries et les emblèmes du corps des orfèvres avaient été reproduits en saillie aux clefs des voûtes et aux tympans des arceaux. Malheureusement, on n'a pas même conservé un pour^ tTaict au naturel de cette chapelle, que Ton quahfiait pourtant de mugnifique au milieu de la décadence architecturale du dix-huitième siècle-
Le corps de l'Orfèvrerie était en pleine prospérité à Pans et dans toute la France; les travaux se multipliaient avec le nombre des maîtres et des ouvriers ; les objets ouvrés en or et en argent se répandaient dans la bourgeoisie; le luxe de la ville se modelait sur le luxe de la cour. Ce fut alors que le roi jugea convenable de réformer les anciens statuts des orfèvres et joailhers; il régla en même ten)ps, dans son édit «de Fontainebleau du mois de mars
1554, rimluilne des afineurs, départeurs, batteurs et ti^ reurs d'or, en se fondant sur ee que la grande quantité de vaisselle qu'il a?ait fait convertir en testons et demitestons (monnaie d'argait portant la teste du rm) accusait la mauvaise foi des orfèvres de son royaume , • pour la faute et tare de loy qui s- est trouvée en icelle. » U avait donc, après délibération de son Conseil privé, et sur Favis de gens compétents, établi un nouveau règlement, dont les maîtres orfèvres devraient jurer d'observer tous les articles.
c Nul ne pourra exercer le métier d'Orfèvrerie que dans c les villes où il y a parlement, siège prèsidial, bailliage et
• sénéchaussée, archevêché, èvècbé; nul ne pourra être c reçu maître, s'il n'a travaillé au moins sept ans sous un < maître. H. Nul apprenUfne sera admis en maîtrise, s'il c ne sait lire et écHre, et s'il n'a subi un examen préala-
• ble sur les aUeaiges (alliages) d'or et d'argent. III. Le
• nombre des orfèvres Fera fixé irrévocablem^t dans chac que ville, pour obvier au nombre ex4:emf des orfèvres
• et aux infinis abus que ce nombre entraine, prindpale-
• ment à Paris , où Ton fabrique tant de faux ouvrages,
• dans lesquels il y a trois ou quatre carats de déchet sur
• l'or, dix-huit et vingt grains sur l'argent. IV. Les orfé- « vres marqueront tous leurs ouvrages de leurs pomçons, M lesquels auront été d'abord frappés sur la table de cui- « vre de TOrfévrerie, dans l'hôtel des Monnaies, dont ils « relèvent. V. Les orfèvres, avant d'être reçus maîtres, «< fourniront caution de vingt marcs d'argent à Paris, et « de dix dans les autres villes, entre les mains du général « de la Cour des Monnaies. VI. Les orfèvres de Paris coda tinueront à se gouverner selon la mode ancienne; mais « ceux de chaque bailliage et sénéchaussée s'assembleront
• tous les deux ans en T hôtel des Monnaies, pour élire « deux gardes de leur métier, et pour prêter serment par- « devant le bailli ou le sénéchal, ou leur lieutenant; quant « aux orfèvres de Paris, ils prêteront serment, non phis
ft ès mains du procureur tiu Ghâtelet» comme ils avaient i< coutume de le faire, mais en présence de la Cour des VI Monnaies; les noms des orfèvres étant tous enregistrés» «« les gardes et jurés du métier procéderont à la visite des « ouvrages d Orfèvrerie. VU. Les orfèvres auront soin « de dresser en telle sorte la loi de leurs ouvrages, soit •I ^rosserie, soit menuiserie, que, nonobstant les soudu- « res, moulures, bords et souages, Tor s'y trouve à vingt- 4 deux carats, à un quart de remède , et l'argent à onze ^ deniers douze grains fm, à deux grains de remède, sous i< peine de confiscation de Touvrage et de cinquante livres « d'amende; un contrôleur sera établi dans diaque hôtel « des Monnaies pour tenir registre de tous les ouvrages it essayés par les jurés du métier. VllI. Les orfèvres, sous « peine de mille livres tournois d'amende el de punition If corporelle, inscriront, de leur main, sur bons, entiers V et loyaux registres, toutes les matières d'or et d'argent, ¥ en masse ou en œuvre, qu'ils achèteront ou vendront, 4c avec les noms des acheteurs et des vendeurs. IX. Les « orfèvres, sous peine de punition corporelle et amende « arbitraire, ne mettront en œuv#e aucune pierre fausse, « ne teindront aucune pierre fine, et ne monteront Ta- « métiste el le grenat que sur feuilles d'argent. X. Les or- * févres et joailliers seront responsables de tous les ou- « vrages qu'ils vendront ; ils ne tiendront boutique qu'e/i « lieux publics et apparenSy de manière que leurs four- « neaux et leur forges soient exposés à la vue de tout le « monde. XI. Ils ne pourront faire des opérations de « change avec les changeurs , ni adieter aucune matière « d'argent au-dessous du titre, sous peine • d'être punis « comme billonneurs, rogneurs et difformateurs de mon" ¥ naies. »
Les autres articles de cet édit réglementaire de l'Orféxrjrie concernaient les joailliers (simples vendeurs de joyaux) et les merciers, qui se voyaient soumis, compne les orfèvres fabricants, à la visite des gardes-jurés du mè-
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iïev, el les aftineurs, départeûrs, orbatteurs et tireurs d or el d'argent, qui étaient avertis de n'eraj^oyer que du métal Ml titre de la loi (ralloi).
Cette ordonnance souleva de vives réclamations de la part des orfèvres de Paris, qui firent représenter au roi que certains articles leur seraient à charge insupportable. Ils obtinrent un nouvel édit Tannée suivante (22 mars 1555), lequel fhodifia, expliqua et perfectionna ces artides qui leur causaient perte et molestation indue. Par ce nouvel édit, Texamen des prétendants à la maîtrise fut attribué spécialement aux gardes-jurés, sous les yeux desquels s'exécuterait le chef-d'œuvre. On ne réduisit pas le nombre des orfèvres exerçant alors le métier à Paris; mais, au delà de ce nombre, on ne pouvait plus créer que six maîtres chacjue année. Le roi s'interdisait, sans exception, de délivrer, dans TOrfèvrerie, des lettres de don de maîtrise, ce qui avait lieu pour tous les métiers, à Foccasion des avènements, sacres, entrées, mariages, etc., de rois et de reines ; il révoquait et abolissait les franchises féodales attadiées à certains lieux, tels que le Palais, le Temples, Tabbaye Saint-Geftnain-des-Prés , etc., dans Fenreinte desquels on avait pu jusqu'alors travailler et vendre de FOrlévrerie sans être maître et sans avoir à subir la \isite des jurés du métier et des officiers de la Monnaie. Le prévôt de Paris ou son lieutenant, assisté des commissaires et sergents du Châtelet, devait seul connaître des vols de vaisselle ou lingots que lui dénoncerait le Bureau des Orfèvres. Les clauses rigoureuses relatives aux soudures des ouvrages d'Orfèvrerie furent supprimées, et le règlement de \H9 continua d'avoir cours à Fègard du titre de For et de l'argent mis en œuvre. Les orfèvres cessèrent d'être astreints à écrire sur leur registre le nom des personnes qui leur achèteraient ou leur vendraient des marchandises de leur métier. Enfin, il fut expressément défendu à toute personne, de quelque état, qualité ou coiidiliiiii qu'elles fussent, de hire fait de courtier en
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Orfèvrerie. Telles étaient les principales dispositions de cette ordonnance, qui compléta la législation de TOrfévreric au seizième siècle.
Mais les guerres de religion et les iconoclastes huguenots allaient pprter un coup funeste à Tart de l'Orfèvrerie religieuse : on ne songeait plus à fabriquer des reliquaires, des vases sacrés, des instruments de messe^ dans un temps où les luthériens et les calvinistes étaient ligués pour détruire tout ce qui appartenait au culte catholique. La plupart des grandes villes du centre de la France furent, pendant un temps, au pouvoir des rebelles y et Ton ne saurait calculer combien de monuments d'ancienne Orfèvrerie disparurent dans cette invasion de barbares fanatiques qu'animait davantage Tespoir du butin.
C'est de cette époque surtout que date la perte des plus précieux chefs-d'œuvre des siècles de saint Éloi, de Charlemagne et de Suger, que le respect des générations avait jM'Otègés jusqu'alors à travers toutes les calamités publiques. Les religionnaires n'étaient pas les seuls qui Lssent la guerre aux châsses des saints ; les voleurs se mettaient de la partie^ et il y avait une sorte de croisade entreprise partout contre les trésors des églises ; il y avait en même temps un immense conomerce clandestin de métaux précieux : afflneurs d'or et d'argent, batteurs et tireurs d'or, passementiers, drapiers, fripiers, marchands de soie, merciers, revendeurs et autres marchands se mêlaient de ce commerce de recélage. Charles IX, par son édit du 17 mars 1566, défendit, sous peine de confiscation de corps et de bien, tout trafic de ce genre, et enjoignit aux orfèvres de s'y opposer, en aidant le prévôt de Paris à découvrir les larrons, les receleurs et leurs intermédiaires.
Charles IX, qui semble avoir eu en grâce spéciale le corps des orfèvres de Paris , confirma, j)ar plusieurs lettres royaux, en 1572, les « privilèges, immunités, franchises et libertés » que leur avaient octroyés les rois se^ prédécesseurs. Ce corps de métier jouissait de l'estime
ÔOê lUSTOiUE DES AHTS
géiiéi*ale, tant à cause du caractère honorable de seî> membr<'s, que des graves intérêts de la fortune publique confiés à leur probité. Les orfèvres Juttaient entre eux d'émulation pour mériter cette bonne renommée, qui les conduisait aux charges municipales. Charles IX avait fondé, en 1563, le consulat ou tribunal de commerce de Paris, composé d'un juge et de quatre consuls, élus dans le sein des six corps de marchands par les marcfiands eux^nèmes. Ces places de juges et de consuls furent souvent remplies, depuis leur création, par des orfèvres qui s'étaient distingués comme gardes-jurés de leur métier : on en compta plus de soixante inscrits sur les tables du Consulat, jusqu'à la suppression des jurandes eh 1777. Les orfèvres, comme nous l'avons déjà remarqué, donnèrent aussi des échevins et des quarteniersà la ville de Paris, et, en 1570, un de ces échevins, doyen de sa corporation, fut élu prévôt des marchands. C'était Claude Marcel, de celle ancienne famille d'orfèvres qui comptait déjà un prévôt des marchands sous le règne du roi Jean et plusieurs gardes-jurés de l'Orfèvrerie à différentes époques.
Claude Marcel, né en 1520, avait sa boutique sur le Ponlau-Change, comme ses ancêtres ; il fut deux fois échevin, en 1557 et 1562 ; puis conseiller de ville, puiscx)nsul, avant d'être prévôt des marchands : ces diverses fonctions honorifiques étaient accordées moins à son talent d'administrateur qu'à son autorité en ville et à son crédit en cour. Il avait su, malgré son humeur caustique et bourrue, gagner les bonnes grâces de la reine Catherine de Médicis.. qui le recommanda particulièrement au roi régnant, comme un des plus fidèles et des plus utiles serviteurs de la couronne. iSes envieux disaient qu'il s'était poussé dans la faveur de la reine-mère, en la mettant au courant de tout ce qui se passait dans les conciliabules des marchands. Il était, en effet, fort assidu auprès de Catlierine, qui le prit en amitié et qui ne dédaigna pas de tenir un de ses enfants sur les fonts. Elle l'appela depuis son compère et
donna ainsi prétexte à toutes les familiarités que se permettait ce singulier courtisair.
Paidant qu'il était prévôt des marchands, il alla prier, au nom de la Ville, la reine-mère d'assister au feu de la Saint-Jean, sur la place de Grève ; après les compliments d'usage, il s'approcha de Madame Marguerite de France, qui était une éblouissante beauté de vingt ans, et, la prenant sous le menton, il lui dit brusquement : « Vous en. êtes priée aussi, la jeune fille ! » Marguerite rougit et sourit, en regardant sa mère qui riait de la boutade. Au reste, Claude Marcel ne se gênait pas davantage lorsqu'il pariait au roi ; un jour, Henri IIÏ, se félicitant d'avoir fait enregistrer plusieurs édits bursaux, dont le produit avait été dissipé en folles prodigalités, déclara pourtant qu'un de ces édits, celui des substittits, reposait sur une injustice : • Au contraire, repartit Marcel, cet édit est plus équitable que les autres, et celui-là seul est tourné à votre profit. » Le produit de cet édit avait servi à bâtir une partie du Louvre. Claude Marcel, qui ne manquait pas de mérite comme orfèvre, conservait toujours sa boutique, quoique prévôt des marchands, quoique receveur des décimes, quoique intendant des finances ; car il avait obtenu successivement ces deux emplois, par la faveur de la reinemère et des Guise qu'il servait aussi avec dévouement. On doit croire qu'il ne s'était pas épargné dans le complot de la Saint-Barthélémy. Comme intendant des finances, il conserva son franc-parler avec tout le monde. Deux de ses collègues, les sieurs de Petremol et de Chenaille, s'étant hasardés de le railler devant le roi en lui disant qu'il avait la bouclie malpropre et l'haleine fétide : « Je ne sais si j'ai la bouche sale, répondit-il, mais du moins j ai les mains nettes. » Le roi se tournant vers Chenaille : « Cela s'adresse à vous? » lui dit-il.
Marcel, en fréquentant la cour, avait fini par se laisser prendre à l'appât de la noblesse^; il maria une de ses filles au seigneur de Vicour. Les noces se firent le 8 décembre
1578 à rhôtel de Guise; toute la cour y assista : le roi, les reines, les princes ; on soupa, et les mascarades commencèrent avec le bal. Henri 111, masqué m homme (il se déguisait d'ordinaire en fenmie), parut dans une entrée de ballet, avec trente princesses et dames de la cour « vestues de draps et toile d'argent et soye blanches, enrichies de pierreries en très-grand nombre et de grand prix. • La gaieté et la confusion s'accrurent de telle sorte, que les plus sages dames et damoyselles se retirèrent à temps; il y eut tant de vilainieSy dit une version du Journal de Henri IH « que, si les murailles eussent pu parler, elles auraient dit beaucoup de belles choses. »
Claude Marcel n'était plus prévôt de Paris, lorsque les orfèvres et les changeurs du Pont-au-Change furent ea querelle avec les oiseliers ou oiseleurs. Ceux-ci avaient reçu de Charles VI, en 1403, le privilège de vendre leurs oiseaux sur le pont, tous les dimanches et fêtes, au sortir de la messe ; de s'installer sous les auvents des maisons, et d'accrocher leurs cages aux volets des ouvroirs ei fenêtres des orfèvres et changeurs; ils firent renouveler par Henri 111, en 1575, ce privilège qui leur était accordé par les rois de France, « en considération de ce qu'ils soient tenus bailler et délivrer quatre cents oiseaux » aux » entrées des rois et des reines dans Paris, après leurs sacres. Les orfèvres et changeurs, propriétaires ou locataires des maisons du Pont-au-Change, réclamèrent contre ces lettres royaux, et voulurent s'opposer à la vente des oiseaux. Les oiseleurs portèrent leurs plaintes devant le Parlement, qui leur donna gain de cause, « attendu que jamais les intimez ne se sont plaints ne fait instance aux suppliants, et qui ont leurs maisons accoustumeî à celte cliarge de les laisser mettre et attacher leurs cages contre les ouvroirs et maisons : que l'on y mette des oyseaux tant seulement, et non point des chiens, chats, lappins, serbotines {écureuih?) ou autres denrées et marchandises. » La conclusion de Tarrêt les autorisait donc à continu
ORFEVRERIE FRANÇAISE 511
comme par le passé, de tenir marché sur le Pont-au-Change. Les orfèvres et changeurs se liguèrent pour emi^êcher, de yive folhce, l'exécution de cet arrêt : ils jetèrent par terre les cages en blasphémant Dieu, foulèrent aux pieds les oiseaux, frappèrent les oiseliers et commirent d'autres excès, au comptempt et mespris de l'authorité de la Cour, Le Parlement prit la défense des oiseliers, maintint leurs andens droits, et condamna, comme principal auteur de ces actes de violence, Pierre Filacier, maître orfèvre, à payer vingt écus de donamages-intérêts aux demandeurs, et dix écus d'amende au roi. Néanmoins, les oiseliers acceptèrent une transaction amiable avec les orfèvres du Pont-au-Change, et transportèrent une partie de leurs cages et de leurs oiseaux à la Vallée de Misère (quai de la Mégisserie), où se trouvaient aussi des boutiques d'orfèvres.
Sous Charles IX et sous Henri III, Fécole italienne était seule en faveur dans l'Orfèvrerie ainsi que dans tous les arts ; mais les orfèvres avaient si grand soin de faire observer leurs statuts, que les artistes étrangers ne pouvaient guère travailler qu'en cachette, comme suivant la cour. C'était donc' aux artistes français que la cour s'adressait pour les ouvrages de luxe. Alors plus que jamais les orfèvres, s'ils n'étaient eux-mêmes capables de dessiner leurs modèles, réclamaient l'assistance des architectes, des statuaires, des peintres et des graveurs.
Il y avait aussi des orfèvres qui réunissaient tous ces talents divers. Jacques Androuet Ducerceau, qui fut un des architectes de l'Hôtel de Ville et qui était souvent chargé de fournir des crayons (esquisses) pour le service de la reine-mère, composait et gravait des sujets d'arabesques pour l'Orfèvrerie ; Pierre Woeiriot, né en Lorraine, sculpteur, ciseleur, graveur et orfèvre, a coopéré sans doute aux plus beaux ouvrages de joaillerie qui s'exécutèrent au seizième siècle ; Etienne Delaulne, dit Stephanus, né à Orléans, étabh d'abord à Strasbourg, vint apporter à
Paris les premières efHorescences de l'art allemand qui avait fondé de si brillantes pépinières d'artistes à Nuremberg et à Augsbonrg ; Etienne Delaulne, qui retourna se fixer à Strasbourg quand la Ligue eut chassé du Louvre Henri III et sa cour efféminée, avait jeté, au milieu de Tengouement italien, une brillante évocation des écoles de Jean Gollaert, d'Anvers, et de Théodore de Bry, de Francfort. Etienne Delaulne, pendant quinze ou vingt ans, fut Tinspirateur et le guide des orfèvres et des joailliers de Faris, et, sr la phipart des objets exécutés d'aiM*ès ses dessins onl disparu, nous avons du moins les gravures de ces pièces qui remportent sur les plus^ riches compositions de Finiguerra et de Caradosso. L*Orfévrerieet surtout la joaillerie françaises apparaissent avec tout leur éclat dans l'œuvre de Stephanus, qui empruntait quelquefois le crayon de Jean Cousin, auquel Tâge n'avait rien été de son admirable talent de dessigneur; ses fonds de coupe niellés et emalllés, ses miroirs de main encadrés de Ogures allégoriques, ses bas-reliefs au repoussé, ses ornements en arabesques, sont là pour témoigner que Part -de la Renaissance faisait encore des progrès à la fin du siècle qui ra\'ait enfanté. Après Étit nne Delaulne, Jean Vovert,* Jean Morien; Stephanus Carteron, de Châtillon; Jean Toutin, de Châteaudun ; Jacques Hurtu ;* P. Simony, de Strasbourg, et d'autres dont nous possédons les œuvres gravées, se montrèrept dignes de leur illustre devancier.
L'Orfèvrerie de cette époque prêtait son concours à diverses industries de luxe, notamment à celle des meubles. On avait imaginé d'incruster d'or, d'argent et de pierres dures l'ébène, le sandal, le cèdre, l'ivoire, la corne et toutes les substances qui servaient à la confection des cabinets, espèce de coffrets à tiroirs, qui remplaçaient les bahuts et les écrins. Ces cabinets, inventés, dit-on, à Augsbourg, étaient souvent décorés de statuettes, d'ornements, de médaillons et de plaques, en or et en argent. Paris n'avait pas accaparé à lui seul la fabrication de l'Orfèvrerie
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qui florissait par toute la France. Il suffit, pour comprendre rimportance de ce commerce au seizième siècle, de dire que les maîtres orfèvres de Rouen, ayant droit de merq (marque), en 1 563, étaient au nombre de deux cent soixante-cinq.
On a retrouvé récemment, dans cette ville, la plaque de cuivre sur laquelle avaient été gravés les noms et les marques de ces orfèvres, pour remplacer un tableau du même genre, détruit, avec tons les extencilles de la Maison des Orfèvres, par les huguenots qui s'étaient emparés de Rouen, le 26 octobre 1562. Il est remarquable cependant que les dévastateurs de la Maison des Orfèvres (rue de la Grosse-Horloge, n** 2^ ne brisèrent pas le vitrail représentant les armes de la corporation de Rouen et daté de 1543. Ge beau vitrail, dans lequel Técusson, soutenu par des griffons, surmonté d'un creuset allumé, et entouré de fourmis et de gouttes de sueur allégoriques, porte pour devise ce verset de saint Paul : Opus quak sit ignis probabit (le feu prouvera quel est l'ouvrage).
Parmi les plus habiles orfèvres du seizième siècle, on cite Torfèvre de Charles IX, Claude de la Haye, dont le fils Jean de la Haye, également orfèvre du roi, fabriqua une grande partie de la vaisselle de Gabrielle d'Estrées. L'Inventaire des biens meubles de cette belle maîtresse de Henri IV nous rappelle que, pendant ce siècle ami des arts, les maltresses des rois avaient au plus haut degré le sentiment de Fart, et que, sous François 1", Françoise de Foix, comtesse de Chateaubriand, Anne de Pisseleu, duchesse d'Êtampes, et, sous Henri II, Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois, ne furent pas étrangères à la prospérité de F Orfèvrerie et de la joaillerie françaises. Diane de Poitiers surtout, dans son château d'Anet, avait accumulé des merveilles d'or, d'argent et de pierreries précieuses, inventées et mises en œuvre par d'excellents ouvriers. Il faut ajouter le nom de Bernard de Palissy, qui raviva Fart des émaux de Limoges, aux noms des grands artistes dont rOrfévrerie suivit les inspirations.
La Ligue, oorame les guerres de religion, avait forcé sans doute les orfèvres de se reposer, en attendant le retour de la paix et du luxe. Sauvai cite pourtant un célèbre orfèvre, nommé Courtois, qui n'est pas dans les listes chronologiques des gardes du métier, à moins que ce ne soit Pierre Gourtet, maitre-juré en 1593. Henri IV avait en telle estime cet orfèvre, qu'il le logea dans la galerie du Louvre, c'est-à-dire dans le rez-de-chaussée qui régnait sous cette galerie, et qui fut occupé, en 1608, par les premiers artistes, peintres, sculpteurs, horlogers, graveurs en pierres fines, doreurs et damasquineurs, etc., formant une sorte d'école polytechnique des beaux-arts et offrant des modèles à l'industrie lilu^e.
Ces orfèvres, que Henri IV avait établis dans le Louvre, pour s'en servir au besoin, étaient exempts de la visite des gardes de FOrfèvrerie, mais tenus, comme les autres maîtres, demeurant dans la vrlle, de faire contremarquer leurs ouvrages au Bureau du métier ; ils pouvaient avoir chacun deux apprentis au lieu d un, et ces apprentis étaient reçus maîtres au bout de cinq ans d'exercice au Louvre, sans être obligés de subir Texamen des jurés, de faire le chef-d'œuvre, et de payer le droit du marc d'argent que payait chaque nouveau maître. Ces orfèvres du Louvre, qui s'intitulaient orfèvres du roi et qui se trouvaient séparés du corps de TOrfévrerie par des privilèges exorbitants, ne furent jamais vus de bon œil dans ce Corps où fls étaient entrés, pour ainsi dire, de vive force.
Le Corps ne mit que plus de vigueur et de persévérance à repousser tous les empiétements du bon plaisir royal sur les- anciennes prérogatives du métier. La déclaration de Henri 11, du 22 mai 1555, qui reconnaît que les orfèvres étaient toujours exceptés des créations de kttres de nuâtrise, cette déclaration fut la base de tous les procès qu'ils soutinrent pour faire respecter leiur droit. Us obtinrent de Henri III, le 19 octobre 1584, une déclaration confurmative de la précédente, et Henri IV déclara de même, à
ORFÈVRERIE FRANÇAISE 3i5
son tour, le 15 octobre 1597, que nul ne serait ^cempté de l'apprentissage et du chef-d'œuvre de maîtrise, afin que « la fidélité et la prud'honunie de ceux qui travailloient en or et en argent soit connue et expérimentée, comme il est requis et nécessaire plus qu'en tous autres estats et mestiers, pour la conséquence de leurs ouvrages. » Depuis, à diverses reprises, on obtint du roi des lettres patentes qui tendaient à contredire ce principe ; çiais le roi, mieux informé, ne manqua jamais de retirer ces lettres comme non avenues. Les grands-officiers de la couroiuie, tels que le grand prieur de France, essayèrent souvent de créer des orfèvres par brevet du roi et de maintenir des orfèvres suivam la cour, en se fondant sur certaines traditions de l'hôtel du roi ; les orfèvres de Paris poursuivirent avec un zèle infatigable les intrus que soutenait la cour, et ils eurent gain de cause devant le conseil d'État.
Ils avaient rencontré plus d*opposition et de difficultés, quand ils voulurent protester contre rétablissement de l'Orfèvrerie sans maîtrise, dans Thôpital de la Trinité. François 1" avait fondé en 1545 cet hôpital, destiné aux enfants pauvres qu'on y faisait travailler à difiérents métiers, et qui n'étaient pas soumis aux règles de l'apprentissage et de la maîtrise. Les maîtres orfèvres, pendant plus d'un siècle, protestèrent et remplirent de leurs réclamations tous les tribunaux, sans réussir à faire pénétrer la visite de leurs jurés dans Fenceinte de l'hôpital ; ils obtinrent toutefois, en 1576, que l'orfèvre chargé de r instruction des enfants de l'hôpital serait certifié suffisant et capable, par les gardes de l'Orfèvrerie. Un arrêt du Parlement, du 8 octobre 1621, ordonna qu'à l'avenir on ne recevrait dans Fhôpital que deux orfèvres tous les huit ans, l'un travaillant en or et l'autre en argent.
Les beaux ouvrages d'Orfèvrerie que le seizième siècle a produits en si grande abondance n'existent plus depuis longtemps ; leurs descriptions, qui reviennent si fréquemment dans les récits des entrées de rois, de reines, de
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princes, d*évêqiies, etc., suffisent pour nous faire apprécier le caractère grandiose que Tari avait pns en France. I^ don que la ville de Paris fit à Charles IX après son sacre, en 1571, peut justifier les regrets que nous inspire !a perte de tant de chefs-d'œuvre. Sur un grand piédestal soutenu par quatre dauphins, un char de triomphe, traîné par deux lions avec colliers aux armes de l*aris, portait Cybéle, Neptune, Pluton et Junon, représentant la reinemère et ses enfants; vis-à-vis du char, Jupiter debout, représentant le roi, entre une colonne d'or et une d'argent, recevait avec son sceptre la couronne impériale que lui apportait un aigle placé sur la croupe du cheval P^[ase ; la frise du piédestal offhiit le tableau en relief des victmres qui avaient signalé son règne ; aux quatre coins du soubassement de ce piédestal étaient les figures de Charlemagne, de Charles V, de Charies VII et de Charles VIII ; les emblèmes et les devises couvraient les faces de ce monument, « tout fait de fin argent, doré d'or de ducat, ciselé, buriné, et cx)ndutt d'une telle manufacture, que la façon surpassait l'étoffe. j>
Ce n'était pas seulement Paris qui faisait de pareils présents à ses rois. La ville la moins riche accueillait de nu* me leur passage. Ii)rsque Henri IV entra, au mois d'octobre 1596, dans Rouen appauvri et ruiné par l'occupation du parti ligueur, les échevins s'excusèrent de lui présenter un présent indigne de lui, en lui donnant un grand bassin ou plat d'argent doré vermeil, au milieu duquel s'élevait un vase qui versait l'eau artificiellement, par deux canaux, en forme de fontaine, avec six grandes coupes plates ou drageoirs d'argent doré, « le tout ciselé et gravé en demyrelief de plusieurs trophées et despouilles de guerre si industrieusement et parfaitement bien élabourés d'art d'Orfèvrerie, qu'il ne s'en pou voit voir de mieux. » Les histoires du temps sont pleines de descriptions analogues qui prouvent que les orfèvres de Paris et des principales villes de France n'avaient pas déchu Je leur ancienne réputatioa.
Il ne faut pas oublier que ce fui une pièce d orfèvrerie qui fit passer Henri 111 pour sorcier, dans sa capitale même, où un orfèvre, Pierre Nicolas, était alors quartenier ! En 1589, après la fuite de Henri de Valois^ on trouva, dans son château du bois de Vincennes, « deux satyres d'argent doré, de la hauteur de quatre pouces, tenants cliacun en la main gauche et «'appuyants dessus une sorte de massue, et de la droite soutenants un vase de cristal pur et bien luisant, esle^rés sur une base ronde, goder onnée et soutenue de quatre pieds d'estal. » On reconnaît, dans celte description, des cassolettes à brûler des parfums; mais le préjugé populaire tint à proclamer que ces satyres n'étaient autres que des idoles de démons à qui le roi rendait un culte abominable.
C'était toujours la vaisseJle de table, c'était toujours le parement des habits, que l'Orfèvrerie et la joaillerie s'empressaient de multiplier à Tin fini, pour l'usage des princes et de la noblesse. Plus la bourgeoisie, atteinte à son insu de Tinflifence austère du protestantisme, aflectait de modestie dans ses vêtements de laine à couleurs sombres, plus elle se piquait d'économie en n'étalant sur ses buffets que des vases d'étain et de grès, plus la cour et l'arislocratie exagéraient le luxe du costume de cérémonie et la splendeur du service de table d'apparat.
Toutes les fois que le roi donnait à dîner ou à souper avec solennité, le buffet de parade brillait dans la salle du festin et ployait sous lé poids de la vaisselle de vermeil : alors le garde-meuble de la couronné mettait en montre ses trésors d'argenterie, sous la surveillance des intendants et contrôleurs généraux de Targenterie et des menus, sous la garde immédiate des officiers du gobelet. Les orfèvres de Paris partageaient cette garde avec eux, lorsque la ville traitait le roi dans la Grand' Salle du Palais. Les relations des festins royaux, jusqu'à la fin du dix-septième siècle, nous montrent toujours plusieurs buffets garnis de vaisselle de vermeil et d'argent, quelquefois trois, souvent
Sif» HlSTOIirË DES ARTS
cinq, selou le nombre des tables. Quant à rorfévrerie dite d'aecouirement, elle dépasse toutes les merveilles imaginées par les anciens romanciers : robes, pourpoints et manteaux étincellent d'or, ruissellent littéralement de pierreries. Au baptême du Dauphin et de ses sœurs, en 1006, la robe de la reine était couverte de trente-deux mille pierres prédenses et de trois mille diamants ; elle fût estimée, par les orfèvres et joailliers, à la valeur de aoixmte mille écus; mais elle était si pesante, ^ue la reine ne put s'en vêtir.
En général, le rang et la fortune d'une famille noble étaient proportionnés à Timportance de sa vaisselle d'ai^ gent et de ses joyaux, qui se transmettaient de père en fils, sans distraction et sans aliénation : le chef héréditaire de la famille avait en quelque sorte la garde usufruitière de ces richesses, inséparables du nom et du titre qu'il portait. Après la mort d'un roi ou d'une reine, l'héritier de la couronne rachetait les objets d'or et d'açgent, qui devaient, selon d'antiques usages, appartenir aux domestiques du défunt ; après la mort d'un évéque ou d'un prélat, soif argenterie et sa pompe devenaient Tapanage d'une église ou d'un couvent, qui avait toujours un trésor pour y entasser de FOrfèvrerie ; après la mort d'un seigneur, sa mémoire se perpétuait, pour ainsi dire, dans sa maison, par la vaisselle et les bijoux qu'il laissait. Ces bijoux, cette vaisselle, c'étaient les derniers meubles qu'une maison illustre tenait à honneur de sauver dans sa plus grande détresse. Quand la marquise de Grignan avait recours à des emprunts onéreux et même usuraires, pour que son mari, lieutenant-général de Provence, pût dissimuler le délabrement de sa fortune, elle refusait de se défaire d'un fatras de vieille argenterie qui ne lui servait plus, mais qui taisait le fonds du mobilier patrimonial de Grignan : elle payait de gros intérêts, plutôt que d'envoyer à la fonte quatre cents à cinq cents marcs de vaisselle aux armes d'Adhémar ou d'Ornano ; car, à cette épo-
OnFÉVREUIË FRANÇAISE Si9
que, ou àe serait cru déshonoré si l'on n'eût pas gardé assez de vaisselle d'argent ou de vermeil pour faire honnête figure dans un inventaire après décès ; et plus cette vaisselle était noire et bossuée, plus elle témoignait de Tancienneté de la maison qui la possédait. Telle fut la mode reçue, et même exigée, chez les gens de cour et les gens de qualité, sous Louis XIII et sous Louis XIV. Dans tous les testaments, dans tous les inventaires, il y avait le chapitre de la vaisselle et des joyaux, parmi lesquels on comptait des meubles, des tables et des cabinets, en argent massif.
On comprend donc que les orfèvres de Paris et des fffovinces ne chômaient guère, et que leur nombre allait toujours croissant, puisque le travail ne leur manquait pas. Ceux de Paris eurent bientôt réparé les pertes que la Ligue fit souffrir à tous les métiers de luxe; mais cependant, quel que fût leur état de prospérité commerciale , ils se trouvaient moins riches et moins nombreux que d'autrescorps de métiers, que le progrès de la civilisation et du bien-être matériel avait {Mrodigieusement augmentés. Ainsi les merciers, qui réunissaient sous une seule bannlAre plus de cinq cents sortes de vacations (commerces) différentes, comprenaient, à Paris seulement, plus de deux mille quatre cents chefs de famille ; ainsi les bonnetiers, qui n'avaient été admis dans Toi^nisation des six corps de marchands qu'en 1 514, à l'entrée de Marie d'Angleterre, seconde femme de Louis Xll, remplaçaient les changeurs et aspiraient à tenir, dans les cérémonies publiques, le rang du corps auquel ils avaient succédé.
Les disputes de préséance entre les six corps avaient c(mimencé avec le seizième siècle, et la querelle s'était renouvelée depuis dans l'intérieur du Conseil de Ville , chaque fois que les jurés et syndics des six corps avaient été mandés pour régler le cérémonial de quelque grande solennité. En 1501, à rentrée d'Anne de Bretagne, les orfèvres avaient occupé le second rang, après les pelletiers,
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qui marchaient en tête des six oo|*ps : mais, la même aii« née, ils avaient été rais au quatrième rang, à l'entrée du rardinal d'Amboise. Ces deux. faits, rapprochés Tun de 1 autre, font supposer que la désignation des rangs entre les six corps ne dépendait que de la volonté du prévôt des marchands et des échevins. Mais les six corps se montrèrent également jaloux d'établir leur rang respectif d'une manière invariable, et le débat dura plus d^un siècle, jusqu'à ce qu'il fût terminé en 1625, par un arrêt du Chàtelet. Jusque-là, les orfèvres, qui prétendaient avoir été les premiers dans Torigine, se virent placés tantôt an quatrième et tantôt au cinquième rang; ils précédèrent ordinairement les bonnetiers , mais ils furent relégués après eux à la suite d'un long procès que termina enûn un arrêt du Parlement, rendu le 24 janvier 1660. Les orfèvres avaient pourtant fait valoir avec succès une raison de priorité, que sembla toutefois détruire l'incendie du Palais en 1618 ; ils prouvaient que, dans tous les festins donnés aux rois et aux reines de France par la ville de Paris sur la Table de Marbre du Palais , leur place d'usage avait été autour du buffet royal et tout proche des rois et des reines; mais rincendie, qui réduisit en cendres la Table de Marbre et la Grand' Salle où elle se trouvait, n'épargna pas davantage le privilège que les orfèvres s'efforçaient de défendre contre les bonnetiers.
Ce fut pendant ces débats, qui troublaient l'harmonie des six corps, que le prévôt des marchands, Christophe Sanguin, seigneur de Livry, concéda, par ordonnances des 49 et 27 juin 1629, des armoiries particulières à chaque corps et communauté des marchands de Paris. Les merciers, qui s'intitulaient alors grossiers et jouailliers, et qui s'efforçaient évidemment d'absorber le corps des orfèvres, avaient adressé une requête pour solliciter cette concession d'armoiries ; les autres corps, à l'exception de celui de l'Orfèvrerie , qui avait seul des armoiries , appuyèrent pour leur propre compte la requête des merciers.
Ibis, quand le prévôt des marchands voulut comprendre les orfèvres dans la distribution d'armoiries qu'il faisait aux Six Corps, en se fondant sur ce que plusieurs mardiands de chacun de ces Six Corps avaient bien mérité du public, « en leur trafic de la marchandise, » et avaient rempli des charges- municipales capables d'anoblir, les orfèvres n'acceptèrent pas les nouvelles armoiries qu*on leur offrait, portant le navire héraldique de la ville de Paris entre deui coupes d'or : ils persistèrent à garder celles qu'ils tenaient de Philippe de Valoir , et dont ils étaient en possession l^itime depuis 1330. Ces armoiries, gravées sur l'ancienne vaisselle d'étain de la maison commune et de l'hôpital des Orfèvres, peintes sur les vitraux de leur chapelle, sur les enseignes de leurs boutiques, sur les bannières de leur corporation, sur les écussons des torches aux enterrements des maîtres, sur les écussons des cierges aux processions, ces armoiries semblaient railler la concession récente d'armoiries faites par un prévôt des marchands, et non par un roi de France, aux cinq autres Corps, qui s'entendirent sans doute entre eux pour faire renvoyer au dernier rang le corps de TOrfévrerie.
Les orfèvres n'en eurent que plus d'ardeur et d'émulation à se distinguer par la richesse de leurs habits et par la magnificence de leurs bannières, dans les montres ou revues du métier et dans les fêtes de ses confréries. L'oblalion annuelle du mai à Notre-Dame était devenue une cérémonie très-imposante, dans laquelle la plupart des orfèvres, suivis de leurs apprentis et de leurs compagnons, venaient prendre rang, avec leurs cierges écussonnès et leurs habits de livrée en velours ou en drap cramoisi. Le mai n'était plus, comme dans l'origine, un arbre entier, coupé dans un bois et replanté en terre avec tout son feuillage; c'était une grosse branche verdoyante que l'on fichait sur un pilier « en forme de tabernacle à diverses faces, esquelles on voyoit de petites niches, remplies et ornées de diverses figures de soye, or et nrgent, roprésen-
an HISTOIRE DES ARTS
tant certaines histoires. » Au-dessous, pendaient de petits tableaux contenant des inscriptions en vers français. Le mai, planté devant le portail à une heure du matin, n'y restait que jusqu'au lendemain après vêpres ; on le transportait alors, avec son pilier, dans l'intérieur de Féglise, devant une image de la Vierge placée contre la clôture du chœur. Le mai de Tannée précédente était mis dans la chapelle Sainte-Anne, où on le gardait encore un an.
La confrérie de Sainte-Anne absorba en 1595 la coidmunauté du Mai, et ses quatre maîtres, élus chaque année le jour de T Ascension, eurent le gouvernement de Vœuvre du mai, à laquelle coopéraient tous ceux qui voulaient s'inscrire à cet effet sur le registre de la confrérie. Les dons volontaires se multipliaient sans cesse, et en 1607, on remplaça le mai annuel par un tabernacle en bois, t fort iudustrieusement élabouré en forme triai^ulaire, » avec trois tableaux enchâssés que Ton changeait tous les ans. On ne laissait pas néanmoins de présenter un mai commtm, orné de petits tableaux et de vers français. L'accumulation de ces tabl^ux votifs et conunémoratifs dans la chapelle Sainte-Anne finit par ^nabarrasser la confrérie, qui jugea plus convenable pour le culte et plus digne d'elle de n'offrir chaque année qu'un seul tableau, exécuté par m bon peintre, et destiné à la décoration de Notre-Dame.
C'est ainsi que la cathédrale s'enrichit déplus de soixantedix grands sujets de sainteté, hauts de douze pieds, sur bois et sur toile, qu'on y admirait encore avant la Révolution, et qui garnissaient non-seulement les piliers delà nef, mais encore la plupart des chapelles. Le premier de ces tableaux, donnés par les orfèvres, avait été peint par Lallemand, maître du Poussin, en 1630; le dernier le fut en 1707 par Courtin. Les plus grands 'peintres du dixseptième siècle briguèrent l'honneur d'être choisis par les maîtres et par le prince de la confrérie de Sainte-Anne pour exécuter le tableau d'offrande qui venait tous les ans augmciUor la superbe colloction de peinture religieuse
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que possédait la cathédrale. Jean Jouvenet, Michel Corneille, Louis Boulogne, Simon Vouet, Sébastien Bourdon, Eustache Lesueur, L. de la Hire, Marot, Parocd, Noël Coypel, Jacques Blanchard, figuraient parmi les auteurs de ces rafnarquables compositions, que la gravure nous a conservés la i^upart, et dont quelques-unes sont entrées depuis dans les galeries du Louvre. Il n'y avait pas, au dixseptième siècle, d'autre musée public à Paris que celui de Kotre-Dame, dû à la munificence des orfèvres et à leur zèle intelligent pour les arts. Les deux tableaux que les amateurs avaient distingués entre tous étaient celui de Pierre Blanchard , représentant la Descente du Saint- Esprit sur les Apôtres, et celui de Noël Coypel, représentant saint Jacques le Majeur conduit au martyre. Les orfèvres ne cessèrent d'apporter à Notre-Dame leur tribut annuel du tableau du mai, que quand la confrérie de Sainte- Anne, ainsi que celles de Saint-Marcel, de Saint-Denis et de Blancmesnil, fut attachée à la chapelle paroissiale de rOrfévrerie. Mais la cathédrale, qui déjà avait enlevé aux confréries leurs chapelles de Saint-Marcel et de Sainte- Anne, resta parée de leurs dons et toute pleine du souvenir de leur pieuse générosité. En 1731, le chapitre, cédant aux prières et aux conseils des artistes, fit nettoyer et restaurer tous [les tableaux des orfèvres, par les soins d*Achille-René Grégoire, élève de Restout ; cette restauration, faite avec beaucoup de talent, permit de mieux apprécier la beauté de quelques-uns de ces ouvrages que la poussière et Thumidité avaient altérés.
Le Corps des orfèvres, en perfectionnant son administration intérieure, avait depuis longtemps manifesté l'intention de restreindre les confréries, pour finir par les supprimer tout à fait. Ces confréries entretenaient, dans le sein de la communauté, des intrigues, des rivalités, des jalousies, des querelles fâcheuses; elles étaient aussi le prétexte et l'occasion de dépenses que la vanité exagérait souvent. On ne pouvait changer d'un seul coup les anciens
usages ni anéantir entièrement des fondations qu^on respectait depuis plusieurs siècles.
Ce ne futqu'^n 1679>qu*un arrêt du conseil d'État, daté du 50 décembre, réunit sous la main des gardes de TOrfévrerie toutes les différentes confréries des orfèvres, èparses dans plusieurs paroisses de Paris et des environs ; les reliquaires, vases sacrés, croix, chandeliers et autres ornements d'église, appartenant à ces confréries, furent transportés à la chapelle des Orfèvres, où chaque confrérie continua de célébrer ses messes, ses anniversaires et ses processions. Dès lors, on n*élut plus aucun maître de confrérie, et les deux plus jeimes des gardes de F Orfèvrerie eurent mission de « faire faire le service de ces omfréries, conformément aux fondations. » Il n'y eut que la confrérie de Sainte-Anne, ou du Mai, qui resta en dehors de la chapelle commune et même de Tadministration des gardes du Bureau, jusqu'au commencement du dix-huitième siècle, quoique la chapelle Sainte-Anne, à Notre- Dame, eût été depuis longtemps concédée à la sépulture de la famille de Noailles.
Une confrérie, hostile à la corporation des orfèvres, avait tenté de s'établir, à la suite du règlement sur le fait de rOrfèvrerie, du 2 juillet 1612, qui remettait en vigueur celui de 1571, et qui exigeait, des apprentis, trois années d'exercice en qualité de compagnons, avant d'être reçus maîtres. Les compagnons altendans maîtrise se constituèrent en association et en confrérie, dont le si^e fut fixé dans la chapelle des Orfèvres, avec Tautorisation des gardes de rOrfévrerie. Ceux-ci retirèrent cette autorisation vers 1644, et la confrérie des Compagnons ne subsista pas davantage. Elle .essaya de se reformer sur des bases plus solides en 1723, et elle eut alors pour objet principal de défendre les intérêts des compagnons contre les maîtres. Mais ceux-ci s'opposèrent activement à rétablissement de cette espèce de coalition, qui avait choisi la petite église ^e Saint-Denis-du-Pas, voisine de Notre-Dame, pour y fêter
saint Éloi, son patron ; le cliapitre de la cathédrale fit fermer les portes de cette église, et invita la nouvelle confrérie à se dissoudre.
La corporation des maîtres orfèvres de Paris s'était prononcée avec énergie contre tout ce qui tendait à diminuer son autorité et ses bénéfices; non-seulement elle avait combattu vigoureusement la réception des maîtres privilégiés par lettres du roi et par lettres du grand prévôt de l'hôtel, mais encore elle avait obtenu, en juillet 1612, une ordonnance de Louis XIII, qui limitait à trois cents le nombre des orfèvres de Paris. Ce nombre, que plusieurs édits de Henri II et de Henri lU avaient déjà ûxé, s^tait sans doute singulièrement accru en 1612, puisque l'ordonnance qui le fixa de nouveau défendit de recevoir aucun apprenti orfèvre pendant dix ans, jusqu'à ce que le nombre des maîtres fût réduit à trois cents.
Les compagnons, qui, sans être parvenus à la maîtrise, avaient la capacité et Texpérience des maîtres, faisaient une guerre sourde aux lorfévres et leur causaient un grave préjudice en travaillant pour leur propre compte sans se soumettre à la visite des gardes de TOrfèvrerie. De là, bien des ouvrages de mauvais aloi et de mauvaise fabrique, que Ton vendait ou colportait sous le manteau; de là aussi, bien des poursuites de police et de justice de la part des gardes, qui se trouvaient sans cesse arrêtés par. les barrières insurmontables des franchises de Tendroit où le compagnon avait caché sa forge ou sa boutique. C'était tantôt Fenclos du Temple, tantôt Fenceinte de Saint-Denis-de-la-Châtre, tantôt le Louvre, tantôt le Palais, et toujours il fallait les lenteurs d'une procédure régulière pour pénétrer dans ces asiles fermés à la juridiction du Châtelet.
L'amende, la prison, et même des punitions corporelles ne ralentissaient pas la concurrence effrénée que les compagnons faisaient aux maîtres. Les gardes de FOrfévrerie avaient beau redoubler de vigilance et de sévérité, leur autorité trouvait souvent une résistance obsti-
née. Ainsif en 1580, «n c(mipagnon orfèvre, nommé Ni* colas Dalle, qui avait fait appel en Parlement d'un jogement de la Cour des monnaies, yit son appel mis à néant, à la requête des maitres-Jlurés de FOrfévrerie, et fut condamné i à estre battu et fustigé nud de verges et en cent escos d^amende. » Les gardes avaient donc Tœil à la marque des pièces d'Orfèvrerie, et ils saisissaient toutes celles qui n'étaient pas poinçonnées ni contre-signées, sans admettre aucune excuse et sans se laisser influencer par aucune considération personnelle. Ces saisies continuelles amenèrent bien des procès, qui se vidaient devant la Cour des monnaies, sinon devant celle des Consuls, laquelle se recrutait surtout parmi les anciens orfèvres. Les orfèvres de Paris avaient aussi de fréquents procès avec les merciers, les lapidaires, les émailleurs, les passementiers, les fourbisseurs, les graveurs, les horlogers, les affineurs et autres qui empiétaient plus ou moins sur les droits et les travaux de l'Orfèvrerie. Les anciens statuts du métier étaient quelquefois attaqués et lésés dans ces luttes intestines de commerce ,^ qui sapaient profondément les bases de l'organisation des Corps d'état.
Les principaux ouvrages que fabriquait à cette époque l'Orfèvrerie parisienne étaient, comme nous l'avons dit, des pièces de vaisselle massive, moins ornées de figures que de fleurons et d'arabesques, tout unies plutôt que ciselées. La faïence et la porcelaine commençaient pourtant à s'introduire sur les tables des personnes de qualité. René de La Haye, doyen de l'Orfèvrerie en 1639, qui devint l'orfèvre du cardinal Mazarin, s'était fait à la coiu* une clientèle considérable. Guy-Patin, dans une lettre du 17 septembre 1649, dit que la vaisselle d'argent qui doU faire Vameuhlement du mariage du duc de Mercœur « se fait chez le bonhomme de La Haye, orfèvre. » Dans certaines occasions, pour des festins, des soupers, des fêtes de grande cérémonie, toute la vaisselle était renouvelée et refaite à^ la mode. Tallemant des Rèaux dte une collation
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que îe duc de Savoie offrit à Madame Royale, et dont toute la vaisselle était en forme de guitare, parce que Madame Royale jouait de cet instrument.
La joaillerie ouvrait aussi le champ aux plus ingénieuses inventionSy et les orfèvres faisaient souvent graver leurs œuvres au burin ou à Teau forte, pour les offrir comme modèles ou comme des renseignements utiles. C'étaient quelquefois les fils et les parents des orfèvres qui dessinaient et gravaient ces palmettes, ces cosses de pois, ces fleurs, ces feuillages, ces ornements, que la mode avait rais en faveur. Charles Lafosse, que Fécole française compte parmi ses plus grands peintres , prêtait son crayon à Tart de son père, Antoine Lafosse, quand il étudiait le dessin avecChauveau et la peinture avec Lebrun. Jean Lemercier, garde de sa corporation , avait un fils nommé Balthazar qui faisait graver par Moiitcornet ses ornements de joaillerie. Etienne de La Belle, Claude Rivard, Jean Leclerc, Isaac Briot,'et un grand nombre d'autres habiles graveurs, ne dédaignaient pas de mettre leur art au service des orfèvres. Ceux-ci se piquaient aussi d'attacher leur nom à des œuvres gravées, qui devaient survivre à leurs ouvrages d'or et d'argent. Tel fut Gédéon l'Égaré, demeurant au faubourg Saint-Germain, rue Saint-Lambert, auquel BOUS devons plusieurs livres de feuilles (V Orfèvrerie; tels fumit Jacques Caillart, François Lefebvre, Claude Rivart, Henri Leroi, qui eurent, par leurs comjJositions , une influence plus ou moins durable sur l'Orfèvrerie et la joaillerie de leur temps.
Cétait l'Allemagne qui avait habitué les orfèvres à faire graver des modèles et des motifs d'ornements, auxquels la France et les Pays-Bas opposèrent bientôt le génie créateur de leurs artistes. Nuremberg et Augsbourg étaient toujours les deux principaux centres de l'Orfèvrerie à figures ciselées et à ornementation gravée dans le style de Lucas Kilian, le digne successeur de Théodore de Bry. Les meilleurs orfèvres allemands, à cette époque, Hans Schro-
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der, Christophe Jamnitzer, MarcKrundler, Jean A. Sande, Jean Helleck, n^égalèrent pas Michel Leblond, qui, quoique originaire de Francfort, a travaillé toute sa vie à Amsterdam. On peut dire que Michel Leblond, dont les merveilleux ouvrages sont immortalisés par son burin, le plus fin, le phis adroit, le plus hardi que la- main d'un orfèvre ait manié, on peut dire que ce grand artiste a inspiré et dirigé constamment les écoles hollandaises, flamandes et françaises pendant la première partie du diïseptième siècle. Amsterdam, Utrecht, Groningue, avaient alors des orfèvres célèbres dans TEurope entière : Laurent Janss Micker, Adrien Muntinck, Adam van Vianen, Abraham Heckius et Henri Janssen , tous imitateurs de JBchel Leblond, dit Blondus. Les modèles d'Orfévr^-ie-joaiHerie, que chaque artiste en renom faisait graver et publiait à Tenvi, ne pouvaient manquer de mêler tous les styles et de détruire Toriginalité distinclive de chaque école : il y eut donc un genre composite que la mode introduisit et accepta partout. Souvent une pièce d'Orfèvrerie empruntait à la fois des motifs à Michel Leblond, à Bans Schroder et à Gédéon TÉgaré, ces trois excellents maîtres, dont le premier devint agent diplomatique de la cour de Suède, et dont le troisième ne fut pas même élu garde de sa corporation.
La France avait un orfèvre plus fameux encore, à opposer à Hans Schroder et à Michel Leblond : c'était Claude Ballin, né en 1615, et fils d'un orfèvre de Paris. 11 apprit le dessin dans Fatelier des premiers peintres, et il sentit son talent s'éveiller à la vue des œuvres du Poussin: il n'avait que dix-neuf ans, quand il exécuta quatre grands bassins d'argent de soixante marcs chacun , représentant en relief les quatre âges du monde. Le cardinal de Richelieu, qui les acheta, lui en commanda quatre autres, que Ballin ne fit pas indignes des premiers. Sa réputation se fonda sur un nombre considérable de beaux ouvrages, la plupart enrichis de figures en ronde-bosse et de haut re-
lief : ce fut lui prindpaleinent qui porta au dernier degré de perfection les meubles d'argent, tables, cabinets, canapés, consoles, trépieds, lits et baldaquins; il fabriqua aussi beaucoup d'argenterie d'église dans le même genre : croix, chandeliers, lampes, encensoirs, etc. On admirait surtout, dans le trésor de Notre-Dame, un soleil de vermeil, haut de cinq pieds, qui servait à exposer le saint Sacrement. Ce morceau d'Orfèvrerie sculptée, le plus grandiose que Tart moderne ait entrepris, se composait d'un ange soutenant l'Agneau pascal surmonté d'une gloire, et accompagné de quatre vieillards agenouillés. Ballin, dans ce chef-d'œuvre, avait eu recours à l'aide de ses amis de Cotte et Bertrand, l'un peintre, l'autre statuaire. Malheureusement, la plupart des grands ouvrages de Ballin, exécutés par les ordres de Louis XIII et de Louis XIV, furent envoyés à la Monnaie et fondus en 1688, pour payer les dépenses de la guerre. Les dessins qui nous restent de ces ouvrages nous donnent à peine une idée de leur caractère imposant, de leur élégance et de leur admirable exécution.
Louis XIV, dès son avènement au trône, s'était passionné pour l'Orfèvrerie comme pour les bijoux; il employa fréquemment ses sculpteurs à modeler des meubles qu'on coulait en argent et qu'on ciselait avec un art infini. Sarrasin luinnême» le grand statuaire, voulut faire de l'Orfèvrerie pour complaire au roi, et il fabriqua des crucifix d'or et d'argent, dont Charles Perrault vante la beauté extraordinaire. Les orfèvres du roi avaient un logement au Louvre, sous la grande galerie qui longe la rivière : c'étaient le vieux Courtois et son fils, Labarre, Ballin, Roussel et Vincent Petit, que Louis XIV faisait travailler presque exclusivement pour sa vaisselle et pour son mobilier. Julien Desfontaines, logé également au Louvre en 1677, avait à lui seul l'avantage de fournir tous les joyaux que le roi distribuait en présents à ses maîtresses, à ses courtisans, aux princes et aux ambassadeurs étrangers.
11 faut parcourir les mémoires des divers introduetairs des ambassadeurs pour se faire une idée de ce que Louis XHI et Louis XIV dépensai^t en chaînes d'or, en médaillons d'or, en diamants, en buffets d'argent, en boites et en bagues, à la réception de chaque ambassade étrangère ; il faut yoir dans les correspondances des ministres d État ce que la moindre négociation politique coûtait à la France en cadeaux d'orfèvrerie et de joaillerie. On conçoit, en présence de ces prodigalités royales, que le commerce des pierreries, et surtout des diamants, avait centuplé et produisait des bénéfices énormes.
Presque tous les voyageurs français qui visiterait l'Asie sous le règne de Louis XIV se livraient à ce commerce, ou bien lui accordaient une attention spéciale. Jean Chardin, dont les Voyages en Perse n'ont encore rien perdu de leur utilité, était fils d'un joaillier de la place Dauphine, et ce fut pour les intérêts de son négoce qu'il alla se fixer à Ispahan, où il passa six ans avec le titre de mot^ chand du roi. De retour à Paris en 1670, il n'y demeura que le temps nécessaire pour se convaincre que « la religion dans laquelle il avait été élevé (il était protestant) l'éloignait de toutes sortes d'emplois. » 11 retourna dans l'Inde en disant adieu à sa patrie pour toujours. Gomme lui, Dernier, Tavernier, Thévenot, contribuèrent à fournir des notions exactes sur la qualité et la valeur des perles et des pierres précieuses, que produit l'Orient, et que rOcddent lui enlève à si grands frais. Au reste, les pierres précieuses ou gemmes avaient été dès lors classées et décrites, non par des savants de profession, mais par des orfèvres et des joailliers, comme Robert de Berquen, qui publia, en 1661 , Xei&Uei^eilles des Indes, ou Nouveau Traité des pierres précieuses, et qui fit oublier les Traités qu'avaient publiés avant lui Andréa Bacci, en italien, Gaspardo de Morales, en espagnol, et Boetius de Boot, en latin.
La joaillerie avait dû ses progrès à cette quantité de fêtes de cour que multiplièrent à l'infini les règnes de
Henri IV, de Louis XIÏÏ et de Louis XIV. C3 n'étaient que ballets, comédies, mascarades, concerts, festins, carrousels, jeux de bague, diasses, voyages, assemblées, non« seulement au Louvre, aux Tuileries, à Saint-Germain, à Fontainebleau et dans les autres résidences royales, mais encore chez les princes du sang et les grands seigneurs. Chacune de ces fêtes était un nouveau prétexte pour les rivalités de luxe et de magnificence. On ne se contentait pas des draps, des dentelles, des passements d'or et d'argent, on faisait disparaître la soie sous Forfévrerie, les émaux et les pierres précieuses. Les femmes surtout, pour qui se donnaient ces divertissements somptueux, y apportaient d'incroyables recherches de parure : elles se chargeaient les oreilles de longues pendeloques, les doigts de bagues, la poitrine de chaînes et de colliers, la tête d'épingles ou ferrets et d'aigrettes. Ces aigrettes ou bouquets de fleurs, à tige mouvante, en or émaillé et enrichi de pierres fines, avec un nœud d'orfèvrerie , firent l'ornement des coiffures de cérémonie pendant plus d'un siècle, et leur composition était aussi variée que celle des fleurs que F^févre-joaillier se proposait pour modèle. L'inventaire des joyaux de la Couronne, en 1618, décrit déjà plusieurs de ces bouquets de diamants et d'émeraudes, que nous retrouvons encore, presque identiques, dans les dessins de Lempereur, qui faisait des bijoux pour la cour de Louis XV. Les hommes n'étaient pas moins envieux que les femmes de se distinguer dans les réceptions, par l'éclat des pierreries qu'ils pouvaient répandre sur leurs habits : ordres de chevalerie, nœuds d'épée et de chapeau, bagues, boucles de souliers, boutons de veste, tout leur était bon pour y mettre de For et des pierres précieuses. Quand ils prenaient un costume de fantaisie pour un ballet, une joute, une chasse, ils y faisaient coudre tous les diamants, toutes les gemmes, toutes les perles qu'ils possédaient dans leur écrin de famille. Le harnais du cheval, le baudrier et la poignée d'épée invitaient sur-
tout l'orfèvre à rehausser les travaux de rarmuri^^ du brodeur et du sellier.
Il faut voir, dans les relations des fêtes de ce temps-là, le rôle que jouait FOrfévrerie entre les industries et les arts destinés à rhabillement et au parement des gens de cour Ainsi, à la fête de Versailles que Louis XIV o£frit, en 1664, à sa maîtresse madame de la ValUére, et qu'il caractérisa lui-même sous le nom des Plaisirs de Clle enchantéty il parut, dans le ballet d'Âlcine, représentant Roger, portant « une cuirasse de lames d'argent couverte d^une riche broderie d'or et de diaman's, • et monté sur un superbe cheval « dont le hamois couleur de feu éclatoit d'or, d^argent et de pierreries, t II est à présumer que Ballin, qui avait ciselé la première épée que ceignit le roi, eut encore l'honneur de ciseler le casque d'or qu'il portait, ce jour-là, c avec une grâce incomparable, t Dans cette même fête, qui fut comme l'aurore étincelante du r^ne de Louis le Grand, le duc de Bourbon, qui représentait Roland, faillit éclipser le roi : « Un grand nombre de diamants étaient attadiés sur la magnifique broderie dont sa cuirasse et son bas de soie étaient couverts ; son casque et le hamois de son cheval en étant aussi enrichis. » On peut imaginer quelle était la splendeur éblouissante du costume de Louis XIV, lorsqu'il venait à représenter dans un ballet Apollon ou le Soleil.
La Relation de la fête de Versailles en 1668 nous fait connaître une partie des grandes pièces d'argenterie qui composaient alors la vaisselle de la Couronne, et qui furent fondues en 1688 : de chaque côté, du butfet royal,^ncadré dans une décoration de verdure, s'élevait, sur un portique de dix pieds de haut, un grand guéridon d'argent, chargé d'une girandole d'argent qui éclairait le buffet, et accompagné de plusieurs grands vases d'argent; sur la table et les gradins de ce bulOfet, qui montait jusqu'à un plafond de fouillée et n'avait pas moins de vingt-cinq pieds de hauteur, « on vo^it, dans une disposition agréable, vingt-
quatre bassins d'argent d'une grandeur extrême et d'un ouvrage merveilleux ; ils étoient séparés les uns des autres par autant de grands vases, de cassolettes et de girandoles d'argent d'une pareille beauté. » Sur la table du buffet, la nef d'or et la vaisselle de vermeil à l'usage du roi brillaient au milieu de vingt-quatre grands pots d'argent pleins de fleurs ; au-devant de cette table, une grande co^ quille d'argent en forme de cuvette ; aux deux extrémités, quatre guéridons d'argent de six pieds de haut, surmontés de girandoles d'argent. Deux autres buffets, pour le service des dames, offraient chacun quatre grands bassins et quatre figures d'argent accompagnant un grand vase, chargé de girandoles; au-dessus du dossier de chacun de ces buffets, un guéridon d'argent, et incelant de bougies, faisant miroiter six grands bassins d'argent qui servoient de fond, i et plusieurs grands vases d'un prix et d'une pesanteur extraordinaires, t Devant la table de chaque buffet, il y avait une cuvelte d'argent pesant mille marcs. On peut estimer toute cette argenterie ciselée et modelée à plus de cent mille marcs de métal. Ce fut celle que le roi envoya à fc^ Monnaie en 1688, et dont il rie retira pas trois millions, quoiqu'elle lui en eût coûté plus de dix. Il est vrai que ce sacrifice lui sembla moins pénible, parce que la mode avait déjà fait adopter à la cour l'usage des porcelaines et des cristaux, pour le service de table ; les meubles incrustés en mosaïque, de Boule, et les cuivres dorés, pour l'ameublement. Claude Ballin, du moins, ne fut pas témoin de la destruction de ses chefs-d'œuvre et de ceux de ses élèves : après avoir été plusieurs fois élu grand-garde de sa communauté, après avoir été nommé, par le roi, directeur de la Monnaie des médailles et des jetons, à la mort de Pierre Varin, le célèbre graveur en médailles, il mourut le 22 janvier 1678, âgé de soixantetrois ans, et il fut inhumé dans l'église de Saint-Germain- TAuxerrois, sa paroisse, non loin de la tombe de son ami Varin.
Tous les magnifiques ouvrages que Balim avait faits pour le roi, sous les ordres de Colbert, surintendant des bâtiments, ne furent pourtant pas, à cause de leur poids, condanmés à être fondus et transformés en numéraire : ceux dont la valeur métallique ne fut pas jugée suffisante pour eu motiver la fonte, restèrent dans le Garde*-MeuMe ; quelques autres trouvèrent grâce, en raison de leur perfection inimitable ; quelques-uns échappèrent par des circonstances imprévues. Ainsi, le fameux miroir d'or, pesant, quarante marcs, que Ballin avait exécuté pour Anne d* Autriche, fut conservé dans les appartements de Versailles, où Golbert avait fait rassembler en collection les plus belles pièces d'orfèvrerie qui formaient le Cabinet des bijoux et curiosités de la Couronne. On n'eut garde, même en 1688, de détruire ces cofiftrets d'argent relevé, ces coupes de vermeil niellé, ces émaux et ces pierres dures montés en or et en argent, ces figurines d'or couvertes de pierreries, et surtout cette prodigieuse nef d'or pesant cent cinquante marcs, que les règnes de Charles V, de François l", de Henri 11 et de Charles IX avaient légués à la Couronne de France. D'ailleurs, aucun des diefs-d'œuvre de Dallin ne fut brisé et mis au fourneau avant que Delaunay, un des orfèvres les plus dignes de suivre les traditions du maître, n'eût fait un crayon fidèle du morceau qu'on sacrifiait aux nécessités de la politique. Les ouvrages de Ballin ont donc été presque tous transmis à la postérité par les dessins de Delaunay. Les tableaux des orfévTOs français contemporains existent aussi en partie dans des recueils gravés qui suppléent à l'absence, à peu près générale, des œuvres mêmes de ces artistes.
Sous Louis XIV, le style de l'Orfèvrerie s'était modifié avec le style de l'architecture et de la sculpture, comme cela était arrivé à toutes les ^)oques qui avaient eu un genre particulier de sculpture et d'architecture. On n'est donc pas étonné de rencontrer des statuaires et des architectes parmi les dessinateurs qui fournissaient le plus de
modèles et de motifs d'ornements à i'Orfé^rerie française. Celle-ci n'avait qu'un caractère unique pour tous les ouvrages qu'elle fabriquait, sans se préoccuper de leur destination ni du caractère spécial que cette destination aurait demandé. On ne mettait pas de différence entre la décoration monumentale d'un hôtel et celle d'une église; on se souciait peu qu'une statue de saint ou d'apôtre ressemblât à celle d'un demi-dieu païen ; on manquait, en un mot, de ce sentiment qui fait que l'art s'inspire tour* jours de son but et de son objet. Il n'y a donc pas lieu d'êlre surpris qu'un orfèvre, très-estimé vers 1670, Alexis Loire (né en 1640 à Paris, et mort dans cette ville en 1713), ayant gravé à l'eau-forte six pièces représentant des candélabres d'un grand style, ait placé cette légende au bas de ses gravures : Nouveaux dessins de guéridons^ dont les pieds sont propres pour des croix, chandeliers, chenets et autres ouvrages d^orfévrerie et de sculpture. Ce fait isolé prouve à lui seul que l'Orfèvrerie religieuse, simple, nobl^ et imposante à la fois, ne pouvait exister que dans quelques ateliers de l'Auvergne et du Limousin, où la tradition l'avait conservée avec sa naïveté et sa grandeur primitives.
Les dessinateurs d'Orfèvrerie français avaient pourtant mis partout à la mode leur école émanée de Lebrun et de Mignard, de Mansard et de Marot, de Girardon et de Puget. Les deux Berain, principalement Jean, dessinateur des Menus-Plaisirs du roi, demeurant aux Galeries du Louvre; Jean Cotelle; Jean Vauguier, de Blois; Gilles l'Égaré ; Joseph Daudet ; Pierre Bourdon, de Coulommiers, le plus fécond, le plus ingénieux de tous, gravaient, pour les orfèvres de Paris, des ornements traités dans le goût de l'art, tandis qu'à l'étranger Jean Durant reproduisait le même genre d'ornements pour les orfèvres d'Amsterdam, et Simon Gribelin pour ceux de Londres, sans être réduit à néant par les œuvres de Tillustre Hollar. On ne voulait entendre parler que du goiH français, pour les
flambetin, les consoles, les chenets, les pelles, les cadres de miroirs, les panneaux d'ornements, et, en général, pour tout ce qui s'exécutait en grosserie d'argent au marteau ou à l'estampage ; mais on accordait encore quelque préférence aux cuvettes de montres, aux tabatières, aux boites, en un mot, à rOrférrerie ciselée et émaillée de Nuremberg et d'Augsbourg. Il faut citer, parmi les orfèvres de ce temps-là que la vieille école lorraine pouvait opposer à celle de Paris, Louis Roupert, dont ou a le portrait gravé en 1668 par Louis Cossin, d'après P. Rabou. Cet orfèvre s'était fait assez de réputation à Metz, où il fut établi, pour que ses envieux la lui disputassent ; ce qui l'a sans doute autorisé à inscrire, en tète de son OBUvre gravé, cette devise, où il se montre moins poète qu'orfèvre :
Ces langues de TÎpères, de despit et d'envie,
Veullent envenimer roa façade choisie.
Que les censeurs inventent, sans faire quelque faute !
Les orfèvres de Paris, qui avaient toujours eu l'habitude de se grouper dans des rues et dans des quartiers affectés spécialement à leur industrie, ne renoncèrent pas au voisinage de la rivière, même en abandonnant tout à fait le pont au Change. Ils s'étaient emparés du pont Saint- Michel, comme nous l'avons vu, à la fin du r^e de Henri III, et, quand on construisit le nouveau quai, qui devait aboutir au terce-plein du Pont-Neuf, les orfévres furent les premiers habitants de ce quai, qu'ils nommèrent de leur nom, et qu'ils n'ont jamais quitté depuis. Ce fut de 1580 à l6H que le quai des Orfévres et les hautes maisons qui le bordent, depuis la place Dauphine jusqu'à la rue de Jérusalem, ont été bâtis, en partie aux frais des principaux de la corporation. Ce quai s'arrêtait à la rue de Jérusalem, où commençait la rue Neuve ou Saint-Louis, aujourd'hui rasée pour la continuation du quai.
Le pont Saint-Michel, qui tomba encore une fois en
1616, fut reconstruit plus solidement, en pierre et en iMrique, avec sa double ceinture de maisons que les orfèvres ont occupées jusqu'à ce que la révolution de 178Ô vint y mettre le marteau. Chaque forge ou atelier d'orfèvre s'ouvrait sur la voie publique, et n'en était séparé que par un vitrage, pour que les q)érations de TOrfévrerie fussent contrôlées par l'œil du passant. Dans ces ateliers, il y avait toujours un dépôt plus ou moins riche d'objets en or et en argent , qui faisaient du quai des Orfèvres le centre de ce commerce de luxe. Le voisinage du Palais et de la Conciergerie était une garantie de sécurité pour les habitants de ce quai, qui se trouvaient exemptés du service du guet bourgeois ou dormant, mais qui n'en étaient que mieux gardés parle guet à dieval du chevalier du guet et les sergents du bailli du Palais.
Les y<As nocturnes commis dans les boutiques d'orfèvres furent donc, de tout temps, excessivement rares, à cause de la vigilance des parties intéressées ; ce qui n'empêcha pas toutefois le célèbre avare, Jacques Tardieu, lieutenant ariminel, qui demeurait sur le quai des Orfèvres avec sa femme et son trésor, d'être assassiné par les deux frères Touchet, dans sa maison, le 4 août 1682; les meurtriers, arrêtés en flagrant délit, furent condamnés trois jours après et rompus vifs sur un échafaud dressé vis-à-vis de la maison de leurs victimes. L'espèce d'immunité dont les orfèvres jouissaient contre les entreprises des voleurs est d'autant plus remarquable, que, pendant tout le dix-septième siècle, le pont Neuf fut le théâtre ordinaire des vols de nuit, et, comme on disait alors, « le grand chemin des tireurs de laine du royaume argotique. »
Les usages de la communauté, des confréries et du Bureau de l'Orfèvrerie parisienne, à cette époque, ont été i:iiinutieusement relatés dans un Journal destiné surtout aux gardes de la corporation, et imprimé chèï Lambert- Bolland (in-quarto de 104 pages, sans date), pour leur ser-
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vir d^inslruction et de guide. L'analyse de ce Journal fera connaître quantité de petits faits de détail et d'intérieur qui sont nécessaires pour compléter Fhistoire des orfèvres dé Paris.
La forme de lelection des gardes avait été changée, en 1659, par un arrêt du Conseil privé du roi ; jusqu'à cette époque, on renouvelait chaque année les six gardes, cpii ne pouvaient être réélus que six ans après être sortis de charge ; mais Tarrêt du Conseil, rendu le 29 novembre
1659, à la requête des Anciens de l'Orfèvrerie, et corroboré ensuite de plusieurs autres arrêts qui ne lui ôtèrent pas son caractère primitif, fixa la durée des fonctions de garde à deux années, et déclara que tous les ans on procéderait à l'élection de trois gardes, un ancien et deui jeunes, pour remplacer les trois qui sortiraient de charge. L'élection, qui avait eu lieu de toute ancienneté après la Saint-Éloi d'hiver, et communément le 5 décembre, fut renvoyée à la Saint-Éloi d'été, c'est-à-dire au 1" juillet L'arrêt du Conseil de 1659 reçut sa première exécution en
1660, où l'on n'élut que trois gardes, Philippe Lefèvre pour andeUf Gilles Grevon ef Pierre Masse pour second et dernier des jeunes. Voici comment se pratiquait l'élection.
Les six gardes de l'Orfèvrerie, quelques jours après la ^aint-ËIoi d'été, allaient saluer le lieutenant général de police et le prier de convoquer au Bureau des orfèvres ceux qui devaient procéder à Téleclion, sous peine de dix livres d'amende, savoir : dix anciens et dix moderm, choisis parmi les maîtres qui avaient été gardes, et dii jeunes qui ne l'avaient jamais été. La liste de ces trente assistants, dressée par les gardes en charge, était remise au lieutenant de police, qui leur envoyait des lettfes de convocation. Les six derniers gardes sortis de charge étîrient invités à se réunir aux six gardes en charge dans la grande salle du Bureau, après avoir entendu la messe du Saint-Esprit, et donné chacun cinq sous à l'offrande,
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dans la chapelle de Saint-Éloi. Là, on désignait d'abord dix-huit candidats, six ai^ciens, six modernes et six jeunes , dont les noms, inscrits sur la feuille de l'élection en trois catégories distinctes , étaient offerts aux suffrages des douze gardes électeurs. La majorité des voix désignait les trois élus pris dans les trois catégories d'éligibles, savoir, le grand garde ou T ancien, le premier ou comptable, et le second des jeunes. Le doyen de la corporation et les trente maîtres convoqués comme témoins assistaient à Télection, qui se terminait par un dîner confraternel, à la fm duquel le lieutenant de police et le procureur du roi venaient recevoir la feuille d'élection signée par les douze gardes électeurs, qui leur présentaient d'abord un bouquet de fleurs d'orange, à l'entrée du Bureau. Le clerc de l'Orfèvrerie allait sur-le-champ avertir les nouveaux élus, et les convoquait pour le soir même au Bureau des orfèvres : le premier des gardes, à la tète de ses collègues, complimentait les trois élus, et donnait à chacun des assistants un paquet de bougie de cire blanche d'une livre. Dès ce moment, quoique les trois nouveaux gardes n'eussent pas encore prêté serment à la Cour des monnaies, le Bureau étqit constitué et s'occupait de faire fabriquer, en présence du fermier du droit de la marque sur l'or et l'argent, le poinçon de la contre-marque pour l'exercice de Tannée courante, et de dresser la liste des noms et demeures des marchands orfèvres, l'état des maîtres décédés, celui des aspirants à la maîtrise, et le compte général du bureau précédent.
Le cérémonial de la présentation à la Cour des monnaies ne manquait pas de solennité. Le jour fixé, les six gardes du précédent exercice et les trois nouveaux élus, vêtus de robes en taffetas croimoisi, étaient introduits par le premier huissier dans la salle d'audience, et amenés devant la Cour, qu'ils saluaient la tête découverte et les mains nues. On les faisait placer au banc des avocats, et leur procureur ou avoué énonçait le motif de leur pré-
sence. Le procureur général ou un des avocats généraux posait ses conclusions, et le premier président de la Cour ordonnait quç les trois nouveaux élus prêteraient serment; que l'ancien poinçon serait biffé et le nouveau insculpé. En conséquence, les trois élus s'avançaient et juraient, la main haute, de se conformer aux statuts de TOrfévrerie et aux ordonnances de la Cour des monnaies. L'ancien garde sortant remettait au premier président le vieux poinçon à biffer; le premier des gardes en charge lui montrait le poinçon nouveau à insculper ; puis, le grandgarde des sortants biffait publiquement, à coups de marteau, le vieux poinçon et sa matrice ; tous les gardes se retiraient en bon ordre, allaient ôter leurs robes, et le nouveau poinçon était insculpé, c'est-à-dire imprimé sur la table de cuivre qui se trouvait pour cet usage au greffe de la Cour des monnaies. Une pareille table de cuivre, destinée aussi à recevoir Terapreinte des poinçons, existait pour le même objet dans le Biu*eau des orfèvres, à la maison commune. IjCs trois gardes sortants rentraient alors chez eux, et les six en charge se rendaient, toujours vêtus de leurs robes, chez le lieutenant de police, qui recevait le serment des trois nouveaux élus.
Ordinairement, à Taudience solennelle de la Cour des monnaies, les gardes présentaient au président les aspirants qui avaient fait le chef-d'œuvre, subi l'examen' de maîtrise, acquitté les droits, et qui étaient reconnus capables de succéder aux maîtres décédés ou démissionnaires : ces aspirants devaient, ce jour-là, être en habits noirs avec le rabat. Un des premiers actes du Bureau légalement constitué était d'élire un doyen, qui était ordinairement le plus ancien grand garde : la charge de ce doyen consistait à précéder les gardes en toutes les marches, aux quêtes, aux visi.es, aux processions, aux services pour les défunts, aux enterrements, aux assemblées, et aux autres cérémonies, sans avoir jamais voix délibéra tive.
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Dés que TélecticMi avait complété le personnel du Bureau des orfèvres, on célébrait la bienvenue des trois nouveaux élus. C'étaient leurs femmes qui, d'accord avec celles de leurs collègues et du doyen, commandaient le régal et faisaient les invitations. Tous les anciens gardes étaient invités par billets imprimés, ainsi que le chapelain de Saint-Éloi, les avocats du Conseil du roi, Parlement et Chàtelet, les procureurs du Parlement, Ghàtelet et Élection, le commissaire et le notaire de la communauté, formant le Conseil du Bureau. Cette coUation, souvent splendide, préparée dans la grande < salle de la maison des Orfèvres, était précédée d'une messe, à laquelle les convives assistaient : chacun des nouveaux élus donnait un écu dlor à l'offrande et faisait une aumône de quinze sous à chaque pauvre de l'hôpital qui se rendait à la convocation.
Les nouveaux élus entraient en fonctions avec une certaine pompe attachée aux différentes prérogatives de leur charge ; la première marque^ la première visite, étaient réglées par le cérémonial le plus minutieux. Dans ces deux circonstances , les gardes sortant de charge devaient encore assister les nouveaux élus, et leur servir, eu quelque sorte, de guide et d'appui. Pour la première marque, les places , les attributions, les mouvements même, se trouvaient prescrits par avance : celui-ci tenait le registre de la contre-marque, celui-là le pesoir ou la balance ; l'un avait la conduite du fourneau, l'autre y plaçait les coupelles ; un autre vérifiait les essais, un autre enfin rompait et difformait les ouvrages dont le métal n'était pas au titre de l'ordonnance. Les anciens gardes apprenaient aux nouveaux les devoirs et les procédés de leur charge. Venaient ensuite les opérations du poinçonnage : le poinçon de la contre-marque, renfermé dans une boîle dont quatre des gardes avaient chacun une clef, était mis d'abord entre les mains du sixième garde ou dernier des jeunes, à qui appartenait l'honneur de contre-marquer le premier les
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ouvrages pesés, essayés et approuvés; cet honneur lui coûtait un régal qu'il devait ofifï^ir à ses collègues, au doyen et aux trois gardes sortant de charge. Les grains d*or et d'argent provenant de la marque, et restés au fond des coupelles, étaient recueillis avec soin et enveloppés en un papier qu'on serrait dans une autre boite nommée liomie, fermant à quatre clefs : le produit de ces grains servait à Tentretien du service divin, des pauvres et du fourneau.
Quant à la première visite, qui avait lieu après la seconde ou la troisième marque, les gardes sortant de charge étaient convoqués, avant huit heures du matin, au Bureau des orfèvres, pour donner leurs instructions aux nouveaux élus, et pour prendre part à un déjeuner frugal composé de pain et de vin, que ceux-ci leur offraient ainsi qu'à leurs collègues et au doyen. On arrêtait d'avance Titinéraire de cette visite, pour éviter les hésitations et les débats en pleine rue. Le clerc de l'Orfèvrerie et les deux sous-clercs en robe avaient la direction du cort^e, le premier marchant en tète, les deux au tics fermant la marche : le doyen suivait le clerc, et derrière lui défilaient les gardes, deux à deux, tous revêtus de leurs robes de cérémonie ; le second des gardes portait un sac de velours noir, pour y mettre les gages ou échantillons des anciens, c'est-à-dire de ceux qui avaient été gardes anciennement ; les deux derniers, ou les jeunes en charge, portaient aussi chacun un sac de velours noir, l'un destiné aux gages d'or, l'autre aux gages d'argent. Le cortège allait ainsi par la ville, en bon ordre, et visitant successivement les boutiques des trois cents maîtres orfèvres. Ces orfèvres étaient tenus d'aller eux-mêmes reprendre leurs gages au Bureau, où se faisait la vérification du titre de ces échantillons métalliques. Ceux qui n'avaient pas été réclamée au bout de treize mois appartenaient de droit à la boîte des aumônes. Quand le gage n'était pas bon, l'orfèvre qui l'avait fourni subissait une réprimande plus ou moins forte, se-
Ion le degré de la contravention aux ordonnances de la Cour des monnaies.
Les autres visites se faisaient avec moins d'apparat et plus de surveillance ; elles se renouvelaient tous les mois, à toute heure du jour ou de la nuit, sous l'assistance d'un clerc ou d'un officier de justice. Il suffisait que les gardes fussent au nombre de deux, et pussent au besoin représenter leurs commissions déli\Tées par le lieutenant de police. Ils n'avaient d ailleurs qu'à requérir un commissaire ou un sergent, s'ils rencontraient quelque rébellion. Nwvseulement ils examinaient Tétat de la forge et la nature des travaux qu'on y exécutait, mais encore les ouvrages en voie d'exécution ou exposés en vente. Ils avaient le droit de saisir tout objet qui leur semblait suspect et de l'emporter avec eux, en dressant procès-verbal et en apposant le cachet du Bureau sur les pièces saisies. La plupart des contestations, auxquelles ces visites donnaient Keu, se vidaient à l'amiable dans 1 intérieur du Bureau, où les gardes formaient une sorte de tribunal permanent de conciliation. Lorsque ce résultat n'était pas atteint, le tribunal consulaire arrivait souvent à une solution pacifique. Dans ce tribunal des consuls, il y avait toujours un orfèvre, élu tous les trois ans sur une liste de quatre ou six noms désignés par les gardes de l'Orfèvrerie à l'assemblée générale des Six Corps qui faisait l'élection du Consulat ; en outre, quatre marchands orfèvres-joailliers étaient désignés chaque année par les gardes, pour assister les juges-consuls.
Dans les assemblées des Six Corps, soit ordinaires, soit extraordinaires, les six gardes de l'Orfèvrerie étaient placés entre ceux de la pelleterie et de la bonneterie, vis-àvis ceux de la draperie, qui dirigeaient toutes les délibérations, et qui convoquaient à leur Bureau les gardes des autres communautés. Ces assemblées générales étaient toujours accompagnées de dîners, de soupers ou de colla- 'tions; chaque assistant recevait un jeton de présence, et
qu^cpiefois des dons de dre, le tout aux frais des Six Corps de marchands. La charge des gardes de TOrféTrerie était plus pénible et plus délicate que celle des gardes de toutes les autres corporations : aussi avaient-ils obtenu la permission de choisir parmi les maîtres orfèvres trois ou quatre aides à gardes, qui remplissaient les fonctions des gardes en charge, et qui les suppléaient surtout dans ks visites des forges et des boutiques, d autant plus que, pour rintérèt général, ces visites devaient être fréquentes, imprévues et sévères. Les aides à gardes ne pouvaient vaquer à ces visites, sans être au nombre de deux au moins, et sans avoir avec eux un huissier du Cbâtelet, qui dressait procès-verbal; s'ils surprenaient, en flagrant délit, des compagnons orfèvres travaillant For ou Targent, ib étaient autorisés à faire enlever les outils et la marchandise de ces orfèvres de contrebande, et à envoyer le tout au Bureau de FOrfévrerie, pour qu'il en fût décidé par le gardes et par la Cour dés monnaies.
Les compagnons, qui s'adonnaient de la sorte à la fabrication secrète et illégale de TOrfèvrerie, furent eiposés en tout temps à des poursuites actives de la part des maîtres orfèvres, auxquels ils faisaient une concurrence fâcheuse et malhoimète. La réception des maîtres était entourée de garanties que les intéressés ne cherchaient pas à diminuer. Les apprentis, qui étaient tenus de savoir lire et écrire, et de fournir caution suftisante, avant de signer un brevet d'apprentissage pour huit années par-devant notaire, restaient sans cesse sous le contrôle immédiat des gardes de TOrfévrerie, et ne pouvaient quitter leurs maîtres, sans justifier de leur absence. Quand un de ces apprentis avait rempli les conditions morales et pécuniaires exigées pour la maîtrise, il présentait aux gardes le dessin du clief-d œuvre qu'il se proposait d'exécuter, et, sur leur «grément, il était admis dans la chambre du chef-d'œuvre, où il tpvaillait seul, sous la surveillance des gardes ou d'un d'entre eux. Le chef-d'œuvre adievé (c'était un plat,
OU un vase, ou un calice, ou tel autre objet que Fapprenti avait choisi), on Fexaminait au Bureau des gardes, qui étaient d'avis de Fadmettre ou de rejeter, après l'avoir exposé au jugement de tous les membres de la communauté qui avaient voix consultative, sinon délibérative. L'apprenti, en devenant aspirant à la maîtrise, c'est-à-dire en obtenant les suffrages des gardes, devait encore trouver une caution de mille livres, et payer des droits considérables entre les mains du clerc de FOrfévrerie. Il n'avait plus ensuite qu'à prêter serment devant les gardes et devant la Cour des monnaies.
Si le brevet d'apprentissage n'était pas gratuit, si la réception à la maîtrise coûtait fort cher, la charge de garde entraînait des dépenses inévitables que la caisse du Bureau ne supportait pas seule : il y avait des présents et des aumônes à faire, le premier jour de Fan, les jours de fêtes et les jours de réunion. Aux étrennes, les gardes en robes ne donnaient chacun que quinze sous à l'offrande de la messe ; mais ils étaient obligés de distribuer une quantité de présents en sucre, en confitures et en cire, ainsi qu'en argent, à tous les domestiques et à tous les subalternes auxquels ils avaient affaire dans le courant de Fannée: ces présents remplissaient une grande manne que Fon voiturait en caresse à la porte des principaux o!ficiers de la Cour des monnaies, de la juridiclion du Châtelet et de la prévôté de Paris. Les étrennes, dans l'intérieur du Bureau, étaient fixées à six livres pour le clerc, trois livres à chaque sous-clerc, trois Uvres à la servante et trois Uvres à la fille du clerc. Mais, à la fête de Koél, le clerc dépensait à son tour une partie de ses bénéfices en offrant aux gardes et au chapelain un déjeuner composé d'un pâté de lièvre, de deux bouteilles de vin, et d'un plat de cornets, espèce de pâtisserie au sucre ou au miel, roulée en forme de cornet, et très-usitée dans les régals de métier. Les convives de ce déjeuner, après avoir entamé le pâté, en coupaient un morceau honnête, qu'ils
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envoyaient au clerc avec une pinte de vin ordinaire. Ces régals de métier, comme on les appelait, se répétaient fréquemment au Bureau des orfèvres, où les gardes en exercice et les anciens gardes ne perdaient aucune occasion de se réunir à table. Les fêtes des confréries, surtout, étaient solennisées par des dîners qui venaient fort i propos pour des estomacs affamés, avant les vêpres commençant à trois heures. Là confrérie de Blancmesnil avait conservé ainsi ses quatres fêtes de la Vierge (à la Nativité, à la Conception, à la Purification et à TÂnnonciation) et ses quatre dîners ; celle des Saints Martyrs avait encore trois fêtes en Fhonneur de saint Denis et de ses compagnons (19 et 22 avril, 9 octobre), ainsi que trois dîners, qui se célébraient, par exception, dans Tabbaye de Montmartre, avec Tautorisation spéciale de madame Tabbesse. Les deux fêtes de saint Ëloi n'étaient pas de celles qu'on négligeait, à Féglise et dans la salle du repas ; chacun s'empressait, au contraire, de contribuer pour sa part à la magnificence de ces fêtes patronales ; les uns prêtaient des tableaux, les autres des tentures, ceux-ci des pièces d'argenterie, ceux-là des arbustes, pour Fomement de la chapelle des Orfèvres, qui avait d'ailleurs un trésor très-riche et un garde-meuble bien garni. Cette chapelle ressemblait, ces jours-là, aune immense boutique d'orfèvre, à un vaste musée de peinture, à un jardin odoriférant.
Ce n'étaient pas les seules occasions où l'on étalait toutes les merveilles du trésor de la chapelle, tous les insignes du Bureau des orfèvres. Aux enterrements des maîtres orfèvres, à leurs mariages, aux baptêmes de leurs enfants, à leurs obits et fondations pieuses, on mettait en évidence l'argenterie du Bureau, c'est-à-dire les flambeaux, les encensoirs, les croix, les calices d'or et d'argent, la plupart donnés par la dévotion des personnes de la communauté ; on déployait le poêle, les souches, les écussons, les bannières aux armes du Bureau, pour faire honneur à la corporation en même temps qu'à ses membres morts et
vivants. Ces cérémonies d'église étaient toujours le prétexte d'abondantes aumônes pour les pauvres de la maison commune, car la charité des orfèvres semblait s'inspirer de celle de saint Ëloi, leur patron.
Les pauvres de la maison commune étaient logés gratuitement, et recevaient chacun trois livres quinze sols (environ quinze francs au cours actuel de l'argent), à Pâques, à la Pentecôte, à la Toussaint et à Noël, sans jMréjudice des aumônes particulières aux réceptions des gardes, aux services des défunts et aux messes de confréries. Quant aux ménages pauvres logés aux frais de la communauté, ils avaient diacun vingt sols par mois et sept francs dix sols aiix quatre grandes fêtes. On distribuait, en outre, des aumônes extraordinaires dans les hivers rigoureux, et lorsque les pauvres inscrits sur le registre du Bureau tombaient malades. Les orfèvres étrangers, en passage à Paris, trouvaient aussi des secours et un logement gratuit à la maison de la rue des Lavandières. Pour subvenir à ces dépenses et à ces besoins qui s'augmentaient les uns par les autres, on faisait appel aux dons volontaires, et, de plus, on procédait tous les ans à une quête générale chez les* maîtres orfèvres, qui devaient donner chacun trente sols au moins, et qui donnaient rarement moins d'un écu. Si un orfèvre était absent et n'avait rien laissé pour la quête, les gardes, qui la faisaient avec le doyen, emportaient quelques ouvrages pour obliger lesdits maîtres ou veuves d orfèvres à les venir quérir au Bureau et à donner leurs aumônes. Les quêteurs eux-mêmes, avant d'entreprendre leur collecte, étaient forcés de mettre chacun leur écu sur la table pour faire acte de bon exemple.
Au moment même où la communauté des orfèvres réglait avec tant de prévoyance son administration intérieure, et protégeait les intérêts de ses membres avec tant d'ardeur, elle voyait diminuer tous les jours ses travaux et ses bénéfices, sans rien. perdre de son importance morale. La mode et aussi la nécessité des temps avaient en-
levé à lX)rféYrerie le rôle qu'elle jouait naguère dans ks arts de luxe, et la brillante part qu'elle prenait à toutes les choses de la vie élégante. Depuis que Louis XIV, pour créer du numéraire et payer les frais de la guerre en 1688, avait donné lui-même l'exemple à sa cour, en faisant fondre toute sa grosse argenterie, chacun s'était empressé d'envoyer la sienne à la Monnaie. La plupart des oï^ets ^'or et d'argent, quelle que fût la valeur du travail de la matière, avaient été transformés en e^^pèces sonnantes, et personne n'avait eu l'idée de racheter à grands frais ce qu'on anéantissait presque avec incTifférence. La joaillerie seule, qui n'employait pas le métal par masse, et qui n'eiH fourni à la fonte que des valeurs insigniflantes, ne fut pas comprise dans celte proscription que subissait le commerce' des orfèvres. Ceux-ci acceptaient sans se plaindre une situation fâcheuse qu'ils espéraient voir finir avec la guerre. C'en était fait cependant de la grosse orfèvrerie ou grosserie : elle ne devait plus reparaître; non-seulement le goût n'y était plus, mais encore là Cour des monnaies, qui accusait les orfèvres d'accaparer et d'annihiler les matières d'or et d'ai^ent, créait mille entraves à leur industrie. Pendant plus de quarante ans, il y eut une lutte sourde et implacable entre la communauté des orfèvres et la Cour des monnaies ; tout servait de texte à un débat contradictoire, à un procès interminable; les orfèvres n'avaient garde de se soumettre en silence aux arrêts de la Cour des monnaies ; ils portaient leurs remontrances aux pieds du roi, el ils obtenaient souvent justice contre une persécution fiscale ou financière. Tantôt on les tracassait sur le titre des métaux mis en œuvre ; tantôt on leur contestait le droit de fabriquer certains ou\Tages; tantôt c'était le poids de ces ouvrages qu'on attaquait, tantôt Torigine du métal avec lequel on les avait fabriqués ; tantôt c'étaietit les visites qui faisaient l'objet de la querelle; tantôt la marque ou la contre-marque. Lœ gardes de rOrfévrerie, forts de leurs statuts et de leur bonne re-
nommée, pouvaient dire hautement dans un de leurs factums : « Le. public sait de quelle conséquence est Fétat des orfèvres, et ne peut ignorer qu'il n'y a point de profession si délicate que la leur; que néanmoins on n'entend point parler d'eux dans les tribunaux, parce qu'ils sont fidèles dans leur ministère et qu'ils ne donnent aucun sujet de se plaindre de leur conduite. »
Ces procès perpétuels, ceux que les orfèvres soutinrent aussi contre les lapidaires, les merciers, les fourbisseurs, les affineurs, etc., ne relevèrent pas la prospérité de leur état : le cuivre doré avait remplacé l'argent dans l'ameublement; il en rehaussait la décoration et se prélait à toutes les fantaisies de l'art du fabricant de meubles ; la porcelaine peinte et dorée avait aussi remplacé Fargent dans les services de table : elle avait du moins l'avantage de la propreté, sinon celui de la durée; enfin l'argent doré avait même remplacé l'or dans la bijouterie. Ces métamorphoses s'étaient faites tout à coup par cas de force majeufe, et, depuis qu'elles avaient été reçues comme une pénible exception, elles s'étaient en quelque sorte acclimatées dans les mœurs, si bien que les changer encore et les ramener au passé, c'eût été une véritable souffrance pour les gens de qualité. Les yeux, les idées, les goûts et les bourses étaient accoutumés aux joyaux de vermeil, aux services de porcelaine et aux meubles en cuivre, incrustés de cuivre ou montés en cuivre. En revanche, le numéraire d'or et d'argent affluait dans la circulation , et le billon devenait plus rare. Le luxe néanmoins augmentait et se répandait davantage, à mesure que l'Orfèvrerie perdait du terrain, mais ce n'était pas la richesse solide et vraie, c'était le cHnquant, c'était l'apparat, c'était la vanité. A l'âge d'or, à l'âge d'argent, succédait, pour ainsi dire, l'âge de cuivre. Malheureusement l'Orfèvrerie ne fit pas 'ou ne put faire alors ce qu'elle avait fait au sixième siècle et à d'autres époques où la rareté de l'or et de l'argent l'avait contrainte à employer des métaux moins précieux, à mettre
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en valeur 1 étaiii el le plomb sous la main habile de Tarlisle.
Rien ne peint mieux l'état dé^lorahle de TOrfévrerie, à la fin du règne de Louis XIV et pendant la régence du duc d'Orléans, que ce passage d'une supplique au roi, adressée en 1722 par les six gardes de la communauté, Halle, Quevanne, Lebastier, de Lens, Masse el Payen : « On sait le peu de commerce qu'ils (les orfèvres) font depuis plusieurs années ; on sait que Ton n'a jamais moins fabriqué et que Ton ne peut pas moins fabriquer que Ton fait depuis très-longtemps ; on sait les coups que la prohibition des grands ouvrages, la rupture de ceux de vermeil, et plusieurs autres circonstances aussi fâcheuses, ont porté à leur commerce ; on sait, en un vaol, qu'il n'y a qu'un meilleur temps qui les puisse relever ; qu'ils ne gagnent pas de quoi soutenir leurs familles, et qu'ils ont besoin de tout leur crédit ; on sait aussi combiafi d'entre eux se sont retirés, aimant mieux ne rien faire que d'être orfèvres ; combien d'autres se sont jetés dans la joaillerie el la curiosité, et de quel préjudice il peut être pour l'État, que des gens qui s'appliquaient à attirer dans le royaume des matières précieuses, lesquelles, en cas de nécessité, ^ euvenl être aussitôt converties en espèces, ne fassent plus commerce que de perles, de diamants et d'autres pierres, qui, quoique d'un grand prix, ne peuvent donner de secours à rÉtat dans ses nécessités, et ne peuvent être dans le royaume, sans que l'on en ait tiré la valeur en espèces, ce qui lui est très-préjudiciable Il serait très-avantageux à l'État qu'il se fabriquât beaucoup plus d'orfé\T. rie qu'il ne s'en fait. »
Ce passage du mémoire, rédigé par un fameux avocat nommé Aubry, nous présente la véritable situation des orfèvres de Paris, qui n'étaient plus que des joailliers et -qui, faute d'or et d'argent à travailler, renonçaient à un art que d'autres arts s'ellbr^^aient de faire oublier. Il n'y avait plus d'Orfèvrerie religieuse proprement dite : les
ORPÉVREillE FRAISÇAiSE 551
églises s'étaient dépouillées, ainsi que les cliàteaux et les hôtds, des meilleures pièces de leur argenterie ; et tout ce qu'on fabriquait pour elles, chandeliers, encensoirs, lampes, châsses, etc., était en cuivre doré ou argenté; quant aux dons et offrandes, qu'un reste de dévotion d'habitude leur apportait encore, ce n'étaient plus des chefsd'œuvre en or ou en argent massif, c'étaient des joyaux, des diamants et des pierreries , pour Tornement des statues de Notre-Dame et des reliquaires de saints. Les princes eux-mêmes ne signalaient pas autrement leur pieuse munificence.
Malgré cette pénurie des travaux importants, il y avait pourtant quelques artistes supérietirs dans TOrfévrerie française, et le roi, qui faisait encore fabriquer des ouvrages de curiosité destinés à des présents, conservait toujours plusieurs orfèvres logés au Louvre. Ceux qui s'y trouvaient logés en 1698 étaient Mellin. Rotier, Delaunay et Montarsy. Germain Brice, dans l'édition de sa Description de PariSy imprimée cette année-là, dit que « Mellin a fait autrefois des choses d'une excellente beauté; » que Rotier réussit parfaitement comme graveur pour les poinçons des médailles et pour les monnaies, et que Delaunay « conduit ordinairement les ouvrages magnifiques que le roi fait faire. • Quant à Montarsy, joaillier du roi, Brice nous apprend qu il avait « une très-belle galerie de tableaux des plus grands maîtres, de bronzes, de bijoux précieux, de porcelaines rares, de vases de cristal déroche, de mille curiosités d'un goût exquis et d'un prix trèsconsidérable. » Otto galerie était dans la maison que cet orfèvre possédait, à rexirémilé du cul-de-sac de Saint- Thomas-du-Louv!e. Le Louvre avait aussi, parmi ses illustres hôtes, un éir.ailleur nommé Bain, « presque seul en France qui entende à présent le travail des émaux clairs, » dit Bilcc. En 1706, Loire cl Ballin fils, orfèvres, avaient hérité des logements de Rotier et du vieux Mellin, morts au Louvre.
Tant que la galerie basse de ce palais fut occupée p« des artistes, les quatre orfèvres du roi s'y maintinrent, malgré la dé<^dence de leur corporation, au milieu des peintres, des sculpteurs et des graveurs. Les orfèvres, d'ailleurs, faisaient souvent avec succès une excursion dans les autres branches de Fart. C'est ainsi qu'Alexis Loire, orfèvre de son état, avait de préférence cultivé la gravure et donné carrière à son burin dans l'exécution de grandes planches d'après Rubens et Mignard ; c'est ainsi que P. À. Ducerceau et J. M. Bernard Tarot, orfèvres également, se faisaient volontiers sculpteurs ornemanistes; c'est ainsi que Thomas Germain, orfèvre comme eux, se distingua surtout par ses œuvres de sculpture et d'architecture.
Thomas Germain, né en 1675 à Paris, était fils de Pierre Germain, le plus habile ciseleur en or et en argent que le siècle de Louis XIV ait produit. Pierre, dès l'âge de vingt ans, fut présenté au roi par son maître, le grand peintre Lebrun, qui dirigea tous ses ouvrages et qui ne lui en disputa pas l'honneur. Pierre mourut en 1682, au moment où son burin ne devait plus s'exercer que sur le cui* vre; il put voir fondre, avant sa mort, les magnifiques tables d'or qu'il avait ciselées avec upe admirable perfection, pour servir de reliure au Recueil des victoires et^conquêtes de Louis le Grand. Thomas n'avait que neuf ans lorsqu'il perdit son père; il travaillait déjà dans l'atelier de peinture de Bon BouUongue. Sa mère, qui, comme veuve d'orfèvre, en exerçait le métier à Paris, le fit partir pour l'Italie, sous \\ protection de Louvois; mais elle n'était point assez riche pour subvenir aux frais de ce voyage, et le jeune Thomas Germain fut obligé, pour vivre, de conclure un engagement de six ans avec un orfèvre de Rome; il s'était réservé seulement deux heures par jour pour aller dessiner au Vatican.
Pendant qu'il acquérait dans l'Orfèvrerie une réputation qui tournait au profit de son patron, il se perfectionnait dans la sculpture et dans l'architecture, il fit pour
les Jésuites de Rome plusieurs grands ouvrages d'Orfèvrerie, et pour le grand-duc de Toscane plusieurs bassins d'argent d'une dimension considérable, ornés de bas-relief^ représentant l'histoire des Médicis. Il passa douze ans à Rome et trois ans dans d'autres villes d'Italie , où il laissa d'éclatantes marques de son talent d'orfèvre, de sculpteur, d'architecte. 11 ne revint à Paris qu'en 1704, où le bruit de ses succès l'avait devancé ; et aussitôt on lui demanda, de toutes parts, des pians d'édilices et des pièces d'argenterie ; le roi et toute la cour se passionnèrent pour' ses œuvres, et les princes étrangers lui envoyèrent à l'envi des c>ommandes. Ce fut lui qui exécuta en cuivre doré les trophées destinés à Tornement des piliers du chœur de Notre-Dame de Paris, et le soleil en or que Louis XV donna le jour de son sacre à la cathédrale de Reims; ce fut lui qui fournit tous les dessins de la nouvelle église de Saint-Louis du Louvre, reconstruite en 1 738 à la place de Tancienne collégiale de Saint-Thomas. Il ne survécut guère à l'achèvement de cette église, qu'il avait non-seulement bâtie, mais encore ornée et décorée à l'intérieur. 11 y fut enterré (1748), dans la chapelle de Saint-Thomas de Cantorbéry, qu'il s'était réservée pour y fonder lui-même une sépulture de famille, sépulture qu'il n'avait pas eu le temps d'achever.
Les beaux ouvrages de Thomas Germain avaient répandu sa renommée dans toute l'Europe, et sa perte fut sentie par les étrangers comme par ses compatriotes. Le roi de Portugal lui fit faire à Lisbonne un service solennel, et voulut que tous les artistes portugais y assistassent. Cet honneur public rendu à Fillustre orfèvre prouve qu'au dix-huitième siècle TOrfévrerie française, cet art qui participe à la fois de la sculpture, de l'architecture et de la gravure, trouvait encore hors de France une éclatante hospitalité, sans être forcée de s'abaisser à des proportions mesquines et d'oublier tout 5 fait les leçons de la grande école de Ballin.
»i HISTOIRE DES ARTS
Gomine Ballin, les deux Germain furent admis dans le panthéon du siècle de Louis XIV; on leur consacra des notices biographiques , on grava leurs portraits, ainsi qu'on avait fait pour Claude Ballin, qui figure dans^le Recueil des Hommes illustres de Perrault. Le nom de Thomas Germain, souvent cité dans les écrits du temps, et même dans ceux de Voltaire, ce qui suffisait alors pour inmiortaliser un artiste , devint presque synonyme d'orfèvre accompli et inimitable ; les pièces d'argenterie signées de lui, moins nombreuses en France que partout ailleurs, servirent longtemps de modèle à ses contemporains et à ses successeurs.
11 ne fallut pas moins que la fureur du genre rocaille et du style contourné, pour faire abandonner les errements de Germain, que Ton vantait encore, alors qu'on s'éloignait davantage de la correction de son dessin, du goût de ses compositions et de la finesse de leur exécution. Le genre rocaille sempara bientôt de toute FOrfévrerie, de même que de tous les arts de décoration. Ce fut une invasion générale jusqu'en Allemagne, où les traPditions de l'Orfèvrerie d'Augsbourg, de Francfort et de Nuremberg s'étaient conservées jusque-là dans toute leur intégrité. On ne saurait dire quel fut l'inventeur de ce nouveau genre, que nous croyons sorti d'un système d'ornements très-usité alors dans l'art de créer des jardins artificiels. Le goût des rocailles, qui avait déjà fait son temps dans les jardins du seizième siècle, reparut durant les dernières années de Louis XIV et sous la Régence avec un redoublement de passion et de caprice. 11 s'attacha bientôt à toutes les parties de l'ameublement, et l'Orfèvrerie ne fut pas la dernière à suivre la mode.
L'Allemagne, qui commençait à s'éprendre des modes françaises, fit appel à nos dessinateurs de rocailles et de chicorées, et les orfèvres ne travaillèrent plus que d'après les immenses collections de Hertel et d'Engelbrecht, réunissant une foule de modèles gravés, qui émanaient de la
ORFË\RËKIE FRANÇAISE 355
FraiMse et qui y revenaient après avoir fait le tour de FEurope. Les peintres et les dessinateurs allemands, Jean Daniel de Preisler, de Dresde; |Isaïe Nilson, dit le grand Nilson, d'Augsbourg; Jean- André Thélot, Jérémie Wachsmuth, François-Xavier flaberman, et tant d'autres maîtres au crayon ingénieux, fournirent quantité de motifs et de détails à TOrfévrerie des rocailles et des chicorées, que Jean-Léonard Wuest exécutait à Augsbourg et Jean- Léonard Eysler à Nuremberg. Quelques-uns de ces féconds inventeurs de sujets vinrent se fixer à î^aris, notamment Jean Hauer, qui intitulait ses cahiers : Dessins de la mode neuve au goût antique.
Il est remarquable qu'aucun de ces dessinateurs et de ces graveurs ne travaillait exlusivement pour TOrfévrerie. La matière seule de Tobjet fabriqué, à cette époque, établissait la différence des arts entre eux, et, depuis Farchitecte jusqu'à Forfévre, chaque artiste était libre d'exercer sa main-d'œuvre sur le même modèle. A vrai dire, il n'y avait plus qu'un art, celui de Fornemaniste, dont tous les autres se rendaient tributaires , et qui changeait de nom, selon qu'il était exprimé en marbre, en pierre, en cuivre, en fer ou en or. Voilà conunent le fameux ardiitecte Juste-Aurèle Meissonnier offrit à tous les arts, sous le titre d'Architecture universelle, un magnifique recueil d*ornements de son invention. Meissonnier s'intitulait peintre, sculpteur, architecte, dessinateur de la chambre et cabinet du roi. On ne s'étonnera donc pas qu'un maître fondeur de Paris, nommé Simon Lotoire, qui se disait sculpteur et ingénieur des bijoux du roi, ait prétendu, en 1721 , être apte à exercer l'état d'orfèvre, sans avoir fait le chef-d'œuvre et sans justifier de son apprentissage dans l'Orfèvrerie. Mais le Bureau des orfèvres et la Cour des Monnaies, d'un commun accord, déclarèrent que celui-là seul pouvait être orfèvre, qui avait rempli les coït- • ditions prescrites par les statuts et les ordonnances.
L'Orfèvrerie française n'exécutait pas d'autres grands
ouvrages que des surtouts de table pour les scmverdns, les princes et les fermiers généraux. Ces surtouts, en vermeil ou en argent, rarement massifs, permettaient de fondre et de ciseler des groupes, des figures, des emblèmes et des ornements, qui reparaissaient, sur des tables moins luxueuses, en biscuit de Sèvres, en porcelaine de .Saxe ou en cuivre doré. On fabriquait d'ailleurs peu de yaisselle plate, du moins en comparaison de ce qu'on en avait fabriqué dans le siècle précédent. Les étalages des boutiques d'orfèvres semblaient plus brillants que jamais cependant; et, du pont Saint-Michel à l'entrée de la place Dauphine, les yeux étaient éblouis de l'éclat de Tor et de l'argent ; mais, en revanche, dans les maisons les plus riches, l'argenterie était souvent fort pauvre. On voyait bien çà et là des miroirs et même dés toilettes en argent, comme des réminiscences timides du grand art de Claude Ballin ; la mode faisait préférer généralement l'emploi du cuivre ou du bois doré. Ce fut une espèce de protestation contre le goût des colifichets et une tentative de retour vers le véritable luxe, lorsque la reine Marie Leczinska fît faire un miroir d'or par Charles Roettiers, orfèvre du roi, d'après les dessins de Boucher. Louis XV n'osa pas donner ce miroir à la comtesse Dubarry, qui le demandait comme les arrhes de la couronne qu'elle convoitait ; mais il permit que cette courtisane en commandât un sensblable, qui fut un sujet de scaudale et d'indignation, même à la cour de Versailles. Le miroir de la Dubarry était déjà fondu, lorsque la Révolution vint la surprendre dans les délices de son château de Luciennes : le miroir de la reine n'eut pas une existence beaucoup plus longue.
Les orfèvres, qui vendaient encore quelques flambeaux, quelques vases d'argent ou de vermeil, avaient un débit considérable de ces petites pièces qu'on appelait autrefois menuierie. C'étaient surtout des tabatières, des boîtes à portraits, des boîtes de senteur, des bonbonnières, des cassolettes, rehaussées d'arabesques, gravées et ciselées
avec un art merveilleux. Un des plus habiles dessinateurs en ce genre, nommé A. Masson, appartenait sans doute à une famille d'orfèvres de Paris qui avait déjà produit le célèbre graveur de portraits, Antoine Masson. Un autre dessinateur d'ornements, en même temps orfèvre à Paris, P. E. Babel, se piquait de fournir des modèles à Tarchitecture, et l'on reconnaissait généralement qu'aucun artiste n'avait mieux entendu le genre des rocailles. Le maniéré, le capricieux, le bizarre, faisaient alors les qualités de ce style rocailleux, que nous avons appelé rococo depuis la Révolution.
L'engouement pour le genre à la mode était tel au dixhuitième siècle, qu'on enveloppait dans le même dédain tous les ouvrages d'art qui passaient pour gothiques, et qu'on les voyait disparaître sans le moindre regret. Les plus belles œuvres de TOrfèvrerie du moyen âge, et même de la Renaissance, n'attendirent pas la Révolution pour se voir proscrites et anéanties^ : un grand nombre de chasses, de reliquaires et de meubles d'autel furent envoyés à la fonte ou vendus à l'encan, comme coupables d'antiquiquité, degothicité et de mauvais goût. A quelques années de là, le gouvernement révolutionnaire, dans la guerre qu'il livrait aux vieux monuments de l'Orfèvrerie, ne fit que suivre les leçons et l'exemple que le dix-huitième siècle lui avait donnés.
Au milieu de cette insouciance pour les chefs-d'œuvre de la grande Orfèvrerie, la joaillerie et tous les arts qui en dépendent avaient fait d'incontestables progrès, surtout pour la ciselure, qui. fut poussée alors à une perfection qu'on n'a pas dépassée depuis. Rien n'égalait la quan: tité^ la variété, l'originalité, la délicatesse, l'élégance des bijoux qui rehaussaient la toilette des femmes et qui ne manquaient pas non plus à celle des hommes. Ceux-ci portaient des bagues à tous les doigts, des boutons de pierreries à leurs habits, des boucles d'or à leurs souliers, des *> boîtes et des étuis d'or dans toutes leurs poches. Les orfé-
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vres, à celte époque, étaient presque exclusivement des bijoutiers ; cependant leur communauté se maintenait avec ses anciens droits et sa vieille constitution, au milieu du trouble et de la décadence qui s'emparaient alors de tous les corps de métiers ; les gardes maîtres-jurés veillaient toujours aussi activement pour défendre les intérêts de la corporation, pour empêcher les compagnons et les orfèvres étrangers de travailler dans des lieux clos et secrets, pour empêcher aussi les maîtres de changer le titre et le remède du métal, de frauder le Bureau des Orfèvres, la Régie de la marque et la Cour des Monnaies. Les économistes de TEncyclopédie, Turgot à leur tête, avaient beau réclamer la liberté de rindustrie, cette réforme, qui pouvait, sans inconvénient, s'appliquer à certairtes professions , paraissait ne devoir jamais atteindre TOrfévrerie, que tant de garanties avaient jusque-là entourée.
Ce fut donc un coup de foudre pour les orfèvres, quand Tédit qui supprimait les jurandes et les communautés de métier, au mois de février 1776, ne fit aucune réserve en faveur du corps de TOrfèvrerie. Les gardesjurés en exercice protestèrent énergiquement contre Tédit désorganisateur, et représentèrent au roi, dans plu-; sieurs mémoires, que leur industrie, toujours honorée et protégée par les rois de France depuis saint Louis, ne pouvait subsister sans les statuts et règlements qui faisaient sa force et sa sûreté. De tous les mémoires que la suppression des jurandes et maîtrises mit sous les yeux de Louis XV, aucun n'eut plus d'effet que les Remontrances des orfèvres. On aurait fait une exception en leur faveur, si l'édit de Turgot, qui annonçait une révolution com- . pléte dans les idées et dans l'État , eût été* enregistré en Parlement. Mais le ministère de Turgot n'était point assez solide pour résister à la tempête que son édit contre les jurandes avait soulevée; il tomba, et un second édit, émané de son successeur, au mois d'août suivant, vint rétablir les jurandes, en soumettant les conununautés à
quelques réformes, à divers remaniements intérieurs que les circonstances avaient rendus nécessaires.
Cet édit, qui conservait les six corps de marchands, assigna le quatrième rang- aux orfèvres, en réunissant à leur corporation les batteurs d*or et les tireurs d'or. Le droit de maîtrise ou de réception fut réduit de deux mille quatre cents livres à huit cents. La mise en œuvre des pierres fines resta dans leurs attributions ; mais ils la partagèrent avec les lapidaires, qui formaient une des quarante-quatre communautés annexées aux six corps. Les lapidaires ne payèrent plus que quatre cents francs le droit de maîtrise.
Cette nouvelle organisation des communautés ne changea presque rien à celle des orfèvres, qui défendit pied à pied ses privilèges, jusqu'au moment où la grande révolution de 1 789 renversa d'un seul coup toutes les institutions de la marchandise en même temps que toutes les lois fondamentales de la société française. L'Orfèvrerie ne. pouvait échapper à ce vaste naufrage qui engloutissait à la fois la royauté, la religion et là fortune publique. A quoi, d'ailleurs, auraient pu servir des orfèvres dans un temps où l'on brisait sceptres et couronnés, où Ton fondait l'argenterie des églises, où Ton déposait joyaux et bijoux sur l'autel de la patrie, où la monnaie d'or et d'argent était remplacée par la monnaie en métal de cloche et par les assignais ? L'Orfèvrerie ne devait pas survivre à la monarchie qui l'avait vue naître.
Telles furent les destinées, brillantes pendant quinze siècles, de cette industrie que l'art avait sans cesse élevée et soutenue au milieu de toutes les vicissitudes du sort. Le talent, la richesse et Thonneur des orfèvres dépendaient de la puissance des rois, de la prospérité du pays, de la munificence des grands, de Fautorité de l'Église. Leur communauté s'était fondée et consolidée, en quelque sorte, à l'abri du trône et de l'autel ; elle disparut avec eux : mais on peut dire que l'Orfèvrerie avait suivi
tous les progrés de Tari plastique, s'était empreinte de tous ses caractères» avait resplendi de tout son éclat ; bien plus, rOrfévrerie, en donnant naissance à Tart de la gravure au burin, avait certainement eu quelque part à la découverte de Timprimerie en types mobiles de métal. C'était le génie de la civilisation qui prêtait la vie à l'Orfèvrerie, qu'on a justement appelée l'art favori des princes. Frelatant symbole des grands règnes.
L'orlévre maniait le crayon comme le peintre, le marteau comme le statuaire, le compas comme rarchitecte, le burin comme le graveur, le creuset comme le savant; l'orfèvre était donc essentiellement artiste ; on comprend qu'il ait fourni des hommes éminents aux dififérentes catégories de l'art. Mais l'orfèvre n'était point aussi naturellement porté à tenir la plume, comme si le bruit de sa foi^e et la fumée de ses fourneaux eussent obscurci ses idées et paralysé son imagination. Il y a, en effet, peu d'orfèvres dans la liste des écrivains et surtout dans celle des littérateurs. On sait que les goûts et les aptitudes littéraires n'ont, en général, aucune affinitéravec les goûts et les sq>titudes artistiques. Les orfèvres devenaient, presque sans transition, graveurs, peintres, architexites, mais ils ne montraient guère de dispositions pour les lettres.
Ce fut pourtant leur communauté qui fît imprimer à ses dépens, chez Jean-Baptiste Goignard, en 1693, la traduction que leur chapelain Lévesque avait faite de la Vie de saint Éloi, par saint Ouen, et qu'il leur dédia, en exposant leurs armoiries à la tête de ce volume in-12. La communauté fit encore à ses frais quelques autres impressions qui l'intéressaient plus particulièrement et qui n'avaient rien de littéraire, pas même le style : entre autres, le Journal pour servir à messieurs les gardes de l Orfèvrerie joilaillerie de la ville et faubourgs de Paris, volume in-4'' imprimé en 1689, chez Lambert Roulland.
Il est juste cependant de citer un historien, un érudit, qui était orfèvre, qui fut grand-garde de l'Orfèvrerie de
Paris, et qui a publié plusieurs écrits remarquables. Pierre Le Roy, contrôleur des rentes de THôtel de Ville, mort, en 1759, à Tâge de quatre-vingt-quatre ans, s'était fait connaître dans le monde lettré, en composant la belle dissertation sur THôtel de Ville, qui précède VHistoire de Paris par Félibien et Lobineau ; il publia depuis quelques traités de dévotion, un Mémoire historique sur l'origine des rentes, et enfin une histoire raisonnée du Corps de rOrfévrerie, sous ce titre : Statuts et privilèges du Corps des marchands Orfévre^-joyailliers de la ville de Paris, recueillis des teites de tous les édits, ordonnances, déclarations, etc., et justifiés par les autorités mêmes des titres originaux. Ce volume in-^", imprimé d'abord en 1734, puis en 1759, par les soins du Bureau des Orfèvres, offre le résumé succinct et Texamen comparé des principaux titres et documents qui existaient alors dans les archives de la communauté et qui ont été dispersés ou détruits à Tépoque de la Révolution. C'est une espèce de code de ^Orfèvrerie, divisé en seize titres, dont chaque article est suivi d'un commentaire explicatif et chronoI(^que témoignant de recherches fort étendues et d'un travail critique très-judicieux. Tous les registres, toutes les layettes, que l'auteur indique par leur numéro d'ordre, ont disparu, ainsi que la bibliothèque, sans doute peu nombreuse et toute spéciale, qui se trouvait dans la maison commune des Orfèvres. Quelques volumes de cette bibliothèque, reliés en veau fauve, avec Técusson et les armes parlantes de la communauté, se rencontrent çà et là dans les bibliothèques publiques de Paris.
Avant la publication de l'ouvrage de Pierre Le Roy, un orfèvre, qui avait été, comme lui, garde de sa communauté, Pierre de Rosnel, avait fait imprimer, à Paris, en 1662, un volume in-^" intitulé : Traité sommaire de l'institution du Corps et communauté des marchands orfèvres sous Philippe de Valois ; des avantages de V Orfèvrerie, des privilèges et prérogatives des marchands Orfé-
vrci-jotiaiUien, etc., avec im i*ecueil des ordonnances et règlements concernant TOrfévrerie el les orfèvres. Ce volume ne porte que les initiales du nom de Fauteur. Vers la même époque, un autre orfèvre de Paris, Robert de Berquen, connu par son curieux livre des Merveilles des indès, ou fiouveau traité des Pierres précieuses (Paris, 1661 ou i669, in4''), avait extrait des registres de la communauté la liste des noms des gardes de TOrfévrerie de Paris depuis 1552 jusqu'en 1658, et celle des noms et surnoms des marchands maîtres orfèvres depuis 1552 Jusqu'en 1656.
Les inscriptions en vers que les orfèvres avaient Tusage d'ajouter aux tableaux que la confrérie de Sainte- An ne offrait à Notre-Dame le l*' mai de chaque année, ces inscriptions, qui eurent souvent des orfèvres pour auteurs, n'ont pas été conservées, à l'exception de quelques éloges en vers à saint Ëloy, qui sont imprimés à la suite des Li. vres d'allois en or en argent pour les maîtres orfèvres de Pans, volume in-4' que nous n'avons pas vu. Nous ne saurions donc dire jusqu'à quel point les muses inspiraient les confrères du Mai de Notre-Dame ; il est certain cependant que ces amateurs de peinture empruntaient quelquefois la plume des meilleurs poètes du dix-septième siècle pour mettre en vers l'explication de leurs tableaux d'offrande.
C'est là sans doute la seule influence que les orfèvres ont pu avoir sur la littérature et la poésie française. 11 n'est pas indifférent de remarquer qu'ils n'eurent même aucune action sur la langue proverbiale, qui a pris partout des locutions populaires, surtout dans les métiers et dans ta vie intime des corporations. Nous ne trouvons pas un seul vieux dicton qui soit emprunté aux orfèvres ni à l'orfèvrerie; car l'innombrable famille de proverbes et de phrases faites, où apparaissent les mots or et argent, n'est probablement pas sortie de la boutique des orfèvres, qui ne se fussent jamais permis de papier d'or et d'argent au figuré. Ce
n'était pas chez euxqu on eût osé dire: T^tce qui reluit n'est pas or; mais on ne les offensait pas en disant de leur marchaoïdise} qu'elle se vendait toujours au poids de Cor et qu'elle valait or en barre; car ils n'auraient pas, ces honnêtes orfèvres, diminué d'un grain le titre invariable de leurs ouvrages, pour tout Vor du Pérou , voire pour tout Vor du monde.
PuNB. Histoire naturelle de l'or et de l'argent, extr. de Pline, Uv. XXXIII, lat. et franc., trad. avec des remarques par Dav. Durand. 1/md.y 1729, in-fol., fig.
JoAN. GoNR. Barchusen, PyTosophia, rem nietallicam et chrysopœiam pervestigaus. ÎMgd, Batav.y 1698, in-4, fig.
Abrau. a P<mTA Leonis. De auro dialogi très. VenetnSy 1584,
in-4.
Voy. aussi Laz. Batfii De êuro et argento comment., 1530, iu-8, et i. Fr. Pici Miranddljs, De auro. Yenet., 1586, in-4.
Théophile, prêtre et moine. Essai sur les divers arts (texte latin en regard), publ. par le comte Ch. de l'Escalopier, et prv;cédé d'une introduction par J. Marie Guichard. PariSj 1843, in-4.
Ce traité, rédigé au seizième siècle, avait déjà paru, sous le titre de Diversarum artiiim schedula, dans la V* partie des Mém, d'hisl. et de liUérat. tiiès de la Bibl. du duc de WolfenbuUel (Bwnswick, 1781, in-8).
Voy. aussi, dans le t. Yill des Anmle» archéolog.^ la traduction d'un chapitre (l'Encensoir) du livre de Théophile, par M. YioUet Leduc.
L. DussiEux et Didron. L'Orfèvrerie française au Moyen Âge. Voy. ce Mcm. dans le t. III des Annales achéologiques de Didron
L'abbé Timiu Les orfèvres laïques au Moyen Age. Voy. ce Ném. dans le t. VI des Annales archéolog.
— l/Orfé?rerie au Moyen Age. Yoy. ce Mém. dans le t. IV des ÂxmaletarckMog.
Leooittb et DE LiNAS. Orfèvrerie du Ireizième siècle. Voy. ce Mém. dans le t. IX des Annales orchéolog.
L'abbé Diras. Orfèvrerie : Trésor de la aathédrale de Laon, invenUire de 1502, avec des notes. Voy, ce Mém. dans le t. VIII des AnnaleM orchéolog.
De GnuRDOT. Trésor de la Sainie-Ghapellc de Bourges. Voy. cet article dans le t. X des Ânnaleê ardiéobg.
Voy. aussi, dans le t. VU des AnnaUs arckèol.y un mém. inlitnlé Orfèvrerie rfligieuu et vilenunti sacerdoUuXy par Moutié Tardif et Poisson.
Voy. aussi plusieurs articles relatifs à rOrféTrerie et à rémail lerie du Moyen Âge, dans les Mélanges (Farchêol.y d'huit, et de lUti" rature, publ. par les auteurs de la Manogr. de la cathédrale de Bourges (Ch. Cahier et Ârth. Martin), 1847 et suiv., in^, fig.
L. Dossieux. Recherches sur l'histoire de la peinture sur émail dans les temps anciens et modernes, et spécialement en France. Paris, 4841, in-8.
Jules Labarte. Recherches sur la peinture en émail dans l'antiquité et au Moyen Age. PariSy Victor Dtdron, 1856, in-4, fig.
I/abbé Texieb. Essai historique ^et descriptif sur les cmaiUeurs et les argentiers de Limoges (extr. des Mém, de la Soc.deêÂnHiq. de VOuett). Poitiers, 1845, gr. in-8, fig.
— Orfèvrerie du Moyen Age. Ecoles ou ateliers de Montpellier et de Limoges. Voy. ce Mém. dans le t. VIK des Annaùs at" chéolog. de Didron.
Voy. aussi l'ouvrage de J. nenouvier et Âd. Ricard : Des maîtres de pierre el des autres artistes gothiques de Montpellier (Montpellier, 1844f;in-4).
Maur. Ardaut. Notice historique sur les émaux, les émailleurs, leurs divers ouvrages et les procédés de fabrication en usage à Limoges. Limoges^ 1842, in-8.
Didier pEnr, de Lyon. Notice sur les crucifix et sur les émaux et émailleurs de Limoges. Paris , 1843, in-8.
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Bemtbnuto Cellini. Due trattati, uno intorno aile otto princi- . pâli arti dell' Oreficeria, l'altro in materia dell' arte délia scuHura. Fiorenza, Yalente Panizzi, 1568, in-4.
Béioip. av€c des augmentations^ à Florence, 1731, in-4, et avec des additions nouvelles [Racconti)^ à la suite de la Vita di B. CelUni, dans redit, publ. par Franc. Tassi (Fireiue, 1829, 3 voî. in-8, ftg.). Trad. en franc, par Leclanché et impr. dans la seconde édition de sa traduction des Mém, de Cellini (Par., 1847, i vol. inl2). ^11 existe une édit. des Due trattati^ faite à la fin du siècle dernier, sous la rubrique de Florence et la date de 1731 ; on y a joint : SêrM degli artisti ehe hanno lavorato ne' melalli, etc.
— La vita di Benvenutp Cellini, orefice e sculiore fiorentino, da lui medesimo scritta, nella quale si toccano le arti e Tistoria del suo tempo. Colonia [Napolt], 1728, in-4, portr.
Souvent réimpr. Trad. en angl., par Nugent ; en allem., par Gœtha; en franc., par T. de Saint-Marcel {Par., 18z2, iu-8), par D. D. Pariasse {ibid., 1833, 2 vol. in-8), par Léopold Leclanché (ibid., 1844, ui-12, et 1847, 2 vol. in-12).
Voy. aussi le recueil de G. Yasari, Le Vite de' pin excellent i pUtori^ .KCiiltori ed archiiellu avec les annotations de G. Bottari, G. Masselli, etc., ainsi que la traduction de cet ouvrage, annotée par Léop. Leclanché et couunentée par Jeauron [Par.. 1839-42, 10 vol. in-8, fig.).
Rehé François (Etienne Binet). Du fait de l'Orfèvrerie. — La façon de l'esmaillerie. Voy. ces deux chap. dans VEssay des merveiUes de nature et des flus nobles artifices (Lyon, 1643, in-8.)
Souvent réimpr. au dix-septième siècle.
Jules Labarte. Émaillerie sur métaux; Orfèvrerie. Voy. ces deux traités dans l'introduction histor. qui précède la Descr. des objets d'art composant la Collection Debruge-DumérèU (Par.,
1847, in-8).
Voy. aussi Lee Arts à la cour des dues de Bourgogne , recueil de documents publ. par le comte Léon de Laborde (P^r., 1849 et suiv., in-8) : on y trouve la liste des orfèvres du quinzième siècle, avec l'inventaire des joyaux qu'ils avaient fabriqués.
Voy. encore tout ce qui est relatif à l'Orfèvrerie dans les Arii au Moyen âge, de Dusommerard, cl dans TAlbuoi publié à la suite de cet ouvrage.
P. Lacroix (bibliophile Jacob). Histoire de l'Orfévrerie-joail-
lerie, depuis les Romains jusqu'à U fin du dix-huitième siècle, et des communautés, jurandes et confréries d'orféTres-joailUers de la France et de la Belgique; suivie de la liste chronolog. des gardes de rOrfévrerie parisienne depuis 1337 jusqu'en 1710, par Leroux de Lincy; de Tarmorial des orfèvres-joailliers de la France; - de rétat alphabétique des communautés d'orfèvres établies en Fraoce vers 1789, avec la marque de leurs poinçons, par Ferd. Seré; et des anciens statuts et privilèges des marchands orfé^Tcsjoailliers de la ville de Paris, recueill. par Leroy. Paris, 1849, grand in-8, fig.
Liste des noms des gardes de l'Orfèvrerie de Paris, depuis 1352 jusqu'en 1658, extraite des registres, par Robert de Berquen, aussi orfèvre. S. n. et $. d., in-4 de 4 ff. — Liste générale des noms et surnoms des marchands maîtres orfévres de Paris, reçus depuis 1555 jusqu'en 1656, extr. des registres, par le même 5. n. et *. d., in-4 de 8 ff.
P. D. R. (PicRRK IMS Rosnel). Traité sommaire de l'institution du corps et communauté des marchands orfévres sous Philippe de Valois ; des avanuges de l'Orfèvrerie; des privilèges et prérogatives des marchands orfèvres-joailliers, etc.; de la fonction de maîti'C et garde des carats et denier fin; avec un recueil des ordonnances et règlements concernant l'Orfèvrerie et les orfévres. Pflftf, 1662, in-4.
Livres d'allois en or et en argent, pour les maistres orfévres de Paris, et et des éloges en vers à saint Éloy. 5. n. et i. d. (vers 1630), in-4.
Voy. aussi la Tte de saint Éloy^ trad. du lau de saint Ouen, par Uvesque (Paris, 1695, in-12).
Traité de l'alliage des métaux, tant d'or que d'argent, pour les orfévres. Rauenj 1606, in-8.
Journal pour servir à messieurs les gardes de l'Orfévreriejoûaillerie delà ville et faubourgs de Paris. Pûm, 1689, in-4.
Sur le différend de quelques orfebvres ayec les gardes et autres maistres sur le règlement général à faire sur l'Orfebvreric. S. d (vers 1630), in-4. — Déclaration pour régler la quantité et le poids de la vaisselle d'or et d'argent. 1672, in-4.
IsâAC Trouvé. Recueil de pièces et mémoire historique touchant Toi'jgine du tableau voiif que les orfèvres et joaiHiers de Paris
présentent tous les ans, le 1*' mai, à la sainte Vierge dans l'église métropolitaine de Paris : dont la Gonfrairie des orfèvres, la Chasse de Saint-Marcel et l'Eloge de l'Orfèvrerie. Pariée 1685, in-8.
Voy. aussi la Deser. des tableaux de V église de Notre-Dame donnés par tes orfèvres, 4671, in-12.
Extrait sommaire des privilèges des marchands orfèvres-joailliers de Paris, avec un traité sommaire de l'institution des orfèvres; des avantages et excellence de cet art; de ce qui s'observe à la réception des orfèvres; des lois de leur négoce; du devoir des maîtres et gardes; de ce qui est entendu par poids de 14 carats de fin au marc d'argent; et une liste des maîtres et gardes de ladite communauté depuis l'an 1337 jusqu'en 1671. S, n, et s. </. (Pûm, 4672), in-4.
Recueil des statuts, ordonnances, règlements et privilèges accordés en faveur des marchands orfévres-jouaiUiers de la ville de Paris depuis 1345 jusqu'en 1688, avec les arrêts et sentences les concernant. PariSt 1688, in^.
P. Le Rot. Statuts et privilèges du Corps des marchands orfevres-jouailliers de la Ville de Paris, recueillis du texte des èdits, ordonnances, lettres patentes, arrêts, etc., avec de courtes observations sur l'origine, les motifs et l'esprit de chaque dbposition. Paris, 1734, in-4.
Anciens el nouveaux statuts des maîtres tailleurs, ciseleurs, graveurs sur bijoux, or et argent, etc., avec arrêts. PariSf 1756,
in-4.
Status, ordonnances et règlements du corps des marchands merciers, grossiers, jouailliers de Paris. Pam, 1730, in-4.
(Nie. L. Juste Poullin de Viéville.) Code de l'Orfèvrerie, ou recueil et abrégé chronologique des principaux règlements concernant les droits de marque et de contrôle sur les ouvrages d'or et d'argent, auquel on a joint les statuts des orfèvres, tireurs, batteurs et autres gens employant les matières d'or et d'argent, etc., par l'auteur du Nouveau code des tailles Paris, 1785, in-4.
LesdediS. Manuel des orfèvres, jouailliers-bijoulicrs, essayeurs elafOncurs. !'• partie. Paris, an YI (1798), in-18.
Voy. aussi le Manuel du bijoutierjoaillier, orfèvre^ graveur sur
wiitêux^ Mr JuUa de Fontenelle, 2 vol. in-lS, dans la collection des IUDttel«-«oret.
JoAH DB Akphe t Villapanb. QuilaUdor de la plata, oro, y piedrtt. Valladolidy Diego Femandez, i572, io-4.
riuiieurt foisréiinpr. L'édit. de Madrid, 1598, est augmeoiéed'im IV litre.
JoAN Ferh. DEL Gastillo. TraUdo de ensayadores. Madrid^ 1623, iii-4 de 72 ff.
Db Ribaucourt. Eléments de chimie docimastiquc' à l'asage des orfèvres, essayeurs ^ affineors, ou Théorie chimiqoe de toutes les opérations usitées dans ^Orfèvrerie. Paris, 1786, in-8.
(Fr. YiROif DE Forbommais.) Lettre de M. du I. à M. Risch, iur les bijoux d'or et d'argent. (Paris,) 17Ô6, in-12. — Lettre iw les byom garnis. (Ibid.), 1756, in-12.
Vov. aussi YÀlmanach det Moimoyes (parAngot des Rotours), pnbL taos les ans à Pmia, de 17W à 1789, 6 vol. in-12, fig.
Statuts et règlements des maîtres et marchands lapidaire, diamanUires, joailliers (de 1290). Portt» 1737, in-4.
Jehan dr Manpeville. Le Lapidaire eu François. Lugduni, in ofpàna Ludov. iMUchart, s. d. (vers 1520), in-8 deî4ff. goth.
Réimpr. plusieurs fois.
Yoy. aussi le poëme de Marbodœûs, De Lapidibus, souvent réinp. et trad.
Framc. RuiEi. De Gemmis aliquot, iis prœsertim quarum divus Joannes apostolus in sua Apocalypsi meminit; de aliis quoqœ quarum usus hoc œvi apud omnes pererebuit, libri duo. ParisOs, Wechelus, 1547, in-8.
1.0D0V. DoLCE. Trattato délie gemme che produce k Natura, nel quale si discorre délia qualita, grandezza, bellezia e virtu loro; in tre libri diviso. Venetia, 1617, in-8.
La !•• édit. {Venet., 1565, in-8) est intitulée : Libri tre n^ quêU si trattê délie diverse sorti délie gemme.
J. nE LA Taille de Bondaroy. Le blazon des pierres précieuses, contenant leurs >ertuz et propriétez. Paris, iMCas Breyer, 1574, in-4.
Andr. Baccio. Le XII piètre preziose, le quali adomavano i veslrmenti dcl sommo Sacerdôte; aggiuntovi il diamante, etc.,
btBLÎOGRAPUlÊ 309
con il dîscofso delP alicorno e dell' alce. Ronia, 1587, p. iii-4.
Trad. en latin et annoté par Wolfg. Gabelchover, sous ce titre: De gemmis et lapiiihun preltosis iractatvs (Francof., 1603, in-8).
ÂcAOEMico ARDENTE Ktebeo (Gleandro ârnobio). TesoFo dellc gioie, Irattato curioso, nel quale si dichiara la virtu, qualità c pi'oprietà délie gioie, corne perle, gemme, auoii, umcomi, cocco, malacca, balsami, etc , e detle aitre cose prcgiate da scriitori aiiticht e moderni; revislo et accrosciulo dall' Academico Casinense Inqiiieto (Archangelo Riccio). Milano, Gio-Bat, Bidelli, 1619 ou 1G27, in-12.
La 1" édit., qui porte le vrai nom de l'auteur, a été publ. par Archailgelo Riceio (Yenelia, G. B, t'Aotti, 1602» in-8.
AxsËLii. Boet. de Boot. Gemmarum et lapidum historia, quam oiiiii edidil; postea Adr. Toliius recensuit, et comment, illustrav'I; tertia editio, cui accedmit, J. de Laet, de gemmis et lapidibus Jihri II, et Theophrasli liber de lapidibus, gr. et lat. lAigd. Balav., lGi7, 2 vol. in-8.
la 1" édit. est celle d'IIanau, 1609, in-4.
Trad. en franc, par J.Bachou, sous ce titre : Le parfaict joaitl cr ou histoire des pierreries (Lyon, 16U ou 1649, in-8, lig.).
RoB. BB fisR^^Eir. Les merveilles des Indes orientales et occidentales, ou nouveau traité des pierres précieuses. PariSj 1669, iii-i.
La 1" édit. de 1661 est intitulée: Nouveau Irailé des pierres précieuses et perles^ contenant leurs nature^ couleurs et vertus.
Histoire des joyaux et des principales richesses d'Orient et d'Occident, tirée des diverses relations des plus fameux voyageurs. Paris, 1661, ou Genève, J665, in-12.
TiBRRË DE RosNEL, orfévrc et jouaillier du roi. Le Mercuro indien ou le Thrésor des Indes, divisé en deux parties : dans la première, il est traité de l'or, de l'argent, d» vif-argent, de leur formation, origine, usage et valeur, avec une explication sommaire des titres de l'or et de l'argent et de leur affinage; dans la seconde, des pierres précieuses et des perles et des autres pierres nfoitis précieuses, comme l'agate, le jaspe, le lapis et autres, avec un traité particulier de leur eslimation. Pam, 1672, in-4.
W. L. M. D. S. D. Dénombrement, faculté et origine des pierres précieuses. Paris, 1667, p. in-12.
Roi. Botle. Ëxercitaiio de origine et viribus g^nmarum. london. 4675, iii-12.
Trad. de l'angl. en latin, par C. S. (Hamburgi^ 1675, in-12).
GiAC. GoiMA. DelU storia naturale délie gemme, délie piètre e di tutti i mincrali OTvero della fisica sotterranea. Napolif 1730, 2 vol. in-4.
N. PooflBT. Traite des pierrei précieuses et de la manière de les employer en parure. Pariit 1762-64, 2 part, en 1 vol. ïn-é,
La seconde partie a pour titre : Nouveau recueil de parures de joaillerie.
Gaveroi. Traité abrégé des pierres fines. Pam, 1769, in-12.
Lons DuTENS. Des pierres précieuses et des pierres fines, avec les moyens de les oonnoitre et de les évaluer. Paris, 1776, in-18.
Plusieurs fois réiropr., in-8, à Londres, à Florence, etc.
Pio Naldi. Délie gemme, e délie regole per vahitarle, operetta Ad uso dci giojellieri; si aggiungonD in fine varie notizie condisegni dialcune gemme piuinsigiii. Bologna^ 1791, in-8, fig.
G. P. Bbard. Traité des pierres précieuses, des porphyres, graniU, etc. Paris, 1808, 2 vol. iii-8.
Dav. Jbffries. Traité des diamants et des perles, traduit de
'angl. (par Chapotin). Paris, 1753, in-8, fig.
L'original angl., intitulé Treatise on diamonds andpearls{lAinâ., 1751, in-8, fig.), a eu plusieurs éditions.
J. Mawe. a treatise on diamonds and precious stones, inclnding their history, natural and commercial; with a detailed account of their présent price» etc. Second cdit* î/mûoniy 1825. in-8, fig.
Jo. Laur. Bauscbi Schediasma de lapide haematite et actite, necnon de cœruleo et chrysocolla. lÀpsi» et Jena^f 1665-68, 2 vol. in-12, fig.
J. B. Partbot. Trailj des dragons et des escarboucles. Lyon, 1691, in-8.
B. DES Mallées. Hyacinthe, ou traite sur cette pierre précieuse. Paris, l'385, in-12.
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GiOBG. Vasari. Memorie degli intagliatori modemi in piètre dure, cammei e gioje, del secolo JILV fino al secolo XVIII; overo ragionamento del cavalière Giorgio Vasari, piltore e architetto aretino, degU intagliatori moderni. Uvorno, 1753, in-4.
J. DucHESNE. Essai sur les nielles, gravures des orfèvres florentins du quinzième siècle. Paris, 1826, in-8, fig.
JoAx., GiABOiNi Promptuarium artis argentariœ, ex quo centum exquisito studio inventis, deJineatis, ac in sere incisis tabulis propositis, elegantissimœ ac innumerœ educi possunt novissimœ idese, ad cujuscunque generis vasa argentea, ac aurea, inveni^ida ac confîcienda. Bomx, 1750, 2 part, eu 1 vol. in-fol., fig.
Catalogue d'Ornements dessinés et gravés par les maîtres des quinzième, seizième, dix-septième et dix-huitième siècles, en Allemagne, en Hollande, en Italie et en France, provenant du cabinet de M. Reynard, dessinateur et graveur. Paris, 1846, 3 part. in-8.
Un ffrand nombre de ces sraveurs étaient des orfèvres, et tous travaillaient pour rOrfévrene. Reynard a reproduit en fac-sin.ile un grand nombre de leurs chefs-d'œuvre dans un recueil d*Omnments, in-fol. publ. à Paris, de 1844 à 1847, et interrompu par .«a mort.
Voy. aussi, dans le Peintre-graveur de Bartsch et dans le Peintregraveur français de Robert Dumesnil, la description de l'œuvre des artistes qui ont dessiné et gravé pour l'Orfèvrerie et la joaillerie.
Voy. aussi les encyclopédies des arts, Miroir des arts et sciences^ trad. de Léon Fioravanti, par Gabr. Chappuys {Par., 1598, in-8); Scala di lutte le scierne et arli^ par Greg. Morelli ( Mneg.^ 1567, in-8) ; la Piazta universale di tulle le professioni del mondo^ par Thomaso Garzoni {Ibid., 1665, in-4); Mystères de la nature et de Vart, par J. Bâte (en angl., Lond.^ 1635, m-4, fig.), etc.