LIVRE IV
Quelques taits relatifs au Soleil.
Nous savons que la distance moyenne de la terre au soleil est d'environ 150,000,000 de kilomètres, et que son diamètre est d'environ 1,400,000 kilomètres. On a comparé le poids du soleil à celui de la'terre, et on a trouvé qu’il contient près de 330,000 fois autant de matière que la terre, et en rapprochant ce résultat de son volume énorme, on voit que sa densité moyenne n’est que d'environ le quart de celle du globe, et une fois un quart celle de l’eau; en d’autres termes, la masse du soleil est environ une: fois et quart celle d’un globe d’eau de même dimension.
Mais quoiqu'on puisse établir cette distance sur des figures, il n’est pas possible de donner une idée d’un espace aussi grand; c’est tout à fait en dehors de la puissance de notre conception. Si on essayait de franchir une telle distance, en supposant que l'or fit 64 kilomètres à l'heure, pendant dix heures par jour, on mettrait quarante-deux ans et demi pour faire un seul million de kilomètres, et plus de 6,700 années pour franchir toute la distance.
Si l’on pouvait imaginer un chemin de fer céleste,
le voyage au soleil, même si nos trains faisaient 960 kilomètres à l'heure jour et nuit, sans s'arrêter, exigerait plus de cent soixante-quinze ans. La sensation elle-même ne pourrait aller si loin pendant la vie d'un homme. Pour nous servir de l'exemple curieux de M. Mendenhall, si l’on pouvait supposer un enfant ayant le bras assez long pour lui permettre de toucher le soleil et s’y brûler, il mourrait de vieillesse avant que la douleur ne l’atteignit, puisque, d'après les expériences d'Helmholtz et d’autres, le choc nerveux se transmet à raison de 30 mètres par seconde, et mettrait plus de cent cinquante ans à faire le voyage.
Le son mettrait environ quatorze ans à faire le voyage, s’il pouvait se transmettre à travers les espaces célestes, et un boulet de canon en mettrait neuf s'il se mouvait uniformément avec la même vitesse qu’au moment où il quitte la gueule du canon.
La surface visible du soleil a reçu le nom de photosphère, et l'observation des taches que l’on y aperçoit de temps en temps nous a fait reconnaître qu’il fait une révolution sur son axe, en vingt-cinq jours un quart environ. Lors d’une éclipse totale, alors que la lune nous cache le milieu du soleil, on peut voir certains phénomènes qui se passent sur les bords et qui sont invisibles à d’autres époques. On aperçoit tout autour de la surface lumineuse une couche de matière gazeuse rosée, à laquelle Frankland et Lockyer ont donné il y a quelques années le nom de C’hromosphère. Çà et là de grandes masses de cette matière chromosphérique s'élèvent à de grandes hauteurs au-dessus de la surface générale, comme des nuages de flammes, et sont connues sous le nom de proéminences ou protubérances. Au delà de la chromo- Sphère est la mystérieuse couronne, cercle irrégulier
de lumière affaiblie et perlée, composée en grande partie de filaments rayonnés et de banderoles qui s'étendent à d'énormes distances du soleil, souvent à plus d’un million et demi de kilomètres.
Le spectroscope ‘nous apprend que,en grande partie au moins, les éléments quiexistent à l’état de vapeur dans les régions inférieures de l’atmosphère solaire, sont les mêmes que ceux qui nous sont familiers sur la terre, il nous fait voir aussi que la chromosphère et les proéminences sont surtout composées d’hydrogène; enfin, il nous permet de les observer même quand le soleil n’est pas caché par la lune. Jusqu'à présent, 1l n’a pu nous dévoiler le secret de la couronne, bien qu'il nous indique la présence dans cette couronne d'un gaz amené à un état de raréfaction inconcevable.
Le pyrheliomètre et l'actinomètre nous donnent la mesure de la chaleur fournie par le soleil, et nous montrent que l'intensité de sa flamme est sept ou huit fois plus grande que celle de n’importe quel four connu dans l’industrie. La quantité de chaleur émise par le soleil est suffisante pour fondre en une seconde une écorce de glace de 25 centimètres d’épaisseur enveloppant toute la surface du soleil; ce qui équivaut à la combustion en une seconde d’une couche de la meilleure houille, de 10 centimètres d'épaisseur. | C.-A. Younc *?.
1. Appareil à examiner la lumière et qui permet de reconnaître quelles sont les substances dont la combustion concourt à produire celle-ci. 2. Le Soleil. (Bibl. Scient. Internat., 1883, p. 6-8 et 28. Alcan.)
La mer en feu.
Ce qu'il y a de plus intéressant pour le touriste, dans Bakou, la capitale du royaume du pétrole, c’est un phénomène qui, paraît-il, ne se rencontre nulle part ailleurs, le feu sur l’eau.
Les recherches scientifiques ont établi que les contrées riches en naphte (pétrole brut), à l’est et à l’ouest de la mer Caspienne, forment un espace ininterrompu, de sorte que le fond de la mer contient, aussi bien que le continent, des réservoirs naturels de naphte. Lorsque des fissures se produisent au fond de la mer, il en sort des gaz de naphte en grande quantité. Ges endroits sont facilement reconnaissables par l’écume et les bulles sans nombre qui se forment à la surface, et qui font bouillonner l’eau. Si l’on y jette un morceau d’étoupe enflammée, le gaz s’allume et brûle sur une étendue énorme, jusqu’à ce qu'il soit éteint par le vent. Aucune illumination n’est comparable à ce spectacle féerique. La mer est couverte de milliers de langues de feu pareilles à la lumière des becs de gaz, mais seulement de plus grandes dimensions et de forme conique !.
La terre comestible.
Les Indiens des colonies hollandaises de Java et de Sumatra font subir une préparation particulière à l'argile comestible. Ils la réduisent en pâte avec de l'eau, en séparent toutes les matières étrangères et les corps durs, tels que les pierres, graviers et sables, et l’étalent en plaques minces, qu'ils découpent en