‹ Curiosités de l'histoire naturelleChapitre 99 sur 144 · MOLESCHOTT · texte numérisé non relu

MOLESCHOTT

Les dangers de l’air confiné.

Lorsqu'un certain nombre d'individus respirent dans une atmosphère qui ne se renouvelle pas, ou se renouvelle mal, en vertu des échanges incessants qui s'opèrent entre le sang et cette atmosphère, la pro- “portion relative des éléments constitutifs de l’air se modifie ?. Ces changements qui se produisent dans la composition de l'air, par suite de la respiration dans une atmosphère confinée, sont multiples. Il y a d’abord diminution d'oxygène; la proportion normale de 21 p. 100 peut tomber à 18 ou 19 et même audessous.

Ensuite, et c’est là la plus importante des modifications qui se produisent, il y a présence ou excès d'acide carbonique. D’après Andral et Gavarret, Pexhalation pulmonaire fournit, par heure, 9 litres d'acide carbonique chez l’enfant de huit ans, 12 litres chez la femme adulte, et 20 litres chez l'homme. En même temps, il est démontré que la peau exhale une quantité mal déterminée de ce gaz.

On comprend donc que la respiration empoisonne

1. Une ambassade physiologique : les globules du sang. (Revue Scientifique 1867, p. 167.)

2. Les échanges consistent en ce que l’air respiré cède une partie de son oxygène au sang du poumon, et reçoit de celui-ci de l'acide carbonique. Il perd donc son élément vivifiant, et se charge d’un élément toxique.

rapidement l'atmosphère, et fait augmenter le chiffre d'acide carbonique dans une proportion fort considérable ; mais l’acide carbonique n’est pas le seul élément que dégage la respiration ainsi que la transpiration cutanée. (Un adulte bien portant en fournit dans les vingt-quatre heures, une quantité que l’on peut évaluer entre 750 et 1,200 grammes.)

En même temps, une dose plus ou moins considérable de matières organiques ! s'échappe dans l’air. Elles se composent principalement de débris épidermiques et de graisse, ainsi que d’une substance particulière qui s'échappe des poumons et de la bouche.

L'odeur pénétrante et fétide de cette substance est ce qui constitue surtout l’odeur de renfermé ; elle devient perceptible lorsque la proportion d’acide carbonique s'élève à 0,7 p. 1,000, et devient très forte lorsque cette proportion s'élève à 1 millième.

Telles sont les altérations que produit dans l’atmosphère l'accumulation d’un certain nombre d’individus dans un espace confiné, ou d’un seul individu dans un espace trop étroit.

On admet généralement deux degrés dans les accidents produits par l’air confiné; à un premier degré, on observe simplement du malaise, du mal de tête, des vertiges; la respiration est gênée; il y a des nausées, parfois des syncopes : ce sont là les signes d’une asphyxie commençante. À un degré plus avancé, on observe des sueurs abondantes, une soif vive, des douleurs thoraciques, de la dyspnée, parfois du délire et bientôt la mort. C’est ce qu’on observa dans plusieurs faits connus d’asphyxie.

1. Les matières organiques sont celles qui ne se trouvent que dans les corps organisés, vivants ou ayant vécu : elles sont d’ailleurs composées d'éléments inorganiques ou minéraux, d'Oxygène, de Carbone, d'Hydrogène, de Chaux, d'Azote, de Soufre, ete.

Aux Indes, 146 prisonniers anglais, renfermés dans un lieu clos de vingt pieds carrés, succombèrent pour la plupart, après avoir présenté une soif vive, de la suffocation, un besoin d’air si pressant qu'ils se battirent pour s'approcher des soupiraux. Au bout de huit jours, vingt-trois seulement restaient vivants. Rappelons encore qu'après la bataille d’Austerlitz, 300 prisonniers autrichiens ayant été enfermés dans

une cave, 260 succombèrent d'asphyxie en peu de temps. Enfin, dans le fait fameux des assises d'Oxford, Juges, spectateurs, accusés, furent frappés d’asphyxie mortelle.

Chez les individus qui vivent habituellement dans une atmosphère insuffisante, on observe des acci-

-dents d’un autre ordre que ceux que nous venons de signaler, et qui, pour n'être pas foudroyants, n’en sont pas moins redoutables. La santé de l’homme. comme celle des animaux, s’altère promptement dans un milieu insuffisamment ventilé, et des faits nombreux nous en fournissent la preuve.

On ne sera pas étonné de voir la phtisie pulmonaire exercer ses ravages surtout chez les individus qui habitent des locaux trop étroits, chez les soldats casernés dans des baraquements insuffisants, chez des ouvrières qui travaillent dans de petits ateliers, chez les classes pauvres, enfin, dont les habitations n’offrent qu'un espace très insuffisant.

AUPROUSTI

L'eau et la vie.

L'eau forme une partie considérable du corps humain, les neuf dixièmes environ. Cette proportion

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