‹ Curiosités de l'histoire naturelleChapitre 114 sur 144 · E. HAECKEL · texte numérisé non relu

E. HAECKEL

Les animaux devant les tribunaux.

Il n’y a pas bien longtemps encore en Europe, les bêtes pouvaient être traduites en justice individuellement, pour des méfaits réels ou supposés. Les chroniques et les mémoires nous ont conservé de nombreux récits de ces singuliers exploits des magistrats du temps.

Les plus fréquents de ces crimes sont des blessures faites par un animal domestique ayant ou non occasionné mort d'homme. Les criminels les plus

“souvent cités sont des bœufs ou taureaux « ayant fait de leurs cornes un usage meurtrier », des chevaux . ou mulets ayant d’une ruade blessé ou tué, et surtout des cochons ou des truies qui avaient la déplorable habitude d’occire et de dévorer de petits enfants tout comme le font encore aujourd’hui leurs collègues du Céleste Empire.

Les animaux étaient aussi parfois accusés et condamnés pour avoir violé les lois de la nature, ils étaient alors, sans doute, considérés comme coupables de sorcellerie, et subissaient la peine ordinaire de ce crime, celle du feu : c’est ainsi qu'un infortuné coq suisse fut accusé, jugé, condamné, et brûlé vif, en bonne et due forme, à Bâle, en 1479, pour s'être permis de pondre lui-même un œuf. Le fait d’un coq pondant un œuf, si invraisemblable qu’il puisse paraître ?, est encore admis de nos jours par nombre de paysans.

1. Histoire de la Création des Êtres Organisés d'après les lois naturelles, 2° édit., 1877, p. 227-228. Reinwald. 2. La chose est d’ailleurs impossible. (H, de V.)

Ils ne brülent plus le coq — les temps sont durs, la foi périclite, et le paysan devient avare — mais ils considèrent l’œuf comme le présage de toutes sortes de calamités. Il est probable que ces soi-disant œufs de coq sont pondus par de jeunes poules qui en sont à leur coup d'essai; Les voies sont étroites, l'œuf est petit et mal conformé, et c’est le coq qui en endosse la responsabilité.

En 1386, une truie avait déchiré le visage et les bras du fils d’un manufacturier de Falaise. Elle fut condamnée à être mutilée de la même manière. Quand l'animal fut amené au lieu du supplice, il était accoutré d'une veste, d'un haut de chausses, et de gants et, afin que l'illusion fût plus complète, il portait sur la tête un masque représentant une figure humaine.

D'ordinaire la peine prononcée était la mort, soit par la corde, soit par le feu.

Sur le compte du bailli de Caen, en 1356, on trouve ce singulier article : « pour les dispens et salaire du bourrel ‘, pour ardoir un pore le troisième jour de juing, 1356, qui avoit étranglé un enfant à Douvres, pour ce, cinq sous. Pour une somme de genêts à ardoir icelui, six sous. »

En 1406, un porc fut pendu par les Jarrets à un des postes de la justice du Vaudreuil, « ce à quoi il avoit été condamné pour ledit cas par le baïlli de Rouen aux assises du Pont de l’Arche, par lui tenues le treizième jour dudit mois de juillet, pour ce que icelui pore avoit tué un petit enfant ». Le recu du geôlier du Pont de l'Arche porte la même somme pour la nourriture des hommes détenus dans sa pris son, que pour celle du porc condamné. Si ce n'est l'habitude d’intenter des procès aux animaux, tout

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