GEORGES POUCHET
La greffe animale.
La greffe végétale consiste à introduire dans une fente d’une tige ou d’une branche d’arbre, une longueur d’une autre espèce végétale. C’est ainsi qu’on greffe le néflier sur l’aubépine, les bonnes espèces de poirier sur le poirier sauvage, etc., les bonnes vignes sur des ceps d’autres espèces. On pratique la greffe pour faire profiter des espèces délicates de la vigueur d'espèces robustes, et on ne laisse
pousser que la partie greffée qui porte les fleurs et fruits
qui la caractérisent. On ne peut pas greffer toute espèce végétale sur toute autre, tant s’en faut. Dans la greffe animale on opère à peu près comme pour les végétaux, ainsi qu'on va le voir.
Les expériences les plus curieuses et les plus rigoureuses qu'on ait faites sur la greffe animale, dans ces dernières années, sont dues à M. Paul Bert. Ce savant physiologiste a montré que si l’on coupe la queue à un jeune rat, et qu’on l’introduise, après l’avoir écorchée, sous la peau de l’animal, dans une région quelconque
du corps, elle y adhère et continue à s’y développer. L'organe grandit presque aussi vite que dans les conditions normales. M. Bert à pratiqué aussi des marcottes animales. Il écorche l'extrémité de la queue d'un rat, introduit cette extrémité dans un trou pratiqué sur la peau de l’animal, près de la tête par exemple, et réunit les bords des deux plaies par des points de suture. Les parties juxtaposées ne tardent pas à se souder, et la queue, qui a reçu ainsi la forme d’une anse, conserve sa vitalité. Si alors on vient à la couper en un point quelconque, on voit que le tronçon greflé près de la tête garde ses propriétés physiologiques. Les vaisseaux s’y rétablissent, les nerfs s’y régénèrent, la sensibilité y revient peu à peu. Le rat est ainsi pourvu d’une sorte de trompe aussi vivante que ses autres organes. Le retour de la sensibilité dans cette trompe démontre non seulement la connexion des filets nerveux d’un tel appendice avec ceux du dos, mais encore la possibilité de la propagation de l’ébranlement sensitif dans une direction opposée à celle qu'il suivait auparavant, c’est-à-dire la faculté de conduire les impressions aussi bien dans le sens centripète que dans le sens centrifuge.
La greffe siamoise a été réalisée par M. Bert dans des conditions extrêmement intéressantes. On découpe des lambeaux de peau le long des flancs opposés de deux animaux, et, au moyen de ces bandelettes appliquées face à face et réunies par des sutures, on coud ensemble les deux sujets. Au bout de peu de jours, la réunion est faite, et l’on a un couple analogue à celui des frères Siamois. M. Bert à gardé pendant plus de deux mois deux rats blancs ainsi accolés; mais ils vivaient en si mauvaise intelligence qu'il fallut au bout de ce temps les séparer. En empoisonnant l’un des deux animaux d’un couple pareil, on empoisonne
l'autre, ce qui prouve qu'il y a entre eux une parfaite communication sanguine.
M. Bert a obtenu des greffes semblables entre rat blanc et rat surmulot, entre rat blanc et rat de Barbarie. Il a essayé d’en pratiquer entre animaux d’espèces différentes, entre rat et cochon d'Inde, entre rat et chat, mais la réussite n’a jamais été complète ; on n'a provoqué que des commencements d’adhérence. Toutefois, l'insuccès parait tenir moins à l'incompatibilité des tissus eux-mêmes qu'à la difficulté de maintenir dans le calme nécessaire des animaux aussi peu disposés à fraterniser ensemble.
Enfin, M. Balbiani a réussi à souder ensemble deux tronçons de queues empruntées à deux tétards différents, de facon à obtenir une adhérence physiologique d’une certaine durée.
F. PAPILLON !
Les animaux domestiques et les animaux sauvages.
Une circonstance montre bien jusqu'où va la diversité chez les races de pigeons : c’est que tous les éleveurs sont unanimes à penser que chaque race particulière de pigeons, chaque race ayant des caractères. à elle, descend d’une espèce sauvage spéciale.
Sans doute, chacun admet un nombre divers d’espèces-souches. Néanmoins, Darwin a démontré très nettement, ce qui était fort difficile, que ces races descendent toutes, sans exception, d’une seule espèce sauvage, le pigeon bleu des rochers (Columba livia). On peut aussi prouver, de la même manière, que les différentes races de la plupart des animaux domes-