‹ Curiosités de l'histoire naturelleChapitre 104 sur 144 · ATRLOL AS ARTS RE · texte numérisé non relu

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La proportion n’est pas très élevée; sur la totalité, 97 paraissent avoir perdu leur route. Ne se peut-il pas que les 47 aient trouvé la leur à l’aide de la vue ou du hasard; l'instinct, quoique inférieur à la raison, a l'avantage d’être généralement infaillible, Du moment que deux abeilles sur trois font fausse route, il me semble permis d’écarter l’idée de l'instinct. De: plus, la distance du nid n’était que de trois ou quatre kilomètres. Et les abeilles connaissent certainement le pays à quelque distance. Nous ne savons pas exactement jusqu'à quelle distance elles vont butiner, mais il me semble raisonnable de supposer que, une

fois arrivées à la distance de deux kilomètres de leur

nid, elles ont dû trouver quelque point de repère connu qui les aura mises sur la voie. Si nous supposons maintenant que cent cinquante abeilles ont été lâchées à quatre kilomètres de leur nid et qu'elles se: sont envolées au hasard dans toutes les directions à peu près également, un simple examen nous mon-

ip

trera que vingt-cinq d'entre elles ont fini par se trouver à un mille de leur nid, et par reconnaitre alors leur chemin. Je n'ai jamais fait des expériences sur les Chalicodomes, mais j’ai observé que si on transporte une abeille de ruche à une certaine distance, elle se comporte comme un pigeon dans les mêmes circonstances, c’est-à-dire qu'elle décrit dans son vol des cercles de plus en plus étendus et de plus en plus élevés, jusqu’au moment, je suppose, où les forces lui manquent, ou jusqu’au moment où elle voit quelque objet connu. De plus, si les abeilles avaient été guidées par un sens de direction, elles seraient retournées au nid en quelques minutes. Pour faire un mille et demi ou deux milles, elles n'auraient pas mis cinq minutes. Une abeille sur cent quarantesept fit le trajet en cinq minutes; mais il fallut aux autres une, deux, trois ou même cinq heures. Il est donc raisonnable de supposer que ces dernières ont perdu du temps avant de trouver un objet connu.

Le second résultat des observations de M. Fabre ne prête pas aux mêmes remarques. Il fait observer que la grande majorité des Chalicodomes prit d’abord la direction du nid. Il avoue cependant, ainsi que je l’ai déjà dit, qu’il n’est pas toujours facile de suivre le vol des abeilles. Tout en admettant ce fait, il me semble que les abeilles pouvaient reconnaitre le point où elles se trouvaient et, quoi qu’il en soit, il ne me paraît pas que nous devions admettre l'existence d’un nouveau sens, qu'il faut réserver comme dernière ressource.

Après tout, il me semble qu'en réalité elles ne s’envolaient pas directement vers leur nid. Si elles avaient pris cette direction, elles auraient été de retour en trois où quatre minutes, tandis qu'il leur fallait beaucoup plus de temps. Même si elles pre-

naient la bonne direction, il est clair qu'elles ne la gardaient pas.

Les expériences de M. Romanes confirment, ainsi qu'il le dit lui-même, l'opinion que j'avais exprimée, c'est-à-dire qu'il n’y à pas de preuves suffisantes pour admettre chez les insectes un sens qui puisse être justement appelé « sens de direction ».

SIR JOHN LUBBOCK ‘

La lumière et la vision sous les eaux.

Lorsque l’eau est transparente et le soleil brillant, on peut distinguer le fond jusqu’à vingt mètres environ, en regardant depuis le bord d’un bateau; mais la surface doit être absolument calme. J’ai fait placer au fond de mon yacht l'Amphiaster un hublot fermé par une glace très épaisse et garanti par une fermeture de sûreté. Il est placé au fond du salon et, en obscurcissant cette pièce, l’on peut voir par ce hublot le fond de la mer, même au delà de vingt mètres, et malgré les vagues, avec une grande netteté.

Vu ainsi de haut en bas, le fond de la mer semble toujours assez plat. Toutes les parties visibles sont également éclairées, et il n’y à pas d’ombres portées, ce qui détruit naturellement la sensation äu relief. En descendant en scaphandre ? l’on est souvent fort étonné de voir que le sol qui semblait presque uni est en réalité tout hérissé de rochers et creusé de

1. Le prétendu Sens de la Direction chez les Animaux, par sir John Lubbock, /tevue Scientifique du S novembre 1890, p. 590.

2. Le scaphandre est un appareil destiné à permettre à l’homme de respirer sous l’eau, un casque volumineux dans lequel on envoie de l'air par un tuyau de caoutchouc et qui entoure la tête tout entière, de telle sorte que le plongeur qui en est revêtu peut demeurer sans danger plusieurs heures sous l’eau.

vallons profonds. Les ombres sont maintenant visibles, parce que l'éclairage venant d’en haut, les parties rentrantes sous les saillies, les rochers et les touffes d'algues, sont dans l'obscurité.

L’éclairage du fond ressemble à celui d’une salle sans fenêtres qui reçoit le jour par un vitrage occupant le milieu du plafond. Sile scaphandrier, parvenu au fond, regarde en haut par la vitre frontale du casque, il voit un grand espace circulaire lumineux que l’on peut considérer comme la base d’un cône renversé, dont l'œil de l'observateur occupe. le sommeil. Ce cône a un angle d'ouverture de 62° 50 environ. Au delà de ce cercle, la surface paraît sombre et présente exactement la teinte et l'aspect de la mer vue de haut en bas depuis le bord d’un bateau; et c’est naturel puisque la surface vue sous un angle plus grand que celui de la réflexion totale, renvoie simplement dans l'œil comme un miroir l'image de l’eau. Le ciel et les objets situés dans l’air ne sont visibles que dans les limites du cercle lumineux. Les bords de cette grande tache lumineuse sont toujours plus ou moins déchiquetés, puisque la surface n’est jamais absolument calme. Les rayons du soleil sont pâlis et pénètrent par ondées mourantes qui rappellent ce que l’on voit dans une chambre située au bord de l’eau, lorsque les persiennes sont baissées et que les rayons du soleil réfléchis sur la surface mobile viennent éclairer le plafond de la pièce.

La diminution dans l'intensité des rayons solaires est très rapide et à trente mètres ils sont déjà presque complètement diffusés. Au moment où le soleil baisse vers l'horizon, il se produit presque subitement une obscurité telle qu’il m’est arrivé de vite remonter, croyant que la nuit tombait déjà.

En sortant de l’eau, je me voyais avec étonnement inondé des rayons d'un soleil qui n’était pas près de se coucher. Il y a un angle sous lequel la proportion des rayons réfléchis aux rayons réfractés devient si défavorable à ces derniers que l'éclairage du fond diminue brusquement.

La transparence de l’eau varie énormément le long du littoral. Pendant les périodes pluvieuses, l’eau devient trouble par le fait des rivières qui s’y déversent; dans les périodes de sécheresse et de calme, elle devient presque aussi claire qu’en pleine mer. Mais il y a des changements capricieux et brusques provenant des courants qui viennent tantôt de terre, tantôt du large;-et qui peuvent amener un grand changement dans l’espace de peu d'heures. Les expériences sur la pénétration de la lumière doivent être faites très au large pour avoir de la valeur; le long de la côte il y a cet élément variable difficile à préciser, du degré de transparence ou de trouble qui peut modifier profondément les résultats.

Lorsque l’eau est relativement claire, elle absorbe encore tant de lumière qu'à trente mètres de profondeur, par un ciel couvert, l’on n'y voit pas assez clair pour récolter de très petits animaux. Dans la direction horizontale, on ne peut pas, dans ces conditions, distinguer un rocher à plus de sept ou huit mètres de distance. Si le soleil brille, et que l’eau soit bien limpide, l'on peut arriver à voir un objet brillant à vingt mètres, peut-être même à vingt-cinq mètres. Mais dans les conditions ordinaires 1l faut se contenter de la moitié de ce chiffre. Ces faits, constatés nombre de fois dans les fréquentes descentes que j'ai exécutées ‘depuis trois ans avec le scaphandre dont est muni le laboratoire que j'ai installé à Nice, me paraissent importants à plusieurs points de vue.

Il est évident qu’un bateau sous-marin ne peut pas voir son chemin dans ces conditions. Pour peu qu'il soit rapide, il n’aura pas le temps de battre en retraite et de reculer s’il voit subitement quelque grand obstacle se dresser devant lui; car au moment où il le distinguerait, il n’en serait plus qu'à dix mètres. Il sera toujours obligé de prendre ses directions avant de plonger, et de ne naviguer que sur un terrain connu dont le relevé a été soigneusement fait. La navigation sous-marine se trouve ainsi resserrée dans des limites que le génie de l’homme ne peut pas élargir, puisqu'il ne peut pas modifier la transparence de l’eau.

Au point de vue biologique, ces observations ont aussi un grand intérêt. On peut voir chaque jour que les animaux marins agiles, vivant dans les couches éclairées de l’eau, tels que poissons, langoustes, céphalopodes, ont l'habitude, quand ils sont effrayés, de se livrer à une fuite très rapide pour bientôt s'arrêter; ils sentent que quelques mètres suffisent à les placer hors de la portée de la vision de leur persécuteur. Quelques-uns ont même soin d’ajouter au trouble de l’eau en déversant leur encre, comme les céphalopodes, ou en soulevant la vase comme le font beaucoup de poissons. Les animaux marins doivent ètre myopes; à quoi leur servirait une vue longue, puisque de toute manière ils n’y verraient qu’à quelques mètres? Aussi leur cristallin est-il bombé au point de devenir sphérique.

Ils vivent dans un monde de surprises, et comme dans un brouillard perpétuel. Les filets qu’on leur tend ne prendraient guère de poissons, de jour surtout, s'ils voyaient au loin comme l’on voit dans Pair.

La nuance de l’eau varie du bleu au verdâtre,

suivant son degré de clarté. Les objets à dix mètres de profondeur, prennent déjà un ton bleuté, et à vingt-cinq ou trente mètres, la lumière est déjà si bleue que les animaux d’un rouge sombre paraissent noirs, tandis que les algues vertes et bleuâtres semblent très claires par contraste. En remontant rapidement à l'air, les yeux accoutumés à cet éclairage bleu voient en rouge le paysage aérien.

Les rayons rouges sont éteints les premiers, ce que des expériences du laboratoire avaient du reste déjà démontré. Ce sont les rayons bleus qui, étant les moins absorbés, pénètrent le plus loin, et ce sont précisément ces rayons qui agissent avec le plus d'énergie sur là plaque photographique. Ainsi tombent les objections que certains savants ont répétées avec une persistance qui ne fait pas l'éloge de leurs notions de physique, contre l’emploi de la plaque photographique pour trouver la limite de la pénétration de la lumière du jour dans l’eau.

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