La Nature et la Vie, p. 143-145, 1874. Didier
lutter contre une foule d’ennemis et d’influences nuisibles. Déjà Linné calculait que, si une plante annuelle produisait seulement deux graines donnant naissance à deux rejetons, elle aurait engendré en vingt ans un million d'individus. Or il n’y à pas de plante qui produise un si petit nombre de semences.
Darwin suppute à propos des Éléphants, c'est-àdire des animaux les plus lents à se reproduire, qu'au bout de cinq cents ans, la descendance d’une seule paire compterait déjà 15,000,000 d'individus, en supposant que chaque éléphant produisit, durant la période féconde de sa vie (de 30 à 90 ans), seulement trois paires de jeunes.
De même, un groupe humain, d’après les chiffres moyens de la statistique, double en vingt ans, en admettant que rien ne vienne entraver l’accroissement normal de la population. Dans le cours d'un siècle, la population humaine totale deviendrait donc seize fois plus considérable. Mais nous savons, qu’en fait, le chiffre total de la population humaine grandit très lentement, et que l’accroissement de cette population est très variable suivant les contrées. Tandis que les races européennes se propagent par toute la terre, d’autres espèces humaines tendent chaque année à un anéantissement total. Cela est vrai notamment pour les Peaux-Rouges d'Amérique, et pour les noirs aborigènes de l'Australie. Quand même ces peuples se reproduiraient largement comme la race blanche européenne, tôt ou tard ils n’en succomberaient pas moins devant cette dernière dans la lutte pour l’existence. Mais dans l'espèce humaine, comme dans toutes les autres, le trop-plein de la population disparaît dès les premiers temps de l'existence. De l'énorme quantité de germes que produit chaque espèce, très peu parviennent à se développer, et de
ces derniers même une très petite fraction atteint l'âge de la reproduction.