Jievue Scientifique
assez. Ils représentent en général les limites extrêmes de la vie, et non le terme moyen.
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Chez les animaux inférieurs, la durée de la vie est généralement courte. Les Actinies peuvent pourtant vivre longtemps, comme l'ont vu des naturalistes anglais cités précédemment. Les insectes n'ont le plus souvent qu'une vie adulte très courte, un été en général, c'est-à-dire trois ou quatre mois; beaucoup
ne vivent qu’un mois. Certains Orthoptères! semblent vivre quatre ou cinq ans; mais les Éphémères ? ne vivent guère plus de douze heures, et les Palingenia femelles n’ont pas une existence adulte de plus de deux ou trois heures.
Aucun papillon ne semble vivre plus d’un an, et cela n’a lieu qu’exceptionnellement : les insectes de ce groupe naissent en mai-jJuin, pour mourir en septembre-octobre. Mais la vie larvaire peut être très longue : d’après C.-V. Riley, elle peut, pour une sauterelle, la Cicada septemdecim, atteindre dix-sept ans (d’où son nom). |
Les mollusques d'eau douce ou de terre ont une vie assez courte, trois, quatre ou cinq ans. Mais la Tridacne géante doit vivre de soixante à cent ans; les Céphalopodes peuvent atteindre dix, vingt ans, ou plus encore.
HENRY DE VARIGNY
La destinée des animaux sauvages.
Que deviennent les milliers d'animaux de toute nature-qui peuplent la terre, et qui, subissant Ia loi universelle, payent à la mort leur tribut obligé? Où vont mourir les chevreuils, les cerfs, les sangliers, les loups, etc., dont on ne trouve presque jamais le plus petit débris? Où sont encore leurs nécropoles?
On peut dire, en effet, qu'à part certains insectes,
ilest rare de trouver morts des animaux non domes-
tiques. Cela tient à ce que ces animaux-là ne meurent
1. Groupe d'insectes Névroptères (à quatre ailes membraneuses, transparentes), vivant surtout dans les lieux humides.
2. Groupe d’Insectes à quatre ailes dont les supérieures forment étui; par exemple les Grillons, Sauterelles, Criquets, Blattes, Perce-oreilles, ete.
guère que d'accident. Ils sont en outre peu nombreux, exempts des maladies qu'engendre la civilisation, et s'ils sont trop forts ou trop agiles pour se craindre et se vaincre beaucoup, ils ont en l'homme un destructeur terrible qui, en thèse générale, ne laisse aucun d’eux atteindre le terme naturel de son existence.
Que si un vieux cerf ou un vieux sanglier échappe, dès qu'il sent sa fin prochaine, il se réfugie dans le fourré le plus sombre, et reste là non par un goût suprême pour la solitude, mais par simple prudence, pour ne pas être mangé vif dans les lieux plus fréquentés de ses ennemis et même de ses semblables.
C’est là effectivement Le sort naturel de la vieillesse. La société humaine est peut-être la seule où la vieillesse ait un droit moral à l'existence. Partout ailleurs, l'être monstrueux, infirme ou vieux, ne pouvant se défendre, et n'étant point aidé, est condamné à périr. Voyez, par exemple, ce qui est arrivé des chiens qui vivent en troupes dans les villes d'Orient. Tous font assez bon ménage, tant qu'ils sont également forts et dispos ; mais qu'un de ces larrons aux dents toujours longues soit blessé ou devienne vieux, il est étranglé par ses semblables, dépecé, et dévoré séance tenante.
La bête fauve meurt à l'écart, disons-nous, soit dans quelque épais fourré, soit dans quelque trou bien caché, mais la voilà gisante. Son corps se décompose, et ses premières émanations, trop subtiles pour notre odorat, vont annoncer au loin à la foule des intéressés qu'une proie est là. Les affamés accourent, gros et petits, les loups, les renards, et vingt autres bêtes friandes peut-être de viande plus fraîche, mais qui n’en ont pas trouvé, et qui savent fort bien se contenter, au besoin, d’un mauvais morceau.
Quand ceux de la nuit ont fini, ceux du jour arrivent; il en vient aussi par les airs. On raconte que les vau-
ne
tours d'Afrique furent attirés par l’odeur du carnage de Pharsale.
Puis ce sont les insectes qui font leur tâche. Un millier de mouches, pondant leurs œufs, d’où sortent des vers, ont raison, en quelques jours, d'un cerf ou d’un sanglier. Les os se détachent, tombent sur la terre, trainés çà et là assez loin par d’autres bêtes dépitées peut-être de ne plus rien trouver à sucer.
L'herbe pousse et les cache ; le soleil, la pluie, les effritent, en font de la poussière, et en une ou.deux années, la bête, si grosse qu’elle soit, est rentrée tout entière dans le sein de la grande nature.