‹ Curiosités de l'histoire naturelleChapitre 115 sur 144 · Bourrel ou bourreau; Ardoir, brüler · texte numérisé non relu

Bourrel ou bourreau; Ardoir, brüler

au moins celle de les exécuter en grande pompe s'est continuée assez longtemps. Un de mes amis, un docteur en médecine, m'a raconté que son arrièregrand’mère avait assisté à la fin du siècle dernier, en Lorraine, à des exécutions solennelles de chats. On dressait sur la place du marché des büchers, sur lesquels on plaçait des cages renfermant chacune un de ces animaux : ces malheureuses bêtes étaient sans doute coupables de divers méfaits, principalement de sorcellerie. À un moment donné, le clergé, avec les principaux fonctionnaires de la ville, s’avançait; l’évêque, ayant une torche dans chaque main, mettait le feu aux büchers, où les pauvres chats rôtissaient pour la punition de leurs crimes imaginaires.

Un de ces procès contre les animaux est tout à fait historique, à cause du rôle qu'y joua, en qualité de défenseur des animaux inculpés, un homme qui occupa les plus hautes charges dans la magistrature de son temps. Comme ce procès eut de fort singulières conséquences, à ce que l’on raconte, et comme, d’un autre côté, le défenseur des accusés écrivit un traité sur ces sortes de procès, il y a un certain intérêt à Indiquer rapidement les principaux traits de la vie de ce personnage. « Barthelemi de Chasseneux, seigneur de Prelay, a été, suivant les expressions mêmes d'un de ses biographes, un de ces hommes illustres que son seul mérite fit monter aux premières charges de la robe dans un siècle où la vénalité n’en avait presque pas encore terni l'éclat. »

Il naquit à Autun vers 1480, alla en Italie en 1499, alors que Louis XII venait de faire la conquête du Milanais, y occupa diverses charges, fut chargé de diverses missions, revint à Autun, où il exerça quelque temps la profession d'avocat. Ce fut vers cette époque, de 1520 à 1530, qu'il fut l'avocat de rats, et qu'il

écrivit divers ouvrages, entre autres sa consultation sur les procès qui nous occupent. Plus tard, il fut conseiller au parlement de Paris et enfin président du parlement de Provence. Il mourut à Aix, empoisonné très probablement par les ennemis des protestants, envers lesquels il montrait une grande modération. L'histoire du procès des rats se trouve racontée dans les œuvres de l'historien de Thou et dans le Martyrologe des protestants. Il y est dit que l’avocat, espérant donner à la prévention le temps de se dissiper, se jeta au début dans des exceptions dilatoires, soutenant que les rats se trouvant dispersés dans un grand nombre de villages, une simple assignation n'avait pas été suffisante pour les accueillir tous, il demanda et obtint qu’une deuxième assignation leur fût faite par une publication au prône de chaque paroisse. À l'expiration du délai considérable qu'il avait ainsi obtenu, il excusa de nouveau l’absence de ses clients en exposant la longueur de la route, les difficultés du voyage, les dangers que leur faisaient courir les chats, qui, ayant été avertis eux aussi, les guettaient à tous les passages, ete., ete. Enfin il basa sa défense sur des considérations d'humanité et de politique : « Y avait-il rien de plus injuste que ces proscriptions générales qui frappent en masse les familles, qui font porter à l'enfant la peine du crime de ses parents, qui atteignent sans distinction ceux que le bas-âge ou la caducité rendent également incapables de nuire? »

EpouARD ROBERT !.

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