ERNEST HAECKEL
1. Histoire de la Création des Êtres Organisés d’après les lois naturelles, p. 127-129. Reinwald, 2 édit., 1877.
La température des animaux.
Tous les animaux possèdent une température supérieure à celle du milieu gazeux ou liquide dans lequel ils vivent; c’est-à-dire qu'ils jouissent tous de la faculté d’engendrer de la chaleur.
Les animaux à sang chaud présentent une température à peu près constante sous toutes les latitudes et dans tous les climats. Ainsi, aux régions polaires, l’homme, les mammifères et les oiseaux ne marquent guère que 1 ou 2 degrés de moins que sous le tropique. La température moyenne des oiseaux est de 41 degrés, et celle des mammifères de 37. Les animaux qu’on appelle à sang froid produisent aussi de la chaleur, quoique dans une proportion moindre; mais leur température suit les variations de celle du milieu ambiant, tout en se maintenant plus élevée de quelques degrés. Chez les reptiles, l'excès est de 5 degrés au maximum et de 1/2 degré au minimum; chez les poissons et chez les insectes, il est encore moindre; enfin, dans les espèces tout à fait inférieures, il atteint rarement 1/2 degré. En somme, chez les animaux à température variable, la résistance aux causes extérieures de refroidissement est d'autant plus grande que l’organisation est moins imparfaite. On observe d’ailleurs que chez ces êtres l’activité vitale, et en particulier l'énergie de la respiration, sont en rapport direct avec l’état thermométrique; ainsi, dans un milieu à 7 degrés, des lézards consomment huit fois moins d'oxygène qu’à 23 degrés. Chez les animaux à température fixe, c’est l'inverse : plus il fait froid, plus ils respirent activement; par exemple, un homme qui en été ne consomme que 31 grammes d'oxygène par heure en consomme 44 en hiver.
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Indépendamment de l'état du milieu ambiant, beaucoup de circonstances diverses exercent une influence appréciable sur la chaleur animale, et y déterminent des variations assez régulières. Les saisons, les heures de la journée, le sommeil, la digestion, le mode d’alimentation, l’âge, etc., sont aussi des modificateurs constants de l'intensité des combustions respiratoires ; mais il y a un tel ordre, un tel concert et, on peut le dire, une telle prévoyance dans l’organisation de l’économie, que la température y reste en définitive à peu près fixe dans l’état physiologique.
La température de l’homme à la racine de la langue ou sous l’aisselle est d'environ 37 degrés. Ce chiffre exprime la moyenne de ceux qu'on obtient en prenant les températures des différents points du corps, car on trouve à cet égard quelques variations légères en passant d’un organe à un autre. La peau est la partie la plus froide, et elle l’est d'autant plus qu'on se rapproche des extrémités. Au contraire, à mesure qu'on pénètre plus profondément dans l’organisme, on voit la température s’élever; les cavités sont bien plus chaudes que les surfaces. Le cerveau est moins chaud que les viscères du tronc, et le tissu cellulaire l’est moins que les muscles. Le sang non plus n’a pas
la même température dans tous les points du corps.
Les travaux de J. Davy et de Becquerel avaient établi que le sang est d'autant plus chaud qu’on l’examine plus près du cœur. M. Claude Bernard a pu mesurer, par des moyens aussi ingénieux que précis, la température des vaisseaux profonds et des cavités du cœur. Il a montré que le sang qui sort des reins est plus chaud que celui qui y entre. Il en est de même pour celui qui traverse le foie. Enfin, il a constaté que le fluide nourricier se refroidit en traversant les poumons, et par suite que la température des cavités
gauches du cœur est plus basse que celle des cavités droites de 0°,2 en moyenne. Ce dernier fait prouve clairement que les poumons ne sont pas le foyer de la chaleur animale, et que le sang, dans l’acte de sa revivitication, se rafraichit au lieu de s’échauffer.
F. PapriILLon !.
La domestication des animaux par d’autres animaux à l’état sauvage.
L’apprivoisement et la domestication des animaux ne sont pas des faits dépendant exclusivement de l'homme. Ils se pratiquent aussi entre d’autres animaux. L'Afrique nous en fournit plusieurs exemples. Nous y voyons des apprivoisements ou domestications s'opérer entre certains oiseaux et de grands mammifères. Ainsi le buffle de Cafrerie, Bubalus Caffer, animal très sauvage et très méchant, fait si bon ménage avec un oiseau, qu'on à nommé ce dernier Oiseau des buffles. C'est le Zextor erythrorhynchos. I tient compagnie à ses amis, les accompagne, se pose sur eux, et les délivre de leur vermine. Quelle que soit son effronterie, les buffles la supportent, car lorsque l'oiseau s’envole à l'approche d'un danger, le mammifère est averti et se met sur ses gardes. Le Zextor remplit donc tout à la fois les fonctions de pouilleur ou échenilleur, et de gardien.
Les Rhinocéros ont aussi choisi pour ami un oiseau de la famille des pics-verts ou des étourneaux, le piquebœuf ou Puphaga, qui ne les quitte pas. Il se perche sur leur dos, leur têle et même leur museau; il s’accroche à leur ventre, il grimpe le long de leurs jambes