‹ Curiosités de l'histoire naturelleChapitre 103 sur 144 · J. BERNSTEIN · texte numérisé non relu

J. BERNSTEIN

1. Les Sens. (Bibl. Scientifique Internationale, p. 2148-51. Alcan.)

Le sens de la direction ou de l’orientation.

Comment les oiseaux et les insectes transportés à une certaine distance de leur nid, trouvent-ils leur chemin pour y retourner? Voilà une des questions les plus intéressantes, et qui touche de très près aux instincts et aux facultés des animaux. Quelques auteurs leur ont attribué un sens spécial, le « sens de direction ». Darwin a dit qu'il serait intéressant de rechercher l'effet produit sur des animaux placés « dans une boîte circulaire mobile autour d’un axe, que l’on ferait tourner rapidement dans un sens, puis dans un autre de façon à-annihiler pour un certain temps tout sens de direction chez les insectes. J’ai pensé, dit-il, que parfois les animaux pouvaient sentir au départ dans quelle direction on les déplacait. »

En réalité, dans certaines parties de la France, on considère que si un chat a été transporté d’une maison dans une autre dans un sac, il perd sa direction et ne peut retourner à son ancien logis, si l’on a fait tournoyer le sac. M. Fabre a fait quelques expériences intéressantes et amusantes sur ce sujet. Il prit dix abeilles appartenant au genre Chalicodome, les marqua sur le dos par un point blanc, et les plaça dans un sac. Il les porta ensuite dans une direction à un demi-kilomètre, et s’arrêtant en ce point où se trouvait une vieille croix, il se plaça sur le côté de la route et fit rapidement tourner le sac au-dessus de sa tête. Pendant cette opération, vint à passer une bonne femme qui ne parut pas peu surprise de voir le professeur, placé en face de la vieille croix, faire tournoyer solennellement un sac autour de sa tête, et M. Fabre craint d’avoir été fortement

soupçonné de se livrer à des pratiques infernales. Quoi qu’il en soit, M. Fabre, ayant suffisamment fait tourner ses abeilles, revint sur ses pas, dans la direction opposée, repassa devant sa maison et transporta ses prisonnières à une distance de trois kilomètres de leur nid. Là encore il les fit tournoyer et les laissa partir, une par une. Elles firent un ou deux tours autour de lui, et disparurent. Pendant ce temps, sa fille surveillait. La première abeille fit les 3 kilomètres en un quart d'heure; quelques heures plus tard, deux autres retournèrent au nid; les sept autres ne reparurent pas.

Dans une autre expérience, il prit quarante-neuf abeilles. Au départ, quelques-unes seulement prirent une fausse direction; autant qu'il put juger par la rapidité du vol, la plus grande partie parurent se diriger vers le nid. La première arriva en quinze minutes. Une heure et demie plus tard, onze étaient rentrées; et, cinq heures plus tard, il en était rentré six de plus : ce qui fait dix-sept sur quaranteneuf.

Ces expériences paraissent concluantes à M. Fabre. « La démonstration, dit-il, est suffisante. Ni les mouvements enchevêtrés d’une rotation comme je lai décrite, ni l’obstacle de collines à franchir et de bois à traverser ; ni les embüches d’une voie qui s'avance, rétrograde et revient par un ample circuit, ne peuvent troubler les Chalicodomes dépaysés et les empécher de revenir au nid. »

J'avoue sans honte que, charmé par l’enthousiasme de M. Fabre, ébloui par son éloquence et son ingéniosité, j'ai été tout d’abord disposé à adopter sa manière de voir. Un examen plus calme m'a laissé des doutes, et quoique les expériences de M. Fabre soient très ingénieuses et décrites très agréablement, elles n’en-

traînent pas la conviction dans mon esprit. Il y a deux points spéciaux à considérer :

4° La direction prise par les abeilles lorsqu'on les lâche ;

90 Le nombre de celles qui réussissent à retourner à leur nid.

En ce qui concerne le second point, remarquons que les abeilles qui ont réussi ont été dans la proportion suivante :

sur 10 = 20

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