‹ Curiosités de l'histoire naturelleChapitre 100 sur 144 · Douze Conférences d'Hygiène, 1891, p. 39. Masson · texte numérisé non relu

Douze Conférences d'Hygiène, 1891, p. 39. Masson

a été indiquée par divers expérimentateurs, et par Chaussier notamment. Chaussier fit placer dans un four, à une température assez peu considérable pour ne pas produire la carbonisation, un cadavre humain qui pesait 60 kilogrammes, et lorsque la dessiccation fut complètement opérée, le cadavre ne pesait plus que 6 kilogrammes. C’est donc bien neuf dixièmes de liquides pour un dixième seulement de parties solides.

L'eau est donc une condition essentielle de la vie. Tout organisme vivant doit contenir de l’eau, et doit même en contenir des proportions déterminées. C'est ainsi qu'il faut une certaine proportion d’eau pour maintenir l'élasticité des tissus. M. Chevreul a fait de nombreuses expériences sur la dessiccation des divers tissus, et il est arrivé à des résultats fort intéressants. Il a vu, par exemple, que la cornée transparente de l'œil devait sa transparence à une certaine proportion d’eau, et que la cornée opaque‘ devait son opacité à une autre proportion du même liquide.

Si l'on desséchait ces deux membranes, la cornée transparente devenait opaque et la cornée opaque devenait transparente; mais lorsqu'on les remettait dans l’eau, chacune d’elles reprenait ses propriétés ordinaires. Le cristallin ? de l’œil devient également opaque par la dessiccation, et il recouvre aussi sa transparence lorsqu'on le plonge dans l’eau. On a donc produit par ce moyen une sorte de cataracte artificielle, et l'on voit en même temps que la transparence du cristallin dépendait de la proportion d'eau que contenaient ses tissus.

Mais ce qu'il y a de plus curieux et de plus piquant dans ces expériences, c’est qu’on peut ainsi donner

1. La cornée opaque est le blane de l'œil; la cornée transparente est la

partie transparente qui est enchâssée dans le blanc. 2, Sorte de lentille transparente située en arrière de la cornée.

véritablement la cataracte ‘ à un animal vivant. Seulement on ne peut opérer que sur des animaux assez petits, comme des grenouilles par exemple, et l’expérience s'exécute tout simplement en les desséchant. Pour dessécher un animal, il suffit d'enlever de l’eau à son sang, parce que tous les éléments histologiques tendent aussitôt à rétablir la composition normale du sang, en y déversant l’eau qu'ils contiennent, et s’appauvrissent ainsi spontanément. On donne donc la cataracte à une grenouille en la suspendant simplement dans un panier et en l'exposant à un courant d'air assez actif pour la faire dessécher. On peut encore réaliser l'expérience d’une autre manière, ainsi que l’a fait M. le doctéur Kunde. Son procédé ‘consiste à introduire dans le canal intestinal de la grenouille des corps avides d’eau, du sucre ou du sulfate de soude ; il se produit alors au travers des parois intestinales une action endosmotique ? qui enlève au sang une partie de son eau, et la grenouille perd” bientôt la vue. La cataracte disparaît du reste également lorsqu'on rend à l’animal le liquide qu'il a perdu, en le plongeant dans l’eau.

Mais ce n’est point là le seul résultat de cette expérience; les autres tissus éprouvent comme le cristallin de l’œil l'influence de la dessiccation, et, lorsqu'on dessèche une grenouille, en même temps qu'elle devient aveugle, elle éprouve des convulsions comme si on l'avait soumise à l'influence de la strychnine.

Si l'organisme peut périr par défaut d'eau, il est aussi évident qu’un excès de ce liquide peut apporter

1. Maladie de la cornée transparente qui devient opaque, d'où afFaiblissement ou même abolition de la vision.

2, On désigne sous le nom d'endosmose, erosmose et osmose la production de courants à travers une membrane vivante ou morte, mais d'origine organique, séparant deux liquides de composition et densité différentes.

les plus grands troubles dans ses fonctions. Toutefois la proportion d'eau contenue dans les êtres vivants peut varier entre des limites assez éloignées : même dans l’état normal des fonctions, le rapport entre la quantité des liquides de l’organisme et celle des solides est fort mobile, car un animal contient beaucoup plus de liquides lorsqu'il est en digestion que lorsqu'il se trouve à jeun, tandis que la quantité des parties solides reste sensiblement la mème dans ces deux états. Enfin, on peut injecter dans les veines d’un animal une assez grande quantité d’eau avant de produire de graves désordres organiques, et surtout avant d'amener la mort. Nous avons fait autrefois à ce sujet une expérience intéressante. Un chien pesant deux kilogrammes et demi, et pris en état de digestion, c’est-à-dire dans l’état physiologique pendant lequel l'organisme contient le plus de liquide, reçut, par injection dans la veine jugulaire, 800 grammes d’eau à la température normale du corps (35 ou 40 degrés), c’est-à-dire environ le tiers de son poids, avant de présenter des accidents graves. Toutes les sécrétions qui s'étaient progressivement ralenties disparurent alors, sauf la bile; mais l'écoulement fourni par le canal cholédoque provenait sans doute du passage tout mécanique de l’eau dans la vésicule biliaire ; l'injection ayant été continuée, l'animal présenta de temps en temps des convulsions tétaniques d’une durée plus ou moins longue, et finit par périr après avoir reçu 1,120 grammes d’eau.

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