‹ Curiosités de l'histoire naturelleChapitre 109 sur 144 · La Nature et la Vie, p. 304-305. Didier · texte numérisé non relu

La Nature et la Vie, p. 304-305. Didier

tiques et des plantes cultivées sont la postérité d’une unique espèce sauvage domestiquée par l’homme.

Notre lapin domestique nous donne, pour les mammifères, un exemple analogue à celui des pigeons. Tous les zoologistes, sans exception, considèrent depuis très longtemps comme démontré que toutes les races et variétés de lapins proviennent du lapin sauvage, et par conséquent d’une espèce unique. Et pourtant les types extrêmes de ces races diffèrent tellement l’un de l’autre que tout zoologiste, s’il la rencontrait à l’état sauvage, devrait, sans balancer, déclarer que ce ne sont pas seulement de « bonnes espèces », mais même des espèces appartenant à des genres très distincts de la famille des Léporides. Ce ne sont point seulement la couleur, la longueur des poils et d’autres particularités du pelage, qui varient extraordinairement chez les diverses races de lapins domestiques, et dans des directions absolument opposées; mais ce qui est encore bien plus remarquable, c’est la forme typique du squelette et de ses diverses parties, particulièrement la forme du crâne, celle des dents, si importante pour la classification, ainsi que la longueur relative des oreilles, des os, etc., qui varient également. Sous tous ces rapports, les races des lapins domestiques s’écartent incontestablement plus les unes des autres que toutes les diverses formes de lapins sauvages et de lièvres, reconnues comme de bonnes espèces, et répandues sur toute la surface de la terre. Cependant, en dépit de ces faits si clairs, les adversaires de la théorie de l’Evolution prétendent encore que Îles derniers types, les espèces sauvages, ne descendent pas d'une seule souche sauvage commune, tandis qu'ils accordent, sans difficulté, la descendance commune pour les premiers types, les races domestiques.

Quand des adversaires ferment si obstinément les yeux à la lumière de la vérité, éclatante comme le soleil, il est sûrement bien inutile de lutter plus longtemps pour les convaincre.

Tandis qu’il est certain que les pigeons et les lapins domestiques, les chevaux, etc., malgré leur remarquable diversité, descendent d’une seule « espèce » sauvage, il est encore plus vraisemblable que. les races multiples de quelques animaux domestiques, par exemple du chien, du pore, du bœuf, proviennent de plusieurs espèces sauvages, qui se sont ensuite mêlées ensemble dans l’état de domesticité. Pourtant le nombre de ces types sauvages primitifs est toujours bien inférieur à celui des.formes domestiques dérivées, provenant de leur croisement et de leur élevage, et naturellement ces types primitifs eux-mêmes descendent originairement d’une forme ancestrale commune à tout le genre. Jamais une race domestique ne descend d’une espèce correspondante sauvage et unique.

Mais presque tous les agriculteurs et les jardiniers affirment, au contraire, sans hésitation, que chacune des races domestiques qu'ils élèvent descend d'une espèce sauvage spéciale. Cela tient à ce que, connaissant parfaitement bien les différences des races entre elles, et appréciant beaucoup le caractère héréditaire des particularités de ces races, ils ne peuvent s’imaginer que ces particularités soient simplement le résultat d’une lente accumulation de variations à peine perceptibles. Aussi, sous ce rapport, la comparaison des races domestiques avec les espèces sauvages est-elle extrêmement instructive.

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