FRANCIS DARWIN
1. Le nom de Barbarie donné à ces instruments vient probablement de la corruption du nom d'un facteur italien, Barberi.
2. Original dans le journal anglais Wind, traduction dans la Revue internationale des Sciences biologiques, t. I, 1878, p. 48. Doin.
L'air et la vie.
Les plantes, les animaux, l'homme renferment de la matière: d’où vient-elle? Que fait-elle dans leurs tissus et dans les liquides qui la baignent? Où vat-elle quand la mort brise les liens par lesquels ses diverses parties étaient si étroitement unies?
Ce n’est pas sans étonnement qu'on reconnait qu'aux nombreux éléments de la chimie moderne, la nature organique n’en emprunte qu’un petit nombre; qu'à ces matières végétales ou animales, maintenant multipliées à l'infini, la physiologie générale n'emprunte pas plus de dix ou douze espèces, et que tous ces phénomènes de la vie, si compliqués en apparence, se rattachent en ce qu'ils ont d’essentiel à une formule générale, si simple qu'en quelques mots, on à, pour ainsi dire, tout annoncé, tout rappelé, tout prévu.
N’avons-nous pas constaté, en effet, par une foule de résultats, que Les animaux constituent, au point de vue chimique, de véritables appareils de combustion, au moyen desquels du charbon brülé sans cesse retourne à l'atmosphère sous forme d'acide carbonique; des appareils dans lesquels de l'hydrogène, brûlé sans cesse de son côté, engendre continuellement de l’eau; des appareils d'où s’exhale enfin, sans cesse, de l'azote libre par la respiration et de l'azote à l’état d'ammoniaque par les urines?
Ainsi, du règne animal, considéré dans son ensemble, s’échappent continuellement de l'acide carbonique, de la vapeur d’eau, de l’azote et de l'ammoniaque, matières simples et peu nombreuses, dont la formation se rattache étroitement à l’histoire de l'air lui-même.
N’avons-nous pas constaté, d'autre part, que les
plantes, dans leur vie normale, décomposent l'acide carbonique pour en fixer le carbone et en dégager l'oxygène; qu'elles décomposent l’eau pour s'emparer de son hydrogène et pour en dégager aussi l'oxygène; qu'enfin elles empruntent de l'azote, tantôt directement à l'air, tantôt indirectement à l’ammoniaque ou à l’acide nitrique (azotique) fonctionnant ainsi, de tout point, d’une manière inverse de celle qui appartient aux animaux ?
Si le règne animal constitue un immense appareil de combustion, le règne végétal à son tour constitue donc un immense appareil de réduction où l'acide carbonique réduit laisse son charbon, où l’eau réduite laisse son hydrogène, où loxyde d’ammonium et l'acide azotique réduits laissent leur ammoniaque ou leur azote.
Ainsi, c’est dans le règne végétal que réside le grand laboratoire de la vie organique, c’est là que les matières végétales et animales se forment, et elles s'y forment aux dépens de l'air. Des végétaux, les matières passent toutes formées dans les animaux herbivores qui en détruisent une partie, et qui accumulent le reste dans leur tissu.
Des animaux herbivores, elles passent toutes formées dans les animaux carnivores qui en détruisent ou en conservent selon leurs besoins. Enfin, pendant la vie de ces animaux ou après leur mort, les matières organiques, à mesure qu’elles se détruisent, retournent à l’atmosphère d'où elles proviennent.
Ainsi se ferme ce cercle mystérieux de la vie organique à la surface du globe.
Dumas *.
1. Article ArmosPhÈre du Dict, d'Histoire naturelle de d'Orbigny. Le Vasseur.
Le sens de l’odorat.
Les quantités de substance odorante que nous sommes capables de percevoir sont quelquefois extraordinairement minimes. Une simpletrace d'huile essentielle de rose vaporisée suffit à nous faire percevoir une odeur agréable. Une quantité infinitésimale de muse ! communique à nos habits l'odeur spéciale qui caractérise cette substance, et qui persiste pendant plusieurs années sans pouvoir être enlevée par les courants d'air les plus forts. Valentin a calculé que nous pouvons encore percevoir l'odeur de deux millionièmes d’un milligramme de cette substance. Notre odorat surpasse ie en sensibilité tous les autres organes des sens. Nous ne percevons certainement pas par le goût la petite proportion de substance qui suffit à nous donner une perception olfactive, nous ne pourrions pas la sentir par le tact même si elle était à l’état solide, enfin nous ne pourrions point la voir, même si elle était exposée à la lumière la plus éclatante. ILest même probable qu'aucun réactif chimique n'est capable de déceler des proportions aussi minimes de substance, et l'analyse spectrale ?, qui fait cependant reconnaitre des millionièmes de gramme, reste de beaucoup inférieure à la sensibilité de notre odorat. Chez les animaux, le développement de l’odorat est encore bien plus étonnant que chez l’homme : ce sens remplit généralement chez eux un rôle beaucoup plus important que chez nous. Les chiens de chasse recon-
1. Substance à odeur très forte et persistante sécrétée par des glandes spéciales du Moschus moschiferens, sorte de Chèvre (Chevrotain) du Thibet et de l'Asie septentrionale.
2, Méthode d'analyse des corps basée sur le fait que ceux- ci font éprouver à la lumière solaire qui tombe sur un prisme après les avoir traversés, ou: à la lumière artificielle où ils ont brülé, des modifications caractéristiques.
naissent, par l’odorat, la piste d’un animal, piste absolument invisible à l'œil; et cependant lPodorat du chien est encore surpassé par celui des fauves, qui sont capables de reconnaitre le chasseur à des distances énormes, lorsque la direction du vent est favorable. Quelle peut donc être la quantité de substance volatile encore perceptible par ces animaux à des distances si grandes? Son exiguité est au-dessous de toute appréciation.
Les animaux aquatiques possèdent-ils la faculté de percevoir des odeurs? Nous devons admettre cette possibilité, si nous en jugeons d’après le développement des organes olfactifs chez ces animaux : car les poissons ont un nerf olfactif (nerf de l'odorat) très développé qui tire son origine de la partie antérieure du cerveau, c’est-à-dire du lobe olfactif, et qui se distribue sur la muqueuse des sacs nasaux : ces sacs présentent une ouverture dans la peau de la tête. Chez ces animaux, les substances odorantes n'agissent point sous forme gazeuse, mais à l’état de dissolution dans l’eau, et peut-être la sensation estelle dans ce cas analogue à celle du goût qui ne peut être éveillée, comme on sait, que par des substances liquides. En tout cas, l’odoration des animaux aquatiques ne peut être tout à fait identique à celle des animaux terrestres. À
Il n'est donc pas probable que l’homme serait capable d’odorer sous l’eau, même s'il pouvait sans danger faire passer un courant de liquide à travers le nez. Une expérience très intéressante de E.-H. Weber nous en fournit la preuve. Cet observateur remplit exactement son nez avec de l’eau très chargée d’eau de Cologne. On peut répéter cette expérience sans danger en se couchant horizontalement, et en laissant pendre la tête verticalement en bas, de facon que
l'ouverture des narines se dirige en haut. Le voile du palais sépare alors complètement les fosses nasales de la cavité buccale, et l’eau introduite dans le nez ne trouve point d’issue pour s’écouler. Tant que l’eau séjourna dans la cavité nasale, Weber ne perçut aucune odeur, tandis qu'il la percevait parfaitement au moment de lPintroduction de l’eau. Il remarqua en outre que l'odorat était aboli pendant quelques minutes après la sortie de l’eau, ce qui du reste se produisait aussi lorsqu'on se servait d’eau pure. Il semble done que l'eau n’est pas un intermédiaire convenable pour l’odorat de l’homme.
On a fait la remarque que presque toutes les substances à odeur désagréable sont en même temps nuisibles à notre organisme. Les gaz à odeur désagréable, comme l'hydrogène sulfuré, constituent même des agents toxiques violents qui amènent la mort lorsqu'ils sont respirés en certaine proportion. Les aliments en putréfaction que notre goût repousse aussi bien que l'odorat, peuvent occasionner des maladies graves lorsqu'on les consomme. L’odorat est donc un gardien vigilant qui empêche l'introduction de substances nuisibles dans notre organisme. Cependant toutes les substances nuisibles ne sont pas trahies par leur odeur : il en est ainsi de l'oxyde de carbone qui est inodore, quoique délétère, et qui a fait déjà tant de victimes, grâce à l'imprudence humaine.